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	<title>La Gauche</title>
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		<title>La Gauche</title>
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		<title>Que faire de ce que nous apprend Thomas Piketty sur Le capital au XXIe si&#232;cle</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Que-faire-de-ce-que-nous-apprend-Thomas-Piketty-sur-Le-capital-au-XXIe-siecle</link>
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		<dc:date>2014-02-24T15:57:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Eric Toussaint</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le livre Le capital au XXIe si&#232;cle est indispensable pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur la r&#233;partition in&#233;gale de la richesse au sein de la soci&#233;t&#233;. En lisant cette somme (950 pages, auxquelles s'ajoute une grande quantit&#233; de donn&#233;es statistiques et de tableaux accessibles via internet), une premi&#232;re conclusion vient &#224; l'esprit : le mouvement Occupy Wall Street a bien raison de cibler le 1 % le plus riche. &lt;br class='autobr' /&gt; En effet, en France, en 2013, le 1 % le plus riche d&#233;tient 25 % du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Economie-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Economie-225-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH147/arton3303-9c054.png?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='147' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le livre &lt;i&gt;Le capital au XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt; est indispensable pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur la r&#233;partition in&#233;gale de la richesse au sein de la soci&#233;t&#233;. En lisant cette somme (950 pages, auxquelles s'ajoute une grande quantit&#233; de donn&#233;es statistiques et de tableaux accessibles via internet), une premi&#232;re conclusion vient &#224; l'esprit : le mouvement Occupy Wall Street a bien raison de cibler le 1 % le plus riche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En effet, en France, en 2013, le 1 % le plus riche d&#233;tient 25 % du patrimoine total du pays. Au Royaume-Uni (R.U.), il d&#233;tient 30 %. En Su&#232;de, 20 %. Aux E.U., 32 %. Si on inclut la part dissimul&#233;e de la richesse dans les paradis fiscaux ou sous d'autres formes, le pourcentage augmenterait d'au moins 2 ou 3 points. Pour faire simple, le 1 % de la population, c'est grosso modo la classe capitaliste et elle concentre une part impressionnante du patrimoine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on &#233;largit l'&#233;tude aux 10 % les plus riches, on atteint les pourcentages suivants : en France, les 10 % plus riches d&#233;tiennent 60 % du patrimoine ; au R.U., 70 % ; en Su&#232;de, 60 % ; aux E.U., 70 %. Grosso modo, on peut consid&#233;rer que les 9 % ainsi ajout&#233;s repr&#233;sentent l'entourage ou les alli&#233;s au sens large de la classe capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement populaire devrait avancer des revendications pr&#233;cises en mati&#232;re de mesures &#224; prendre &#224; l'&#233;gard du 1 % le plus riche et des 9 % qui le suivent. La masse de biens mobiliers et immobiliers que ces 10 % d&#233;tiennent r&#233;v&#232;le &#224; quel point la richesse est in&#233;galement distribu&#233;e et montre qu'un gouvernement de gauche pourrait trouver des ressources en tr&#232;s grande quantit&#233; pour, &#224; la fois, mener une politique d'am&#233;lioration des conditions de vie de la majorit&#233; de la population et r&#233;aliser de profonds changements structurels de mani&#232;re &#224; amorcer la sortie du capitalisme productiviste et lancer la transition &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://cadtm.org/Que-faire-de-ce-que-nous-apprend&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;LIRE LA SUITE&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> &#201;clairer les enjeux, tracer des perspectives</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Eclairer-les-enjeux-tracer-des-perspectives</link>
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		<dc:date>2014-02-24T11:41:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bernard Rioux</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>La&#239;cit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Conseil national de Qu&#233;bec solidaire a &#233;t&#233; ouvert le vendredi 29 novembre dernier par une soir&#233;e de discussion sur les politiques du gouvernement p&#233;quiste. Cinq invit&#233;Es ont ouvert la discussion par de courtes pr&#233;sentations : &#201;ric Pineault, Rosa P&#233;rez, Anne-Marie Saint-Cerny, Daniel Green et Fran&#231;oise David. Ils et elles &#233;taient invit&#233;s &#224; nous parler d'&#233;conomie, de Charte des valeurs et des enjeux environnementaux. Manon Mass&#233; animait la soir&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt; Des alternatives existent aux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Politique-quebecoise-" rel="directory"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Economie-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecologie-19-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Laicite-+" rel="tag"&gt;La&#239;cit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH84/arton3301-b5123.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Conseil national de Qu&#233;bec solidaire a &#233;t&#233; ouvert le vendredi 29 novembre dernier par une soir&#233;e de discussion sur les politiques du gouvernement p&#233;quiste. Cinq invit&#233;Es ont ouvert la discussion par de courtes pr&#233;sentations : &#201;ric Pineault, Rosa P&#233;rez, Anne-Marie Saint-Cerny, Daniel Green et Fran&#231;oise David. Ils et elles &#233;taient invit&#233;s &#224; nous parler d'&#233;conomie, de Charte des valeurs et des enjeux environnementaux. Manon Mass&#233; animait la soir&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des alternatives existent aux politiques &#233;conomiques du gouvernement p&#233;quiste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;ric Pineault a articul&#233; ses critiques des politiques p&#233;quistes autour de trois axes : 1) la politique fiscale et la politique d'aust&#233;rit&#233; ; 2) la politique &#233;nerg&#233;tique et 3) la politique industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un an d'intendance, le PQ a cherch&#233; &#224; donner confiance &#224; l'&#233;lite et &#224; r&#233;pondre aux pressions de cette derni&#232;re. La lutte des classes est donc une cl&#233; pour comprendre la situation. Le gouvernement p&#233;quiste a r&#233;ussi &#224; comprimer les d&#233;penses. Mais l'&#233;quilibre budg&#233;taire n'a pas &#233;t&#233; atteint. Avec cette politique d'aust&#233;rit&#233;, il &#233;tait certain qu'il n'atteindrait pas son objectif du d&#233;ficit z&#233;ro. Parce que cette politique a contribu&#233; &#224; maintenir une conjoncture stagnationiste. D'ailleurs, les perspectives de croissance et les pr&#233;visions d'entr&#233;es en termes de revenu &#233;taient farfelues. C'est ainsi que le gouvernement p&#233;quiste a r&#233;ussi &#224; nous enfoncer dans une trappe d'aust&#233;rit&#233;-stagnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut changer la fiscalit&#233;. On a des besoins massifs pour op&#233;rer la transition &#233;nerg&#233;tique. Il y a place pour une politique fiscale expansionniste. Des investissements, et des d&#233;penses bien cibl&#233;es auront plus d'effet sur l'&#233;conomique que de rester assis sur l'aust&#233;rit&#233;. Et il faut donner une place &#224; l'investissement public et aux entreprises publiques qui doivent recevoir un mandat de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement p&#233;quiste se contente de chercher &#224; attirer les investissements priv&#233;s par des cr&#233;dits d'imp&#244;t. La d&#233;monstration a &#233;t&#233; faite que cela ne fonctionne pas. Les entreprises gonflent leur tr&#233;sorerie, mais n'investissent pas pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de la politique &#233;nerg&#233;tique, le gouvernement Marois va enfermer le Qu&#233;bec dans le p&#233;trole pour une p&#233;riode de 30 &#224; 40 ans. C'est une tout autre politique, qu'il faut mettre de l'avant pour sortir des hydrocarbures et assurer notre souverainet&#233;. Il faut &#233;tablir un plan de transition pour les travailleurs qui d&#233;pendent du p&#233;trole, une politique de reconversion industrielle ; cr&#233;er une entreprise publique, Hydro-transition, et pour financer la sortie du p&#233;trole, vendre les actifs que poss&#232;de la Caisse de d&#233;p&#244;t dans le p&#233;trole et les sables bitumineux ; mettre sur pied &#201;ole Qu&#233;bec pour nationaliser l'&#233;olien et s'engager dans l'&#233;lectrification des transports publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette orientation implique de s'engager dans une nouvelle politique industrielle et de sortir de l'&#233;conomie extractiviste o&#249; on ne produit que pour exporter et s'engager dans des circuits longs. Il faut construire notre politique industrielle autour de la transition &#233;cologique et de circuits courts en mobilisant le capital public qu'il soit coop&#233;ratif, social ou &#233;tatique. Et penser en termes de capital socialis&#233;. L'investissement socialis&#233; implique la d&#233;mocratisation des choix &#233;conomiques et n&#233;cessite l'implication citoyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les profits sont priv&#233;s, la pollution est publique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne-Marie Saint-Cerny et Daniel Green de la Soci&#233;t&#233; pour Vaincre la Pollution ont dress&#233;, &#224; leur tour, un bilan des politiques environnementales du gouvernement p&#233;quiste. &#192; Malartic, 280 maisons ont &#233;t&#233; d&#233;chiquet&#233;es. Et chaque jour, la population de Malartic vit avec des explosions. La compagnie Ossisko a annonc&#233; qu'elle ferait des m&#233;gasautages. Et le gouvernement p&#233;quiste s'est empress&#233; d'accorder des permis pour qu'Ossisko puisse faire ses m&#233;gasautages. Ce gouvernement fait de l'aplaventrisme devant les mini&#232;res et de la microgestion pour que les citoyens ne puissent se plaindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le laisser-faire domine. Le cas de l'entrep&#244;t de BPC &#224; Montr&#233;al (Pointe Claire) est exemplaire &#224; cet &#233;gard. La contamination se poursuit. Qui aurait pu s'imaginer que des milliers de litres de BPC puissent &#234;tre d&#233;vers&#233;s &#224; Montr&#233;al. Il est impardonnable que le gouvernement n'ai pas &#233;t&#233; capable d'emp&#234;cher une telle contamination. Non seulement le gouvernement n'a pas agit, mais il tente de d&#233;dramatiser les situations de pollution. Pire, il tente de bloquer par des moyens juridiques que la lumi&#232;re soit faite sur un site contenant des d&#233;chets dangereux. Il privil&#233;gie la protection du rapport avocat-client &#224; la protection de l'environnement et de la population du Qu&#233;bec. Cette omerta toxique, on la retrouve &#233;galement dans le dossier de la pr&#233;sence de l'amiante dans les &#233;difices publics. Le gouvernement refuse de fournir &#224; la SVP la liste des &#233;difices publics o&#249; il y a de l'amiante, malgr&#233; la dangerosit&#233; de cette situation pour la sant&#233; de la population. &#034;Nous &#224; la Soci&#233;t&#233; pour Vaincre la pollution, on compte les morts et les mourants et on doit faire l'accompagnement des victimes.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la classe politique, exception faite de Qu&#233;bec solidaire, d&#233;fend le passage du p&#233;trole albertain et le d&#233;veloppement de l'exploitation p&#233;troli&#232;re au Qu&#233;bec. Elle refuse de parler de la facture humaine, sociale et &#233;conomique de ce choix. Beaucoup de p&#233;trole risque de circuler au Qu&#233;bec dans les prochaines ann&#233;es. La probabilit&#233; de trag&#233;dies, comme celle v&#233;cue au Lac M&#233;gantic, risque d'augmenter. Il faut d&#233;j&#224; pr&#233;voir un fonds de compensation pour les victimes de d&#233;versement. Ces fonds seront n&#233;cessaires, car si on ne bloque pas le passage des pipelines, des d&#233;versements auront lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;bat sur la Charte, le vrai d&#233;bat est celui des moyens de lutte contre les discriminations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de Charte du gouvernement p&#233;quiste met en p&#233;ril des femmes. Et cela se fait pour des motifs &#233;lectoralistes. Le projet de loi 60, c'est la volont&#233; de s'ouvrir un acc&#232;s au vote francophone dans les r&#233;gions, peu importe les effets qu'une telle loi peut avoir sur les minorit&#233;s. Et ce d&#233;bat sur la Charte est port&#233; par une peur d'une esp&#232;ce d'islamisation qui, pourtant, ne passe pas le test des faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'installe dans des secteurs importants de la mouvance nationaliste, c'est qu'il est possible de construire un pays sans les N&#233;o-Qu&#233;b&#233;cois. On nous sert maintenant l'histoire d'un Qu&#233;bec sans les immigrants qui ont &#233;t&#233; pr&#233;sents tout au long de cette derni&#232;re pourtant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La religion est instrumentalis&#233;e. Cela est possible parce que le catholicisme a &#233;t&#233; porteur de nombre de frustrations et que le processus de s&#233;cularisation a permis &#224; des Qu&#233;b&#233;coises et de Qu&#233;b&#233;cois d'&#233;chapper &#224; l'emprise de l'&#201;glise catholique. Mais, les m&#233;dias font une campagne de peur sur le dos des minorit&#233;s et le gouvernement ne fait rien pour d&#233;noncer cette campagne de peur. On g&#233;n&#233;ralise, on stigmatise, on dit ouvertement qu'on pr&#233;f&#232;re une immigration (occidentale) &#224; une autre (Magr&#233;bine par exemple). On s&#232;me l'intol&#233;rance. On instrumentalise les douleurs identitaires v&#233;cues dans certains pays. An nom du principe qu'&#224; Rome on vit comme les Romains, on refuse de reconna&#238;tre les apports de la diversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, le vrai d&#233;bat est celui de la discrimination syst&#233;matique &#224; l'emploi : taux de ch&#244;mage plus &#233;lev&#233;s, faible pr&#233;sence des minorit&#233;s visibles dans la fonction publique et m&#234;me au sein du mouvement communautaire.On veut garder des personnes &#224; l'&#233;cart alors que la communaut&#233; magr&#233;bine est surscolaris&#233;e. Et la Charte va constituer une nouvelle emb&#251;che qui va exacerber les discriminations existantes. C'est inqui&#233;tant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gouvernement p&#233;quiste c'est la soumission sur tous les terrains&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Fran&#231;oise David, le Qu&#233;bec vaut mieux que ce que le lui offre le gouvernement p&#233;quiste. Ce dernier d&#233;missionne sur les questions de fiscalit&#233;, de justice sociale, d'environnement et de souverainet&#233;. C'est un gouvernement qui d&#233;missionne devant les pressions de l'&#233;lite. On va faire la souverainet&#233; avec tout le monde et non avec une seule partie de la population. Nous on refuse de construire un parti de l'intol&#233;rance au service d'une minorit&#233; poss&#233;dante qui d&#233;cide de tout. On choisit la souverainet&#233; populaire, c'est tout le contraire de ce que fait le PQ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement p&#233;quiste est attach&#233; aux &#233;lites. Il est incapable de leur r&#233;sister. Il utilise le principe de l'utilisateur payeur. Il favorise la privatisation des services publics. Il refuse d'&#233;branler le statu quo &#233;conomique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu&#233;bec solidaire refuse le mod&#232;le du XIXe si&#232;cle. Il d&#233;fend le bien commun. Il veut une la&#239;cit&#233; v&#233;ritable qui pourrait abolir les subventions publiques aux &#233;coles priv&#233;es ou les exemptions fiscales pour les communaut&#233;s religieuses... Face &#224; de tels enjeux, il faut redoubler d'ardeur, mais aussi comprendre que le seul vote strat&#233;gique, c'est le vote pour Qu&#233;bec solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une discussion qui approfondit les th&#232;mes soulev&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion devait permettre d'illustrer les questions soulev&#233;es par les pan&#233;listes. Ce qui s'est relev&#233;, ce sont les divergences de plus en plus essentielles entre le projet p&#233;quiste que ce soit sur le terrain &#233;conomique, social et environnemental et celui de Qu&#233;bec solidaire. Il ne s'agit plus ici de nuances, mais d'orientation radicalement diff&#233;rente pour l'avenir du Qu&#233;bec. Les prochaines &#233;lections seront l'occasion pour pr&#233;senter ces diff&#233;rentes orientations. Qu&#233;bec solidaire sera au rendez-vous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Reconstruire les infrastructures de la contestation</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Reconstruire-les-infrastructures-de-la-contestation</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Reconstruire-les-infrastructures-de-la-contestation</guid>
		<dc:date>2012-01-24T13:59:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>David McNally</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Conjoncture</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Crise financi&#232;re</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans ce long entretien, David McNally, auteur de Global Slump (PM Press, 2010) revient sur les origines de la premi&#232;re grande crise du capitalisme du XXIe si&#232;cle et sur ses cons&#233;quences pour le d&#233;veloppement des r&#233;sistances. &lt;br class='autobr' /&gt; Les premiers signes de la crise &#233;conomique mondiale que ton livre analyse se sont clairement fait sentir il y a quatre ans, durant l'&#233;t&#233; 2007. En quoi est-il toujours pertinent de tenter de cerner les causes et cons&#233;quences de cette crise ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois qu'il est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Strategie-" rel="directory"&gt;Strat&#233;gie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Economie-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Conjoncture-+" rel="tag"&gt;Conjoncture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Capitalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Crise-financiere-+" rel="tag"&gt;Crise financi&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH100/arton3279-c56bd.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans ce long entretien, David McNally, auteur de &lt;i&gt;Global Slump&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;traduction fran&#231;aise : &#171; Crise globale &#187;&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (PM Press, 2010) revient sur les origines de la premi&#232;re grande crise du capitalisme du XXIe si&#232;cle et sur ses cons&#233;quences pour le d&#233;veloppement des r&#233;sistances.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les premiers signes de la crise &#233;conomique mondiale que ton livre analyse se sont clairement fait sentir il y a quatre ans, durant l'&#233;t&#233; 2007. En quoi est-il toujours pertinent de tenter de cerner les causes et cons&#233;quences de cette crise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il est important d'analyser cette crise et de comprendre ses racines profondes car plusieurs &#233;l&#233;ments indiquent que ce n'est pas une r&#233;cession comme les autres. Il s'agit d'une crise syst&#233;mique, en d'autre mot une p&#233;riode de profonde instabilit&#233; dans le processus d'accumulation du capital qui perdurera pendant plusieurs ann&#233;es, nonobstant les oscillations tant&#244;t positives, tant&#244;t n&#233;gatives de certains indicateurs &#233;conomiques. On a souvent tendance &#224; oublier que ce fut aussi le cas lors de la Grande D&#233;pression : il y eu une chute marqu&#233;e de l'activit&#233; &#233;conomique de 1929 &#224; 1933, suivie d'une reprise de quatre ans de 1933 &#224; 1937, avant que l'&#233;conomie ne chute &#224; nouveau. Mais nous sommes tous d'accord sur le fait que tous ces mouvements form&#232;rent tout de m&#234;me un ensemble, une p&#233;riode distincte au cours de laquelle le capitalisme fut incapable de d&#233;passer une s&#233;rie de contradictions. Depuis 2007, le capitalisme est entr&#233; dans un moment historique du m&#234;me type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre cela, nous devons analyser les causes profondes de la crise. Car s'il est vrai que nous avons pu assister &#224; une tr&#232;s faible reprise fin 2009 et d&#233;but 2010, elle s'est limit&#233;e &#224; une r&#233;cup&#233;ration de la profitabilit&#233; mais n'a eu des r&#233;percussions que tr&#232;s faibles sur l'embauche et les salaires. Si on replace cette crise dans la longue p&#233;riode n&#233;o-lib&#233;rale qui a d&#233;but&#233; &#224; la fin de la r&#233;cession de 1982, il appara&#238;t que ce fut une p&#233;riode d'expansion qui a produit un profond probl&#232;me de suraccumulation que la r&#233;cession de 2008-2009 n'a pas r&#233;ussi &#224; r&#233;gler. Et, comme pour la p&#233;riode des ann&#233;es 1970 et des ann&#233;es 1930, il faudra plus ou moins une d&#233;cennie, pour que le capitalisme puisse r&#233;soudre le probl&#232;me. Bien s&#251;r notre espoir est qu'il ne pourra le faire par lui-m&#234;me et que des mouvements de r&#233;sistance vont &#233;merger pour faire &#233;merger une alternative au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les turbulences des derniers mois, li&#233;es aux crises de la dette souveraine de la Gr&#232;ce et d'autres pays europ&#233;ens tels que l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et l'Italie laissent craindre que la crise puisse en effet perdurer. S'agit-il d'une nouvelle &#233;tape de la m&#234;me crise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sauvetage des banques qui a d&#233;but&#233; en 2008 et a mobilis&#233; plusieurs milliers de milliards de dollars n'est pas termin&#233;. Conjugu&#233; au effets d'une contraction &#233;conomique ayant r&#233;duit les revenus des gouvernements, ce sauvetage a contribu&#233; &#224; une forte hausse de la dette publique. Il se poursuit aujourd'hui via des &#171; plans d'aide &#187; aux &#201;tats faisant face &#224; une crise de la dette publique et qui s'accompagnent de coupes dans les caisses de retraite, dans l'&#233;ducation, les programmes sociaux et l'emploi public affectant la vie de millions d'individus. Fondamentalement, ces politiques visent &#224; transf&#233;rer des fonds publics vers les banques et la finance en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mi-2011, les banques allemandes avaient pr&#234;t&#233; l'&#233;quivalent d'environ 170 % de leur capital aux gouvernements grecs, irlandais, portugais et espagnol. L'&#233;quivalent d'environ 100 % du capital d&#233;tenu par les banques fran&#231;aises &#233;tait aussi expos&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les donn&#233;es rassembl&#233;es par Martin Wolf, &#171; The Eurozone after (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces chiffres augmentent consid&#233;rablement si on prend en compte l'Italie. Parall&#232;lement, les banques am&#233;ricaines sont en possession de titres de la dette publique de ces cinq &#233;conomies europ&#233;ennes &#224; hauteur de 700 milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'un d&#233;faut de paiement de la part de la Gr&#232;ce semble in&#233;vitable, un tel sc&#233;nario va d&#233;clencher une s&#233;rie de crises et de nouveaux d&#233;fauts de paiement menant &#224; la faillite de certaines banques. Des pertes de plusieurs milliards de dollars pour les banques apparaissent aussi de plus en plus probables. C'est la raison pour laquelle les actions de banques telles que BNP Paribas et la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale ont chut&#233; si fortement au cours des derniers mois. Et c'est aussi pour cela que de tr&#232;s grandes soci&#233;t&#233;s, banques et autres fonds d'investissement ont retir&#233; leurs avoirs des banques europ&#233;ennes. Bref, nous sommes &#224; l'aube d'une nouvelle crise financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Banque centrale europ&#233;enne, le FMI et les grandes puissances europ&#233;ennes affirment vouloir sauver de la faillite des pays tels que la Gr&#232;ce, l'Irlande ou le Portugal. Mais la priorit&#233; demeure les int&#233;r&#234;ts priv&#233;s des banques. Il faut suivre le chemin emprunt&#233; par l'argent octroy&#233; par l'Europe et le FMI : lorsque les gouvernements endett&#233;s re&#231;oivent des centaines de milliards en nouveaux pr&#234;ts, cet argent est imm&#233;diatement transf&#233;r&#233; vers les coffres des banques priv&#233;es afin de rembourser des dettes contract&#233;es par le pass&#233;. Les banques sont ainsi une fois de plus sauv&#233;es par le peuple. Tout comme lors de la crise des institutions financi&#232;res de 2008-2009, les profits des banques sont privatis&#233;s alors que leurs pertes sont assum&#233;es par les budgets publics. Il ne s'agit pas vraiment de libre-march&#233;. Mais c'est une excellente affaire pour les banquiers !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les obstacles &#224; une &#171; cr&#233;ation destructive &#187; qui pourrait mener &#224; une reprise &#233;conomique soutenue ? Tu as mentionn&#233; les ann&#233;es 1970. Un des facteurs d&#233;terminants ayant permis de sortir de cette crise a &#233;t&#233; le choc mon&#233;taire de Volcker et la d&#233;faite politique des travailleur&#183;ses dans les pays du Nord. Est-ce qu'un tel &#171; rem&#232;de &#187; pourrait &#224; nouveau &#234;tre ass&#233;n&#233; &#224; cette classe et serait-il suffisant pour relancer le processus d'accumulation de fa&#231;on soutenue ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans aucun doute, la classe des travailleur&#183;ses subit &#224; nouveau un assaut d'une grande ampleur. Il suffit d'observer ce qui se passe aux &#201;tats-Unis o&#249; l'organisation du mouvement ouvrier est la plus faible par rapport aux autres pays du Nord : il y a eu des destructions massives d'emploi, mais aussi une &#233;norme augmentation de la productivit&#233; du travail qui se traduit par une chute du co&#251;t unitaire de production d'environ 5 % en 2009, ce qui signifie qu'il en co&#251;te environ 5 % moins aux capitalistes pour produire un bien ou un service donn&#233;. C'est une diminution &#233;norme. Plusieurs des m&#233;thodes n&#233;o-lib&#233;rales &#8211; augmentation du rythme du travail, production &#171; juste-&#224;-temps &#187;, etc. &#8211; que les capitalistes ont utilis&#233;es depuis 30 ans s'intensifient. Les travailleur&#183;ses doivent faire face &#224; cette reconfiguration des processus de travail alors m&#234;me que, dans la plupart des pays du Nord , leur organisation collective s'est consid&#233;rablement affaiblie par rapport &#224; ce qu'elle &#233;tait lors de la crise des ann&#233;es 1970. &#201;videmment, le capital profite de cette position de faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on oublie souvent que le capitalisme ne peut se sortir d'une crise simplement en intensifiant l'exploitation du travail. Cela peut restaurer les profits et mettre fin &#224; la s&#233;rie de faillites d'entreprises li&#233;e &#224; la crise. Mais pour se sortir d'une crise dont les germes se trouvent dans la longue p&#233;riode de croissance qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e, le capitalisme a besoin de d&#233;truire beaucoup de capital suraccumul&#233; &#8211; c'est-&#224;-dire qu'il doit se d&#233;partir de beaucoup d'usines, de mines, de tours &#224; bureaux, de centre commerciaux, etc., qui ne peuvent plus &#234;tre utilis&#233; de mani&#232;re profitable. C'&#233;tait l&#224; un des probl&#232;mes auxquels voulait r&#233;pondre le choc mon&#233;taire de Volcker en 1979 : face &#224; la hausse massive des taux d'int&#233;r&#234;ts, les capitalistes qui ne pouvaient payer leurs dettes ont fait faillite et une restructuration du capital a &#233;t&#233; ainsi impos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la crise actuelle, nous n'avons eu pour l'instant qu'une restructuration de ce genre tr&#232;s r&#233;duite et limit&#233;e &#224; certaines parties des &#201;tats-Unis. Quelques usines automobiles ont ferm&#233;, mais, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, tr&#232;s peu a &#233;t&#233; fait pour restructurer le capital. En Europe et au Japon il n'y a pratiquement pas eu de destruction de capital exc&#233;dentaire. Il n'y en a pas eu davantage en Chine o&#249;, au contraire, des investissements massifs ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s venant encore aggraver le probl&#232;me. Les grandes restructurations restent donc devant nous : en plus d'une augmentation de l'exploitation des travailleur&#183;ses, de nombreuses fermetures d'usines seront n&#233;cessaire avant que le syst&#232;me puisse retrouver une croissance &#233;conomique prolong&#233;e et soutenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une simple statistique permet d'illustrer le probl&#232;me. Le programme de relance &#233;conomique chinois a &#233;t&#233;, toutes proportions gard&#233;es, beaucoup plus important que celui de Bush et d'Obama aux &#201;tats-unis. Parmi les mesures comprises dans ce programme, certaines ont conduit &#224; une augmentation des capacit&#233;s annuelles de production d'acier de 15 millions de tonnes. La Chine poss&#233;dait d&#233;j&#224; une surcapacit&#233; de 150 millions de tonnes, leurs capacit&#233;s exc&#233;dentaires atteignent d&#233;sormais 200 millions de tonnes, soit autant que l'ensemble des capacit&#233;s de production de l'Union Europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Penchons-nous maintenant sur les causes de la crise. La Grande D&#233;pression des ann&#233;es 1930 a &#233;t&#233; associ&#233;e &#224; la sp&#233;culation financi&#232;re, au crash financier du &#171; Lundi noir &#187; d'octobre 1929, qui a marqu&#233; l'imagination collective. Et la m&#234;me chose semble se produire avec la pr&#233;sente crise &#233;conomique. Pourquoi penses-tu que les explications de la crise identifiant la sp&#233;culation financi&#232;re comme cause premi&#232;re, voire unique, sont insatisfaisantes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs raisons. Une premi&#232;re est simplement empirique. Les historiens de la Grande D&#233;pression nous montrent que la production industrielle a commenc&#233; &#224; chuter en 1928, avant m&#234;me l'effondrement boursier de 1929. Il y eu d'autres chocs financiers, dans les ann&#233;es 1920, par exemple en 1927, qui n'enclench&#232;rent pas de grandes r&#233;cessions, parce que la profitabilit&#233; demeurait robuste &#224; ce moment. De fa&#231;on similaire, en ce qui concerne la crise actuelle, on peut noter que les taux de profits ont plafonn&#233; d&#232;s 2006 aux &#201;tats-Unis. Cela a fait en sorte que le syst&#232;me est devenu plus vuln&#233;rable &#224; un choc financier. Les indicateurs &#233;conomiques nous montrent aussi que le ralentissement de l'activit&#233; &#233;conomique est intervenu, dans le secteur manufacturier notamment, avant l'&#233;clatement de la bulle immobili&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, l'&#233;clatement de cette bulle immobili&#232;re a d&#233;but&#233; dans les lieux o&#249; les effets de ce ralentissement de l'activit&#233; &#233;conomique se ressentaient d&#233;j&#224; fortement. D&#233;troit en est un excellent exemple. Les pertes d'emplois dans cette ville ont eu pour cons&#233;quence qu'un nombre croissant de d&#233;biteurs de subprimes n'&#233;taient plus en mesure de s'acquitter de leur dette. Ainsi, la hausse du ch&#244;mage, qui s'est amorc&#233;e en 2007 a nourri l'augmentation des d&#233;fauts de paiement. Les diff&#233;rents facteurs sont donc interconnect&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, sur un plan th&#233;orique, je trouve insatisfaisante la th&#232;se selon laquelle la &#171; d&#233;r&#233;gulation &#187; financi&#232;re est la cause de la crise car elle pr&#233;sume que ce sont les politiques permettant cette d&#233;r&#233;gulation qui sont l'&#233;l&#233;ment d&#233;terminant dans l'&#233;volution &#233;conomique au cours de la p&#233;riode n&#233;o-lib&#233;rale. Au contraire, comme je l'explique dans Global Slump, la d&#233;r&#233;gulation a suivi l'internationalisation de la finance, plut&#244;t qu'elle ne l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e. Au moment o&#249; la d&#233;r&#233;gulation s'est vraiment mise en branle, les corporations multinationales qui doivent s'adonner &#224; des activit&#233;s financi&#232;res dans divers march&#233;s nationaux et diverses juridictions et zones mon&#233;taires, misaient d&#233;j&#224; sur les avantages que leur procuraient la finance off-shore. &#192; partir des ann&#233;es 1960, elles &#233;changeaient d&#233;j&#224; sur le march&#233; des eurodollars (op&#233;rations en dollars en Europe qui &#233;chappent tant &#224; la r&#233;gulation du gouvernement am&#233;ricain qu'&#224; celle des autorit&#233;s europ&#233;ennes). Cela n'&#233;tait pas le r&#233;sultat d'une lib&#233;ralisation des march&#233;s financiers. Cela d&#233;coulait du r&#244;le central du dollar am&#233;ricain dans l'&#233;conomie mondiale et du fait qu'il circulait massivement hors des fronti&#232;res des &#201;tats-Unis. Les firmes multinationales ont alors cherch&#233; &#224; obtenir des financements &#224; des taux plus int&#233;ressant que ceux pratiqu&#233;s aux &#201;tats-Unis ou au Royaume-Uni. Ce fut seulement lorsque les banques op&#233;rant dans le cadre r&#233;gul&#233; des juridictions nationales r&#233;alis&#232;rent leur d&#233;savantage face &#224; celles intervenant sur le march&#233; des eurodollars qu'elles commenc&#232;rent &#224; exiger des politiques de d&#233;r&#233;gulation. La plus grande partie de cette d&#233;r&#233;gulation a r&#233;ellement d&#233;but&#233; &#224; la toute fin des ann&#233;es 1970 et n'a pris son v&#233;ritable envol qu'au cours des ann&#233;es 1980. Ma position est donc que cette d&#233;r&#233;gulation est une r&#233;action &#224; cette mondialisation du capital manufacturier et financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu critiques les analyses qui, comme celle d&#233;velopp&#233;e par Robert Brenner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Brenner, The Economics of Global Turbulence, Verso Books, New York, 2006.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pr&#233;sentent la crise actuelle comme l'aboutissement d'une chute du taux de profit menant &#224; un ralentissement &#233;conomique remontant aux ann&#233;es 1970. En quoi ta propre compr&#233;hension de la p&#233;riode n&#233;o-lib&#233;rale du capitalisme diverge-t-elle d'une telle lecture de l'&#233;volution &#233;conomique des derni&#232;res d&#233;cennies ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Ce n'est pas que je crois que l'&#233;volution du taux de profit ne soit pas importante &#8211; je crois au contraire que c'est un &#233;l&#233;ment essentiel. Mais il existe une s&#233;rie de probl&#232;mes associ&#233;s au type d'analyses produites par Brenner et par d'autres. Le premier est qu'on peut constater, &#224; partir de donn&#233;es recueillies par Brenner lui-m&#234;me, une remont&#233;e du taux de profit &#224; partir de 1982. Il y a eu une chute aux alentour de 1987 et ensuite une nouvelle remont&#233; jusqu'aux abords de la crise actuelle, en 2006. La raison pour laquelle Brenner et d'autres analystes insistent sur la faiblesse probl&#233;matique du taux de profit au cours de cette p&#233;riode d&#233;coule du fait qu'ils le comparent &#224; celui qui pr&#233;valait au cours des ann&#233;es 1950 et au d&#233;but des ann&#233;es 1960. De leur point de vue, si les taux actuels ne sont pas aussi &#233;lev&#233;s que ceux d'alors, c'est qu'il y a crise. Je crois quant &#224; moi qu'il s'agit l&#224; d'un raisonnement a-historique. La p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre a &#233;t&#233; exceptionnelle et pr&#233;c&#233;d&#233;e du plus grand &#233;pisode de destruction de capitaux de l'histoire du syst&#232;me sous l'effet combin&#233; de la Grande D&#233;pression et de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, qui ont &#233;t&#233; suivies d'une p&#233;riode d'expansion &#233;conomique spectaculaire au cours de laquelle le capital a d&#251; &#234;tre reconstruit &#224; l'&#233;chelle mondiale. Cette p&#233;riode d'expansion exceptionnelle ne peut servir de point de r&#233;f&#233;rence pour juger des la profitabilit&#233; des derni&#232;res d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, affirmer qu'il y aurait eu une crise au cours des quarante derni&#232;res ann&#233;es nous fait perdre de vue le dynamisme du capitalisme au cours de cette p&#233;riode. Ceci ne correspond pas &#224; notre exp&#233;rience historique pour plusieurs raisons. D'abord, nous avons v&#233;cu, au cours de ces d&#233;cennies, une r&#233;volution technologique, surtout articul&#233;e &#224; la micro&#233;lectronique et &#224; l'ordinateur digital, qui a notamment profond&#233;ment transform&#233; les processus de production, mais aussi la vie quotidienne qui est envahie pour toute une s&#233;rie d'appareil &#233;lectroniques (t&#233;l&#233;phones portables, iPads, ordinateurs portables, etc.). Ensuite, l'analyse de Brenner passe sous silence le fait qu'une r&#233;gion enti&#232;re du globe est devenue un nouveau p&#244;le d'accumulation : l'Asie de l'Est, et tout particuli&#232;rement la Chine. Jusqu'&#224; l'&#232;re n&#233;o-lib&#233;rale, on peut dire que le Japon &#233;tait une exception dans cette r&#233;gion. Ce n'est plus le cas, la r&#233;gion dans son ensemble est devenue le p&#244;le d'accumulation capitaliste le plus dynamique du monde. En ne consid&#233;rant que les &#201;tats-Unis, l'Allemagne et le Japon, Brenner tend &#224; ignorer l'essor de cette nouvelle zone d'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme a &#233;t&#233; tr&#232;s dynamique au cours de la p&#233;riode 1982-2007, ce qui ne veut pas dire qu'il n'a pas connu de crises. Le syst&#232;me a travers&#233; des crises &#8211; et il n'y a l&#224; rien de surprenant tant dynamisme et instabilit&#233; du capitalisme vont de pair &#8211; mais il a aussi connu un processus de restructuration technologique et g&#233;ographique en profondeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu mentionnes dans ton livre que le capitalisme n&#233;o-lib&#233;ral comporte trois dimensions fondamentales : la cr&#233;ation du nouveau p&#244;le d'accumulation que tu viens de mentionner, la d&#233;faite politique de la classe des travailleur&#183;ses et l'intensification de son exploitation, ainsi qu'un transfert massif de richesses des pays du Sud vers ceux du Nord. Ces trois facteurs r&#233;unis ont permis une reprise de la croissance qui, &#224; son tour, a jet&#233; les bases d'une nouvelle crise, dans laquelle nous sommes plong&#233;s depuis 2007. Comment expliques-tu cette imbrication de la croissance et de la tendance &#224; la r&#233;surgence d'une crise la compromettant ? En quoi Marx est-il utile pour comprendre cette relation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partir de Marx est crucial pour r&#233;pondre &#224; cette question. Marx constate que la marchandise a un double caract&#232;re. Il s'agit tout &#224; la fois d'une valeur d'usage, qui satisfait un besoin humain, et d'une valeur, ou valeur d'&#233;change, qui peut &#234;tre &#233;chang&#233;e contre de l'argent. Le capitalisme implique donc ce ph&#233;nom&#232;ne tr&#232;s contradictoire suivant lequel on ne peut obtenir les valeurs d'usages qui permettent le maintien de la vie humaine que sous la forme de valeurs d'&#233;changes. C'est-&#224;-dire qu'on doit acc&#233;der au march&#233; pour se les procurer. Il s'agit l&#224; du r&#233;sultat des processus de d&#233;possession associ&#233;s au capitalisme qui d&#233;tachent les gens des moyens n&#233;cessaires pour produire par eux-m&#234;mes ces valeurs d'usage &#8211; notamment l'expropriation des paysans de leur terre avec les enclosures qui les priv&#232;rent d'acc&#232;s aux terres communes. Une fois mis en place, ce syst&#232;me contradictoire fait en sorte que la force motrice du mode de production devient la profitabilit&#233; et l'accumulation d'argent. La comp&#233;tition pousse les capitalistes &#224; accumuler de fa&#231;on syst&#233;matique, faute de quoi ils seront pouss&#233;s &#224; la faillite, surpass&#233;s par leurs concurrents devenu plus performants car ils ont davantage investi. Tous les capitalistes tentent donc de battre la comp&#233;tition en puisant dans leurs profits afin de les r&#233;investir et de les transformer en de nouveaux moyens de production, en se procurant la technologie la plus avanc&#233;e afin de produire les m&#234;me biens et services un peu plus rapidement et &#224; des co&#251;ts un peu moindre que leurs concurrents. Mais, bien s&#251;r, s'ils et elles font tout cela, et si tout ce qui les int&#233;resse n'est pas la valeur d'usage qui satisfait des besoins humains, mais bien la production pour le profit, on peut alors facilement comprendre qu'apr&#232;s un long cycle d'accumulation les capitalistes vont se retrouver dans une situation o&#249; ils ont cr&#233;&#233; trop d'usines, de mines, de centres d'achat, de McDonalds, etc. dont les produits ne peuvent plus &#234;tre absorb&#233;s par le march&#233;. C'est une situation classique de suraccumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre aspect du probl&#232;me, est la propension &#224; la m&#233;canisation de la production qui implique une forme de course &#224; la technologie la plus avanc&#233;e. Celle-ci tend &#224; remplacer des travailleur&#183;ses par des machines. Je ne veux pas dire que &#231;a implique n&#233;cessairement une r&#233;duction absolue de la main-d'&#339;uvre &#8211; bien que ce soit possible, comme le montre la vague de d&#233;sindustrialisation qui a frapp&#233; le Canada, les &#201;tats-Unis ainsi que certains pays europ&#233;ens au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Mais, en tous cas, cette main-d'&#339;uvre aura tendance &#224; cro&#238;tre moins rapidement que ce que Marx appelle le capital constant &#8211; la machinerie, l'&#233;quipement de production, les &#233;difices, etc.. Comme seul le travail vivant produit de nouveaux profits, ironiquement, &#224; travers cette comp&#233;tition maniaque pour la saisie de parts de march&#233;, les capitalistes sapent ce qui sous-tend la profitabilit&#233;. Ceci produit donc une autre tendance qui pressurise les profits &#224; la baisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'analyse de Marx est beaucoup plus complexe que ne laisse croire le r&#233;sum&#233; que je viens d'en faire. Il identifie avec raison toute une vari&#233;t&#233; de contre-tendances qui contribuent &#224; renforcer les taux de profit. Toutes ces tendances et contre-tendances agissent simultan&#233;ment et sont inter-reli&#233;es, mais &#224; certains moments une tendance ou une autre devient dominante. Sur une longue p&#233;riode d'accumulation, il existe des p&#233;riodes-charni&#232;res aux cours desquelles la tendance &#224; la r&#233;duction relative du travail vivant utilis&#233; dans la production tend &#224; dominer, ce qui m&#232;ne &#224; une baisse de profitabilit&#233;. En parall&#232;le, la tendance &#224; la suraccumulation pressurise aussi les profits, puisqu'elle force les capitalistes &#224; tenter d'augmenter leurs ventes fr&#233;n&#233;tiquement. Ainsi, quelqu'un voulant acheter une automobile en ce moment sera bombard&#233; d'offres et autres rabais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux tendances &#8211; &#224; la suraccumulation et &#224; la baisse relative du travail vivant utilis&#233; dans la production &#8211; sont donc des &#233;l&#233;ments imbriqu&#233;s des contradictions du capitalisme. L'analyse de Marx demeurent pertinente dans la mesure o&#249; elle est la seule qui permet r&#233;ellement de saisir le caract&#232;re contradictoire inh&#233;rent de l'accumulation capitaliste. Mais aussi parce qu'elle &#233;claire des &#233;v&#233;nements tels que la derni&#232;re crise davantage que toute autre th&#233;orie disponible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu expliques dans ton livre que ces tendances d&#233;bouchant p&#233;riodiquement sur des probl&#232;mes de profitabilit&#233; sont aussi &#224; relier &#224; une transformation structurelle de la finance au cours des derni&#232;res d&#233;cennies. Peux-tu nous expliquer plus en d&#233;tail la nature de cette transformation ainsi que ses cons&#233;quences ? En quoi est-ce que ta position sur ce probl&#232;me diverge de la th&#232;se de l'h&#233;g&#233;monie du capital financier d&#233;velopp&#233;e par Dum&#233;nil et L&#233;vy ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis d'accord avec l'id&#233;e qu'un processus de financiarisation est advenu au cours de la p&#233;riode n&#233;o-lib&#233;rale. Mais, je ne crois pas que la th&#232;se de la &#171; d&#233;r&#233;gulation &#187; soit tr&#232;s convaincante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la plus grande partie de l'histoire du capitalisme, la monnaie, et particuli&#232;rement la monnaie mondiale, la devise mondialement dominante, a &#233;t&#233; rattach&#233;e &#224; une marchandise ou une autre. Le plus souvent, ce fut l'or. &#199;a n'a pas &#224; &#234;tre l'or, et Marx en &#233;tait bien conscient. Mais &#224; partir des ann&#233;es 1850, le capitalisme avait clairement opt&#233; pour l'&#233;talon-or. Au cours du si&#232;cle qui a suivi, il pr&#233;serva de diff&#233;rentes mani&#232;res cet &#233;talon-or. Apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, la devise dominante &#8211; le dollar am&#233;ricain &#8211; pouvait &#234;tre &#233;chang&#233;e pour de l'or : les banques centrale hors des &#201;tats-Unis pouvaient obtenir de l'or en &#233;change des dollars qu'elles d&#233;tenaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci changea en 1971 lorsque les &#201;tats-Unis ne purent plus se permettre d'assurer la conversion de dollars en or, dans la mesure o&#249; leurs r&#233;serves d'or &#233;taient insuffisantes pour satisfaire les demandes de conversion dont le rythme s'acc&#233;l&#233;rait. Nixon a alors mis fin &#224; cette convertibilit&#233;, et a annonc&#233; que le dollar ne serait plus rattach&#233; &#224; la valeur de l'or. Ceci eut plusieurs cons&#233;quences, mais la plus importante, selon moi, fut que les valeur des devises sont alors devenues beaucoup plus volatiles qu'auparavant. Le syst&#232;me de l'&#233;talon-or de Bretton Woods assurait que les devise demeuraient dans un rapport tr&#232;s stable entre elles sur de longues p&#233;riodes. Ceci signifiait qu'une personne transf&#233;rant son capital d'un pays &#224; l'autre n'avait pas &#224; se soucier du risque qu'une d&#233;valuation soudaine puisse brutalement d&#233;valoriser son investissement. Apr&#232;s 1971, il n'y avait plus de telles garanties. En cons&#233;quence, on a assist&#233; &#224; un &#233;norme processus d'ing&#233;nierie financi&#232;re ; les banques et d'autres institutions financi&#232;res se sont mises &#224; d&#233;velopper des instruments visant &#224; limiter les risques li&#233;s &#224; cette volatilit&#233;. En clair, je peux maintenant acheter une forme de police d'assurance qui me prot&#232;ge des variations importantes d'une devise ou d'une autre. Quelqu'un peut me garantir, par exemple, que je pourrai racheter mes dollars en yen , ou en euros, etc. &#224; un prix fixe, peu importe les fluctuations de la valeur de ces devises sur les march&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces instruments financiers sont appel&#233;s produits d&#233;riv&#233;s et il faut bien s&#251;r payer pour les obtenir. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il s'agit d'une police d'assurance peu co&#251;teuse. Mais certains investisseurs ont rapidement d&#233;couvert que ces instruments con&#231;us pour r&#233;duire le risque, qui sont en fait des paris sur le futur, pouvaient &#234;tre utilis&#233;s pour sp&#233;culer. On peut ainsi faire des paris &#233;normes sur le mouvement de devises, mais aussi sur l'or, le p&#233;trole, les denr&#233;es alimentaires, et sur n'importe quelle marchandise. Et pas seulement des marchandises : Enron &#224; la fin des ann&#233;es 1990 s'est mis &#224; faire des affaires en or gr&#226;ce &#224; des produits d&#233;riv&#233;s li&#233;s &#224; la m&#233;t&#233;o. En effet, la m&#233;t&#233;o affecte la production d'oranges en Floride ou la quantit&#233; d'hydro-&#233;lectricit&#233; n&#233;cessaire pour alimenter l'air climatis&#233; durant l'&#233;t&#233; en Californie, ce qui a aussi un impact sur le prix du p&#233;trole...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc vrai que la cr&#233;ation de ces instruments financiers a engendr&#233; beaucoup de sp&#233;culation, ce que l'on nomme souvent la &#171; financiarisation &#187;. Et je suis d'accord avec l'id&#233;e selon laquelle le secteur financier est devenu beaucoup plus vaste et qu'il concentre une plus grande part des profits totaux. Mais je rejette l'id&#233;e que ce soit la cons&#233;quence d'un &#171; coup de force &#187; foment&#233; par la finance, comme l'affirment notamment Dum&#233;nil et L&#233;vy. Je crois plut&#244;t que la cause fondamentale de cette financiarisation est la fin de la convertibilit&#233; du dollar en or et la volatilit&#233; des diff&#233;rentes devises nationales qui en a r&#233;sult&#233; et qui a men&#233; au d&#233;veloppement de tous les d&#233;riv&#233;s qui existent aujourd'hui. Je ne crois donc pas qu'on puisse dire que les capitalistes financiers aient impos&#233; leur h&#233;g&#233;monie. En fait, des firmes manufacturi&#232;res majeures se sont elles aussi lanc&#233;es dans cette orgie de sp&#233;culation. Ford, General Motors, General Electrics, Volkswagen, etc., investissent toutes dans les produits d&#233;riv&#233;s. Le probl&#232;me ne r&#233;side pas tant dans le capital financier en lui-m&#234;me qu'en des changements structuraux du capitalisme qui ont rendu certaines formes de profits sp&#233;culatifs plus faciles &#224; r&#233;aliser. Ce n'est bien entendu pas fortuit qu'elle ait d&#233;but&#233; dans le secteur financier, au sein du march&#233; des pr&#234;ts hypoth&#233;caires aux &#201;tats-Unis. Tr&#232;s rapidement, les banques et autres institutions financi&#232;res qui vendaient ces instruments financiers sophistiqu&#233;s ont d&#233;couvert qu'on pouvait faire la m&#234;me chose avec des pr&#234;ts hypoth&#233;caires, ce qui a plu aux investisseurs qui percevaient alors l'investissement immobilier comme un investissement s&#251;r. Ceci, on le sait, a men&#233; &#224; la plus grande bulle immobili&#232;re de l'histoire, dont l'explosion a laiss&#233; de nombreuses personnes qui croyaient que cette bulle ne pouvait pas exploser en possession d'actifs financiers toxiques. Les grandes banques d'investissement ne furent pas toutes &#233;pargn&#233;es puisque certaines furent contraintes &#224; la faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu tentes d'explorer la relation dialectique, la relation interne, qui existe entre cette tendance &#224; la financiarisation, &#224; l'essor de bulles sp&#233;culatives, d'une part, et la tendance &#224; la suraccumulation et &#224; la baisse du taux de profit, d'autre part. Peux-tu nous parler de la fa&#231;on dont tu per&#231;ois cette relation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Durant le boom &#233;conomique de 1982-2007, on a pu observer une remont&#233;e prolong&#233;e du taux de profit sur les nouveaux investissements de capitaux, parall&#232;lement &#224; une profonde restructuration de la production avec le d&#233;veloppement et l'usage de nouvelles technologies. Les &#201;tats-Unis, par exemple , ont perdu 300 000 emploies dans l'industrie de l'acier, alors que cette industrie continue de produire des quantit&#233;s massive d'acier. On obtient donc une production de biens beaucoup plus &#233;lev&#233;e relativement &#224; la main-d'&#339;uvre utilis&#233;e pour la r&#233;aliser. On a ensuite un boom d'investissements associ&#233; aux nouvelles technologies dans les pays du Nord et un mouvement massif de capitaux vers les r&#233;gions &#224; bas salaires des pays du Sud. La Chine fut le pays central dans ce mouvement, mais il faut aussi consid&#233;rer les maquilladoras du Mexique, ainsi que les investissement allemands, par exemple, en ancienne R&#233;publique d&#233;mocratique allemande et dans l'ancien Bloc de l'Est, ou encore les zones franches &#233;mergeant au Proche et Moyen-Orient, par exemple en &#201;gypte. Il s'agit l&#224; d'une r&#233;organisation g&#233;ographique du capitalisme et du d&#233;veloppement de nouveaux centres d'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un nouveau cycle de suraccumulation peut facilement &#233;merger de ces transformations. Tout le monde se rue dans la m&#234;me direction : Volkswagen, Ford, General Motors, Toyota, Microsoft, Dell, Samsung, etc. se dirigent toutes vers la Chine pour construire de nouvelles usines. La plupart du temps elles font cela sans fermer leurs installations dans leur pays d'origine. T&#244;t ou tard, on obtient donc une capacit&#233; de production excessive. Il s'agit l&#224; de la premi&#232;re partie de l'histoire &#8211; une suraccumulation de capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien s&#251;r, en parall&#232;le, on a aussi une destruction massive d'emplois li&#233;e aux nouvelles technologies et &#224; l'informatisation de la production. Ceci est &#224; relier &#224; la production &#171; juste-&#224;-temps &#187; et &#224; la &#171; lean production &#187; dont l'objectif est de minimiser le travail n&#233;cessaire pour la fabrication d'un produit. Une telle logique d'&#233;conomie de travail finit par conduire &#224; une pression &#224; la baisse sur les profits. Et les taux de profits aux &#201;tats-Unis ont en effet atteint un sommet en 2006, avant de chuter. Cela a plusieurs cons&#233;quences. D'abord, les firmes les moins performantes et les moins profitables sont fragilis&#233;es. Deuxi&#232;mement, cela les encourage &#224; contracter des dettes afin de demeurer comp&#233;titives. Mais d&#232;s que les march&#233;s financiers et les march&#233;s du cr&#233;dit font face &#224; une temp&#234;te, les banques, qui ont besoin de revenus pour se recapitaliser, refusent de faire rouler les cr&#233;dits qu'elles accordent habituellement aux firmes. Les entreprises les plus vuln&#233;rables sont alors dans l'incapacit&#233; de rembourser leurs dettes, entra&#238;nant des faillites en cascade. Ce ne sont pas simplement les banques qui ont provoqu&#233; la crise actuelle. On doit garder &#224; l'esprit que Chrysler et General Motors &#233;taient en faillite &#224; l'automne 2008 et que ceci &#233;tait directement li&#233; &#224; la dynamique que je viens de d&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, lorsque les gens lisent Marx, elles et ils voient d'un c&#244;t&#233; une analyse de la suraccumulation et d'un autre c&#244;t&#233; une analyse de la tendance &#224; la baisse du taux de profit. Je consid&#232;re qu'il est impossible de s&#233;parer ces &#233;l&#233;ments. Il s'agit de diff&#233;rentes dimensions d'un m&#234;me processus &#8211; le processus par lequel la croissance &#233;conomique capitaliste mine elle-m&#234;me les conditions qui la sous-tendent. C'est ce qui fait la richesse de la th&#233;orie de Marx, elle permet de saisir des tendances distinctes d'un m&#234;me processus social global. Et je crois qu'il s'agit toujours de l'approche la plus fertile pour comprendre ce qui s'est pass&#233; depuis 2006 et 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains sugg&#232;rent que cette crise va affaiblir la classe et le mouvement des travailleur&#183;ses, ainsi que la r&#233;sistance sociale de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale. Il existe bien s&#251;r de nombreux arguments pour soutenir une telle position. Mais tu affirmes aussi dans ton livre que les crises sont des p&#233;riodes au cours desquelles la subordination du travail au capital doit &#234;tre r&#233;organis&#233;e et au cours desquelles, cons&#233;quemment, de nouveaux espaces et de nouvelles formes de r&#233;sistance peuvent &#233;merger. Peux-tu d&#233;velopper ce point ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laisse-moi d'abord aborder le probl&#232;me de fa&#231;on empirique et historique. Je crois que les donn&#233;es historiques montrent que les travailleur&#183;ses se sont battu&#183;es face aux cons&#233;quences de la grande r&#233;cession qui a d&#233;but&#233; en 2007, en faisant preuve d'une combativit&#233; renouvel&#233;e. On a par exemple assist&#233; &#224; la premi&#232;re occupation d'usine depuis des d&#233;cennies aux &#201;tats-Unis, dans l'entreprise Republic Windows and Doors, en d&#233;cembre 2008, alors que la crise s'intensifiait. Dans le sud de l'Ontario, o&#249; j'habite, cinq usines de fabrications de pi&#232;ces d'automobiles ont &#233;t&#233; occup&#233;es en r&#233;ponse &#224; des menaces de licenciement et de fermeture. Il y a eu des occupation similaires en Irlande, en &#201;cosse, en Angleterre. En France, il y aussi eu des s&#233;questrations de patrons. On a assist&#233; &#224; une dizaine de gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales en Gr&#232;ce. Il y a eu d'&#233;normes mobilisations de masse dans les rues fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme j'aime le rappeler aux gens des pays du Nord, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ayant eu le plus de succ&#232;s au cours des derni&#232;res ann&#233;es a eu lieu en Guadeloupe et en Martinique au d&#233;but de l'ann&#233;e 2009. Il s'agissait de soul&#232;vements formidables contre un capitalisme raciste et n&#233;o-colonial qui ont permis a des coalitions sociales men&#233;es par des syndicats d'obtenir des augmentations de salaire de l'ordre de 200 euros par mois pour les travailleur&#183;ses les plus pauvres, ainsi que toute une s&#233;rie d'autres avanc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, on a pu assister au renversement de r&#233;gimes par des mouvements sociaux. Ce fut par exemple le cas en Tunisie o&#249;, &#224; un stade avanc&#233; de la r&#233;volution, des &#233;l&#233;ments radicaux ont pu prendre le contr&#244;le de l'Union g&#233;n&#233;rale tunisienne du travail, non pas au niveau de la direction nationale, mais &#224; la base et au niveau local de l'organisation. Ils ont ainsi pu lancer des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales dans diverses villes. Les commentateurs qui ont vraiment suivi de pr&#232;s le processus r&#233;volutionnaire en Tunisie ont pu comprendre qu'il s'agissait l&#224; de l'&#233;l&#233;ment-cl&#233; dans la chute de Ben Ali. De la m&#234;me fa&#231;on, je ne crois pas que ce soit une co&#239;ncidence que la chute de Moubarak en &#201;gypte soit advenue au cours d'une semaine o&#249; a d&#233;but&#233; une vague de gr&#232;ves de masses. En fait, la r&#233;volution &#233;gyptienne trouve ses racines dans une vagues de luttes ouvri&#232;res qui remonte &#224; 2004. Au moment de la chute de Moubarak, des dizaines, et peut-&#234;tre des centaines, des milliers de travailleur&#183;ses n'&#233;taient pas simplement en gr&#232;ve, mais participaient aussi &#224; des sit-ins, &#224; des blocages de routes, &#224; des combats contre les escouades polici&#232;res anti-&#233;meute, &#224; des occupations d'usines et d'h&#244;pitaux, &#224; un blocage du syst&#232;me d'autobus public du Caire, etc. Ce &#224; quoi on a donc pu assister repr&#233;sente une renaissance de luttes politiques de classe dans diff&#233;rentes parties du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il faudra aussi bien s&#251;r surveiller de pr&#232;s et participer aux campements qui ont &#233;merg&#233; &#224; travers le monde &#224; la suite du mouvement Occupy Wall Street.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, cependant, est que la plupart de ces mouvements n'ont pas r&#233;ussi a hausser leur r&#233;sistance et leur combativit&#233; au niveau n&#233;cessaire pour r&#233;pondre aux attaques auxquelles ils font face. On sait que le capitalisme est entr&#233; dans une phase d'aust&#233;rit&#233;. On nous annonce une d&#233;cennie ou plus de coupes dans les programmes sociaux afin de payer pour le renflouement des banques. Dans ce contexte, la classe dominante a d&#233;cid&#233; qu'elle pouvait faire face &#224; des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales d'une journ&#233;e sans broncher. &#199;a ne lui pla&#238;t pas, mais elle peut y survivre. De telles mobilisations, en elle-m&#234;me, ne la feront pas reculer. Il faut rappeler que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;ral en Guadeloupe a dur&#233; quarante et un jours, et plus de trente jours pour celle en Martinique. Pour &#234;tre couronn&#233;e de succ&#232;s, ces luttes ont pris la forme de gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales illimit&#233;s accompagn&#233;es d'actions insurrectionnelles dans les rues, incluant l'&#233;rection de barricades, des occupations d'usines, la mise sur pied de comit&#233;s de quartiers, etc. Bref, le d&#233;veloppement, si je puis m'exprimer ainsi, de formes embryonnaires de dualit&#233; du pouvoir, qui commencent &#224; remettre en question le contr&#244;le que le capital exerce sur la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements sociaux li&#233;s au monde du travail font face &#224; des d&#233;fis majeurs. S'ils n'arrivent pas &#224; d&#233;velopper de nouvelles formes de r&#233;sistance, ils se retrouveront dans une situation d&#233;sastreuse. Les vieilles m&#233;thodes de luttes ne vont plus &#234;tre suffisantes. Comme je l'ai dit, les gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales d'une journ&#233;e ne vont plus suffire. Ils auront besoin de d&#233;velopper des formes de r&#233;sistance plus combatives, plus radicales et plus prolong&#233;es pour pouvoir bloquer les programmes d'aust&#233;rit&#233;. Mais il y a des signes d'espoir, dont ceux que j'ai d&#233;crits. On peut aussi &#234;tre encourag&#233; par la lutte qui a eu lieu au Wisconsin. Il faut reconna&#238;tre le caract&#232;re exceptionnel d'un mouvement qui a rassembl&#233; des dizaines de milliers de personnes en soutien &#224; l'occupation d'un &#233;difice parlementaire organis&#233; par les syndicats et visant &#224; bloquer un processus politique et &#224; pr&#233;server des droits syndicaux. Il faut noter que lorsque que Michael Moore s'est rendu en face du Capitole &#224; Madison, au Wisconsin, pour faire un discours devant une foule de 70 000 personnes, il a parl&#233; de ces gens rassembl&#233;s en les pr&#233;sentant comme des travailleur&#183;ses et a utilis&#233; un discours de classe. Ce &#224; quoi cette foule &#224; r&#233;pondu par des applaudissements approbatifs. Il faut aussi noter que ce mouvement fut marqu&#233; par une gr&#232;ve ill&#233;gale de dizaines de milliers d'enseignant&#183;es du secteur public. Tout cela repr&#233;sente des d&#233;veloppements tr&#232;s importants. Je suis bien d'accord pour dire que &#231;a ne suffit pas. Mais &#231;a nous montre qu'il existe des capacit&#233;s r&#233;elles de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi garder &#224; l'esprit que les cinq premi&#232;res ann&#233;es de la Grande D&#233;pression des ann&#233;es 1930 furent caract&#233;ris&#233;es par une relative passivit&#233; du mouvement ouvrier en Am&#233;rique du Nord, alors m&#234;me qu'une offensive patronale majeure faisait rage et que le ch&#244;mage atteignait des sommets. Les syndicats furent broy&#233;s, les gr&#232;ves d&#233;faites et le mouvement dans son ensemble enregistra de forts reculs. Mais &#224; la suite du travail des quelques radicaux qui lanc&#232;rent et men&#232;rent quelques petites gr&#232;ves victorieuses, la situation commen&#231;a &#224; s'inverser au cours de la deuxi&#232;me moiti&#233; de la d&#233;cennie. En 1937 &#233;mergea le mouvement du &#171; sit-in &#187; au cours duquel des travailleurs occup&#232;rent leurs usines et obtinrent d'importants droits syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les moments de crise peuvent donc &#234;tre des mouvements o&#249; le capital se r&#233;invente pour d&#233;velopper une nouvelle strat&#233;gie d'accumulation, mais aussi au cours desquels les formes et les strat&#233;gies de luttes se r&#233;inventent. Il n'existe bien s&#251;r aucune garantie. Une telle r&#233;invention ne peut qu'&#234;tre le r&#233;sultat d'un dur travail de militant&#183;es de gauche s'organisant &#224; la base des mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment les luttes contre les politiques d'aust&#233;rit&#233; dans un contexte de crise &#233;conomique prolong&#233;e pourraient-elles servir &#224; d&#233;velopper des id&#233;es et &#233;ventuellement des mouvements qui pourraient en venir &#224; remettre en question l'organisation capitaliste de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que ceci doit se faire a des niveaux multiples. En partie, il faut agir au niveau id&#233;ologique et politique o&#249; on doit &#224; nouveau rendre cr&#233;dible des id&#233;es telles que la propri&#233;t&#233; sociale des moyens de production, du contr&#244;le d&#233;mocratique de la production exerc&#233; par les travailleur&#183;ses, du d&#233;passement du march&#233; comme instrument d'organisation &#233;conomique, etc. Pour la gauche, ceci implique aussi de d&#233;velopper un nouveau vocabulaire et de nouvelles fa&#231;ons d'exprimer les id&#233;es anti-capitalistes qui soient adapt&#233;es au contexte politique et culturel au sein duquel nous sommes plong&#233;s. Nous sommes au d&#233;but d'un tel processus. Nous ne devons pas simplement assumer que les slogans du pass&#233; auront n&#233;cessairement un &#233;cho au sein de mouvements sociaux offensifs qui pourraient r&#233;&#233;merger apr&#232;s trente ans de d&#233;faites. Prenons l'exemple des plans de sauvetage des banques. La gauche doit arriver &#224; d&#233;velopper un discours qui insiste sur le fait qu'on utilise des fonds publics afin de sauver des entreprises priv&#233;es et que celles-ci devront donc devenir des institutions publiques qui ne fonctionneront plus suivant un mod&#232;le de maximisation des profits mais qui r&#233;aliseront des investissements r&#233;pondant &#224; l'int&#233;r&#234;t public afin, par exemple, de construire les logements sociaux dont nous avons besoin, de d&#233;velopper des sources d'&#233;nergie renouvelables et de reconvertir les usines automobiles qui seront ferm&#233;es afin qu'elles produisent, par exemple, des panneaux solaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ensuite d&#233;velopper des formes institutionnelles &#224; l'aide desquelles la gauche pourra propager ces id&#233;es dans une partie plus large de la population. Lors d'une p&#233;riode de d&#233;faite, toute une s&#233;rie d'espaces sociaux &#224; travers lesquelles la gauche d&#233;veloppait et diss&#233;minait ses id&#233;es sont d&#233;truites. Il faut donc reconstruire ce que mon ami Alan Sears appelle des &#171; infrastructures de contestation &#187; : tous ces groupes et r&#233;seaux de base tels que les syndicats locaux, les comit&#233;s de quartiers, etc. o&#249; les gens peuvent se rassembler et parler de politique, &#233;changer des id&#233;es et d&#233;velopper des strat&#233;gies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut d&#233;velopper, parall&#232;lement &#224; tout cela, une nouvelle culture de r&#233;sistance. Il s'agit de faire de la politique de la r&#233;sistance un moment culturel de la vie des gens. Ceci prendra une forme musicale et impliquera le d&#233;veloppement de nouvelles formes d'art public. Toutes les grandes p&#233;riodes de soul&#232;vement de la gauche ont &#233;t&#233; accompagn&#233;es par de tels d&#233;veloppements de th&#233;&#226;tres de rue, de productions cin&#233;matographiques, de musiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi r&#233;aliser que lorsque des individus se joignent &#224; de nouveaux mouvements de masse, elles et ils ne cherchent pas n&#233;cessairement &#224; acqu&#233;rir une carte de membre d'un groupe sp&#233;cifique. Elles et ils pensent plut&#244;t &#224; se joindre &#224; la lutte dans la rue, dans leurs lieux de travail et dans leurs quartiers afin de faire partie de cette exp&#233;rience, de ce processus excitant leur permettant de reprendre le contr&#244;le de leur vie. C'est ce qui est arriv&#233; par exemple sur la place Tahrir au Caire. Les gens ont pu observer un tout nouvel ensemble de relations sociales. Les gens qui s'y sont rassembl&#233;s ont pu d&#233;velopper une conscience de leur propre pouvoir. Les gens d&#233;veloppent ainsi leurs capacit&#233;s non pas parce qu'on leur dit qu'elles et ils ont ces capacit&#233;, mais parce qu'elles et ils les d&#233;couvrent en en faisant l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;velopper cette nouvelle gauche, il est n&#233;cessaire que des groupes d'activistes ayant une connaissance des luttes pass&#233;es puisse la propager. Il ne s'agit pas d'affirmer que ces exp&#233;riences pass&#233;es puissent fournir toutes les r&#233;ponses &#224; nos questions. Mais leur connaissance nous permet d'imaginer des formes d'organisation de masse que la gauche n'a pas pu d&#233;velopper depuis un long moment. La gauche doit donc r&#233;fl&#233;chir aux moyens de s'&#233;manciper des marges de la vie politique afin de commencer &#224; jouer un r&#244;le modeste dans des mobilisations de masse. Il faut d'autant plus &#234;tre pr&#234;t &#224; cela que la crise conduit &#224; l'&#233;mergence de telles mobilisations un peu partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le contexte actuel de crise &#233;conomique prolong&#233;e, pourquoi est-il utile et n&#233;cessaire, de penser et d'organiser notre r&#233;sistance en terme de lutte de classes comme tu tentes de le faire dans ton livre et sur &lt;a href=&#034;http://www.davidmcnally.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ton blog&lt;/a&gt;, en analysant les mouvements sociaux qui ont &#233;merg&#233; en Bolivie, &#224; Oaxaca au Mexique, en Tunisie et en &#201;gypte au cours des derni&#232;res ann&#233;es ? En quoi le concept de classe est-il &#224; relier &#224; d'autres formes d'oppression dans la p&#233;riode actuelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conclusion tr&#232;s importante qui doit ressortir de ce que j'ai dit pr&#233;c&#233;demment est que la gauche doit toujours remettre en question sa propre compr&#233;hension de ce que sont les classes. Trop souvent, la gauche pense &#224; partir de conceptions p&#233;rim&#233;es tir&#233;es d'une p&#233;riode historique sp&#233;cifique et nous agissons comme si ces construits historiques particuliers pouvaient &#234;tre extraits de leur contexte historique et comme si ces entit&#233;s &#8211; la classes des travailleur&#183;ses des ann&#233;es 1970, ou encore celle de 1937 ou de 1968 &#8211; existaient toujours aujourd'hui. Les classes sont des formations sociales historiques. J'aime toujours faire remarquer que la classe des travailleur&#183;ses d'aujourd'hui est plus globale, plus multi-ethnique, et plus genr&#233;e que jamais. Elle n'est pas form&#233;e en majorit&#233; de vieux hommes blancs. Les hommes blancs forme une tr&#232;s petite majorit&#233; de cette classe &#224; l'&#233;chelle mondiale. Au cours des vingt-cinq derni&#232;res ann&#233;es, la classe ouvri&#232;re est-asiatique est pass&#233; d'environ cent millions &#224; neuf cent millions de personnes. Les effectifs de cette classe ont au moins doubl&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale. On peut maintenant observer de nouvelles classes des travailleur&#183;ses massives en Indon&#233;sie, en Malaisie, en Chine, en Bolivie, en Argentine, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette &#233;volution, il m'appara&#238;t inimaginable qu'on puisse d&#233;velopper une analyse de classe qui ne soit pas &#224; la fois anti-raciste et f&#233;ministe. Nous devons par exemple &#234;tre conscient de l'oppression sp&#233;cifique des travailleur&#183;ses de couleur ici &#224; Toronto, qui forment maintenant une majorit&#233; de la classe de cette ville. Il y a aussi des secteurs entiers de l'&#233;conomie mondiale o&#249; les femmes forment une majorit&#233; de la main-d'&#339;uvre, et c'est parfois le cas dans certaines partie des pays du Nord. En cons&#233;quence, l'oppression de genre et son impact sp&#233;cifique sur le march&#233; du travail, sur les salaires, la s&#233;curit&#233; d'emploi, les cong&#233;s de maternit&#233;, etc. doit faire partie de la fa&#231;on dont nous comprenons et construisons notre politique de lutte des classes. C'est donc le premier point &#224; consid&#233;rer : la classe des travailleur&#183;ses a chang&#233; et la fa&#231;on dont nous la conceptualisons doit donc aussi changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de doute que l'anti-racisme, l'anti-imp&#233;rialisme et le f&#233;minisme auraient toujours d&#251; faire partie de l'engagement politique de la gauche et certaines sections de la gauche ont effectivement toujours tent&#233; d'int&#233;grer ces &#233;l&#233;ments. Il me semble donc qu'il est important aujourd'hui de relire des auteur&#183;es comme C.L.R. James sur les dimensions anti-coloniales et anti-racistes de la lutte des classes. Il &#233;tait de plusieurs fa&#231;on en avance sur son temps sur toutes ces questions. Il faut red&#233;couvrir toute ces grandes figures de la gauche qui avaient une longueur d'avance et qui ont anticip&#233; plusieurs ph&#233;nom&#232;nes qui se sont g&#233;n&#233;ralis&#233;s dans le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconna&#238;tre l'imbrication des relations de classes et d'autres formes de relations sociales et de rapports d'oppression ne signifie pas que les classes soient une r&#233;alit&#233; moins importante dans la soci&#233;t&#233; contemporaine. Il s'agit simplement de reconna&#238;tre qu'il n'existe pas de classe, comprise comme une formation sociale, qui ne soit pas racialis&#233;e, qui ne soit pas genr&#233;e ou qui ne soit pas organis&#233;e sur la base d'un syst&#232;me dominant de r&#233;gulation sexuelle, etc. Il faut donc retourner &#224; cette notion dialectique voulant que tout ph&#233;nom&#232;ne est une unit&#233; de divers aspects, comme le dit Marx dans l'introduction des Grundrisse, et que la classes des travailleur&#183;ses ne prend donc jamais une forme unique. Les travailleur&#183;ses sont uni&#183;es au-del&#224; de leur diversit&#233;, mais cette diversit&#233; est aussi un &#233;l&#233;ment crucial &#224; consid&#233;rer. Les exp&#233;riences sp&#233;cifiques d'oppression ne se r&#233;sument pas aux contradictions de classe mais, heureusement, dans la mesure o&#249; nous partageons cette condition de classe, nous avons un espace &#8211; le mouvements des travailleur&#183;ses &#8211; au sein duquel nous pouvons d&#233;velopper une politique partag&#233;e de r&#233;sistance anti-raciste, f&#233;ministe et pro-queer. Ce que tou&#183;tes les travailleur&#183;ses ont en commun, c'est leur d&#233;possession et la marchandisation de leur force de travail. C'est en luttant contre cette situation qu'on d&#233;couvre notre unit&#233; r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Xavier Lafrance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;traduction fran&#231;aise : &#171; Crise globale &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les donn&#233;es rassembl&#233;es par Martin Wolf, &#171; The Eurozone after Strauss-Kahn &#187;, &lt;i&gt;The Financial Times&lt;/i&gt;, 17 mai 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Brenner, &lt;i&gt;The Economics of Global Turbulence&lt;/i&gt;, Verso Books, New York, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/interviews/reconstruire-infrastructures-contestation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>&#201;tats-Unis : l'&#233;conomie des surnum&#233;raires et des d&#233;saffili&#233;s</title>
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		<dc:date>2011-09-16T14:49:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alan Maas</dc:creator>


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&lt;p&gt;La plaie du ch&#244;mage qui a pris le dessus durant cette Grande R&#233;cession (initi&#233;e en 2008) ne s'&#233;loigne pas. La crise de l'emploi aux Etats-Unis renvoie &#224; des r&#233;alit&#233;s inconnues depuis la d&#233;pression des ann&#233;es trente. Le New York Times du 13 septembre 2011 portait &#224; la connaissance de ses lecteurs les r&#233;sultats de la derni&#232;re &#233;tude (publi&#233;e le 12 septembre) du Census Bureau. En 2010, le nombre de personnes qui avaient rejoint l'&#171; arm&#233;e des pauvres &#187; avait augment&#233; de 2,6 millions. Ainsi, 46,2 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Amerique-du-Nord-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique du Nord&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Chomage-+" rel="tag"&gt;Ch&#244;mage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Economie-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Etats-Unis-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-International-216-+" rel="tag"&gt;International&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH115/arton3243-3761b.jpg?1629994107' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='115' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La plaie du ch&#244;mage qui a pris le dessus durant cette Grande R&#233;cession (initi&#233;e en 2008) ne s'&#233;loigne pas. La crise de l'emploi aux Etats-Unis renvoie &#224; des r&#233;alit&#233;s inconnues depuis la d&#233;pression des ann&#233;es trente. Le New York Times du 13 septembre 2011 portait &#224; la connaissance de ses lecteurs les r&#233;sultats de la derni&#232;re &#233;tude (publi&#233;e le 12 septembre) du Census Bureau. En 2010, le nombre de personnes qui avaient rejoint l'&#171; arm&#233;e des pauvres &#187; avait augment&#233; de 2,6 millions. Ainsi, 46,2 millions d'Am&#233;ricains vivaient sous la ligne de pauvret&#233;, fin 2010. Le &#171; chiffre &#187; le plus &#233;lev&#233; depuis 52 ans, soit depuis le d&#233;but de la p&#233;riode durant laquelle le Census Bureau produit cette statistique. Le revenu m&#233;dian des m&#233;nages, en termes r&#233;els (inflation d&#233;duite), se situe au niveau de 1996, ce qui indique un tassement des revenus des &#171; classes moyennes &#187;. Le seuil de pauvret&#233; est fix&#233; pour un m&#233;nage de quatre personnes &#224; 22'314 dollars par ann&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si la croissance continue au rythme atone actuel, sans m&#234;me prendre en compte une nouvelle r&#233;cession, la Brookings Institution estime que le nombre de pauvres &#8211; une donn&#233;e &#233;troitement li&#233;e au volume du ch&#244;mage de longue dur&#233;e, &#224; &#171; l'expulsion &#187; de l'emploi, au nombre d'heures travaill&#233;es annuellement, au d&#233;clin des salaires &#8211; augmentera de 10 millions jusqu'en 2015. Mais la &#171; Corporate America &#187; ne se pr&#233;occupe pas du tout de cela. Alan Maas examine donc, ici, les donn&#233;es chiffr&#233;es mais aussi des histoires de vie qui se cachent derri&#232;res les statistiques. Pour appr&#233;hender la dimension et les m&#233;canismes de la crise sociale aux Etats-Unis, les lecteurs et lectrices peuvent se rapporter &#224; l'ouvrage de Catherine Sauviat et Laurence Liz&#233;, &lt;i&gt;La crise du mod&#232;le social am&#233;ricain&lt;/i&gt;, Presses Universitaires de Rennes, avril 2010. (R&#233;daction &lt;i&gt;&#192; l'encontre&lt;/i&gt;)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Existe-t-il une voie de sortie ? C'est la question qui commence &#224; hanter des gens comme Carol.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carol (pr&#233;nom fictif) est sans emploi depuis plus d'une ann&#233;e et c'est une lutte pour elle et pour son mari de parvenir &#224; joindre les deux bouts, sur la c&#244;te nord-ouest du Pacifique, l&#224; o&#249; le co&#251;t de la vie est de pr&#232;s de 25% plus &#233;lev&#233; que la moyenne nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait un bon travail auparavant : directrice de la branche locale d'une entreprise multinationale. Mais l'entreprise a fait faillite lorsque la crise a frapp&#233;. Travaillant pour un sous-traitant, Carol a aid&#233; &#224; organiser la fermeture de son bureau et, au passage, elle a perdu elle-m&#234;me son job.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait il y a plus d'une ann&#233;e. Et c'est pour elle une ann&#233;e de travers&#233;e du d&#233;sert du travail. Carol a postul&#233; pour d'innombrables jobs. Elle a pris conseil aupr&#232;s d'&#171; experts &#187; et a m&#234;me assist&#233; &#224; des cours de &#171; reclassement &#187;. Mais en tant que femme de presque cinquante ans poss&#233;dant une grande exp&#233;rience professionnelle, Carol n'est pas vraiment le genre d'employ&#233;e que la plupart des entreprises recherchent &#8211; pour peu d'ailleurs que celles-ci cherchent &#224; embaucher. Son &#226;ge et son exp&#233;rience justifieraient un salaire sup&#233;rieur. Pourquoi donc une entreprise engagerait-elle Carol si elle peut embaucher un jeune pouvant faire le travail pour un salaire moindre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stress d'un ch&#244;mage de longue dur&#233;e est accablant et Carol en a fait l'am&#232;re exp&#233;rience. Elle a fait une d&#233;pression nerveuse, effectu&#233; des allers-retours entre son domicile et l'h&#244;pital le mois pass&#233; et a d&#251; &#233;galement prendre divers m&#233;dicaments. Les m&#233;decins l'ont diagnostiqu&#233;e comme &#233;tant bipolaire depuis toujours, bien que ses amis disent n'avoir vu aucun signe de cela jusqu'&#224; l'apparition du ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'y a-t-il vraiment aucun espoir &#224; l'horizon ? Le mari de Carol travaille encore, mais leurs factures s'empilent. Le couple s'est d&#233;clar&#233; en faillite personnelle et craint maintenant de perdre sa maison. Ils payaient 600 dollars par mois pour leur assurance-maladie, mais ont d&#251; modifier leur contrat et leur prime, qui est pass&#233;e maintenant &#224; 300 dollars. Ce qui ne permettra sans doute pas de couvrir le co&#251;t des r&#233;centes hospitalisations de Carol. Tout cela sans parler du fait que les allocations ch&#244;mage de Carol prendront fin le mois prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carol n'est bien s&#251;r pas la seule. Elle est l'une des 6,2 millions de personnes que le gouvernement f&#233;d&#233;ral d&#233;finit comme &#233;tant ch&#244;meur de longue dur&#233;e, sans travail depuis six mois ou plus. Ces personnes constituent 44,4% des gens officiellement consid&#233;r&#233;s comme ch&#244;meurs par le gouvernement. Cela correspond &#224; peu pr&#232;s au niveau record de l'ann&#233;e pass&#233;e, &#224; savoir 45,2 % au mois de mai 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heidi Shierholz, &#233;conomiste &#224; l'Economic Policy Institute [EPI, bas&#233; Washington, institut de tendance d&#233;mocrate progressiste], suit ces statistiques chaque jour et la description qu'elle fait de la situation &#224; laquelle des gens comme Carol doivent faire face est pour le moins concise : &lt;i&gt;&#171; Un d&#233;sastre absolu. Tout au long de la recherche d'un emploi, c'est juste un cauchemar. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous entendrez peut-&#234;tre des leaders politiques exprimer leur pr&#233;occupation au sujet de ce &#171; d&#233;sastre absolu &#187;. Mais quand il s'agit de faire quelque chose de concret, Washington prend une direction oppos&#233;e. L'obsession des R&#233;publicains et des D&#233;mocrates est de couper dans le d&#233;ficit et non de r&#233;duire le taux de ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Shierholz dit qu'elle en est &lt;i&gt;&#171; abasourdie &#187;&lt;/i&gt; et qu'&lt;i&gt;&#171; il existe juste une d&#233;connexion massive entre ce que fait Washington et ce qu'il faudrait faire pour retrouver la sant&#233; &#233;conomique dans ce pays &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ch&#244;meurs et sous-employ&#233;s : 25 millions &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon des mesures officielles, la Grande R&#233;cession s'est termin&#233;e il y a plus de deux ans. Mais le nombre total d'emplois salari&#233;s aux &#201;tats-Unis est aujourd'hui de 6,8 millions inf&#233;rieur au pic atteint avant la crise, selon les statistiques du gouvernement f&#233;d&#233;ral. De plus, pour r&#233;pondre &#224; l'augmentation du nombre de personnes en &#226;ge d'entrer sur le march&#233; du travail depuis ce pic, il aurait fallu cr&#233;er 4,3 millions d'emplois suppl&#233;mentaires. Cela signifie que le d&#233;ficit d'emplois nouveaux cr&#233;&#233;s, pour se situer au niveau de d&#233;cembre 2007, se chiffre &#224; 11,1 millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors combien de jobs ledit &#171; r&#233;tablissement &#187; de l'&#233;conomie am&#233;ricaine a-t-il cr&#233;&#233;s au mois de juillet 2011 ? Le Labor Departement [D&#233;partement du travail] annonce le nombre de 117'000, ce qui est juste assez pour faire face &#224; un mois d'augmentation de la population, ce qui est une paille par rapport au 11 millions pr&#233;cit&#233;s. Des analystes pr&#233;disent que les statistiques de l'emploi du mois d'ao&#251;t ne seront pas meilleures, peut-&#234;tre m&#234;me pires, selon ce qu'ils ont annonc&#233; au d&#233;but de septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taux de ch&#244;mage officiel continue &#224; se situer &#224; plus de 9%. C'est au-dessous du sommet de 10,2% atteint il y a deux ans. La raison de ce l&#233;ger recul ne r&#233;side pas dans le fait que les ch&#244;meurs auraient trouv&#233; un emploi, mais que beaucoup y ont tout simplement renonc&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une &#233;tude de EPI, datant du 7 septembre 2011, indique que durant les 25 mois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus des 13,9 millions de personnes compt&#233;es comme ch&#244;meurs-ch&#244;meuses, le Labor Department classe 2,8 millions de personnes comme &#233;tant &#171; marginalement attach&#233;es &#187; &#224; la force de travail, ce qui signifie qu'une fois ou l'autre au cours de l'ann&#233;e &#233;coul&#233;e ces personnes ont voulu travailler et ont essay&#233; de trouver un emploi, mais qu'elles n'ont pas fait de recherches durant les quatre semaines pr&#233;c&#233;dant l'enqu&#234;te la plus r&#233;cente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, le nombre de &#171; travailleurs d&#233;courag&#233;s &#187; est bien plus &#233;lev&#233; encore et, selon diff&#233;rentes estimations, ils seraient plusieurs millions &#224; correspondre &#224; la d&#233;finition donn&#233;e ci-dessus. Mais m&#234;me comme cela, si le calcul de EPI ne prenait en consid&#233;ration que lesdits &#171; marginalement attach&#233;s &#187;, le taux de ch&#244;mage officiel se situerait &#224; 10,7% et non &#224; 9,1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il y a les personnes &#171; sous-employ&#233;es &#187;, des personnes qui voudraient travailler &#224; plein-temps mais qui ont &#233;t&#233; contraintes d'accepter un travail &#224; temps partiel. Cette situation concerne 8,4 millions de personnes en juillet 2011, selon le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'indicateur incluant ch&#244;mage ou sous-emploi, calcul&#233; par le gouvernement am&#233;ricain, se situait &#224; hauteur de 16% en juillet, ce qui signifie qu'environ une personne sur six consid&#233;r&#233;e comme faisant partie de la force de travail entrait dans cette cat&#233;gorie plus inclusive, soit plus de 25 millions de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me cet indicateur-l&#224; peut-&#234;tre d&#233;cevant, selon Heidi Shierholz. En effet, les statistiques du Labor Department saisissent un instantan&#233; du ch&#244;mage pour chaque p&#233;riode de quatre semaines, manquant ainsi &lt;i&gt;&#171; beaucoup de gens qui ne sont peut-&#234;tre pas sans emploi maintenant, mais qui l'&#233;taient le mois pass&#233; et pourraient le devenir le mois prochain. Si vous comptez toutes les personnes qui sont sans emploi &#224; un moment ou &#224; un autre de l'ann&#233;e, le taux est alors encore plus &#233;lev&#233; que cela. Et si vous incluez les personnes qui ont eu un membre de leur famille touch&#233; par le ch&#244;mage, alors cela commence &#224; faire vraiment beaucoup. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quoi tout cela s'&#233;l&#232;ve-t-il ? Heidi Shierholz affirme que l'enqu&#234;te men&#233;e par l'institut Democracy Corps Political Strategy d&#233;montre que plus de 40% des gens vivant aux &#201;tats-Unis ont &#233;t&#233; eux-m&#234;mes au ch&#244;mage ou ont un membre de leur famille qui l'a &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe toute une industrie consacr&#233;e &#224; aider les gens sans-emploi &#224; trouver des jobs, qui dispense des conseils sur tout, allant de la fa&#231;on de s'habiller &#224; celle de bavarder, de se vendre, de se pr&#233;senter. Mais quel conseil peut-il &#234;tre offert sur le probl&#232;me le plus basique que doivent affronter aujourd'hui les ch&#244;meurs et ch&#244;meuse, &#224; savoir le fait qu'il n'y a juste pas de boulot ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'assurance&#8230; d'avoir des soucis quotidiens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Kate quant &#224; elle a obtenu son dipl&#244;me en 2009 dans une universit&#233; de l'&#201;tat de New York. &lt;i&gt;&#171; J'ai fait des offres pour 25 &#224; 30 jobs sur une p&#233;riode de quatre semaines et je n'ai m&#234;me pas obtenu un entretien &#187;&lt;/i&gt;, dit-elle. &lt;i&gt;&#171; La r&#233;ponse habituelle que j'ai re&#231;ue, c'est que s'ils ne me demandaient pas un entretien, c'est qu'ils avaient trouv&#233; des candidats ayant plus d'ann&#233;es d'exp&#233;rience et qu'ils ne voulaient pas engager quelqu'un sortant de l'universit&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des millions de ch&#244;meurs font cette exp&#233;rience de recherche d'emploi sans fin. Et ce n'est pas &#233;tonnant puisque selon le Labor Department, il y a 4 &#224; 5 ch&#244;meurs pour chaque emploi offert dans l'&#233;conomie am&#233;ricaine en g&#233;n&#233;ral. Le ratio a &#233;t&#233; au-dessus de 4 &#224; 1 pour les derni&#232;res deux ann&#233;es et demie. En comparaison, le ratio le plus &#233;lev&#233; de demandeurs d'emploi &#233;tait de 2,8 &#224; 1 lors de la r&#233;cession du d&#233;but des ann&#233;es 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela que des gens comme Carol continuent &#224; chercher et &#224; chercher encore un emploi et ne trouvent rien. En fait, les statistiques du gouvernement montrent que les annonces de licenciement ont ralenti et qu'elles se trouvent au niveau d'avant la r&#233;cession. Ainsi, si vous avez actuellement un emploi, vous n'avez pas plus de risques de le perdre qu'avant la r&#233;cession. Mais qu'en sera-t-il si l'&#233;conomie continue &#224; s'enfoncer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heidi Shierholz montre que cela n'est qu'une &lt;i&gt;&#171; petite consolation pour les gens sans emploi. Ce dont ces gens ont besoin, c'est de la mise sur le march&#233; d'emplois nouveaux &#224; saisir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout le monde ne pense pas que des personnes comme Carol passent par un tr&#232;s mauvais moment. Ainsi, Tom Corbett, le gouverneur r&#233;publicain de Pennsylvanie, vous dira que les ch&#244;meurs &lt;i&gt;&#171; ne veulent pas retourner au travail tant qu'ils touchent du ch&#244;mage &#187;&lt;/i&gt;, comme il l'a dit l'ann&#233;e pass&#233;e. Quant &#224; l'Arizonien Jon Kyl, s&#233;nateur r&#233;publicain de deuxi&#232;me zone, il a d&#233;clar&#233; que &lt;i&gt;&#171; le fait de continuer &#224; payer des indemnit&#233;s de ch&#244;mage aux gens les dissuadaient de chercher un nouveau travail &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dommage que Kyl n'ait pas eu &#224; chercher derni&#232;rement un nouveau travail &#8211; il aurait alors appris dans la douleur que la plus grande &#171; dissuasion &#187; pour le ch&#244;meur est le fait qu'il y a quatre &#224; cinq fois plus de gens comme lui que de boulot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les maigres allocations que les ch&#244;meurs re&#231;oivent par le programme d'assurance-ch&#244;mage ne semblent pas &#234;tre un frein &#224; la recherche d'emploi, comme cela est souvent affirm&#233;. Tout le monde qui a d&#251; une fois faire la queue au ch&#244;mage le sait, le ch&#232;que hebdomadaire constitue une fraction seulement du salaire d'un emploi &#224; temps plein. L'indemnit&#233; maximale varie d'un &#201;tat &#224; l'autre, mais selon des statistiques f&#233;d&#233;rales de l'ann&#233;e pass&#233;e, une personne au ch&#244;mage recevait en moyenne 295 dollars par semaine, alors que le salaire hebdomadaire moyen (pour un temps complet) &#233;tait pour la m&#234;me p&#233;riode de 865 dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Shane, la perte de son salaire a &#233;t&#233; le moindre mal. Quand il vivait &#224; Cincinnati, il &#233;tait membre du syndicat International Brotherhood of Electrical Workers Local 212, donc avec un salaire li&#233; &#224; une convention. Il travaillait comme &#233;lectricien, jusqu'&#224; ce qu'il soit licenci&#233; en septembre 2009 au moment o&#249; crise de l'emploi a atteint son sommet. &lt;i&gt;&#171; Lorsque je recevais les indemnit&#233;s de ch&#244;mage, mon revenu &#233;tait de 40% inf&#233;rieur &#224; mon salaire pr&#233;c&#233;dent &#187;&lt;/i&gt;, dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais remplacer les assurances (sant&#233; et retraite) qu'assure un emploi conventionn&#233; &#233;tait un d&#233;fi beaucoup plus grand. &lt;i&gt;&#171; J'ai un enfant en difficult&#233; pour lequel les factures m&#233;dicales atteignent en moyenne 1500 dollars par mois &#187;&lt;/i&gt;, dit Shane. &lt;i&gt;&#171; L'&#233;l&#233;ment le plus p&#233;nible de mon licenciement a &#233;t&#233; le fait de devoir payer moi-m&#234;me ma couverture d'assurance-maladie. Non seulement celle-ci &#233;tait tout &#224; coup de 600 dollars par mois, mais apr&#232;s 10 mois, la compagnie d'assurance nous a l&#226;ch&#233;s. Un plan de famille COBRA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Consolidated Omnibus Budget Reconciliation Act : ce plan permet &#224; un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; s'&#233;levait &#224; 810 dollars par mois, et cela repr&#233;sentait au mieux une couverture minimale. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nancy a &#233;t&#233; confront&#233;e au m&#234;me dilemme. Elle est de la Caroline du Sud et a &#233;t&#233; sans emploi pendant plus de deux ans. Elle raconte comment elle a re&#231;u des offres de la part d'assurances dans le cadre du programme gouvernemental COBRA qui permet &#224; des travailleurs licenci&#233;s de conserver une couverture de sant&#233;, mais &#224; un co&#251;t extr&#234;mement &#233;lev&#233;. &lt;i&gt;&#171; Vous &#234;tes forc&#233; ou de vous endetter encore plus pour la payer, ou &#224; renoncer &#224; tout &#187;&lt;/i&gt;, dit-elle. &lt;i&gt;&#171; Les deux fois o&#249; j'ai perdu mon emploi, je n'ai pas pu m'offrir COBRA et pour cela je suis rest&#233;e sans couverture maladie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de cela, il y a toute la paperasserie que le ch&#244;meur doit n&#233;gocier, que ce soit s'il veut garder son assurance-maladie avec COBRA ou juste faire les d&#233;marches pour recevoir des indemnit&#233;s, ce qui constitue un job en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Shane dit que toute cette paperasserie ajoute l'insulte &#224; l'injure. &lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s chaque changement d'&#201;tat ou de couverture [assurances], vous devez red&#233;poser une demande. Il y a alors une p&#233;riode d'attente, d'environ deux semaines. Durant cette p&#233;riode, vous n'avez pas de revenu, et quand votre demande aboutit enfin, vous ne recevez les indemnit&#233;s que d'une semaine. En plus du fait de ne recevoir que 60% de votre salaire et de perdre quatre &#224; cinq semaines de salaire par ann&#233;e, c'est une lutte pour payer quoi que ce soit. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voulez parier sur le fait de savoir si Tom Corbett ou Jon Kyl touchent, eux, tous leurs salaires ? La r&#233;elle &#171; dissuasion &#187; est contre le ch&#244;meur qui fait les d&#233;marches pour toucher des allocations ch&#244;mage, puis pour r&#233;ussir &#224; y rester. Plut&#244;t qu'une forme d'&#171; assurance &#187;, comme leur nom l'indique, les indemnit&#233;s de ch&#244;mage sont une cause suppl&#233;mentaire d'anxi&#233;t&#233; dans une vie remplie de soucis sur ce qui va advenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nancy dit que c'est m&#234;me difficile de penser &#224; faire quelque chose de distrayant avec des amis depuis qu'elle n'a plus de travail. &lt;i&gt;&#171; Pour beaucoup de gens, le revenu est d&#233;j&#224; d&#233;pens&#233; [&#224; cr&#233;dit] quand il arrive. Donc m&#234;me si vous recevez un petit extra, vous avez mauvaise conscience de le d&#233;penser. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, comme Nancy tient &#224; le dire, c'est la m&#234;me chose pour des millions et des millions d'autres gens &#8211; ceux qui ont des boulots dans l'&#233;conomie des surnum&#233;raires et des d&#233;saffili&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une &#233;tude de EPI, datant du 7 septembre 2011, indique que durant les 25 mois qui ont fait suite &#224; la relance molle &#8211; apr&#232;s la fin de r&#233;cession du d&#233;but des ann&#233;es 2000 &#8211; les nouveaux emplois cr&#233;&#233;s de d&#233;cembre 2001 &#224; d&#233;cembre 2003 s'&#233;levaient &#224; 85,5 millions. Actuellement, de juillet 2009 &#224; juillet 2011 &#8211; donc 25 mois apr&#232;s la fin formelle de la r&#233;cession &#8211; le nombre total d'emplois cr&#233;&#233;s se situe &#224; hauteur de 68,4 millions, soit 20% de moins. NdlR.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Consolidated Omnibus Budget Reconciliation Act : ce plan permet &#224; un travailleur qui l'a perdue, suite &#224; un licenciement, de garder la couverture du r&#233;seau sant&#233; dans lequel il &#233;tait ins&#233;r&#233;, en prenant la totalit&#233; des primes en charge et cela durant une p&#233;riode d'un an, en g&#233;n&#233;ral&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Source : Publi&#233; par &lt;i&gt;Alencontre&lt;/i&gt; le 15 - septembre &#8211; 2011&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (Traduction &lt;i&gt;&#192; l'Encontre&lt;/i&gt;, article publi&#233; le 2 septembre sur le site de l'International Socialist Organization des &#201;tats-Unis)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>C&#233;dric Durand a offert cette conf&#233;rence suite &#224; la publication de son dernier livre &#171; Le Capitalisme est-il ind&#233;passable ? &#187; </title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Cedric-Durand-a-offert-cette-conference-suite-a-la-publication-de-son-dernier</link>
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		<dc:date>2011-09-16T14:48:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C&#233;dric Durand a offert cette conf&#233;rence suite &#224; la publication de son dernier livre &#171; Le Capitalisme est-il ind&#233;passable ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; C&#233;dric Durand est membre du Nouveau Parti Anticapitaliste de France. Cette conf&#233;rence a &#233;t&#233; donn&#233;e le 16 juin 2010, &#224; Qu&#233;bec. Elle a &#233;t&#233; organis&#233;e par le collectif Gauche Socialiste et par l'association qu&#233;b&#233;coise d'Alternative Socialise, avec la coop&#233;ration de Qu&#233;bec solidaire - Capitale-Nationale et Qu&#233;bec solidaire - Universit&#233; Laval. &lt;br class='autobr' /&gt;
C&#233;dric Durand a offert (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C&#233;dric Durand a offert cette conf&#233;rence suite &#224; la publication de son dernier livre &#171; Le Capitalisme est-il ind&#233;passable ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#034;158&#034; height=&#034;120&#034; src=&#034;http://www.youtube.com/embed/OIonthz2MkE&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C&#233;dric Durand est membre du Nouveau Parti Anticapitaliste de France. Cette conf&#233;rence a &#233;t&#233; donn&#233;e le 16 juin 2010, &#224; Qu&#233;bec. Elle a &#233;t&#233; organis&#233;e par le collectif Gauche Socialiste et par l'association qu&#233;b&#233;coise d'Alternative Socialise, avec la coop&#233;ration de Qu&#233;bec solidaire - Capitale-Nationale et Qu&#233;bec solidaire - Universit&#233; Laval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;dric Durand a offert cette conf&#233;rence suite &#224; la publication de son dernier livre &#171; Le Capitalisme est-il ind&#233;passable ? &#187; (&#233;diteur Textuel, 3 f&#233;vrier 2010, ISBN : 978-2-84597-359-6).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Quelles sont les causes de la famine ?</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Quelles-sont-les-causes-de-la-famine</link>
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		<dc:date>2011-08-31T15:31:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Esther Vivas</dc:creator>


		<dc:subject>Mondialisation</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Somalie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous vivons dans un monde d'abondance. Selon les chiffres de l'Organisation des Nations Unies pour l'Agriculture et l'Alimentation (FAO), on produit aujourd'hui de la nourriture pour 12 milliards de personnes, alors que la plan&#232;te compte 7 milliards d'&#234;tres humains. De la nourriture, il y en a. Alors pourquoi dans ce cas une personne sur sept dans le monde souffre de la faim ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La menace alimentaire qui touche plus de 10 millions de personnes dans la Corne de l'Afrique remet en lumi&#232;re la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH96/arton3235-78917.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous vivons dans un monde d'abondance. Selon les chiffres de l'Organisation des Nations Unies pour l'Agriculture et l'Alimentation (FAO), on produit aujourd'hui de la nourriture pour 12 milliards de personnes, alors que la plan&#232;te compte 7 milliards d'&#234;tres humains. De la nourriture, il y en a. Alors pourquoi dans ce cas une personne sur sept dans le monde souffre de la faim ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La menace alimentaire qui touche plus de 10 millions de personnes dans la Corne de l'Afrique remet en lumi&#232;re la fatalit&#233; d'une catastrophe qui n'a pourtant rien de naturelle. S&#233;cheresses, inondations, conflits arm&#233;s... tout cela contribue &#224; aggraver une situation d'extr&#234;me vuln&#233;rabilit&#233; alimentaire, mais ce ne ce sont pas les seuls facteurs explicatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation de famine dans la Corne de l'Afrique n'est pas une nouveaut&#233;. La Somalie vit une situation d'ins&#233;curit&#233; alimentaire depuis 20 ans. Et, p&#233;riodiquement, les m&#233;dias nous remuent de nos confortables divans en nous rappelant l'impact dramatique de la faim dans le monde. En 1984, pr&#232;s d'un million de morts en Ethiopie ; en 1992, 300.000 somaliens ont perdu la vie &#224; cause de la faim ; en 2005, pr&#232;s de cinq millions de personnes au bord de la mort au Malawi, pour ne citer que quelques cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faim n'est pas une fatalit&#233; in&#233;vitable qui affecterait seulement certains pays. Les causes de la faim sont politiques. Qui contr&#244;le les ressources naturelles (terres, eau, semences) qui permettent la production de nourriture ? A qui profitent les politiques agricoles et alimentaires ? Aujourd'hui, les aliments sont devenus une marchandise et leur fonction principale, nous nourrir, est mise &#224; l'arri&#232;re plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pointe du doigt la s&#233;cheresse, avec les pertes de r&#233;coltes et de b&#233;tail cons&#233;cutives, comme l'une des principales explications de la famine dans la Corne de l'Afrique. Mais alors comment expliquer que des pays tels que les Etats-Unis ou l'Australie, qui subissent r&#233;guli&#232;rement de graves s&#233;cheresses, ne souffrent pas de famines extr&#234;mes ? Evidement, les ph&#233;nom&#232;nes m&#233;t&#233;orologiques peuvent aggraver les probl&#232;mes alimentaires, mais ils ne suffisent pas &#224; expliquer les causes de la faim. En ce qui concerne la production d'aliments, le contr&#244;le des ressources naturelles est la cl&#233; pour comprendre pour qui et pourquoi on les produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans plusieurs pays de la Corne de l'Afrique, l'acc&#232;s &#224; la terre et un bien rare. L'achat massif de sols fertiles de la part d'investisseurs &#233;trangers (agro-industrie, gouvernements, fonds sp&#233;culatifs...) a provoqu&#233; l'expulsion de milliers de paysans de leurs terres, diminuant ainsi leur capacit&#233; &#224; satisfaire leurs propres besoins alimentaires de mani&#232;re autonome. Ainsi, tandis que le Programme Mondial Alimentaire tente de nourrir des milliers de r&#233;fugi&#233;s au Soudan, des gouvernements &#233;trangers (Kowe&#239;t, Emirats arabes unis, Cor&#233;e...) y ach&#232;tent des terres pour produire et exporter des aliments pour leurs propres populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;galement rappeler que la Somalie, malgr&#233; les s&#233;cheresses r&#233;currentes, &#233;tait un pays autosuffisant dans la production d'aliments jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1970. Sa souverainet&#233; alimentaire a &#233;t&#233; mise en pi&#232;ce au cours des trois d&#233;cennies suivantes. A partir des ann&#233;es 1980, les politiques impos&#233;es par le Fonds Mon&#233;taire International et la Banque Mondiale pour que le pays puisse rembourser sa dette au Club de Paris se sont traduites par l'imposition d'un ensemble de mesures d'ajustement. En ce qui concerne l'agriculture, ces derni&#232;res impliquaient une politique de lib&#233;ralisation commerciale et d'ouverture des march&#233;s, permettant ainsi l'entr&#233;e massive de produits subsidi&#233;s - comme le riz et le bl&#233; - des multinationales agro-industrielles nord-am&#233;ricaines et europ&#233;ennes, qui ont commenc&#233; &#224; vendre leurs produits en dessous de leur prix de production, faisant ainsi une concurrence d&#233;loyale aux produits autochtones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;valuations p&#233;riodiques de la monnaie somalienne ont &#233;galement provoqu&#233; une hausse des prix des intrants agricoles tandis que la politique en faveur des monocultures pour l'exportation a progressivement forc&#233; les paysans &#224; abandonner les campagnes. La m&#234;me chose s'est produite dans d'autres pays, non seulement en Afrique, mais aussi en Am&#233;rique latine et en Asie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e des prix des c&#233;r&#233;ales de base est un autre des &#233;l&#233;ments d&#233;sign&#233;s comme d&#233;tonateurs des famines dans la Corne de l'Afrique. En Somalie, les prix du ma&#239;s et du sorgho rouge ont respectivement augment&#233; de 106 et 180% par rapport &#224; l'ann&#233;e derni&#232;re. En Ethiopie, le co&#251;t du bl&#233; a augment&#233; de 85% par rapport &#224; 2010. Et au Kenya, la valeur du ma&#239;s a augment&#233; de 55% en un an. Des hausses qui ont rendus ces aliments inaccessibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelles sont les raisons de cette escalade des prix ? Plusieurs indices pointent la sp&#233;culation financi&#232;re sur les mati&#232;res premi&#232;res alimentaires. Les prix des aliments sont d&#233;termin&#233;s dans les Bourses de valeurs, dont la plus importante, &#224; l'&#233;chelle mondiale, est celle de Chicago, tandis qu'en Europe les aliments sont commercialis&#233;s dans les march&#233;s &#224; terme de Londres, Paris, Amsterdam et Francfort. Mais, aujourd'hui, la majeure partie de l'achat et de la vente de ces marchandises ne correspond pas &#224; des &#233;changes commerciaux r&#233;els.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On estime, d'apr&#232;s Mike Masters, responsable du fonds de pension Masters Capital Management, que 75% des investissements financiers dans le secteur agricole sont de caract&#232;re sp&#233;culatif. On ach&#232;te et on vend des mati&#232;res premi&#232;res dans le but de sp&#233;culer avec elles en faisant un profit qui se r&#233;percute finalement dans l'augmentation du prix de la nourriture pour le consommateur final. Les m&#234;mes banques, fonds &#224; hauts risques, compagnies d'assurances, qui ont provoqu&#233; la crise des &#8220;subprimes&#8221; sont celles qui sp&#233;culent aujourd'hui avec la nourriture, profitant de march&#233;s globaux profond&#233;ment d&#233;r&#233;gul&#233;s et hautement rentables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise alimentaire &#224; l'&#233;chelle globale et la famine dans la Corne de l'Afrique en particulier sont les fruits de la globalisation alimentaire au service des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s. La cha&#238;ne de production, de distribution et de consommation des aliments est entre les mains d'une poign&#233;e de multinationales qui placent leurs int&#233;r&#234;ts particuliers au dessus des n&#233;cessit&#233;s collectives. Tout au long de ces derni&#232;res d&#233;cennies, elles ont min&#233;, avec le soutien des institutions financi&#232;res internationales, la capacit&#233; des Etats du sud &#224; d&#233;cider sur leurs politiques agricoles et alimentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons au d&#233;but. Pourquoi la faim existe-t-elle dans un monde d'abondance ? La production d'aliments a &#233;t&#233; multipli&#233;e par trois depuis les ann&#233;es 1970, tandis que la population mondiale n'a fait que doubler depuis lors. Nous ne sommes donc pas face &#224; un probl&#232;me de production de nourriture, mais bien devant un probl&#232;me d'acc&#232;s &#224; la nourriture. Comme le soulignait le rapporteurs de l'ONU pour le droit &#224; l'alimentation, Olivier de Schutter, dans une interview au journal &#8220;El Pais&#8221; : &#8220;La faim est un probl&#232;me politique. C'est une question de justice sociale et de politiques de redistribution&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous voulons en finir avec la faim dans le monde, il est urgent d'opter pour d'autres politiques agricoles et alimentaires qui mettent au centre de leur pr&#233;occupation les personnes et leurs besoins, ceux qui travaillent la terre et l'&#233;cosyst&#232;me. Il s'agit de parvenir &#224; ce que le mouvement international Via Campesina appelle la &#8220;souverainet&#233; alimentaire&#8221;, et de r&#233;cup&#233;rer la capacit&#233; de d&#233;cider sur ce que nous mangeons. En reprenant un des slogans les plus connus du Mouvement du 15-M : &#8220;une d&#233;mocratie r&#233;elle, maintenant&#8221; dans l'agriculture et l'alimentation est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;*Esther Vivas participe au Centre d'&#233;tudes sur les mouvements sociaux (CEMS) de l'Universitat Pompeu Fabra (UPF) en Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; comme opinion dans le journal &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt;, 30/07/2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***Traduction fran&#231;aise par Ataulfo Riera pour le site &lt;a href=&#034;http://www.lcr-lagauche.be&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lcr-lagauche.be&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+info : &lt;a href=&#034;http://esthervivas.wordpress.com/francais&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://esthervivas.wordpress.com/francais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand les banques font main basse sur les politiques publiques</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Quand-les-banques-font-main-basse-sur-les-politiques-publiques</link>
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		<dc:date>2011-06-21T16:50:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Chesnais</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Annulation de la dette</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Chesnais, r&#233;dacteur de la revue Carr&#233; rouge, vient de publier un livre important, intitul&#233; Les dettes ill&#233;gitimes. Quand les banques font main basse sur les politiques publiques (&#201;ditions Raisons d'agir, 2011). Un livre p&#233;dagogique d&#233;gageant les m&#233;canismes financiers et bancaires &#224; l'origine de la dette dite souveraine. Il indique aussi l'actualit&#233; d'une bataille europ&#233;enne pour l'annulation des dettes ill&#233;gitimes. &lt;br class='autobr' /&gt;
A l'heure o&#249; l'affrontement socio-politique en Gr&#232;ce a atteint un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Europe-50-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Annulation-de-la-dette-+" rel="tag"&gt;Annulation de la dette&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L95xH150/arton3194-ff965.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fran&#231;ois Chesnais, r&#233;dacteur de la revue Carr&#233; rouge, vient de publier un livre important, intitul&#233; &lt;i&gt;Les dettes ill&#233;gitimes. Quand les banques font main basse sur les politiques publiques&lt;/i&gt; (&#201;ditions Raisons d'agir, 2011). Un livre p&#233;dagogique d&#233;gageant les m&#233;canismes financiers et bancaires &#224; l'origine de la dette dite souveraine. Il indique aussi l'actualit&#233; d'une bataille europ&#233;enne pour l'annulation des dettes ill&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure o&#249; l'affrontement socio-politique en Gr&#232;ce a atteint un nouveau stade, o&#249; la m&#234;me question se pose au Portugal dans l'imm&#233;diat et en perspective en Espagne, la lecture de ce livre de Fran&#231;ois Chesnais permet de saisir les multiples facettes de la dite &#171; crise de la dette souveraine &#187; et trace les voies d'un mouvement europ&#233;en et international contre une des machines capitalistes de destruction sociale et environnementale. Fran&#231;ois Chesnais, dans l'article ci-dessous, met en relief les traits saillants du th&#232;me qu'il traite dans son ouvrage. La lecture de cet article ne peut que susciter le besoin de lire son livre. (R&#233;daction, &lt;i&gt;&#192; l'encontre&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au printemps de 2010, les grandes banques europ&#233;ennes, au premier chef les banques fran&#231;aises et allemandes ont convaincu l'Union europ&#233;enne et la BCE, que le risque de d&#233;faut de paiement de la dette publique de la Gr&#232;ce mettait leur bilan en danger. Elles ont demand&#233; d'&#234;tre mises &#224; l'abri des cons&#233;quences de leur gestion. Les grandes banques europ&#233;ennes ont &#233;t&#233; fortement aid&#233;es &#224; l'automne 2008 au moment o&#249; la faillite de la banque Lehman Brothers &#224; New York a port&#233; la crise financi&#232;re &#224; son paroxysme. Depuis leur sauvetage, elles n'ont pas &#233;pur&#233; tous les actifs toxiques de leurs comptes. Elles ont pourtant continu&#233; &#224; faire des placements &#224; haut risque. Chez certaines le moindre d&#233;faut de paiement signifierait la faillite. En mai 2010, un plan de sauvetage a &#233;t&#233; mont&#233;, avec un volet financier et un volet d'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire drastique et de privatisation acc&#233;l&#233;r&#233;e : fortes baisses des d&#233;penses sociales ; diminution de traitements des fonctionnaires et r&#233;duction de leur nombre ; nouvelles atteintes aux syst&#232;mes des retraites, que ceux-ci soient par capitalisation ou par r&#233;partition. Les premiers pays, tels la Gr&#232;ce et le Portugal, &#224; les avoir appliqu&#233;es ont &#233;t&#233; pris dans une spirale infernale dont les couches populaires et les jeunes sont les victimes imm&#233;diates. Elle concerne de mois en mois un nombre plus important de pays en Europe occidentale et m&#233;diterran&#233;enne, apr&#232;s avoir ravag&#233; les pays baltiques et balkaniques. C'est aux travailleurs, &#224; la jeunesse et aux couches populaires les plus vuln&#233;rables qu'on impose le co&#251;t du sauvetage du syst&#232;me financier europ&#233;en et partant du syst&#232;me mondial.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A-t-on besoin des banques dans leur forme actuelle ? Faut-il continuer &#224; les sauver ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux s&#233;ries d'id&#233;es &#233;troitement entrem&#234;l&#233;es nous sont ass&#233;n&#233;es, &#224; quelques nuances pr&#232;s, par le gouvernement comme par les dirigeants de l'UMP, du Parti socialiste et des partis dits centristes. Les premi&#232;res concernent la dette publique, les secondes les banques. Les &#171; sacrifices &#187; demand&#233;s sur le plan des retraites, du gel du point d'indice dans la fonction publique, les nouvelles coupures drastiques dans le budget de l'enseignement, etc., etc., sont n&#233;cessaires, nous dit-on, afin que &#171; la dette de la France soit honor&#233;e &#187;. Il faut &#233;viter aussi que la France ne perde pas la note AAA que lui accordent les agences de notation, et qu'elle ne soit pas oblig&#233;e de payer des int&#233;r&#234;ts sur la dette publique plus &#233;lev&#233;s que ceux qu'elle paie actuellement. Pour ce qui est des banques, elles ont des fonctions indispensables qu'elles rempliraient bien, ou en tous les cas suffisamment bien, pour qu'il soit n&#233;cessaire et l&#233;gitime de leur venir au secours chaque fois qu'elles ne le demandent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'injonction &#171; d'honorer la dette &#187; comme celle d'aider les banques repose sur l'id&#233;e que des sommes repr&#233;sentant le fruit d'une &#233;pargne patiemment amass&#233;e par un dur labeur, auraient &#233;t&#233; pr&#234;t&#233;es. &lt;i&gt;&#171; La plupart des &#233;conomistes&lt;/i&gt;, &#233;crit un sp&#233;cialiste du cr&#233;dit travaillant aux Etats-Unis, &lt;i&gt;pensent que les banques sont de simples interm&#233;diaires entre les d&#233;posants et les emprunteurs. Une autre fa&#231;on d'exprimer cette croyance largement partag&#233;e est de dire que les banques collectent l'&#233;pargne et financent l'investissement. De l&#224;, il n'y a qu'un petit pas pour conclure qu'un montant donn&#233; d'&#233;pargne doit s'&#234;tre constitu&#233; avant qu'un investissement puisse se faire &#187;&lt;/i&gt;[1]. La r&#233;alit&#233; est toute autre. Les banques pr&#234;tent sans commune mesure avec le montant des d&#233;p&#244;ts et de la petite &#233;pargne qui leur est confi&#233;e. Elles n'ont jamais &#233;t&#233; de simples interm&#233;diaires. Depuis leur transformation en groupes financiers diversifi&#233;s aux op&#233;rations transnationales, elles le sont moins que jamais. Les profits bancaires proviennent de leurs op&#233;rations de cr&#233;ation de cr&#233;dit. Leur source se trouve dans le flux de richesse (valeur et plus value) venant des activit&#233;s de production. Le chemin emprunt&#233; diff&#233;rera selon l'emprunteur. Dans le cas d'un Etat, il passe par l'imp&#244;t et le service des int&#233;r&#234;ts de la dette publique. Dans celui d'une entreprise, il s'agit d'une fraction du profit. Dans le cas de particuliers et de m&#233;nages, c'est une partie de leur salaire ou de leur retraite qui est absorb&#233;e par les int&#233;r&#234;ts qu'ils paient sur leurs cr&#233;dits hypoth&#233;caires ou leurs cartes de cr&#233;dit. Plus une banque pr&#234;te, plus ses profits sont &#233;lev&#233;s. Au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies, elles ont con&#231;u les moyens qui ont sembl&#233; leur permettre de le faire. Les &#171; innovations financi&#232;res &#187; ont donn&#233; naissance &#224; un r&#233;seau tr&#232;s dense de transactions interbancaires. C'est &#224; partir de ces &#171; innovations &#187; que les banques ont pu actionner ce qui est nomm&#233; &#171; &lt;i&gt;l'effet de levier&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire un ratio de pr&#234;ts &#224; leurs capitaux propres et encaisses disponibles, dont la hauteur (jusqu'&#224; plus de 30%) les met en permanence en situation de grande fragilit&#233;. Elles le savent, mais elles comptent sur les gouvernements pour leur assurer en toutes circonstances et quel qu'en soit le co&#251;t social un filet de s&#233;curit&#233; et en cas extr&#234;me la socialisation de leurs pertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FMI publie tous les six mois &#224; peu pr&#232;s simultan&#233;ment deux grands rapports, l'un sur les perspectives de l'&#233;conomie mondiale et l'autre sur l'&#233;tat du syst&#232;me financier mondial. Le premier attire l'attention de tous les &#233;conomistes. Le FMI y pr&#233;sente ses projections macro&#233;conomiques. Ils sont donc en terrain familier. Le second n'est lu que par ceux qui accordent, dans le cadre de la mondialisation commerciale et financi&#232;re, une importance &#224; la finance et aux crises financi&#232;res. En janvier 2011, FMI estimait d&#233;j&#224; que l'une des grandes incertitudes de la situation &#233;conomique mondiale tenait &#224; ce qu'en Europe &lt;i&gt;&#171; l'interaction entre les risques souverain et bancaire s'intensifie &#187;&lt;/i&gt;[2]. Le premier chapitre du nouveau rapport sur la situation du syst&#232;me financier mondial confirme cette appr&#233;ciation. Il met l'accent sur la vuln&#233;rabilit&#233; des banques, en particulier des banques europ&#233;ennes[3]. L'appr&#233;ciation du directeur du d&#233;partement des march&#233;s financiers et mon&#233;taires du FMI est la suivante : &lt;i&gt;&#171; Pr&#232;s de quatre ans apr&#232;s le d&#233;but de la crise financi&#232;re, la confiance dans la stabilit&#233; du syst&#232;me bancaire global doit toujours &#234;tre enti&#232;rement restaur&#233;e &#187;&lt;/i&gt;. Et de souligner pour ce qui est des banques europ&#233;ennes : &lt;i&gt;&#171; Certaines banques ont toujours un ratio d'effet de levier trop important, ont des capitaux propres insuffisants, compte tenu de l'incertitude sur la qualit&#233; de leurs actifs. Ces faibles niveaux de fonds propres rendent certaines banques allemandes, ainsi que les caisses d'&#233;pargne italiennes, portugaises et espagnoles en difficult&#233;, vuln&#233;rables &#224; de nouveaux chocs. &#187;&lt;/i&gt; [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le des banques est de fournir du cr&#233;dit commercial (l'escompte des effets commerciaux &#224; tr&#232;s court terme) et des pr&#234;ts &#224; plus long terme aux entreprises pour leurs investissements. Ce r&#244;le est indispensable au fonctionnement du capitalisme. Il le serait aussi pour toute forme d'organisation &#233;conomique fond&#233;e sur des modalit&#233;s d&#233;centralis&#233;es de propri&#233;t&#233; sociale des moyens de production supposant le recours &#224; l'&#233;change. Le bilan de trois d&#233;cennies de lib&#233;ralisation financi&#232;re et de quatre ann&#233;es de crise pose, en tout &#233;tat de cause, la question de l'utilit&#233; &#233;conomique et sociale des banques dans leur forme actuelle. Devenues des conglom&#233;rats financiers, les banques ont-elles droit au soutien des gouvernements et des contribuables chaque fois que leurs bilans sont menac&#233;s du fait de leurs propres d&#233;cisions de gestion ? Beaucoup de gens commencent &#224; en douter. Ils l'expriment parfois, comme l'a fait Eric Cantona [footballeur fran&#231;ais qui a eu son heure de gloire en France et en Angleterre, et qui avait appel&#233; &#224; un retrait des d&#233;p&#244;ts bancaires en d&#233;cembre 2010], dans des formes que les m&#233;dias ne peuvent pas ignorer. Non pas d&#233;truire les banques, mais les saisir afin qu'elles puissent remplir les fonctions essentielles qui sont en principe les leurs, est la r&#233;ponse que je donne avec d'autres dont Fr&#233;d&#233;ric Lordon[5].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers une d&#233;finition de l'ill&#233;gitimit&#233; des dettes publiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La notion de dette odieuse a &#233;t&#233; appliqu&#233;e depuis les ann&#233;es 1980 &#224; la dette des pays du Tiers-monde. Son application possible au cas de la dette de la Gr&#232;ce a &#233;t&#233; discut&#233;e. Il s'agit d'une notion qui remonte &#224; l'entre-deux-guerres. La premi&#232;re d&#233;finition appartient &#224; Alexander Sack, juriste russe et professeur de droit international &#224; Paris ; &lt;i&gt;&#171; dette contract&#233;e par un r&#233;gime despotique (nous dirions aujourd'hui &#171; dictature &#187; ou &#171; r&#233;gime autoritaire &#187;) pour des objectifs &#233;trangers aux int&#233;r&#234;ts de la Nation, aux int&#233;r&#234;ts des citoyens &#187;&lt;/i&gt;[6]. Le Center for International Sustainable Development de l'universit&#233; McGill de Montr&#233;al en a donn&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000, une d&#233;finition assez semblable, plus directement en phase avec la financiarisation contemporaine. Les dettes odieuses sont &lt;i&gt;&#171; celles qui ont &#233;t&#233; contract&#233;es contre les int&#233;r&#234;ts des populations d'un &#201;tat, sans leur consentement et en toute connaissance de cause du c&#244;t&#233; des cr&#233;anciers &#187;&lt;/i&gt;[7]. Cette d&#233;finition s'applique parfaitement &#224; la dette sp&#233;cifique qui p&#232;se en France m&#234;me sur des municipalit&#233;s, des conseils r&#233;gionaux et m&#234;me certains h&#244;pitaux, dont les &#233;lus ou les directeurs viennent de se constituer en association pour mener des actions judiciaires collectives contre les banques[8]. Ils ont &#233;t&#233; incit&#233;s par celles-ci &#224; acheter des &#171; produits structur&#233;s &#187;, cens&#233;s faciliter par leur rendement &#233;lev&#233; le financement de projets d'investissement lourds dans un contexte de transfert de d&#233;penses par l'Etat vers les r&#233;gions. Ces titres financiers opaques, devenus des &lt;i&gt;&#171; actifs toxiques &#187;&lt;/i&gt; avec la crise de l'automne 2008, gr&#232;vent les budgets. Le fait qu'ils aient &#233;t&#233; achet&#233;s, illustre bien entendu le fait que le f&#233;tichisme de l'argent n'est pas le propre des seuls traders, puisqu'il emporte le jugement des &#233;lus et des administrateurs locaux. Mais les banques savaient parfaitement les risques qu'elles leur faisaient prendre, le jeu de casino dans lequel elles les faisaient entrer. Le suppl&#233;ment d'endettement contract&#233; par les municipalit&#233;s du fait de l'achat de titres pourris, rel&#232;ve des &#171; dettes odieuses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion plus large de dette ill&#233;gitime me para&#238;t correspondre de plus pr&#232;s &#224; la dette des pays capitalistes avanc&#233;s, notamment ceux d'Europe. C'est la position aussi des militants du Comit&#233; pour l'annulation de la dette du Tiers-monde (CADTM)[9]. Les facteurs qui sont mis en avant le plus fr&#233;quemment, concernent les conditions qui ont conduit un pays &#224; accumuler une dette &#233;lev&#233;e et &#224; se mettre dans les mains des march&#233;s financiers. Ici l'ill&#233;gitimit&#233; trouve sa source dans trois m&#233;canismes : des d&#233;penses &#233;lev&#233;es ayant le caract&#232;re de cadeaux faits au capital ; un niveau bas de la fiscalit&#233; directe (imp&#244;ts sur le revenu, le capital et le profit des entreprises) et sa tr&#232;s faible progressivit&#233; ; une &#233;vasion fiscale importante. On retrouve ces trois facteurs aussi bien dans le cas de la Gr&#232;ce que de la France, de m&#234;me bien entendu de tous les pays attaqu&#233;s aujourd'hui par les fonds sp&#233;culatifs et les banques. S'agissant de la France, la dette est n&#233;e, &#224; partir de 1982, du cadeau fait au capital financier lors des nationalisations du gouvernement d'Union de la gauche. Sa croissance a &#233;pous&#233; ensuite le mouvement de la lib&#233;ralisation financi&#232;re, dont la premi&#232;re phase des ann&#233;es 1980 a &#233;t&#233; marqu&#233;e par des taux d'int&#233;r&#234;ts r&#233;els tr&#232;s &#233;lev&#233;s. L'endettement de l'&#201;tat a sa source dans la faiblesse de la fiscalit&#233; directe (imp&#244;t sur le revenu et imp&#244;t sur les entreprises) et dans l'&#233;vasion fiscale. Plut&#244;t que d'affronter les groupes sociaux qui en b&#233;n&#233;ficient et qui y ont recours, les gouvernements du Parti socialiste comme ceux du RPR-UMP, ont &#171; contourn&#233; &#187; le probl&#232;me de la fa&#231;on la plus favorable au capital et &#224; la fortune. Ils ont emprunt&#233; &#224; ceux qu'ils renon&#231;aient &#224; taxer. L'imposition du capital et des hauts revenus a &#233;t&#233; diminu&#233;e d'abord prudemment, puis sous les gouvernements Jospin (1997-2002), Raffarin (2002-2005) et de Villepin (2005-2007) de fa&#231;on plus forte avec la multiplication des niches fiscales, avant que Sarkozy ne mette en place, avec le bouclier fiscal [2007, Villepin avait fait un premier pas dans cette direction dans la loi de finance de 2006], des m&#233;canismes restituant aux plus riches une partie de l'imp&#244;t. L'analyse des origines de la dette de la France aidera &#224; cerner la notion de dette ill&#233;gitime et donc &#224; poser la question de son annulation, non seulement d'un point de vue &#233;conomique, mais comme question politique &#224; fondement &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'ill&#233;gitimit&#233; repose aussi sur la nature des op&#233;rations des &#171; pr&#234;ts &#187; qu'il faut &#171; honorer &#187;, pour lesquels il faut payer des int&#233;r&#234;ts &#233;lev&#233;s et assurer le remboursement. L'injonction de payer la dette repose, il faut le r&#233;p&#233;ter, implicitement sur cette id&#233;e que des sommes, fruit d'une &#233;pargne patiemment amass&#233;e par un dur labeur, auraient &#233;t&#233; pr&#234;t&#233;es. Cela est peut-&#234;tre le cas de l'&#233;pargne des m&#233;nages ou des fonds des syst&#232;mes de retraite par capitalisation. Ce n'est pas celui des banques ou des &lt;i&gt;Hedge Funds&lt;/i&gt;. Lorsque ceux-ci &#171; pr&#234;tent aux Etats &#187; en achetant les bons du Tr&#233;sor mis en adjudication par les minist&#232;res des Finances, il s'agit de sommes fictives dont la mise &#224; disposition repose sur le r&#233;seau de relations et de transactions interbancaires. Le transfert de richesse, celle qui na&#238;t du travail, a lieu dans l'autre sens. La dette et le service des int&#233;r&#234;ts sont une composante de la &#171; &lt;i&gt;pompe &#224; phynance&lt;/i&gt; &#187;, joliment nomm&#233;e par Fr&#233;d&#233;ric Lordon en hommage &#224; Jarry et &#224; son P&#232;re Ubu. La nature &#233;conomique des sommes pr&#234;t&#233;es est un facteur de plus qui interroge la l&#233;gitimit&#233; de la dette publique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'audit de la dette publique et son annulation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le CADTM d&#233;fend depuis toujours la n&#233;cessit&#233; de l'audit de la dette comme &#233;tape vers son annulation. &lt;strong&gt;L'audit a pour but d'identifier les facteurs qui permettent de caract&#233;riser la dette comme ill&#233;gitime&lt;/strong&gt;, ainsi que ceux qui justifient ou m&#234;me qui exigent n&#233;anmoins le remboursement d'une fraction de la dette &#224; certains cr&#233;anciers. Je n'&#233;tais gu&#232;re convaincu jusqu'&#224; ce que des militants grecs en montrent la port&#233;e. Jusqu'ici le seul exemple d'audit est celui r&#233;alis&#233; en &#201;quateur en 2007. Il a r&#233;sult&#233; d'une d&#233;cision gouvernementale, le pr&#233;sident de l'&#201;quateur, Rafael Correa (2007-), voulant conna&#238;tre des conditions dans lesquelles la dette du pays &#233;tait n&#233;e. L'audit a permis au gouvernement de d&#233;cider de suspendre le remboursement de la dette, constitu&#233;e de titres de la dette venant &#224; &#233;ch&#233;ance les uns en 2012, les autres en 2030. Il a forc&#233; ainsi les banquiers, surtout nord-am&#233;ricains, d&#233;tenteurs des titres &#224; n&#233;gocier. L'&#201;quateur a pu racheter des titres estim&#233;s &#224; 3,2 milliards de dollars pour la somme d'un peu moins de 1 milliard de dollars. Un sc&#233;nario similaire &#224; celui de l'&#201;quateur n'est pas concevable en Europe. La revendication du moratoire imm&#233;diat et de l'audit pr&#233;paratoire &#224; l'annulation, doit &#233;videmment &#234;tre adress&#233;e aux partis politiques au moment de campagnes &#233;lectorales. Des militants, peut-&#234;tre m&#234;me quelques dirigeants, y seront sensibles. Cependant, il n'y a que des comit&#233;s du type de ceux qui sont n&#233;s lors de la campagne de 2005 contre le projet de Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en ou, plus r&#233;cemment, sur la question des retraites, qui puissent porter ces revendications. Il y a un seul pays o&#249; un comit&#233; national a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; permettant &#224; des comit&#233;s locaux de se former : il s'agit de la Gr&#232;ce o&#249; s'est mis en place le Comit&#233; grec contre la dette. Voici comment il d&#233;finit ses objectifs[10].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;AUDIT DE LA DETTE ET EXERCICE DES DROITS D&#201;MOCRATIQUES&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le premier objectif d'un audit est de clarifier le pass&#233; (&#8230;). Qu'est devenu l'argent de tel emprunt, &#224; quelles conditions cet emprunt a-t-il &#233;t&#233; conclu ? Combien d'int&#233;r&#234;ts ont &#233;t&#233; pay&#233;s, &#224; quel taux, quelle part du principal a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; rembours&#233;e ? Comment la dette a-t-elle enfl&#233; sans que cela profite au peuple ? Quels chemins ont suivi les capitaux ? A quoi ont-ils servi ? Quelle part a &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233;e, par qui et comment ? Et aussi : Qui a emprunt&#233; et au nom de qui ? Qui a pr&#234;t&#233; et quel a &#233;t&#233; son r&#244;le ? Comment l'Etat s'est-il trouv&#233; engag&#233;, par quelle d&#233;cision, prise &#224; quel titre ? Comment des dettes priv&#233;es sont-elles devenues &#171; publiques &#187; ? Qui a engag&#233; des projets inadapt&#233;s, qui a pouss&#233; en ce sens, qui en a profit&#233; ? Des d&#233;lits, voire des crimes, ont-ils &#233;t&#233; commis avec cet argent ? Pourquoi n'&#233;tablit-on pas les responsabilit&#233;s civiles, p&#233;nales et administratives ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Un audit de la dette publique n'a rien &#224; voir avec sa caricature qui le r&#233;duit &#224; une simple v&#233;rification de chiffres faite par des comptables routiniers. Les partisans des audits invoquent toujours deux besoins fondamentaux de la soci&#233;t&#233; : la transparence et le contr&#244;le d&#233;mocratique de l'Etat et des gouvernants par les citoyens. Il s'agit l&#224; de besoins qui se r&#233;f&#232;rent &#224; des droits d&#233;mocratiques tout &#224; fait &#233;l&#233;mentaires, reconnus par le droit international, bien que viol&#233;s en permanence. Le droit de regard des citoyens sur les actes de ceux qui les gouvernent, de s'informer de tout ce qui concerne leur gestion, leurs objectifs et leurs motivations est intrins&#232;que &#224; la d&#233;mocratie elle-m&#234;me puisqu'il &#233;mane du droit fondamental des citoyens d'exercer leur contr&#244;le sur le pouvoir et de participer activement aux affaires communes. (&#8230;) Ce besoin permanent de transparence dans les affaires publiques acquiert &#224; l'&#233;poque du n&#233;olib&#233;ralisme le plus sauvage et de la corruption d&#233;brid&#233;e &#8211; sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire mondiale &#8211; une &#233;norme importance suppl&#233;mentaire. Il se transforme en un besoin social et politique tout &#224; fait vital. L'exercice des droits d&#233;mocratiques des citoyens consid&#233;r&#233;s jadis comme &#171; &#233;l&#233;mentaires &#187; est vu par les gouvernants presque comme une d&#233;claration de guerre &#224; leur syst&#232;me par &#171; ceux d'en bas &#187;. Et naturellement, elle est trait&#233;e en cons&#233;quence, de mani&#232;re tr&#232;s r&#233;pressive (&#8230;). L'audit de la dette publique acquiert une dynamique socialement salutaire et politiquement presque subversive. (Son) utilit&#233; d'un audit ne peut pas se r&#233;sumer uniquement &#224; la d&#233;fense de la transparence et de la d&#233;mocratisation de la soci&#233;t&#233;. Elle va beaucoup plus loin, puisqu'elle ouvre la voie &#224; des processus qui pourraient s'av&#233;rer extr&#234;mement dangereux pour le pouvoir &#233;tabli et potentiellement lib&#233;rateur pour l'&#233;crasante majorit&#233; des citoyens ! En effet, en exigeant d'ouvrir et d'auditer les livres de la dette publique, et encore mieux &lt;strong&gt;en ouvrant et en auditant ces livres, le mouvement de l'audit citoyen ose &#171; l'impensable &#187; : il p&#233;n&#232;tre dans la zone interdite, dans le saint des saints du syst&#232;me capitaliste, l&#224; o&#249;, par d&#233;finition, n'est tol&#233;r&#233; aucun intrus !&lt;/strong&gt; &#187; (soulign&#233; dans l'original).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi comprise, la revendication de l'audit de la dette et surtout son d&#233;but de mise en &#339;uvre par la cr&#233;ation de comit&#233;s, en tant qu'instances populaires o&#249; les preuves de l'ill&#233;gitimit&#233; seraient r&#233;unies et d&#233;battues, constitueraient un formidable outil de &#171; re-d&#233;mocratisation &#187;[11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant des d&#233;tenteurs de la dette publique, la sauvegarde de la petite &#233;pargne est souvent soulev&#233;e, comme question importante quand ce n'est pas comme obstacle d&#233;terminant. Elle ne poserait aucun probl&#232;me. Lors des d&#233;clarations d'imp&#244;t direct, les banques calculent au centime pr&#232;s les montants aff&#233;rents &#224; diff&#233;rentes formes d'&#233;pargne des m&#233;nages. Elles leur seraient garanties, car elles ne repr&#233;sentent qu'une minuscule partie des &#171; cr&#233;ances &#187; r&#233;clam&#233;es. L'annulation des dettes publiques ne peut &#233;videmment pas &#234;tre une mesure isol&#233;e. Ici, on portera d'abord l'accent, tr&#232;s bri&#232;vement, sur deux aspects. Le premier est l'appropriation sociale des banques et leur reconfiguration de fa&#231;on &#224; restaurer leurs fonctions essentielles de cr&#233;ation des formes d&#233;termin&#233;es et limit&#233;es de cr&#233;dit et &#224; les mettre au seul service de l'&#233;conomie. Le second est la reconfiguration de la fiscalit&#233;, qui doit cesser de peser lourdement sur les salari&#233;s et les couches populaires. Les syndicats, SNUI (syndicat des imp&#244;ts) et Sud Tr&#233;sor, ont des propositions pr&#234;tes. Tout aussi important est l'utilisation qui est faite de l'imp&#244;t, qu'il soit per&#231;u nationalement ou localement. Le contr&#244;le d&#233;mocratique de l'usage de l'imp&#244;t est devenu purement formel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement l'enjeu est celui d&#233;fini dans ce document grec, &#224; savoir la cr&#233;ation d'une dynamique politique dans laquelle celles et ceux qui ont montr&#233;, de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e, une forte capacit&#233; de mobilisation verraient la campagne pour l'annulation comme une question essentielle qui conditionne l'avenir. En France mais aussi dans toute l'Europe, les salari&#233;s sont confront&#233;s aux questions cruciales de l'emploi et de la pr&#233;carit&#233;. Leur solution passe par le contr&#244;le social de l'investissement. Il ne peut pas continuer &#224; d&#233;pendre des strat&#233;gies de maximisation des profits des grandes entreprises. La satisfaction de besoins sociaux pressants a pour contexte la crise &#233;cologique dans toutes ses dimensions. Il est indispensable qu'elle repose sur de profondes transformations dans les modes techniques de production dans l'industrie comme dans l'agriculture. Le financement en serait assur&#233; par l'imp&#244;t et le cr&#233;dit bancaire contr&#244;l&#233;. La &#171; sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique &#187; et la d&#233;-marchandisation en seraient les compl&#233;ments. La lib&#233;ralisation des &#233;changes, dont le co&#251;t &#233;cologique est immense, est un socle du capitalisme financiaris&#233;. Le contr&#244;le social de l'investissement permettrait la relocalisation de nombreuses activit&#233;s et un raccourcissement des cha&#238;nes de d'approvisionnement, de production et de commercialisation. L'annulation des dettes dans les pays o&#249; les peuples se mobiliseraient pour l'imposer, cr&#233;erait ainsi les conditions d'une vraie &#171; sortie de crise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Saisir l'opportunit&#233; d'un combat dans un ensemble de pays &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La campagne contre la dette ne peut pas se mener &#171; par procuration &#187;. Le peuple grec ne peut le mener pour d'autres peuples europ&#233;ens. Les agences de notation ne s'acharnent pas encore sur la France ; celle-ci ne subit pas encore des &#233;carts de taux d'int&#233;r&#234;t significatifs. L'injonction de &#171; la dette &#224; honorer &#187; n'en p&#232;se pas moins lourdement sur la situation &#233;conomique et sociale comme sur la vie politique fran&#231;aise. Le gouvernement ainsi que les dirigeants de l'UMP et du Parti socialiste comme des partis dits centristes, r&#233;p&#232;tent jour apr&#232;s jour que la d&#233;cence exige des citoyens qu'ils &#171; acceptent des sacrifices &#187; afin que la France paie ses dettes. Ils ne diff&#232;rent que sur la fa&#231;on exacte de le faire, sur le meilleur &lt;i&gt;policy mix&lt;/i&gt;. La dette obstrue l'avenir, celui des classes populaires bien s&#251;r, mais celui de la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. Mener campagne pour l'annulation n'est pas au-del&#224; de la capacit&#233; du mouvement social fran&#231;ais. La mobilisation que des centaines de milliers de gens ont eue &#224; l'automne dernier sur les retraites place les associations, les syndicats et les partis fran&#231;ais dans une situation responsabilit&#233; particuli&#232;re. Le refus des travailleurs fran&#231;ais de payer la dette serait aussi le soutien internationaliste le plus efficace qu'ils puissent apporter &#224; ceux de Gr&#232;ce, du Portugal, de l'Irlande. Une campagne populaire men&#233;e par des comit&#233;s pour le moratoire imm&#233;diat et l'audit de la dette, pr&#233;parerait le mouvement social aux nouveaux &#233;pisodes de crise financi&#232;re. Les publicistes et les responsables politiques qui pr&#233;conisent aujourd'hui la restructuration de la dette de la Gr&#232;ce et de l'Irlande reconnaissent que les risques que soulignent les adversaires de cette mesure sont r&#233;els. La vuln&#233;rabilit&#233; du syst&#232;me financier europ&#233;en, mais aussi mondial, rend une nouvelle crise possible. La faillite de pans du syst&#232;me bancaire n'est pas exclue. Dans des pays o&#249; le paiement de la dette aura &#233;t&#233; mis en cause par le mouvement social, les travailleurs et les jeunes tourn&#233;s de diverses mani&#232;res vers les questions &#171; politiques &#187; y seront pr&#233;par&#233;s, au moins un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des grands arguments des partisans de la sortie de l'euro, est que ceux qui misent sur un mouvement social europ&#233;en poursuivent une chim&#232;re. L'enjeu est de saisir l'occasion pour le faire na&#238;tre. Plusieurs pays sont confront&#233;s tr&#232;s durement au probl&#232;me de la dette. D'autres le seront plus ou moins tard. Tous sont soumis aux politiques &#233;conomiques et mon&#233;taires pro-cycliques. M&#234;me la Conf&#233;d&#233;ration europ&#233;enne des syndicats a &#233;t&#233; oblig&#233;e de se d&#233;marquer de la Commission europ&#233;enne et de la BCE. L'opportunit&#233; est cr&#233;&#233;e de construire, entre les citoyens des pays d'Europe, une v&#233;ritable union. La solution progressiste n'est pas la sortie de l'euro. Elle est d'aider &#224; la convergence des luttes sociales et politiques men&#233;es aujourd'hui de fa&#231;on dispers&#233;e vers un objectif de contr&#244;le social d&#233;mocratique commun de leurs moyens de production et d'&#233;change, donc aussi de l'euro. &#171; Saisir les banques &#187; ! Oui, dans tous les pays o&#249; le mouvement social en aura la force ; oui en incluant la BCE dans leur nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne pour l'annulation des dettes publiques europ&#233;ennes doit s'accompagner, bien entendu, de l'annulation de la dette de pays du Sud d&#233;tenue par les banques et les fonds de placement europ&#233;ens. Pour les peuples des pays europ&#233;ens cette campagne est un passage oblig&#233; et aussi un tremplin. Passage oblig&#233;, parce qu'aucune politique tant soit peu progressiste au plan social comme au plan &#233;cologique ne peut &#234;tre men&#233;e ni aucun grand investissement fait tant que la saign&#233;e du service des int&#233;r&#234;ts continue. Tremplin, parce que toute victoire arrach&#233;e sur ce terrain constituerait un v&#233;ritable s&#233;isme pour le capitalisme mondial. L'annulation des dettes modifierait profond&#233;ment les rapports de force politiques entre le travail et le capital. Elle lib&#233;rerait les esprits sur &#171; l'ampleur du possible &#187;. Lorsqu'une occasion comme celle-ci se pr&#233;sente, ne faut-il pas s'en saisir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[i] Robert Guttmann, How Credit-Money Shapes the Economy, M.E. Sharpe, Armonk, New York, 1994, page 33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[ii] FMI, Rapport sur la stabilit&#233; financi&#232;re dans le monde, Note int&#233;rimaire, Actualit&#233; des march&#233;s, janvier 2011. (&lt;a href=&#034;http://www.imf.org/external/french/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.imf.org/external/french/index.htm&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[iii] FMI, Global Financial Stability Report, avril 2011, chapitre 1, tableau 1.1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[iv] Propos de Jos&#233; Vinals cit&#233;s par Martine Orange, Mediapart, 15 avril 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[v] Fr&#233;d&#233;ric Lordon, &#171; Pas d&#233;truire les banques, les saisir ! &#187;, La pompe &#224; Phynance, blog.mondediplo.net/2010-12-02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[vi] &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Dette-odieuse/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Dette-odieuse/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[vii] Voir Global Economic Growth Report, Toronto, July, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[viii] &#8220;Pr&#234;ts toxiques : les &#233;lus s'allient pour attaquer les banques&#8221;, Le Monde, 9 mars 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[ix] Voir Eric Toussaint, &#171; Face &#224; la dette du Nord, quelques pistes alternatives &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cadtm.org/&lt;/a&gt;, 19 janvier 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[x] Yorgos Mitralias, &#171; Face &#224; la dette : l'app&#233;tit vient en auditant !&#8230; &#187; 12 avril 2010 (&lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cadtm.org/&lt;/a&gt; ). L'auteur est le principal animateur du Comit&#233; grec contre la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xi] Par opposition &#224; la d&#233;-d&#233;mocratisation n&#233;e du n&#233;olib&#233;ralisme, Voir Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale, trad. de Christine Vivier, Les Prairies ordinaires, Paris, 2007, ainsi que Pierre Dardot et Christian Laval, La nouvelle raison du monde, Essai sur la soci&#233;t&#233; n&#233;olib&#233;rale, La D&#233;couverte, Paris, 2009, pages 457-468.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href='https://www.lagauche.ca/Source : http:/alencontre.org/?p=3063'&gt;&#192; l'encontre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Dix th&#232;ses sur la crise : comment nous y sommes arriv&#233;s et comment en sortir</title>
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		<dc:date>2010-11-26T21:16:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Par Leo Panitch, Sam Gindin, et Greg Albo</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Crise financi&#232;re globale</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les auteurs sont des enseignants d'&#233;conomie politique &#224; l'Universit&#233; York de Toronto (Canada). Cet article a &#233;t&#233; traduit par le site Pages socialistes (Suisse). &lt;br class='autobr' /&gt; 1. La crise financi&#232;re actuelle doit &#234;tre plac&#233;e dans la dynamique historique et les contradictions de la finance capitaliste de la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que les sph&#232;res de la finance et de la production soient &#233;videmment li&#233;es (et ce de mani&#232;re significativement plus importante qu'autrefois), l'origine de la crise (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Economie-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Crise-financiere-globale-+" rel="tag"&gt;Crise financi&#232;re globale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les auteurs sont des enseignants d'&#233;conomie politique &#224; l'Universit&#233; York de Toronto (Canada).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article a &#233;t&#233; traduit par le site Pages socialistes (Suisse).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La crise financi&#232;re actuelle doit &#234;tre plac&#233;e dans la dynamique historique et les contradictions de la finance capitaliste de la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les sph&#232;res de la finance et de la production soient &#233;videmment li&#233;es (et ce de mani&#232;re significativement plus importante qu'autrefois), l'origine de la crise financi&#232;re am&#233;ricaine ne se situe pas dans une crise de profitabilit&#233; dans la sph&#232;re productive, &#224; l'instar de ce qui s'&#233;tait pass&#233; dans les ann&#233;es 1970, ni dans les d&#233;s&#233;quilibres des &#233;changes commerciaux qui se sont install&#233;s depuis. Bien que l'importance de la finance dans les principales &#233;conomies capitalistes ait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; remarqu&#233;e dans les ann&#233;es 1960, c'est le r&#244;le de celle-ci dans la r&#233;solution de la crise des ann&#233;es 1970 qui explique sa place dans le capitalisme contemporain. L'inflation, qui &#233;tait le principal sympt&#244;me de la crise, a &#233;rod&#233; la valeur de tous les titres financiers, mais la plus grosse crainte portait alors sur l'inflation am&#233;ricaine, ce qui allait faire chuter la confiance dans la valeur future du dollar. Afin de pr&#233;server le r&#244;le du dollar dans le capitalisme global, la R&#233;serve f&#233;d&#233;rale am&#233;ricaine a tr&#232;s fortement relev&#233; les taux d'int&#233;r&#234;t au d&#233;but des ann&#233;es 1980, afin d'augmenter le ch&#244;mage, de dompter le militantisme syndical et de restreindre les d&#233;penses sociales publiques &#8211; tous &#233;l&#233;ments cens&#233;s &#234;tre &#224; l'origine de l'inflation et de la crise de profitabilit&#233; de la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dente. Ceci a pos&#233; les bases des succ&#232;s &#224; venir du capitalisme financier &#224; la fin du XXe si&#232;cle. La baisse des taux d'int&#233;r&#234;t et l'injection massive de liquidit&#233;s par l'&#201;tat dans le syst&#232;me financier lors des moments cruciaux d'instabilit&#233;, se sont traduits par des r&#233;cessions moins nombreuses et moins dures en comparaison avec l'apr&#232;s-guerre. Mais ce sont pr&#233;cis&#233;ment les contradictions de ce capitalisme financier qui sont &#224; l'origine de la crise massive d&#233;clench&#233;e au d&#233;but du XXIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. L'extension spatiale et l'approfondissement social du capitalisme dans le dernier quart de si&#232;cle n'auraient pas pu se produire sans des innovations financi&#232;res.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'internationalisation de la finance am&#233;ricaine a permis la r&#233;partition et la diffusion des risques li&#233;s &#224; la globalisation de l'investissement, de la production et du commerce, organis&#233;e pour l'essentiel autour du dollar. Le d&#233;veloppement des produits d&#233;riv&#233;s a fourni une assurance contre le risque dans une &#233;conomie globale complexe, sans laquelle l'accumulation du capital aurait &#233;t&#233; significativement restreinte. En m&#234;me temps, de plus en plus de travailleuses&#183;eurs se sont retrouv&#233;s happ&#233;s dans la sph&#232;re financi&#232;re en tant que d&#233;bitrices&#183;eurs, &#233;pargnant&#183;e&#183;s et m&#234;me comme investisseuses&#183;eurs, du fait des plans de retraites priv&#233;s, des cr&#233;dits &#224; la consommation et des cr&#233;dits immobiliers. Ceci a &#233;t&#233; crucial pour soutenir la demande alors que les salaires stagnaient et que les in&#233;galit&#233;s se sont accrues. Dans cette p&#233;riode, le secteur financier a directement stimul&#233; l'accumulation capitaliste par des investissements risqu&#233;s dans les secteurs de haute technologie, mais aussi par le d&#233;veloppement des innovations technologiques dans l'informatique et les syst&#232;mes d'information. Les bons du Tr&#233;sor am&#233;ricain et le dollar, qui sont &#224; la fois &#233;changeables et r&#233;mun&#233;rateurs, ont servi de valeurs refuge pour l'&#233;pargne et de base pour toutes les autres &#233;valuations dans l'&#233;conomie globale. Cette pr&#233;dominance du dollar dans la finance globale refl&#233;tait et renfor&#231;ait celle des institutions financi&#232;res am&#233;ricaines. Ces derni&#232;res ont permis d'attirer l'&#233;pargne des autres pays vers les march&#233;s financiers am&#233;ricains et d'offrir un cr&#233;dit &#224; bon march&#233;. Celui-ci a soutenu la position des &#201;tats-Unis comme principal march&#233; de consommation et d'importation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. La volatilit&#233; de la finance globale a engendr&#233; une s&#233;rie de crises financi&#232;res n&#233;cessitant l'intervention r&#233;p&#233;t&#233;e de l'&#201;tat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du fait de l'afflux de fonds aux &#201;tats-Unis, la comp&#233;tition entre pr&#234;teuses&#183;eurs s'est accrue et a fait baisser les taux d'int&#233;r&#234;t ainsi que la profitabilit&#233; financi&#232;re. En cons&#233;quence, les entreprises financi&#232;res ont cherch&#233; de nouveaux march&#233;s, mais ont &#233;galement pr&#234;t&#233; plus par rapport &#224; leurs fonds propres. Dans les faits, ceci s'est traduit par un accroissement massif du cr&#233;dit et de l'offre r&#233;elle de monnaie qui, n&#233;anmoins, &#224; cause de la d&#233;faite des travailleuses&#183;eurs et de l'accroissement de la possibilit&#233; pour les entreprises de se financer sur leurs fonds propres, n'a pas conduit &#224; l'inflation des prix, mais &#224; l'inflation du march&#233; des actions et de l'immobilier. Ceci &#233;tait li&#233; &#224; la force relative de diff&#233;rents secteurs dans l'&#233;conomie, mais s'est traduit par diff&#233;rentes bulles financi&#232;res sp&#233;culatives. L'&#201;tat est intervenu de mani&#232;re r&#233;p&#233;t&#233;e afin d'&#233;viter le krach &#224; chaque &#233;clatement de bulle, une action cruciale pour la confiance des sp&#233;culatrices&#183;eurs, et qui a encourag&#233; la formation des bulles successives. La pr&#233;tendue disparition de l'&#201;tat due &#224; la globalisation s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre une illusion id&#233;ologique n&#233;olib&#233;rale. En r&#233;alit&#233;, les &#201;tats sont rest&#233;s au centre de la finance globale et ont massivement inject&#233; de l'argent dans les banques. Dans les pays en d&#233;veloppement, ils ont utilis&#233; les crises afin d'imposer la discipline financi&#232;re du march&#233; sur leurs populations. L'&#201;tat am&#233;ricain, en particulier, a jou&#233; un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant en tant que garant imp&#233;rial, coordinateur et pompier en chef du capitalisme global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Le lien &#233;troit entre la finance et l'&#201;tat a &#233;t&#233; essentiel dans la cr&#233;ation de la bulle immobili&#232;re am&#233;ricaine et dans son impact lorsqu'elle a &#233;clat&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte d'un syst&#232;me financier global hautement volatil, les investisseuses&#183;eurs se sont repli&#233;s sur la s&#233;curit&#233; repr&#233;sent&#233;e par les bons du Tr&#233;sor am&#233;ricain, en d&#233;pit des bas taux d'int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains supports d'une politique mon&#233;tariste visant &#224; pr&#233;venir une r&#233;cession au d&#233;but des ann&#233;es 2000. Ceci a accru la comp&#233;tition au sein de la finance globale pour obtenir des rendements &#233;lev&#233;s. La s&#233;curit&#233; historique des cr&#233;dits immobiliers, dont une grande partie &#233;tait garantie par le gouvernement am&#233;ricain, a renforc&#233; la confiance du public dans les prix de l'immobilier en permanente ascension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette immobili&#232;re s'en est trouv&#233;e particuli&#232;rement attractive pour les investisseuses&#183;eurs qui ont pu emprunter des fonds &#224; bas taux et utiliser l'argent pour acheter des paquets de cr&#233;dits offrant un rendement beaucoup plus &#233;lev&#233;. Une portion importante de la classe ouvri&#232;re am&#233;ricaine a maintenu son niveau de consommation gr&#226;ce &#224; des hypoth&#232;ques gag&#233;es sur la valeur de leur maison faussement gonfl&#233;e par la bulle sp&#233;culative. Il s'agissait du r&#233;sultat de la d&#233;pression des salaires et de la distribution in&#233;gale des revenus, r&#233;sultant de la d&#233;faite de la classe ouvri&#232;re et de la restructuration de la production et de l'emploi. L'&#233;clatement de la bulle immobili&#232;re a n&#233;cessairement men&#233; &#224; un d&#233;clin de la consommation aux &#201;tats-Unis, produisant des effets que le krach boursier n'avait pas eu. Les titres fond&#233;s sur les hypoth&#232;ques devinrent difficiles &#224; &#233;valuer et &#224; vendre dans les march&#233;s financiers globalis&#233;s. Ceci, pris avec l'impact de la crise immobili&#232;re sur la consommation de masse, et donc sur la capacit&#233; des Etats-Unis &#224; fonctionner comme le consommateur des biens du monde entier, a vite dissip&#233; l'illusion qui voulait que les autres r&#233;gions seraient &#233;pargn&#233;es par la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. La crise a r&#233;v&#233;l&#233; la centralit&#233; de l'&#201;tat am&#233;ricain dans l'&#233;conomie capitaliste globale tout en multipliant les difficult&#233;s de la g&#233;rer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e du dollar sur les march&#233;s de devises et l'&#233;norme demande pour les bons du Tr&#233;sor am&#233;ricain au fur et &#224; mesure de l'accroissement de la crise ont r&#233;v&#233;l&#233; &#224; quel point le monde entier se reposait sur le dollar comme standard et sur l'&#201;tat am&#233;ricain comme garant en derni&#232;re instance de sa valeur. Les bons du Tr&#233;sor ont &#233;t&#233; demand&#233;s car ils restent la r&#233;serve de valeur la plus stable dans un environnement volatil. L'illusion qui voudrait que les autres &#201;tats fassent une faveur aux &#201;tats-Unis en achetant des bons du Tr&#233;sor sera peut-&#234;tre dissip&#233;e par la crise actuelle. Le r&#244;le central de l'&#201;tat am&#233;ricain dans la gestion globale de la crise a &#233;t&#233; confirm&#233;. N&#233;anmoins, les montants massifs de liquidit&#233;s inject&#233;s par les &#201;tats afin de restaurer le niveau des pr&#234;ts interbancaires, n'ont pas amen&#233; les banques &#224; pr&#234;ter &#224; nouveau aux entreprises et aux consommatrices&#183;eurs. Du fait de la d&#233;pendance de l'&#233;conomie &#224; la finance, la crise financi&#232;re a rendu inefficace la stimulation fiscale et la baisse des taux d'int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. La crise a d&#233;montr&#233; une des grandes id&#233;es de Marx dans Le Manifeste communiste : bien que le capitalisme soit international par essence, sa reproduction reste nationale dans sa forme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'attention apport&#233;e aux grandes r&#233;unions internationales, toutes les interventions cruciales ont &#233;t&#233; mises en &#339;uvre au niveau des &#201;tats. Les r&#233;actions &#224; la grande d&#233;pression de 1930 avaient fragment&#233; le capitalisme, mais les r&#233;ponses actuelles n'ont pas interrompu le libre &#233;change et la libre circulation du capital. Il s'agit d'une t&#226;che d&#233;volue individuellement aux &#201;tats qui assument la responsabilit&#233; de maintenir l'accumulation internationale du capital au sein de leurs propres fronti&#232;res, refl&#233;tant la structure du capitalisme au XXIe si&#232;cle : des connexions intimes et le partage des m&#234;mes points de vue au sein de l'&#233;lite administrative, sp&#233;cialement au sein des banques centrales et des minist&#232;res des finances, et surtout l'int&#233;r&#234;t essentiel qu'ont tous les autres &#201;tats dans l'existence d'une structure g&#233;rant et coordonnant le capitalisme global, et le r&#244;le structurant de l'&#201;tat am&#233;ricain au sein de ce syst&#232;me. Ceci a des implications importantes en terme de strat&#233;gies de r&#233;ponse &#224; la crise. Les alternatives pr&#233;tendant que les mouvements sociaux doivent accro&#238;tre leurs capacit&#233;s internationales afin de s'opposer aux forces capitalistes globales &#224; leur &#233;chelle, ratent peut-&#234;tre le probl&#232;me qui est de construire d'abord une base solide &#224; domicile. En l'absence d'une telle base et de la capacit&#233; de transformer les &#201;tats, les sentiments internationalistes ne peuvent pas se traduire en un internationalisme r&#233;el. M&#234;me si l'on va au-del&#224; de la question des pratiques alternatives, pour lesquelles le niveau national reste clairement plus important que l'international, ceci est absolument crucial pour maintenir la possibilit&#233; d'une alternative politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7. Vouloir revenir au &#8220;bon vieux temps&#8221; d'avant le n&#233;olib&#233;ralisme, c'est ne pas comprendre le lien entre ce pass&#233; et notre pr&#233;sent, et ignorer combien la classe ouvri&#232;re a depuis &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;e aux march&#233;s financiers.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme a &#233;t&#233; une r&#233;ponse au caract&#232;re non durable de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente pour le capitalisme. La crise des ann&#233;es 1970 prenait sa source dans la r&#233;sistance ouvri&#232;re aux tentatives du management de restaurer la productivit&#233; au d&#233;triment des salaires et des conditions de travail, notamment en ralentissant l'investissement et en mena&#231;ant de d&#233;localiser. Revenir &#224; cette p&#233;riode ne ferait que restaurer le conflit pr&#233;c&#233;dent : soit le pouvoir manag&#233;rial est renforc&#233; afin de r&#233;soudre la crise, soit une lutte est lanc&#233;e pour une alternative d&#233;mocratique. Apr&#232;s les ann&#233;es 1970, une longue p&#233;riode de d&#233;pression salariale a conduit les salari&#233;&#183;e&#183;s &#224; se reposer de plus en plus sur le cr&#233;dit afin de maintenir leur niveau de vie. De m&#234;me, ils se sont tourn&#233;s vers un march&#233; actionnarial en pleine croissance afin de renforcer leurs plans de retraite et les propri&#233;taires d'une maison se sont r&#233;jouis de l'augmentation des prix de l'immobilier car l'accroissement de leur avoirs a r&#233;duit d'autant leur n&#233;cessit&#233; d'&#233;pargner et leur a permis d'accro&#238;tre leur consommation. Ceci a augment&#233; la fragmentation de la classe ouvri&#232;re et min&#233; sa coh&#233;sion en tant que force sociale autonome. Alors que la lutte pour l'augmentation des salaires et pour le d&#233;veloppement des services publics reposait sur la solidarit&#233; de classe, la demande de cr&#233;dit destin&#233;e &#224; soutenir la consommation priv&#233;e a amen&#233; une r&#233;duction des capacit&#233;s d'action collective. Ce type de d&#233;pendance au syst&#232;me financier a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour par la crise actuelle : malgr&#233; la col&#232;re populaire, tout le monde s'est finalement ralli&#233; &#224; l'id&#233;e de sauver un syst&#232;me dont chacun d&#233;pend d&#233;sormais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8. Les alternatives doivent &#234;tre construites en partant des besoins mat&#233;riels imm&#233;diats de la population, mais doivent viser &#224; soustraire les individus de la logique du capitalisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'importe quelle forme de r&#233;sistance visant &#224; sauver les emplois, les &#233;conomies, les programmes sociaux ou les logements de la classe ouvri&#232;re devrait bien s&#251;r &#234;tre activement soutenue. Elles r&#233;duisent la d&#233;pendance des travailleuses&#183;eurs au march&#233; et &#224; leurs employeuses&#183;eurs pour assurer la s&#233;curit&#233; de leur existence, accroissent la solidarit&#233; de classe en se concentrant sur les droits universels et les besoins collectifs. Elles montrent aussi la possibilit&#233; d'accro&#238;tre l'offre de services publics notamment du logement public. Et elles permettent de cr&#233;er un nouveau sentiment d'appartenance &#224; une communaut&#233;, en particulier &#224; l'&#233;chelle urbaine. Il faut y ajouter les r&#233;sistances locales : leurs succ&#232;s sont &#224; la fois la condition et le r&#233;sultat de mobilisations portant sur des sujets d'ampleur nationale. La triade des r&#233;sistances imm&#233;diates, du d&#233;veloppement de politiques pouvant obtenir un large soutien populaire, et de l'agitation des &#8220;grandes&#8221; questions comme la planification d&#233;mocratique ou la nationalisation des banques, ne doit pas &#234;tre comprise comme trois &#233;tapes diff&#233;rentes. Le but n'est pas de faire d'abord un premier pas, puis ensuite un pas plus radical, mais de trouver des formes de luttes qui int&#232;grent les trois simultan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9. Du fait que la d&#233;mocratie n'est pas simplement une forme de gouvernement, mais aussi un type de soci&#233;t&#233;, l'&#233;conomie devra &#234;tre d&#233;mocratis&#233;e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les appels &#224; la &#171; re-r&#233;gulation &#187; des march&#233;s financiers supposent faussement que l'&#201;tat et le march&#233;, ou que le pouvoir financier et le pouvoir &#233;tatique, se trouvent en opposition. Ceci peut amener &#224; la confusion plut&#244;t qu'&#224; la politisation des groupes progressistes. Il est d'ailleurs significatif que la derni&#232;re fois que la nationalisation des banques a &#233;t&#233; propos&#233;e, &#231;a l'a &#233;t&#233; par des &#233;l&#233;ments de la gauche qui pensaient que la seule mani&#232;re de d&#233;passer les contradictions de l'&#201;tat-providence keyn&#233;sien &#233;tait le contr&#244;le public de la sph&#232;re financi&#232;re. Puisque certains conservateurs ont flirt&#233; avec l'id&#233;e de nationaliser les banques pendant la crise actuelle, il est essentiel de montrer la diff&#233;rence entre une simple nationalisation temporaire et la demande d&#233;mocratique fondamentale de transformation du syst&#232;me financier en un service public, allouant l'&#233;pargne nationale selon des principes tr&#232;s diff&#233;rents de ceux qui gouvernent la banque et l'investissement actuel. Ceci permettrait une distribution du cr&#233;dit et du capital qui soit conforme aux exigences d&#233;mocratiques, et permettrait non seulement le contr&#244;le du capital face &#224; la finance internationale, mais aussi le contr&#244;le sur l'investissement domestique. En effet, le contr&#244;le de la finance a pour but de transformer les usages qui en sont fait actuellement. Cet appel &#224; une nationalisation des banques fait donc partie d'une strat&#233;gie plus large qui puisse r&#233;pondre aux probl&#232;mes incurables du capitalisme contemporain. Nous devons mettre &#224; l'ordre du jour le besoin de changer notre syst&#232;me &#233;conomique et social afin de permettre la planification d&#233;mocratique pour d&#233;cider collectivement comment et o&#249; produire ce dont nous avons besoin pour nos vies et notre environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10. La duret&#233; de la crise &#233;conomique globale a soulign&#233; &#224; quel point les &#201;tats sont prisonniers de l'irrationalit&#233; capitaliste, et donc la n&#233;cessit&#233; de construire de nouveaux mouvements et partis qui puissent aller au-del&#224; des &#201;tats et les march&#233;s capitalistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors m&#234;me qu'ils essayaient de stimuler l'&#233;conomie, les Etats ont &#233;t&#233; oblig&#233;s de licencier des fonctionnaires ou de r&#233;duire leurs salaires, et de demander aux entreprises subventionn&#233;es de faire de m&#234;me. Et alors m&#234;me qu'ils font porter la responsabilit&#233; de la crise sur les march&#233;s volatils de produits d&#233;riv&#233;s, les &#201;tats promeuvent les march&#233;s de d&#233;riv&#233;s du carbone pour r&#233;soudre la crisecrise, malgr&#233; le degr&#233; de confusion et de d&#233;moralisation de l'&#233;lite capitaliste, malgr&#233; la hargne populaire contre eux, proposer une aussi grande d&#233;mocratisation n&#233;cessitera assur&#233;ment le travail acharn&#233; de nombreuses et nombreux militant&#183;e&#183;s. Ils et elles devront r&#233;fl&#233;chir non seulement &#224; la mani&#232;re d'articuler des demandes de r&#233;formes imm&#233;diates, mais aussi comment r&#233;aliser une v&#233;ritable d&#233;mocratie qui transcende l'&#233;conomie et l'&#201;tat capitaliste. Commencer par expliciter que c'est cecicrise, les nouveaux mouvements et partis dont nous avons besoin pour faire de cette d&#233;mocratie authentique une possibilit&#233; r&#233;elle. climatique. Dans ce contexte, il est possible de faire comprendre aux gens que, si l'on veut vraiment sauver les emplois et transformer la production afin de la soumettre aux exigences &#233;cologiques, il est n&#233;cessaire de rompre avec la logiques des march&#233;s capitalistes. Malgr&#233; la profondeur de la qui est &#224; l'ordre du jour est la condition essentielle permettant de construire, &#224; partir de cette&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Extrait de l'ouvrage : Leo Panitch, Sam Gindin, Greg Albo, In and Out of Crisis : The Global Financial Meltdown and Left Alternatives, Oakland, PM Press, Spectre, 2010, pp. 122-129 (&lt;a href=&#034;http://www.pmpress.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.pmpress.org&lt;/a&gt;). Traduction par Romain Felli, avec l'aimable autorisation des auteurs et de l'&#233;diteur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une crise de 1929 au ralenti ?</title>
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		<dc:creator>Jean Batou</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;L'ampleur de la crise actuelle n'est pas fondamentalement diff&#233;rente de celle des ann&#233;es trente. Nous sommes entr&#233;s dans une Grande d&#233;pression, dont le film est seulement projet&#233; au ralenti. Les pouvoirs publics tentent de fournir les anxiolytiques n&#233;cessaires en s'effor&#231;ant de d&#233;coupler habilement les chocs dans l'espace. &lt;br class='autobr' /&gt; _________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Une crise de 1929 au ralenti ? mardi 5 octobre 2010, par Jean Batou * A para&#238;tre dans solidarit&#233;S (Suisse), n&#176; 175. _________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Economie-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Economie-225-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH114/arton3064-9d198.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='114' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'ampleur de la crise actuelle n'est pas fondamentalement diff&#233;rente de celle des ann&#233;es trente. Nous sommes entr&#233;s dans une Grande d&#233;pression, dont le film est seulement projet&#233; au ralenti. Les pouvoirs publics tentent de fournir les anxiolytiques n&#233;cessaires en s'effor&#231;ant de d&#233;coupler habilement les chocs dans l'espace.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Une crise de 1929 au ralenti ?&lt;br class='autobr' /&gt;
mardi 5 octobre 2010, par Jean Batou&lt;br class='autobr' /&gt;
* A para&#238;tre dans solidarit&#233;S (Suisse), n&#176; 175.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en avril dernier, la plupart des pronostiqueurs annon&#231;aient une reprise &#233;conomique solide &#224; l'&#233;chelle mondiale, apr&#232;s un an de hausse r&#233;guli&#232;re des cours des actions et des mati&#232;res premi&#232;res. Au vu des &#233;volutions plus r&#233;centes, la crise para&#238;t cependant s'installer dans la dur&#233;e. Peu importe &#224; vrai dire que les principales &#233;conomies du monde connaissent ou non un nouveau creux (double dip) ou une nouvelle r&#233;cession dans les mois &#224; venir, la prochaine d&#233;cennie pourrait &#234;tre marqu&#233;e par une croissance tr&#232;s lente et une explosion des in&#233;galit&#233;s, dont les Etats-Unis montrent clairement le chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens &#233;conomistes Barry Eichengreen et Michael O'Rourke l'ont montr&#233; : la profonde d&#233;pression mondiale, d&#233;clench&#233;e par la crise des subprimes aux Etats-Unis en 2007, a conduit d&#232;s 2008 &#224; une chute de la production industrielle, du commerce et des valeurs boursi&#232;res comparable &#224; celle de la crise de 1929. Pourtant, &#224; compter du printemps 2009, cette descente aux enfers a &#233;t&#233; stopp&#233;e par des politiques de relance massives &#224; l'&#233;chelle des principales puissances &#233;conomiques du globe (plusieurs milliers de milliards de dollars de cr&#233;dits publics et d'all&#232;gements fiscaux) [1].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Reprise artificielle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de cet effort public colossal, la reprise a commenc&#233; &#224; marquer des signes de faiblesse d&#232;s le printemps 2010. En effet, aux Etats-Unis, alors que le formidable paquet de stimuli fiscaux (d'un montant de 1000 milliards de dollars) touchait &#224; sa fin, trois moteurs essentiels de la relance manquaient toujours &#224; l'appel : la consommation priv&#233;e, la demande immobili&#232;re et les exportations. Ainsi, l'embellie de 2009 aurait &#233;t&#233; port&#233;e essentiellement par l'endettement public et la reconstitution des stocks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cycle des stocks a une grande importance dans la dynamique des r&#233;cessions. Lorsque la conjoncture marque les premiers signes d'essoufflement, ceux-ci ont tendance &#224; gonfler. Lorsque la r&#233;cession est d&#233;clar&#233;e, la crise est alors aggrav&#233;e par le d&#233;stockage indispensable. A l'inverse, lorsque l'activit&#233; reprend, la relance est soutenue par la n&#233;cessaire reconstitution des stocks. De juillet 2009 &#224; juin 2010, le PIB des Etats-Unis a ainsi cru de 3%, dont 58% seraient redevables &#224; la reconstitution des stocks [2]. Cela ne peut &#233;videmment pas durer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gr&#232;ve des consommateurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les reprises &#233;conomiques de l'apr&#232;s-Deuxi&#232;me guerre mondiale ont &#233;t&#233; marqu&#233;es dans la r&#232;gle par une relance rapide de l'embauche, sauf apr&#232;s les r&#233;cessions de 1990-1991 et 2001, de faibles amplitudes et avec un impact limit&#233; sur l'emploi. Cette fois-ci, la r&#233;cession la plus violente depuis les ann&#233;es trente a provoqu&#233; la destruction de 7,7 millions de postes de travail non agricoles aux Etats-Unis, jusqu'en juillet 2010 : 86% de ses pertes l'ont &#233;t&#233; dans les secteurs industriel (2 millions d'emplois), du b&#226;timent, du commerce, de la finance, des loisirs et de l'h&#244;tellerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, apr&#232;s plus 33 mois de &#171; d&#233;graissage &#187; massif, aucune reprise de l'embauche n'est en vue dans ces secteurs ! Au contraire, la fin de la reconstitution des stocks et la recherche de nouveaux gains de productivit&#233; (labor saving), la crise durable du b&#226;timent, le tassement de la consommation int&#233;rieure et les difficult&#233;s &#224; l'exportation, annoncent de nouvelles compressions d'effectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;cente enqu&#234;te a par ailleurs montr&#233; que plus de la moiti&#233; des adultes avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; affect&#233;s par des licenciements, des baisses de salaires et de prestations sociales (contributions patronales aux plans de retraite), des cong&#233;s temporaires ou des p&#233;riodes de ch&#244;mage partiel. Ainsi, le r&#233;tablissement des profits des entreprises a &#233;t&#233; pay&#233; par une nouvelle baisse des revenus du travail, qui ne peut d&#233;boucher que sur une contraction de la demande.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Limite des politiques publiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les revenus distribu&#233;s par l'&#233;conomie priv&#233;e ont diminu&#233; de 247 milliards de dollars depuis d&#233;cembre 2007. Pourtant, les revenus personnels disponibles ont cru en raison des baisses d'imp&#244;ts et des transferts gouvernementaux (924 milliards de dollars, sans compter l'embauche dans le secteur public). Mais ce niveau d'intervention ne peut pas &#234;tre maintenu sans pr&#233;cipiter une crise des finances de l'Etat : le 22 septembre dernier, &#171; l'horloge de la dette &#187; du Tr&#233;sor US affichait 13 460 milliards de dollars, soit 90,8 % du PIB [3] !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, apr&#232;s avoir r&#233;gl&#233; leurs d&#233;penses les plus urgentes, les consommateurs ont &#233;conomis&#233; 64% de ces revenus suppl&#233;mentaires (transferts publics), pour r&#233;duire leur endettement (sur les cartes de cr&#233;dit, les maisons, etc.) et reconstituer leur &#233;pargne retraite. En r&#233;alit&#233;, le climat de peur du lendemain a conduit la grande masse des travailleurs &#224; augmenter leur taux d'&#233;pargne, dans un contexte o&#249; les petits propri&#233;taires ne poss&#232;dent plus que 18% de la valeur de &#171; leur &#187; maison (contre 42% en 2005), le reste &#233;tant d&#233;tenu par les cr&#233;anciers hypoth&#233;caires (estimation sur la totalit&#233; des propri&#233;t&#233;s hypoth&#233;qu&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, l'emploi public ne peut pas jouer un r&#244;le d'entra&#238;nement significatif. Washington a cr&#233;&#233; 262 000 postes de travail depuis d&#233;cembre 2007, tandis que les Etats et les municipalit&#233;s en perdaient 134'000, soit un gain net de 128'000 postes : cela ne p&#232;se pas lourd face au 7,7 millions de postes supprim&#233;s par l'&#233;conomie priv&#233;e. Par ailleurs, la crise fiscale de l'Etat f&#233;d&#233;ral et des autres collectivit&#233;s publiques annonce une offensive en r&#232;gle contre les fonctionnaires, dont les co&#251;ts salariaux (traitements et avantages sociaux) sont sup&#233;rieurs de 44% &#224; ceux du priv&#233; [4].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Stagnation et nouvelle explosion des in&#233;galit&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la fin des ann&#233;es 1970, la croissance US &#8211; et par ricochet mondiale &#8211; avait &#233;t&#233; tir&#233;e par la hausse des gains financiers et l'endettement g&#233;n&#233;ralis&#233;, conduisant &#224; la bulle internet de la fin des ann&#233;es 1990, puis &#224; la bulle immobili&#232;re. Aujourd'hui, ces deux secteurs ont transf&#233;r&#233; leurs dettes aux Etats et aux banques centrales et sont entr&#233;s dans un processus de restructuration en profondeur qui pourrait durer une d&#233;cennie. La relance par la demande ext&#233;rieure para&#238;t aussi bouch&#233;e en raison de la crise des finances publiques europ&#233;ennes qui menace de plonger une partie du vieux continent dans une r&#233;cession prolong&#233;e, tandis que les &#233;conomies exportatrices les plus dynamiques (Allemagne, Chine) sont engag&#233;es dans une comp&#233;tition toujours plus dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux Etats-Unis, les experts et la presse &#233;conomique d&#233;battent pour savoir si la r&#233;cession amorc&#233;e en d&#233;cembre 2007 (selon le National Bureau of Economic Research) a r&#233;ellement pris fin en juillet 2009, dessinant une courbe en &#171; V &#187;, ou si l'embellie de 2009 va &#234;tre suivie d'un nouveau recul, selon une courbe en &#171; W &#187; (double dip, ou double creux). A vrai dire, le v&#233;ritable enjeu est ailleurs. Que la r&#233;cession de 2008 d&#233;bouche sur un second creux apr&#232;s une phase de rebond artificiel, ou qu'elle soit suivie d'une longue p&#233;riode de stagnation, sans v&#233;ritable reprise, cela revient fondamentalement au m&#234;me. Une confrontation d&#233;cisive&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas, la r&#233;cession de 2007-2008 devrait marquer la fin d'un r&#233;gime de croissance tir&#233; essentiellement par le cr&#233;dit, et d&#233;boucher sur un &#171; plan d'ajustement structurel &#187; des &#233;conomies US, europ&#233;enne et japonaise, dont l'essentiel serait pay&#233; par le monde du travail. L'intervention massive des Etats vise seulement &#224; &#233;viter une d&#233;pression brutale. Pourtant, loin de d&#233;boucher sur une relance durable, elle ne peut que r&#233;partir l'effort de reconversion sur une plus longue dur&#233;e pour tenter de la rendre socialement et politiquement &#171; acceptable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur de la crise actuelle n'est pas fondamentalement diff&#233;rente de celle des ann&#233;es trente. Nous sommes entr&#233;s dans une Grande d&#233;pression, dont le film est seulement projet&#233; au ralenti. Les pouvoirs publics tentent de fournir les anxiolytiques n&#233;cessaires en s'effor&#231;ant de d&#233;coupler habilement les chocs dans l'espace (Pour l'Union Europ&#233;enne : Gr&#232;ce, Espagne, Irlande, Portugal d'abord&#8230;) et de r&#233;partir les sacrifices dans le temps !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ici dix ans, le monde ne devrait pas plus ressembler &#224; celui des ann&#233;es 1980-2006, que celui de 1933 &#224; celui des Ann&#233;es folles. L'offensive des milieux dominants ne s'arr&#234;tera pas d'elle-m&#234;me : son &#233;chec d&#233;pend certes de la force et de la coordination des luttes sociales &#224; venir, mais aussi de leurs perspectives politiques. Une raison de plus pour que la gauche de gauche (pour reprendre le terme Bourdieu) d&#233;nonce les politiques du &#171; moindre mal &#187; qui ne peuvent que contribuer &#224; l'aveuglement g&#233;n&#233;ral, travaille &#224; la plus large unit&#233; dans la lutte, et d&#233;fende clairement un programme de mesures rompant avec le capitalisme. Jean Batou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cf. mes articles dans solidarit&#233;S n&#176; 146 et 169. Sur ESSF : La crise, 1929 et nous... et Capitalisme : une crise sans issue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Gary Schilling, sept. 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cf. treasurydirect.gov&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Bureau of Labor Statistics, mars 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fatigue du capitalisme et r&#233;sistances sociales </title>
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		<dc:creator>C&#233;dric Durand</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Conjoncture</dc:subject>

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&lt;p&gt;La crise qui a &#233;clat&#233; en 2007-2008 est l'&#233;l&#233;ment central de la conjoncture actuelle. La premi&#232;re &#233;tape en a &#233;t&#233; le krach financier et la crise bancaire. La seconde fut la plus grave r&#233;cession qu'ait connue le monde depuis les ann&#233;es 1930 ; elle a enclench&#233; une hausse brutale du ch&#244;mage ainsi que, dans de nombreux pays, une baisse des salaires r&#233;els. Nous sommes actuellement dans la troisi&#232;me phase, centr&#233;e sur le financement de la dette publique. &lt;br class='autobr' /&gt; ----------------------------- Tir&#233; du site (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Economie-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Conjoncture-+" rel="tag"&gt;Conjoncture&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La crise qui a &#233;clat&#233; en 2007-2008 est l'&#233;l&#233;ment central de la conjoncture actuelle. La premi&#232;re &#233;tape en a &#233;t&#233; le krach financier et la crise bancaire. La seconde fut la plus grave r&#233;cession qu'ait connue le monde depuis les ann&#233;es 1930 ; elle a enclench&#233; une hausse brutale du ch&#244;mage ainsi que, dans de nombreux pays, une baisse des salaires r&#233;els. Nous sommes actuellement dans la troisi&#232;me phase, centr&#233;e sur le financement de la dette publique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Contretemps&lt;br&gt;
Par C&#233;dric Durand le Dimanche, 12 Septembre 2010&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La crise qui a &#233;clat&#233; en 2007-2008 est l'&#233;l&#233;ment central de la conjoncture actuelle. La premi&#232;re &#233;tape en a &#233;t&#233; le krach financier et la crise bancaire. La seconde fut la plus grave r&#233;cession qu'ait connue le monde depuis les ann&#233;es 1930 ; elle a enclench&#233; une hausse brutale du ch&#244;mage ainsi que, dans de nombreux pays, une baisse des salaires r&#233;els. Nous sommes actuellement dans la troisi&#232;me phase, centr&#233;e sur le financement de la dette publique. Celle-ci met &#224; rude &#233;preuve le carcan n&#233;olib&#233;ral de la zone euro. Il n'y a aucune perspective de reprise durable &#224; l'horizon : les capacit&#233;s de production exc&#233;dentaires persistent dans les entreprises ; la demande agr&#233;g&#233;e reste &#233;troitement d&#233;pendante des budgets publics ; le syst&#232;me financier n'a rebondi en 2009 que gr&#226;ce aux politiques extr&#234;mement accommodantes des autorit&#233;s mon&#233;taires. Mais ce dernier menace de nouveau de s'affaisser, alors que la g&#233;n&#233;ralisation des politiques d'aust&#233;rit&#233; en Europe contribue un peu plus &#224; nous installer dans &#171; la troisi&#232;me d&#233;pression &#187; (1) de l'histoire du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode qui s'ouvre est celle des ajustements politiques et institutionnels. Elle est marqu&#233;e par une grande ind&#233;termination, son issue d&#233;pendra des batailles sociales, id&#233;ologiques, politiques et g&#233;opolitiques qui s'engagent. Cette &#233;tape va conduire &#224; la cristallisation de nouveaux rapports de force qui, pour certains, s'esquissent d&#233;j&#224;, tandis que d'autres vont appara&#238;tre de mani&#232;re retard&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan politique international, la constitution du G20 refl&#232;te ainsi l'acc&#233;l&#233;ration de la red&#233;finition des &#233;quilibres mondiaux, refermant une longue parenth&#232;se de domination sans partage des puissances occidentales qui aura dur&#233; deux si&#232;cles. L'Union europ&#233;enne, qui sert pour l'instant de paravent aux fragilit&#233;s &#233;conomiques &#233;tasuniennes, n'en sortira pas indemne. Les discussions sur de nouveaux modes de gouvernance de la zone euro battent leur plein, mais elles sont min&#233;es par des oppositions id&#233;ologiques et des int&#233;r&#234;ts nationaux rivaux. L'incapacit&#233; des gouvernements &#224; opter pour des politiques coop&#233;ratives, permettant de faire converger les performances &#233;conomiques entre les pays de la zone, conduit &#224; moyen terme &#224; une probable dislocation partielle de l'Union mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place de la finance devrait aussi &#234;tre amen&#233;e &#224; changer. Pour l'heure, domine l'intol&#233;rable impudence des grandes institutions financi&#232;res, qui ont tr&#232;s vite retrouv&#233; voire surpass&#233; leurs profits exorbitants d'avant crise. Non seulement elles n'ont jamais cess&#233; leurs activit&#233;s sp&#233;culatives, mais elles ont utilis&#233; &#224; cette fin les dispositifs de soutien mis en place par les Etats, mordant la main qui les nourrit lors des attaques contre les dettes publiques. Pourtant des indices de changement de r&#233;gime sont l&#224;. D'abord, les march&#233;s de cr&#233;dits titris&#233;s, embl&#233;matiques de la bulle, ne sont plus que l'ombre d'eux-m&#234;mes (2). Certains segments ont quasiment disparu tel celui des CDOs (collaterized debt obligations), sorte de mille-feuilles financiers de titres sans aucun rapport entre eux : il ne p&#232;se plus en 2009 que 4 milliards de dollars, contre 520 milliards en 2006. Plus g&#233;n&#233;ralement, les cr&#233;dits titris&#233;s n'existent que gr&#226;ce aux Banques centrales : en Europe, seulement 5 % des montants &#233;coul&#233;s le sont aupr&#232;s d'acqu&#233;reurs priv&#233;s (contre 95 % avant 2007), le reste &#233;tant acquis par la BCE ! D&#232;s lors le dilemme pour les gouvernants est le suivant : soit assumer que les institutions publiques se substituent ind&#233;finiment au march&#233; des produits titris&#233;s, afin d'assumer de mani&#232;re continue le risque li&#233; au cr&#233;dit bancaire priv&#233; ; soit risquer d'enclencher une nouvelle phase r&#233;cessive en d&#233;clenchant une nouvelle vague de rationnement et de rench&#233;rissement du cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les pressions sur la finance s'accentuent, bien qu'elles tardent &#224; se concr&#233;tiser tant sont puissants les int&#233;r&#234;ts qui s'y opposent. Pour la premi&#232;re fois depuis trois d&#233;cennies, la taxation (des banques et des transactions) et la r&#233;-r&#233;glementation sont inscrites &#224; l'agenda politique et l'on ne peut exclure que les d&#233;bats ne finissent par d&#233;boucher sur des mesures qui soient plus que symboliques. En revanche, apr&#232;s avoir fait une fulgurante apparition au plus fort de la temp&#234;te financi&#232;re, la question de la nationalisation/socialisation int&#233;grale du secteur bancaire a une nouvelle fois disparu du d&#233;bat public. A coup s&#251;r, cette option &#8211; qui est la seule coh&#233;rente compte tenu du caract&#232;re de bien public de l'activit&#233; de cr&#233;dit et ce par le biais d'incitation d&#233;coulant du too big too fail (&#171; trop gros pour &#234;tre mis en faillite &#187;) &#8211; reviendra avec plus de vigueur lors de la prochaine temp&#234;te financi&#232;re. Elle &#233;tablit d'ores et d&#233;j&#224; une claire ligne de d&#233;marcation &#224; gauche, selon qu'on s'affirme, ou non, pr&#234;t &#224; s'affronter aux int&#233;r&#234;ts capitalistes financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les politiques de rigueur en mati&#232;re budg&#233;taire et de protection sociale d&#233;cid&#233;es en Europe vont affecter durablement les populations des pays concern&#233;s, &#224; la fois directement &#8211; du fait des coupes claires d&#233;cid&#233;es dans les d&#233;penses publiques &#8211; et indirectement en raison de leur effet r&#233;cessif sur l'activit&#233; &#233;conomique. Ces mesures vont se traduire par une intensification des conflits sociaux, et leur synchronisation au niveau europ&#233;en renforce la possibilit&#233; de crises politiques majeures. Cette &#233;ventualit&#233; s'inscrit dans un contexte de d&#233;gradation de la situation sociale, en raison notamment d'une forte augmentation du ch&#244;mage, les entreprises ayant profit&#233; de la crise pour accro&#238;tre leur productivit&#233; et intensifier leur recours &#224; la sous-traitance internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construire une intervention politique efficace dans un tel contexte n'a rien d'ais&#233;. D'abord, les forces anticapitalistes doivent trouver les moyens de peser sur ces batailles dont les cons&#233;quences sur les rapports de force entre les classes vont &#234;tre consid&#233;rables et durables. Mais il importe de le faire en articulant des positionnements imm&#233;diats et une vision globale du syst&#232;me, c'est-&#224;-dire un diagnostic de l'&#233;tat de ses contradictions et des &#233;l&#233;ments qui structurent les rapports de forces entre les classes. Ce sont ces deux derniers aspects que le pr&#233;sent texte vise &#224; discuter en tant qu'ils constituent une conjoncture socio&#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I - Un syst&#232;me &#224; bout de souffle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La grande crise que traverse le capitalisme mondial n'est pas un orage dans un ciel d'azur. Elle est la manifestation de l'intensification depuis les ann&#233;es 1970 des contradictions du capitalisme. L'int&#233;gration aux circuits mondialis&#233;s du capital des pays d'Europe centrale et orientale et des grands pays asiatiques (Chine et Inde), d'une part, et, d'autre part, l'essor des technologies de l'information et des communications et des biotechnologies, ont offert de nouvelles possibilit&#233;s &#224; l'accumulation du capital. Pourtant, d&#233;cennie apr&#232;s d&#233;cennie, le rythme de la croissance s'est ralenti dans les pays du centre &#8211; et aussi, mais dans une moindre mesure gr&#226;ce au dynamisme du rattrapage chinois, au niveau mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le de la finance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux difficult&#233;s de l'accumulation, la finance a jou&#233; un r&#244;le de d&#233;rivatif. La lib&#233;ralisation a conduit &#224; la constitution de march&#233;s financiers permanents et compl&#232;tement mondialis&#233;s. C'est une arme majeure au service du capital qui permet une mise en concurrence des travailleurs et, plus largement, des syst&#232;mes socioproductifs en temps r&#233;el et &#224; l'&#233;chelle mondiale. C'est aussi un des vecteurs essentiels de l'accroissement inou&#239; des in&#233;galit&#233;s et d'une relocalisation d'une part importante de la classe capitaliste dans la finance au d&#233;triment de la production. Foster et Holleman (3), analysant le pouvoir de l'&#233;lite financi&#232;re, montrent qu'aux Etats-Unis la part des profits financiers dans les profits totaux a explos&#233;. De plus, la finance est devenue la principale source de richesse pour 27 % des plus grandes fortunes en 2007, contre 9 % en 1982 ; dans le m&#234;me temps, les r&#233;mun&#233;rations des dirigeants des firmes financi&#232;res se sont envol&#233;es par rapport &#224; celles des autres secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'accumulation financi&#232;re a un caract&#232;re tr&#232;s largement fictif, au sens o&#249; la valeur adoss&#233;e aux titres financiers correspond &#224; des reconnaissances de dettes qui ne pourront jamais &#234;tre honor&#233;es (4). C'est ce que r&#233;v&#232;le la d&#233;connexion entre le rythme auquel la sph&#232;re financi&#232;re a cr&#251; dans la p&#233;riode r&#233;cente et celui auquel a progress&#233; la production de richesses. Et l&#224; encore les salari&#233;s sont tr&#232;s durement affect&#233;s. L'effondrement de la valeur des fonds de pensions pendant la crise et l'annonce &#8211; par exemple en Irlande et dans divers Etats des Etats-Unis &#8211; de la r&#233;duction des montants des retraites qui en d&#233;coule sont un avant-go&#251;t du douloureux effet de rappel de la production vis-&#224;-vis de la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La restauration des profits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit d'une tendance de fond &#224; l'essoufflement, plusieurs raisons permettent d'expliquer que la rentabilit&#233; des firmes des pays riches s&#1077; soit r&#233;tablie par rapport &#224; la crise de profitabilit&#233; des ann&#233;es 1970, puis stabilis&#233;e &#224; un niveau &#233;lev&#233;. La d&#233;t&#233;rioration de la position de la majorit&#233; des salari&#233;s &#8211; sur laquelle on va revenir &#8211; a eu pour cons&#233;quence une mod&#233;ration salariale et, dans un certain nombre de pays, tel l'Allemagne apr&#232;s la r&#233;unification, la compl&#232;te atonie des salaires. L'emballement financier des derni&#232;res d&#233;cennies a parfois &#233;t&#233; une source de revenus directs pour les firmes. La dimension productive de la mondialisation a permis aux firmes transnationales de concentrer les profits r&#233;alis&#233;s, tout au long des cha&#238;nes de valeur, du fait de l'activit&#233; de leurs filiales et de leurs sous-traitants. Enfin, le capital dans son ensemble a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une forme contemporaine d'accumulation primitive, appel&#233;e par David Harvey &#171; l'accumulation par d&#233;possession &#187; (5), qui lui permet de valoriser des actifs obtenus &#224; vil prix : il s'agit notamment de l'acc&#232;s &#224; de nouveaux march&#233;s, de nouvelles r&#233;serves de main-d'&#339;uvre et de mati&#232;res premi&#232;res ; mais aussi une nouvelle logique de l'Etat pr&#233;dateur qui par son intervention subventionne de multiples mani&#232;res le capital : diminution de la fiscalit&#233; sur les entreprises et les riches, acc&#232;s aux paradis fiscaux, sauvetages financiers, aides multiples (comme en France le &#171; cr&#233;dit imp&#244;t recherche &#187;), privatisations, lib&#233;ralisation du march&#233; du travail, &#233;rosion des prestations sociales ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les entraves &#224; l'accumulation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces diff&#233;rents facteurs ont soutenu la rentabilit&#233; des firmes, cette derni&#232;re ne refl&#232;te pas une dynamique interne du syst&#232;me. Une situation de suraccumulation latente &#224; l'&#233;chelle mondiale depuis la fin des ann&#233;es 1960 et l'intensification de la concurrence qui en d&#233;coule n'ont fait que s'aggraver et constituent les tendances de fond &#224; l'arri&#232;re plan de la crise actuelle. Il faut ajouter que, dans certains domaines li&#233;s &#224; l'&#233;conomie de la connaissance, la contradiction entre rapports de production et forces productives est criante : les barri&#232;res mises &#224; la circulation des biens immat&#233;riels (brevets, lutte contre le piratage...) sont des facteurs qui entravent la circulation de l'information et donc constituent des freins &#224; la cr&#233;ation et &#224; l'innovation (6). Enfin, la question de l'augmentation des co&#251;ts constitue un frein au dynamisme du syst&#232;me : on pense ici au vieillissement, &#224; l'accroissement des d&#233;penses de sant&#233; li&#233; notamment aux progr&#232;s m&#233;dicaux, aux tensions sur les mati&#232;res premi&#232;res, &#224; l'extension des normes environnementales, aux co&#251;ts des sauvetages financiers &#224; r&#233;p&#233;tition ou, de mani&#232;re plus prospective, &#224; l'ass&#232;chement progressif des r&#233;servoirs de main-d'&#339;uvre non-salari&#233;e dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;connexion entre production capitaliste et besoins sociaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ces contradictions, d'autres facteurs rendent manifeste l'&#233;puisement de la dynamique du capitalisme. Un point crucial est le divorce de la production capitaliste par rapport aux besoins sociaux (7) : la sophistication des techniques marketing, visant &#224; permettre l'&#233;coulement de marchandises surabondantes, contraste vivement avec le fait que les besoins sociaux se concentrent de plus en plus dans des services tels que la sant&#233;, l'&#233;ducation/formation, les loisirs, la prise en charge du vieillissement, c'est-&#224;-dire des secteurs assurant la reproduction de &#171; l'&#234;tre humain par lui-m&#234;me &#187; et qui ont pour point commun de g&#233;n&#233;rer peu de gains de productivit&#233; (8). La prise de conscience de l'ampleur des destructions environnementales li&#233;es aux activit&#233;s productives repr&#233;sente une autre manifestation de ce divorce. Sur le fond, le d&#233;bat sur la mise en place de nouveaux indicateurs de richesse renvoie &#224; une tentative de traiter cette d&#233;connexion entre croissance &#8211; fruit de l'accumulation capitaliste &#8211; et satisfaction des besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les difficult&#233;s rencontr&#233;es par la poursuite du processus d'accumulation et le divorce entre production capitaliste et besoins sociaux &#8211; il faudrait ajouter d'autres &#233;l&#233;ments tels la crise du travail, la crise &#233;cologique... &#8211; s'additionnent pour saper la l&#233;gitimit&#233; du syst&#232;me. L'id&#233;ologie contemporaine du capital &#8211; le n&#233;olib&#233;ralisme &#8211; est en miettes. Les r&#233;formes &#233;taient cens&#233;es apporter davantage de croissance, et donc des retomb&#233;es positives pour tout un chacun. Il n'en a rien &#233;t&#233;. A ces promesses non tenues s'ajoute le fait que les soubresauts de plus en plus violents qu'a connus le syst&#232;me sont incompr&#233;hensibles dans le cadre conceptuel n&#233;olib&#233;ral. Les classes dominantes sont donc d&#233;boussol&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette grande fatigue du capitalisme n'exclut cependant pas la possibilit&#233; d'un rebond syst&#233;mique. Trois options principales, isol&#233;ment ou de mani&#232;re combin&#233;e, pourraient conduire &#224; une nouvelle phase d'expansion. La premi&#232;re est l'&#233;mergence d'un nouveau centre d'accumulation &#224; l'&#233;chelle mondiale. La Chine est candidate au poste, mais rien ne garantit qu'elle puisse jouer ce r&#244;le : d'une part, son poids relatif dans l'&#233;conomie mondiale reste encore limit&#233; par rapport &#224; celui de l'Europe et des Etats-Unis ; de plus, extrapoler la trajectoire future du pays &#224; partir des trois d&#233;cennies de croissance extr&#234;mement rapide qu'elle vient de conna&#238;tre rel&#232;ve d'un raisonnement largement abusif. La seconde option est celle de l'&#233;mergence d'un nouveau paradigme socio-&#233;conomique autour d'une vague d'innovation (les technologies de l'information ? les biotechnologies ? les technologies vertes ?) dont la diffusion soit compatible avec l'accumulation intensive du capital. Si des possibilit&#233;s technologiques sont l&#224;, leur int&#233;gration &#224; une nouvelle phase d'accumulation n'a absolument rien d'automatique. Troisi&#232;me option : celle d'une destruction massive de capitaux, par exemple dans le cadre d'une guerre impliquant directement les grands pays. L'interp&#233;n&#233;tration des int&#233;r&#234;ts industriels, commerciaux et financiers des bourgeoisies nationales est un frein &#224; tout affrontement direct. D'autant plus que les arsenaux nucl&#233;aires rivaux tendent &#224; figer par la terreur les rapports de forces. Hors de ces options, et d'une rupture politique syst&#233;mique, l'avenir est celui d'une poursuite ralentie d'une accumulation toujours plus pr&#233;datrice.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II - La puissance des faibles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sarroi id&#233;ologique des classes dominantes et l'affaiblissement de la l&#233;gitimit&#233; substantielle du syst&#232;me &#8211; sa capacit&#233; &#224; d&#233;livrer ce qui est promis &#8211; constituent des &#233;l&#233;ments favorables pour les gauches anticapitalistes. En revanche, la configuration des relations sociales de production dans lesquelles se d&#233;roule l'affrontement de classe sur le lieu de travail sont tr&#232;s d&#233;favorables. Les statistiques internationales du BIT sur le nombre de journ&#233;es non travaill&#233;es pour cause de conflits sociaux indiquent une chute brutale, de l'ordre d'une division par un facteur dix entre les ann&#233;es 1970 et les ann&#233;es 2000 pour les pays du G7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet indicateur est tr&#232;s imparfait du fait de probl&#232;mes de fiabilit&#233; des donn&#233;es recueillies, des difficult&#233;s des comparaisons internationales et de son caract&#232;re r&#233;ducteur. Pour en rester seulement &#224; la France, ces probl&#232;mes sont bien document&#233;s et sugg&#232;rent de relativiser le recul enregistr&#233; (9). Il y aurait m&#234;me une amorce de retour de la conflictualit&#233; dans les ann&#233;es 2000 au sein du secteur priv&#233;, qui prendrait davantage la forme de gr&#232;ves courtes (d&#233;brayages ou gr&#232;ves limit&#233;es &#224; une journ&#233;e) ou de formes d'actions &#171; sans arr&#234;t de travail &#187; (gr&#232;ve perl&#233;e, consistant &#224; effectuer le travail au ralenti, manifestation, p&#233;tition, refus d'heures suppl&#233;mentaires), tandis que les gr&#232;ves renouvelables poursuivent leur recul. L'augmentation des sanctions et de l'absent&#233;isme est un autre indicateur de l'absence de pacification des relations au travail. Enfin, les grands mouvements nationaux comme en 1995 (retraites et S&#233;curit&#233; sociale), 2003 (retraites), 2006 (CPE), ou 2010 (de nouveau sur les retraites) attestent &#233;galement de capacit&#233;s de r&#233;sistance persistantes au sein du salariat. Nous sommes cependant tr&#232;s loin de la puissante vague internationale de gr&#232;ves des ann&#233;es 1960 et 1970 (10). Apr&#232;s l'effondrement de l'activit&#233; contestataire au d&#233;but des ann&#233;es 1980, la situation n'a pas &#233;t&#233; invers&#233;e, et ce en raison d'un affaiblissement structurel du pouvoir de n&#233;gociation du travail par rapport au capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;gradation du rapport de forces sur le lieu de travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme de l'arm&#233;e de r&#233;serve et la ma&#238;trise de l'&#233;volution technico-organisationnelle du travail constituent, avec le principe &#171; diviser pour mieux r&#233;gner &#187;, les trois piliers de la domination du capital (11). La d&#233;gradation du rapport de forces au cours des derni&#232;res d&#233;cennies r&#233;sulte d'effets cumulatifs dans ces trois dimensions. Le ch&#244;mage et la pr&#233;carit&#233; disciplinent les travailleurs et mod&#232;rent les revendications salariales. Ils les conduisent &#224; tol&#233;rer de nouveaux m&#233;canismes de contr&#244;le et de mesure de la performance, notamment par le biais de l'informatisation des processus de production. Enfin, la d&#233;concentration productive, notamment avec le d&#233;veloppement de la sous-traitance internationale, affaiblit l'unit&#233; des travailleurs et permet leur mise en concurrence, sans pour autant diluer les profits ou le pouvoir de d&#233;cision. Par ailleurs, les transformations sectorielles des &#233;conomies d&#233;velopp&#233;es conduisent &#224; un d&#233;clin de la part des emplois industriels et, en particulier, des emplois dans les industries m&#233;caniques dans lesquelles le dispositif technique &#233;tait tr&#232;s favorable aux salari&#233;s puisque, &#224; l'instar de l'automobile, d'une part, l'outil de production est tr&#232;s co&#251;teux &#8211; donc difficile &#224; d&#233;placer ou &#224; abandonner - et, d'autre part, peut &#234;tre totalement bloqu&#233; par une gr&#232;ve minoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;gradation de la position des travailleurs n'est cependant pas unilat&#233;rale. D'abord, parce qu'au niveau international, au contraire, l'&#233;mergence de nouvelles grandes concentrations ouvri&#232;res, notamment en Inde et en Chine, cr&#233;e les conditions d'un renouveau du mouvement ouvrier, dont la s&#233;rie de gr&#232;ves observ&#233;e au printemps 2010 est peut &#234;tre un signe avant-coureur (12). Si une telle &#233;volution se confirmait elle ne manquerait pas d'am&#233;liorer le pouvoir de n&#233;gociation global des salari&#233;s. Ensuite, parce que si les dispositifs de travail contemporains conduisent &#224; un &#233;clatement des collectifs de travail, ils cr&#233;ent &#233;galement de nouvelles vuln&#233;rabilit&#233;s des firmes &#224; l'action collective, en particulier du fait de la g&#233;n&#233;ralisation du principe de &#171; juste &#224; temps &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne principal reste que la capacit&#233; des travailleurs des pays riches &#224; mener des luttes de classe sur le lieu de travail est consid&#233;rablement et structurellement diminu&#233;e. Cela n'implique pas une incapacit&#233; &#224; mener des luttes victorieuses, mais en revanche sugg&#232;re un d&#233;placement du site central depuis les luttes au niveau de l'atelier (&#171; &#224; la Marx &#187;) vers des luttes ayant d'embl&#233;e une dimension sociale plus diffuse (&#171; &#224; la Polanyi &#187;) (13). Ainsi, davantage que lors des d&#233;cennies de l'apr&#232;s-guerre, les mobilisations se jouent aussi &#224; l'ext&#233;rieur des entreprises &#8211; importance des manifestations, des actions, des batailles m&#233;diatiques/id&#233;ologiques&#8230; &#8211; ou &#224; travers des alliances de divers acteurs : collectifs d'habitants et soutien des &#233;lus pour d&#233;fendre l'emploi ; campagnes coordonn&#233;es par des mouvements sociaux et des ONG, articulation &#171; diagonale &#187; entre mouvements et gouvernements lors du sommet de Cochabamba contre le changement climatique.... Ce d&#233;placement du site central de l'affrontement social renvoie &#233;galement &#224; l'importance prise par la figure des luttes d&#233;fensives contre le d&#233;mant&#232;lement des acquis sociaux (retraites, CPE, &#233;ducation..) ainsi qu'au d&#233;veloppement proportionnellement important des mobilisations sur des questions non directement connect&#233;es au travail (contre le libre-&#233;change, la finance, pour le logement, le climat, l'environnement..). En bref, si les luttes semblent moins &#224; m&#234;me de se r&#233;soudre dans le face-&#224;-face local entre capital et travail, elles tendent &#224; avoir d'embl&#233;e une port&#233;e politique g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les luttes dans la respiration longue du capital&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appr&#233;ciation en dynamique de l'&#233;volution du rapport de forces capital/travail est ainsi difficile &#224; &#233;tablir. Si, en statique, dans les pays riches la situation est mauvaise, une interpr&#233;tation de la situation liant luttes de classes et ondes longues sugg&#232;re une lecture plus contrast&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des diff&#233;rentes phases de l'onde longue, la lutte des classes conna&#238;t des variations d'intensit&#233; qui contribuent &#224; dessiner la trajectoire du syst&#232;me (14). Les luttes de r&#233;sistance sont particuli&#232;rement aigu&#235;s &#224; la fin de la phase descendante, lorsque le processus de r&#233;organisation bat son plein. Il y a alors une forte inad&#233;quation entre les comp&#233;tences des travailleurs et les besoins des industries en gestation : les travailleurs des anciennes industries sont en surnombre tandis que les nouvelles comp&#233;tences ne sont le plus souvent acquises que par les nouveaux entrants, et le m&#233;canisme de l'arm&#233;e de r&#233;serve joue alors &#224; plein. C'est par exemple le cas lors de la vague r&#233;volutionnaire de 1848 qui se d&#233;roule sur fond de ch&#244;mage de masse et de mis&#232;re ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre moment de forte conflictualit&#233;, offensif cette fois, correspond au sommet de l'onde, lorsque le paradigme techno-&#233;conomique est h&#233;g&#233;monique mais arrive &#224; &#233;puisement. Un quasi plein emploi et des modes d'organisation des luttes de travailleurs adapt&#233;s au paradigme permettent d'obtenir des concessions importantes de la part du capital, qui acc&#233;l&#232;rent la diminution du taux de profit. La vague de luttes autour de 1968 s'inscrit dans un tel cadre. Ces deux moments paroxystiques des luttes r&#233;pondent &#224; des logiques distinctes en terme de r&#233;sistance ou d'offensive et l'on peut s'interroger sur leur potentiel transformateur respectif. En haut de l'onde longue, les mobilisations visent &#224; prolonger le paradigme dominant dans une version &#233;mancipatrice &#224; partir des positions conquises au cours de la phase ascendante. Tandis que la dimension la plus innovatrice des luttes va buter sur la r&#233;sistance d'un paradigme dont le processus de dislocation s'amorce tout juste. Ce potentiel innovateur se diffuse alors de mani&#232;re progressive tout au long de la phase descendante. En bas de l'onde longue, les confrontations se d&#233;roulent dans une situation a priori plus d&#233;favorable pour les mouvements sociaux. Cependant, leur potentiel innovateur peut davantage contribuer &#224; la transformation sociale effective. En effet, en l'absence de paradigme stabilis&#233;, la situation socio-institutionnelle est plus fluide et les innovations radicales ont davantage l'opportunit&#233; de s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renouveau des mouvements sociaux depuis le milieu des ann&#233;es 1990, l'essor du mouvement altermondialiste et &#224; pr&#233;sent du mouvement pour la justice climatique, ou encore la vague actuelle de mobilisations contre les mesures d'aust&#233;rit&#233; qui touchent l'Europe, peuvent ainsi &#234;tre interpr&#233;t&#233;s autour du triptyque : d&#233;localisation, durcissement et inventivit&#233;. D'abord, une tendance de la contestation &#224; s'&#233;chapper du face-&#224;-face localis&#233; avec le capital duquel le travail sort le plus souvent d&#233;fait. L'&#226;pret&#233; des luttes salariales pour l'obtention de primes de licenciements observ&#233;e en France ces derni&#232;res ann&#233;es peut &#224; cet &#233;gard &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme une expression de d&#233;fiance radicale vis-&#224;-vis du capital local auxquelles elles se confrontent. Tandis que l'attention port&#233;e aux questions syst&#233;miques (services publics, r&#233;gulation internationale, environnement, droits sociaux...) renvoie &#224; une confrontation &#224; la fois globale et concr&#232;te avec le capitalisme en tant que logique sociale. En second lieu, cette confrontation tend &#224; se durcir puisque le conflit distributif s'aiguise d'autant plus que la dynamique d'accumulation s'&#233;puise. Enfin, la configuration originale du d&#233;ploiement de r&#233;pertoires d'action et de th&#232;mes d'intervention, renvoie &#224; la fois au peu d'emprise imm&#233;diate des mouvements sur la conjoncture, mais aussi &#224; une mobilit&#233; et une vivacit&#233; qui constituent un avantage dynamique certain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture socio-&#233;conomique se caract&#233;rise par un essoufflement de la dynamique d'accumulation capitaliste, un affaiblissement de la l&#233;gitimit&#233; de ce syst&#232;me et un rapport de forces d&#233;grad&#233; pour les salari&#233;s sur le lieu de travail. Cependant, la vivacit&#233; de luttes polymorphes, et qui tendent &#224; s'attaquer &#224; des objectifs surtout d&#233;fensifs mais directement politiques, atteste d'une situation riche en potentialit&#233;s. Pour lib&#233;rer la puissance transformationnelle des mobilisations, la gauche radicale doit se mettre en position de d&#233;fendre un sc&#233;nario anticapitaliste qui dessine la possibilit&#233; d'une trajectoire alternative &#224; l'avenir de r&#233;gression sociale g&#233;n&#233;ralis&#233;e d&#233;sormais explicitement assum&#233; par la droite et les renoncements de la gauche de droite. Elle peut s'appuyer pour cela sur un renouveau des pens&#233;es critiques (15) qui participe d'un climat id&#233;ologique en partie favorable. En revanche, la faiblesse et l'&#233;clatement organisationnels des forces anticapitalistes ainsi que la pauvret&#233; de la r&#233;flexion strat&#233;gique plombent leur capacit&#233; &#224; peser sur la situation. Les d&#233;veloppements socio-&#233;conomiques acc&#233;l&#233;r&#233;s contemporains peuvent cependant faciliter un r&#233;agencement programmatique, une r&#233;flexion renouvel&#233;e sur le rapport aux institutions et, finalement, une recomposition politique et sociale. De telles avanc&#233;es permettraient d'esquisser les contours d'une transition anticapitaliste, c'est-&#224;-dire &#233;tablir quelle forme pourrait prendre une crise de pouvoir et ce que pourrait &#234;tre un gouvernement anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans le n&#176;7 (nouvelle s&#233;rie) de la revue ContreTemps, 3&#232; trimestre 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.contretemps.eu&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Selon l'expression de Paul Krugman, en r&#233;f&#233;rence &#224; la longue d&#233;pression du dernier quart du XIXe si&#232;cle et de la grande d&#233;pression des ann&#233;es 1930 : &#171; The third depression &#187;, The New York Times, 27 juin 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Gillian Tellet, &#171; Collapsed debt market poses dilemma for G20 leaders &#187;, Financial Times, 24 juin 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 John Bellamy Foster, Hannah Holleman, &#171; The financial power elite &#187;, Monthly Review, May 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 Fran&#231;ois Chesnais, &#171; Crise de suraccumulation mondiale ouvrant sur une crise de civilisation &#187;, Inprecor, n&#176; 556-557, janvier 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 David Harvey, The New Imperialism, Oxford University Press, 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 Entretien avec Benjamin Coriat, &#171; La crise de l'id&#233;ologie propri&#233;taire et le retour des Communs &#187;, juin 2010, (&lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/interviews&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.contretemps.eu/interviews&lt;/a&gt; )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Michel Husson souligne que ce divorce entre production et besoins s'accentue consid&#233;rablement dans la p&#233;riode n&#233;olib&#233;rale par rapport aux d&#233;cennies d'apr&#232;s-guerre. &#171; Socialisation interrompue et r&#233;sistance des besoins &#187;, communication au Congr&#232;s Marx international, septembre 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 Entretien avec Robert Boyer, &#171; Capitalisme, crise et d&#233;veloppement &#187;, Contretemps, num&#233;ro 21, f&#233;vrier 2008 (&lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/archives&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.contretemps.eu/archives&lt;/a&gt; [3])&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 Sophie B&#233;roud, Jean-Michel Denis, Guillaume Desage, Baptiste Giraud, J&#233;rome P&#233;lisse, &#171; Ce que r&#233;v&#232;lent les donn&#233;es officielles sur les conflits sociaux &#187;, Le Monde Diplomatique, octobre 2008. Baptiste Giraud, J&#233;r&#244;me P&#233;lisse, &#171; Le retour des conflits sociaux ? &#187;, La Vie des Id&#233;es, 6 janvier 2009&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 Il faut cependant se garder d'exag&#233;rer la rupture. Lilian Mathieu montre ainsi comment une s&#233;rie de mouvements sociaux contemporains s'inscrivent dans la continuit&#233; des luttes des ann&#233;es 1970 in Les ann&#233;es 1970, un &#226;ge d'or des luttes ?, Textuel, 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Pour une discussion de ces diff&#233;rentes dimensions de la d&#233;gradation de la position des travailleurs, voir C&#233;dric Durand, Le capitalisme est-il ind&#233;passable ?, Textuel, 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 &#171; Signs of widespread worker action in China &#187;, Financial Times, 10 juin 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 Sur la distinction &#171; lutte &#224; la Marx &#187; , &#171; lutte &#224; la Polanyi &#187;, voir Beverly J. Silver, Forces of Labor, Cambridge University Press, 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 Voir Ernest Mandel [1980] Long Waves of Capitalist Development : a Marxist Interpretation, London, Verso, 1995 ; Pierre Dock&#232;s, Bernard Rosier, Rythmes &#233;conomiques, crise et changement social. Une perspective historique, Paris, La D&#233;couverte, 1983 ; Christopher Freeman, Francisco Lou&#231;a, As Time Goes By : From the Industrial Revolutions to the Information Revolution, Oxford, Oxford University Press, 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 Pour un panorama voir Razmig Keucheyan, H&#233;misph&#232;re gauche, Paris, Zones, 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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