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		<title>La Gauche</title>
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		<title>Quand les banques font main basse sur les politiques publiques</title>
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		<dc:date>2011-06-21T16:50:42Z</dc:date>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois Chesnais</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
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&lt;p&gt;Fran&#231;ois Chesnais, r&#233;dacteur de la revue Carr&#233; rouge, vient de publier un livre important, intitul&#233; Les dettes ill&#233;gitimes. Quand les banques font main basse sur les politiques publiques (&#201;ditions Raisons d'agir, 2011). Un livre p&#233;dagogique d&#233;gageant les m&#233;canismes financiers et bancaires &#224; l'origine de la dette dite souveraine. Il indique aussi l'actualit&#233; d'une bataille europ&#233;enne pour l'annulation des dettes ill&#233;gitimes. &lt;br class='autobr' /&gt;
A l'heure o&#249; l'affrontement socio-politique en Gr&#232;ce a atteint un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L95xH150/arton3194-ff965.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fran&#231;ois Chesnais, r&#233;dacteur de la revue Carr&#233; rouge, vient de publier un livre important, intitul&#233; &lt;i&gt;Les dettes ill&#233;gitimes. Quand les banques font main basse sur les politiques publiques&lt;/i&gt; (&#201;ditions Raisons d'agir, 2011). Un livre p&#233;dagogique d&#233;gageant les m&#233;canismes financiers et bancaires &#224; l'origine de la dette dite souveraine. Il indique aussi l'actualit&#233; d'une bataille europ&#233;enne pour l'annulation des dettes ill&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure o&#249; l'affrontement socio-politique en Gr&#232;ce a atteint un nouveau stade, o&#249; la m&#234;me question se pose au Portugal dans l'imm&#233;diat et en perspective en Espagne, la lecture de ce livre de Fran&#231;ois Chesnais permet de saisir les multiples facettes de la dite &#171; crise de la dette souveraine &#187; et trace les voies d'un mouvement europ&#233;en et international contre une des machines capitalistes de destruction sociale et environnementale. Fran&#231;ois Chesnais, dans l'article ci-dessous, met en relief les traits saillants du th&#232;me qu'il traite dans son ouvrage. La lecture de cet article ne peut que susciter le besoin de lire son livre. (R&#233;daction, &lt;i&gt;&#192; l'encontre&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au printemps de 2010, les grandes banques europ&#233;ennes, au premier chef les banques fran&#231;aises et allemandes ont convaincu l'Union europ&#233;enne et la BCE, que le risque de d&#233;faut de paiement de la dette publique de la Gr&#232;ce mettait leur bilan en danger. Elles ont demand&#233; d'&#234;tre mises &#224; l'abri des cons&#233;quences de leur gestion. Les grandes banques europ&#233;ennes ont &#233;t&#233; fortement aid&#233;es &#224; l'automne 2008 au moment o&#249; la faillite de la banque Lehman Brothers &#224; New York a port&#233; la crise financi&#232;re &#224; son paroxysme. Depuis leur sauvetage, elles n'ont pas &#233;pur&#233; tous les actifs toxiques de leurs comptes. Elles ont pourtant continu&#233; &#224; faire des placements &#224; haut risque. Chez certaines le moindre d&#233;faut de paiement signifierait la faillite. En mai 2010, un plan de sauvetage a &#233;t&#233; mont&#233;, avec un volet financier et un volet d'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire drastique et de privatisation acc&#233;l&#233;r&#233;e : fortes baisses des d&#233;penses sociales ; diminution de traitements des fonctionnaires et r&#233;duction de leur nombre ; nouvelles atteintes aux syst&#232;mes des retraites, que ceux-ci soient par capitalisation ou par r&#233;partition. Les premiers pays, tels la Gr&#232;ce et le Portugal, &#224; les avoir appliqu&#233;es ont &#233;t&#233; pris dans une spirale infernale dont les couches populaires et les jeunes sont les victimes imm&#233;diates. Elle concerne de mois en mois un nombre plus important de pays en Europe occidentale et m&#233;diterran&#233;enne, apr&#232;s avoir ravag&#233; les pays baltiques et balkaniques. C'est aux travailleurs, &#224; la jeunesse et aux couches populaires les plus vuln&#233;rables qu'on impose le co&#251;t du sauvetage du syst&#232;me financier europ&#233;en et partant du syst&#232;me mondial.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A-t-on besoin des banques dans leur forme actuelle ? Faut-il continuer &#224; les sauver ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux s&#233;ries d'id&#233;es &#233;troitement entrem&#234;l&#233;es nous sont ass&#233;n&#233;es, &#224; quelques nuances pr&#232;s, par le gouvernement comme par les dirigeants de l'UMP, du Parti socialiste et des partis dits centristes. Les premi&#232;res concernent la dette publique, les secondes les banques. Les &#171; sacrifices &#187; demand&#233;s sur le plan des retraites, du gel du point d'indice dans la fonction publique, les nouvelles coupures drastiques dans le budget de l'enseignement, etc., etc., sont n&#233;cessaires, nous dit-on, afin que &#171; la dette de la France soit honor&#233;e &#187;. Il faut &#233;viter aussi que la France ne perde pas la note AAA que lui accordent les agences de notation, et qu'elle ne soit pas oblig&#233;e de payer des int&#233;r&#234;ts sur la dette publique plus &#233;lev&#233;s que ceux qu'elle paie actuellement. Pour ce qui est des banques, elles ont des fonctions indispensables qu'elles rempliraient bien, ou en tous les cas suffisamment bien, pour qu'il soit n&#233;cessaire et l&#233;gitime de leur venir au secours chaque fois qu'elles ne le demandent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'injonction &#171; d'honorer la dette &#187; comme celle d'aider les banques repose sur l'id&#233;e que des sommes repr&#233;sentant le fruit d'une &#233;pargne patiemment amass&#233;e par un dur labeur, auraient &#233;t&#233; pr&#234;t&#233;es. &lt;i&gt;&#171; La plupart des &#233;conomistes&lt;/i&gt;, &#233;crit un sp&#233;cialiste du cr&#233;dit travaillant aux Etats-Unis, &lt;i&gt;pensent que les banques sont de simples interm&#233;diaires entre les d&#233;posants et les emprunteurs. Une autre fa&#231;on d'exprimer cette croyance largement partag&#233;e est de dire que les banques collectent l'&#233;pargne et financent l'investissement. De l&#224;, il n'y a qu'un petit pas pour conclure qu'un montant donn&#233; d'&#233;pargne doit s'&#234;tre constitu&#233; avant qu'un investissement puisse se faire &#187;&lt;/i&gt;[1]. La r&#233;alit&#233; est toute autre. Les banques pr&#234;tent sans commune mesure avec le montant des d&#233;p&#244;ts et de la petite &#233;pargne qui leur est confi&#233;e. Elles n'ont jamais &#233;t&#233; de simples interm&#233;diaires. Depuis leur transformation en groupes financiers diversifi&#233;s aux op&#233;rations transnationales, elles le sont moins que jamais. Les profits bancaires proviennent de leurs op&#233;rations de cr&#233;ation de cr&#233;dit. Leur source se trouve dans le flux de richesse (valeur et plus value) venant des activit&#233;s de production. Le chemin emprunt&#233; diff&#233;rera selon l'emprunteur. Dans le cas d'un Etat, il passe par l'imp&#244;t et le service des int&#233;r&#234;ts de la dette publique. Dans celui d'une entreprise, il s'agit d'une fraction du profit. Dans le cas de particuliers et de m&#233;nages, c'est une partie de leur salaire ou de leur retraite qui est absorb&#233;e par les int&#233;r&#234;ts qu'ils paient sur leurs cr&#233;dits hypoth&#233;caires ou leurs cartes de cr&#233;dit. Plus une banque pr&#234;te, plus ses profits sont &#233;lev&#233;s. Au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies, elles ont con&#231;u les moyens qui ont sembl&#233; leur permettre de le faire. Les &#171; innovations financi&#232;res &#187; ont donn&#233; naissance &#224; un r&#233;seau tr&#232;s dense de transactions interbancaires. C'est &#224; partir de ces &#171; innovations &#187; que les banques ont pu actionner ce qui est nomm&#233; &#171; &lt;i&gt;l'effet de levier&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire un ratio de pr&#234;ts &#224; leurs capitaux propres et encaisses disponibles, dont la hauteur (jusqu'&#224; plus de 30%) les met en permanence en situation de grande fragilit&#233;. Elles le savent, mais elles comptent sur les gouvernements pour leur assurer en toutes circonstances et quel qu'en soit le co&#251;t social un filet de s&#233;curit&#233; et en cas extr&#234;me la socialisation de leurs pertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FMI publie tous les six mois &#224; peu pr&#232;s simultan&#233;ment deux grands rapports, l'un sur les perspectives de l'&#233;conomie mondiale et l'autre sur l'&#233;tat du syst&#232;me financier mondial. Le premier attire l'attention de tous les &#233;conomistes. Le FMI y pr&#233;sente ses projections macro&#233;conomiques. Ils sont donc en terrain familier. Le second n'est lu que par ceux qui accordent, dans le cadre de la mondialisation commerciale et financi&#232;re, une importance &#224; la finance et aux crises financi&#232;res. En janvier 2011, FMI estimait d&#233;j&#224; que l'une des grandes incertitudes de la situation &#233;conomique mondiale tenait &#224; ce qu'en Europe &lt;i&gt;&#171; l'interaction entre les risques souverain et bancaire s'intensifie &#187;&lt;/i&gt;[2]. Le premier chapitre du nouveau rapport sur la situation du syst&#232;me financier mondial confirme cette appr&#233;ciation. Il met l'accent sur la vuln&#233;rabilit&#233; des banques, en particulier des banques europ&#233;ennes[3]. L'appr&#233;ciation du directeur du d&#233;partement des march&#233;s financiers et mon&#233;taires du FMI est la suivante : &lt;i&gt;&#171; Pr&#232;s de quatre ans apr&#232;s le d&#233;but de la crise financi&#232;re, la confiance dans la stabilit&#233; du syst&#232;me bancaire global doit toujours &#234;tre enti&#232;rement restaur&#233;e &#187;&lt;/i&gt;. Et de souligner pour ce qui est des banques europ&#233;ennes : &lt;i&gt;&#171; Certaines banques ont toujours un ratio d'effet de levier trop important, ont des capitaux propres insuffisants, compte tenu de l'incertitude sur la qualit&#233; de leurs actifs. Ces faibles niveaux de fonds propres rendent certaines banques allemandes, ainsi que les caisses d'&#233;pargne italiennes, portugaises et espagnoles en difficult&#233;, vuln&#233;rables &#224; de nouveaux chocs. &#187;&lt;/i&gt; [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le des banques est de fournir du cr&#233;dit commercial (l'escompte des effets commerciaux &#224; tr&#232;s court terme) et des pr&#234;ts &#224; plus long terme aux entreprises pour leurs investissements. Ce r&#244;le est indispensable au fonctionnement du capitalisme. Il le serait aussi pour toute forme d'organisation &#233;conomique fond&#233;e sur des modalit&#233;s d&#233;centralis&#233;es de propri&#233;t&#233; sociale des moyens de production supposant le recours &#224; l'&#233;change. Le bilan de trois d&#233;cennies de lib&#233;ralisation financi&#232;re et de quatre ann&#233;es de crise pose, en tout &#233;tat de cause, la question de l'utilit&#233; &#233;conomique et sociale des banques dans leur forme actuelle. Devenues des conglom&#233;rats financiers, les banques ont-elles droit au soutien des gouvernements et des contribuables chaque fois que leurs bilans sont menac&#233;s du fait de leurs propres d&#233;cisions de gestion ? Beaucoup de gens commencent &#224; en douter. Ils l'expriment parfois, comme l'a fait Eric Cantona [footballeur fran&#231;ais qui a eu son heure de gloire en France et en Angleterre, et qui avait appel&#233; &#224; un retrait des d&#233;p&#244;ts bancaires en d&#233;cembre 2010], dans des formes que les m&#233;dias ne peuvent pas ignorer. Non pas d&#233;truire les banques, mais les saisir afin qu'elles puissent remplir les fonctions essentielles qui sont en principe les leurs, est la r&#233;ponse que je donne avec d'autres dont Fr&#233;d&#233;ric Lordon[5].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers une d&#233;finition de l'ill&#233;gitimit&#233; des dettes publiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La notion de dette odieuse a &#233;t&#233; appliqu&#233;e depuis les ann&#233;es 1980 &#224; la dette des pays du Tiers-monde. Son application possible au cas de la dette de la Gr&#232;ce a &#233;t&#233; discut&#233;e. Il s'agit d'une notion qui remonte &#224; l'entre-deux-guerres. La premi&#232;re d&#233;finition appartient &#224; Alexander Sack, juriste russe et professeur de droit international &#224; Paris ; &lt;i&gt;&#171; dette contract&#233;e par un r&#233;gime despotique (nous dirions aujourd'hui &#171; dictature &#187; ou &#171; r&#233;gime autoritaire &#187;) pour des objectifs &#233;trangers aux int&#233;r&#234;ts de la Nation, aux int&#233;r&#234;ts des citoyens &#187;&lt;/i&gt;[6]. Le Center for International Sustainable Development de l'universit&#233; McGill de Montr&#233;al en a donn&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000, une d&#233;finition assez semblable, plus directement en phase avec la financiarisation contemporaine. Les dettes odieuses sont &lt;i&gt;&#171; celles qui ont &#233;t&#233; contract&#233;es contre les int&#233;r&#234;ts des populations d'un &#201;tat, sans leur consentement et en toute connaissance de cause du c&#244;t&#233; des cr&#233;anciers &#187;&lt;/i&gt;[7]. Cette d&#233;finition s'applique parfaitement &#224; la dette sp&#233;cifique qui p&#232;se en France m&#234;me sur des municipalit&#233;s, des conseils r&#233;gionaux et m&#234;me certains h&#244;pitaux, dont les &#233;lus ou les directeurs viennent de se constituer en association pour mener des actions judiciaires collectives contre les banques[8]. Ils ont &#233;t&#233; incit&#233;s par celles-ci &#224; acheter des &#171; produits structur&#233;s &#187;, cens&#233;s faciliter par leur rendement &#233;lev&#233; le financement de projets d'investissement lourds dans un contexte de transfert de d&#233;penses par l'Etat vers les r&#233;gions. Ces titres financiers opaques, devenus des &lt;i&gt;&#171; actifs toxiques &#187;&lt;/i&gt; avec la crise de l'automne 2008, gr&#232;vent les budgets. Le fait qu'ils aient &#233;t&#233; achet&#233;s, illustre bien entendu le fait que le f&#233;tichisme de l'argent n'est pas le propre des seuls traders, puisqu'il emporte le jugement des &#233;lus et des administrateurs locaux. Mais les banques savaient parfaitement les risques qu'elles leur faisaient prendre, le jeu de casino dans lequel elles les faisaient entrer. Le suppl&#233;ment d'endettement contract&#233; par les municipalit&#233;s du fait de l'achat de titres pourris, rel&#232;ve des &#171; dettes odieuses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion plus large de dette ill&#233;gitime me para&#238;t correspondre de plus pr&#232;s &#224; la dette des pays capitalistes avanc&#233;s, notamment ceux d'Europe. C'est la position aussi des militants du Comit&#233; pour l'annulation de la dette du Tiers-monde (CADTM)[9]. Les facteurs qui sont mis en avant le plus fr&#233;quemment, concernent les conditions qui ont conduit un pays &#224; accumuler une dette &#233;lev&#233;e et &#224; se mettre dans les mains des march&#233;s financiers. Ici l'ill&#233;gitimit&#233; trouve sa source dans trois m&#233;canismes : des d&#233;penses &#233;lev&#233;es ayant le caract&#232;re de cadeaux faits au capital ; un niveau bas de la fiscalit&#233; directe (imp&#244;ts sur le revenu, le capital et le profit des entreprises) et sa tr&#232;s faible progressivit&#233; ; une &#233;vasion fiscale importante. On retrouve ces trois facteurs aussi bien dans le cas de la Gr&#232;ce que de la France, de m&#234;me bien entendu de tous les pays attaqu&#233;s aujourd'hui par les fonds sp&#233;culatifs et les banques. S'agissant de la France, la dette est n&#233;e, &#224; partir de 1982, du cadeau fait au capital financier lors des nationalisations du gouvernement d'Union de la gauche. Sa croissance a &#233;pous&#233; ensuite le mouvement de la lib&#233;ralisation financi&#232;re, dont la premi&#232;re phase des ann&#233;es 1980 a &#233;t&#233; marqu&#233;e par des taux d'int&#233;r&#234;ts r&#233;els tr&#232;s &#233;lev&#233;s. L'endettement de l'&#201;tat a sa source dans la faiblesse de la fiscalit&#233; directe (imp&#244;t sur le revenu et imp&#244;t sur les entreprises) et dans l'&#233;vasion fiscale. Plut&#244;t que d'affronter les groupes sociaux qui en b&#233;n&#233;ficient et qui y ont recours, les gouvernements du Parti socialiste comme ceux du RPR-UMP, ont &#171; contourn&#233; &#187; le probl&#232;me de la fa&#231;on la plus favorable au capital et &#224; la fortune. Ils ont emprunt&#233; &#224; ceux qu'ils renon&#231;aient &#224; taxer. L'imposition du capital et des hauts revenus a &#233;t&#233; diminu&#233;e d'abord prudemment, puis sous les gouvernements Jospin (1997-2002), Raffarin (2002-2005) et de Villepin (2005-2007) de fa&#231;on plus forte avec la multiplication des niches fiscales, avant que Sarkozy ne mette en place, avec le bouclier fiscal [2007, Villepin avait fait un premier pas dans cette direction dans la loi de finance de 2006], des m&#233;canismes restituant aux plus riches une partie de l'imp&#244;t. L'analyse des origines de la dette de la France aidera &#224; cerner la notion de dette ill&#233;gitime et donc &#224; poser la question de son annulation, non seulement d'un point de vue &#233;conomique, mais comme question politique &#224; fondement &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'ill&#233;gitimit&#233; repose aussi sur la nature des op&#233;rations des &#171; pr&#234;ts &#187; qu'il faut &#171; honorer &#187;, pour lesquels il faut payer des int&#233;r&#234;ts &#233;lev&#233;s et assurer le remboursement. L'injonction de payer la dette repose, il faut le r&#233;p&#233;ter, implicitement sur cette id&#233;e que des sommes, fruit d'une &#233;pargne patiemment amass&#233;e par un dur labeur, auraient &#233;t&#233; pr&#234;t&#233;es. Cela est peut-&#234;tre le cas de l'&#233;pargne des m&#233;nages ou des fonds des syst&#232;mes de retraite par capitalisation. Ce n'est pas celui des banques ou des &lt;i&gt;Hedge Funds&lt;/i&gt;. Lorsque ceux-ci &#171; pr&#234;tent aux Etats &#187; en achetant les bons du Tr&#233;sor mis en adjudication par les minist&#232;res des Finances, il s'agit de sommes fictives dont la mise &#224; disposition repose sur le r&#233;seau de relations et de transactions interbancaires. Le transfert de richesse, celle qui na&#238;t du travail, a lieu dans l'autre sens. La dette et le service des int&#233;r&#234;ts sont une composante de la &#171; &lt;i&gt;pompe &#224; phynance&lt;/i&gt; &#187;, joliment nomm&#233;e par Fr&#233;d&#233;ric Lordon en hommage &#224; Jarry et &#224; son P&#232;re Ubu. La nature &#233;conomique des sommes pr&#234;t&#233;es est un facteur de plus qui interroge la l&#233;gitimit&#233; de la dette publique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'audit de la dette publique et son annulation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le CADTM d&#233;fend depuis toujours la n&#233;cessit&#233; de l'audit de la dette comme &#233;tape vers son annulation. &lt;strong&gt;L'audit a pour but d'identifier les facteurs qui permettent de caract&#233;riser la dette comme ill&#233;gitime&lt;/strong&gt;, ainsi que ceux qui justifient ou m&#234;me qui exigent n&#233;anmoins le remboursement d'une fraction de la dette &#224; certains cr&#233;anciers. Je n'&#233;tais gu&#232;re convaincu jusqu'&#224; ce que des militants grecs en montrent la port&#233;e. Jusqu'ici le seul exemple d'audit est celui r&#233;alis&#233; en &#201;quateur en 2007. Il a r&#233;sult&#233; d'une d&#233;cision gouvernementale, le pr&#233;sident de l'&#201;quateur, Rafael Correa (2007-), voulant conna&#238;tre des conditions dans lesquelles la dette du pays &#233;tait n&#233;e. L'audit a permis au gouvernement de d&#233;cider de suspendre le remboursement de la dette, constitu&#233;e de titres de la dette venant &#224; &#233;ch&#233;ance les uns en 2012, les autres en 2030. Il a forc&#233; ainsi les banquiers, surtout nord-am&#233;ricains, d&#233;tenteurs des titres &#224; n&#233;gocier. L'&#201;quateur a pu racheter des titres estim&#233;s &#224; 3,2 milliards de dollars pour la somme d'un peu moins de 1 milliard de dollars. Un sc&#233;nario similaire &#224; celui de l'&#201;quateur n'est pas concevable en Europe. La revendication du moratoire imm&#233;diat et de l'audit pr&#233;paratoire &#224; l'annulation, doit &#233;videmment &#234;tre adress&#233;e aux partis politiques au moment de campagnes &#233;lectorales. Des militants, peut-&#234;tre m&#234;me quelques dirigeants, y seront sensibles. Cependant, il n'y a que des comit&#233;s du type de ceux qui sont n&#233;s lors de la campagne de 2005 contre le projet de Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en ou, plus r&#233;cemment, sur la question des retraites, qui puissent porter ces revendications. Il y a un seul pays o&#249; un comit&#233; national a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; permettant &#224; des comit&#233;s locaux de se former : il s'agit de la Gr&#232;ce o&#249; s'est mis en place le Comit&#233; grec contre la dette. Voici comment il d&#233;finit ses objectifs[10].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;AUDIT DE LA DETTE ET EXERCICE DES DROITS D&#201;MOCRATIQUES&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le premier objectif d'un audit est de clarifier le pass&#233; (&#8230;). Qu'est devenu l'argent de tel emprunt, &#224; quelles conditions cet emprunt a-t-il &#233;t&#233; conclu ? Combien d'int&#233;r&#234;ts ont &#233;t&#233; pay&#233;s, &#224; quel taux, quelle part du principal a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; rembours&#233;e ? Comment la dette a-t-elle enfl&#233; sans que cela profite au peuple ? Quels chemins ont suivi les capitaux ? A quoi ont-ils servi ? Quelle part a &#233;t&#233; d&#233;tourn&#233;e, par qui et comment ? Et aussi : Qui a emprunt&#233; et au nom de qui ? Qui a pr&#234;t&#233; et quel a &#233;t&#233; son r&#244;le ? Comment l'Etat s'est-il trouv&#233; engag&#233;, par quelle d&#233;cision, prise &#224; quel titre ? Comment des dettes priv&#233;es sont-elles devenues &#171; publiques &#187; ? Qui a engag&#233; des projets inadapt&#233;s, qui a pouss&#233; en ce sens, qui en a profit&#233; ? Des d&#233;lits, voire des crimes, ont-ils &#233;t&#233; commis avec cet argent ? Pourquoi n'&#233;tablit-on pas les responsabilit&#233;s civiles, p&#233;nales et administratives ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Un audit de la dette publique n'a rien &#224; voir avec sa caricature qui le r&#233;duit &#224; une simple v&#233;rification de chiffres faite par des comptables routiniers. Les partisans des audits invoquent toujours deux besoins fondamentaux de la soci&#233;t&#233; : la transparence et le contr&#244;le d&#233;mocratique de l'Etat et des gouvernants par les citoyens. Il s'agit l&#224; de besoins qui se r&#233;f&#232;rent &#224; des droits d&#233;mocratiques tout &#224; fait &#233;l&#233;mentaires, reconnus par le droit international, bien que viol&#233;s en permanence. Le droit de regard des citoyens sur les actes de ceux qui les gouvernent, de s'informer de tout ce qui concerne leur gestion, leurs objectifs et leurs motivations est intrins&#232;que &#224; la d&#233;mocratie elle-m&#234;me puisqu'il &#233;mane du droit fondamental des citoyens d'exercer leur contr&#244;le sur le pouvoir et de participer activement aux affaires communes. (&#8230;) Ce besoin permanent de transparence dans les affaires publiques acquiert &#224; l'&#233;poque du n&#233;olib&#233;ralisme le plus sauvage et de la corruption d&#233;brid&#233;e &#8211; sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire mondiale &#8211; une &#233;norme importance suppl&#233;mentaire. Il se transforme en un besoin social et politique tout &#224; fait vital. L'exercice des droits d&#233;mocratiques des citoyens consid&#233;r&#233;s jadis comme &#171; &#233;l&#233;mentaires &#187; est vu par les gouvernants presque comme une d&#233;claration de guerre &#224; leur syst&#232;me par &#171; ceux d'en bas &#187;. Et naturellement, elle est trait&#233;e en cons&#233;quence, de mani&#232;re tr&#232;s r&#233;pressive (&#8230;). L'audit de la dette publique acquiert une dynamique socialement salutaire et politiquement presque subversive. (Son) utilit&#233; d'un audit ne peut pas se r&#233;sumer uniquement &#224; la d&#233;fense de la transparence et de la d&#233;mocratisation de la soci&#233;t&#233;. Elle va beaucoup plus loin, puisqu'elle ouvre la voie &#224; des processus qui pourraient s'av&#233;rer extr&#234;mement dangereux pour le pouvoir &#233;tabli et potentiellement lib&#233;rateur pour l'&#233;crasante majorit&#233; des citoyens ! En effet, en exigeant d'ouvrir et d'auditer les livres de la dette publique, et encore mieux &lt;strong&gt;en ouvrant et en auditant ces livres, le mouvement de l'audit citoyen ose &#171; l'impensable &#187; : il p&#233;n&#232;tre dans la zone interdite, dans le saint des saints du syst&#232;me capitaliste, l&#224; o&#249;, par d&#233;finition, n'est tol&#233;r&#233; aucun intrus !&lt;/strong&gt; &#187; (soulign&#233; dans l'original).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi comprise, la revendication de l'audit de la dette et surtout son d&#233;but de mise en &#339;uvre par la cr&#233;ation de comit&#233;s, en tant qu'instances populaires o&#249; les preuves de l'ill&#233;gitimit&#233; seraient r&#233;unies et d&#233;battues, constitueraient un formidable outil de &#171; re-d&#233;mocratisation &#187;[11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant des d&#233;tenteurs de la dette publique, la sauvegarde de la petite &#233;pargne est souvent soulev&#233;e, comme question importante quand ce n'est pas comme obstacle d&#233;terminant. Elle ne poserait aucun probl&#232;me. Lors des d&#233;clarations d'imp&#244;t direct, les banques calculent au centime pr&#232;s les montants aff&#233;rents &#224; diff&#233;rentes formes d'&#233;pargne des m&#233;nages. Elles leur seraient garanties, car elles ne repr&#233;sentent qu'une minuscule partie des &#171; cr&#233;ances &#187; r&#233;clam&#233;es. L'annulation des dettes publiques ne peut &#233;videmment pas &#234;tre une mesure isol&#233;e. Ici, on portera d'abord l'accent, tr&#232;s bri&#232;vement, sur deux aspects. Le premier est l'appropriation sociale des banques et leur reconfiguration de fa&#231;on &#224; restaurer leurs fonctions essentielles de cr&#233;ation des formes d&#233;termin&#233;es et limit&#233;es de cr&#233;dit et &#224; les mettre au seul service de l'&#233;conomie. Le second est la reconfiguration de la fiscalit&#233;, qui doit cesser de peser lourdement sur les salari&#233;s et les couches populaires. Les syndicats, SNUI (syndicat des imp&#244;ts) et Sud Tr&#233;sor, ont des propositions pr&#234;tes. Tout aussi important est l'utilisation qui est faite de l'imp&#244;t, qu'il soit per&#231;u nationalement ou localement. Le contr&#244;le d&#233;mocratique de l'usage de l'imp&#244;t est devenu purement formel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement l'enjeu est celui d&#233;fini dans ce document grec, &#224; savoir la cr&#233;ation d'une dynamique politique dans laquelle celles et ceux qui ont montr&#233;, de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e, une forte capacit&#233; de mobilisation verraient la campagne pour l'annulation comme une question essentielle qui conditionne l'avenir. En France mais aussi dans toute l'Europe, les salari&#233;s sont confront&#233;s aux questions cruciales de l'emploi et de la pr&#233;carit&#233;. Leur solution passe par le contr&#244;le social de l'investissement. Il ne peut pas continuer &#224; d&#233;pendre des strat&#233;gies de maximisation des profits des grandes entreprises. La satisfaction de besoins sociaux pressants a pour contexte la crise &#233;cologique dans toutes ses dimensions. Il est indispensable qu'elle repose sur de profondes transformations dans les modes techniques de production dans l'industrie comme dans l'agriculture. Le financement en serait assur&#233; par l'imp&#244;t et le cr&#233;dit bancaire contr&#244;l&#233;. La &#171; sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique &#187; et la d&#233;-marchandisation en seraient les compl&#233;ments. La lib&#233;ralisation des &#233;changes, dont le co&#251;t &#233;cologique est immense, est un socle du capitalisme financiaris&#233;. Le contr&#244;le social de l'investissement permettrait la relocalisation de nombreuses activit&#233;s et un raccourcissement des cha&#238;nes de d'approvisionnement, de production et de commercialisation. L'annulation des dettes dans les pays o&#249; les peuples se mobiliseraient pour l'imposer, cr&#233;erait ainsi les conditions d'une vraie &#171; sortie de crise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Saisir l'opportunit&#233; d'un combat dans un ensemble de pays &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La campagne contre la dette ne peut pas se mener &#171; par procuration &#187;. Le peuple grec ne peut le mener pour d'autres peuples europ&#233;ens. Les agences de notation ne s'acharnent pas encore sur la France ; celle-ci ne subit pas encore des &#233;carts de taux d'int&#233;r&#234;t significatifs. L'injonction de &#171; la dette &#224; honorer &#187; n'en p&#232;se pas moins lourdement sur la situation &#233;conomique et sociale comme sur la vie politique fran&#231;aise. Le gouvernement ainsi que les dirigeants de l'UMP et du Parti socialiste comme des partis dits centristes, r&#233;p&#232;tent jour apr&#232;s jour que la d&#233;cence exige des citoyens qu'ils &#171; acceptent des sacrifices &#187; afin que la France paie ses dettes. Ils ne diff&#232;rent que sur la fa&#231;on exacte de le faire, sur le meilleur &lt;i&gt;policy mix&lt;/i&gt;. La dette obstrue l'avenir, celui des classes populaires bien s&#251;r, mais celui de la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. Mener campagne pour l'annulation n'est pas au-del&#224; de la capacit&#233; du mouvement social fran&#231;ais. La mobilisation que des centaines de milliers de gens ont eue &#224; l'automne dernier sur les retraites place les associations, les syndicats et les partis fran&#231;ais dans une situation responsabilit&#233; particuli&#232;re. Le refus des travailleurs fran&#231;ais de payer la dette serait aussi le soutien internationaliste le plus efficace qu'ils puissent apporter &#224; ceux de Gr&#232;ce, du Portugal, de l'Irlande. Une campagne populaire men&#233;e par des comit&#233;s pour le moratoire imm&#233;diat et l'audit de la dette, pr&#233;parerait le mouvement social aux nouveaux &#233;pisodes de crise financi&#232;re. Les publicistes et les responsables politiques qui pr&#233;conisent aujourd'hui la restructuration de la dette de la Gr&#232;ce et de l'Irlande reconnaissent que les risques que soulignent les adversaires de cette mesure sont r&#233;els. La vuln&#233;rabilit&#233; du syst&#232;me financier europ&#233;en, mais aussi mondial, rend une nouvelle crise possible. La faillite de pans du syst&#232;me bancaire n'est pas exclue. Dans des pays o&#249; le paiement de la dette aura &#233;t&#233; mis en cause par le mouvement social, les travailleurs et les jeunes tourn&#233;s de diverses mani&#232;res vers les questions &#171; politiques &#187; y seront pr&#233;par&#233;s, au moins un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des grands arguments des partisans de la sortie de l'euro, est que ceux qui misent sur un mouvement social europ&#233;en poursuivent une chim&#232;re. L'enjeu est de saisir l'occasion pour le faire na&#238;tre. Plusieurs pays sont confront&#233;s tr&#232;s durement au probl&#232;me de la dette. D'autres le seront plus ou moins tard. Tous sont soumis aux politiques &#233;conomiques et mon&#233;taires pro-cycliques. M&#234;me la Conf&#233;d&#233;ration europ&#233;enne des syndicats a &#233;t&#233; oblig&#233;e de se d&#233;marquer de la Commission europ&#233;enne et de la BCE. L'opportunit&#233; est cr&#233;&#233;e de construire, entre les citoyens des pays d'Europe, une v&#233;ritable union. La solution progressiste n'est pas la sortie de l'euro. Elle est d'aider &#224; la convergence des luttes sociales et politiques men&#233;es aujourd'hui de fa&#231;on dispers&#233;e vers un objectif de contr&#244;le social d&#233;mocratique commun de leurs moyens de production et d'&#233;change, donc aussi de l'euro. &#171; Saisir les banques &#187; ! Oui, dans tous les pays o&#249; le mouvement social en aura la force ; oui en incluant la BCE dans leur nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne pour l'annulation des dettes publiques europ&#233;ennes doit s'accompagner, bien entendu, de l'annulation de la dette de pays du Sud d&#233;tenue par les banques et les fonds de placement europ&#233;ens. Pour les peuples des pays europ&#233;ens cette campagne est un passage oblig&#233; et aussi un tremplin. Passage oblig&#233;, parce qu'aucune politique tant soit peu progressiste au plan social comme au plan &#233;cologique ne peut &#234;tre men&#233;e ni aucun grand investissement fait tant que la saign&#233;e du service des int&#233;r&#234;ts continue. Tremplin, parce que toute victoire arrach&#233;e sur ce terrain constituerait un v&#233;ritable s&#233;isme pour le capitalisme mondial. L'annulation des dettes modifierait profond&#233;ment les rapports de force politiques entre le travail et le capital. Elle lib&#233;rerait les esprits sur &#171; l'ampleur du possible &#187;. Lorsqu'une occasion comme celle-ci se pr&#233;sente, ne faut-il pas s'en saisir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[i] Robert Guttmann, How Credit-Money Shapes the Economy, M.E. Sharpe, Armonk, New York, 1994, page 33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[ii] FMI, Rapport sur la stabilit&#233; financi&#232;re dans le monde, Note int&#233;rimaire, Actualit&#233; des march&#233;s, janvier 2011. (&lt;a href=&#034;http://www.imf.org/external/french/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.imf.org/external/french/index.htm&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[iii] FMI, Global Financial Stability Report, avril 2011, chapitre 1, tableau 1.1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[iv] Propos de Jos&#233; Vinals cit&#233;s par Martine Orange, Mediapart, 15 avril 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[v] Fr&#233;d&#233;ric Lordon, &#171; Pas d&#233;truire les banques, les saisir ! &#187;, La pompe &#224; Phynance, blog.mondediplo.net/2010-12-02&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[vi] &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/Dette-odieuse/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/Dette-odieuse/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[vii] Voir Global Economic Growth Report, Toronto, July, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[viii] &#8220;Pr&#234;ts toxiques : les &#233;lus s'allient pour attaquer les banques&#8221;, Le Monde, 9 mars 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[ix] Voir Eric Toussaint, &#171; Face &#224; la dette du Nord, quelques pistes alternatives &#187;, &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cadtm.org/&lt;/a&gt;, 19 janvier 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[x] Yorgos Mitralias, &#171; Face &#224; la dette : l'app&#233;tit vient en auditant !&#8230; &#187; 12 avril 2010 (&lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cadtm.org/&lt;/a&gt; ). L'auteur est le principal animateur du Comit&#233; grec contre la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[xi] Par opposition &#224; la d&#233;-d&#233;mocratisation n&#233;e du n&#233;olib&#233;ralisme, Voir Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale, trad. de Christine Vivier, Les Prairies ordinaires, Paris, 2007, ainsi que Pierre Dardot et Christian Laval, La nouvelle raison du monde, Essai sur la soci&#233;t&#233; n&#233;olib&#233;rale, La D&#233;couverte, Paris, 2009, pages 457-468.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href='https://www.lagauche.ca/Source : http:/alencontre.org/?p=3063'&gt;&#192; l'encontre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Huit propositions urgentes pour une autre Europe</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Huit-propositions-urgentes-pour-une-autre-Europe</link>
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		<dc:date>2011-04-26T20:56:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Eric Toussaint</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Luttes sociales</dc:subject>
		<dc:subject>Annulation de la dette</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Tir&#233; du site du CADTM
&lt;br class='autobr' /&gt;
4 avril par Eric Toussaint &lt;br class='autobr' /&gt;
La crise secoue l'Union europ&#233;enne jusque dans ses fondations. Pour plusieurs pays, le n&#339;ud coulant de la dette publique s'est referm&#233; sur eux et ils sont pris &#224; la gorge par les march&#233;s financiers. Avec la complicit&#233; active des gouvernements en place, de la Commission europ&#233;enne, de la Banque centrale europ&#233;enne et du FMI, les institutions financi&#232;res &#224; l'origine de la crise s'enrichissent et sp&#233;culent sur les dettes des &#201;tats. Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Europe-50-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Europe-278-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Luttes-sociales-+" rel="tag"&gt;Luttes sociales&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Annulation-de-la-dette-+" rel="tag"&gt;Annulation de la dette&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site du CADTM&lt;br class='autobr' /&gt;
4 avril par Eric Toussaint&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La crise secoue l'Union europ&#233;enne jusque dans ses fondations. Pour plusieurs pays, le n&#339;ud coulant de la dette publique s'est referm&#233; sur eux et ils sont pris &#224; la gorge par les march&#233;s financiers. Avec la complicit&#233; active des gouvernements en place, de la Commission europ&#233;enne, de la Banque centrale europ&#233;enne et du FMI, les institutions financi&#232;res &#224; l'origine de la crise s'enrichissent et sp&#233;culent sur les dettes des &#201;tats. Le patronat profite de la situation pour lancer une offensive brutale contre une s&#233;rie de droits &#233;conomiques et sociaux de la majorit&#233; de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction des d&#233;ficits publics doit se faire, non pas en r&#233;duisant les d&#233;penses sociales publiques mais par la hausse des recettes fiscales, en luttant contre la grande fraude fiscale et en taxant davantage le capital, les transactions financi&#232;res, le patrimoine et les revenus des m&#233;nages riches. Pour r&#233;duire le d&#233;ficit, il faut &#233;galement r&#233;duire radicalement les d&#233;penses d'armement, ainsi que d'autres d&#233;penses socialement inutiles et dangereuses pour l'environnement. En revanche, il est fondamental d'augmenter les d&#233;penses sociales, notamment pour pallier les effets de la d&#233;pression &#233;conomique. Mais au-del&#224;, il faut consid&#233;rer cette crise comme une possibilit&#233; de rompre avec la logique capitaliste et de r&#233;aliser un changement radical de soci&#233;t&#233;. La nouvelle logique &#224; construire devra rompre avec le productivisme, int&#233;grer la donne &#233;cologique, &#233;radiquer les diff&#233;rentes formes d'oppression (raciale, patriarcale, etc.) et promouvoir les biens communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, il faut construire un front anticrise, tant &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne que localement, afin de r&#233;unir les &#233;nergies pour cr&#233;er un rapport de force favorable &#224; la mise en pratique de solutions radicales centr&#233;es sur la justice sociale et climatique. D&#232;s ao&#251;t 2010, le CADTM a formul&#233; huit propositions concernant la crise actuelle en Europe |1|. L'&#233;l&#233;ment central est la n&#233;cessit&#233; de proc&#233;der &#224; l'annulation de la partie ill&#233;gitime de la dette publique. Pour y parvenir, le CADTM recommande la r&#233;alisation d'un audit de la dette publique effectu&#233; sous contr&#244;le citoyen. Cet audit devra, dans certaines circonstances, &#234;tre combin&#233; &#224; une suspension unilat&#233;rale et souveraine du remboursement de la dette publique. L'objectif de l'audit est d'aboutir &#224; une annulation/r&#233;pudiation de la partie ill&#233;gitime de la dette publique et de r&#233;duire fortement le reste de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction radicale de la dette publique est une condition n&#233;cessaire mais pas suffisante pour sortir les pays de l'Union europ&#233;enne de la crise. Il faut la compl&#233;ter par toute une s&#233;rie de mesures de grande ampleur dans diff&#233;rents domaines.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1.R&#233;aliser un audit de la dette publique afin d'annuler la partie ill&#233;gitime.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une partie importante de la dette publique des &#201;tats de l'Union europ&#233;enne est ill&#233;gitime car elle r&#233;sulte d'une politique d&#233;lib&#233;r&#233;e de gouvernements qui ont d&#233;cid&#233; de privil&#233;gier syst&#233;matiquement une classe sociale, la classe capitaliste, et d'autres couches favoris&#233;es, au d&#233;triment du reste de la soci&#233;t&#233;. La baisse des imp&#244;ts sur les hauts revenus des personnes physiques, sur leur patrimoine, sur les b&#233;n&#233;fices des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es ont amen&#233; les pouvoirs publics &#224; augmenter la dette publique afin de combler le trou laiss&#233; par cette baisse. Ils ont aussi fortement augment&#233; la charge des imp&#244;ts sur les m&#233;nages modestes qui constituent la majorit&#233; de la population. &#192; cela s'est ajout&#233; depuis 2007-2008, un sauvetage des institutions financi&#232;res priv&#233;es, responsables de la crise, qui a co&#251;t&#233; tr&#232;s cher aux finances publiques et a fait exploser la dette publique. La baisse des recettes provoqu&#233;e par la crise caus&#233;e par les institutions financi&#232;res priv&#233;es a d&#251; &#234;tre une nouvelle fois combl&#233;e par des emprunts massifs. Ce cadre g&#233;n&#233;ral frappe clairement d'ill&#233;gitimit&#233; une part importante des dettes publiques. &#192; cela s'ajoutent, dans un certain nombre de pays soumis au chantage des march&#233;s financiers, d'autres sources &#233;videntes d'ill&#233;gitimit&#233;. Les nouvelles dettes contract&#233;es &#224; partir de 2008 l'ont &#233;t&#233; dans un contexte o&#249; les banquiers (et autres institutions financi&#232;res priv&#233;es) utilisent l'argent fourni &#224; bas taux d'int&#233;r&#234;t par les banques centrales pour sp&#233;culer et forcer les pouvoirs publics &#224; augmenter les r&#233;mun&#233;rations qu'ils leur versent. De plus, dans des pays comme la Gr&#232;ce, la Hongrie, la Lettonie, la Roumanie ou l'Irlande, les pr&#234;ts accord&#233;s par le FMI ont &#233;t&#233; assortis de conditions qui constituent une violation des droits &#233;conomiques et sociaux des populations. Fait aggravant, ces conditions favorisent une fois de plus les banquiers et les autres institutions financi&#232;res. Pour ces raisons, elles sont aussi marqu&#233;es d'ill&#233;gitimit&#233;. Enfin dans certains cas, la volont&#233; populaire est bafou&#233;e : par exemple, alors qu'en f&#233;vrier 2011, les Irlandais ont vot&#233; &#224; une large majorit&#233; contre les partis qui avaient fait des cadeaux aux banquiers et avaient accept&#233; les conditions impos&#233;es par la Commission europ&#233;enne et le FMI, la nouvelle coalition gouvernementale poursuit grosso modo la m&#234;me politique que ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Plus g&#233;n&#233;ralement, on assiste dans certains pays &#224; une marginalisation du pouvoir l&#233;gislatif au profit d'une politique du fait accompli impos&#233;e par le pouvoir ex&#233;cutif qui passe des accords avec la Commission europ&#233;enne et le FMI. Le pouvoir ex&#233;cutif pr&#233;sente ensuite au Parlement cet accord qui est &#224; prendre ou &#224; laisser. Il arrive m&#234;me qu'un d&#233;bat sans vote soit organis&#233; sur des sujets de premi&#232;re importance. La tendance du pouvoir ex&#233;cutif &#224; transformer l'organe l&#233;gislatif en une chambre d'enregistrement se renforce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte extr&#234;mement inqui&#233;tant, sachant qu'une s&#233;rie d'&#201;tats sera t&#244;t ou tard confront&#233;e &#224; un risque concret de d&#233;faut de paiement par manque de liquidit&#233;s et que le remboursement d'une dette ill&#233;gitime est par principe inacceptable, il convient de se prononcer clairement pour une annulation des dettes ill&#233;gitimes. Annulation dont le co&#251;t doit &#234;tre support&#233; par les coupables de la crise, &#224; savoir les institutions financi&#232;res priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour des pays comme la Gr&#232;ce, l'Irlande, le Portugal ou des pays d'Europe de l'Est (et en dehors de l'UE, des pays comme l'Islande), c'est-&#224;-dire des pays qui sont soumis au chantage des sp&#233;culateurs, du FMI et d'autres organismes comme la Commission europ&#233;enne, il convient de recourir &#224; un moratoire unilat&#233;ral du remboursement de la dette publique. Cette proposition devient populaire dans les pays les plus touch&#233;s par la crise. &#192; Dublin, fin novembre 2010, dans une enqu&#234;te d'opinion r&#233;alis&#233;e par t&#233;l&#233;phone aupr&#232;s de 500 personnes, 57 % des Irlandais interrog&#233;s se pronon&#231;aient en faveur d'une suspension du paiement de la dette (default, en anglais), plut&#244;t que pour l'aide d'urgence du FMI et de Bruxelles. &#171; Default ! say the people &#187; (le peuple pour la suspension du paiement), titrait le Sunday Independent, principal quotidien de l'&#238;le. Selon le CADTM, un tel moratoire unilat&#233;ral doit &#234;tre combin&#233; &#224; la r&#233;alisation d'un audit des emprunts publics (avec participation citoyenne). L'audit doit permettre d'apporter au gouvernement et &#224; l'opinion publique les preuves et les arguments n&#233;cessaires &#224; l'annulation/r&#233;pudiation de la partie de la dette identifi&#233;e comme ill&#233;gitime. Le droit international et le droit interne des pays offrent une base l&#233;gale pour une telle action souveraine unilat&#233;rale d'annulation/r&#233;pudiation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les pays qui recourent &#224; la suspension de paiement, avec son exp&#233;rience sur la question de la dette des pays du Sud, le CADTM met en garde contre une mesure insuffisante, comme une simple suspension du remboursement de la dette, qui peut se r&#233;v&#233;ler contre-productive. Il faut un moratoire sans ajout d'int&#233;r&#234;ts de retard sur les sommes non rembours&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres pays comme la France, la Grande-Bretagne ou l'Allemagne, il n'est pas n&#233;cessairement imp&#233;ratif de d&#233;cr&#233;ter un moratoire unilat&#233;ral pendant la r&#233;alisation de l'audit. Celui-ci doit &#234;tre men&#233; afin, lui aussi, de d&#233;terminer l'ampleur de l'annulation/r&#233;pudiation &#224; laquelle il faudra proc&#233;der. En cas de d&#233;t&#233;rioration de la conjoncture internationale, une suspension de paiement peut devenir d'actualit&#233; m&#234;me pour des pays qui se croyaient &#224; l'abri du chantage des pr&#234;teurs priv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La participation citoyenne est la condition imp&#233;rative pour garantir l'objectivit&#233; et la transparence de l'audit. Cette commission d'audit devra notamment &#234;tre compos&#233;e des diff&#233;rents organes de l'&#201;tat concern&#233;s, ainsi que d'experts de l'audit des finances publiques, d'&#233;conomistes, de juristes, de constitutionnalistes, de repr&#233;sentants des mouvements sociaux... Il permettra de d&#233;terminer les diff&#233;rentes responsabilit&#233;s dans le processus d'endettement et d'exiger que les responsables tant nationaux qu'internationaux rendent des comptes &#224; la justice. En cas d'attitude hostile du gouvernement en place &#224; l'&#233;gard de l'audit, il est n&#233;cessaire de constituer une commission d'audit citoyen sans participation gouvernementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas de figure, il est l&#233;gitime que les institutions priv&#233;es et les personnes physiques &#224; hauts revenus qui d&#233;tiennent des titres de ces dettes supportent le fardeau de l'annulation de dettes souveraines ill&#233;gitimes car ils portent largement la responsabilit&#233; de la crise, dont ils ont de surcro&#238;t largement profit&#233;. Le fait qu'ils doivent supporter la charge de l'annulation n'est qu'un juste retour vers davantage de justice sociale. Il est important de dresser un cadastre des d&#233;tenteurs de titres afin d'indemniser parmi eux les citoyens et citoyennes &#224; faibles et moyens revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'audit d&#233;montre l'existence de d&#233;lits li&#233;s &#224; l'endettement ill&#233;gitime, leurs auteurs devront &#234;tre s&#233;v&#232;rement condamn&#233;s &#224; payer des r&#233;parations et ne doivent pas &#233;chapper &#224; des peines d'emprisonnement en fonction de la gravit&#233; de leurs actes. Il faut demander des comptes en justice &#224; l'encontre des autorit&#233;s ayant lanc&#233; des emprunts ill&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les dettes qui ne sont pas frapp&#233;es d'ill&#233;gitimit&#233;, il conviendra d'imposer un effort aux cr&#233;anciers en termes de r&#233;duction du stock et des taux d'int&#233;r&#234;ts, ainsi que par un allongement de la p&#233;riode de remboursement. Ici aussi, il conviendra de r&#233;aliser une discrimination positive en faveur des petits porteurs de titres de la dette publique qu'il conviendra de rembourser normalement. Par ailleurs, le montant de la part du budget de l'&#201;tat destin&#233; au remboursement de la dette devra &#234;tre plafonn&#233; en fonction de l'&#233;tat de l'&#233;conomie, de la capacit&#233; des pouvoirs publics &#224; rembourser et du caract&#232;re incompressible des d&#233;penses sociales. Il faut s'inspirer de ce qui avait &#233;t&#233; fait pour l'Allemagne apr&#232;s la seconde guerre mondiale. L'Accord de Londres de 1953 sur la dette allemande qui consistait notamment &#224; r&#233;duire de 62 % le stock de la dette stipulait que la relation entre service de la dette et revenus d'exportations ne devait pas d&#233;passer 5 % |2|. On pourrait d&#233;finir un ratio de ce type : la somme allou&#233;e au remboursement de la dette ne peut exc&#233;der 5 % des recettes de l'&#201;tat. Il faut &#233;galement adopter un cadre l&#233;gal afin d'&#233;viter la r&#233;p&#233;tition de la crise qui a d&#233;but&#233; en 2007-2008 : interdiction de socialiser des dettes priv&#233;es, obligation d'organiser un audit permanent de la politique d'endettement public avec participation citoyenne, imprescriptibilit&#233; des d&#233;lits li&#233;s &#224; l'endettement ill&#233;gitime, nullit&#233; des dettes ill&#233;gitimes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Stopper les plans d'aust&#233;rit&#233;, ils sont injustes et approfondissent la crise.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En accord avec les exigences du FMI, les gouvernements des pays europ&#233;ens ont fait le choix d'imposer &#224; leurs peuples des politiques de stricte aust&#233;rit&#233;, avec des coupes claires dans les d&#233;penses publiques : licenciements dans la fonction publique, gel voire baisse des salaires des fonctionnaires, r&#233;duction de l'acc&#232;s &#224; certains services publics vitaux et de la protection sociale, recul de l'&#226;ge de l'acc&#232;s &#224; la retraite. &#192; l'inverse, les entreprises publiques r&#233;clament &#8211; et obtiennent &#8211; une augmentation de leurs tarifs, pendant que le co&#251;t de l'acc&#232;s &#224; la sant&#233; et &#224; l'&#233;ducation est lui aussi revu &#224; la hausse. Le recours &#224; des hausses d'imp&#244;ts indirects particuli&#232;rement injustes, notamment la TVA, s'accro&#238;t. Les entreprises publiques du secteur concurrentiel sont massivement privatis&#233;es. Les politiques de rigueur mises en place sont pouss&#233;es &#224; un niveau jamais vu depuis la seconde guerre mondiale. Les effets de la crise sont ainsi d&#233;cupl&#233;s par des pr&#233;tendus rem&#232;des, qui visent surtout &#224; prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts des d&#233;tenteurs de capitaux. En somme, les banquiers boivent, les peuples trinquent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les peuples supportent de moins en moins l'injustice de ces r&#233;formes marqu&#233;es par une r&#233;gression sociale de grande ampleur. En termes relatifs, ce sont les salari&#233;s, les ch&#244;meurs et les foyers les plus modestes qui sont le plus mis &#224; contribution pour que les &#201;tats continuent d'engraisser les cr&#233;anciers. Et parmi les populations les plus touch&#233;es, les femmes occupent le premier rang, car l'organisation actuelle de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233; patriarcale fait peser sur elles les effets d&#233;sastreux de la pr&#233;carit&#233;, du travail partiel et sous-pay&#233;. Directement concern&#233;es par les d&#233;gradations des services publics sociaux, elles paient le prix fort. La lutte pour imposer une autre logique est indissociable de la lutte pour le respect absolu des droits des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. Instaurer une v&#233;ritable justice fiscale europ&#233;enne et une juste redistribution de la richesse. Interdire les transactions avec les paradis judiciaires et fiscaux. Lutter contre la fraude fiscale massive des grandes entreprises et des plus riches.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1980, les imp&#244;ts directs n'ont cess&#233; de baisser sur les revenus les plus &#233;lev&#233;s et sur les grandes entreprises. Ainsi, dans l'Union europ&#233;enne, de 2000 &#224; 2008, les taux sup&#233;rieurs de l'imp&#244;t sur le revenu et l'imp&#244;t sur les soci&#233;t&#233;s ont baiss&#233; respectivement de 7 et 8,5 points. Ces centaines de milliards d'euros de cadeaux fiscaux ont pour l'essentiel &#233;t&#233; orient&#233;s vers la sp&#233;culation et l'accumulation de richesses de la part des plus riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut combiner une r&#233;forme en profondeur de la fiscalit&#233; dans un but de justice sociale (r&#233;duire &#224; la fois les revenus et le patrimoine des plus riches pour augmenter ceux de la majorit&#233; de la population) avec son harmonisation sur le plan europ&#233;en afin d'emp&#234;cher le dumping fiscal |3|. Le but est une augmentation des recettes publiques, notamment via l'imp&#244;t progressif sur le revenu des personnes physiques les plus riches (le taux marginal sur la tranche la plus &#233;lev&#233;e de revenu doit &#234;tre port&#233;e &#224; 90 % |4|), l'imp&#244;t sur le patrimoine &#224; partir d'un certain montant et l'imp&#244;t sur les soci&#233;t&#233;s. Cette augmentation des recettes doit aller de pair avec une baisse rapide du prix d'acc&#232;s aux biens et services de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; (aliments de base, eau, &#233;lectricit&#233;, chauffage, transports publics, mat&#233;riel scolaire&#8230;), notamment par une r&#233;duction forte et cibl&#233;e de la TVA sur ces biens et services vitaux. Il s'agit &#233;galement d'adopter une politique fiscale qui favorise la protection de l'environnement en taxant de mani&#232;re dissuasive les industries polluantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'UE doit adopter une taxe sur les transactions financi&#232;res, notamment sur les march&#233;s des changes, afin d'augmenter les recettes des pouvoirs publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rents G20 ont refus&#233;, malgr&#233; leurs d&#233;clarations d'intention, de s'attaquer r&#233;ellement aux paradis judiciaires et fiscaux. Une mesure simple afin de lutter contre les paradis fiscaux (qui font perdre chaque ann&#233;e aux pays du Nord, mais &#233;galement &#224; ceux du Sud, des ressources vitales pour le d&#233;veloppement des populations) consiste pour un Parlement &#224; interdire &#224; toutes les personnes physiques et &#224; toutes les entreprises pr&#233;sentes sur son territoire de r&#233;aliser quelque transaction que ce soit passant par des paradis fiscaux, sous peine d'une amende d'un montant &#233;quivalent. Au-del&#224;, il faut &#233;radiquer ces gouffres noirs de la finance, des trafics criminels, de la corruption, de la d&#233;linquance en col et cravate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fraude fiscale prive de moyens consid&#233;rables la collectivit&#233; et joue contre l'emploi. Des moyens publics cons&#233;quents doivent &#234;tre allou&#233;s aux services des finances pour lutter efficacement contre cette fraude. Les r&#233;sultats doivent &#234;tre rendus publics et les coupables lourdement sanctionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Remettre au pas les march&#233;s financiers, notamment par la cr&#233;ation d'un registre des propri&#233;taires de titres, par l'interdiction des ventes &#224; d&#233;couvert et de la sp&#233;culation dans une s&#233;rie de domaines. Cr&#233;er une agence publique europ&#233;enne de notation.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La sp&#233;culation &#224; l'&#233;chelle mondiale repr&#233;sente plusieurs fois les richesses produites sur la plan&#232;te. Les montages sophistiqu&#233;s de la m&#233;canique financi&#232;re rendent celle-ci totalement incontr&#244;lable. Les engrenages qu'elle suscite d&#233;structurent l'&#233;conomie r&#233;elle. L'opacit&#233; sur les transactions financi&#232;res est la r&#232;gle. Pour taxer les cr&#233;anciers &#224; la source, il faut les identifier. La dictature des march&#233;s financiers doit cesser. La sp&#233;culation doit &#234;tre interdite dans toute une s&#233;rie de domaines. Il convient d'interdire la sp&#233;culation sur les titres de la dette publique, sur les monnaies, sur les aliments |5|. Les ventes &#224; d&#233;couvert doivent &#234;tre &#233;galement interdites |6| et les Credit Default Swaps doivent &#234;tre strictement r&#233;glement&#233;s. Il faut fermer les march&#233;s de gr&#233; &#224; gr&#233; de produits d&#233;riv&#233;s qui sont de vrais trous noirs, &#233;chappant &#224; toute r&#233;glementation et surveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secteur des agences de notation doit &#233;galement &#234;tre strictement r&#233;form&#233; et encadr&#233;. Loin d'&#234;tre l'outil d'une estimation scientifique objective, elles sont structurellement parties prenantes de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale et ont d&#233;clench&#233; &#224; plusieurs reprises des catastrophes sociales. En effet, la d&#233;gradation de la note d'un pays implique une hausse des taux d'int&#233;r&#234;t sur les pr&#234;ts qui lui sont accord&#233;s. De ce fait, la situation &#233;conomique du pays concern&#233; se d&#233;t&#233;riore encore davantage. Le comportement moutonnier des sp&#233;culateurs d&#233;cuple les difficult&#233;s rencontr&#233;es qui p&#232;seront encore plus lourdement sur les populations. La forte soumission des agences de notation aux milieux financiers nord-am&#233;ricains fait de ces agences de notation un acteur majeur au niveau international, dont la responsabilit&#233; dans le d&#233;clenchement et l'&#233;volution des crises n'est pas assez mis en lumi&#232;re par les m&#233;dias. La stabilit&#233; &#233;conomique des pays europ&#233;ens a &#233;t&#233; plac&#233;e entre les mains de ces agences de notation, sans garde-fous, sans moyens de contr&#244;le s&#233;rieux de la part de la puissance publique. La cr&#233;ation d'une agence publique de notation est incontournable pour sortir de cette impasse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. Transf&#233;rer sous contr&#244;le citoyen les banques au secteur public.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s des d&#233;cennies de d&#233;rives financi&#232;res et de privatisations, il est grand temps de faire passer le secteur du cr&#233;dit dans le domaine public. Les &#201;tats doivent retrouver leur capacit&#233; de contr&#244;le et d'orientation de l'activit&#233; &#233;conomique et financi&#232;re. Ils doivent &#233;galement disposer d'instruments pour r&#233;aliser des investissements et financer les d&#233;penses publiques en r&#233;duisant au minimum le recours &#224; l'emprunt aupr&#232;s d'institutions priv&#233;es ou/et &#233;trang&#232;res. Il faut exproprier sans indemnisation les banques pour les transf&#233;rer au secteur public sous contr&#244;le citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certains cas, l'expropriation des banques priv&#233;es peut repr&#233;senter un co&#251;t pour l'&#201;tat en raison des dettes qu'elles ont pu accumuler. Le co&#251;t en question doit &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233; sur le patrimoine g&#233;n&#233;ral des grands actionnaires. En effet, les soci&#233;t&#233;s priv&#233;es qui sont actionnaires des banques et qui les ont men&#233;es vers l'ab&#238;me tout en faisant de juteux profits d&#233;tiennent une partie de leur patrimoine dans d'autres secteurs de l'&#233;conomie. Il faut donc faire une ponction sur le patrimoine g&#233;n&#233;ral des actionnaires. Il s'agit d'&#233;viter au maximum de socialiser les pertes. L'exemple irlandais est embl&#233;matique, la mani&#232;re dont la nationalisation de l'Irish Allied Bank a &#233;t&#233; effectu&#233;e est inacceptable. Il faut en tirer les le&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6. Socialiser les nombreuses entreprises et services privatis&#233;s depuis 1980.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une caract&#233;ristique de ces trente derni&#232;res ann&#233;es a &#233;t&#233; la privatisation de nombre d'entreprises et services publics. Des banques au secteur industriel en passant par la poste, les t&#233;l&#233;communications, l'&#233;nergie et les transports, les gouvernements ont livr&#233; au priv&#233; des pans entiers de l'&#233;conomie, perdant au passage toute capacit&#233; de r&#233;gulation de l'&#233;conomie. Ces biens publics, issus du travail collectif, doivent revenir dans le domaine public. Il s'agira de cr&#233;er de nouvelles entreprises publiques et d'adapter les services publics selon les besoins de la population pour r&#233;pondre notamment &#224; la probl&#233;matique du changement climatique, avec par exemple la cr&#233;ation d'un service public d'isolation des logements.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;7. R&#233;duire radicalement le temps de travail pour cr&#233;er des emplois tout en augmentant les salaires et les retraites.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;R&#233;partir autrement les richesses est la meilleure r&#233;ponse &#224; la crise. La part destin&#233;e aux salari&#233;s dans les richesses produites a nettement baiss&#233; depuis plusieurs d&#233;cennies, tandis que les cr&#233;anciers et les entreprises ont accru leurs profits pour les consacrer &#224; la sp&#233;culation. En augmentant les salaires, non seulement on permet aux populations de vivre dignement, mais on renforce aussi les moyens qui servent au financement de la protection sociale et des r&#233;gimes de retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En diminuant le temps de travail sans r&#233;duction de salaire et en cr&#233;ant des emplois, on am&#233;liore la qualit&#233; de vie des travailleurs, on fournit un emploi &#224; celles et ceux qui en cherchent. La r&#233;duction radicale du temps de travail offre aussi la possibilit&#233; de mettre en pratique un autre rythme de vie, une mani&#232;re diff&#233;rente de vivre en soci&#233;t&#233; en s'&#233;loignant du consum&#233;risme. Le temps gagn&#233; en faveur des loisirs doit permettre l'augmentation de la participation active des personnes &#224; la vie politique, au renforcement des solidarit&#233;s, aux activit&#233;s b&#233;n&#233;voles et &#224; la cr&#233;ation culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;8. Refonder d&#233;mocratiquement une autre Union europ&#233;enne bas&#233;e sur la solidarit&#233;.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs dispositions des trait&#233;s qui r&#233;gissent l'Union europ&#233;enne, l'eurozone et la BCE doivent &#234;tre abrog&#233;es. Par exemple, il faut supprimer les articles 63 et 125 du trait&#233; de Lisbonne interdisant tout contr&#244;le des mouvements de capitaux et toute aide &#224; un &#201;tat en difficult&#233;. Il faut &#233;galement abandonner le Pacte de stabilit&#233; et de croissance. Au-del&#224;, il faut remplacer les actuels trait&#233;s par de nouveaux dans le cadre d'un v&#233;ritable processus constituant d&#233;mocratique afin d'aboutir &#224; un pacte de solidarit&#233; des peuples pour l'emploi et l'&#233;cologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut revoir compl&#232;tement la politique mon&#233;taire ainsi que le statut et la pratique de la Banque centrale europ&#233;enne. L'incapacit&#233; du pouvoir politique &#224; imposer &#224; la BCE de cr&#233;er de la monnaie est un handicap tr&#232;s lourd. En cr&#233;ant cette BCE au-dessus des gouvernements et donc des peuples, l'Union europ&#233;enne a fait un choix d&#233;sastreux, celui de soumettre l'humain &#224; la finance, au lieu de l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que de nombreux mouvements sociaux d&#233;non&#231;aient des statuts trop rigides et profond&#233;ment inadapt&#233;s, la BCE a &#233;t&#233; contrainte de changer son fusil d'&#233;paule au plus fort de la crise en modifiant en urgence le r&#244;le qui lui a &#233;t&#233; octroy&#233;. Malheureusement, elle a accept&#233; de le faire pour de mauvaises raisons : non pas pour que les int&#233;r&#234;ts des peuples soient pris en compte, mais pour que ceux des cr&#233;anciers soient pr&#233;serv&#233;s. C'est bien la preuve que les cartes doivent &#234;tre rebattues et redistribu&#233;es : la BCE doit pouvoir financer directement des &#201;tats soucieux d'atteindre des objectifs sociaux et environnementaux qui int&#232;grent parfaitement les besoins fondamentaux des populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, des activit&#233;s &#233;conomiques fort diverses, comme l'investissement dans la construction d'un &#233;tablissement hospitalier ou un projet purement sp&#233;culatif, sont financ&#233;es de mani&#232;re similaire. Le pouvoir politique doit au moins r&#233;fl&#233;chir &#224; imposer des co&#251;ts tr&#232;s diff&#233;rents aux uns et aux autres : des taux bas doivent &#234;tre r&#233;serv&#233;s aux investissements socialement justes et &#233;cologiquement soutenables, des taux tr&#232;s &#233;lev&#233;s, voire r&#233;dhibitoires quand la situation l'exige, pour les op&#233;rations de type sp&#233;culatif, qu'il est &#233;galement souhaitable d'interdire purement et simplement dans certains domaines (voir plus haut).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une Europe bas&#233;e sur la solidarit&#233; et la coop&#233;ration doit permettre de tourner le dos &#224; la concurrence et &#224; la comp&#233;tition, qui tirent &#171; vers le bas &#187;. La logique n&#233;olib&#233;rale a conduit &#224; la crise et r&#233;v&#233;l&#233; son &#233;chec. Elle a pouss&#233; les indicateurs sociaux &#224; la baisse : moins de protection sociale, moins d'emplois, moins de services publics. Les quelques-uns qui ont profit&#233; de cette crise l'ont fait en pi&#233;tinant les droits de la majorit&#233; des autres. Les coupables ont gagn&#233;, les victimes paient ! Cette logique, qui sous-tend tous les textes fondateurs de l'Union europ&#233;enne, Pacte de stabilit&#233; et de croissance en t&#234;te, doit &#234;tre battue en br&#232;che : elle n'est plus tenable. Une autre Europe, bas&#233;e sur la coop&#233;ration entre &#201;tats et la solidarit&#233; entre les peuples, doit devenir l'objectif prioritaire. Pour cela, les politiques budg&#233;taires et fiscales doivent &#234;tre non pas uniformis&#233;es, car les &#233;conomies europ&#233;ennes pr&#233;sentent de fortes disparit&#233;s, mais coordonn&#233;es pour qu'enfin &#233;merge une solution &#171; vers le haut &#187;. Des politiques globales &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne, comprenant des investissements publics massifs pour la cr&#233;ation d'emplois publics dans des domaines essentiels (des services de proximit&#233; aux &#233;nergies renouvelables, de la lutte contre le changement climatique aux secteurs sociaux de base), doivent s'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autre Europe d&#233;mocratis&#233;e doit, pour le CADTM, &#339;uvrer pour imposer des principes non n&#233;gociables : renforcement de la justice fiscale et sociale, choix tourn&#233;s vers l'&#233;l&#233;vation du niveau et de la qualit&#233; de vie de ses habitants, d&#233;sarmement et r&#233;duction radicale des d&#233;penses militaires (y compris retrait des troupes europ&#233;ennes d'Afghanistan et d&#233;part de l'OTAN), choix &#233;nerg&#233;tiques durables sans recours au nucl&#233;aire, refus des organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s (OGM). Elle doit aussi r&#233;solument mettre fin &#224; sa politique de forteresse assi&#233;g&#233;e envers les candidats &#224; l'immigration, pour devenir un partenaire &#233;quitable et v&#233;ritablement solidaire &#224; l'&#233;gard des peuples du Sud de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
|1| Voir &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org/IMG/pdf/Tract_...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org/IMG/pdf/Tract_...&lt;/a&gt;. Nous reprenons ici ces huit propositions en les actualisant et en les d&#233;veloppant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|2| Voir &#201;ric Toussaint, Banque mondiale : le Coup d'&#201;tat permanent, CADTM-Syllepse-Cetim, 2006, chapitre 4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|3| Pensons &#224; l'Irlande qui pratique un taux de seulement 12,5 % sur les b&#233;n&#233;fices des soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|4| Signalons que ce taux de 90 % avait &#233;t&#233; impos&#233; aux riches &#224; partir de la pr&#233;sidence de Franklin Roosevelt aux &#201;tats-Unis dans les ann&#233;es 1930.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|5| Voir Damien Millet et &#201;ric Toussaint, La Crise, quelles crises ?, Aden-CADTM-Cetim, 2010, chapitre 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;|6| Les ventes &#224; d&#233;couvert permettent de sp&#233;culer sur la baisse d'un titre en vendant &#224; terme ce titre alors qu'on n'en dispose m&#234;me pas. Les autorit&#233;s allemandes ont interdit les ventes &#224; d&#233;couvert alors que les autorit&#233;s fran&#231;aises et celles d'autres pays sont oppos&#233;es &#224; cette mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-S.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;ric Toussaint, docteur en sciences politiques des universit&#233;s de Li&#232;ge et de Paris VIII, pr&#233;sident du CADTM Belgique, membre du Conseil international du Forum social mondial et de la Commission pr&#233;sidentielle d'audit int&#233;gral de la dette (CAIC) de l'&#201;quateur, membre du Conseil scientifique d'ATTAC France, auteur des livres Un coup d'&#339;il dans le r&#233;troviseur. L'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale des origines jusqu'&#224; aujourd'hui (Cerisier, 2010), Banque du Sud et nouvelle crise internationale (CADTM-Syllepse, 2008), Banque mondiale : le coup d'Etat permanent (CADTM-Syllepse-Cetim, 2006), La finance contre les peuples (CADTM-Syllepse-Cetim, 2004). Co-auteur avec Damien Millet des livres La Crise, quelles crises ? (Aden-CADTM-Cetim, 2010), 60 questions 60 r&#233;ponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale (CADTM-Syllepse, 2008) et Les tsunamis de la dette (CADTM-Syllepse, 2005). Prochain ouvrage &#224; para&#238;tre en juin 2011 : La Dette ou la Vie, Aden-CADTM, 2011 (livre collectif coordonn&#233; par Damien Millet et Eric Toussaint).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'Europe en crise</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/L-Europe-en-crise</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nouveau Parti anticapitaliste</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
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		<dc:subject>Europe</dc:subject>
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		<dc:subject>Portugal</dc:subject>

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&lt;p&gt;En France, avec 4, 65 millions d'inscrits &#224; P&#244;le Emploi fin 2010 et des cr&#233;ations de postes ne concernant que l'int&#233;rim, les travailleurs continuent de payer la crise. Il en va de m&#234;me, &#224; divers degr&#233;s, dans toute l'Europe. Mais le refus d'imputer aux banques le co&#251;t de leurs actes se traduit aussi par une acc&#233;l&#233;ration de la crise des dettes souveraines. &lt;br class='autobr' /&gt; Publi&#233; dans : Hebdo Tout est &#224; nous ! 97 (07/04/11) &lt;br class='autobr' /&gt;
En France, avec 4, 65 millions d'inscrits &#224; P&#244;le Emploi fin 2010 et des cr&#233;ations (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Espagne-+" rel="tag"&gt;Espagne&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Portugal-+" rel="tag"&gt;Portugal&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH124/arton3154-c5035.png?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='124' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En France, avec 4, 65 millions d'inscrits &#224; P&#244;le Emploi fin 2010 et des cr&#233;ations de postes ne concernant que l'int&#233;rim, les travailleurs continuent de payer la crise. Il en va de m&#234;me, &#224; divers degr&#233;s, dans toute l'Europe. Mais le refus d'imputer aux banques le co&#251;t de leurs actes se traduit aussi par une acc&#233;l&#233;ration de la crise des dettes souveraines.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; dans : &lt;a href=&#034;http://www.npa2009.org/category/tout-est-&#224;-nous/journal/hebdo-tout-est-&#224;-nous-97-070411&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hebdo Tout est &#224; nous ! 97 (07/04/11)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_355 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L466xH399/jpg_europ-stats1.preview-31840.jpg?1630311304' width='466' height='399' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En France, avec 4, 65 millions d'inscrits &#224; P&#244;le Emploi fin 2010 et des cr&#233;ations de postes ne concernant que l'int&#233;rim, les travailleurs continuent de payer la crise. Il en va de m&#234;me, &#224; divers degr&#233;s, dans toute l'Europe. Mais le refus d'imputer aux banques le co&#251;t de leurs actes se traduit aussi par une acc&#233;l&#233;ration de la crise des dettes souveraines. Au Portugal, o&#249; gr&#232;ves et manifestations se multiplient, le Parlement a rejet&#233; le quatri&#232;me plan d'aust&#233;rit&#233; pr&#233;sent&#233; par le Premier ministre Jos&#233; Socrates. Celui-ci a donc d&#233;missionn&#233;. Cela ne l'a pas emp&#234;ch&#233; d'&#234;tre reconduit, quatre jours plus tard, &#224; la t&#234;te du Parti socialiste portugais. Des &#233;lections anticip&#233;es auront lieu le 5 juin. Dix jours apr&#232;s, environ 9 milliards d'euros de titres publics arriveront &#224; &#233;ch&#233;ance, ce qui implique d'emprunter &#224; nouveau. Or le taux d'int&#233;r&#234;t des titres portugais &#224; dix ans atteint un nouveau record, autour de 8 %. Si cette situation perdure, le nouveau gouvernement aura le choix entre la suspension des remboursements ou le recours &#224; l'Union europ&#233;enne (UE) et au Fonds mon&#233;taire international (FMI). Si cette seconde option sauvegarde &#224; court terme la logique capitaliste, trois facteurs jettent un s&#233;rieux doute sur la capacit&#233; du syst&#232;me europ&#233;en &#224; survivre plusieurs ann&#233;es sous sa forme actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, la situation &#233;conomique se d&#233;grade dans de nombreux pays. En Gr&#232;ce, l'effet d&#233;pressif des plans de rigueur est d&#233;sormais manifeste. Le besoin de financement de l'&#201;tat grec d'ici 2012, pr&#233;c&#233;demment estim&#233; &#224; 45 d'euros, a &#233;t&#233; r&#233;&#233;valu&#233; &#224; environ 110 milliards. Et la restructuration de la dette est devenue in&#233;vitable. Quant au co&#251;t du sauvetage des banques irlandaises, il vient d'&#234;tre r&#233;&#233;valu&#233; &#224; 70 milliards d'euros, soit pr&#232;s de la moiti&#233; du PIB de l'&#238;le. Les autres &#201;tats m&#232;nent tous des politiques d'aust&#233;rit&#233; qui plombent l'emploi. En dehors de la zone euro, la conjoncture europ&#233;enne n'est pas meilleure. En Grande-Bretagne, o&#249; le gouvernement Cameron a lanc&#233; un plan de 91 milliards d'euros de coupes d'ici 2015, l'OCDE pr&#233;voit une croissance du PIB de seulement 1, 5 % en 2011 et le taux d'inflation atteint actuellement 4, 4 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les r&#233;centes d&#233;clarations d'Angela Merkel ont montr&#233; que les contradictions s'exacerbent au sein des classes dominantes. Or, le Portugal est le dernier maillon avant l'Espagne, pays o&#249; le taux de ch&#244;mage officiel atteint 20, 3 % et la croissance &#233;conomique, n&#233;gative en 2009 et 2010, demeure quasinulle en 2011 (+0, 8 %). Dans un tel marasme, le &#171; socialiste &#187; Zapatero ose affirmer que l'&#233;conomie se redresse et &#171; qu'augmenter la pression fiscale de mani&#232;re substantielle peut freiner la reprise &#187;. La r&#233;alit&#233; est que de plus en plus d'Espagnols ne peuvent plus rembourser leur emprunt immobilier. Or, &#233;tant donn&#233; le poids &#233;conomique de l'Espagne et l'ampleur inou&#239;e de l'endettement de son secteur priv&#233;, l'UE serait incapable d'assurer le sauvetage des caisses d'&#233;pargne espagnoles. Les compromis entre les bourgeoisies nationales d'Europe n'y r&#233;sisteraient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, et surtout, l'UE organise sa propre fuite en avant. Tandis que le nouveau gouvernement irlandais pr&#233;tendait mettre &#224; contribution les grands cr&#233;anciers, cet &#233;l&#233;ment n'appara&#238;t pasdans le plan qu'il a publi&#233;. La Banque centrale europ&#233;enne (BCE) a exerc&#233; un chantage : des liquidit&#233;s ont &#233;t&#233; accord&#233;es aux banques irlandaises en mal de refinancement &#224; condition que les cr&#233;anciers de ces banques (essentiellement d'autres banques europ&#233;ennes) soient int&#233;gralement rembours&#233;s. Cela traduit bien l'inflexion actuelle de la politique de la BCE. Celle-ci avait pratiqu&#233; des taux d'int&#233;r&#234;t faibles et des rachats (pourtant interdits) de titres publics. Estimant le syst&#232;me sauv&#233;, la BCE augmente ses taux et veut s'assurer que le co&#251;t de la crise ne p&#232;se pas sur le capital. Les profits sont de retour et pour le gouverneur de la BCE, &#171; augmenter les salaires est la derni&#232;re b&#234;tise &#224; faire &#187;. Les gouvernements ne sont pas les otages, mais bien les artisans, de cette politique europ&#233;enne. Lors des derniers sommets europ&#233;ens, ils ont accept&#233; les bases d'une nouvelle machine infernale. Tout ce qui a &#233;chou&#233; doit &#234;tre aggrav&#233; : le &#171; pacte pour l'euro &#187;, le &#171; semestre europ&#233;en &#187; et le &#171; m&#233;canisme europ&#233;en de stabilisation &#187; sont trois nouveaux arrangements institutionnels visant &#224; rendre des politiques lib&#233;rales qui ne feront qu'approfondir la crise soet &#233;conomique. &#192; moins que des r&#233;sistances populaires coordonn&#233;es ne viennent abattre cette logique mortif&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Philippe L&#233;g&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les peuples europ&#233;ens entre le marteau et l'enclume...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand le FMI et l'UE s'entraident... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment et pourquoi les autorit&#233;s de l'UE en sont-elles arriv&#233;es &#224; solliciter puis organiser l'intervention du FMI dans &#171; leurs affaires &#187; &#8211; celles des &#201;tats-membres en difficult&#233; ? La r&#233;ponse tient en trois points : la crise a sauv&#233; le FMI de la faillite ; le FMI permet &#224; l'UE de sauvegarder ses trait&#233;s ; enfin, gr&#226;ce &#224; &#171; plus d'&#201;tat &#187; (endett&#233; sur les march&#233;s), ils relancent conjointement une nouvelle offensive n&#233;olib&#233;rale sur le dos des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sc&#233;nario m&#233;rite attention. D'autant que Dominique Strauss-Kahn, dans la perspective de devenir un candidat &#171; de gauche &#187;, se vante d'avoir en quelque sorte social-d&#233;mocratis&#233; le FMI... Celui-ci est au bord de la faillite lorsque DSK en prend la t&#234;te en novembre 2007. Faillite morale, par le discr&#233;dit croissant des calamiteuses politiques conditionnant ses cr&#233;dits. Et manque de ressources : celles-ci proviennent des int&#233;r&#234;ts per&#231;us sur les cr&#233;dits aux pays &#171; aid&#233;s &#187;. Or, ils ont chut&#233; de 103 &#224; 16 milliards d'euros entre 2003 et 2008 : plusieurs pays &#8211; dont le Br&#233;sil, l'Argentine etc. &#8211; ont profit&#233; de prix favorables &#224; leurs exportations pour rembourser leurs dettes de fa&#231;on anticip&#233;e ; et d'autres pr&#233;f&#232;rent se tourner vers la Chine ou l'Inde. Bref, les pays du Sud s'efforcent d'&#233;chapper &#224; son emprise &#224; la fois d&#233;sastreuse et humiliante...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise des cr&#233;dits immobiliers en 2007-2008 vient &#224; la rescousse (du FMI et de DSK). DSK n'h&#233;site pas, d&#232;s 2008 &#224; Davos, &#224; proposer de laisser filer les d&#233;ficits publics &#8211; un renversement de discours que partagent aujourd'hui tous les gouvernements &#171; lib&#233;raux &#187; d&#232;s qu'il y a risque de syst&#232;me. Mais ce sont les appels au secours venus de l'Europe de l'Est (Ukraine, Hongrie, en 2008) qui le remettent v&#233;ritablement en selle. Et s'il &#171; traite &#187; seul les cas de pays non-membres de l'UE, celle-ci doit (pour le moins !) s'associer &#224; lui quand il s'agit de membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les trait&#233;s distinguent deux cas : toute aide de l'Union et des &#201;tats a &#233;t&#233; interdite (sous pression de l'Allemagne) face &#224; des d&#233;ficits d'&#201;tats membres de la zone euro (articles 123 et 125) &#8211; ce qui est encore aggrav&#233; par l'interdit fait &#224; la BCE de les renflouer. Mais une aide financi&#232;re est possible pour les &#201;tats non-membres de l'eurozone (et en cas de... catastrophe naturelle). Les banques ouest-europ&#233;ennes &#233;tant impliqu&#233;es &#224; plus de 80 voire 90 % dans le capital des banques est-europ&#233;ennes, il faut faire face aux risques qui se manifestent &#224; l'Est... mais sans remettre en cause le plafond impos&#233; au budget europ&#233;en, de 1 % du PIB de l'Union. Le conseil europ&#233;en de mars 2009 augmente le montant d'aide financi&#232;re mobilisable hors zone euro de 25 &#224; 50 milliards d'euros... (alors que 20 milliards ont &#233;t&#233; allou&#233;s &#224; la seule Hongrie...). La &#171; solution &#187; du FMI s'impose donc : le m&#234;me mois, le G20 d&#233;cide de tripler les ressources du FMI qui re&#231;oit 500 milliards de dollars suppl&#233;mentaires et sort requinqu&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'aide &#187; vue de la p&#233;riph&#233;rie-est de l'Union...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une forte croissance bas&#233;e sur l'endettement des m&#233;nages, les nouveaux &#201;tats membres (NEM) d'Europe de l'Est sont touch&#233;s fin 2008 et 2009 par la pire r&#233;cession de toute l'Europe. Plusieurs d'entre eux connaissent une variante de crise des cr&#233;dits &#224; l'immobilier (massivement accord&#233;s aux m&#233;nages &#224; taux initialement r&#233;duits, en devises &#233;trang&#232;res)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette crise se combine en Hongrie &#224; un creusement du d&#233;ficit et de sa dette publique (72, 9 % du PIB) exprimant &#224; la fois des choix de fiscalit&#233; lib&#233;raux et des r&#233;sistances sociales majeures contre la privatisation notamment des services de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plans d'aide associant en 2008 et 2009 le FMI, l'UE et diverses banques accord&#233;s &#224; la Hongrie, &#224; la Lettonie, puis &#224; la Roumanie, sont assortis de contreparties dont DSK ne peut se vanter. Hongrie : privatisations, baisses des d&#233;penses publiques de 2, 5 points du PIB, gel des salaires et baisses de 30 % des salaires des fonctionnaires. Lettonie : baisses de 20 % du salaire minimum, de 10 % des retraites, de 50 % de salaires des enseignants et d'un tiers des d&#233;penses de sant&#233;. Roumanie : engagement de baisser la masse salariale d'un tiers en cinq ans, de supprimer 100 000 postes de fonctionnaires, de diminuer les retraites et les allocations... Entre mars 2009 et mars 2010, la Lettonie voit son ch&#244;mage passer de 14, 3 % &#224; 22, 3 % et conna&#238;t une chute de PIB de plus de 20 % sur deux ans...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;... et dans la p&#233;riph&#233;rie du Sud de l'eurozone&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'implication massive des banques (notamment allemandes et fran&#231;aises) dans la dette grecque et la d&#233;pendance envers les march&#233;s obligataires (et des titres sp&#233;culatifs d&#233;riv&#233;s de la dette) ont pouss&#233; les d&#233;cideurs europ&#233;ens &#224; &#171; agir &#187;. Dans l'urgence, ils ont cherch&#233; &#224; r&#233;soudre la quadrature du cercle : diminuer la pression des march&#233;s par d'autres ressources apport&#233;es, en changeant au minimum l'architecture d'ensemble des trait&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les moyens ? &#201;largir l'interpr&#233;tation des &#171; catastrophes &#187; l&#233;gitimant des aides bilat&#233;rales ; rendre les aides &#171; non conventionnelles &#187; (de la BCE ou de l'UE) provisoires. Mais comme le provisoire renforce la sp&#233;culation (qu'il est interdit d'interdire), on s'est achemin&#233; vers un m&#233;canisme p&#233;renne (&#224; l'&#233;ch&#233;ance de 2013) qui veut minimiser la logique d'aide europ&#233;enne aux &#201;tats en difficult&#233;s de deux fa&#231;ons&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'y ajoute un troisi&#232;me volet envisag&#233; par l'Allemagne face &#224; la dette (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : par les apports du FMI... et par une relance radicale des politiques d'aust&#233;rit&#233; r&#233;affirmant les logiques n&#233;olib&#233;rales sur le dos des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Catherine Samary&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les mobilisations &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Grande-Bretagne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but mars, le gouverneur de la Banque d'Angleterre s'&#233;tait dit &#171; surpris &#187; que les Britanniques ne soient pas plus en col&#232;re. Le 26 mars, une manif historique a rassembl&#233; 400 000 personnes contre le plan d'aust&#233;rit&#233; du gouvernement Cameron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Belgique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 mars, la premi&#232;re &#171; Conf&#233;rence sociale de printemps &#187;, issue du Forum social europ&#233;en, a r&#233;uni &#224; Bruxelles des repr&#233;sentants des mouvements sociaux de quinze pays europ&#233;ens et d&#233;nonc&#233; le pacte pour l'euro, &#171; d&#233;claration de guerre aux peuples d'Europe, aux travailleurs, aux pensionn&#233;s, aux services publics, &#224; leurs usagers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Portugal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 novembre 2010 a eu lieu la premi&#232;re gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale depuis 1988. Le 12 mars 2011, la manifestation appel&#233;e par G&#233;n&#233;ration fauch&#233;e a rassembl&#233; 300 000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gr&#232;ce&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re gr&#232;ve nationale a eu lieu le 23 f&#233;vrier. Depuis, 300 immigr&#233;s en gr&#232;ve de la faim ont gagn&#233; leur combat. Et le mouvement de d&#233;sob&#233;issance civile &#171; Je ne paierai pas &#187; se d&#233;veloppe, mais sur des bases politiques tr&#232;s variables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Espagne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 29 septembre 2010 avait &#233;t&#233; une r&#233;ussite. Mais les capacit&#233;s de r&#233;sistances ont &#233;t&#233; amoindries par la r&#233;cente d&#233;cision des deux principales centrales syndicales d'accepter le recul de l'&#226;ge l&#233;gal de d&#233;part en retraite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/interventions/vers-tsunami-bancaire-social-estouest-europeen&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.contretemps.eu/interventions/vers-tsunami-bancaire-social-estouest-europeen&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'y ajoute un troisi&#232;me volet envisag&#233; par l'Allemagne face &#224; la dette irlandaise, mais sur lequel les d&#233;cideurs europ&#233;ens ne parviennent pas &#224; s'entendre : la restructuration (sinon annulation), au moins partielle, des dettes. Mais les sp&#233;culateurs qui exigent des taux prohibitifs au nom des risques de d&#233;faut ne veulent pas assumer ce risque. Sa simple &#233;vocation les incite &#224; exiger des taux encore plus insoutenables, en escomptant sur l'absence de d&#233;cision coercitive &#224; leur &#233;gard dans l'UE...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>luttes europ&#233;ennes</title>
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		<dc:subject>Europe</dc:subject>

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&lt;p&gt;Luttes en espagne et en France : gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ! &lt;br class='autobr' /&gt; 29S : Huelga General. Nuestros derechos vs. sus privilegios. envoy&#233; par anticapitalistas. - Regardez les derni&#232;res vid&#233;os d'actu. &lt;br class='autobr' /&gt; Olivier Besancenot sur RTL le 12 septembre 2010 envoy&#233; par E_varlin. - L'actualit&#233; du moment en vid&#233;o.&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Videos-" rel="directory"&gt;Vid&#233;os&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Europe-50-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Luttes en espagne et en France : gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale !&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/xesrhm_29s-huelga-general-nuestros-derecho_news&#034;&gt;29S : Huelga General. Nuestros derechos vs. sus privilegios.&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;envoy&#233; par &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/anticapitalistas&#034;&gt;anticapitalistas&lt;/a&gt;. - &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/ca-fr/channel/news&#034;&gt;Regardez les derni&#232;res vid&#233;os d'actu.&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/xeu98e_olivier-besancenot-sur-rtl-le-12-se_news&#034;&gt;Olivier Besancenot sur RTL le 12 septembre 2010&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;envoy&#233; par &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/E_varlin&#034;&gt;E_varlin&lt;/a&gt;. - &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/ca-fr/channel/news&#034;&gt;L'actualit&#233; du moment en vid&#233;o.&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pour une strat&#233;gie de transformation sociale </title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Pour-une-strategie-de-transformation-sociale</link>
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		<dc:date>2006-03-08T15:38:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Husson</dc:creator>


		<dc:subject>Europe</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'offensive capitaliste &lt;br class='autobr' /&gt;
Le point de d&#233;part doit &#234;tre ici la compr&#233;hension du mode de fonctionnement actuel du capitalisme. Pour l'essentiel, c'est un capitalisme qui augmente tendanciellement le taux d'exploitation (et donc le taux de rentabilit&#233;) et refuse de r&#233;pondre aux besoins sociaux non rentables. Il assure sa reproduction de deux mani&#232;res : par une distribution de plus en plus in&#233;galitaire dans chacun des pays, et par une structure d'accumulation de plus en plus d&#233;s&#233;quilibr&#233;e au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Strategie-" rel="directory"&gt;Strat&#233;gie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Europe-50-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'offensive capitaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part doit &#234;tre ici la compr&#233;hension du mode de fonctionnement actuel du capitalisme. Pour l'essentiel, c'est un capitalisme qui augmente tendanciellement le taux d'exploitation (et donc le taux de rentabilit&#233;) et refuse de r&#233;pondre aux besoins sociaux non rentables. Il assure sa reproduction de deux mani&#232;res : par une distribution de plus en plus in&#233;galitaire dans chacun des pays, et par une structure d'accumulation de plus en plus d&#233;s&#233;quilibr&#233;e au niveau mondial. Ces caract&#233;ristiques conduisent &#224; un diagnostic contradictoire : d'un c&#244;t&#233;, le capitalisme triomphe, puisqu'il se lib&#232;re de toutes ses entraves et obtient des taux de profit tr&#232;s &#233;lev&#233;s. En ce sens, il s'agit d'un capitalisme &#171; pur &#187;. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, appara&#238;t le ph&#233;nom&#232;ne relativement in&#233;dit d'un capitalisme qui r&#233;alise d'&#233;normes b&#233;n&#233;fices, mais investit peu : il n'a alors d'autre usage du profit que de le distribuer sous forme de dividendes. Cette caract&#233;ristique est soulign&#233;e par des analystes qui n'ont rien d'anti-capitalistes, et Patrick Artus en vient ainsi &#224; parler de capitalisme &#171; sans projet &#187;1. On peut &#233;tendre ce constat au domaine des relations sociales, puisque le capitalisme admet aujourd'hui qu'il n'est pas fait pour satisfaire les besoins sociaux : il appara&#238;t ainsi comme d&#233;pourvu de la l&#233;gitimit&#233; sociale qu'il avait pu acqu&#233;rir sur la base d'une r&#233;partition moins in&#233;galitaire des revenus et d'un quasi plein emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation r&#233;sulte d'une offensive n&#233;o-lib&#233;rale qui s'appuie sur deux leviers principaux - la mise en concurrence et le ch&#244;mage de masse - pour modifier profond&#233;ment, non seulement le partage des richesses cr&#233;&#233;es, mais aussi la forme m&#234;me des rapports sociaux capitalistes. La strat&#233;gie suivie prend la forme d'un mouvement continu de r&#233;gression qui ne conna&#238;t aucune limite. Il s'agit en effet d'une strat&#233;gie de mise en d&#233;s&#233;quilibre des &#171; mod&#232;les sociaux &#187; o&#249; chaque avanc&#233;e en appelle d'autres : son point d'aboutissement n'est pas la mise en place de nouveaux compromis stables. C'est pourquoi l'avanc&#233;e des contre-r&#233;formes est toujours consid&#233;r&#233;e comme trop lente ou pas assez profonde, dans la mesure o&#249; les gouvernements bourgeois cherchent &#224; ne pas d&#233;clencher d'affrontements g&#233;n&#233;ralis&#233;s en allant trop vite et trop fort. Au niveau international, la d&#233;r&#233;gulation a par d&#233;finition pour r&#233;sultat de rendre inop&#233;rants tous les leviers permettant un guidage des m&#233;canismes &#233;conomiques. Des institutions comme l'OMC ont &#233;t&#233; par essence con&#231;ues pour lib&#233;raliser l'&#233;conomie mondiale et elles ne peuvent se donner d'autres objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peau de chagrin du r&#233;formisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle conjoncture a eu comme premier effet de r&#233;tr&#233;cir le champ du r&#233;formisme classique. Sa critique du capitalisme contemporain - que l'on peut qualifier de keyn&#233;sienne - devient inop&#233;rante, parce qu'elle sous-estime compl&#232;tement l'ampleur des transformations en cours en se limitant &#224; la d&#233;nonciation de la finance. C'est son poids excessif qui conduirait au blocage des salaires, donc de la croissance et de l'emploi. Cette analyse trouve sa source chez Keynes mais encore plus chez Kalecki qui avait d&#233;velopp&#233; d&#232;s 1943 l'id&#233;e que rentiers et patrons pourraient s'allier pour &#233;liminer les aspects d&#233;favorables, de leur point de vue, du plein emploi2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taux d'int&#233;r&#234;t, le budget et la fiscalit&#233; sont alors les outils essentiels d'une politique alternative. La baisse du taux d'int&#233;r&#234;t r&#233;tablirait le dynamisme de l'accumulation ; l'augmentation des d&#233;penses publiques et le creusement du d&#233;ficit relanceraient la demande ; la taxation des revenus financiers d&#233;couragerait la sp&#233;culation. On voit que le keyn&#233;sianisme est coh&#233;rent, en ce sens que ses recettes sont adapt&#233;es au diagnostic port&#233;. Le probl&#232;me est que celui-ci ne va pas &#224; la racine des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela suppose en effet que le faible dynamisme de l'accumulation est le r&#233;sultat de la pr&#233;dation financi&#232;re, qu'il suffirait donc d'&#233;liminer pour que le capitalisme retrouve des &#171; projets &#187;. Il s'agit d'un total contresens car la finance n'est pas un obstacle au fonctionnement &#171; normal &#187; du capitalisme : en permettant aux capitaux de circuler librement, elle contribue &#224; la mise en concurrence des travailleurs &#224; l'&#233;chelle mondiale. Elle participe ainsi &#224; la constitution d'un march&#233; mondial sur lequel se forment des normes de comp&#233;titivit&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233;es qui &#233;vincent les demandes non rentables. Nous ne sommes donc pas en face d'un capitalisme gangren&#233; par la finance mais d'un capitalisme pur, lib&#233;r&#233; de ses entraves, en grande partie gr&#226;ce &#224; la financiarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les solutions keyn&#233;siennes sont donc inop&#233;rantes, parce qu'elles ignorent la crise syst&#233;mique d'un capitalisme qui revendique ouvertement son incapacit&#233; &#224; r&#233;pondre aux besoins les plus urgents de la population mondiale. D'ailleurs les taux d'int&#233;r&#234;t ont beaucoup baiss&#233;, sans que l'&#233;conomie europ&#233;enne red&#233;marre. Les d&#233;ficits budg&#233;taires ont augment&#233;, mais pour de mauvaises raisons, &#224; cause des baisses d'imp&#244;ts qui b&#233;n&#233;ficient aux riches et leur procurent de surcro&#238;t une v&#233;ritable rente d'Etat. Enfin, l'hymne &#224; la croissance comme seule r&#233;ponse au ch&#244;mage oublie toute consid&#233;ration sur sa soutenabilit&#233; &#233;cologique et sur l'intensification du travail qu'elle implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus fondamentalement, la &#171; critique keyn&#233;sienne &#187; inverse les fins et les moyens. Ses &#233;laborations &#224; vocation programmatique sont pour l'essentiel centr&#233;es sur des outils (budget, cr&#233;dit, taux d'int&#233;r&#234;t, etc.) qu'il suffirait d'activer pour obtenir un meilleur guidage des politiques macro&#233;conomiques qui permettra de r&#233;soudre spontan&#233;ment les probl&#232;mes sociaux, et notamment celui de l'emploi. Les keyn&#233;siens accordent &#224; la croissance un r&#244;le-cl&#233;, en oubliant la n&#233;cessit&#233; de remettre en cause son contenu, et pas seulement pour des raisons &#233;cologiques qui seraient &#224; elles seules suffisantes. Cette croyance aveugle dans la possibilit&#233; et les vertus d'une croissance plus rapide passe &#224; c&#244;t&#233; de la v&#233;ritable raison de la faible accumulation du capital. Elle ne r&#233;sulte pas de politiques macro&#233;conomiques inad&#233;quates mais du fonctionnement d'un capitalisme hyper-concurrentiel qui, encore une fois, pr&#233;f&#232;re ne pas satisfaire des pans entiers des besoins sociaux plut&#244;t que de la faire dans des conditions de rentabilit&#233; moins flamboyantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le radicalisme n&#233;o-lib&#233;ral appelle au contraire une critique radicale, qui prenne pour cible les fondements m&#234;mes du capitalisme : l'exploitation et la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Ce radicalisme ne s'oppose pas au keyn&#233;sianisme mais l'englobe dans un projet mieux calibr&#233;3. Le d&#233;ficit budg&#233;taire pr&#233;conis&#233; par les keyn&#233;siens doit s'accompagner d'un pr&#233;l&#232;vement exceptionnel sur les fortunes visant &#224; &#233;ponger la dette publique. La baisse des taux d'int&#233;r&#234;t doit &#234;tre mise au service du choix de la r&#233;duction du temps de travail comme forme privil&#233;gi&#233;e de redistribution des gains de productivit&#233;. Le contr&#244;le des flux financiers doit compl&#233;ter la d&#233;fense et la promotion des services publics autour de la notion d'appropriation sociale. Bref, il faut cesser de confondre les fins et les moyens, et de croire que le bon usage des leviers de la politique &#233;conomique pouvait dispenser de l'instauration d'une v&#233;ritable d&#233;mocratie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe keyn&#233;sien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les limites du programme keyn&#233;sien n'impliquent pas qu'il soit compl&#232;tement d&#233;pourvu de coh&#233;rence. Les effets de la mondialisation capitaliste ne privent pas les Etats (et encore moins l'Europe en tant que telle) de marges de manoeuvre. Il faut donc distinguer soigneusement ces deux questions : l'existence de marges de manoeuvre et les conditions de leur mobilisation effective. Aujourd'hui, ces marges de manoeuvre sont consid&#233;rables, &#224; condition de ramener la part des salaires au niveau qui &#233;tait le sien avant le tournant lib&#233;ral des ann&#233;es 1980. Un tel d&#233;placement &#233;quivaudrait sur un quinquennat &#224; plus de 2,5 % de gains de productivit&#233; par an, et 4,5 % si l'on y rajoute les gains &#171; normaux &#187;. Ce potentiel permettrait de financer l'augmentation des minima sociaux &#224; 1200 euros, une progression g&#233;n&#233;rale des salaires, le passage aux 32 heures et l'augmentation des recettes de la S&#233;curit&#233; sociale &#224; proportion des besoins4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question a &#233;t&#233; ouverte d&#232;s l'arriv&#233;e de la gauche au pouvoir en 1981. Les experts de gauche avaient alors test&#233; le Programme commun sur des mod&#232;les de pr&#233;vision : ils montraient qu'une relance salariale d&#233;graderait la balance commerciale et d&#233;primerait l'investissement. On ne pouvait logiquement tirer que deux conclusions d'un tel constat : que ce programme n'&#233;tait pas viable, ou bien qu'il fallait l'accompagner de mesures structurelles. Les effets pervers rep&#233;r&#233;s pouvaient par exemple &#234;tre neutralis&#233;s par une d&#233;valuation pr&#233;alable et par l'utilisation des banques et entreprises nationalis&#233;es pour soutenir l'investissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de savoir s'il fallait d&#233;valuer d'entr&#233;e a partag&#233; le PS d&#232;s son arriv&#233;e au pouvoir. Les r&#233;alistes l'ont emport&#233; sur les &#171; albanais &#187; favorables &#224; cette mesure : il n'&#233;tait pas concevable d'envoyer d'embl&#233;e un message aussi n&#233;gatif &#224; la &#171; communaut&#233; financi&#232;re &#187;. Quant &#224; l'utilisation du nouveau secteur nationalis&#233; pour impulser l'&#233;conomie, elle a &#233;galement &#233;t&#233; abandonn&#233;e au profit de &#171; contrats de plan &#187; fort peu contraignants. La relance a donc &#233;t&#233; men&#233;e, mais sans &#234;tre accompagn&#233;e de mesures structurelles ; et ce qui avait &#233;t&#233; pr&#233;vu par les mod&#232;les arriva : d&#233;ficit accru, chute du franc et double d&#233;valuation d&#233;fensive, tandis que les patrons pratiquaient la gr&#232;ve de l'investissement et la fuite des capitaux. La suite, autrement dit le tournant vers l'aust&#233;rit&#233; et le social-lib&#233;ralisme, &#233;tait tout aussi pr&#233;visible. Tout cela relativise l'argument selon lequel Mitterrand aurait r&#233;ussi &#224; inscrire la gauche dans la dur&#233;e : la dur&#233;e n'aura dur&#233; que quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour prendre des exemples plus r&#233;cents, on reviendra ici sur trois faits saillants de la pratique gouvernementale de la gauche plurielle fran&#231;aise entre 1997 et 2002, et qui sont autant de rendez-vous manqu&#233;s que Lionel Jospin paiera ch&#232;rement aux pr&#233;sidentielles de 2002. En 1997, Lionel Jospin avait promis de garantir le statut public de France T&#233;l&#233;com et m&#234;me particip&#233; &#224; une manifestation en d&#233;fense de ce statut ; quelques mois plus tard, arriv&#233; au gouvernement, il d&#233;cidait d'ouvrir le capital de l'entreprise, autrement dit d'amorcer un processus de privatisation. Un peu plus tard, le gouvernement d&#233;couvre qu'il dispose d'une &#171; cagnotte &#187; budg&#233;taire en raison d'une reprise inattendue de l'activit&#233;. A l'hiver 1997 se d&#233;veloppe un mouvement de ch&#244;meurs revendiquant une augmentation des minima sociaux, qui &#233;quivaut &#224; 28 milliards d'euros. En f&#233;vrier 1998, Lionel Jospin explique de mani&#232;re cynique que les Fran&#231;ais ne comprendraient pas une telle augmentation, validant ainsi les repr&#233;sentations les plus r&#233;actionnaires du ch&#244;mage de masse. Il ne trouve &#224; consacrer qu'un milliard d'euros &#224; l'am&#233;lioration du sort des 6 millions de ch&#244;meurs et d'allocataires de minima sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me rendez-vous : en septembre 1999, le groupe Michelin annonce, &#224; quelques jours d'intervalle, des profits confortables et un plan de &#171; suppressions d'emplois &#187; (pour ne pas avoir &#224; utiliser ce vilain mot de licenciements). A cette occasion, Lionel Jospin prononce une phrase terrible (&#171; L'Etat ne peut pas tout &#187;) qui revenait &#224; dire aux salari&#233;s qu'ils n'avaient rien &#224; attendre de son gouvernement. On pourrait multiplier les exemples : Lionel Jospin aurait pu augmenter les cotisations patronales pour la retraite plut&#244;t que de mettre en place l'&#233;pargne salariale qui pr&#233;parait le terrain aux fonds de pension. Le passage aux 35 heures aurait pu se faire selon des modalit&#233;s plus contraignantes pour les patrons et moins d&#233;favorables aux salari&#233;s du point de vue des conditions de travail et du salaire. Au lieu de cela, Jospin a r&#233;ussi la prouesse de transformer les 35 heures en une mesure anti-ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui est pos&#233;e est donc de savoir pourquoi les suppos&#233;s sociaux-d&#233;mocrates ne m&#232;nent pas des politiques social-d&#233;mocrates. Et on pourrait &#233;largir cette question &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne en se rappelant qu'au moment du trait&#233; d'Amsterdam et du sommet de Barcelone, c'est une majorit&#233; de gouvernements portant cette &#233;tiquette qui ont confirm&#233; et approfondi l'orientation lib&#233;rale de la construction europ&#233;enne. Il faut bien comprendre la r&#233;ponse que donnent Jospin et cie &#224; cette question. Elle est au fond de dire qu'il n'existe pas r&#233;ellement de marges de manoeuvre pour une autre politique, parce que &#171; nous sommes dans une &#233;conomie mondialis&#233;e &#187;. Le programme de Lionel Jospin pour les pr&#233;sidentielles de 2002 exprimait tr&#232;s bien l'imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233; de passer de la social-d&#233;mocratie au social-lib&#233;ralisme5. Dit autrement, &#224; la mani&#232;re d'Alain Lipietz, il faudrait faire la r&#233;volution pour vraiment transformer la soci&#233;t&#233; ; or, les gens ne veulent pas de la r&#233;volution, donc exit la transformation sociale et vive le social-lib&#233;ralisme. CQFD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A premi&#232;re vue, les r&#233;volutionnaires devraient &#234;tre d'accord avec cette id&#233;e : hors la r&#233;volution, pas de salut. Mais cette posture serait plus r&#233;volutionnariste que radicale. D'abord, elle donne en un sens raison &#224; Jospin. Si en effet la seule alternative, c'est la r&#233;volution, et si celle-ci n'est pas &#224; l'ordre du jour, alors on ne peut lui reprocher d'avoir accompagn&#233; la n&#233;cessaire &#171; modernisation &#187;. Il faut en r&#233;alit&#233; refuser cat&#233;goriquement cette interpr&#233;tation et affirmer que d'autres choix &#233;taient possibles, autrement dit commencer &#224; discuter de la &#171; viabilit&#233; &#233;conomique &#187; d'un programme alternatif. On peut reprendre ici les rendez-vous manqu&#233;s &#233;voqu&#233;s plus haut. Il est hors de question, m&#234;me et surtout d'un point de vue r&#233;volutionnaire, d'accr&#233;diter l'id&#233;e qu'il n'y avait pas d'autres choix possibles : Jospin pouvait conserver le statut public de France T&#233;l&#233;com, il pouvait augmenter significativement les minima sociaux et il pouvait imposer &#224; Michelin le maintien des emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, il s'agissait de tordre la r&#233;partition des revenus en faveur des salari&#233;s. Le discours dominant, que les sociaux-lib&#233;raux reprennent &#224; leur compte, d&#233;cr&#232;te que c'est impossible &#224; cause de la comp&#233;titivit&#233; : on retrouve ici l'invocation rituelle de la mondialisation. Mais cet argument ne tient pas la route : dans un projet radical la progression des salaires est compens&#233;e par une baisse des revenus financiers, et on ne voit pas pourquoi le fait de verser des dividendes serait &#233;conomiquement raisonnable alors qu'augmenter les salaires serait inepte. On nous dit ensuite que les capitaux et ceux qui les poss&#232;dent quitteraient le territoire. Mais cet argument n'est d&#233;j&#224; plus vraiment &#233;conomique. Il revient &#224; dire que les poss&#233;dants ne se laisseront pas ais&#233;ment d&#233;poss&#233;der et r&#233;sisteront par les moyens qui sont les leurs, et on sort donc de la pure &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses vont m&#234;me plus loin, dans la mesure o&#249; les gouvernements de gauche ne se bornent pas &#224; accompagner le mouvement. Bien souvent, ils le pr&#233;c&#232;dent, et il n'est sans doute pas de meilleure exemple que la politique forcen&#233;e de &#171; r&#233;formes &#187; que le SPD et les Verts allemands ont mis en oeuvre, avant d'avoir &#224; passer le relais &#224; une &#171; grande coalition &#187;. Cette alternance bourgeoise contribue largement &#224; la mont&#233;e de l'abstention, de l'extr&#234;me-droite et des int&#233;grismes. Conclusion : si les r&#233;formistes ne font plus que des &#171; contre-r&#233;formes &#187;, ce n'est pas par d&#233;faut d'alternatives, mais en raison d'un choix beaucoup plus politique qui porte sur le degr&#233; concevable d'affrontement avec le patronat et sur une alliance privil&#233;gi&#233;e avec les classes moyennes, comme substitut &#224; la perte de cr&#233;dibilit&#233; chez les classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anatomie du r&#233;volutionnarisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;marche programmatique doit &#233;viter deux &#233;cueils : l'adaptation aux &#171; contraintes &#233;conomiques &#187; et la surench&#232;re syst&#233;matique, que l'on peut qualifier de r&#233;volutionnariste. Cette derni&#232;re position repose sur deux postulats qui reposent sur une commune incompr&#233;hension de la dialectique entre programme et mobilisation. Le premier consiste &#224; penser que les mots d'ordre les plus exigeants sont le moyen de susciter une mobilisation plus importante et radicale. Le meilleur programme est de ce point de vue celui qui met la barre le plus haut possible, et place par exemple l'expropriation sur le m&#234;me plan que des revendications plus imm&#233;diates. Ce postulat condense plusieurs erreurs. Il pose que certains mots d'ordre seraient par essence anti-capitalistes et pousseraient la prise de conscience plus loin que des revendications seulement anti-lib&#233;rales. Mais l'augmentation des salaires, l'harmonisation des droits sociaux et d&#233;mocratiques, la r&#233;novation des services publics, ni m&#234;me la r&#233;duction du temps de travail ne sont en soi des mesures anticapitalistes. On peut consid&#233;rer qu'une loi d'interdiction des licenciements pour les entreprises qui font des b&#233;n&#233;fices empi&#232;te sur le pouvoir patronal, mais elle n'&#233;quivaut pas non plus &#224; une remise en cause globale de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me erreur consiste &#224; refuser d&#233;lib&#233;r&#233;ment de r&#233;pondre &#224; des objections implicitement qualifi&#233;es de bourgeoises. On nous dit : si l'on applique votre programme, par exemple l'augmentation des salaires, vous allez faire chuter la comp&#233;titivit&#233; de l'&#233;conomie et perdre des emplois. La posture r&#233;volutionnariste consiste &#224; r&#233;pondre que cette question ne nous concerne pas, parce que nous rejetons la logique capitaliste de concurrence &#224; outrance. Ce n'est &#233;videmment pas faux, mais ce type de r&#233;ponse est abstrait et ne tient pas compte de la temporalit&#233; de la transformation sociale. C'est se priver de l'argument d&#233;cisif selon lequel la comp&#233;titivit&#233; n'est pas atteinte si l'on compense les hausses de salaires par la baisse des revenus financiers. Ce contre-argument a l'int&#233;r&#234;t de r&#233;pondre &#224; l'objection, tout en d&#233;signant les r&#233;sistances qu'il faudra combattre du c&#244;t&#233; du &#171; mur de l'argent &#187;. On a bien vu, au cours du mouvement sur les retraites, &#233;merger ce besoin de contre-expertise, pour convaincre l'opinion soumise &#224; la propagande lib&#233;rale qu'il &#233;tait possible de financer le syst&#232;me par r&#233;partition et donc de pr&#233;server ses valeurs de solidarit&#233;. Il n'est pas possible de s'opposer &#224; une contre-r&#233;forme si l'on ne dispose d'aucun argument pour r&#233;futer la doxa lib&#233;rale selon laquelle &#171; il n'y a pas d'alternative &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre hypoth&#232;se strat&#233;gique devrait plut&#244;t reposer sur ce principe : c'est en se battant r&#233;solument pour des revendications justes (mais qui n'ont pas pour autant un contenu anti-capitaliste intrins&#232;que), en affrontant les r&#233;sistances et les sabotages, que l'on peut faire &#233;merger un point de vue anti-capitaliste de masse, la compr&#233;hension qu'il faut remettre en cause radicalement le mode de fonctionnement du capitalisme pour obtenir la satisfaction de droits &#233;l&#233;mentaires : droit &#224; l'emploi, droits &#224; la sant&#233;, etc. Ce n'est pas en demandant la lune que l'on convaincra mieux les travailleurs d'entrer en mouvement, c'est plut&#244;t en d&#233;signant les obstacles concrets et r&#233;els qui s'opposent &#224; la pleine satisfaction de leurs revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second postulat r&#233;volutionnariste est celui de l'instantan&#233;it&#233;. Certes, le travail de propagande r&#233;volutionnaire est une oeuvre de longue haleine. Mais vient un moment o&#249; il aboutit : c'est alors la r&#233;volution qui fait basculer sans transition dans une autre soci&#233;t&#233; et une autre &#233;conomie. Ce sch&#233;ma est d&#233;pourvu de vraisemblance car il repose sur l'hypoth&#232;se d'une brusque inversion des rapports de force id&#233;ologiques et politiques. Le sc&#233;nario que l'on peut imaginer est assez diff&#233;rent : il commence par l'accession au pouvoir d'un gouvernement qui prend imm&#233;diatement des mesures de transformation sociale. S'ouvre alors une p&#233;riode d'affrontement o&#249; vont s'opposer la r&#233;sistance des dominants et la volont&#233; des domin&#233;s de d&#233;fendre et &#233;tendre les premi&#232;res mesures de transformation sociale. C'est au cours de cette phase qu'appara&#238;t la n&#233;cessit&#233; d'aller plus loin, et de remettre en cause les principes fondamentaux du syst&#232;me. Telle est sans doute l'hypoth&#232;se strat&#233;gique fondamentale : des r&#233;formes r&#233;ellement anti-lib&#233;rales ne peuvent &#234;tre p&#233;rennis&#233;es que par des mesures anti-capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une strat&#233;gie europ&#233;enne d'extension&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; critique keyn&#233;sienne &#187; comporte un autre point faible qui porte sur ses r&#233;ponses &#224; la mondialisation. Elles consistent pour l'essentiel &#224; imaginer des formes de protectionnisme, au niveau national ou &#233;tendues &#224; une sorte d'&#171; euro-protectionnisme &#187;. Elles recoupent souvent une volont&#233; de d&#233;limiter un noyau dur europ&#233;en, ou une Europe &#224; plusieurs vitesses, afin de pr&#233;server les mod&#232;les sociaux les plus avanc&#233;s de leur mise en concurrence avec les pays moins avanc&#233;s socialement. Cette tentation souverainiste est d'autant plus r&#233;pandue qu'elle semble apporter une r&#233;ponse imm&#233;diate et concr&#232;te aux effets de la mondialisation. Elle entre souvent en r&#233;sonance avec le paradigme keyn&#233;sien, puisque le protectionnisme appara&#238;t comme le moyen de redonner des degr&#233;s de libert&#233; &#224; l'intervention de l'Etat. L'expression de &#171; patriotisme 4 &#233;conomique &#187; qui vient d'appara&#238;tre en France souligne la nature profonde de tels projets. Ils ne remettent pas fondamentalement en cause le principe de concurrence mais proposent des moyens pour r&#233;tablir un contr&#244;le national sur les conditions de cette concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'optique de la transformation sociale repose sur une analyse diff&#233;rente de la r&#233;gression sociale dont la cause premi&#232;re n'est pas la perte de substance de l'intervention &#233;tatique li&#233;e &#224; la mondialisation. Pour mieux souligner les diff&#233;rences, on peut emprunter aux &#233;conomistes officiels leur utile distinction entre politiques coop&#233;ratives et non coop&#233;ratives. Une politique coop&#233;rative est une politique qui r&#233;ussit d'autant mieux qu'elle s'&#233;tend &#224; l'ensemble d'une zone &#233;conomique (voire au monde entier). Une politique non coop&#233;rative, au contraire, r&#233;ussit d'autant mieux qu'elle reste unilat&#233;rale. La construction europ&#233;enne fournit de nombreux exemples d'une telle opposition. Elle &#233;tend aujourd'hui &#224; l'ensemble de l'Union ce que l'on appelle en France la &#171; d&#233;sinflation comp&#233;titive &#187; et qui consiste en gros &#224; baisser les salaires pour gagner des parts de march&#233;. Une telle politique a un sens, jusqu'&#224; un certain point, si un pays isol&#233; r&#233;ussit &#224; gagner de cette mani&#232;re des parts de march&#233; au d&#233;triment des autres pays. Mais elle devient &#224; coup s&#251;r d&#233;sastreuse si elle est men&#233;e par plusieurs pays en m&#234;me temps. C'est exactement ce qui se passe en Europe o&#249; les effets du gel des salaires et de l'&#233;touffement de la demande int&#233;rieure se renforcent par la g&#233;n&#233;ralisation de tels pr&#233;ceptes. L'exemple limite est celui de l'Allemagne qui voit ses exportations cro&#238;tre rapidement tandis que son march&#233; int&#233;rieur se r&#233;tr&#233;cit et que le ch&#244;mage ne cesse d'augmenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une politique coop&#233;rative fonctionne selon des principes inverses. Si, par exemple, un pays m&#232;ne une exp&#233;rience de r&#233;duction massive du temps de travail, il va se heurter au contrecoup des effets de la concurrence, en perdant des parts de march&#233;. Mais si cette politique &#233;tait g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; un nombre significatif de pays, alors les effets vertueux d'une telle politique, notamment sur l'emploi, pourraient se d&#233;ployer pleinement puisque les effets de comp&#233;titivit&#233; auraient &#233;t&#233; neutralis&#233;s par l'extension de la mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut sortir de cette contradiction que par une strat&#233;gie d'extension que l'on peut sommairement r&#233;sumer ainsi. Premier temps : un pays prend unilat&#233;ralement des mesures de transformation sociale. Second temps : il prend les mesures n&#233;cessaires &#224; leur protection. Troisi&#232;me temps : il propose l'extension de ces mesures qui rendrait superflue les mesures de protection. Cette pr&#233;sentation appelle plusieurs commentaires. D'abord une strat&#233;gie europ&#233;enne ne peut pas d&#233;pendre de la construction achev&#233;e d'une &#171; bonne &#187; Europe. Sinon, on sombre dans un sophisme r&#233;sign&#233; : rien n'est possible &#224; cause de l'Europe lib&#233;rale, on veut faire l'Europe, donc commen&#231;ons par &#233;difier un cadre europ&#233;en dans lequel il sera possible de mener d'autres politiques harmonis&#233;es. Comme la t&#226;che de construire la maison en commen&#231;ant par le toit semble &#224; juste titre hors d'atteinte, on se replie au mieux sur des luttes locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut esp&#233;rer que la transformation sociale s'enclenche en m&#234;me temps dans plusieurs pays, m&#234;me si ce serait &#233;videmment souhaitable. Mieux vaut donc travailler sur l'hypoth&#232;se d'un mouvement commen&#231;ant dans un pays donn&#233;. Des mesures de protection sont alors incontournables. Mais ce protectionnisme doit &#234;tre caract&#233;ris&#233; : chaque fois qu'on parle de protectionnisme, il faut en effet se demander ce qu'on prot&#232;ge. Il ne s'agit pas ici de prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts du capital national (qui va au contraire &#234;tre mis &#224; rude &#233;preuve) mais de prot&#233;ger une exp&#233;rience de transformation sociale contre ses adversaires, aussi bien int&#233;rieurs qu'ext&#233;rieurs. Et ce protectionnisme est un protectionnisme coop&#233;ratif et transitoire : il n'a pas vocation &#224; durer et se justifie tant que les autres pays ne s'engagent pas &#224; leur tour dans des exp&#233;riences similaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me temps correspond &#224; un appel aux peuples des autres pays &#224; s'engager sur la m&#234;me voie, puisqu'il s'agit encore une fois d'une politique coop&#233;rative qui se renforce de toute extension. Un gouvernement qui se serait engag&#233;e sur une telle voie et qui aurait fait la preuve de sa capacit&#233; &#224; changer la vie disposerait d'une l&#233;gitimit&#233; qui lui permettrait d'adresser un tel appel. Il b&#233;n&#233;ficierait ainsi d'un rapport de forces am&#233;lior&#233; pour justifier et imposer le d&#233;gagement de marges de manoeuvre &#224; l'&#233;gard des gouvernements lib&#233;raux des autres pays. Cette l&#233;gitimit&#233; pourrait &#234;tre encore accrue par une red&#233;finition unilat&#233;rale des rapports Nord-Sud sur une base coop&#233;rative rompant avec les rapports de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de l'alternative&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme esquiss&#233; ici est coh&#233;rent et &#233;conomiquement viable. Coh&#233;rent parce qu'il fait le lien entre l'analyse du ch&#244;mage - c'est la contrepartie de la captation par les rentiers des gains de productivit&#233; - et les rem&#232;des propos&#233;s qui consistent &#224; r&#233;cup&#233;rer les revenus financiers au profit des cr&#233;ations d'emplois. Il est viable, parce que les revenus financiers sont &#233;conomiquement st&#233;riles (ils ne s'investissent pas) et socialement nuisibles puisqu'ils engendrent in&#233;galit&#233;s, pr&#233;carit&#233; et mis&#232;re. Mais cela ne suffit &#233;videmment pas. Toute tentative d'enclencher cette redistribution des richesses s'opposerait &#224; la r&#233;sistance forcen&#233;e des poss&#233;dants, qui ne manqueraient d'ailleurs pas d'invoquer les &#171; lois de l'&#233;conomie &#187; pour prot&#233;ger leurs privil&#232;ges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie difficile de toute d&#233;marche programmatique n'est donc pas tellement l'&#233;nonc&#233; des mesures &#224; prendre, mais la d&#233;finition des politiques permettant de neutraliser les comportements d'obstruction, de r&#233;torsion, voire de sabotage auquel un projet de transformation sociale aurait &#224; faire face. Il est illusoire en effet de penser que l'on pourrait y &#233;chapper en trouvant des modalit&#233;s habiles d'atteindre le but recherch&#233;. On peut imaginer les moyens les plus sophistiqu&#233;s et d&#233;tourn&#233;s d'augmenter les salaires et les d&#233;penses sociales, mais le patronat sait compter : il s'opposera par exemple &#224; toute augmentation des cotisations sociales, que celle-ci passe par une hausse des taux ou par un &#233;largissement de l'assiette. Il n'y a au fond qu'un seul moyen d'&#233;viter ce face-&#224;-face, c'est de renoncer au changement. Et cela permet d'ailleurs de comprendre le paradoxe du social-lib&#233;ralisme. Encore une fois, son incapacit&#233; &#224; r&#233;aliser de vraies r&#233;formes ne s'explique pas tant par une absence de marges de manoeuvre, mais par le refus d'un affrontement qu'il n'est pas pr&#234;t &#224; assumer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coh&#233;rence de ce projet ne d&#233;coule pas d'une acceptation des lois du capitalisme n&#233;o-lib&#233;ral. Elle repose au contraire sur une rupture radicale articul&#233;e avec ces principes. Radical, cela veut dire aller &#224; la racine des choses, en situant correctement les sources du ch&#244;mage et de l'ins&#233;curit&#233; sociale au coeur m&#234;me du rapport capital travail. Il faut pour cela remettre en cause les deux grands tabous que sont la r&#233;partition actuelle des revenus et le droit de propri&#233;t&#233; capitaliste. L'augmentation des salaires et des revenus sociaux ne peut se faire qu'au d&#233;triment des rentes financi&#232;res. L'interdiction des licenciements ne peut se faire qu'en remettant en cause le libre arbitre patronal. Le passage aux 32 heures sous contr&#244;le des travailleurs ne peut se faire qu'en opposition frontale &#224; l'intensification et &#224; la pr&#233;carisation du travail. Si le gouvernement de la gaucheplurielle avait pris des mesures significatives dans chacun de ces domaines, au lieu de faire machine arri&#232;re au moindre fr&#233;missement des march&#233;s, il aurait conquis un &#233;lectorat populaire qui aurait eu l'impression de voir ses int&#233;r&#234;ts d&#233;fendus. De telles avanc&#233;es auraient d&#233;l&#233;gitim&#233; l'Europe r&#233;actionnaire de Maastricht et Amsterdam et auraient permis la construction d'une autre Europe, fond&#233;e sur la satisfaction des besoins sociaux. Le repli r&#233;actionnaire sur une conception vichyste de la Nation aurait &#233;t&#233; vid&#233; de toute cr&#233;dibilit&#233; en tant que m&#233;thode de r&#233;sistance &#224; la r&#233;gression sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marges de manoeuvre existent. Ce qui fait probl&#232;me, c'est la capacit&#233; politique de les rendre disponibles. Dit autrement la viabilit&#233; &#233;conomique d'un programme alternatif r&#233;side dans une modification radicale de la r&#233;partition des revenus. Mais celle-ci va &#233;videmment susciter des r&#233;sistances de la part des couches sociales, &#233;troites mais puissantes, qui b&#233;n&#233;ficient de la r&#233;partition actuelle. On peut m&#234;me d&#233;crire le capitalisme contemporain comme domin&#233; par un arbitrage entre croissance, emploi et ch&#244;mage, d'une part, et r&#233;partition des revenus de l'autre. Cette proposition est &#233;tay&#233;e par la comparaison des pays europ&#233;ens sur la derni&#232;re d&#233;cennie : ceux o&#249; la part des salaires s'est stabilis&#233;e ou a m&#234;me l&#233;g&#232;rement augment&#233;e ont connu un taux de croissance sup&#233;rieure &#224; ceux o&#249; la part des salaires baissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi un th&#233;or&#232;me formalis&#233; par la th&#233;orie du taux de ch&#244;mage d'&#233;quilibre. L'id&#233;e est qu'on ne peut descendre en dessous de ce ch&#244;mage d'&#233;quilibre sans d&#233;clencher un surcro&#238;t d'inflation qui fonctionne comme force de rappel en faisant remonter le taux de ch&#244;mage &#224; sa valeur d'&#233;quilibre. De cette th&#233;orie d&#233;coulent des politiques europ&#233;ennes qui se donnent comme objectif, non pas de baisser le taux de ch&#244;mage, mais d'augmenter le taux d'emploi. Il s'agit de cr&#233;er des emplois &#224; condition de faire progresser encore plus rapidement les arriv&#233;es sur le march&#233; du travail et de maintenir ainsi la pression exerc&#233;e par ce que Marx appelait &#171; arm&#233;e industrielle de r&#233;serve &#187;. Ce taux de ch&#244;mage de r&#233;f&#233;rence est aussi appel&#233; NAIRU (non accelerating inflation rate of unemployment) : c'est celui en dessous duquel l'inflation se d&#233;clenche. Mais si on regarde de plus pr&#232;s les formulations th&#233;oriques, on d&#233;couvre qu'il s'agit tout aussi bien d'une th&#233;orie du taux de marge (une bonne approximation du taux d'exploitation) d'&#233;quilibre : il est d'autant plus &#233;lev&#233; que le taux de ch&#244;mage est &#233;lev&#233;, et que les gains de productivit&#233; sont &#233;lev&#233;s, &#224; condition qu'ils ne se r&#233;percutent pas pleinement sur les salaires. On tient l&#224; une description assez fid&#232;le des r&#232;gles de fonctionnement d'un capitalisme qui vise &#224; maximiser le taux d'exploitation en maintenant la pression exerc&#233;e par le ch&#244;mage de masse sur les salaires et &#224; d&#233;connecter la progression de ce dernier de celle des gains de productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En proposant de modifier la r&#233;partition de la valeur ajout&#233;e, autrement dit de baisser le taux d'exploitation, on se heurte donc directement &#224; des int&#233;r&#234;ts sociaux qui ont r&#233;ussi &#224; faire de la d&#233;fense de leurs privil&#232;ges une sorte de loi &#233;conomique, et en tout cas une r&#232;gle de guidage des capitalismes contemporains. On se trouve alors confront&#233; &#224; une double t&#226;che d'explication. Il s'agit d'abord de mener une lutte id&#233;ologique contre cet habillage d'int&#233;r&#234;ts sociaux en lois intangibles. Mais il s'agit surtout d'expliquer que la viabilit&#233; d'un programme alternatif ne peut se trouver que par un affrontement frontal sur le terrain social et politique. C'est l&#224; aussi que r&#233;side la limite fondamentale du r&#233;formisme d'inspiration keyn&#233;sienne : elle ne r&#233;side pas seulement dans ses limites programmatiques d&#233;j&#224; signal&#233;es, mais dans son refus d'envisager l'affrontement &#224; un degr&#233; ad&#233;quat. La raison principale pour laquelle les sociaux-lib&#233;raux n'utilisent pas les marges de manoeuvre r&#233;ellement existantes est justement qu'ils refusent le degr&#233; d'affrontement qui serait n&#233;cessaire pour en disposer r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations ont des implications strat&#233;giques importantes. En premier lieu, tout projet de transformation sociale doit &#233;valuer soigneusement le degr&#233; d'affrontement n&#233;cessaire pour faire passer son programme. C'est de ce point de vue qu'il faut principalement en &#233;valuer la pertinence : celle-ci ne d&#233;pend pas principalement de l'argumentation technique portant sur les outils &#224; utiliser. Bien des d&#233;bats qui parcourent le mouvement social ne sont pas aujourd'hui exempts de l'illusion selon lequel il existerait des mesures habile qui pourraient servir de substitut &#224; l'affrontement social. La question du financement de la S&#233;curit&#233; sociale est repr&#233;sentatif de ce travers : parmi les propositions avanc&#233;es, beaucoup s'accompagnent de l'id&#233;e fausse selon laquelle certaines modalit&#233;s permettraient de se dispenser d'un tel affrontement. Il serait par exemple plus facile de taxer les revenus financiers que d'augmenter les salaires ou les cotisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ensuite se donner les moyens pr&#233;alables de ne pas sombrer dans les exp&#233;riences sociales-lib&#233;rales qui se couchent devant les &#171; contraintes &#233;conomiques &#187; au moindre froncement de sourcil de la bourgeoisie en refusant de faire appel au soutien populaire. Mais on ne peut pas non plus s'en tenir &#224; annoncer &#224; l'avance la n&#233;cessit&#233; de ce soutien. Apr&#232;s tout, les masses n'ont pas une propension spontan&#233;e &#224; descendre dans la rue et il faut tenir compte de la dialectique particuli&#232;re de mobilisation sociale. Elles ne sont pas pr&#234;tes &#224; se battre pour des mesures &#224; venir ou dont elles ne per&#231;oivent pas l'effet imm&#233;diat. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de mesures d'urgence, prises dans les premi&#232;res semaines d'exercice du pouvoir, qui changent concr&#232;tement la vie de la majorit&#233;. Dans la p&#233;riode d'affrontement qui est alors ouverte par la bourgeoisie, le point d'appui est le soutien &#224; ces mesures d&#233;j&#224; prises, et aux effets perceptibles. Il s'agit donc de la construction rapide d'une nouvelle l&#233;gitimit&#233; sociale, fond&#233;e sur la satisfaction des besoins sociaux les plus urgents, et qu'il faut d&#233;fendre contre les op&#233;rations de r&#233;sistance et de sabotage des poss&#233;dants. Les mesures prises doivent &#234;tre con&#231;ues pour isoler cette couche sociale &#233;troite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective de rupture radicale synth&#233;tise les enseignements des luttes sociales et des exp&#233;riences gouvernementales avort&#233;es des derni&#232;res ann&#233;es. Il faut la faire fructifier, l'ancrer encore mieux, en &#233;vitant une double tentation : celle de le galvauder en prenant au s&#233;rieux le mim&#233;tisme des cam&#233;l&#233;ons sociaux-lib&#233;raux, et celle de mettre le programme sous cellophane pour en pr&#233;server la puret&#233; r&#233;volutionnaire. Un tel projet de transformation sociale doit devenir, dans les &#233;lections et les luttes, la r&#233;f&#233;rence et l'expression de celles et ceux qui veulent vraiment changer cette soci&#233;t&#233;, qui en a vraiment besoin. C'est autour d'une telle coh&#233;rence que doit se construire la gauche radicale face &#224; un r&#233;formisme sans r&#233;forme qui ne r&#233;ussit au mieux qu'&#224; pr&#233;parer le terrain aux &#171; r&#233;formes &#187; lib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Patrick Artus et Marie-Paule Virard, Le capitalisme est en train de s'autod&#233;truire, La D&#233;couverte, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Michael Kalecki, &#171; Political Aspects of Full Employment &#187;, Political Quarterly, 1943 ; reproduit dans Selected Essays on the Dynamics of the Capitalist Economy, Cambridge University Press, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 voir Le grand bluff capitaliste, La Dispute, 2001 &lt;a href=&#034;http://hussonet.free.fr/bluff.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://hussonet.free.fr/bluff.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 pour une d&#233;monstration plus d&#233;taill&#233;e, voir &lt;a href=&#034;http://hussonet.free.fr/copprov.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://hussonet.free.fr/copprov.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Michel Husson, &#171; Le programme de transition de Lionel Jospin &#187;, Critique communiste n&#176;166, printemps 2002. &lt;a href=&#034;http://hussonet.free.fr/ptjospin.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://hussonet.free.fr/ptjospin.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;projet d'article pour Inprecor&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un &#034;NON !&#034; de la gauche </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Murray Smith </dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#192; 22h00 dans la nuit de dimanche, &#224; la fermeture des scrutins, le r&#233;sultat est tomb&#233; comme la lame d'une guillotine. Les &#233;lecteurs fran&#231;ais ont vot&#233; &#034;Non&#034; au projet de Constitution europ&#233;enne. Tous les sondages des derniers jours avant le vote pr&#233;disaient une victoire du &#034;Non.&#034; Or, l'importance de la majorit&#233;, de pr&#232;s de 55 %, est absolument sans &#233;quivoque. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est aussi clair et que les m&#233;dias presque uniform&#233;ment partisans du &#034;Oui&#034; ont fini par reconna&#238;tre, c&#8218;est que la bataille a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; 22h00 dans la nuit de dimanche, &#224; la fermeture des scrutins, le r&#233;sultat est tomb&#233; comme la lame d'une guillotine. Les &#233;lecteurs fran&#231;ais ont vot&#233; &#034;Non&#034; au projet de Constitution europ&#233;enne. Tous les sondages des derniers jours avant le vote pr&#233;disaient une victoire du &#034;Non.&#034; Or, l'importance de la majorit&#233;, de pr&#232;s de 55 %, est absolument sans &#233;quivoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est aussi clair et que les m&#233;dias presque uniform&#233;ment partisans du &#034;Oui&#034; ont fini par reconna&#238;tre, c&#8218;est que la bataille a &#233;t&#233; gagn&#233;e par le &#034;Non de gauche&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r les chefs de l'extr&#234;me-droite comme Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers sont apparus &#224; la t&#233;l&#233;vision pour r&#233;clamer la victoire. Or, la composition sociologique et politique du vote montre que l'essentiel des &#034;Nons&#034; ne viennent pas de leurs partisan-e-s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cat&#233;gories sociales, 81 % des travailleurs manuels, 79 % des sans-emploi, 60 % des cols blancs et 56 % des professions interm&#233;diaires ont vot&#233; &#034;Non&#034;. Les seules cat&#233;gories o&#249; le &#034;Oui&#034; l'emporte sont les professions intellectuelles et de direction (62%) les dipl&#244;m&#233;-e-s universitaires (57%) et les retrait&#233;s (56%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une analyse du vote par tranche d'&#226;ge montre que le &#034;Non&#034; remporte 59 % chez les 18-34 ans et 65 % chez les 35-49 ans. Le &#034;Oui&#034; n'est majoritaire que chez les plus de 65 ans. Politiquement, 67 % des &#233;lecteurs de gauche ont choisi le &#034;Non&#034;, presque unanimement chez les partisans du Parti communiste et de la gauche r&#233;volutionnaire, mais aussi 59 % chez les socialistes et 64 % pour les partisans des Verts. De plus, 61 % des sans-parti ont vot&#233; &#034;Non&#034;. Il n'y a que les partisans des deux principaux partis de droite, l'UMP et l'UDF qui ont vot&#233; massivement (76 %) en faveur de la Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous pla&#231;ons l'extr&#234;me-droite &#224; 15 % de l'&#233;lectorat, cela veut dire que les autres 40 % de &#034;Non&#034; viennent des partisans de la Gauche et des rangs des sans-parti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Questionn&#233;s sur les raisons de leur vote, ceux et celles qui ont vot&#233; &#034;Non&#034; citent la situation &#233;conomique et sociale en France, notamment le ch&#244;mage et la nature trop lib&#233;rale du trait&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;35 % ont exprim&#233; l'espoir que le trait&#233; constitutionnel puisse &#234;tre ren&#233;goci&#233;. Comme les militants pour un &#034;Non de gauche&#034; r&#233;p&#232;tent depuis des mois, la majorit&#233; des partisans du non n'&#233;taient ni chauvins, anti-europ&#233;ens ou autre chose du genre. Ils ont vot&#233; contre le n&#233;o-lib&#233;ralisme et ses effets d&#233;vastateurs en France et en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets politiques du vote sont multiples. &#034;Chirac d&#233;savou&#233;, l'Europe d&#233;stabilis&#233;e&#034;, disait la manchette de l'&#233;dition de lundi de Le Monde. Chirac devrait renvoyer le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, un bouc &#233;missaire commode. Raffarin pourrait &#234;tre remplac&#233; par Nicolas Sarkozy&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLR :Ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit avant l'annonce du remplacement de Jean-Pierre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui &#224; la t&#233;l&#233;vision, dimanche soir, a produit une analyse quelque peu originale pr&#233;tendant que le peuple fran&#231;ais avait vot&#233; &#034;Non&#034; par d&#233;sir de politiques encore plus n&#233;olib&#233;rales ... ce que sa nomination leur apporterait. Par contre, Chirac pourrait sentir que la nomination de Sarkozy serait une trop grande provocation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident lui-m&#234;me se retrouve effectivement d&#233;savou&#233; et s&#233;rieusement affaibli et il est difficile de voir comment il peut envisager de se pr&#233;senter &#224; nouveau aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de 2007. &#192; gauche, seule la LCR&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLR : Ligue communiste r&#233;volutionnaire, section fran&#231;aise de la Quatri&#232;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;a appel&#233; clairement et sans &#233;quivoque &#224; la d&#233;mission de Chirac et pour la dissolution du Parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r tous les perdants ne sont pas &#224; droite. La majorit&#233; de la direction du Parti socialiste et des Verts a aussi &#233;t&#233; d&#233;savou&#233; par leurs propres partisans et la bataille post-r&#233;f&#233;rendum dans les deux s'annonce f&#233;roce. Les dirigeants socialistes comme Fran&#231;ois Hollande, Dominique Strauss-Kahn et Lionel Jospin qui ont men&#233; la campagne du &#034;Oui&#034; ne sont pas susceptibles de remettre de plein gr&#233; le parti &#224; ceux comme Laurent Fabius, Henri Emmanuelli et Jean-Luc M&#233;lenchon qui ont d&#233;fendu le &#034;Non&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan europ&#233;en ce n&#8218;est bien s&#251;r pas &#034;l'Europe&#034; qui est d&#233;stabilis&#233;e, mais le projet n&#233;o-lib&#233;ral de l'Union europ&#233;enne. &#192; regarder la succession de dirigeants europ&#233;ens de gauche comme de droite dimanche soir, ils ne semblaient pas tirer de le&#231;on de la d&#233;faite. &#192; tour de r&#244;le ils ont r&#233;primand&#233; le Fran&#231;ais indisciplin&#233; et que les affaires continues comme &#224; l'habitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la plupart de ceux-ci ont &#233;vit&#233; l'&#233;cueil d'un r&#233;f&#233;rendum, et ont pr&#233;f&#233;r&#233; faire ratifier le trait&#233; par leur parlement. Quoique disent ces d&#233;fendeurs de la Constitution, le &#034;Non&#034; fran&#231;ais risque d'ouvrir le d&#233;bat sur l'Europe qui n'a pas eu lieu dans la plupart des pays de l'UE. Les adversaires de l'Europe n&#233;o-lib&#233;rale ont une chance de prendre l'offensive, non seulement pour le rejet de cette constitution, mais aussi pour une rupture d'avec le proc&#233;d&#233; non-d&#233;mocratique de sa r&#233;daction et pour demander aux peuples de l'Europe d'&#233;lire des Assembl&#233;es constituantes pour formuler des nouvelles propositions. La LCR a appel&#233; &#224; un Forum social europ&#233;en pour discuter la voie pour aller de l'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, &#224; gauche, la victoire du &#034;Non&#034; a ouvert de nouvelles possibilit&#233;s pour construire une force anticapitaliste radicale. Les mois de coop&#233;ration entre les militants de diff&#233;rents partis et des sans-parti, de collaboration avec les syndicalistes et militants des mouvements sociaux, ont cr&#233;&#233; une r&#233;elle dynamique et nourri les attentes. Les discussions ont d&#233;j&#224; commenc&#233; sur la fa&#231;on de construire une force de gauche en mesure de briser &#034;l'alternance&#034; fran&#231;aise, o&#249; les gouvernements de gauche et de droite alternent r&#233;guli&#232;rement, avec une forte continuit&#233; dans leurs politiques n&#233;o-lib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces discussions vont certainement se poursuivre, sans doute sur un fond de r&#233;sistance sociale continuelle &#224; l'offensive n&#233;o-lib&#233;rale de Chirac et le Premier ministre qu'il nommera. Il est n&#233;cessaire de construire une alternative cr&#233;dible au social-lib&#233;ralisme incarn&#233; par la direction du Parti socialiste. Dans une d&#233;claration au lendemain du r&#233;f&#233;rendum, la LCR a propos&#233; que les 1 000 comit&#233;s pour un &#034;Non de gauche&#034; qui ont pouss&#233; comme des champignons au cours des derniers mois, continuent a travailler en vue d'une r&#233;union nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la LCR a propos&#233; une rencontre des organisations politiques qui ont particip&#233; au lancement &#224; l'automne 2004 de &#034;l'Appel des 200&#034;, le document fondateur de ces comit&#233;s. Certains &#233;l&#233;ments impliqu&#233;s dans la campagne du Non seraient tent&#233;s de participer &#224; une nouvelle union de la Gauche sous l'h&#233;g&#233;monie du PS pour pr&#233;parer une nouvelle alternance pour 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, outre la LCR, beaucoup d'autres militants et militantes, notamment ceux du Parti communiste et m&#234;me certains membres du Parti socialiste, s'opposeront &#224; cette perspective. Effectivement, les perspectives de construction d'une force anticapitaliste radicale en France n'ont jamais &#233;t&#233; aussi positives. Les prochaines semaines et les prochains mois seront d&#233;cisifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Murray Smith, ancien organisateur international pour le Parti socialiste &#233;cossais (SSP), est un militant de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NDLR :Ce texte a &#233;t&#233; &#233;crit avant l'annonce du remplacement de Jean-Pierre Raffarin par Dominique de Villepin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;NDLR : Ligue communiste r&#233;volutionnaire, section fran&#231;aise de la Quatri&#232;me international. Site Web : &lt;a href=&#034;http://www.lcr-rouge.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.lcr-rouge.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Ecrasante victoire du &#034;non&#034; avec 55 %</title>
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		<dc:subject>Mondialisation</dc:subject>
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		<dc:subject>Mouvement altermondialisation</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le non vient donc de l'emporter. C'est une victoire magnifique pour tous ceux qui souffrent depuis de nombreuses ann&#233;es des m&#233;faits des politiques lib&#233;rales men&#233;es avec constance depuis plus de vingt ans. Une victoire pour le monde du travail face &#224; un projet de constitution qui entendait annuler l'ensemble des conqu&#234;tes accumul&#233;es au XX&#176; si&#232;cle. Victoire pour les populations soumis &#224; une marchandisation croissante qui d&#233;truit les services publics et les solidarit&#233;s. Apr&#232;s une campagne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH113/arton1242-c2382.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le non vient donc de l'emporter. C'est une victoire magnifique pour tous ceux qui souffrent depuis de nombreuses ann&#233;es des m&#233;faits des politiques lib&#233;rales men&#233;es avec constance depuis plus de vingt ans. Une victoire pour le monde du travail face &#224; un projet de constitution qui entendait annuler l'ensemble des conqu&#234;tes accumul&#233;es au XX&#176; si&#232;cle. Victoire pour les populations soumis &#224; une marchandisation croissante qui d&#233;truit les services publics et les solidarit&#233;s. Apr&#232;s une campagne ahurissante mobilisant l'ensemble des medias et des &#233;lites au service du oui, o&#249; le pr&#233;sident, le gouvernement, le patronat, les partis institutionnels ont organis&#233; une campagne de la peur n'h&#233;sitant sans aucune forme de chantage ou de pression, le non l'a quand m&#234;me emport&#233;. Quelle d&#233;faite pour les forces qui ont tout utilis&#233; : les peurs, les insultes, les amalgames avec l'extr&#234;me droite pour masquer les v&#233;ritables enjeux. Qui ont mobilis&#233; tant de moyens face &#224; ceux d&#233;risoires mais militants du non. On a voulu faire pl&#233;bisciter une vision d&#233;sincarn&#233;e de l'Europe et voil&#224; que le non censure le lib&#233;ralisme. C'est une d&#233;faite pour celles et ceux qui r&#234;vent d'une soci&#233;t&#233; lib&#233;rale lib&#233;r&#233;e des entraves que repr&#233;sentent les r&#233;sistances du monde du travail et du peuple de ce pays, mais qui n'ont jamais au court de cette campagne assum&#233;e leur projet. Celui d'une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur le profit, la comp&#233;tition, la concurrence, les in&#233;galit&#233;s comme forces motrices en lieu et place de l'&#233;galit&#233;, de la coop&#233;ration et de la solidarit&#233;. Alors bien sur, ce n'est qu'une victoire qui ne changera pas tout face au rouleau compresseur capitaliste, l'Europe telle qu'elle est va continuer &#224; proposer des directives qui s'attaquent aux droits sociaux, les gouvernements vont poursuivre leurs offensives lib&#233;rales. Mais dans un contexte diff&#233;rent. Face &#224; un non social et d&#233;mocratique qui face &#224; l'Europe, aux peuples, aux travailleurs, rejette cette soci&#233;t&#233; du profit pour en proposer une autre. Ce non social et d&#233;mocratique s'adresse &#224; toute l'Europe, aux populations &#224; l'est comme &#224; l'ouest qui subissent de plein fouet la d&#233;molition de leurs droits sociaux. C'est un encouragement formidable pour les forces, nombreuses, qui elles aussi pensent qu'une autre Europe est possible &#224; condition de d&#233;faire cette Europe lib&#233;rale et capitaliste. A nous qui venons de refuser cette constitution de proposer des initiatives europ&#233;ennes dessinant une autre Europe. Une Europe qui harmoniserait les droits sociaux et d&#233;mocratiques par le haut. Une Europe qui ferait des crit&#232;res de convergences sociaux, de la mise en &#339;uvre d'un SMIC europ&#233;en, d'une fiscalit&#233; commune sur les capitaux, de la cr&#233;ation de v&#233;ritables services publics europ&#233;ens ; de v&#233;ritables priorit&#233;s. Une Europe qui &#233;tendrait &#224; toutes les femmes le droit &#224; l'avortement, &#224; tous les r&#233;sidents &#233;trangers l'&#233;galit&#233; des droits. Une Europe enfin de la paix, de la coop&#233;ration, solidaire du Sud de la plan&#232;te, qui, tournerait le dos &#224; l'OTAN et &#224; la remilitarisation promise par le Trait&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chirac et Raffarin, qui m&#232;nent la politique lib&#233;rale inscrite dans le marbre du trait&#233;, viennent une nouvelle fois d'&#234;tre lourdement sanctionn&#233;s. Ceux qui nous ont promis le chaos, la crise, sont plus que jamais ill&#233;gitimes. Ils doivent d&#233;missionner. Le parlement qui aurait ratifi&#233; cette constitution &#224; pr&#232;s de 90% ne repr&#233;sente pas le pays r&#233;el. Cette assembl&#233;e doit &#234;tre dissoute, de nouvelles &#233;lections convoqu&#233;es. Laissera-t-on &#224; Chirac le soin de n&#233;gocier un futur plan B qui volerait la victoire du camp du non social ? Laissera t-on ce gouvernement continuer pendant deux ans &#224; poursuivre cette politique antisociale ? Ce vote montre une crise de la repr&#233;sentation majeure : si le vote n'avait eu lieu au parlement, c'est pr&#232;s de 90% des d&#233;put&#233;s et des s&#233;nateurs qui auraient ratifi&#233; le trait&#233;. C'est &#224; la proportionnelle que doit &#234;tre &#233;lue la prochaine assembl&#233;e. Le patronat mobilis&#233; &#224; fond pour un projet qui est fondamentalement le sien vient de subir un revers. A nous de profiter de cet affaiblissement de la droite et du patronat, sans attendre 2007, pour prendre une revanche sociale. Imposer une autre r&#233;partition des richesses et du travail, sauver et &#233;tendre les services publics, d&#233;fendre et &#233;largir la protection sociale. De ce point de vue les luttes r&#233;centes des travailleurs d'IBM et de Total montrent la voie &#224; suivre. Celle de la g&#233;n&#233;ralisation des luttes. A gauche les directions du PS et des verts ont voulu permettre en s'alliant &#224; la droite de faire passer une telle constitution. Eux aussi sont lourdement sanctionn&#233;s comme globalement toutes les forces qui assument le bilan de leur participation gouvernementale et de leur politique lib&#233;rale. D&#233;cidemment il y a bien deux gauches dans ce pays. Une gauche lib&#233;rale qui accepte les contraintes d'un capitalisme de plus en plus brutal et sauvage et qui accompagne les contre-r&#233;formes lib&#233;rales. Celle qui a provoqu&#233; le d&#233;sastre du 21 avril 2002, celle qui ne combat pas les projets de la droite, celle qui finalement a le m&#234;me projet &#233;conomique et social que la droite. Mais une autre gauche, un autre camp se sont d&#233;gag&#233;s dans cette campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le non social et d&#233;mocratique a &#233;t&#233; l'&#233;v&#233;nement de cette campagne. Il a pos&#233; les bonnes questions, lutt&#233; contre une campagne mensong&#232;re, et install&#233; le vrai d&#233;bat qui traverse le pays : pour ou contre le lib&#233;ralisme, accepter ou se r&#233;signer, face &#224; la brutalit&#233; de l'offensive patronale. Des milliers de d&#233;bats, des centaines de meetings, un millier de collectifs sont venus perturber la belle machine &#224; ratifier sans vague l'escroquerie lib&#233;rale et antid&#233;mocratique que repr&#233;sentait cette constitution. Regroupant tous ceux qui luttent, qui r&#233;sistent depuis de nombreuses ann&#233;es, le non porte l'espoir d'un autre monde, d'une autre Europe, d'une autre politique. Ce non l&#224; est l'avenir. Il est port&#233; par les luttes des jeunes et des travailleurs, il vient des combats des mouvements altermondialistes, il a permis la convergence de militants de la LCR, du PCF, d'&#233;colos et de socialistes pour un non antilib&#233;ral ainsi que la rencontre de ces militants politiques avec des syndicalistes, des militants associatifs. Cette convergence de force, ce soul&#232;vement de la France d'en bas, est l'&#233;v&#233;nement majeur de cette campagne. L'engagement de nombreux militants syndicalistes, d'&#233;quipes syndicales, d'Attac a &#233;t&#233; d&#233;terminant dans le succ&#232;s de la campagne. Ce qui a permis de lever de nombreux obstacles &#224; la convergences des forces Elle doit se poursuivre. C'est pourquoi nous proposons une rencontre nationale des 1000 collectifs du non pour d&#233;cider ensemble de continuer. Agir contre la droite et le patronat. Proposer une alternative au capitalisme lib&#233;ral en Europe comme en France qui redonne espoir &#224; celles et ceux de plus en plus nombreux qui ne r&#233;signent &#224; accepter les lois d'airain de cette soci&#233;t&#233; capitaliste. Les forces politiques qui se sont regroup&#233;s dans le cadre antilib&#233;ral de l'appel dit des 200 doivent &#233;galement, nous le proposons, se rencontrer rapidement pour encourager et d&#233;velopper de telles perspectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau europ&#233;en, un Forum social europ&#233;en doit permettre dans des d&#233;lais assez rapides de dessiner les contours d'une autre Europe sociale, solidaire et d&#233;mocratique. Un processus constituant d&#233;mocratique doit &#234;tre mis en discussion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chirac et son Assembl&#233;e doivent partir !</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Chirac-et-son-Assemblee-doivent-partir</link>
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		<dc:subject>Mondialisation</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le NON vient de l'emporter. 55 % des suffrages se sont exprim&#233;s pour rejeter la Constitution europ&#233;enne. C'est un mouvement de fond qui s'oppose &#224; toutes les politiques lib&#233;rales men&#233;es depuis 20 ans en Europe. Ce NON populaire, de gauche, internationaliste, aura un formidable &#233;cho social et d&#233;mocratique chez tous les peuples d'Europe. Ce Non est un encouragement pour le d&#233;veloppement des luttes et des mobilisations sociales. C'est aussi une nouvelle sanction contre le pouvoir de Chirac. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Europe-50-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le NON vient de l'emporter. 55 % des suffrages se sont exprim&#233;s pour rejeter la Constitution europ&#233;enne. C'est un mouvement de fond qui s'oppose &#224; toutes les politiques lib&#233;rales men&#233;es depuis 20 ans en Europe. Ce NON populaire, de gauche, internationaliste, aura un formidable &#233;cho social et d&#233;mocratique chez tous les peuples d'Europe. Ce Non est un encouragement pour le d&#233;veloppement des luttes et des mobilisations sociales. C'est aussi une nouvelle sanction contre le pouvoir de Chirac. Rejet&#233; par les mobilisations sociales, d&#233;savou&#233; par les &#233;lecteurs, ce pouvoir est totalement ill&#233;gitime : Jacques Chirac et son Assembl&#233;e doivent partir. Cette campagne du NON de gauche a suscit&#233; un immense espoir. Il faut maintenant poursuivre ce mouvement unitaire pour la satisfaction des principales revendications populaires et cr&#233;er les conditions d'un rassemblement des forces militantes pour une rupture avec le capitalisme lib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 mai 2005&lt;br class='autobr' /&gt;
(Tir&#233; de Rouge, journal de la LCR)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Economistes, chercheurs et universitaires pour le NON</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Economistes-chercheurs-et-universitaires-pour-le-NON</link>
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		<dc:date>2005-05-24T13:02:54Z</dc:date>
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		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement altermondialisation</dc:subject>

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&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous un appel des &#233;conomistes avec, en guise de pr&#233;sentation, l'intervention faite par F. Lordon sur France Culture, le 18 mai 2005, lors du journal d'information de 13h. r&#233;d.( Tir&#233; du site &#192; l'encontre) &lt;br class='autobr' /&gt; F. Lordon : &#171; Des &#233;conomistes ont lu ce texte constitutionnel, ils ont &#233;labor&#233; des analyses critiques, ils ont mis divers textes en ligne ( http://econon.free.fr). Et maintenant ils lancent cet appel. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un appel &#224; double d&#233;tente. Dans un premier temps, nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-France-+" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Europe-50-+" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Mouvement-altermondialisation-+" rel="tag"&gt;Mouvement altermondialisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous un appel des &#233;conomistes avec, en guise de pr&#233;sentation, l'intervention faite par F. Lordon sur France Culture, le 18 mai 2005, lors du journal d'information de 13h. r&#233;d.( Tir&#233; du site &#192; l'encontre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;F. Lordon : &#171; Des &#233;conomistes ont lu ce texte constitutionnel, ils ont &#233;labor&#233; des analyses critiques, ils ont mis divers textes en ligne ( &lt;a href=&#034;http://econon.free.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://econon.free.fr&lt;/a&gt;). Et maintenant ils lancent cet appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un appel &#224; double d&#233;tente. Dans un premier temps, nous l'avons fait circuler dans un p&#233;rim&#232;tre restreint de la communaut&#233; universitaire et acad&#233;mique. Le but de la man&#339;uvre &#233;tait de produire un effet, si modeste f&#251;t-il, &#224; l'int&#233;rieur de ce champ intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant il y a des chercheurs, des &#233;conomistes qui prennent parti pour le Non. Quelque 230 le 18 mai. En m&#234;me temps, il n'&#233;tait pas question de rejouer cette sc&#232;ne absolument ridicule des intellectuels en surplomb au-dessus de la soci&#233;t&#233;. Nos analyses ont vocation &#224; &#234;tre diffus&#233;es tr&#232;s largement. Il n'y aurait de pire que de faire de cet appel une sorte de talisman &#224; l'usage exclusif d'une pseudo-classe d'intellectuels. Cet appel s'adresse par cons&#233;quent &#224; tout le monde et nous appelons quiconque se reconna&#238;t dans ces th&#232;ses &#224; le signer, quel que soit son statut, sa profession ou sa raison sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'estimerais avoir fait &#339;uvre utile si je pouvais contribuer au moins &#224; d&#233;monter un argument qu'on voit beaucoup circuler. Je devrais plut&#244;t dire un contresens en forme d'argument qui consiste en l'id&#233;e que finalement critiquer le principe concurrentiel dans la construction europ&#233;enne, ce serait proposer de sortir de l'&#233;conomie de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des chroniqueurs - sur cette cha&#238;ne m&#234;me - qui font des commentaires de ce type. Un affirmait : &#171; tous les pays europ&#233;ens consacrent au rang de principe constitutionnel la libre concurrence &#187;. Personnellement, je n'ai pas vu &#231;a dans la Constitution fran&#231;aise de 1958. Le &#171; collectivisme despotique s'est effondr&#233; de l'Albanie &#224; la Sib&#233;rie &#187;, ajoute ce chroniqueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est l'id&#233;e ? Nous n'aurions le choix en mati&#232;re &#233;conomique qu'entre deux formules : soit le capitalisme lib&#233;ralis&#233; d'aujourd'hui, soit le Gosplan sovi&#233;tique. La pens&#233;e par antinomie livre en g&#233;n&#233;ral des r&#233;sultats mis&#233;rables et c'est le cas ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire, c'est que &#231;a prend 2,5 secondes pour le dire, mais il faut un peu plus pour la d&#233;faire. Si je peux m'y essayer. Il faut revenir &#224; des choses &#233;l&#233;mentaires. Economie de march&#233;, c'est une chose ; &#233;conomie de concurrence libre, ouverte, non distordue, c'est une autre chose. Ces deux id&#233;es ne sont pas identiques, l'une est plus g&#233;n&#233;rale que l'autre, c'est la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Economie de concurrence libre &#224; tous les vents, ouverte, non distordue est une des modalit&#233;s possibles parmi plein d'autres de l'&#233;conomie de march&#233; en g&#233;n&#233;ral. Je vais vous donner un exemple pour mieux me faire comprendre. Pensez par exemple &#224; la France des ann&#233;es fordiennes, de 1945 &#224; 1975, c'est une &#233;conomie de march&#233;, incontestablement, nous n'&#233;tions pas dans une &#233;conomie centralement planifi&#233;e et la France ne faisait pas partie du Pacte de Varsovie, je vous fais une r&#233;v&#233;lation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; (il y avait de grands secteurs nationalis&#233;s) est une chose, le r&#233;gime de la concurrence en est une autre. Nous &#233;tions dans une &#233;conomie de march&#233;, mais qui n'&#233;tait pas une &#233;conomie de concurrence ouverte &#224; tous les vents, de d&#233;r&#233;glementation radicale. Les mouvements de capitaux &#233;taient entrav&#233;s, les march&#233;s financiers &#233;taient croupions, les entreprises se livraient une concurrence que l'on qualifiait d'oligopolistique ou monopolistique. Ce qui veut dire qu'en mati&#232;re de concurrence on n'a pas le choix entre l'&#234;tre et le n&#233;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concurrence est une question de degr&#233; et les &#233;conomistes se sont cass&#233; la t&#234;te pour &#233;laborer toute une s&#233;rie de concepts qui permettraient de saisir les diff&#233;rentes intensit&#233;s de la concurrence. La concurrence peut &#234;tre pure et parfaite, elle peut &#234;tre oligopolistique, elle peut &#234;tre monopolistique. Il faut la doser, car elle n'est pas dos&#233;e dans la Constitution. On pourrait parler aussi du Japon des ann&#233;es 60 et 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En donnant ces exemples, je vois poindre une objection et je voudrais y r&#233;pondre par anticipation. Faisant r&#233;f&#233;rence &#224; ces exemples historiques, on va me dire : &#171; vous &#234;tes un nostalgique, vous voulez revenir &#224; la France fordienne &#187;. Pas du tout. Je fais r&#233;f&#233;rence &#224; ces exemples non par nostalgie, mais avec une intention conceptuelle et logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux simplement signifier par l&#224; que nous n'avons pas &#224; nous laisser enfermer dans cette antinomie intellectuelle du Gosplan ou du capitalisme compl&#232;tement lib&#233;ralis&#233;. L'histoire nous a montr&#233; qu'il y a plein de configurations interm&#233;diaires et qu'on pouvait en parcourir certaines. Et donc ce que l'histoire nous a montr&#233; que l'on pouvait faire jadis, pourquoi ne pas, &#233;videmment sous des formes originales et r&#233;invent&#233;es, le faire demain...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concurrence (dans l'UE) va devenir une vis&#233;e intransitive, c'est-&#224;-dire la concurrence pour la concurrence, parce qu'elle est r&#233;put&#233;e &#234;tre le meilleur syst&#232;me d'organisation &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien &#231;a qui fait d&#233;bat. Et il a fallu une vingtaine d'ann&#233;es pour que l'on commence &#224; percevoir les effets qui vont tr&#232;s loin et tr&#232;s profonds dans le tissu social de cette g&#233;n&#233;ralisation de la d&#233;r&#233;glementation de tous les march&#233;s, avec les d&#233;vastations que l'on sait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment l'opinion publique est &#224; un tournant. C'est un moment cl&#233; tout &#224; fait exceptionnel et qui permet de se poser une question : la construction europ&#233;enne, depuis sa relance au milieu des ann&#233;es 80, s'est choisi pour ligne de force, pour moteur principal, pour dynamique essentielle, la concurrence ; la concurrence dont elle fait un axiome. Et je le dis, car on le trouve dans des textes tout &#224; fait officiels et cela pour, selon ces textes, maximiser le bien-&#234;tre des populations. Cet axiome est d'une validit&#233; on ne peut plus limit&#233;e. Je trouve tout &#224; fait fascinant que la construction europ&#233;enne joue le destin de centaines de millions de personnes sur une id&#233;e g&#233;n&#233;rale d'&#233;conomistes dont on ignore tout de la validit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*********&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous, &#233;conomistes, votons, et appelons &#224; voter &#171; non &#187; au projet de trait&#233; constitutionnel europ&#233;en (TCE) pour deux raisons essentielles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; il interdit de fait toute alternative aux politiques lib&#233;rales ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; il subordonne les droits sociaux au principe de concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie III (les politiques de l'Union) du texte soumis &#224; r&#233;f&#233;rendum est une compilation des trait&#233;s pr&#233;c&#233;dents. En votant &#171; oui &#187;, les citoyens avaliseraient les politiques n&#233;o-lib&#233;rales men&#233;es en Europe depuis vingt ans. Or le bilan de ces politiques est d&#233;sastreux : elles ont &#233;t&#233; incapables de soutenir la croissance et l'emploi, et ont conduit &#224; une r&#233;gression sociale permanente (privatisation des services publics, d&#233;construction des syst&#232;mes de protection sociale, accroissement des in&#233;galit&#233;s et de la pauvret&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insertion de la Charte des droits fondamentaux (partie II) dans le trait&#233; ne peut &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme une avanc&#233;e. Les droits sociaux, souvent d&#233;finis au rabais, se trouvent encadr&#233;s par les prescriptions contraignantes de la partie III. Toute logique volontariste d'harmonisation est explicitement exclue et le projet s'en remet, selon une logique profond&#233;ment lib&#233;rale, au libre jeu du march&#233; pour assurer une telle harmonisation. En r&#233;alit&#233;, le TCE organise scrupuleusement une mise en concurrence des syst&#232;mes sociaux : en effet, au-del&#224; d'un seuil critique d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;, qui a &#233;t&#233; d&#233;pass&#233; avec l'&#233;largissement, l'absence d'harmonisation par le haut signifie de fait l'harmonisation par le bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Toute la construction europ&#233;enne repose sur l'hypoth&#232;se que seule la concurrence g&#233;n&#233;ralis&#233;e permet d'augmenter le bien-&#234;tre des populations ! Or cette hypoth&#232;se est fausse. Tant l'histoire que le succ&#232;s de certains pays europ&#233;ens actuels montrent la possibilit&#233; de configurations &#233;conomiques performantes o&#249; la concurrence est restreinte et encadr&#233;e. C'est cette voie, qui allie efficacit&#233; &#233;conomique et justice sociale, qu'il faut explorer de nouveau plut&#244;t que de r&#233;p&#233;ter, comme le fait le TCE, la p&#233;tition de principe lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la structure actuelle de la construction europ&#233;enne emp&#234;che d'aller dans la direction que nous d&#233;fendons. En effet, au niveau communautaire, tous les dispositifs institutionnels, et en particulier la r&#233;partition des domaines de comp&#233;tence entre ceux soumis &#224; la majorit&#233; qualifi&#233;e et ceux requ&#233;rant l'unanimit&#233; des Etats membres, sont con&#231;us pour que la construction europ&#233;enne continue &#224; avancer &#171; en crabe &#187; : tr&#232;s vite pour tout ce qui rel&#232;ve de l'orthodoxie lib&#233;rale, &#224; grand-peine pour le social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, ce projet de trait&#233; est :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; anti-&#233;conomique : il &#233;rige au statut de norme absolue des politiques dont nombre de pays europ&#233;ens ont fait l'exp&#233;rience d&#233;sastreuse depuis au moins deux d&#233;cennies ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; anti-social : il soumet les droits sociaux &#224; un principe sup&#233;rieur de concurrence ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; anti-d&#233;mocratique : il ferme toute possibilit&#233; de mener des politiques autres que lib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ce projet est anti-europ&#233;en : il d&#233;chire les tissus sociaux, jette les peuples les uns contre les autres par toutes les forces de la concurrence, et les conduit &#224; un degr&#233; d'exasp&#233;ration au bout duquel il n'y aura plus que le rejet de l'id&#233;e europ&#233;enne elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vrais europ&#233;ens ne sont pas ceux qu'on croit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appel &#224; l'initiative de Bruno Amable, Jean Gadrey, Li&#234;m Hoang-Ngoc, Michel Husson, Fr&#233;d&#233;ric Lordon, Stefano Palombarini, Christophe Ramaux, Gilles Raveaud, Aur&#233;lien Sa&#239;di, Damien Sauze, Bruno Th&#233;ret, auteurs de l'ouvrage &#034;Douze &#233;conomistes contre le projet de Constitution europ&#233;enne&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Arme de destruction massive... de la d&#233;mocratie</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Arme-de-destruction-massive-de-la-democratie</link>
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		<dc:subject>Europe</dc:subject>

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&lt;p&gt;Corinne Gobin est politologue &#224; l'Universit&#233; libre de Bruxelles. Elle a publi&#233; &#034; L'Europe syndicale, entre d&#233;sir et r&#233;alit&#233;. Essai sur le syndicalisme et la construction europ&#233;enne &#224; l'aube du xxie si&#232;cle &#034; (&#233;ditions Labor, Bruxelles, 1997). Elle retrace pour &#034; Rouge &#034; l'histoire de la construction europ&#233;enne pour mieux comprendre la situation actuelle : pourquoi avons-nous h&#233;rit&#233; d'un trait&#233; dit constitutionnel ? Pourquoi l'attitude du pouvoir politique autour de ce texte est-elle aussi (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Corinne Gobin est politologue &#224; l'Universit&#233; libre de Bruxelles. Elle a publi&#233; &#034; L'Europe syndicale, entre d&#233;sir et r&#233;alit&#233;. Essai sur le syndicalisme et la construction europ&#233;enne &#224; l'aube du xxie si&#232;cle &#034; (&#233;ditions Labor, Bruxelles, 1997). Elle retrace pour &#034; Rouge &#034; l'histoire de la construction europ&#233;enne pour mieux comprendre la situation actuelle : pourquoi avons-nous h&#233;rit&#233; d'un trait&#233; dit constitutionnel ? Pourquoi l'attitude du pouvoir politique autour de ce texte est-elle aussi agressive ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut commencer par d&#233;construire un mythe : celui de la construction progressive de l'Europe, la fameuse &#034; construction &#224; petits pas &#034;. Cette histoire donne &#224; penser que nous sommes face &#224; un processus quasi automatique et harmonieux o&#249;, peu &#224; peu, de nouveaux &#233;l&#233;ments viennent s'imbriquer vers une int&#233;gration europ&#233;enne de plus en plus pouss&#233;e. Avec, &#224; l'horizon, l'image d'un syst&#232;me parfait. Cette histoire-l&#224; fait sciemment l'impasse sur le fait qu'il y a eu plusieurs ruptures politiques dans cette &#034; construction &#034;. L'institution europ&#233;enne, comme toute autre institution, est travers&#233;e par des conflits et des tensions ; elle r&#233;agit &#224; l'environnement sociopolitique. Ce mythe donne aussi &#224; penser &#224; un processus qui serait en permanence ouvert, une sorte de chantier permanent. Or, je pense au contraire que le projet de trait&#233;, parce qu'il est dit &#034; constitutionnel &#034;, signifie une fermeture, une cl&#244;ture du processus. On d&#233;cr&#232;te une sorte de fin de l'histoire de nos institutions politiques, en &#233;tablissant un ordre qui serait immuable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour &#224; l'aristocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel sens donner &#224; cette &#034; agitation &#034; de 20 ans de r&#233;formes ? Il y a eu en effet cinq r&#233;visions des trait&#233;s entre 1985 et 2005, ce qui est exceptionnel si on se replace depuis la fondation du trait&#233; de Rome de 1957. Mon opinion est que nous sommes face &#224; une entreprise de changement radical de r&#233;gime politique : il s'agit de d&#233;l&#233;gitimer toutes les institutions, les proc&#233;dures, les valeurs et les symboles qui ont &#233;t&#233; mobilis&#233;s, depuis Montesquieu jusqu'&#224; nos jours, pour penser et instituer la d&#233;mocratie. Nous sommes face &#224; une posture r&#233;actionnaire (au sens classique de retour en arri&#232;re) pour asseoir la l&#233;gitimit&#233; de r&#233;gimes politiques de type &#034; aristocratique &#034;, dans le sens du pouvoir des &#233;lites, &#034; des meilleurs &#034;, sous la forme particuli&#232;re d'une technocratie (une &#233;lite de techniciens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement avait commenc&#233; en 1958, puis avait &#233;t&#233; frein&#233; et relativement stopp&#233; entre 1972 et 1974 (gr&#226;ce aux luttes de 1968). Il a red&#233;marr&#233; avec l'Acte unique de 1985. Et ensuite avec 20 ans de r&#233;formes. Un changement aussi profond n'aurait pu se faire en une fois : il a fallu vendre l'Europe, son drapeau, son hymne, et ses colifichets... Maintenant, le terme de Constitution est symboliquement utilis&#233; pour assurer la stabilit&#233; d'un nouvel ordre politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, entre la Communaut&#233; &#233;conomique du charbon et de l'acier (Ceca), mise en place en 1950 comme premi&#232;re forme institutionnelle, et la Communaut&#233; &#233;conomique europ&#233;enne (CEE) de 1957, nous assistons &#224; un changement complet de paradigme politique. Le mod&#232;le Ceca, sans &#234;tre une panac&#233;e, &#233;tait beaucoup plus proche du mod&#232;le des d&#233;mocraties politiques nationales de l'apr&#232;s-1945. La Ceca est un pouvoir politique qui, au nom de l'int&#233;r&#234;t collectif, devient une pleine autorit&#233; publique, y compris dans son contr&#244;le sur l'&#233;conomie. Ce mod&#232;le affirme clairement la n&#233;cessit&#233; de contre-pouvoirs d&#233;mocratiques. D'une part, par ses liens avec le monde syndical : les syndicalistes sont directement pr&#233;sents dans la Haute-Autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, par le r&#244;le affirm&#233; de contr&#244;le de l'Assembl&#233;e parlementaire de la Ceca sur l'ex&#233;cutif et le contenu de sa politique. C'est donc un pouvoir politique souverain dans son domaine de comp&#233;tence, et qui peut m&#234;me aller au-del&#224; du texte du trait&#233; s'il l'estime souhaitable. Il en a d'ailleurs &#233;t&#233; ainsi dans le d&#233;veloppement de politiques sociales : politiques de logements pour les mineurs, de r&#233;insertion professionnelle, de sant&#233; publique... &#192; l'inverse, le trait&#233; de Rome de 1957 (CEE) est un d&#233;saveu complet du syst&#232;me Ceca, et plus largement de la d&#233;mocratie. Il s'agit de la mise en place du pouvoir des experts contre le politique, de l'&#233;tablissement d'une technocratie contre la d&#233;mocratie. Ces experts proviennent du monde des affaires (les experts du march&#233;), des relations ext&#233;rieures (milieu diplomatique) et du droit. Mais pas de n'importe quel droit : le droit commercial. La CEE s'apparente au syst&#232;me mis en place &#224; l'&#233;poque sous l'h&#233;g&#233;monie des USA sur le plan mondial, notamment &#224; travers les grandes organisations internationales &#233;conomiques (le Gatt, l'OECE, le FMI). Se diffuse l'id&#233;e que la gestion des nations doit se faire par le commerce &#034; libre &#034; comme seul vecteur de maintien de la paix. Le commerce serait une activit&#233; d&#233;passionn&#233;e, d&#233;sid&#233;ologis&#233;e, qui unifierait les peuples. Ce serait le choix de la rationalit&#233; contre l'irrationalit&#233; des id&#233;ologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CEE est un r&#233;gime qui va se construire par le droit, contre la construction d&#233;mocratique fond&#233;e sur le contrat politique (entre le peuple et le pouvoir) : c'est une construction par le &#034; haut &#034; contre une construction &#233;manant (en principe) du &#034; bas &#034;. Le trait&#233; de Rome devient en effet le texte supr&#234;me, le politique ne peut faire que ce qu'il y a dans ce texte, il doit justifier tout acte politique sur la base d'un article du trait&#233;. Un pouvoir d&#233;mesur&#233; est donn&#233; aux juristes et aux juges : ce sont eux qui inventent le politique, qui le cadrent et l'encadrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les juges et les juristes, avec les classes politiques europ&#233;ennes, vont organiser une sorte de coup d'&#201;tat du pouvoir judiciaire. Notamment gr&#226;ce au jugement de la Cour de justice europ&#233;enne. Ainsi, l'arr&#234;t &#034; Costa &#034; de 1964 affirme-t-il : &#034; [...] Issu d'une source autonome, le droit n&#233; du trait&#233; ne pourrait donc, en raison de sa nature sp&#233;cifique originale, se voir judiciairement opposer un texte interne quel qu'il soit, sans perdre son caract&#232;re communautaire et sans que soit mise en cause la base juridique du trait&#233; lui-m&#234;me. &#034; Et l'arr&#234;t &#034; Internationale Handelsgessellschaf &#034; ajoute en 1970 : &#034; Les droits fondamentaux tels qu'ils sont formul&#233;s par la Constitution d'un &#201;tat membre [...] ou les principes d'une structure constitutionnelle nationale, ne sauraient affecter la validit&#233; d'un acte de la Communaut&#233; et son effet sur le territoire. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#034; coup d'&#201;tat &#034; a impos&#233; la primaut&#233; du droit communautaire sur tout texte national, y compris les Constitutions. Il est pass&#233; inaper&#231;u pour le grand public, car la sph&#232;re de comp&#233;tence de la CEE &#233;tait alors relativement limit&#233;e. Le droit communautaire construit ainsi un syst&#232;me pyramidal, o&#249; le droit est pens&#233; de fa&#231;on &#034; pure &#034;, en situation d'autor&#233;f&#233;rence. Ce sont les juristes qui construisent un syst&#232;me &#034; rationnel &#034;, o&#249; une norme d&#233;coule d'une autre, suivant une logique juridique propre. Un syst&#232;me d&#233;connect&#233; du &#034; politique &#034; et de ses valeurs, avec un droit pens&#233; comme d&#233;mat&#233;rialis&#233; et rationnel (tout comme le commerce !). Il s'agit en fait de la r&#233;affirmation de la primaut&#233; du droit civil (droit de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et du commerce) sur la logique alternative d'un ordre public reposant sur un droit social (par exemple, primaut&#233; de la convention collective sur le contrat de travail individuel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Coup d'&#201;tat contre-d&#233;mocratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, une des significations fortes port&#233;es par le projet de Constitution europ&#233;enne est la volont&#233; de verrouiller compl&#232;tement cette construction du politique &#224; travers le droit, qui a contraint le politique &#224; faire de la lex mercata la colonne vert&#233;brale de toute soci&#233;t&#233;, et &#224; faire du juge &#034; l'expert total &#034; qui dit ce que le droit doit dire. Nous sommes bien au-del&#224; d'un pouvoir interpr&#233;tatif normal qui se fait toujours suivant les intentions du l&#233;gislateur. Avec ce trait&#233;, le juge n'interpr&#232;te pas, il d&#233;finit lui-m&#234;me la loi, tant la future Constitution est truff&#233;e de flous, d'ind&#233;terminations et d'articles qui se renvoient les uns aux autres, rendant quasi impossible une lecture imm&#233;diate. Le recours au juge devient d&#232;s lors permanent. Et il en est ainsi aussi pour les droits fondamentaux, o&#249; une partie des articles renvoie aux Constitutions nationales ainsi qu'au &#034; droit de l'Union &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc une Constitution supr&#234;me et unique, pour plus de 400 millions de citoyens. Mais, parce que l'on ne cr&#233;e pas de droits r&#233;ellement communs pour les droits fondamentaux, la teneur pr&#233;cise des droits va devenir incompr&#233;hensible. On refuse le principe d'un droit europ&#233;en pour les droits fondamentaux, face &#224; un droit mon&#233;taire, financier et commercial qui, lui, est europ&#233;en sans &#233;quivoque. Ainsi, le droit de gr&#232;ve n'est-il pas d&#233;fini comme un droit transnational. Limit&#233; au seul espace national, il va devenir fragile, voire inop&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ajouter que les 400 premi&#232;res pages du trait&#233; sont compl&#233;t&#233;es par 400 autres pages de d&#233;clarations annex&#233;es, dont la lecture est essentielle pour comprendre le tout. Par exemple, la d&#233;claration annexe n&#176; 12 nous dit notamment que le droit &#224; la vie, proclam&#233; dans la Charte des droits fondamentaux, n'est pas de mise en cas d'insurrection, d'&#233;meute, d'arrestation ou d'&#233;vasion. Et si la loi le pr&#233;voit (laquelle ?), le pouvoir en place peut l&#233;galement donner la mort... Remarquons &#233;galement que, si l'on s'int&#233;resse au d&#233;tail de ce texte, qui va jusqu'&#224; &#233;voquer le respect du bien-&#234;tre des animaux (article III-121), toute absence, tout silence devient d'autant plus suspect. Or aucun article ne proclame le droit au salaire ! Le pouvoir des juges est, ce faisant, &#233;norme : eux seuls savent. Cependant, les juges de la Cour europ&#233;enne ne sont pas prot&#233;g&#233;s par le principe de l'inamovibilit&#233;. Leur mandat est renouvelable, donc soumis &#224; pressions et, avec un salaire net mensuel de 17 000 euros, le danger d'influence est &#233;vident... Par ailleurs, sur le plan de l'organisation d'un pouvoir politique d&#233;mocratique, sont peu &#224; peu d&#233;truites toutes les r&#233;f&#233;rences ant&#233;rieures visant &#224; r&#233;duire les d&#233;rives d'un retour &#224; l'arbitraire. Il n'existe plus aucune r&#233;f&#233;rence au lien entre les peuples et le pouvoir, qui fait de celui-ci l'&#233;manation de la souverainet&#233; populaire. Nous avons en revanche une hypertrophie de l'ex&#233;cutif (la Commission + le Conseil europ&#233;en + la Banque centrale), qui dispose d'un pouvoir r&#233;glementaire &#233;norme (actes non l&#233;gislatifs), non d&#233;limit&#233; (art.I-38) et incontr&#244;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La capacit&#233; de contr&#244;le du Parlement concerne la seule Commission, mais seulement coll&#233;gialement : il ne porte que sur sa gestion et non sur son programme politique. Sans initiative l&#233;gislative r&#233;ellement autonome, maillon d'un rouage l&#233;gislatif o&#249; le Conseil domine, exclu de nombreuses mati&#232;res essentielles o&#249; il n'est que consult&#233; ou inform&#233;, le Parlement ne poss&#232;de pas la capacit&#233; d'un contre-pouvoir face &#224; un pouvoir r&#233;glementaire tr&#232;s large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pression des luttes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les luttes sociales peuvent faire infl&#233;chir le syst&#232;me. Dans le cadre europ&#233;en, 1968 avait ainsi fait se lever un vent de cr&#233;ativit&#233; politique int&#233;ressante. &#192; partir de 1972, il y avait des projets de premi&#232;res directives sociales contenant de vrais droits de protection des salari&#233;s, avec l'id&#233;e d'un observatoire de l'&#233;volution des salaires et des fortunes, une &#233;tude pour abolir le travail &#224; la cha&#238;ne, l'id&#233;e d'une r&#233;glementation europ&#233;enne imposant, &#224; tous les pays, les 40 heures par semaine et les quatre semaines de cong&#233;s pay&#233;s... Mais ces avanc&#233;es furent stopp&#233;es d&#232;s 1975 avec le d&#233;ferlement du n&#233;olib&#233;ralisme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut maintenant stopper cette Constitution qui ouvre la porte &#224; toutes les d&#233;rives autoritaires.&lt;/p&gt;
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