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	<title>La Gauche</title>
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		<title>La lutte pour l'eau en Am&#233;rique latine</title>
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		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine</dc:subject>

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&lt;p&gt;26 ao&#251;t 2004 &lt;br class='autobr' /&gt;
La privatisation de l'eau provoque des r&#233;actions sur le plan politique. L'Am&#233;rique Latine montre l'exemple mondial en exigeant la d&#233;mocratisation de l'eau. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Am&#233;rique latine a la chance de poss&#233;der de l'eau douce en abondance. C'est sur son sol que coulent 4 des 25 plus grands fleuves du monde - l'Amazone, le Paran&#225;, l'Orinoco et le Magdalena - dont le d&#233;bit combin&#233; de 5 470 milles&#179;, (8 800 km&#179;) &#233;gale presque celui des 21 autres. Quelques-uns des plus grands lacs du monde (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;26 ao&#251;t 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La privatisation de l'eau provoque des r&#233;actions sur le plan politique. L'Am&#233;rique Latine montre l'exemple mondial en exigeant la d&#233;mocratisation de l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique latine a la chance de poss&#233;der de l'eau douce en abondance. C'est sur son sol que coulent 4 des 25 plus grands fleuves du monde - l'Amazone, le Paran&#225;, l'Orinoco et le Magdalena - dont le d&#233;bit combin&#233; de 5 470 milles&#179;, (8 800 km&#179;) &#233;gale presque celui des 21 autres. Quelques-uns des plus grands lacs du monde sont &#233;galement situ&#233;s en Am&#233;rique latine, dont le Maracaibo au Venezuela, le Titicaca au P&#233;rou et en Bolivie, le Poopo en Bolivie, et le Buenos Aires, que se partagent le Chili et l'Argentine. Le bassin amazonien fournit &#224; lui seul 20% du d&#233;bit global - les ressources renouvelables qui constituent notre r&#233;serve d'eau douce. Avec un cinqui&#232;me des ressources en eau du globe, le Br&#233;sil est, de tous les pays, le plus riche en eau. [1] L'Am&#233;rique latine d&#233;tient le record mondial de la disponibilit&#233; en eau avec un peu moins de 110 500 pieds&#179; (33 680 m&#179;) par personne et par an. La g&#233;ographie, la pollution et les in&#233;galit&#233;s sociales, cependant, d&#233;s&#233;quilibrent les conditions d'acc&#232;s &#224; l'eau des Latino-am&#233;ricains, et la plupart d'entre eux sont loin de consommer la totalit&#233; de la part qui leur revient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pays relativement aride, le Mexique peut fournir la quantit&#233; n&#233;gligeable d'environ 13 000 pieds&#179; (3 960 m&#179;) par personne. Dans la majeure partie de la Vall&#233;e de la ville de M&#233;xico, ce berceau de la civilisation pr&#233;colombienne qui abrite l'actuelle capitale, au d&#233;sert naturel viennent se joindre les zones d&#233;sertifi&#233;es par l'homme, qui sont en pleine expansion. Autrefois surnomm&#233;e la &#034;Venise du Nouveau Monde&#034; car elle est b&#226;tie sur un lac et sillonn&#233;e de canaux, M&#233;xico s'enfonce aujourd'hui et finit d'exploiter les derniers aquif&#232;res du lit de son lac. Il s'agit l&#224; d'un h&#233;ritage laiss&#233; par les conquistadores, qui ont employ&#233; des esclaves pour d&#233;manteler les syst&#232;mes d'extraction d'eau potables les plus durables des autochtones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Am&#233;rique du Sud, la salination d'origine humaine provoque la d&#233;sertification de parties cons&#233;quentes du P&#233;rou, de la Bolivie et du nord-ouest de l'Argentine. Au total - en comptant les vastes d&#233;serts naturels de Patagonie au sud de l'Argentine et l'Atacama au nord du Chili - environ 25% de l'Am&#233;rique latine est aujourd'hui aride ou semi-aride. La plus grande partie des Cara&#239;bes aussi manque d'eau douce, car les &#238;les sont trop petites pour h&#233;berger des rivi&#232;res de taille cons&#233;quente. [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mauvaises pratiques agricoles, une industrialisation sauvage et la pauvret&#233; urbaine ont &#233;norm&#233;ment nui aux ressources en eau de l'Am&#233;rique latine. Les populations sujettes &#224; une explosion d&#233;mographique qui s'entassent dans les m&#233;gapoles d'Am&#233;rique latine d&#233;vorent et contaminent leurs ressources en eau, obligeant les autorit&#233;s &#224; rechercher toujours plus loin de nouvelles sources d'approvisionnement en eau. Dans la majeure partie des grandes villes, plus de 50% de l'eau se perd &#224; cause des fuites pr&#233;sentes dans les canalisations. Certaines villes perdent 90% de leur eau &#224; cause des tuyaux qui fuient. [3] 70% de l'eau de Mexico provient des aquif&#232;res, et l'exploitation de ces ressources souterraines est 80 fois plus rapide que leur r&#233;g&#233;n&#233;ration naturelle. [4] Au m&#234;me moment, les habitants de Sao Paulo se voient menac&#233;s de rationnement. Cette ville d&#233;pend de ressources de plus en plus &#233;loign&#233;es, ce qui fait augmenter les co&#251;ts de transport de l'eau au-del&#224; des moyens financiers d'un grand nombre de gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute la r&#233;gion, bassins aquif&#232;res et &#233;cosyst&#232;mes aquatiques servent fr&#233;quemment de d&#233;charges pour les d&#233;tritus, les rejets miniers et les d&#233;chets de l'industrie et de l'agriculture. La pollution des cours d'eau le long de la fronti&#232;re qui s&#233;pare le Mexique des Etats-Unis est telle que certains vont jusqu'&#224; parler d'un &#034;Love Canal de 2 000 milles&#034;, allusion &#224; un quartier situ&#233; du nord de l'Etat de New York qui en 1978 a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; zone sinistr&#233;e au niveau f&#233;d&#233;ral &#224; la suite d'une contamination chimique. Le plus gros pollueur de la r&#233;gion est le Br&#233;sil - le pays le plus riche en eau. Le Br&#233;sil laisse libre cours &#224; d'&#233;normes pollutions chimiques et industrielles, y compris des d&#233;versements de mercure provenant de l'industrie mini&#232;re de l'or. Seules quelques endroits d'Europe de l'Est et de Chine d&#233;passent le niveau de contamination des cours d'eau br&#233;siliens. La plupart des eaux us&#233;es d'Am&#233;rique latine continuent de r&#233;int&#233;grer les rivi&#232;res, les lacs et les canaux sans avoir &#233;t&#233; trait&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pauvret&#233; qui s&#233;vit constitue un facteur suppl&#233;mentaire : apr&#232;s des ann&#233;es d'ajustements structurels impos&#233;s par la Banque mondiale et le Fonds mon&#233;taire international, l'Am&#233;rique latine est la r&#233;gion o&#249; r&#232;gne la pire disparit&#233; dans la r&#233;partition des revenus. En parall&#232;le, on constate une &#233;norme in&#233;galit&#233; dans l'acc&#232;s &#224; l'eau. Plus de 130 millions de personnes n'ont pas l'eau potable &#224; leur domicile, et on estime qu'environ une personne sur 6 jouit d'installations sanitaires convenables. [5] La situation empire &#224; cause de politiques qui, favorisant l'agriculture industrielle, chassent chaque ann&#233;e des millions d'agriculteurs vivriers vers les taudis surpeupl&#233;s des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destruction des ressources en eau, &#224; laquelle vient s'ajouter un acc&#232;s in&#233;quitable, a laiss&#233; la majorit&#233; des Latinos-am&#233;ricains &#034; pauvres en eau &#034;. De plus, des millions d'entre eux vivent sans aucun acc&#232;s &#224; de l'eau propre. Alors que les ressources naturelles de la r&#233;gion pourraient fournir &#224; chacun pr&#232;s de 110 500 pieds&#179; (33 680.4 m&#179;) par an, l'habitant moyen a acc&#232;s &#224; seulement 1 010 pieds&#179; (307.8 m&#179;) par an. En comparaison, l'Am&#233;ricain du Nord a en moyenne acc&#232;s &#224; 4 160 pieds&#179; (1 268 m&#179;) et l'Europ&#233;en &#224; 2 255.6 pieds&#179; (687.5 m&#179;). [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie, la r&#233;gion a vu affluer des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es &#224; but lucratif qui ont exacerb&#233; les probl&#232;mes de p&#233;nurie, d'urbanisation, de pollution et d'acc&#232;s in&#233;quitable. Des fournisseurs d'eau du priv&#233;, d&#233;termin&#233;s &#224; tirer profit de la crise de l'eau en Am&#233;rique latine, se sont install&#233;s ou projettent de s'installer dans la plupart des pays de la r&#233;gion, dont l'Argentine, la Bolivie, le Br&#233;sil, le Chili, la Colombie, l'Equateur, le Honduras, le Mexique, le Nicaragua, Panama, le P&#233;rou, la R&#233;publique dominicaine, le Salvador et l'Uruguay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart de ces soci&#233;t&#233;s priv&#233;es sont des filiales des trois plus grandes multinationales de l'eau - Suez et Vivendi (France) et RWE - Thames Water (Allemagne) : les 3 Grands. Il y a une dizaine d'ann&#233;es, les 3 Grands fournissaient &#224; peine 51 millions de personnes dans seulement 12 pays. Ensemble, ils fournissent aujourd'hui de l'eau et des services de traitement des eaux us&#233;es &#224; presque 300 millions de clients dans plus de 130 pays. Suez et Vivendi contr&#244;lent plus de 70% du march&#233; des services de l'eau dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur revenu a suivi le rythme de leur croissance. Vivendi, par exemple, a gagn&#233; 12 milliards de dollars en 2002, contre 5 milliards il y a une d&#233;cennie. Les 3 Grands figurent parmi les 100 soci&#233;t&#233;s les plus riches du monde, avec un revenu combin&#233; de presque 160 milliards de dollars en 2002 et un taux de croissance annuel de 10%, plus rapide que celui de l'&#233;conomie de plusieurs des pays o&#249; ils op&#232;rent. [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, la Banque mondiale et la Banque interam&#233;ricaine de D&#233;veloppement (BID) facilitent l'irruption de ces soci&#233;t&#233;s sur le march&#233; latino-am&#233;ricain. Suez et Vivendi usent toutes deux de leur consid&#233;rable influence aupr&#232;s des pr&#234;teurs multilat&#233;raux pour faire de la distribution priv&#233;e de l'eau une &#034; condition &#034; &#224; l'all&#232;gement de la dette ou &#224; de nouveaux pr&#234;ts. D'apr&#232;s l'association Public Citizen, la r&#233;gion doit &#224; la seule BID 58 milliards de dollars, ce qui donne &#224; cette derni&#232;re un immense pouvoir pour imposer la privatisation de l'eau &#224; des municipalit&#233;s aux abois. Les projets actuels de la BID allouent plus d'1 milliard de dollars au financement de services privatis&#233;s de distribution de l'eau et de syst&#232;mes sanitaires. En fait, plusieurs des pr&#234;ts les plus g&#233;n&#233;reux consentis par la BID au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie sont all&#233;s directement &#224; des transnationales de l'eau pour le fonctionnement de concessions priv&#233;es dans des pays tels que l'Argentine, la Bolivie et le Honduras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, la Banque mondiale a d&#233;cid&#233; de tripler son aide financi&#232;re annuelle aux projets relatifs &#224; l'eau du secteur priv&#233; mondial. Apr&#232;s avoir b&#233;n&#233;fici&#233; pendant dix ans du soutien lucratif de la Banque mondiale, les 3 Grands exigent maintenant un financement garanti pour se prot&#233;ger des fluctuations des monnaies nationales avant d'investir dans les pays en voie de d&#233;veloppement. Au m&#234;me moment, les op&#233;rations des grands fournisseurs d'eau priv&#233;s suscitent une opposition croissante, d'une grande vivacit&#233;, dans de nombreuses r&#233;gions d'Am&#233;rique latine. Tout comme c'est le cas dans les autres pays, les effets nocifs et bien document&#233;s de la privatisation de l'eau sont : les augmentations des tarifs, la cessation des services en cas de non-solvabilit&#233; des clients, une baisse de la qualit&#233; de l'eau, les &#233;normes profits d'investissement r&#233;alis&#233;s par les corporations, les contrats secrets, les pots-de-vin et la corruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la province uruguayenne du Maldonaldo, les tarifs de l'eau ont &#233;norm&#233;ment augment&#233; et les r&#233;serves ont &#233;t&#233; contamin&#233;es lorsque Uruqua, une filiale de la soci&#233;t&#233; des eaux Aguas de Bilboa, a obtenu le droit de distribuer l'eau sur une base lucrative de &#034; pleine r&#233;cup&#233;ration des co&#251;ts. &#034; Les Uruguayens ont r&#233;ussi &#224; programmer un r&#233;f&#233;rendum national, &#224; valeur l&#233;gislative qui se d&#233;roulera en octobre 2004, pour que l'eau b&#233;n&#233;ficie de la protection de la Constitution en tant que droit de l'homme et richesse publique hors de port&#233;e de soci&#233;t&#233;s &#224; but lucratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Porto Rico, o&#249; Suez est mandat&#233; pendant 10 ans &#224; fournir les services de l'eau par un contrat d'un montant de 4 milliards de dollars, le &#034; Solicitor &#034; g&#233;n&#233;ral Carlos Lopez a vivement critiqu&#233; le bilan de la soci&#233;t&#233;. Lopez affirme que Suez a consacr&#233; beaucoup d'&#233;nergie &#224; perfectionner les m&#233;thodes de facturation et d'encaissement, mais n'a apport&#233; &#034; aucune am&#233;lioration &#034; &#224; la distribution d'eau potable aux consommateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est probable que la plus c&#233;l&#232;bre r&#233;action &#224; la privatisation de l'eau est celle qu'a connu Cochabamba en Bolivie, lorsque au d&#233;but de l'an 2000 Bechtel, le g&#233;ant de BTP, y a install&#233; sa filiale, Aguas del Tunari, augmentant imm&#233;diatement les tarifs au-del&#224; des capacit&#233;s de paiement de l'immense majorit&#233; de la population. La firme &#233;tait autoris&#233;e par contrat &#224; faire payer aux gens l'eau qu'ils tiraient de leurs propres puits et de leur envoyer des encaisseurs charg&#233;s de leur facturer l'eau de pluie recueillie dans les citernes plac&#233;es sur leurs toits. Les consommateurs subirent des augmentations tarifaires allant jusqu'&#224; 200% - la soci&#233;t&#233; s'&#233;tant fix&#233; un objectif de 58 millions de dollars de b&#233;n&#233;fices annuels. [8] Des actions publiques de protestation oblig&#232;rent le gouvernement &#224; annuler les mesures de privatisation, mais Bechtel a maintenant introduit un recours en justice pour obtenir de la Bolivie un manque &#224; gagner de 25 millions de dollars. Malgr&#233; l'&#233;chec cuisant subi &#224; Cochabamba, le gouvernement bolivien continue &#224; mettre en &#339;uvre plusieurs projets de privatisation, dont un qui pr&#233;voit d'exporter et de vendre de l'eau en gros &#224; leurs voisins chiliens qui en ont besoin pour leur industrie mini&#232;re. Si l'on se base sur la tentative d'exportation de gaz naturel vers le Chili en octobre dernier, il est &#224; pr&#233;voir que ce projet va se heurter &#224; une r&#233;action n&#233;gative de la population bolivienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pouss&#233;e en faveur de la privatisation de l'eau au Mexique fournit encore un exemple inqui&#233;tant de la mani&#232;re dont les gouvernements, les institutions financi&#232;res internationales et les fournisseurs d'eau du priv&#233; marchent main dans la main, faisant preuve de tr&#232;s peu de consid&#233;ration envers le bien public. Le gouvernement du Mexique, ainsi que d'autres gouvernements du Sud, pose les jalons en vue de la mainmise des corporations sur l'eau dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les ann&#233;es 1990, une s&#233;rie de changements constitutionnels et l&#233;gislatifs avaient d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; faire passer dans le priv&#233; les services de l'eau du Mexique. En 1992, par exemple, l'administration Salinas avait modifi&#233; la constitution de mani&#232;re &#224; permettre &#224; des corporations bas&#233;es &#224; l'&#233;tranger d'obtenir des contrats et des concessions sur l'eau et avait fait passer une nouvelle loi nationale autorisant les transnationales &#224; investir dans les services de l'eau du Mexique. Plus tard, dans son chantier national pour le d&#233;veloppement, le gouvernement Zedillo confia la responsabilit&#233; de l'eau et des services sanitaires aux municipalit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulta une privatisation de 20% de l'eau du Mexique au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie. Les principaux acteurs en ont &#233;t&#233; les deux g&#233;ants de l'eau bas&#233;s en France, Suez et Vivendi, ainsi que United Utilities, bas&#233;s au Royaume-Uni, et la soci&#233;t&#233; espagnole Agua de Barcelona. Pour ces corporations, les cibles principales ont &#233;t&#233; de fournir en eau et services les grandes zones touristiques et les centres urbains, laissant aux bons soins du gouvernement les municipalit&#233;s moins peupl&#233;es et moins lucratives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuel pr&#233;sident du Mexique, Vicente Fox, ancien cadre de Coca-Cola, a cherch&#233; la privatisation de fa&#231;on encore plus agressive. Au lendemain du 11 septembre, son administration a d&#233;cr&#233;t&#233; que l'eau &#233;tait une question de s&#233;curit&#233; nationale. Ce qui permet &#224; l'Etat d'appliquer ses pleins pouvoirs, y compris sous forme d'op&#233;rations militaires et de mesures anti-terroristes, &#224; l'encontre de quiconque est per&#231;u comme un opposant aux projets gouvernementaux de restructuration et de privatisation du secteur de l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement en 2001 que le gouvernement mexicain a cr&#233;&#233; le Programme pour la Modernisation des Soci&#233;t&#233;s de Gestion de l'Eau (PROMAGUA) pour promouvoir la privatisation. La Banque mondiale et le gouvernement f&#233;d&#233;ral ont fourni les 250 millions de dollars n&#233;cessaires au d&#233;marrage du projet. [9]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PROMAGUA coordonne l'importante restructuration de l'eau mexicaine en fournissant des aides g&#233;n&#233;reuses aux diff&#233;rents projets et en attirant l'investissement &#233;tranger. Il facilite le passage du service public de l'eau aux corporations priv&#233;es en donnant son aval &#224; des contrats ou &#224; des concessions - d'une dur&#233;e allant de cinq &#224; cinquante ans - liant les pouvoirs locaux aux soci&#233;t&#233;s priv&#233;es de l'eau, avec une pr&#233;f&#233;rence pour les centres urbains peupl&#233;s de 50 000 personnes ou davantage. D&#232;s 2002, PROMAGUA avait coordonn&#233; la signature d'accords avec 28 des 30 &#233;tats mexicains, &#224; savoir 687 municipalit&#233;s regroupant 70% de la population citadine du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PROMAGUA a &#233;tabli une banque nationale de donn&#233;es pour aider les corporations &#233;trang&#232;res &#224; choisir o&#249; investir dans les services de l'eau mexicains. Cela s'est fait avec l'aide du Centre mondial pour l'Environnement (WEC) une organisation &#224; but non lucratif bas&#233;e &#224; New York qui facilite les partenariats entre les industries et les gouvernements et b&#233;n&#233;ficie du soutien des plus grosses soci&#233;t&#233;s transnationales du monde. Le WEC collabore &#233;troitement avec PROMAGUA pour obtenir les informations et les renseignements n&#233;cessaires &#224; cette banque de donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, PROMAGUA a ouvert &#224; la p&#233;riph&#233;rie de M&#233;xico un centre de formation o&#249; sont enseign&#233;s les m&#233;tiers de l'eau. Plus de 3 000 personnes ont re&#231;u dans ce centre, co-sponsoris&#233; par une quarantaine d'entreprises bas&#233;es en France, une formation les rendant aptes &#224; travailler sur le r&#233;seau r&#233;nov&#233; et privatis&#233; de l'eau &#224; M&#233;xico. Suez et Vivendi, cela va sans dire, sont parmi les sponsors les plus en vue et les plus actifs du centre de formation de PROMAGUA. En plus des subventions gouvernementales, PROMAGUA re&#231;oit des aides cons&#233;quentes d'institutions financi&#232;res internationales dont la Banque mondiale, la BID, et la Banque europ&#233;enne pour la Reconstruction et le D&#233;veloppement. En 2003, par exemple, la Banque mondiale a annonc&#233; qu'elle injecterait 5 milliards de dollars au Mexique au cours de deux ann&#233;es suivantes. Bien que destin&#233; par avance &#224; une quantit&#233; de projets de d&#233;veloppements des infrastructures, une part consid&#233;rable de ce pr&#234;t servira &#224; financer l'annexion du service public de l'eau par les corporations par le biais de la Corporation internationale financi&#232;re de la Banque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;xico illustre parfaitement ce qui se passe lorsque des corporations &#224; but lucratif unissent leurs efforts pour s'approprier le service public de l'eau. En 1993, le gouvernement partageait le r&#233;seau de distribution de l'eau en quatre quartiers administratifs. Suez et Vivendi prirent chacun le contr&#244;le d'un quartier, tandis que United Utilities et Severn Trent, soci&#233;t&#233;s bas&#233;es au Royaume-Uni, s'emparaient des deux autres. Les soci&#233;t&#233;s se mirent alors &#224; facturer l'eau aux r&#233;sidents de la ville de M&#233;xico en appliquant des tarifs diff&#233;rents et donc in&#233;quitables. De plus, lorsque le Parti r&#233;volutionnaire d&#233;mocratique (PRD) gagna les &#233;lections municipales et demanda l'alignement des tarifs de l'eau sur toute la zone m&#233;tropolitaine, les corporations commenc&#232;rent par protester, puis s'ex&#233;cut&#232;rent pour ne pas encourir la perte de ces pr&#233;cieuses concessions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus des tarifs de facturation injustifi&#233;s, la privatisation du service de l'eau &#224; M&#233;xico et ailleurs dans le pays a engendr&#233; un nombre incalculable d'autres probl&#232;mes. On coupe souvent l'eau aux habitants qui n'arrivent pas &#224; payer leurs factures inflationnistes et les responsables des soci&#233;t&#233;s les font souvent attendre longtemps avant d'examiner leurs r&#233;clamations. En 2001, par exemple, Vivendi a augment&#233; ses tarifs de 60% &#224; M&#233;xico, ce qui a entra&#238;n&#233; des d&#233;fauts de paiement et en cons&#233;quence des coupures d'eau affectant principalement les pauvres du quartier concern&#233;. Les inondations sont beaucoup plus fr&#233;quentes, r&#233;sultat d'une absence d'entretien de la tuyauterie et des canalisations. Dans l'ensemble, les gros distributeurs d'eau se sont montr&#233;s peu d&#233;sireux d'investir substantiellement en vue de l'am&#233;lioration des infrastructures, en revanche l'id&#233;e d'endetter toujours plus lourdement les municipalit&#233;s semble les enthousiasmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute l'Am&#233;rique latine, on assiste de plus en plus &#224; la mont&#233;e d'une r&#233;sistance acharn&#233;e face &#224; ce vol de l'eau publique. Dans les communaut&#233;s de quelque taille que ce soit, les citoyens descendent dans la rue, organisent des r&#233;f&#233;rendums et des p&#233;titions et luttent pour leur droit &#224; l'eau. Les militants et le universitaires d'Am&#233;rique latine sont &#224; l'avant-garde du mouvement mondial pour la justice en mati&#232;re d'eau, s'exprimant dans les conf&#233;rences internationales, s'opposant &#224; la politique de la Banque mondiale et organisant une Convention des Nations Unies qui r&#233;gira le droit &#224; l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 ao&#251;t 2003, 47 organisations issues de la base et venues de 16 pays am&#233;ricains se sont rencontr&#233;es &#224; San Salvador o&#249; elles ont fond&#233; un nouveau mouvement nomm&#233; RED VIDA. Ce r&#233;seau inter-am&#233;ricain de militants pour le droit &#224; l'eau a publi&#233; la D&#233;claration de San Salvador pour le droit &#224; l'Eau et sa Protection. Plusieurs des groupes membres de ce nouveau r&#233;seau ont jou&#233; des r&#244;les centraux lors du Forum mondial de l'Eau de Kyoto qui s'est d&#233;roul&#233; en mars 2003 au Japon, au cours duquel la Banque mondiale et les gros distributeurs d'eau ont tent&#233; sans succ&#232;s de convaincre le monde que leur privatisation faisait l'objet d'un &#034; consensus &#034;. Lorsque les 3 Grands, la Banque mondiale et leurs alli&#233;s essay&#232;rent de convaincre les participants au Forum de Kyoto d'adopter les &#034; partenariats public-priv&#233; &#034;, les pr&#233;sentant comme la meilleure mani&#232;re d'assurer les services relatifs &#224; l'eau, les organisations issues de la soci&#233;t&#233; civile et les militants du droit &#224; l'eau du monde entier form&#232;rent une alliance pour emp&#234;cher la r&#233;alisation de ce projet. S'appelant les &#034; guerriers de l'eau , &#034; les membres de l'alliance entreprirent de contester efficacement le &#034; consensus &#034; d&#233;termin&#233; &#224; l'avance qui concernait neuf autres sujets abord&#233;s au cours du Forum. RED VIDA a &#233;galement jou&#233; un r&#244;le d&#233;terminant dans la cr&#233;ation du Mouvement populaire mondial pour l'eau, pendant un sommet qui a eu lieu &#224; New Delhi &#224; la veille du Forum social mondial 2004 de Mumbai en Inde. Les membres de RED VIDA ont conclu de solides alliances avec des organisations indiennes elles aussi engag&#233;es dans la r&#233;sistance &#224; l'invasion des soci&#233;t&#233;s des eaux du secteur priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait pr&#232;s de 20 ans que le peuple d'Am&#233;rique latine combat le n&#233;olib&#233;ralisme, avec plus ou moins de succ&#232;s. Mais la tentative de marchandisation de l'eau pour le profit d'investisseurs vivant au loin a insuffl&#233; au mouvement une vitalit&#233; renouvel&#233;e. C'est comme si l'on avait trac&#233; une ligne dans le sable. Parce qu'il est impossible de survivre sans eau, cette lutte est empreinte d'une urgence et d'une t&#233;nacit&#233; toutes particuli&#232;res. On ne fera pas taire leurs exigences d'une d&#233;mocratisation de l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;NOTES :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Marq de Villiers, Water (Toronto : Stoddart Publishing, 1999).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Armando Ch&#225;vez, &#034;Latin America : Poor Distribution of Water and Even Worse Use,&#034; in 2004 Express, &lt;a href=&#034;http://www.barcelona2004.org/eng/actualidad/publicaciones/focus/html/f041366.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.barcelona2004.org/eng/actualidad/publicaciones/focus/html/f041366.htm&lt;/a&gt;, citing the Economic Commission for Latin America and Caribbean.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] World Resources, 1998-99 (New York : Oxford University Press, 1998).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Mario Osava, &#034;Mega Cities Squander Water Resources,&#034; Inter Press Service, March 19, 2004, citing the Global Environment Outlook study by the UN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Press Release, Pan American Health Organization, October 3, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] World Resources, 1998-99 (New York : Oxford University Press, 1998).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] &#034;The Water Barons,&#034; Center for Public Integrity, 2003, &lt;a href=&#034;http://www.icij.org/water/default.aspx&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.icij.org/water/default.aspx&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Maude Barlow and Tony Clarke, Blue Gold : The Fight to Stop the Corporate Theft of the World's Water (New York : New Press, 2002).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] The following paragraphs on PROMAGUA in Mexico are based on research conducted by Alejandra Pe&#241;a of the National Autonomous Univeristy of Mexico (UNAM) while on a study assignment at the Polaris Institute in Canada, 2003-2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : NACLA Report on the Americas, vol 38 n&#176;1, juillet / ao&#251;t 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction : C.F. Karaguezian, pour RISAL&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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