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	<title>La Gauche</title>
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		<title>La Gauche</title>
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		<title>Le riche roule, le pauvre cr&#232;ve, la nature paie</title>
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&lt;p&gt;La ru&#233;e sur les agrocarburants est en train de pousser &#224; la hausse l'ensemble des prix agricoles. Les cons&#233;quences sociales risquent d'&#234;tre tr&#232;s p&#233;nibles chez nous, et gravissimes dans les pays du Sud. Une riposte s'impose pour donner un coup d'arr&#234;t &#224; des choix politiques et technologiques insens&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt; Le cas du Mexique est exemplatif : le prix de la tortilla, aliment de base pour 50% de la population, a doubl&#233; en quelques mois par suite notamment du fait que le prix du bushel [1] de ma&#239;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-108-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La ru&#233;e sur les agrocarburants est en train de pousser &#224; la hausse l'ensemble des prix agricoles. Les cons&#233;quences sociales risquent d'&#234;tre tr&#232;s p&#233;nibles chez nous, et gravissimes dans les pays du Sud. Une riposte s'impose pour donner un coup d'arr&#234;t &#224; des choix politiques et technologiques insens&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le cas du Mexique est exemplatif : le prix de la tortilla, aliment de base pour 50% de la population, a doubl&#233; en quelques mois par suite notamment du fait que le prix du bushel [1] de ma&#239;s est pass&#233; de 2,8 &#224; 4,2 dollars sur le march&#233; US. La vari&#233;t&#233; de ma&#239;s &#224; grains blancs utilis&#233;e pour la fabrication de la tortilla n'est pas la m&#234;me que celle qui est employ&#233;e par les producteurs d'&#233;thanol et elle est produite au Mexique, pas aux USA, mais son prix a grimp&#233; parce que les industriels utilisateurs de ma&#239;s jaune se sont mis &#224; acheter massivement du ma&#239;s blanc pour &#233;chapper &#224; la hausse du prix du ma&#239;s jaune, qui s'est ainsi r&#233;percut&#233;e sur l'ensemble du march&#233;. Les m&#234;mes m&#233;canismes de contagion sont &#224; l'&#339;uvre pour d'autres produits qui ne sont pas utilis&#233;s dans la fabrication d'agrocarburants, mais dont la demande augmente par suite de la ru&#233;e sur des produits similaires, qui servent &#224; produire soit de l'&#233;thanol soit de l'agrodiesel. L'huile d'olive, par exemple, augmente parce qu'une part croissante de la production d'huile de palme est employ&#233;e &#224; fabriquer du diesel v&#233;g&#233;tal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fi&#232;vre de l'&#233;thanol&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a invoqu&#233; la s&#233;cheresse pour expliquer la hausse des prix du ma&#239;s, mais ce n'est pas la principale raison. Une raison plus structurelle est la fi&#232;vre de l'&#233;thanol qui fait rage aux Etats-Unis. Les USA assurent 40% de la production mondiale de cette c&#233;r&#233;ale. En mars 2007, le bushel de ma&#239;s a atteint le prix record de 4,38$, sans pr&#233;c&#233;dent depuis dix ans. Cette flamb&#233;e est tr&#232;s largement li&#233;e &#224; la politique des autorit&#233;s US, qui favorisent la production d'&#233;thanol par des subsides massifs aux agriculteurs (8,9 milliards de dollars en 2005), des r&#233;ductions de taxe pour les raffineurs (51 cents par gallon d'&#233;thanol) et des barri&#232;res protectionnistes contre les importations d'&#233;thanol br&#233;silien - moins cher car produit &#224; partir de la canne &#224; sucre avec une main-d'&#339;uvre surexploit&#233;e (voir notre pr&#233;c&#233;dente rubrique). La soci&#233;t&#233; Archer Daniels Midland (ADM), num&#233;ro un mondial de l'&#233;thanol, doit environ 50% de ses b&#233;n&#233;fices aux largesses de l'administration. Les contribuables - donc surtout le monde du travail - paient la facture. Tant que le prix du p&#233;trole restera &#233;lev&#233; (et il est peu probable qu'il baisse), le profit continuera de gicler &#224; gros jets, encourageant les agriculteurs &#224; produire pour les raffineries. En janvier dernier, Bush a fix&#233; l'objectif : 35 millions de gallons d'&#233;thanol en 2017, soit pr&#232;s de six fois plus qu'en 2006. Ce n'est pas par hasard que Bill Gates a d&#233;cid&#233; r&#233;cemment d'investir 84 millions de dollars dans le secteur des agrocarburants !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'efficacit&#233; &#233;nerg&#233;tique nette de l'&#233;thanol (le rapport entre l'&#233;nergie fournie par le carburant et l'&#233;nergie n&#233;cessaire &#224; sa production) est un peu sup&#233;rieure &#224; celle de l'essence qu'il remplace : entre 1,25 et 1,35, contre 0,81 pour l'essence, 0,83 pour le diesel et 1,93 &#224; 3,21 pour le biodiesel. Par ailleurs, si on prend en compte l'ensemble du cycle de production et d'utilisation, l'&#233;thanol &#224; base de ma&#239;s entra&#238;ne des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre inf&#233;rieures de 12 &#224; 26% &#224; celles de l'essence (41 &#224; 78% pour le biodiesel). Du point de vue de la lutte contre le r&#233;chauffement, ceci peut sembler positif. Mais il faudrait &#233;norm&#233;ment d'&#233;thanol pour arriver &#224; des r&#233;sultats environnementaux significatifs puisque l'addition de 10% d'&#233;thanol de ma&#239;s &#224; l'essence ne diminue les &#233;missions de CO2 au kilom&#232;tre que de 2% (on atteint 23% pour 85% d'&#233;thanol). Et c'est ici que &#231;a coince : car qui dit beaucoup d'&#233;thanol dit beaucoup de terres arables consacr&#233;es &#224; sa production&#8230; donc pas &#224; la production d'aliments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chronique d'une impasse annonc&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres de l'Agence Internationale de l'Energie montrent clairement l'impasse dans laquelle cette politique nous conduit : pour que les agrocarburants, toutes vari&#233;t&#233;s confondues, remplacent 5% des carburants fossiles, il faudrait y consacrer 21% des terres cultiv&#233;es aux Etats-Unis, et 20% dans l'Union Europ&#233;enne. Pour atteindre 10% de remplacement, ces proportions passeraient respectivement &#224; 43% et 38%. Convertie &#224; 100% en &#233;thanol, la production am&#233;ricaine de ma&#239;s ne couvrirait que 12% des besoins du pays en carburant. Le topo est identique en Europe. Si on consid&#232;re le seul cas du biodiesel (produit &#224; partir d'ol&#233;agineux), l'UE n'est m&#234;me pas capable d'atteindre son objectif (5,75% de biocarburants) par ses propres forces : 5% de biodiesel &#233;quivaut en effet &#224; 149% de sa production d'ol&#233;agineux, et 10% &#224; 239% [2]. Il faudrait donc importer, autrement dit utiliser des terres agricoles du tiers monde pour faire rouler les camions sur nos routes&#8230; Le mouvement est en cours au Br&#233;sil, en Malaisie et en Indon&#233;sie notamment, o&#249; on abat des for&#234;ts pour planter, qui de la canne, qui des palmier &#224; huile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a d&#233;j&#224;, dans ces colonnes, &#233;voqu&#233; les cons&#233;quences sociales et &#233;cologiques de cette affaire. Mais il faut pr&#233;ciser l'impact sur les prix des aliments. Les Perspectives agricoles communes de l'OCDE et de la FAO tendent &#224; le minimiser, mais tout le monde ne partage pas cet avis. Selon l'Institut International de Recherche sur la Politique Alimentaire (IFPRI), les agrocarburants feraient monter les prix du soja, du colza et du tournesol de 26% d'ici 2010 et de 76% d'ici 2020. Pour le bl&#233;, les chiffres correspondants seraient de 11% et de 30%. Les inqui&#233;tudes les plus vives concernent le manioc, dont les prix pourraient monter de 33% en 2010 et de 135% en 2020 [3]. Ce ne sont pas les petits producteurs qui en b&#233;n&#233;ficieront, mais les grandes compagnies.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sommaire De 800 millions &#224; 1,2 milliards de victimes de la famine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; consommateurs, le r&#233;sultat de telles hausses de prix serait p&#233;nible dans nos pays et terrible dans les pays du Sud. Des centaines de millions de gens pauvres consacrent entre 50 et 80% de leur revenu &#224; l'achat de produits alimentaires. Selon la Banque Mondiale, une hausse de 1% du prix des aliments de base entra&#238;ne une r&#233;duction d'un demi pour cent de la consommation de calories par les populations les plus d&#233;munies. On peut en d&#233;duire que chaque augmentation de 1% du prix des aliments plonge 16 millions de gens dans la famine. 823 millions de gens souffrent actuellement de sous-nutrition chronique. La fi&#232;vre des agrocarburants risque de faire passer ce nombre &#224; 1,2 milliards. La situation sera particuli&#232;rement dramatique dans les pays qui sont &#224; la fois importateurs nets de produits p&#233;troliers et de produits agricoles de base, ce qui est le cas de la plupart des 82 pays les plus pauvres de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reste stup&#233;fait devant le caract&#232;re proprement insens&#233; de la politique en faveur des agrocarburants, telle qu'elle est men&#233;e actuellement par l'Union Europ&#233;enne, les Etats-Unis et les pays d&#233;velopp&#233;s en g&#233;n&#233;ral. L'utilisation de la biomasse comme source &#233;nerg&#233;tique est un des moyens auxquels l'humanit&#233; doit recourir pour sortir de l'&#232;re du p&#233;trole et entrer dans l'&#232;re solaire. Dans ce cadre, la production de biocarburant n'est pas &#224; exclure en soi, &#224; condition qu'elle cadre dans une strat&#233;gie d'ensemble combinant r&#233;duction drastique de la demande &#233;nerg&#233;tique des pays riches, d'une part et utilisation rationnelle globale, donc planifi&#233;e, des diff&#233;rentes sources renouvelables, d'autre part. Or, c'est exactement le contraire qui est en train de se passer : l'&#233;nergie verte est employ&#233;e pour ne pas r&#233;duire la consommation &#233;nerg&#233;tique, et sa forme biocarburant est d&#233;velopp&#233;e &#224; fond pour ne pas mettre en cause l'absurde boulimie du transport par route. On ne peut r&#234;ver plus bel exemple montrant que le syst&#232;me lib&#233;ral ne fait que repousser devant lui la double crise environnementale et sociale. Les composantes vertes et rouges de la (vraie) gauche n'auraient-elles pas ici une bonne raison de lutter ensemble pour une alternative de soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;* Paru en Belgique dans le Journal du Mardi, du 4 septembre 2007.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Un bushel = 35,2 litres de produit sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Biofuels for Transport, an International Perspective, IEA, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] (3) Cit&#233; dans &#171; How Biofuels Could Starve the Poor &#187;, F. Runge &amp; B. Senauer, Foreign Affairs, mai-juin 2007. Riche en amidon, le manioc pourrait devenir une nouvelle source de biocarburant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Effets d'annonce et maquignonnage sur la voie d'un nouvel accord</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Effets-d-annonce-et-maquignonnage-sur-la-voie-d-un-nouvel-accord</link>
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		<dc:date>2007-06-18T19:27:18Z</dc:date>
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		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>

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&lt;p&gt;La r&#233;union du G8 d&#233;but juin a montr&#233; comment la lutte urgente pour le climat est prise en otage, instrumentalis&#233;e et diff&#233;r&#233;e de fa&#231;on criminelle par des gouvernements rivaux. Tout en multipliant les effets d'annonce, les ma&#238;tres du monde font passer les int&#233;r&#234;ts du capitalisme en g&#233;n&#233;ral - et de &#171; leurs &#187; capitalistes en particulier - avant la pr&#233;servation des grands &#233;quilibres de la biosph&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt; Alors que les stocks de c&#233;r&#233;ales sont tomb&#233;s &#224; 16% de la consommation mondiale du fait des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecologie-19-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH142/arton1583-f2e6c.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='142' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;union du G8 d&#233;but juin a montr&#233; comment la lutte urgente pour le climat est prise en otage, instrumentalis&#233;e et diff&#233;r&#233;e de fa&#231;on criminelle par des gouvernements rivaux. Tout en multipliant les effets d'annonce, les ma&#238;tres du monde font passer les int&#233;r&#234;ts du capitalisme en g&#233;n&#233;ral - et de &#171; leurs &#187; capitalistes en particulier - avant la pr&#233;servation des grands &#233;quilibres de la biosph&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors que les stocks de c&#233;r&#233;ales sont tomb&#233;s &#224; 16% de la consommation mondiale du fait des s&#233;cheresses de 2006, alors que le prix du ma&#239;s s'envole par suite de l'engouement des fermiers US pour la production d'&#233;thanol, alors que le flux des r&#233;fugi&#233;s climatiques gonfle, au Bangladesh notamment, les dirigeants du G8 r&#233;unis sur les rives de la Baltique n'ont pu s'accorder que sur une vague promesse - une de plus : &#171; Nous d&#233;finirons un objectif mondial de r&#233;duction des &#233;missions &#187; et &#171; nous examinerons attentivement les d&#233;cisions prises par l'Union europ&#233;enne, le Canada et le Japon qui pr&#233;voient de r&#233;duire au moins de moiti&#233; les &#233;missions mondiales d'ici &#224; 2050 &#187; [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Merkel c&#244;t&#233; cour et c&#244;t&#233; jardin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Angela Merkel se faisait fort d'arracher un accord sur les lignes de forces d'un dispositif post-Kyoto. Gr&#226;ce au &#171; dialogue de Gleneagles &#187; [2], elle entendait rallier &#224; la fois les USA et les grands pays &#233;mergents au principe d'engagements climatiques contraignants. Adoss&#233;e &#224; l'UE, soutenue par le Japon, elle proposa au G8 de se prononcer pour une r&#233;duction de 50% des &#233;missions mondiales en 2050 et de ne pas d&#233;passer 2&#176;C de hausse de la temp&#233;rature moyenne par rapport &#224; la p&#233;riode pr&#233;industrielle. En fin de compte, la chanceli&#232;re dut d&#233;chanter. Ce qui ne l'emp&#234;cha pas de crier victoire &#224; l'issue du sommet : le soutien des &#233;lecteurs doit &#234;tre aliment&#233; en effets d'annonce... &lt;br class='autobr' /&gt;
Un examen d&#233;taill&#233; donne la mesure des op&#233;rations de prestidigitation m&#233;diatiques de Mme Merkel. L'objectif de 50% de r&#233;duction signifie des choses fort diff&#233;rentes selon l'ann&#233;e de r&#233;f&#233;rence. Exemple : le &#171; plan climat &#187; californien semble fort radical, puisqu'il vise 25% de r&#233;duction en 2020. Mais ces 25% sont estim&#233;s par rapport au niveau hypoth&#233;tique qui serait celui des &#233;missions en 2020 en l'absence de mesures, tandis que les objectifs de Kyoto sont &#233;tablis par rapport &#224; 1990. En r&#233;alit&#233;, les &#233;missions de la Californie seront ramen&#233;es &#224; leur volume de 1990... en 2020. Soit huit ans apr&#232;s la premi&#232;re p&#233;riode d'engagement de Kyoto... au terme de laquelle elles auraient d&#251; baisser de 7%. L'ann&#233;e de r&#233;f&#233;rence, on le voit, n'est pas un d&#233;tail... Mme Merkel le sait. Ce n'est pas par hasard qu'elle n'a donn&#233; aucune pr&#233;cision &#224; ce sujet, et que la d&#233;claration finale n'en pipe mot. Ce n'est pas non plus par ignorance scientifique que la chanceli&#232;re - elle est physicienne - a d&#233;fendu conjointement deux objectifs incoh&#233;rents : rester sous la barre des 2&#176; n&#233;cessite une r&#233;duction d'au moins 80% des &#233;missions d'ici 2050, et pas de 50%... Il est clair que, c&#244;t&#233; cour, la pr&#233;sidente du sommet a voulu jouer la championne climatique, comme Blair avant elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un nouveau r&#244;le pour Bush.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons donc le c&#244;t&#233; jardin. A Heiligendamm, G(lobal) W(arming) Bush innova dans son r&#244;le de voyou climatique. Sa politique d'obstruction est d&#233;sormais jug&#233;e intenable par la majorit&#233; de la classe dominante aux USA. A cet &#233;gard, il est significatif que l'Edison Electric Institute, le groupement professionnel des producteurs am&#233;ricains d'&#233;lectricit&#233;, ait bascul&#233; en faveur d'une &#171; r&#233;gulation &#187; des &#233;missions de CO2. D'autre part, les initiatives du gouvernement chinois mettent &#224; mal l'id&#233;e que les pays &#233;mergents ne font rien pour r&#233;duire leurs &#233;missions de gaz &#224; effet de serre. Non seulement la Chine est le cinqui&#232;me plus grand utilisateur d'&#233;nergie &#233;olienne et le plus grand utilisateur de panneaux solaires thermiques, mais en plus , d'ici 2010, le gouvernement veut diminuer l'intensit&#233; &#233;nerg&#233;tique de 20% et produire 10% de son &#233;lectricit&#233; &#224; partir de sources &#8216;renouvelables' (en fait, surtout hydro&#233;lectriques). Les USA n'en font pas autant. Le locataire de la Maison Blanche ne pouvait donc plus se permettre d'appara&#238;tre dans son costume de &#171; Mister No &#187; climatique. Une semaine avant le sommet, il proposa aux 15 plus gros &#233;metteurs de se rencontrer &#224; l'automne. Objectif : &#224; la fin de 2008, juxtaposer les plans nationaux de contr&#244;le des &#233;missions au cours de la p&#233;riode 2012-2030, et couronner le tout par un objectif non contraignant de r&#233;duction des &#233;missions globales. Justification : une d&#233;marche &#171; bottom-up &#187; (de bas en haut) vaudrait mieux qu'une d&#233;marche &#171; top-bottom &#187; (&#224; la Kyoto). Le dessous des cartes : puisque les Etats-Unis devront se r&#233;soudre &#224; un calendrier de r&#233;duction, que ce soit sur le mod&#232;le californien... Pas question de leur imposer des objectifs proportionnels &#224; leur situation de premiers responsables du g&#226;chis climatique. Rappelons que les USA &#233;mettent 25% des gaz &#224; effet de serre avec 5% de la population mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manoeuvre malhabile ? Non. En effet, outre la pression interne aux Etats-Unis, deux autres &#233;l&#233;ments doivent &#234;tre pris en compte. Un : les classes dominantes des grands pays en d&#233;veloppement veulent conserver le maximum de possibilit&#233;s de b&#226;tir un d&#233;veloppement -capitaliste- sur la combustion des combustibles fossiles. Elles ne sont pas press&#233;es de voir l'UE, le Japon et les USA se mettre d'accord sur une politique climatique commune, car celle-ci risque de faire porter le gros de l'effort par les pays du Sud (voir l'encadr&#233; ci-dessous). Elles ont plut&#244;t int&#233;r&#234;t &#224; exploiter les divisions entre les grands (c'est ainsi que l'Inde et la Chine, qui ont ratifi&#233; Kyoto, participent depuis 2005 au partenariat Asie-Pacifique... mis sur pied par Bush contre Kyoto). Secundo : l'UE, qui a beaucoup investi dans son leadership climatique, ne peut pas esp&#233;rer maximiser cet avantage sans un accord global, incluant les USA. Gr&#226;ce au syst&#232;me europ&#233;en d'&#233;change de droits (ETS), la City de Londres, par exemple, est bien plac&#233;e pour devenir la plaque tournante du march&#233; mondial du carbone. Mais pour cela, il faut que Kyoto trouve un prolongement impliquant toutes les parties. C'est &#171; Je te tiens, tu me tiens, par la barbichette &#187;... Et cela se marque tr&#232;s clairement au niveau de la d&#233;claration finale du sommet du G8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Accords et compromis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dit, en effet, cette d&#233;claration ? Les m&#233;dias ont mont&#233; en &#233;pingle les deux petites phrases - dont nous avons montr&#233; l'ambigu&#239;t&#233; - sur &#171; un objectif mondial de r&#233;duction &#187; et &#171; un examen attentif de la r&#233;duction de moiti&#233; des &#233;missions en 2050 &#187;. Par ailleurs, ils se sont f&#233;licit&#233;s du fait que les conf&#233;rences climatiques de l'ONU sont confirm&#233;es comme &#171; l'instance de dialogue appropri&#233;e pour les n&#233;gociations &#187;. Il est vrai que Bush a l&#226;ch&#233; du lest sur le principe d'un objectif de r&#233;duction, mais le texte ne pr&#233;cise pas s'il s'agira d'un objectif contraignant. De plus, la d&#233;claration finale reprend purement et simplement la proposition d'une n&#233;gociation s&#233;par&#233;e entre les 15 plus gros &#233;metteurs sur base de leurs &#171; plans nationaux &#187; : &#171; Pour relever de toute urgence le d&#233;fi du changement climatique, il est essentiel que les grandes &#233;conomies qui (...) produisent la majorit&#233; des &#233;missions (...) se mettent d'accord d'ici la fin de 2008 sur une proposition d&#233;taill&#233;e en vue d'un nouveau cadre international &#187;. Il est m&#234;me stipul&#233; que c'est &#171; dans le cadre de ce processus impliquant tous les grands pays &#233;metteurs &#187; que &#171; l'objectif mondial de r&#233;duction &#187; sera d&#233;fini et que les 50% seront &#171; examin&#233;s attentivement &#187;. Rien ne garantit donc que la m&#233;thode &#171; bottom up &#187; de Bush ait &#233;t&#233; abandonn&#233;e au profit d'une d&#233;marche plus conforme aux contraintes physiques du climat. Tr&#232;s confuse sur les lieux de d&#233;cision, la d&#233;claration semble plut&#244;t annoncer qu'un compromis boiteux sera recherch&#233; &#224; l'abri des regards indiscrets... &lt;br class='autobr' /&gt;
In fine, un accord global, &#224; long terme, allant nettement au-del&#224; de Kyoto, semble in&#233;vitable. D'une part, la situation l'impose objectivement. Les gouvernements capitalistes ne pourront pas continuer &#233;ternellement &#224; ne (presque) rien faire : le prix social, &#233;conomique et politique risque d'&#234;tre beaucoup trop lourd. D'autre part, le monde des affaires est largement convaincu qu'il faut agir pour le climat... mais seulement dans la mesure o&#249; &#231;a rapporte des profits, notamment gr&#226;ce au d&#233;veloppement du march&#233; du carbone. Cela implique de &#171; ne pas en faire trop, ni trop vite &#187;, comme dit le rapport Stern, ce que The Economist traduit en affirmant qu'une stabilisation entre + 2,8 et 3,2&#176;C serait &#171; raisonnablement s&#251;re &#187; (alors qu'elle impliquerait, notamment, une tr&#232;s s&#233;rieuse chute de la productivit&#233; agricole dans les pays du Sud). L'importance du th&#232;me climatique au sommet d'Heiligendamm est l'expression de cette double r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence de tout leadership imp&#233;rialiste complique terriblement la solution. Mais deux choses semblent claires : Un : l'accord que les ma&#238;tres du monde sortiront un jour de leur chapeau ne permettra pas de sauver le climat au maximum de ce qui est encore possible, loin de l&#224;. Deux : des centaines de millions, voire des milliards de gens - travailleurs et pauvres pour la plupart - paieront les frais de cette politique cynique. Dans ces conditions, le lobbying des associations environnementales montre clairement ses limites. La construction d'une vaste mobilisation mondiale pour sauver le climat dans la justice sociale s'av&#232;re plus urgente que jamais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le rapport du GIEC</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Le-rapport-du-GIEC</link>
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		<dc:date>2007-04-11T00:05:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charles-Andr&#233; Udry</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;En 2005, Edouard Bard (voir sur ce site l'entretien publi&#233; le 2 f&#233;vrier 2007) dans son ouvrage L'homme et le climat. Une liaison dangereuse (Gallimard) &#233;crivait : &#171; L'utilisation des &#233;nergies non &#233;mettrices de gaz &#224; effet de serre ou le pi&#233;geage du gaz carbonique ne suffiront pas &#224; &#233;viter le r&#233;chauffement mondial. Pour arriver &#224; stabiliser avant la fin du si&#232;cle la concentration atmosph&#233;rique en gaz carbonique, la r&#233;duction drastique de la consommation globale d'&#233;nergie reste un passage (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-108-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 2005, Edouard Bard (voir sur ce site l'entretien publi&#233; le 2 f&#233;vrier 2007) dans son ouvrage L'homme et le climat. Une liaison dangereuse (Gallimard) &#233;crivait : &#171; L'utilisation des &#233;nergies non &#233;mettrices de gaz &#224; effet de serre ou le pi&#233;geage du gaz carbonique ne suffiront pas &#224; &#233;viter le r&#233;chauffement mondial. Pour arriver &#224; stabiliser avant la fin du si&#232;cle la concentration atmosph&#233;rique en gaz carbonique, la r&#233;duction drastique de la consommation globale d'&#233;nergie reste un passage oblig&#233; qui implique un bouleversement du mode de d&#233;veloppement : Les soci&#233;t&#233;s industrialis&#233;es seraient sollicit&#233;es &#224; tous les niveaux, depuis l'&#233;chelle macro-&#233;conomique jusqu'&#224; celle de l'individu. Parmi les principales variables d'ajustement, les transports &#224; longue distance [voir sur ce site les articles : &#171; Les vols de nuit r&#233;chauffent &#8220;plus&#8221; la plan&#232;te &#187;, 5 avril 2007] et la production de biens manufactur&#233;s devraient conna&#238;tre une r&#233;duction tr&#232;s nette, &#224; laquelle l'&#233;conomie num&#233;rique pourraient contribuer en &#233;vitant les d&#233;placements superflus de biens et de personnes. Mais de tels changements, &#224; contre-courant de l'&#233;volution de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233; moderne n&#233;cessitent les efforts de chacun. Pour &#234;tre efficace, cette chasse au gaspillage et &#224; la consommation superflue doit &#234;tre relay&#233;e &#224; tous les &#233;chelons d'organisation, notamment au niveau des Etats. &#187; (p. 93-95)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me rapport du GIEC (Groupe intergouvernemental sur l'&#233;volution du climat), dont Edouard Bard est parmi les principaux animateurs, confirme ce diagnostic et l'ampleur des changements &#224; op&#233;rer &#171; pour &#233;viter un changement envrionnemental majeur et irr&#233;versible, comparable &#224; ceux qui ont boulevers&#233; la Terre dans le pass&#233;. &#187; (Bard, p. 95)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des conclusions expertes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La version initiale de la deuxi&#232;me partie du quatri&#232;me rapport &#8211; qui a &#233;t&#233; rendue publique le 6 avril 2007 &#224; Bruxelles &#8211; affirmait : &#171; Les plus pauvres seront les plus menac&#233;s car ils ont peu de moyens pour s'adapter et d&#233;pendent grandement de l'agriculture locale. &#187; (Les Echos, 6-7 f&#233;vier 2007, p. 6)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, une crise climatique distribue ses effets multiples, socio-&#233;conomiques entre autres, selon des param&#232;tres analogues &#224; ceux r&#233;gissant la distribution des revenus (donc la captation de la plus-value produite). Cette phrase a &#233;t&#233; l'enjeu &#8211; avec d'autres &#8211; d'&#226;pres n&#233;gociations. (voir sur ce site, l'article publi&#233; le 5 avril 2007 : &#171; L'Occident semble exclure les pauvres &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'aborder ces n&#233;gociations, rappelons toutefois quelques-unes des conclusions du rapport, en soulignant, pr&#233;alablement, que le document de f&#233;vrier 2007 (Paris) indiquait pour 2100 une hausse probable de la temp&#233;rature moyenne de 2 &#224; 4,5 degr&#233;s et une mont&#233;e du niveau des oc&#233;ans de 19 &#224; 58 centim&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ant&#233;rieurement, le GIEC, cr&#233;&#233; en 1988, avait publi&#233; un rapport en 1990, en 1995 et un en 2001. A Gen&#232;ve, en 1995, l'accord en son sein ne s'&#233;tait pas fait. Il fallut une seconde r&#233;union &#224; Montr&#233;al pour faire accoucher d'un texte formellement consensuel..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce deuxi&#232;me volet du quatri&#232;me rapport publi&#233; au d&#233;but avril 2007 &#8211; le troisi&#232;me volet sera port&#233; &#224; la connaissance de l'&#171; opinion publique mondiale &#187; en d&#233;cembre 2007 depuis Bali &#8211; les experts du GIEC &#233;noncent les effets de ces modifications :&lt;br class='autobr' /&gt;
1&#176; Au-del&#224; de 2 &#224; 3 degr&#233;s de plus qu'en 1990, le r&#233;chauffement aura des impacts n&#233;gatifs sur toutes les r&#233;gions du globe.&lt;br class='autobr' /&gt;
2&#176; Au-del&#224; de 1,5 &#224; 2,5 &#176;C de plus, de 20 &#224; 30 % des esp&#232;ces animales et v&#233;g&#233;tales risquent de dispara&#238;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
3&#176; Le nombre de victimes d'inondations pourraient augmenter de deux &#224; sept millions de personnes chaque ann&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
4&#176; En 2080, s&#233;cheresses, d&#233;gradation et salinisation des sols conduiront 3,2 milliards d'hommes &#224; manquer d'eau et 600 millions &#224; souffrir de la faim.&lt;br class='autobr' /&gt;
5&#176; Les cons&#233;quences de ces inondations seront plus graves l&#224; o&#249; la pression d&#233;mographique s'accentue et dans les grands deltas d'Afrique de l'Ouest, d'Asie ou du Mississippi.&lt;br class='autobr' /&gt;
6&#176; &#171; Les populations pauvres, m&#234;me dans des soci&#233;t&#233;s prosp&#232;res, sont les plus vuln&#233;rables au changement climatique &#187; ont ajout&#233; les scientifiques au cours la conf&#233;rence de presse, ce qui leur permettait de contourner la censure exerc&#233;e par divers repr&#233;sentants (scientifiques) gouvernementaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les int&#233;r&#234;ts derri&#232;re la censure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport devait &#234;tre accompagn&#233; d'un &#171; r&#233;sum&#233; &#224; l'intention des d&#233;cideurs &#187; dont la formulation a &#233;t&#233; au c&#339;ur du d&#233;bat. The Economist, dans sa livraison du 7 avril, affirme : &#171; En d'autres termes [les statistiques], le rapport vise &#224; mettre fin &#224; un d&#233;bat entre ceux qui pensent que l'effort principal de l'humanit&#233; devrait porter sur la tentative de renverser le changement climatique et ceux qui voudraient concentrer l'effort sur l'adaptation &#224; ses effets. &#187; Ces derniers sont donc ceux qui en ont les moyens, dont les &#171; pays riches &#187;. The Economist, dans son style de faux Salomon, conclut : &#171; Les deux strat&#233;gies sont n&#233;cessaires de mani&#232;re urgente, implique le rapport. &#187; (p. 57)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un langage liss&#233;, un d&#233;l&#233;gu&#233; allemand, Wolfang Cramer, confiait &#224; l'agence Reuters : &#171; Certains pays ont tendance &#224; vouloir des formulations plus faibles, d'autres au contraire tendent &#224; vouloir des formulations plus fortes, c'est en gros l&#224;-dessus que porte la lutte. &#187;. Gary Yohe (Wesleyan University), un des principaux r&#233;dacteurs, indiquait : &#171; Les Etats-Unis et l'Australie, mis en cause par l'Union europ&#233;enne au d&#233;but de la semaine, font montre de prudence, mais ne perturbent pas le d&#233;bat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les reculs politiques glac&#233;s de l'administration Bush &#8211; sous l'impact de la guerre en Irak, de Katrina comme symbole de la s&#233;gr&#233;gation sociale, spatiale et raciale, de sa politique migratoire, du d&#233;sastre du march&#233; hypoth&#233;caire qui met &#224; la rue plus de 2,5 millions de m&#233;nages &#8211; rendent prudents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Echos sont plus explicites : &#171; Les d&#233;l&#233;gu&#233;s am&#233;ricains notamment se montraient tr&#232;s oppos&#233;s &#224; toute allusion &#224; une hausse du nombre des ouragans. &#187; Toutefois, des repr&#233;sentants &#233;tatsuniens ont r&#233;clam&#233; et obtenu l'&#233;limination d'un paragraphe mentionnant que l'Am&#233;rique du Nord &#171; devrait &#234;tre localement confront&#233;e &#224; de graves dommages &#233;conomiques et &#224; des perturbations substantielles de son syst&#232;me socio-&#233;conomique et culturel. &#187; Ce qui a conduit un des scientifiques &#224; d&#233;clarer : &#171; C'est la premi&#232;re fois que la science est ainsi mise en cause par les politiques. &#187; Il a certainement raison. Cependant, s'il avait lu deux ouvrages de l'historien des sciences Jean-Jacques Salomon &#8211; Les Scientifiques, entre pouvoir et savoir (Albin Michel, 2006) et Le scientifique et le guerrier (Ed. Belin, 2001), il aurait pu ins&#233;rer cette intervention politique dans le champ de la science comme le prolongement de nombreuses autres ing&#233;rences. Et le qualificatif de &#171; premi&#232;re &#187; aurait disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans surprise, en plus des Etats-Unis, ce sont les &#171; repr&#233;sentants scientifiques &#187; de la Chine, de la Russie, de l'Arabie Saoudite qui ont contest&#233; certains paragraphes du dit r&#233;sum&#233; pour les &#171; d&#233;cideurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; experts &#187; de Chine ont, y compris, manifest&#233; une opposition &#224; un paragraphe soulignant &#171; le risque tr&#232;s &#233;lev&#233; (...) que de nombreux syst&#232;mes naturels soient affect&#233;s par les changements climatiques. &#187; La d&#233;l&#233;gation chinoise a contest&#233; les bases scientifiques du caract&#232;re &#171; tr&#232;s &#233;lev&#233; &#187; du risque. En r&#233;ponse, un groupe de scientifiques a remis une lettre de protestation &#224; la pr&#233;sidente du groupe II du GIEC, l'Am&#233;ricaine Sharon Hays (AFP, 6 avril 2007).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julie Chaveau des Echos cite un observateur qui permet de replacer ces d&#233;bats dans la perspective de futures n&#233;gociations politico-&#233;conomiques : &#171; Certains tirent des conclusions vers le bas sachant que les n&#233;gociations pour la poursuite du protocole de Kyoto reprendront en d&#233;cembre en d&#233;cembre &#224; Bali. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un changement de mod&#232;le&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut, d&#232;s lors, reprendre &#224; nouveau un th&#232;me mis en relief par Edouard Bard dans son livre, cit&#233; plus haut. Il ne fait aucun doute, sur la base des connaissances scientifiques, qu'un changement tr&#232;s important du &#171; mod&#232;le de d&#233;veloppement &#187; doive &#234;tre entrepris, pour &#233;viter la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que cela concerne tout un chacun, c'est l'&#233;vidence. Toutefois, qui a la haute main sur le &#171; mod&#232;le de d&#233;veloppement &#187; ? Quel complexe industriel d&#233;multipli&#233; &#8211; pour utiliser un terme qui fasse analogie avec celui de complexe militaro-industriel d&#233;nonc&#233; par le g&#233;n&#233;ral, puis Pr&#233;sident r&#233;publicain des Etats-Unis, Dwight David Eisenhower (1953-1961) &#8211; poss&#232;de un pouvoir de commandement sur ce &#171; mod&#232;le de d&#233;veloppement &#187; ? A quels imp&#233;ratifs de rentabilit&#233; (de profits privatis&#233;s) doivent s'adapter les divers &#233;chelons de ce commandement ? Sur quel espace mondial agit-il ? Quelles sont ses relations &#8211; plus exactement son intrication &#8211; avec le pouvoir politique ? Poser ces questions oblige de passer du chacun &#8211; acteur r&#233;el, certes &#8211; aux couches, strates, classes sociales auxquelles ces chacuns s'int&#232;grent et sont int&#233;gr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est &#233;minemment politique &#8211; au sens de polis &#8211; &#233;conomique et sociale, pluridimensionnelle. Cette crise climatique met en cause un &#171; mod&#232;le de d&#233;veloppement &#187;, ainsi qu'un mod&#232;le de &#171; d&#233;veloppement du sous-d&#233;veloppement &#187; dans la p&#233;riph&#233;rie &#8211; pour reprendre une formule du regrett&#233; Andr&#233; Gunder-Frank &#8211; et donc d'accumulation du capital ; ce dernier con&#231;u non pas seulement sous les formes d'investissements mobiles entre diverses branches, de placement financiers, mais comme un rapport social entre &#171; entrepreneurs &#187; et &#171; entrepris &#187;, avec le syst&#232;me politique de domination qui assure la reproduction de ce rapport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, et nous l'avons d&#233;j&#224; &#233;crit, face &#224; une crise climatique d'ampleur, un secteur des classes dominantes pourrait prendre des mesures drastiques, &#224; l'image de ce que fit Churchill durant la guerre qui dicta, de mani&#232;re autoritaire et centralis&#233;e, ses choix &#224; l'industrie anglaise. Mais le moment historique pr&#233;sent et la dimension mondiale (au minimum) de la crise climatique rendent l'analogie boiteuse. La s&#233;lection du personnel politique ad&#233;quat, la mutation des rapports de forces entre fractions du Capital exigeraient des changements bien plus profonds que ceux qui ont pr&#233;sid&#233; au New Deal de Franklin Roosevelt (1933-1945). C'est peu probable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;orientation drastique de la production, reposant sur l'ouverture de nouveaux champs d'accumulation dans le domaine de la &#171; protection environnemental &#187;, pourrait s'effectuer, peut-&#234;tre, dans les r&#233;gions les plus riches. Mais l'aspect chaotique et anarchique du syst&#232;me &#8211; comme r&#233;sultat de d&#233;cisions rationnelles particuli&#232;res des divers capitaux mis en concurrence oligopolistique et des contradictions entre puissances politico-&#233;conomiques &#8211; &#233;l&#232;ve de s&#233;rieux obstacles devant une telle perspective de profondes r&#233;formes, m&#234;me s&#233;lectives. Et suivant le degr&#233; de leur s&#233;lectivit&#233; spatiale et sociale, elles n'en seraient pas, mesur&#233;es &#224; l'aune mondialis&#233;e des probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prix humain serait moins &#233;lev&#233; &#224; envisager &#8211; dans le cadre d'un processus collectif se fondant sur les &#171; supports &#187; du travail intellectuel et manuel, de plus en plus interp&#233;n&#233;tr&#233; &#8211; un changement de mod&#232;le productif, de pouvoir de commandement sur les hommes et les machines, de propri&#233;t&#233; et d'appropriation. Autrement dit, un syst&#232;me socialiste, d&#233;mocratique et assumant ces d&#233;fis connus et connaissables (du moins partiellement). Il prendrait appui, entre autres, sur un respect, traduit en normes l&#233;gales, des droits et de l'autonomie des individus, ainsi que sur une autonomie qui participerait &#224; la maturation du collectif et de ses choix. Sur cette base durable, socialis&#233;e, le terme &#171; d&#233;veloppement durable &#187; pourrait acqu&#233;rir un sens autre que celui qui pr&#233;side au marketing actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce terrain que les &#171; militants &#187; &#8211; au sens de constituer une raison contre ou pour &#8211; qui ont combattu (et combattent) les r&#233;gimes tels que l'&#233;tait celui l'URSS et d'autres formations similaires et l'inhumanit&#233; (le terme est ad&#233;quat) capitaliste-imp&#233;rialiste se doivent participer, selon nous, aux d&#233;bats publics mondiaux que le GIEC a lanc&#233;. On serait alors bien loin de Nicolas Hulot.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>N&#233;gociations sur le climat : l'apr&#232;s-Bush a commenc&#233;</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Negociations-sur-le-climat-l-apres-Bush-a-commence</link>
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		<dc:date>2007-04-07T18:06:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Tanuro</dc:creator>



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&lt;p&gt;La publication du 4&#232;me rapport du Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'&#201;volution du Climat (GIEC), le 2 f&#233;vrier &#224; Paris, a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une couverture m&#233;diatique exceptionnelle, &#224; la hauteur des inqui&#233;tudes populaires face aux effets de plus en plus &#233;vidents du r&#233;chauffement de la plan&#232;te. Le nouveau document, sans surprises, se situe dans le sillage du rapport pr&#233;c&#233;dent, remis en 2001. Il est n&#233;anmoins important, car il confirme et renforce les constats dress&#233;s &#224; l'&#233;poque. Confront&#233;s &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-108-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La publication du 4&#232;me rapport du Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'&#201;volution du Climat (GIEC), le 2 f&#233;vrier &#224; Paris, a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une couverture m&#233;diatique exceptionnelle, &#224; la hauteur des inqui&#233;tudes populaires face aux effets de plus en plus &#233;vidents du r&#233;chauffement de la plan&#232;te. Le nouveau document, sans surprises, se situe dans le sillage du rapport pr&#233;c&#233;dent, remis en 2001. Il est n&#233;anmoins important, car il confirme et renforce les constats dress&#233;s &#224; l'&#233;poque. Confront&#233;s &#224; la quasi-certitude que la combustion des combustibles fossiles (et les changements d'affectation des sols) constituent la cause principale des changements climatiques, les sceptiques et n&#233;gationnistes de tout poil n'ont plus de marge de man&#339;uvre. Du coup, le d&#233;bat se d&#233;place du terrain scientifique vers le terrain social et politique : Quelles strat&#233;gies d'att&#233;nuation et d'adaptation mettre en &#339;uvre ? A quel rythme ? Avec quels moyens ? Qui va d&#233;cider ? Qui va payer ? Un nouvel accord international pourra-t-il prendre le relais du Protocole de Kyoto ? Ces questions-l&#224; nous concernent tous, il ne faut pas les laisser aux &#171; experts &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte d&#233;voil&#233; le 2 f&#233;vrier est en fait la contribution d'une des sections du GIEC, le &#171; Groupe de Travail 1 &#187;, &#224; un rapport plus large, qui comptera en tout trois volets (comme lors des exercices pr&#233;c&#233;dents). Il est le produit de la collaboration de 650 sp&#233;cialistes, originaires de toutes les r&#233;gions du monde (1). Le &#171; r&#233;sum&#233; &#224; l'intention des d&#233;cideurs &#187; &#8212; seul texte disponible actuellement, il faudra patienter plusieurs semaines pour obtenir le rapport int&#233;gral &#8212; a &#233;t&#233; adopt&#233; au terme d'une semaine de r&#233;unions par les scientifiques impliqu&#233;s et les repr&#233;sentants officiels de 113 &#201;tats, en pr&#233;sence d'observateurs du monde des affaires ainsi que des ONG environnementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;chauffement &#171; anthropique &#187; : de &#171; probable &#187; &#224; &#171; tr&#232;s probable &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conclusions des experts ne sont pas neuves, mais elles sont formul&#233;es avec plus de nettet&#233; qu'il y a six ans. Le 3&#232;me rapport estimait &#171; probable &#187; (plus de 66 % de chance) que les changements climatiques observ&#233;s au cours de la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle soient dus majoritairement &#224; &#171; l'activit&#233; humaine &#187;. Obtenue en 2001 au prix de discussions acharn&#233;es avec les repr&#233;sentants de certains gouvernements, cette petite phrase se voit non seulement confirm&#233;e mais consid&#233;rablement renforc&#233;e aujourd'hui par le recours &#224; l'expression &#171; tr&#232;s probable &#187; (qui signifie de 90 % &#224; 99 % de chance, selon l'&#233;chelle de probabilit&#233; adopt&#233;e par le GIEC pour ses travaux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me pour les comparaisons entre le r&#233;chauffement actuel et d'autres &#233;pisodes de r&#233;chauffement dans le pass&#233;. Le 3&#232;me rapport consid&#233;rait comme &#171; probable &#187; que le ph&#233;nom&#232;ne observ&#233; depuis quelques d&#233;cennies d&#233;passe ce qui a pu se produire au cours des 1000 ann&#233;es ant&#233;rieures. Le nouveau rapport porte l'intervalle &#224; 1300 ans et consid&#232;re comme &#171; tr&#232;s probable &#187; que le ph&#233;nom&#232;ne actuel soit sans pr&#233;c&#233;dent au cours de cette p&#233;riode. Ceci cl&#244;t les d&#233;bats enflamm&#233;s men&#233;s &#224; partir de certaines reconstitutions controvers&#233;es du climat du Moyen-Age, selon lesquelles il faisait plus chaud en Europe au XIVe si&#232;cle qu'aujourd'hui. Bref, plus rien ne peut d&#233;vier l'attention du constat central : la preuve du caract&#232;re &#171; anthropique &#187; du changement climatique r&#233;side dans l'effet mesurable des quantit&#233;s de gaz &#224; effet de serre d&#233;vers&#233;es dans l'atmosph&#232;re depuis deux si&#232;cles, c'est-&#224;-dire depuis le d&#233;but du d&#233;veloppement capitaliste bas&#233; sur les combustibles fossiles (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Temp&#233;ratures, niveau des mers, cyclones : les menaces se pr&#233;cisent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les futurs effets possibles du r&#233;chauffement, il ressort des travaux du GIEC que le s&#233;rieux des menaces se pr&#233;cise et s'accro&#238;t, m&#234;me si des incertitudes assez importantes demeurent. Les trois principaux aspects abord&#233;s par les projections concernent les temp&#233;ratures, le niveau des mers, ainsi que la violence des temp&#234;tes et des cyclones. Parcourons-les rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2001, les experts du GIEC situaient la hausse de la temp&#233;rature moyenne de surface d'ici 2100 dans une fourchette de 1,4 &#224; 5,8 degr&#233;s Celsius, selon les sc&#233;narios (3). Ils estiment aujourd'hui &#171; probable &#187; que la hausse sera comprise dans une fourchette de 1,1&#176;C &#224; 2,9&#176;C pour le sc&#233;nario le plus b&#233;nin, et dans une fourchette de 2,4&#176;C &#224; 6,4&#176;C pour le sc&#233;nario le plus n&#233;gatif. Le r&#233;chauffement pourrait donc aller jusqu'&#224; 6,4&#176; dans le pire des cas. En soi, cela constitue un signal tr&#232;s alarmant. Pour rappel, le diff&#233;rentiel de temp&#233;rature entre notre &#233;poque et la derni&#232;re glaciation n'est que de 4,5&#176;C environ. L'enjeu est d'une importance telle que ce signal ne peut &#234;tre minimis&#233; sous pr&#233;texte qu'il ne s'agit que de la valeur sup&#233;rieure d'une fourchette assez large&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la mont&#233;e du niveau des oc&#233;ans, le troisi&#232;me rapport la situait entre 8 et 88 cm. Le document pr&#233;sent&#233; &#224; Paris, pour sa part, resserre la fourchette : de 18 &#224; 59 cm. Soulagement ? Non, car le rapport de 2001 incluait l'estimation tr&#232;s incertaine des effets des processus dynamiques li&#233;s &#224; la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique (les ruptures suivies de glissement de gigantesques masses de glace dans l'oc&#233;an sont un des cauchemars des climatologues). Cet aspect a &#233;t&#233; &#233;cart&#233; du document pr&#233;sent&#233; la semaine derni&#232;re. Comparer les nouveaux chiffres aux anciens &#233;quivaut donc &#224; comparer des pommes et des poires. Or, l'incertitude en question ne peut r&#233;server que de mauvaises surprises, pas de bonnes. Comme le dit le rapport, &#171; Les processus dynamiques li&#233;s &#224; la fonte des glaces, non inclus dans les mod&#232;les actuels mais sugg&#233;r&#233;s par de r&#233;centes observations, pourraient accro&#238;tre la vuln&#233;rabilit&#233; des calottes glaciaires au r&#233;chauffement, augmentant la mont&#233;e future du niveau des mers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux ph&#233;nom&#232;nes m&#233;t&#233;orologiques extr&#234;mes, le rapport pr&#233;c&#233;dent estimait &#171; ne pas disposer de preuves suffisantes &#187; pour affirmer le lien entre le r&#233;chauffement provoqu&#233; par l'homme et la violence croissante des temp&#234;tes et des cyclones. Dans le texte actuel, par contre, ce lien est consid&#233;r&#233; comme &#171; plus probable que son absence &#187;. Par ailleurs, le rapport acte le fait que les mod&#232;les du climat ne permettent pas encore de rendre vraiment compte des ph&#233;nom&#232;nes observ&#233;s : &#171; L'augmentation apparente de la proportion de temp&#234;tes tr&#232;s intenses depuis 1970 dans certaines r&#233;gions est beaucoup plus large que ce qui &#233;tait simul&#233; par les mod&#232;les actuels pour cette p&#233;riode &#187;. Sur ce point, comme sur de nombreux autres, la science du changement climatique a encore bien du pain sur la planche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des diagnostics robustes&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Conform&#233;ment &#224; sa mission, le Groupe de travail 1 n'avance aucune solution : il se borne aux constats scientifiques. Mais ces constats serviront de base &#224; toute la politique climatique qui devrait prendre le relais du Protocole de Kyoto, apr&#232;s 2012. C'est dire qu'ils sont d'une importance politique majeure. Cette importance est encore rehauss&#233;e par le fait que le &#171; r&#233;sum&#233; &#224; l'intention des d&#233;cideurs &#187; est soumis au vote des repr&#233;sentants officiels des gouvernements, qui l'ont discut&#233; phrase par phrase avant d'en endosser le contenu. Il n'est donc pas question de mettre ce texte de c&#244;t&#233; comme une simple contribution au d&#233;bat : c'est un document qui engage, et par rapport auquel les responsables politiques devront rendre des comptes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proc&#233;dure compl&#232;tement originale qui pr&#233;side &#224; l'adoption de ces &#171; r&#233;sum&#233;s &#224; l'intention des d&#233;cideurs &#187; explique les pressions exerc&#233;es sur les auteurs (Lire &#171; Science du climat et soci&#233;t&#233; &#187;) et pourrait faire na&#238;tre le soup&#231;on d'une science officielle, destin&#233;e &#224; intoxiquer ou &#224; manipuler l'opinion. On ne peut nier qu'il y ait des risques, mais ils r&#233;sident davantage dans l'utilisation des conclusions scientifiques du &#171; Groupe de Travail 1 &#187; que dans ces conclusions elles-m&#234;mes (la situation est tr&#232;s diff&#233;rente dans les rapports du GT3, sur l'att&#233;nuation, o&#249; ce sont les sciences sociales qui sont sollicit&#233;es, pas les sciences exactes). D'ailleurs, le GIEC existe depuis suffisamment longtemps pour permettre une v&#233;rification empirique de ses projections. Et cette v&#233;rification est assez concluante : sur la p&#233;riode 1990-2006, l'&#233;volution de la concentration atmosph&#233;rique en gaz carbonique a suivi presque exactement les projections, tandis que celle des temp&#233;ratures s'inscrivait dans la partie haute de la fourchette. Il est vrai que la hausse du niveau des mers, par contre, a &#233;t&#233; sensiblement sup&#233;rieure aux projections (3,3mm/an au lieu de 2mm selon les mod&#232;les) (4), mais ce domaine est aussi un des plus incertains, notamment en ce qui concerne le comportement dynamique des glaciers, &#233;voqu&#233; plus haut. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les diagnostics du GIEC portant sur la science du climat doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme robustes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;bat sur la science est &#233;puis&#233;, le d&#233;bat social et politique s'acc&#233;l&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut r&#233;sumer de fa&#231;on imag&#233;e la situation au lendemain de la conf&#233;rence de Paris en disant que la v&#233;rit&#233; climatique (presque) toute nue est &#8212; enfin &#8212; sortie du puits. Les man&#339;uvres de ceux qui voulaient la dissimuler ou la d&#233;figurer ont &#233;chou&#233; (mais ils auront gagn&#233; un temps pr&#233;cieux aux d&#233;pens de la majorit&#233; de l'humanit&#233;, notamment des victimes potentielles, ce qui n'est &#233;videmment pas n&#233;gligeable !). A part quelques irr&#233;ductibles, au demeurant tr&#232;s isol&#233;s et fort peu cr&#233;dibles, plus personne ne peut nier la r&#233;alit&#233; d'un r&#233;chauffement plan&#233;taire provoqu&#233; principalement par l'activit&#233; humaine (plus exactement : par le mode actuel, capitaliste, de cette activit&#233;). La pol&#233;mique climatique, du coup, glisse de fa&#231;on d&#233;cisive du terrain scientifique vers le terrain social et politique. Il ne fait gu&#232;re de doute que ce glissement va s'accentuer dans les mois qui viennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des premi&#232;res cons&#233;quences de la nouvelle situation sera fort probablement de pr&#233;cipiter le basculement de la classe dominante am&#233;ricaine sur la question du climat. Ce basculement se pr&#233;pare depuis quelques ann&#233;es d&#233;j&#224;. Contrairement &#224; l'image simpliste v&#233;hicul&#233;e par certains m&#233;dias europ&#233;ens, il ne consiste pas principalement dans l'abandon du &#171; n&#233;gationnisme climatique &#187; (que m&#234;me Bush ne professe plus depuis 2003) mais dans le ralliement &#224; l'id&#233;e de r&#233;ductions obligatoires des &#233;missions (5). Pour l'administration et les lobbies qui la soutiennent, ces r&#233;ductions obligatoires provoqueraient d&#233;localisations, pertes d'emplois et autres &#171; cons&#233;quences non d&#233;sir&#233;es &#187;. Les repr&#233;sentants US &#224; Paris ne se sont pas priv&#233;s de r&#233;p&#233;ter cette antienne, parfois de fa&#231;on grossi&#232;rement caricaturale. Estimant que les r&#233;ductions obligatoires n&#233;cessaires au sauvetage du climat seraient &#233;normes et que de telles mesures n'avaient jamais &#233;t&#233; test&#233;es &#224; une aussi large &#233;chelle dans une &#233;conomie r&#233;elle, le Secr&#233;taire &#224; l'&#201;nergie, Samuel Bodman, a d&#233;clar&#233; que &#171; L'&#233;conomie US n'est pas quelque chose avec quoi on peut faire des exp&#233;riences &#187; (6). Et le climat de la plan&#232;te, M. Bodman ? Et le sort des 200 millions de gens qui risquent de devoir d&#233;m&#233;nager par suite de la mont&#233;e du niveau des oc&#233;ans ? Sont-ce des &#171; choses &#187; avec lesquelles l'&#233;conomie US peut se permettre de &#171; faire des exp&#233;riences &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monstruosit&#233; &#233;thique de la politique climatique de Bush est &#233;vidente pour toute personne sens&#233;e. Mais le patronat nord-am&#233;ricain a une autre raison de s'inqui&#233;ter : il est de plus en plus conscient du fait que l'absence de r&#233;gulation contraignante &#224; long terme risque de lui faire rater le coche du march&#233; des nouvelles technologies &#233;nerg&#233;tiques. Selon un sondage r&#233;cent, 80 % des patrons du secteur de la production d'&#233;lectricit&#233; sont convaincus que le contingentement l&#233;gal des &#233;missions s'imposera in&#233;vitablement dans les dix ans qui viennent. L'immobilisme de la Maison Blanche est vu comme un handicap par ces industriels. Une dizaine de grandes entreprises (dont Alcoa, Caterpillar et DuPont) ont &#233;crit au congr&#232;s pour lui demander de mettre sur pied un syst&#232;me de r&#233;duction avec &#233;change de droits (&#171; cap and trade system &#187;, dans le jargon) (7). Cette prise de conscience se traduit &#233;videmment dans les deux grands partis traditionnels. Alors que le pr&#233;sident Clinton n'avait m&#234;me pas os&#233; soumettre Kyoto &#224; la ratification du Congr&#232;s, tant l'opposition &#233;tait forte, il y a aujourd'hui plus de six propositions de loi en faveur de r&#233;ductions obligatoires des &#233;missions (8). Les deux principaux candidats &#224; l'investiture pour les &#233;lections pr&#233;sidentielles (le r&#233;publicain John McCain et la d&#233;mocrate Hillary Clinton) sont tous deux favorables &#224; une r&#233;gulation par la loi. En Californie, les &#233;lus d&#233;mocrates collaborent &#224; la politique de r&#233;duction obligatoire des &#233;missions, impuls&#233;e par le gouverneur r&#233;publicain Arnold Schwarzenegger (9). Etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, que ce soit au niveau des &#201;tats f&#233;d&#233;r&#233;s ou au niveau f&#233;d&#233;ral, aucun des sch&#233;mas de r&#233;duction d'&#233;missions qui se discutent aux USA n'est &#224; la hauteur du d&#233;fi climatique. Alors que les quantit&#233;s de gaz &#224; effet de serre &#233;mises devraient &#234;tre divis&#233;es par quatre (au moins) d'ici 2050, ces sch&#233;mas, qui portent jusqu'&#224; 2020 ou au-del&#224;, sont inf&#233;rieurs aux (mini) engagements de Kyoto pour la p&#233;riode 2008-2012. Il ne faut donc se faire aucune illusion : le basculement climatique de la classe dominante am&#233;ricaine ne sera pas synonyme de sauvetage du climat&#8230; Mais il ne sera pas sans cons&#233;quences pour autant : il nous fera entrer de plain-pied dans une conjoncture sensiblement nouvelle, o&#249; l'urgence climatique sous-tendra le remodelage capitaliste d'un large &#233;ventail de politiques : &#233;nerg&#233;tique, fiscale, sociale, de transport, de recherche, agricole, d'am&#233;nagement du territoire, etc. Ce remodelage a d&#233;j&#224; commenc&#233; et l'enjeu, pour la puissance dominante am&#233;ricaine, est d'en assurer le leadership mondial. La politique climatique de Bush sera abandonn&#233;e avant tout parce qu'elle ne permet plus de relever ce d&#233;fi, et pas pour une autre raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'un nouvel accord international puisse &#234;tre mis en &#339;uvre &#224; partir de 2012, les n&#233;gociations doivent aboutir au plus tard en 2010. George W. Bush restera aux affaires jusqu'en 2008. Les d&#233;lais sont donc tr&#232;s brefs. Mais la conversion de la classe dominante US aux r&#233;ductions contraignantes pourrait permettre une r&#233;conciliation rapide entre les &#201;tats-Unis et l'Union europ&#233;enne autour d'une nouvelle politique climatique. De part et d'autre de l'Atlantique, les points d'accord sont en effet nombreux : instauration d'un prix mondial du carbone, transformation des contraintes en opportunit&#233;s par l'extension sans limite des m&#233;canismes permettant l'acquisition de droits d'&#233;missions dans les pays en d&#233;veloppement (par le biais d'investissements propres, de la protection des for&#234;ts ou de plantations d'arbres), relance du nucl&#233;aire, main basse sur les r&#233;serves de biomasse du Sud comme nouvelle ressource &#233;nerg&#233;tique, renforcement de la domination sur les pays en d&#233;veloppement, instrumentalisation de la menace climatique dans le cadre d'une nouvelle offensive visant &#224; d&#233;stabiliser les syst&#232;mes de protection sociale,&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport Stern repr&#233;sente une premi&#232;re tentative de formuler cette politique nouvelle, beaucoup plus ambitieuse et globale que Kyoto&#8230; mais encore plus lib&#233;rale (10). Pour rappel, ce rapport est b&#226;ti sur une contradiction flagrante, qui permet de douter fortement de son efficacit&#233; : d'une part, le r&#233;chauffement y est qualifi&#233; comme &#171; l'&#233;chec le plus grand et le plus large du march&#233; jamais vu jusqu'&#224; pr&#233;sent &#187;, d'autre part le sauvetage du climat passerait par plus de march&#233;, plus de croissance, plus de mondialisation n&#233;olib&#233;rale. C'est fondamentalement illogique. Que dirait-on d'un m&#233;decin qui prescrirait &#224; un fumeur pr&#233;sentant une tumeur au poumon de fumer deux paquets de cigarettes par jour, au lieu d'un ? On dirait que c'est un charlatan et un assassin. Nicholas Stern et les autres experts n&#233;olib&#233;raux de l'att&#233;nuation du changement climatique sont semblables &#224; ce m&#233;decin hypoth&#233;tique. Ils se drapent dans la science du climat pour faire croire que leurs propositions sont au-dessus de tout soup&#231;on. Mais leur soi-disant &#171; expertise &#187; n'est que le masque des int&#233;r&#234;ts de classe qu'ils d&#233;fendent : ceux des multinationales, qui voient dans la vente des technologies vertes et dans le commerce du carbone une nouvelle fronti&#232;re pour la folle accumulation capitaliste. Le d&#233;bat sur les moyens de sauver le climat ne peut pas &#234;tre laiss&#233; entre les mains de ces gens-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;1. Fond&#233; par les Nations Unies et l'Organisation M&#233;t&#233;orologique Mondiale, le GIEC est compos&#233; de trois groupes de travail : &#171; base scientifique physique &#187;, &#171; impacts, adaptation et vuln&#233;rabilit&#233; &#187;, &#171; att&#233;nuation du changement climatique &#187;. Ces groupes remettent tous les quatre ans des contributions au rapport global. Le rapport du GT2 sera pr&#233;sent&#233; &#224; Bruxelles en avril, celui du GT3 &#224; Bangkok en mai. Les documents sont accessibles en ligne sur &lt;a href=&#034;http://www.ipcc.ch/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ipcc.ch/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Pour plus d'explications sur ces d&#233;bats, consulter par exemple le site Real Climate &lt;a href=&#034;http://www.realclimate.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.realclimate.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Les sc&#233;narios du GIEC concr&#233;tisent diff&#233;rentes hypoth&#232;ses de d&#233;veloppement &#233;conomique et social (plus ou moins de croissance, plus ou moins de mondialisation, etc.), et pas diff&#233;rentes hypoth&#232;ses de politique d'att&#233;nuation des &#233;missions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Selon une &#233;tude publi&#233;e dans Science, cit&#233;e par Le Monde du 2 f&#233;vrier 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Voir notre article : &#171; Protocole de Kyoto : petit pas compromis, effets pervers garantis &#187;, Inprecor n&#176; 491 d'avril 2004, qui &#233;num&#233;rait d&#233;j&#224; une s&#233;rie de manifestations du d&#233;bat en cours dans la classe dominante US (en ligne sur &lt;a href=&#034;http://www.inprecor.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.inprecor.org/&lt;/a&gt; et aussi sur &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. International Herald Tribune du 2 f&#233;vrier 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. The Economist du 25 janvier 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. International Herald Tribune du 2 f&#233;vrier 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. L'&#201;tat de Californie est notamment engag&#233; dans des proc&#233;dures judiciaires contre les fabricants d'automobiles (qui refusent l'obligation de r&#233;duire les &#233;missions des v&#233;hicules, d&#233;cid&#233;e par l'assembl&#233;e de l'&#201;tat) mais aussi contre l'Agence f&#233;d&#233;rale de Protection de l'Environnement, l'EPA (&#224; qui Schwarzenegger reproche de ne pas prendre de mesures de r&#233;gulation suffisantes pour prot&#233;ger le climat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Lire Daniel Tanuro, &#171; Le rapport Stern ou la strat&#233;gie n&#233;olib&#233;rale face au changement climatique : qui va payer l'&#233;chec sans pr&#233;c&#233;dent du march&#233; ? &#187;. En ligne notamment sur &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; d'Inprecor, no 525)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le changement climatique : une perspective</title>
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		<dc:date>2007-03-09T21:49:21Z</dc:date>
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		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le tabac ayant &#233;t&#233; identifi&#233; comme cause de cancer, que dirait-on d'un m&#233;decin qui, d&#233;couvrant une tumeur au poumon chez un patient, lui prescrirait la cigarette ? On dirait que c'est un charlatan, ou un assassin. &lt;br class='autobr' /&gt; 28 f&#233;vrier 2007 On ne soigne pas le mal par le mal, mais en s'attaquant au mal. &lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#234;me logique s'applique &#224; la lutte pour le climat. Le changement climatique &#171; est un &#233;chec sans pr&#233;c&#233;dent du march&#233; &#187;, selon le &#171; rapport Stern &#187; (1). Croire qu'un ph&#233;nom&#232;ne d&#251; au march&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-108-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecologie-19-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le tabac ayant &#233;t&#233; identifi&#233; comme cause de cancer, que dirait-on d'un m&#233;decin qui, d&#233;couvrant une tumeur au poumon chez un patient, lui prescrirait la cigarette ? On dirait que c'est un charlatan, ou un assassin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;28 f&#233;vrier 2007&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne soigne pas le mal par le mal, mais en s'attaquant au mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me logique s'applique &#224; la lutte pour le climat. Le changement climatique &#171; est un &#233;chec sans pr&#233;c&#233;dent du march&#233; &#187;, selon le &#171; rapport Stern &#187; (1). Croire qu'un ph&#233;nom&#232;ne d&#251; au march&#233; pourrait &#234;tre combattu par l'extension du march&#233; est absurde. C'est pourtant ce que propose Stern, et c'est dans ce sens que va le G8 : plus de march&#233;, plus de croissance, plus de mondialisation,... Or, il faut aller dans le sens oppos&#233; : moins de march&#233;, plus de public ; moins de concurrence, plus de collaboration ; moins de &#171; libert&#233; d'entreprendre &#187;, plus de planification ; moins de mondialisation &#233;conomique, plus de localisation. Une politique pour les besoins n'a pas besoin de produire toujours plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi l'&#233;conomie de march&#233; est-elle responsable du r&#233;chauffement ? Parce qu'elle est bas&#233;e sur la concurrence et l'accumulation. Les d&#233;cisions de production ne sont pas prises en fonction de l'utilit&#233; et de l'&#233;cologie, mais en fonction des profits. Des choses inutiles ou nuisibles sont r&#233;alis&#233;es dans le seul but de satisfaire l'avidit&#233; des actionnaires. Des campagnes publicitaires co&#251;teuses servent &#224; &#233;couler les marchandises. La concurrence aveugle pousse &#224; la surproduction, une partie va au rebut. Des objets sont con&#231;us pour s'user rapidement, ou consommer trop d'&#233;nergie. On fabrique dans les pays pauvres, puis on transporte dans les pays riches,... Bref : le gaspillage des ressources est inh&#233;rent &#224; l'&#233;conomie de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usage des combustibles fossiles est lui-m&#234;me le r&#233;sultat de cette logique du profit. On sait depuis 1839 que la lumi&#232;re naturelle g&#233;n&#232;re de l'&#233;lectricit&#233; en rencontrant certains mat&#233;riaux (&#171; effet photovolta&#239;que &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la recherche scientifique avait &#233;t&#233; orient&#233;e prioritairement vers l'exploitation de l'&#233;nergie solaire, l'atmosph&#232;re aujourd'hui ne serait pas satur&#233;e en carbone. Or, pourquoi cette orientation n'a-t-elle pas &#233;t&#233; prise ? Notamment parce que personne ne peut &#234;tre propri&#233;taire du flux solaire illimit&#233;, tandis qu'on peut &#234;tre propri&#233;taire des stocks limit&#233;s de charbon, de p&#233;trole, de gaz,... et que cela procure d'&#233;normes profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vente des produits p&#233;troliers : 2000 milliards d'Euros par an. Co&#251;ts : 500 milliards. Le profit&lt;br class='autobr' /&gt; 1500 milliards/an &#224; l'&#233;chelle mondiale ! - est empoch&#233; par quelques multinationales et (sauf au Venezuela) par les super-privil&#233;gi&#233;s au pouvoir dans les pays producteurs (2). Le p&#233;trole, c'est leur poule aux &#339;ufs d'or. Ils souhaitent qu'elle ponde le plus longtemps possible. Ce souhait est partag&#233; par les secteurs annexes : automobile, fabrication navale, a&#233;ronautique, p&#233;trochimie... Ce sont des milieux puissants, avec beaucoup d'influence politique. R&#233;sultat : alors que les scientifiques mettent en garde depuis plus de trente ans contre le danger du r&#233;chauffement, rien n'a &#233;t&#233; fait, ou presque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Responsable du g&#226;chis, le march&#233; fait tout pour retarder les mesures &#224; prendre. Quand elles sont prises, il tente de les att&#233;nuer. Ou de les d&#233;former &#224; tel point qu'elles m&#233;ritent &#224; peine d'&#234;tre qualifi&#233;es de &#171; premier pas dans la bonne direction &#187;. Le Protocole de Kyoto est tellement truff&#233; de &#171; m&#233;canismes flexibles &#187; qu'il r&#233;duira au mieux les &#233;missions globales des pays industrialis&#233;s de 1,7% en 2012(3). Or, elles doivent diminuer de 70% environ d'ici 2050...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;70% d'ici 2050 : une telle diminution est-elle possible dans des d&#233;lais aussi brefs ? Oui, le climat peut encore &#234;tre sauv&#233;. Le rayonnement re&#231;u du Soleil repr&#233;sente 8000 fois la consommation mondiale d'&#233;nergie. Les technologies actuelles permettraient d'en utiliser un milli&#232;me : huit fois les besoins actuels de l'Humanit&#233;. La recherche scientifique augmentera ce potentiel. Il faut certes faire des &#233;conomies, supprimer les gaspillages - cela concerne aussi chacun de nous. Mais nous ne sommes pas condamn&#233;s &#224; choisir entre le climat et le bien-&#234;tre, ou entre le climat et le d&#233;veloppement des pays du Sud !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, les effets du r&#233;chauffement touchent quasi exclusivement les pauvres (y compris dans les pays riches : le cyclone Katrina - New Orleans 2005 - a fait plus de 1000 morts, presque tous pauvres et Noirs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, en fin de compte, le march&#233; devra bien faire quelque chose pour stabiliser la situation. Le moment de cette d&#233;cision approche inexorablement, mais cela ne marquera pas la fin de nos probl&#232;mes. Car le march&#233; agira en fonction du profit, pas en fonction des besoins. Quand le sauvetage de ce qui restera de notre climat deviendra rentable pour les actionnaires - pas avant - il nous le fera payer par toutes sortes de proc&#233;d&#233;s. Tant pis pour ceux qui n'ont pas les moyens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauver le climat avant qu'il soit trop tard - le sauver au maximum du possible, pour tous, dans la justice et la solidarit&#233; - implique tout faire pour que la hausse de temp&#233;rature ne d&#233;passe pas 2&#176; par rapport &#224; 1790. Le rapport Stern estime le co&#251;t des mesures &#224; prendre entre 1050 et 1200 milliards de dollars par an... et trouve que c'est trop cher. Trop cher, alors que les budgets des arm&#233;es engloutissent annuellement 1037 milliards de dollars (4), que les profits p&#233;troliers &#171; p&#232;sent &#187; 1500 milliards d'Euros ? Trop cher, alors que 200 millions de gens devraient fuir la mont&#233;e des oc&#233;ans d'ici 2080, que le r&#233;chauffement ajouterait trois milliards d'hommes, de femmes et d'enfants &#224; la liste de ceux qui souffrent d&#233;j&#224; de p&#233;nurie d'eau ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#224; o&#249; est le danger, il y a place aussi pour le salut &#187; (H&#246;lderlin). Face au danger climatique, il faut choisir : le climat ou le profit ? C'est un choix de soci&#233;t&#233; &#224; trancher par la soci&#233;t&#233;, pas par les &#171; experts &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Rapport r&#233;dig&#233; par sir Nicholas Stern &#224; la demande du gouvernement britannique, octobre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Jean-Marie Chevalier, &#171; Les grandes batailles de l'&#233;nergie &#187;, Gallimard 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Agence Europ&#233;enne de l'Environnement, rapport N&#176;8/2005, p.9&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) Chiffre 2004 du SIPRI, Stockholm&lt;br class='autobr' /&gt;
TANIAU L&#233;on&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* R&#233;dig&#233; pour le J8 par Daniel Tanuro, f&#233;vrier 2007 : &lt;a href=&#034;http://www.j8summit.com/france/files/le%20climat%20ou%20le%20profit.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.j8summit.com/france/files/le%20climat%20ou%20le%20profit.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Daniel Tanuro est ing&#233;nieur et environnementaliste &#233;cosocialiste. Il analyse la politique climatique notamment sur &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.europe-solidaire.org&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.legrandsoir.info&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.legrandsoir.info&lt;/a&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.mondialisation.ca&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.mondialisation.ca&lt;/a&gt;, ainsi que dans le mensuel &#171; Inprecor &#187; &lt;a href=&#034;http://www.inprecor.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.inprecor.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>CLIMAT : LES APPRENTIS SORCIERS DE LA BANQUE MONDIALE ET DU FMI </title>
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		<dc:date>2007-03-06T14:57:09Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Eric Toussaint</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Fin octobre 2006, Nicholas Stern, conseiller &#233;conomique du gouvernement britannique, a remis au Premier ministre Tony Blair un rapport de 500 pages sur les effets du changement climatique en cours et les moyens de les combattre. Dans son rapport, Nicholas Stern affirme : &#171; Le changement climatique va d&#233;t&#233;riorer des conditions &#233;l&#233;mentaires de la vie des populations sur l'ensemble de la plan&#232;te - acc&#232;s &#224; l'eau, production de nourriture, sant&#233; et environnement [1] &#187;. De mani&#232;re implicite, le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-108-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fin octobre 2006, Nicholas Stern, conseiller &#233;conomique du gouvernement britannique, a remis au Premier ministre Tony Blair un rapport de 500 pages sur les effets du changement climatique en cours et les moyens de les combattre. Dans son rapport, Nicholas Stern affirme : &#171; Le changement climatique va d&#233;t&#233;riorer des conditions &#233;l&#233;mentaires de la vie des populations sur l'ensemble de la plan&#232;te - acc&#232;s &#224; l'eau, production de nourriture, sant&#233; et environnement [1] &#187;. De mani&#232;re implicite, le diagnostic contenu dans ce rapport constitue une condamnation des politiques men&#233;es notamment par le FMI et la Banque mondiale dont Nicholas Stern a &#233;t&#233; &#233;conomiste en chef [2].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le pr&#233;sent article confronte le rapport Stern aux positions adopt&#233;es par les dirigeants importants de la Banque mondiale, du FMI et du gouvernement de Washington au cours des quinze derni&#232;res ann&#233;es. Il revient &#233;galement sur le rapport que la Banque mondiale a consacr&#233; en 2006 aux catastrophes naturelles. La Banque mondiale produit une analyse en contradiction avec ce qu'elle a affirm&#233; jusque l&#224;. Elle tente, au niveau du discours, de limiter la crise de cr&#233;dibilit&#233; qui la touche mais elle n'abandonne nullement son orientation en faveur du tout au march&#233; et son adh&#233;sion au mod&#232;le productiviste destructeur des humains et de l'environnement. Quant au rapport Stern, bien qu'il contienne des jugements tr&#232;s int&#233;ressants, il ne permet en rien de d&#233;boucher sur une alternative au mod&#232;le productiviste et &#224; la poursuite fr&#233;n&#233;tique de la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour sur les positions des dirigeants de la Banque mondiale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que de nombreuses voix mettent en &#233;vidence depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1970 les dangers d'une croissance sans limite et d'un &#233;puisement des ressources naturelles, les dirigeants de la Banque mondiale et du FMI ont affirm&#233; jusqu'il y a peu qu'il n'y avait aucun p&#233;ril en la demeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lawrence Summers, &#233;conomiste en chef et vice-pr&#233;sident de la Banque de 1991 &#224; 1996 et par la suite secr&#233;taire d'Etat au Tr&#233;sor pendant la pr&#233;sidence de William Clinton, d&#233;clarait en 1991 : &#171; Il n'y a pas de (...) limites &#224; la capacit&#233; d'absorption de la plan&#232;te susceptibles de nous bloquer dans un avenir pr&#233;visible. Le risque d'une apocalypse due au r&#233;chauffement du climat ou &#224; toute autre cause est inexistant. L'id&#233;e que le monde court &#224; sa perte est profond&#233;ment fausse. L'id&#233;e que nous devrions imposer des limites &#224; la croissance &#224; cause de limites naturelles est une erreur profonde ; c'est en outre une id&#233;e dont le co&#251;t social serait stup&#233;fiant si jamais elle &#233;tait appliqu&#233;e &#187; [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une lettre adress&#233;e &#224; l'hebdomadaire britannique The Economist, publi&#233;e le 30 mai 1992, il &#233;crit qu'&#224; son avis, m&#234;me en parlant du sc&#233;nario le plus pessimiste : &#171; Brandir le spectre de nos petits-enfants appauvris si nous n'affrontons pas les probl&#232;mes globaux d'environnement est pure d&#233;magogie &#187;. Il ajoutait : &#171; L'argument selon lequel nos obligations morales &#224; l'&#233;gard des g&#233;n&#233;rations futures exigent un traitement sp&#233;cial des investissements environnementaux est stupide &#187; [4].&lt;br class='autobr' /&gt;
Les prises de positions de Lawrence Summers ont provoqu&#233; un v&#233;ritable toll&#233; &#224; l'&#233;poque et, cinq ans plus tard, en 1997, Nicholas Stern (futur &#233;conomiste en chef de la Banque) l'&#233;crivit dans le livre commandit&#233; par la Banque pour retracer son premier demi-si&#232;cle d'existence : &#171; L'engagement de la Banque dans le domaine de l'environnement a &#233;t&#233; mis en doute par certains suite &#224; la publication fin 1991 par le magazine The Economist d'extraits d'une note de service interne &#233;crite par Lawrence Summers, alors &#233;conomiste en chef. La note de service interne sugg&#233;rait la possibilit&#233; que les questions d'environnement &#233;taient surestim&#233;es en ce qui concerne les pays en d&#233;veloppement ; ces pays pourraient r&#233;duire leurs co&#251;ts marginaux en commer&#231;ant ou en tol&#233;rant les substances polluantes &#187; [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En compl&#232;te contradiction avec les d&#233;clarations rassurantes de Lawrence Summers cit&#233;es plus haut pr&#233;disant que le r&#233;chauffement du climat ne r&#233;duirait la croissance que de moins de 0,1% par an au cours des deux prochains si&#232;cles, Nicholas Stern affirme en 2006 : &#171; Le Rapport estime que si nous n'agissons pas, les co&#251;ts et les risques du changement climatique dans leur ensemble repr&#233;senteront l'&#233;quivalent d'une perte d'au moins 5% du PNB mondial chaque ann&#233;e, maintenant et pour toujours. Si on prend en compte un &#233;ventail plus large des risques et des impacts, les estimations des pertes pourraient atteindre jusqu'&#224; 20% du PNB ou plus &#187;. C'est un d&#233;menti cinglant mais tardif des affirmations de Lawrence Summers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les affirmations du type de celles de Lawrence Summers ne constituent pas un ph&#233;nom&#232;ne isol&#233; : elles renvoient &#224; la position dominante du gouvernement de Washington lors des d&#233;cisions de la Banque mondiale et du FMI. Ces positions, qui niaient que des d&#233;g&#226;ts graves &#233;taient caus&#233;s &#224; l'environnement par le mod&#232;le productiviste et qu'un changement climatique &#233;tait en cours, ont &#233;t&#233; exprim&#233;es par Washington au moins jusqu'il y a peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nombreux discours d'Anne Krueger, &#233;conomiste en chef de la Banque mondiale pendant le mandat pr&#233;sidentiel de Ronald Reagan et, plus tard, num&#233;ro 2 du FMI de 2000 &#224; 2006, en apportent la preuve. Dans l'un d'eux, prononc&#233; le 18 juin 2003 &#224; l'occasion du 7e Forum &#233;conomique international de Saint-P&#233;tersbourg, Anne Krueger d&#233;clarait : &#171; Prenons cette inqui&#233;tude imm&#233;moriale qu'une croissance rapide va &#233;puiser les ressources en combustible et que si cela se produit, la croissance sera stopp&#233;e net. Les r&#233;serves de p&#233;trole sont plus importantes aujourd'hui qu'en 1950. A l'&#233;poque, on estimait que les r&#233;serves mondiales de p&#233;trole seraient &#233;puis&#233;es en 1970. Cela ne s'est pas produit. Aujourd'hui, les r&#233;serves connues peuvent durer 40 ans au taux actuel de consommation. Il ne fait pas de doute que quand nous arriverons &#224; 2040, la recherche et le d&#233;veloppement auront produit de nouvelles avanc&#233;es dans la production et l'utilisation de l'&#233;nergie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette affirmation est contredite par tous les r&#233;sultats des recherches sur les r&#233;serves de p&#233;trole. Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1990, le volume des nouvelles d&#233;couvertes de p&#233;trole sont inf&#233;rieures &#224; la progression de la consommation de p&#233;trole [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne Krueger poursuivait : &#171; Nous n'avons pas non plus caus&#233; de d&#233;g&#226;ts irr&#233;parables &#224; l'environnement. Il est clair qu'apr&#232;s une phase initiale de d&#233;gradation, la croissance &#233;conomique entra&#238;ne ensuite une phase d'am&#233;lioration. Le point critique, auquel les gens se mettent &#224; choisir d'investir dans la pr&#233;vention de la pollution et le nettoyage de zones pollu&#233;es, se situe &#224; environ 5 000 dollars de Produit int&#233;rieur brut (PIB) par habitant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier paragraphe contient deux erreurs (mensonges) manifestes. Premi&#232;rement, les faits d&#233;montrent que des d&#233;g&#226;ts irr&#233;parables ont &#233;t&#233; caus&#233;s &#224; l'environnement. Deuxi&#232;mement, il n'est pas vrai qu'apr&#232;s &#171; une phase initiale de d&#233;gradation &#187; de l'environnement, &#171; la croissance &#233;conomique entra&#238;ne ensuite une phase d'am&#233;lioration &#187;. Les pays les plus industrialis&#233;s ont d&#233;pass&#233; depuis longtemps 5 000 dollars de PIB par habitant [7] et pourtant, la plupart d'entre eux poursuivent des politiques qui entra&#238;nent une augmentation de la pollution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu attendre les suites de l'ouragan Katrina d'ao&#251;t 2005 pour que la Maison Blanche commence, &#224; contrecoeur, &#224; reconna&#238;tre l'&#233;vidence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le CADTM, ainsi que d'autres mouvements, n'a pas attendu une catastrophe comme celle qui s'est abattue sur la Nouvelle Orl&#233;ans pour reprocher &#224; la Banque mondiale et au FMI des politiques qui ont favoris&#233; le changement climatique et ont affaibli la capacit&#233; des pays en d&#233;veloppement &#224; faire face &#224; des calamit&#233;s naturelles. Le CADTM a d&#233;nonc&#233; la promotion par la Banque mondiale et le FMI de politiques favorisant la d&#233;forestation et le d&#233;veloppement de m&#233;gaprojets &#233;nerg&#233;tiques destructeurs de l'environnement [8]. De m&#234;me, il a demand&#233; &#224; la Banque mondiale d'abandonner le soutien aux projets destructeurs des protections naturelles des c&#244;tes telles que les mangroves qui amortissent les effets de type tsunami [9]. Le CADTM a &#233;galement exig&#233; que la Banque mondiale arr&#234;te ses pr&#234;ts dans le secteur des industries extractives. Enfin, le CADTM a remis en cause la d&#233;cision prise par la conf&#233;rence de Rio de 1992 de confier &#224; la Banque mondiale la gestion d'un fonds mondial de protection de l'environnement. Cela revient incontestablement &#224; confier au renard la s&#233;curit&#233; du poulailler...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tournant amorc&#233; par la Banque&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans la moindre autocritique, la Banque mondiale a publi&#233; en avril 2006 un rapport consacr&#233; aux catastrophes naturelles. Son auteur, Ronald Parker, &#233;crit : &#8220;Il y a une augmentation des catastrophes li&#233;es &#224; la d&#233;gradation de l'environnement aux quatre coins de la plan&#232;te&#8221; [10]. Alors que le nombre de tremblements de terre reste quasiment constant, c'est le nombre et l'ampleur des catastrophes naturelles li&#233;es au climat qui est en forte croissance : d'une moyenne annuelle de 100 en 1975 &#224; plus de 400 pour l'ann&#233;e 2005. La Banque reconna&#238;t que le r&#233;chauffement global, la d&#233;forestation et l'&#233;rosion des sols ont accru la vuln&#233;rabilit&#233; de r&#233;gions enti&#232;res. La Banque estime que les pays en d&#233;veloppement subissent des dommages d'au moins 30 milliards de dollars par an. Comme le d&#233;clare Lester Brown, directeur du Earth Policy Institute : &#8220;Ce Rapport souligne que, bien que nous continuions &#224; qualifier ces catastrophes de &#171; naturelles &#187;, elles sont parfois clairement d'origine humaine&#8221; [11].&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Rapport de Nicholas Stern sur le r&#233;chauffement global&lt;br class='autobr' /&gt;
Nicholas Stern est tr&#232;s clair : les pays les moins industrialis&#233;s, bien que moins responsables que les autres du r&#233;chauffement climatique, seront les plus touch&#233;s : &#171; Tous les pays seront touch&#233;s. Les plus vuln&#233;rables - les pays et populations les plus pauvres - souffriront plus t&#244;t et davantage, m&#234;me s'ils ont beaucoup moins contribu&#233; au changement climatique &#187;. Il ajoute, en compl&#232;te contradiction avec la philosophie des tenants de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale, que : &#171; Le changement climatique est le plus grand &#233;chec du march&#233; que le monde ait jamais connu et il interagit avec d'autres imperfections du march&#233; &#187;. Ceci dit, Nicholas Stern ne propose pas du tout d'alternative au mod&#232;le productiviste et au march&#233; capitaliste. Au contraire, son rapport a pour but de tirer la sonnette d'alarme afin que des fonds suffisants soient consacr&#233;s &#224; des d&#233;penses de reconversion industrielle et de protection de l'environnement, dans le but de permettre la poursuite de cette croissance aveugle. Il affirme que l'humanit&#233; peut &#234;tre &#224; la fois &#171; verte &#187; et &#171; pro-croissance &#187; (&#171; green and growth &#187;). Il explique que le march&#233; de la protection de l'environnement va offrir un nouveau cr&#233;neau au priv&#233; pour faire des profits. Et pour couronner le tout, il explique qu'&#233;tant donn&#233; que les PED polluent moins que les pays industrialis&#233;s tout en souffrant davantage des effets du r&#233;chauffement, ils pourront vendre aux pays riches des droits de continuer &#224; polluer. Avec les recettes engrang&#233;es par la vente de ces droits, ils pourront financer la r&#233;paration des d&#233;g&#226;ts caus&#233;s &#224; leur population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore, les tenants du mod&#232;le productiviste dominant ont commenc&#233; par nier l'existence d'un probl&#232;me crucial, en l'occurrence celui des d&#233;g&#226;ts environnementaux et du r&#233;chauffement climatique, et continu&#233; &#224; promouvoir avec force des politiques qui aggravaient la situation. Puis, quand la situation est devenue intenable, ils ont fait la une des m&#233;dias internationaux en publiant un rapport sur le sujet, cherchant &#224; accr&#233;diter l'id&#233;e que les institutions internationales et les gouvernements des pays les plus industrialis&#233;s ont pris la mesure de ce grave probl&#232;me, en fait volontairement occult&#233; pendant des d&#233;cennies. En fin de compte, les d&#233;fenseurs du syst&#232;me actuel laissent croire qu'il est en mesure d'apporter une solution &#224; un probl&#232;me dont il est une des causes fondamentales, permettant ainsi sa propre perp&#233;tuation. Il est urgent de comprendre que la seule solution juste et durable passe justement par la remise en cause de ce syst&#232;me capitaliste productiviste, structurellement g&#233;n&#233;rateur de d&#233;g&#226;ts environnementaux et d'in&#233;galit&#233;s galopantes.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes :&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Nicholas STERN, STERN REVIEW : The Economics of Climate Change, octobre 2006. Toutes les citations du Rapport Stern dans le pr&#233;sent article sont tir&#233;es des conclusions du rapport. Le Rapport complet est accessible sur le site internet du gouvernement britannique.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Nicholas Stern a &#233;t&#233; &#233;conomiste en chef et vice-pr&#233;sident de la Banque mondiale de 2000 &#224; 2003.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Lawrence Summers, &#224; l'occasion de l'assembl&#233;e annuelle de la Banque mondiale et du FMI &#224; Bangkok en 1991, interview avec Kirsten Garrett, &#171; Background Briefing &#187;, Australian Broadcasting Company, second programme.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] &#171; Summers on Sustainable Growth &#187;, lettre de Lawrence Summers &#224; The Economist, 30 mai 1992.&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Nicholas Stern et Francisco Ferreira in KAPUR, Devesh, LEWIS, John P., WEBB, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 2 : Perspectives, p.566.&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] In Alternatives &#233;conomiques, n&#176;239, septembre 2005&lt;br class='autobr' /&gt;
[7] Le PIB par habitant d&#233;passe 20 000 dollars dans les pays d'Am&#233;rique du Nord, d'Europe occidentale, le Japon, l'Australie, la Nouvelle Z&#233;lande.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8] Voir notamment, Eric Toussaint, La Bourse ou la Vie, CADTM-Luc Pire-Syllepse-Cetim, 1998, chapitre 9.&lt;br class='autobr' /&gt;
[9] Damien Millet et Eric Toussaint, Les Tsunamis de la dette, CADTM-Syllepse, Li&#232;ge-Paris, 2005&lt;br class='autobr' /&gt;
[10] Cit&#233; dans le Financial Times, 22-23 avril 2006.&lt;br class='autobr' /&gt;
[11] Cit&#233; dans le Financial Times, 22-23 avril 2006.&lt;br class='autobr' /&gt;
En cas de reproduction de cet article, mentionnez s'il vous pla&#238;t la source.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; sur site du CADTM&lt;br class='autobr' /&gt;
URL : &lt;a href=&#034;http://www.cadtm.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cadtm.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le diable fait les casseroles, mais pas les couvercles : d&#233;fense du climat et anticapitalisme</title>
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		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>

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&lt;p&gt;25 janvier 2007 Ce texte est &#224; para&#238;tre dans Inprecor n&#176; 425 de f&#233;vrier-mars 2007, dans le cadre d'un num&#233;ro sp&#233;cial consacr&#233; au changement climatique. Sauf indication contraire, les r&#233;f&#233;rences vers d'autres articles renvoient &#224; des documents, interviews et analyses publi&#233;s dans ce num&#233;ro sp&#233;cial. Celui-ci sera disponible d&#232;s parution aupr&#232;s de PECI-Inprecor, 27 rue Taine, 75012 Paris, France, au prix de 5,50 euros. Les graphiques qui illustrent l'article ne sont pas reproduits ici, mails (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-108-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;25 janvier 2007&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte est &#224; para&#238;tre dans Inprecor n&#176; 425 de f&#233;vrier-mars 2007, dans le cadre d'un num&#233;ro sp&#233;cial consacr&#233; au changement climatique. Sauf indication contraire, les r&#233;f&#233;rences vers d'autres articles renvoient &#224; des documents, interviews et analyses publi&#233;s dans ce num&#233;ro sp&#233;cial. Celui-ci sera disponible d&#232;s parution aupr&#232;s de PECI-Inprecor, 27 rue Taine, 75012 Paris, France, au prix de 5,50 euros. Les graphiques qui illustrent l'article ne sont pas reproduits ici, mails ils seront aussi dans Inprecor.Je remercie Marijke Colle, Jane Kelly, Manolo Gari, Michel Husson et Micha&#235;l L&#246;wy qui ont bien voulu commenter une premi&#232;re version de ce texte. La version finale n'engage que ma responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;cho du film d'Al Gore, le battage autour du rapport Stern, l'&#233;cho des rapports du GIEC (Groupe des experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat) et le succ&#232;s croissant des manifestations organis&#233;es par la Climate Action Campaign illustrent l'inqui&#233;tude de plus en plus vive de l'opinion publique face au changement climatique. Beaucoup trop inactive sur ce terrain, la gauche devrait s'investir dans le mouvement international qui &#233;merge autour de l'id&#233;e que le sauvetage du climat - dans la justice sociale - passe avant le profit et n&#233;cessite une importante redistribution des richesses. C'est peu dire que ce mouvement est indispensable. Y engager le mouvement ouvrier est un des objectifs strat&#233;giques auquel la gauche devrait s'atteler en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quantit&#233; de carbone &#233;mise annuellement par l'&#233;conomie mondiale repr&#233;sente environ le double de ce que les &#233;cosyst&#232;mes (oc&#233;ans, sols, v&#233;g&#233;tation) sont capables d'absorber. Le cycle naturel tend vers la saturation. En s'accumulant dans l'atmosph&#232;re, le surplus provoque une intensification de l'effet de serre naturel, donc un r&#233;chauffement de la surface de la plan&#232;te. Le ph&#233;nom&#232;ne s'est amorc&#233; avec la R&#233;volution industrielle et le d&#233;collage du capitalisme. Ses deux causes principales sont la combustion des combustibles fossiles (charbon, p&#233;trole, gaz naturel) et le changement d'affectation des terres (d&#233;frichement, labour,...). La premi&#232;re de ces causes est devenue la plus importante avec l'explosion du parc automobile, dans les ann&#233;es cinquante du si&#232;cle pass&#233;. La responsabilit&#233; historique du changement climatique incombe &#224; plus de 75% aux pays d&#233;velopp&#233;s mais les &#233;missions des pays en d&#233;veloppement augmentent &#224; vive allure (surtout celles des grands pays tels que l'Inde, la Chine, le Br&#233;sil) (fig. 1). Selon les sp&#233;cialistes, la riposte devrait viser &#224; maintenir la hausse de la temp&#233;rature moyenne &#224; la surface du globe au-dessous de 2&#176;C par rapport &#224; la p&#233;riode pr&#233;-industrielle [1], faute de quoi les cons&#233;quences deviendraient tr&#232;s s&#233;rieuses pour les &#233;cosyst&#232;mes et l'humanit&#233; (en particulier les pays du Sud et les pauvres en g&#233;n&#233;ral, selon le GIEC [2]). Pour prendre toute la mesure du d&#233;fi, il faut savoir que, au point o&#249; nous en sommes, la limitation de la hausse de temp&#233;rature &#224; 2&#176;C ne peut plus &#234;tre assur&#233;e par une action des seuls pays d&#233;velopp&#233;s : dans le cas hypoth&#233;tique o&#249; ceux-ci ram&#232;neraient imm&#233;diatement toutes leurs &#233;missions &#224; z&#233;ro, et o&#249; les pays en d&#233;veloppement ne prendraient aucune mesure, la hausse de temp&#233;rature pourrait n&#233;anmoins atteindre 4&#176; &#224; 5&#176;C en un si&#232;cle, soit un &#233;cart thermique aussi important que celui qui s&#233;pare notre &#233;poque de la derni&#232;re glaciation. D&#233;couvrant un gigantesque revers du &#171; progr&#232;s &#187; capitaliste, le genre humain risque d'entrer dans une situation qu'il n'a jamais connue et dont les cons&#233;quences seraient &#224; tout le moins redoutables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contraintes physiques et lois sociales&lt;br class='autobr' /&gt;
Les avertissements lanc&#233;s depuis plus de vingt ans n'ayant pas &#233;t&#233; entendus, il est trop tard aujourd'hui pour &#233;viter le changement climatique : il est en cours et fera sentir ses effets pendant plusieurs si&#232;cles. La question qui se pose est : comment limiter les d&#233;g&#226;ts ? La r&#233;ponse est balis&#233;e par des contraintes physiques incontournables. D'apr&#232;s les mod&#232;les du climat, la concentration atmosph&#233;rique en gaz &#224; effet de serre correspondant &#224; une hausse maximum de 2&#176;C serait de 450 &#224; 550 &#171; parts par million en volume d'&#233;quivalent CO2 &#187; [3]. La partie haute de cette fourchette correspond approximativement au double de la concentration avant 1780. La concentration actuelle, tous gaz confondus, nous situe d&#233;j&#224; dans la zone dangereuse : 465 ppmvCO2eq (dont 370 ppmv de CO2 seul). Son augmentation semble de plus en plus rapide [4]. Restabiliser la temp&#233;rature du globe implique de stabiliser au plus vite les concentrations atmosph&#233;riques des gaz concern&#233;s. Or, vu la dur&#233;e de vie de ceux-ci et l'inertie thermique des oc&#233;ans [5], notamment, il ne suffirait pas pour cela de stabiliser les &#233;missions : celles-ci doivent &#234;tre r&#233;duites de fa&#231;on tr&#232;s drastique et tr&#232;s rapide. Les graphiques ci-dessous illustrent ce lien entre &#233;ch&#233;ances temporelles, temp&#233;rature, concentration et &#233;missions pour une stabilisation &#224; 550 ppmv du seul CO2 (fig.2). En vertu du principe de pr&#233;caution, et en consid&#233;rant tous les gaz &#224; effet de serre, l'objectif d'une stabilisation &#224; 450 ppmvCO2eq devrait &#234;tre adopt&#233;, pour tenir compte des inconnues du syst&#232;me climatique. Selon le rapport Stern [6], cet objectif requiert que les &#233;missions (42 gigatonnes/an actuellement) passent par un pic dans les 10 ans puis diminuent au moins de 5% par an, donnant en 2050 75% de r&#233;duction par rapport &#224; 1990, &#224; l'&#233;chelle mondiale. La stabilisation &#224; 550 ppmv (partie haute de la fourchette) implique un pic dans les 20 ans, puis une diminution de 1 &#224; 3% par an (mais, dans ce sc&#233;nario, il y a plus de 50% de risque de franchir la barre des 2&#176;C de r&#233;chauffement). Dans tous les cas, au si&#232;cle prochain, les &#233;missions globales annuelles devraient &#234;tre ramen&#233;es &#224; 5GtCO2eq, voire moins, c'est-&#224;-dire &#234;tre divis&#233;es par huit environ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gaz &#224; effet de serre le plus important est le gaz carbonique (CO2). Comme ce gaz est un produit in&#233;vitable de toute combustion, la r&#233;duction de ses &#233;missions n'est pas aussi facile que celle d'un polluant atmosph&#233;rique comme le soufre, qui peut &#234;tre &#233;limin&#233; des fum&#233;es [7]. Est-il possible, d&#232;s lors, de respecter des contraintes physiques aussi draconiennes sans ramener l'humanit&#233; plusieurs si&#232;cles en arri&#232;re ? Pour &#233;viter des r&#233;actions de panique, des r&#233;flexes d'autruche, ou d'autres comportements irrationnels (que des forces r&#233;actionnaires pourraient instrumentaliser), il est extr&#234;mement important de marteler que la r&#233;ponse, sur le plan technico-scientifique, est : oui ! Oui, la lutte contre le gaspillage d'&#233;nergie, la hausse de l'efficience &#233;nerg&#233;tique, le remplacement des sources fossiles par les sources renouvelables, ainsi que la protection des sols et des for&#234;ts permettent de relever le d&#233;fi (lire &#171; Mythes et r&#233;alit&#233;s technologiques, d&#233;fis sociaux &#187;). Vu l'importance des processus de combustion, la question &#233;nerg&#233;tique est au centre du d&#233;bat. Or, le flux d'&#233;nergie solaire qui atteint la surface de la Terre, et qui l'atteindra encore pendant au moins 5 milliards d'ann&#233;es, &#233;gale 7000 &#224; 8000 fois la consommation &#233;nerg&#233;tique mondiale. Un milli&#232;me de ce flux peut &#234;tre converti en &#233;nergie utilisable &#224; l'aide des technologies actuelles. Ce potentiel technique augmentera avec le progr&#232;s scientifique (si on s'en donne les moyens). Cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de probl&#232;mes, qu'il &#171; suffirait &#187; de remplacer les fossiles par les renouvelables. A court terme, la transition comporte de nombreuses difficult&#233;s. A plus long terme, comme le flux solaire constitue une source d'&#233;nergie diffuse, son utilisation requiert un haut degr&#233; de d&#233;centralisation, donc de participation sociale et de responsabilit&#233; collective. Des changements devront notamment intervenir dans le mode de vie individualiste de fractions ais&#233;es de la soci&#233;t&#233;, en particulier dans les pays d&#233;velopp&#233;s, qui font un grand usage de technologies &#233;cologiquement insoutenables et non g&#233;n&#233;ralisables &#224; l'ensemble de l'humanit&#233;. Mais ces changements ne sont pas fatalement synonymes de &#171; r&#233;gression &#187;. Pour peu que le sauvetage du climat se fasse dans la justice sociale, il pourra aller de pair avec une meilleure qualit&#233; de vie pour l'immense majorit&#233; de la population, m&#234;me dans les &#171; pays riches &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re angoissant du changement climatique provient du fait que les solutions sont mises en oeuvre beaucoup trop chichement. Pourquoi ? Parce qu'elles r&#233;duisent la rentabilit&#233; du capital, impliquent la suppression d'activit&#233;s profitables, remettent en cause les rentes et les situations de pouvoir li&#233;es &#224; la centralisation &#233;nerg&#233;tique, n&#233;cessitent une planification et une initiative publique, impliquent une relocalisation de l'activit&#233;, bousculent la spirale infernale surproduction/surconsommation des uns/ sous-consommation des autres... Etc. Ces raisons sont &#233;conomiques, donc sociales. Elles ne d&#233;coulent pas de lois naturelles incontournables mais de lois sociales, que l'humanit&#233; peut changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La litt&#233;rature sp&#233;cialis&#233;e caract&#233;rise le changement climatique comme un ph&#233;nom&#232;ne d'origine &#171; anthropique &#187;. Cette expression, en fait, est erron&#233;e. Le r&#233;chauffement n'est pas le fruit empoisonn&#233; de &#171; l'activit&#233; humaine &#187; en g&#233;n&#233;ral, ou de &#171; la technologie &#187; en g&#233;n&#233;ral, mais de l'activit&#233; capitaliste et de la technologie capitaliste (que les r&#233;gimes bureaucratis&#233;s de l'ex-glacis sovi&#233;tique n'ont fait que singer pour l'essentiel). C'est le produit d'un syst&#232;me qui &#171; ressemble de plus en plus &#224; son concept &#187;, selon une belle expression de Michel Husson [8]. Le philosophe Hans Jonas, dans son c&#233;l&#232;bre Principe responsabilit&#233; a &#233;t&#233; l'un des premiers &#224; saisir l'importance majeure des limites climatiques au d&#233;veloppement des soci&#233;t&#233;s humaines. Ecrite d&#232;s 1979, sa mise en garde sur ce point pr&#233;cis est pass&#233;e beaucoup trop inaper&#231;ue, bien que ses th&#232;ses en g&#233;n&#233;ral aient eu une grande influence [9]. Mais l'id&#233;ologie de Jonas l'a amen&#233; &#224; mettre le probl&#232;me sur sa t&#234;te. Au lieu de voir la hausse de l'effet de serre comme une cons&#233;quence de la fr&#233;n&#233;sie de croissance capitaliste, il y a vu un argument scientifique supr&#234;me et imparable contre &#171; l'utopie marxiste &#187;. Le Principe responsabilit&#233;, en effet, accuse &#171; l'utopie &#187; de vouloir supprimer compl&#232;tement les entraves &#224; &#171; la technologie &#187; alors que celle-ci serait intrins&#232;quement destructrice de l'environnement [10]. A l'oppos&#233; de cette th&#232;se, l'analyse marxiste permet de saisir le changement climatique en tant que r&#233;sultat d'un mode de production qui est insoutenable parce que son but est purement quantitatif : l'accumulation de valeur. Marx le note d&#232;s les premi&#232;res pages du Capital : ce sont les caract&#233;ristiques de la valeur en tant que forme historique particuli&#232;re de la richesse qui suscitent l'illusion qu'un mouvement d'accumulation mat&#233;rielle illimit&#233;e serait possible. Par cons&#233;quent, dans ce r&#233;gime de production g&#233;n&#233;ralis&#233;e de marchandises, &#171; la production pour la production &#187; appelle in&#233;vitablement &#171; la consommation pour la consommation &#187; [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La boulimie &#233;nerg&#233;tique est une manifestation particuli&#232;re de cette dynamique, et les technologies qu'elle met en &#339;uvre, contrairement &#224; ce qui disent Hans Jonas et beaucoup d'autres, ne sont pas neutres : elles sont taill&#233;es sur mesure pour satisfaire la soif de plus-value. Le recours aux &#233;nergies fossiles et &#224; l'&#233;nergie nucl&#233;aire est tout &#224; fait exemplatif &#224; cet &#233;gard. Ce recours, en effet, n'est pas le r&#233;sultat d'un quelconque automatisme technologique mais d'un choix en faveur de sources &#233;nerg&#233;tiques appropriables, parce que celles-ci sont g&#233;n&#233;ratrices de rente, c'est-&#224;-dire de surprofit. Si l'effet photovolta&#239;que (g&#233;n&#233;ration de courant &#233;lectrique dans certains mat&#233;riaux semi-conducteurs lorsque ceux-ci sont travers&#233;s par la lumi&#232;re) d&#233;couvert par Edmond Becquerel en 1839 n'a jamais fait l'objet d'une volont&#233; de d&#233;veloppement syst&#233;matique, c'est notamment parce que le rayonnement solaire n'est pas appropriable aussi facilement que les r&#233;serves de houille ou les champs p&#233;trolif&#232;res. Aujourd'hui, apr&#232;s deux si&#232;cles et demi de capitalisme bas&#233; sur les &#233;nergies fossiles, l'utilisation de celles-ci se r&#233;v&#232;le comme fondamentalement antagonique &#224; la r&#233;gulation rationnelle des &#233;changes de mati&#232;res entre l'humanit&#233; et la nature (que Marx d&#233;crivait comme &#171; la seule libert&#233; possible &#187;). A travers le changement climatique, la nature elle-m&#234;me semble vouloir nous faire comprendre que la n&#233;cessit&#233; imp&#233;rieuse de cette r&#233;gulation rationnelle devient une raison majeure pour abolir ce mode de production. Pr&#233;cisons que les diminutions relatives de l'intensit&#233; en &#233;nergie et en carbone de l'&#233;conomie (c'est-&#224;-dire des quantit&#233;s d'&#233;nergie et de carbone n&#233;cessaires pour produire une unit&#233; de PIB), observ&#233;es depuis deux si&#232;cles, ne changent rien &#224; cette n&#233;cessit&#233; : elles ont &#233;t&#233; plus que compens&#233;es par l'&#233;largissement absolu de la production. Or, la loi sous-jacente &#224; ce constat est bien connue : pour compenser la baisse tendancielle du taux de profit, le capitalisme doit conqu&#233;rir constamment de nouvelles r&#233;gions, cr&#233;er de nouveaux besoins, de nouveaux march&#233;s. Cette fr&#233;n&#233;sie de croissance, si on la laissait faire, br&#251;lerait jusqu'au dernier baril de p&#233;trole, jusqu'&#224; la derni&#232;re tonne de charbon. Compter sur l'&#233;ventuelle &#171; d&#233;pl&#233;tion &#187; de ces ressources pour que le g&#226;chis environnemental cesse serait une erreur : quand bien m&#234;me elle serait oblig&#233;e de se passer des combustibles fossiles [12], la dynamique capitaliste d'accumulation transformerait des r&#233;gions enti&#232;res en d&#233;serts &#233;cologiques par la plantation d'&#233;normes monocultures productrices de biocarburant, ou &#233;rigerait partout des centrales nucl&#233;aires &#224; la mesure de sa d&#233;mesure. Le projet ITER [13] constitue le dernier avatar de la folie, bien d&#233;crite par Jean-Paul DELEAGE et al. [14] , d'un syst&#232;me qui tente de sauter par-dessus sa propre t&#234;te pour ne pas voir qu'il est fondamentalement incompatible avec les rythmes de fonctionnement de la biosph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois difficult&#233;s imbriqu&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de sa logique d'accumulation, le capitalisme pourrait-il respecter en temps utile les contraintes physiques conditionnant une stabilisation du climat &#224; un point qui permette d'&#233;viter des catastrophes humaines et &#233;cologiques ? Etant donn&#233; le niveau d&#233;j&#224; atteint par les concentrations en gaz &#224; effet de serre et l'inertie du syst&#232;me climatique, cela semble malheureusement fort peu probable, voire exclu. La catastrophe, en r&#233;alit&#233;, est d&#233;j&#224; en marche &#224; travers une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements dont l'interconnexion ne peut que s'affirmer (lire &#171; Un enjeu social et politique majeur &#187;). Face &#224; l'acc&#233;l&#233;ration apparente du r&#233;chauffement, la question, aujourd'hui, semble plut&#244;t de savoir comment le syst&#232;me serait capable de limiter la casse et de stabiliser la situation, et &#224; quelles conditions sociales. Pour y donner une r&#233;ponse concr&#232;te, il est indispensable de prendre la mesure de trois difficult&#233;s imbriqu&#233;es : l'ampleur des changements &#224; r&#233;aliser dans un d&#233;lai tr&#232;s bref, la rigidit&#233; du syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique, ainsi que la concurrence telle qu'elle s'exprime dans les relations entre Etats (en particulier les relations Nord-Sud).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re difficult&#233; : la combinaison entre des imp&#233;ratifs tr&#232;s forts et des &#233;ch&#233;ances tr&#232;s courtes. L'ampleur des changements &#224; accomplir en quelques d&#233;cennies &#224; peine est vertigineuse : il s'agit de &#171; d&#233;carboniser &#187; quasi compl&#232;tement l'&#233;conomie. Cela implique de se passer des combustibles fossiles en g&#233;n&#233;ral comme sources d'&#233;nergie, mais aussi du p&#233;trole en particulier comme mati&#232;re premi&#232;re de l'industrie p&#233;trochimique (encadr&#233; &#171; d&#233;carbonisation et d&#233;croissance &#233;nerg&#233;tique &#187;). Les sources renouvelables peuvent prendre le relais, mais pas dans n'importe quelles conditions. Pas dans le cadre d'une poursuite de la boulimie &#233;nerg&#233;tique dans le domaine des transports, ou d'une production pl&#233;thorique de plastiques, par exemple. En tout cas, vu leur co&#251;t plus &#233;lev&#233; que celui des fossiles, et &#233;tant donn&#233; la bri&#232;vet&#233; des d&#233;lais, le passage aux renouvelables devrait absolument aller de pair avec une importante baisse de la demande primaire des pays d&#233;velopp&#233;s (de l'ordre de 50%, voire plus dans les pays les plus &#171; &#233;nergivores &#187;). Donc avec une chasse aux gaspillages et une hausse de l'efficience &#233;nerg&#233;tique. Or, chasse aux gaspillages et hausse de l'efficience concernent non seulement les installations, les &#233;quipements individuels et les comportements des particuliers, mais aussi et surtout le syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique global, qui d&#233;termine l'ensemble. D'un point de vue rationnel, des secteurs entiers de l'&#233;conomie seraient &#224; supprimer purement et simplement parce qu'ils sont inutiles, voire nuisibles (production d'armes, publicit&#233;, etc.), tandis que d'autres seraient &#224; rationaliser pour supprimer les doublons de la concurrence. Cela, le capitalisme ne peut m&#234;me pas l'envisager, tant ce serait contraire &#224; sa logique... Mais il n'&#233;chappera pas au fait que des mutations consid&#233;rables s'imposeront dans des domaines aussi divers que l'am&#233;nagement du territoire, les transports, l'agriculture, le logement, les loisirs, le tourisme... Or, les r&#233;aliser dans les d&#233;lais impartis n&#233;cessiterait une forte centralisation et l'&#233;laboration d&#233;mocratique d'un plan m&#251;rement r&#233;fl&#233;chi. Tous ces &#233;l&#233;ments sont fort peu compatibles avec la gestion n&#233;olib&#233;rale d'un mode de production f&#233;brile, ayant la concurrence pour moteur et l'exclusion politique des masses pour corollaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me difficult&#233; : le syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique capitaliste se caract&#233;rise par une tr&#232;s grande rigidit&#233; et une forte centralisation. Celles-ci ne d&#233;coulent pas seulement de la dur&#233;e de vie des investissements (30 &#224; 40 ann&#233;es pour une centrale &#233;lectrique) mais aussi et surtout du fait que de puissants lobbies se cramponnent &#224; la poule aux &#339;ufs d'or... et cr&#233;ent en permanence de nouveaux besoins qui &#171; justifient &#187; que la poule soit mise en batterie pour pondre davantage. Le chiffre d'affaires annuel de la vente des produits raffin&#233;s de l'industrie p&#233;troli&#232;re est estim&#233; &#224; 2000 milliards d'Euros par an au niveau mondial, tous produits confondus ; l'ensemble des co&#251;ts, de la prospection au raffinage en passant par l'extraction, repr&#233;sente &#224; peine 500 milliards. La diff&#233;rence entre les deux (1500 milliards d'Euros par an !) constitue la masse des profits, et surtout des superprofits sous forme de rente [15] accumul&#233;e gr&#226;ce &#224; l'appropriation priv&#233;e de la ressource. A cette puissance colossale s'ajoutent celles des secteurs li&#233;s au p&#233;trole. L'automobile, la chimie, la p&#233;trochimie, l'a&#233;ronautique, la construction navale,... : toutes ces branches misent sur une expansion continue du march&#233; mondial, donc de la consommation mat&#233;rielle et des &#233;changes. Dans une telle configuration, bien qu'il soit rapide, le d&#233;veloppement des investissements dans les technologies &#233;oliennes et solaires (o&#249; des situations de rente ne semblent pas envisageables) ne peut que tarder &#224; apporter une solution. Largement contr&#244;l&#233; par les grands groupes comme Shell, BP, etc., le secteur des renouvelables sert surtout, pour le moment, &#224; fournir un appoint aux &#233;nergies fossiles, au lieu de les remplacer. Avec celle de la voiture individuelle, l'explosion du transport a&#233;rien et les habitudes de consommation qui en d&#233;coulent illustrent &#224; merveille la mani&#232;re dont cette logique d'apprenti sorcier se l&#233;gitime &#224; travers les besoins qu'elle cr&#233;e et nous entra&#238;ne toujours plus vite dans le mur, tout en obscurcissant notre vision des r&#233;alit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me difficult&#233; : la concurrence telle qu'elle s'exprime dans les relations entre Etats. Le CO2 produit en tout point du globe contribue au r&#233;chauffement plan&#233;taire. Etant donn&#233; ce caract&#232;re global de la menace, la riposte devrait &#234;tre pens&#233;e, planifi&#233;e et articul&#233;e au niveau mondial, en privil&#233;giant la collaboration dans l'int&#233;r&#234;t de tous, dans une perspective de long terme. Ce travail devrait viser centralement &#224; apporter une r&#233;ponse unie &#224; la question cl&#233; : comment partager les ressources pour combiner la r&#233;duction drastique et rapide des &#233;missions au niveau mondial avec le droit au d&#233;veloppement des pays du Sud, o&#249; vit la majorit&#233; du genre humain ? Or, en d&#233;pit des efforts d&#233;ploy&#233;s par de nombreux scientifiques, la domination et la concurrence l'emportent syst&#233;matiquement sur la collaboration, et l'accaparement des ressources (y compris par la guerre) sur le partage de celles-ci. L'attitude des principaux protagonistes imp&#233;rialistes (USA, Union Europ&#233;enne, Japon) dans les n&#233;gociations climatiques est clairement d&#233;termin&#233;e par les int&#233;r&#234;ts de leurs entreprises et les objectifs g&#233;ostrat&#233;giques des diff&#233;rentes bourgeoisies sur le march&#233; mondial, en particulier sur le march&#233; de l'&#233;nergie. Il en va de m&#234;me pour la Russie, pour chaque Etat membre de l'Union Europ&#233;enne pris s&#233;par&#233;ment, et pour les grands pays en d&#233;veloppement (pour ne pas parler des monarchies p&#233;troli&#232;res !). Les difficult&#233;s interminables, les lenteurs et les rebondissements des n&#233;gociations climatiques sont ainsi l'expression de la contradiction, insoluble dans le capitalisme, entre le caract&#232;re de plus en plus mondialis&#233; de l'&#233;conomie, d'une part, et le maintien d'Etats nationaux (ou d'ensembles d'Etats) rivaux, enti&#232;rement d&#233;vou&#233;s &#224; la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts de leur bourgeoisie, et dont certains dominent d'autres. Cet imbroglio, dans lequel le sort des victimes du changement climatique ne p&#232;se gu&#232;re, pourrait avoir des cons&#233;quences irr&#233;versibles. Par exemple si le conflit d'int&#233;r&#234;ts entre les puissances imp&#233;rialistes, d'une part, et les classes dominantes des grands pays en d&#233;veloppement, d'autre part, provoquait un blocage prolong&#233; des n&#233;gociations sur l'apr&#232;s-Kyoto. Ou si la future administration am&#233;ricaine, contre toute attente, prolongeait la ligne Bush pendant quelques ann&#233;es suppl&#233;mentaires...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Kyoto &#224; Nairobi et au-del&#224; : la r&#233;ponse capitaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout ceci, il ne faudrait pas d&#233;duire que le Moloch capitaliste restera les bras ballants face &#224; un ph&#233;nom&#232;ne qui, s'il touche d'abord les exploit&#233;s, fait peser sur son syst&#232;me la menace d'une d&#233;valorisation massive du capital et d'une mont&#233;e de l'instabilit&#233;. Mais sa lutte contre le changement climatique, depuis quatorze ans [16], est men&#233;e selon les rythmes dict&#233;s par le capital - trop lentement - et selon des modalit&#233;s n&#233;olib&#233;rales - qui accroissent les in&#233;galit&#233;s sociales, les tensions Nord-Sud, ainsi que l'appropriation et le pillage des ressources naturelles. Lenteur et effets pervers : malgr&#233; certains traits positifs, Kyoto incarne bien ces deux caract&#233;ristiques (lire &#171; L'apr&#232;s- Kyoto risque d'&#234;tre tr&#232;s lib&#233;ral &#187;). En effet, non seulement l'objectif de 5,2% de r&#233;duction des &#233;missions des pays d&#233;velopp&#233;s est tr&#232;s minime, non seulement il ne sera pas r&#233;alis&#233; en 2012, mais en plus les &#171; m&#233;canismes flexibles &#187; inclus dans le protocole ont des cons&#233;quences sociales et environnementales n&#233;gatives (lire Les nouveaux habits verts de la domination coloniale). Les n&#233;gociations sur l'apr&#232;s 2012 ne semblent pas devoir changer la donne. Sit&#244;t la Maison Blanche vid&#233;e de George W. Bush, UE et USA s'orienteront probablement sur un compromis. Celui-ci r&#233;pond aux demandes de plus en plus pressantes de nombreuses multinationales qui, convaincues de l'in&#233;luctabilit&#233; de mesures, souhaitent le plus vite possible un cadre r&#233;glementaire unifi&#233; et stable au niveau mondial. Mais ce rapprochement des fr&#232;res ennemis climatiques risque fort d'accentuer le caract&#232;re n&#233;olib&#233;ral du Protocole, de r&#233;duire sa relative rigueur r&#233;gulatrice (des quotas, des dates, des sanctions en cas de non-respect) et de mettre d'autres aspects positifs sous pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tendance est clairement apparue dans l'intense activit&#233; diplomatique de Tony Blair et de son successeur d&#233;sign&#233;, Gordon Brown. A l'occasion du sommet du G8 en Ecosse, qu'il pr&#233;sidait, le locataire du 10, Downing street, a r&#233;v&#233;l&#233; son ambition : faire de la Grande-Bretagne le pivot d'un nouvel accord climatique et, par ce biais, renforcer la position de son pays en tant que candidat au leadership dans l'Union Europ&#233;enne &#233;largie [17]. Publi&#233; le 31 octobre 2006, juste avant la conf&#233;rence des Nations Unies sur le climat &#224; Nairobi (Kenya), le rapport Stern sur l'&#233;conomie du changement climatique s'inscrit dans ce cadre [18]. L'originalit&#233; de ce rapport r&#233;side en ceci que, pour la premi&#232;re fois, une &#233;quipe d'&#233;conomistes commandit&#233;e par un gouvernement prend au s&#233;rieux les avertissements de la communaut&#233; scientifique et tente d'y apporter une r&#233;ponse globale. Sir Nicholas Stern a indiscutablement le m&#233;rite d'avoir projet&#233; le changement climatique &#224; la une des m&#233;dias avec un chiffre choc : si rien n'est fait, l'impact du r&#233;chauffement pourrait &#234;tre aussi s&#233;v&#232;re que celui des deux guerres mondiales et de la Grande D&#233;pression, et repr&#233;senter jusqu'&#224; 20% de chute du PNB. &#171; Mieux vaut donc agir tout de suite et tous ensemble, ce sera moins cher, et &#231;a offrira des d&#233;bouch&#233;s aux entreprises &#187; : telle est la logique de son rapport. Mais, sous couvert d'une strat&#233;gie ambitieuse et de long terme, Stern tend &#224; escamoter des aspects positifs de Kyoto au profit d'une politique 100% lib&#233;rale (lire l'article L'apr&#232;s Kyoto risque d'&#234;tre tr&#232;s lib&#233;ral). Paradoxalement, alors qu'il d&#233;finit le changement climatique comme &#171; le plus grand et le plus large &#233;chec du march&#233; jamais vu jusqu'&#224; pr&#233;sent &#187;, les solutions qu'il met en avant se r&#233;sument en une formule &#233;cul&#233;e : plus de march&#233;, plus de croissance, plus d'&#233;nergie nucl&#233;aire, plus de lib&#233;ralisation des &#233;changes, moins de protection sociale et de d&#233;mocratie... En bref : plus de cette politique qui d&#233;truit l'environnement et dont les pays du Sud, les pauvres et les travailleurs font les frais...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question Nord/Sud est d&#233;cisive, on l'a vu. En s'affranchissant de l'&#233;ch&#233;ancier &#233;triqu&#233; de Kyoto, le rapport Stern sort pour ainsi dire de la guerre des tranch&#233;es entre grands pays en d&#233;veloppement et m&#233;tropoles imp&#233;rialistes, o&#249; les premiers disent aux seconds : &#171; Vous &#234;tes responsables, &#224; vous d'agir &#187;, et les seconds r&#233;torquent : &#171; Vous &#233;mettrez bient&#244;t plus de gaz &#224; effet de serre que nous, agissez aussi &#187;. Seulement, le rapport de forces pour les pays domin&#233;s n'est &#233;videmment pas meilleur hors des tranch&#233;es que dedans... Au moins pour les prochaines d&#233;cennies, le plan propos&#233; par l'ex-chief economist de la Banque Mondiale consiste en un phasage par lequel l'essentiel de l'effort de r&#233;duction, impos&#233; par le truchement d'un prix mondial du carbone, serait r&#233;alis&#233; au Sud gr&#226;ce &#224; des investissements du Nord, g&#233;n&#233;rateurs de droits d'&#233;mission pour le Nord [19]. Ainsi, alors qu'elle &#233;tait jusqu'&#224; pr&#233;sent &#171; compl&#233;mentaire &#187; aux mesures dites &#171; domestiques &#187;, la &#171; flexibilit&#233; &#187; pr&#233;vue par Kyoto deviendrait totale. Or, &#224; partir du moment o&#249; elle pourrait &#234;tre totalement d&#233;localis&#233;e, la r&#233;duction des &#233;missions, pour les entreprises du Nord, ne repr&#233;senterait &#233;videmment plus une charge, mais un gigantesque march&#233; d'exportation d'&#233;quipements et de services [20]. Un march&#233; r&#233;gi par l'&#233;change in&#233;gal, dans lequel les pays en voie de d&#233;veloppement (PVD) seraient incit&#233;s &#224; s'engager soit par une taxe sur le carbone, soit par des quotas, et qui accro&#238;trait la domination imp&#233;rialiste sur leurs &#233;conomies. Certaines d&#233;cisions prises lors de la r&#233;cente Conf&#233;rence des Nations Unies sur le climat (Nairobi, novembre 2006) gagnent &#224; &#234;tre envisag&#233;es &#224; la lumi&#232;re de cette analyse. A Nairobi, les pays d&#233;velopp&#233;s ont accept&#233; l'id&#233;e d'une r&#233;duction &#171; bien sup&#233;rieure &#224; 50% &#187; de leurs &#233;missions d'ici 2050, mais en pr&#233;cisant qu'il n'y arriveraient &#171; pas tout seuls &#187;. Ces trois petits mots sont une allusion &#233;vidente &#224; une extension du &#171; M&#233;canisme de D&#233;veloppement Propre &#187; (MDP, un des dispositifs flexibles de Kyoto) [21]. D'autre part, il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; que le fonds d'adaptation serait aliment&#233; par une taxe sur les investissements dans le cadre du MDP (lire L'apr&#232;s-Kyoto risque d'&#234;tre tr&#232;s lib&#233;ral). En clair : le financement des projets de protection ne sera pas fonction des besoins des populations les plus expos&#233;es, mais fonction des succ&#232;s des multinationales dans la conqu&#234;te du grand march&#233; des technologies &#171; low carbon &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une politique du genre de celle propos&#233;e par Stern peut-elle sauver le climat ? Il faudrait d'abord qu'elle adopte un objectif de r&#233;duction des &#233;missions compatible avec les contraintes physiques. Ce n'est pas le cas dans le rapport pr&#233;sent&#233; au gouvernement britannique et il est de plus en plus douteux qu'un tel objectif sera adopt&#233; en temps utile. Il faudrait en plus qu'un &#171; gouvernance &#187; mondiale forte soit capable d'imposer un prix mondial du carbone d&#233;termin&#233; par l'&#233;valuation des d&#233;g&#226;ts du r&#233;chauffement &#224; long terme, et pas par la loi du march&#233; &#224; court terme. Ceci non plus n'est pas &#233;vident...Quels que soient les contours pr&#233;cis de l'apr&#232;s Kyoto, il est donc probable que la politique climatique n&#233;olib&#233;rale, d'ici 20 &#224; 30 ans, se soldera par un &#233;chec. Que pourrait-il se passer &#224; ce moment-l&#224; ? La r&#233;ponse rel&#232;ve de la politique-fiction. Face &#224; des &#233;ch&#233;ances devenues terriblement pressantes, il n'est pas exclu, par exemple, que les puissances dominantes changent brusquement de cours et utilisent leurs appareils d'Etat pour mobiliser et centraliser toutes les ressources, voire imposer un rationnement, comme en p&#233;riode de guerre. La comparaison n'est pas fortuite : ce tournant pourrait effectivement s'accompagner d'aventures militaires imp&#233;rialistes, voire d'affrontements inter-imp&#233;rialistes, ou d'autres types de conflits meurtriers. Mais ceci est sp&#233;culatif : si les guerres pour les ressources &#233;nerg&#233;tiques font d&#233;j&#224; partie de l'actualit&#233;, rien ne bouge par contre dans le sens d'un abandon du n&#233;olib&#233;ralisme au profit d'une politique plus dirigiste. De toute mani&#232;re, une telle mobilisation n'aurait &#233;videmment pas pour but de sauver le climat pour tous et toutes, mais de le sauver dans la mesure du possible en prot&#233;geant les privil&#232;ges sociaux des exploiteurs. Cela engendrerait d'innombrables souffrances humaines, une augmentation de l'exploitation, une aggravation du pillage des pays domin&#233;s et une remise en cause des droits d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rationalit&#233; globale vs. rationalit&#233;s du capital&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'absence d'une alternative cr&#233;dible &#224; la politique n&#233;olib&#233;rale, l'urgence pousse certains milieux et personnalit&#233;s &#224; &#233;laborer des propositions pour acc&#233;l&#233;rer la d&#233;fense du climat dans l'&#233;quit&#233;, mais sans rompre avec les m&#233;canismes de march&#233;, puisque ceux-ci semblent reposer sur un consensus incontestable. Quoiqu'elles se veuillent r&#233;alistes, ces propositions postulent la r&#233;alisation d'une s&#233;rie de conditions qui, quand on les examine, semblent fort utopiques. Aux yeux du syst&#232;me, elles ont le tort de miser sur la force de conviction d'une rationalit&#233; globale. Or, le capital, en tant que &#171; multiples capitaux &#187; concurrents, se caract&#233;rise par la contradiction entre ses rationalit&#233;s partielles innombrables et son irrationalit&#233; croissante en tant que syst&#232;me. La rationalit&#233; globale ne peut le convaincre que temporairement et en toute derni&#232;re extr&#233;mit&#233;, quand sa survie est menac&#233;e (mais &#224; ce moment-l&#224;, en g&#233;n&#233;ral, il est d&#233;j&#224; trop tard pour la survie de nombreux membres des classes et couches d&#233;favoris&#233;es...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce quiproquo entre raison globale et raison du capital caract&#233;rise notamment le m&#233;canisme sugg&#233;r&#233; pour faire aboutir la proposition connue sous le nom de &#171; Contraction et Convergence &#187; (C&amp;C). Formul&#233;e par l'&#233;cologiste indien feu Anil Agarwal [22], reprise par le Global Commons Institute d'Aubrey Meyer [23] et popularis&#233;e par des scientifiques &#233;minents tels que Sir John Houghton [24] ou Jean-Pascal van Ypersele [25], cette proposition a le m&#233;rite de trancher le dilemme des pays en d&#233;veloppement &#224; l'avantage de ceux-ci. Reprenons les termes du probl&#232;me : s'ils poursuivent une croissance bas&#233;e sur les &#233;nergies fossiles, et m&#234;me en admettant que le caract&#232;re combin&#233; du d&#233;veloppement leur &#233;vitera d'emprunter exactement le chemin suivi par les pays imp&#233;rialistes depuis 1780, ces pays accentueront le changement climatique dont leurs peuples seront (sont d&#233;j&#224; !) les principales victimes. Les pauvres ayant raison de ne pas vouloir rester pauvres pour sauver le climat d&#233;traqu&#233; par les riches, C&amp;C pr&#244;ne une r&#233;duction radicale des &#233;missions globales (&#171; contraction &#187;) combin&#233;e avec une &#233;galisation des &#233;missions par habitant (&#171; convergence &#187;) et un rattrapage de d&#233;veloppement du Nord par le Sud gr&#226;ce aux technologies propres (fig. 3). Nous souscrivons &#224; cette perspective &#233;galitaire, mais comment pourrait-elle &#234;tre mise en &#339;uvre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de r&#233;ponse, il est sugg&#233;r&#233; que des droits d'&#233;mission &#233;changeables soient distribu&#233;s aux pays en d&#233;veloppement tant qu'ils sont au-dessous de leur quota par habitant. Les pays du Nord qui ne r&#233;duiraient pas assez leurs &#233;missions devraient acheter ces droits. Les rentr&#233;es correspondantes permettraient aux pays du Sud de se procurer les technologies n&#233;cessaires &#224; un d&#233;veloppement sans carbone. Ce sc&#233;nario soul&#232;ve beaucoup de questions pratiques. A qui les droits seraient-ils distribu&#233;s ? Qui garantirait que leur liquidation profiterait effectivement aux populations (et pas &#224; payer le service de la dette, ou &#224; engraisser les &#171; &#233;lites locales &#187;) ? Ce sont des questions importantes. Mais le m&#233;canisme a aussi et surtout un point faible fondamental. Dans sa pr&#233;sentation du sc&#233;nario C&amp;C, le climatologue Jean-Pascal van Ypersele, dont l'engagement en faveur d'un sauvetage solidaire du climat est indiscutable (voir son interview ailleurs dans ce num&#233;ro), &#233;crit ceci : &#171; Si la r&#233;partition initiale des droits &#233;tait bas&#233;e sur l'&#233;quit&#233;, les permis pourraient constituer, &#224; certaines conditions, un formidable vecteur d'aide aux pays en d&#233;veloppement. Et &#224; condition que la quantit&#233; totale de permis soit d&#233;termin&#233;e par le souci de prot&#233;ger le climat pour les si&#232;cles &#224; venir, un tel syst&#232;me permettrait d'effectuer les n&#233;cessaires r&#233;ductions d'&#233;missions au meilleur co&#251;t &#187; [26]. Tout le probl&#232;me r&#233;side &#233;videmment dans le petit mot &#171; si &#187; et dans l'expression &#171; &#224; condition que &#187;. Le capitalisme s'est constitu&#233; historiquement en appropriant les ressources naturelles. Distribuer gratuitement des droits &#233;gaux &#224; disposer des ressources est compl&#232;tement oppos&#233; &#224; sa nature (c'est pourquoi, en pratique, la distribution de droits d&#233;mission n'est ni &#233;quitable ni &#233;thique, comme le montre l'exp&#233;rience du Syst&#232;me Europ&#233;en d'Echange de droits - article &#171; l'apr&#232;s Kyoto risque d'&#234;tre tr&#232;s lib&#233;ral &#187;). En soi, ce n'est &#233;videmment pas une raison pour &#233;carter la revendication (au contraire). Mais la question &#224; se poser est : qui imposerait le respect des conditions pr&#233;alables en mati&#232;re d'&#233;quit&#233; et de quantit&#233; de permis ? Les repr&#233;sentants politiques des grands pays en d&#233;veloppement ? Se soucient-ils de l'&#233;thique et du climat davantage que les ma&#238;tres imp&#233;rialistes ? A supposer qu'ils aient la volont&#233; d'imposer une telle solution, il faudrait qu'ils s'appuient sur une mobilisation populaire tr&#232;s ample. Est-il r&#233;aliste de penser que les masses pauvres du Sud se mobiliseront sur une revendication aussi &#233;th&#233;r&#233;e que la distribution de droits &#233;changeables &#224; &#233;mettre du gaz carbonique dans l'atmosph&#232;re ? Si elles l'adoptaient, en tout cas, ce serait dans le cadre d'un ensemble de demandes beaucoup plus simples et directes : abolition de la dette, r&#233;forme agraire, nationalisation des ressources &#233;nerg&#233;tiques (comme au Venezu&#233;la et en Bolivie), droits des communaut&#233;s sur l'eau et sur les autres ressources, etc. Or, la plupart de ces revendications rompent avec le march&#233;... dans le cadre duquel C&amp;C, par r&#233;alisme, veut rester inscrit. On se retrouve au point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que cette discussion r&#233;v&#232;le, c'est que les difficult&#233;s objective et subjective du sauvetage du climat sont indissolublement li&#233;es : on ne peut r&#233;soudre l'une sans r&#233;soudre l'autre. Sauver le climat dans la justice sociale, avec une population mondiale de 6 milliards d'&#234;tres humains, implique de ramener les &#233;missions moyennes autour de 0,4-0,5 tonnes de carbone par personne et par an. Un Am&#233;ricain ou un Australien &#233;mettent &#224; peu pr&#232;s six tonnes, un Belge ou un Danois trois tonnes, un Mexicain une tonne, un Chinois un peu moins, et un Indien... 0,4 tonnes (Fig. 4). La seule logique &#171; durable &#187; digne de ce nom consiste &#224; faire de la demi-tonne de carbone par personne et par an le quota d'&#233;mission annuelle &#224; atteindre dans chaque pays &#224; une certaine date. Une strat&#233;gie mondiale rationnelle ne peut d&#232;s lors que consister en quatre volets combin&#233;s : 1&#176;) r&#233;duire radicalement la demande primaire d'&#233;nergie des pays d&#233;velopp&#233;s (la diviser par quatre, six ou huit - selon les pays) ; 2&#176;) remplacer syst&#233;matiquement les sources fossiles par des sources renouvelables, en commen&#231;ant par ces pays ; 3&#176;) constituer un fonds mondial d'adaptation aliment&#233; uniquement en fonction des besoins des pays les plus menac&#233;s (lire Un d&#233;fi social et politique majeur) ; 4&#176;) transf&#233;rer massivement les technologies propres vers les pays du Sud, afin que leur d&#233;veloppement n'entra&#238;ne pas une nouvelle d&#233;stabilisation du climat. Si l'on pose que ces quatre volets doivent avoir l'ampleur n&#233;cessaire, &#234;tre r&#233;alis&#233;s dans les d&#233;lais impartis et &#234;tre appliqu&#233;s dans la justice sociale et l'&#233;galit&#233;, alors la solution ne peut tout simplement pas d&#233;couler de m&#233;canismes de march&#233; tels que la distribution de droits &#233;changeables, ou l'abaissement progressif et spontan&#233; du co&#251;t des renouvelables dans un contexte de concurrence [27]. Il faut que les quatre volets ci-dessus soient des missions de service public, confi&#233;es &#224; des entreprises publiques, r&#233;alis&#233;es ind&#233;pendamment des co&#251;ts. Selon un cahier des charges &#233;labor&#233; &#224; partir des besoins r&#233;els, et en consid&#233;rant les ressources naturelles comme propri&#233;t&#233; collective de l'humanit&#233;. Une redistribution radicale des richesses (abolition de la dette des pays du Sud, imp&#244;t exceptionnel sur les patrimoines &#224; l'&#233;chelle mondiale, ponction sur les b&#233;n&#233;fices des compagnies p&#233;troli&#232;res, suppression des d&#233;penses d'armement...) et un approfondissement radical des droits d&#233;mocratiques sont donc indispensables. La rationalit&#233; globale a besoin d'une perspective anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un mouvement mondial de sauvetage du climat&lt;br class='autobr' /&gt;
On objectera que cette perspective n'est pas r&#233;aliste non plus dans la conjoncture actuelle. C'est exact : le d&#233;veloppement d'une strat&#233;gie anticapitaliste pour le climat est handicap&#233; par la crise historique de l&#233;gitimit&#233; du projet socialiste. Alors qu'elles paraissent indispensables pour &#233;viter des catastrophes climatiques, des propositions telles que la planification pour la satisfaction des besoins, l'initiative industrielle publique et la nationalisation du secteur de l'&#233;nergie (ou toute autre forme de mise sous statut public &#224; &#233;laborer &#224; une &#233;chelle internationale) sont discr&#233;dit&#233;es. Ces r&#233;ponses sont largement amalgam&#233;es au g&#226;chis de l'&#233;conomie de commandement inefficace, gaspilleuse, productiviste et ultra-centralis&#233;e [28], ainsi qu'aux privil&#232;ges mat&#233;riels pour la bureaucratie et au monopole de celle-ci sur les d&#233;cisions politiques. Les marxistes r&#233;volutionnaires peuvent certes expliquer que cet amalgame est abusif mais leurs explications ne seront convaincantes que s'ils donnent des gages de leur rupture avec le productivisme, en dressant le drapeau d'un &#171; &#233;cosocialisme &#187; o&#249; les ressources -notamment &#233;nerg&#233;tiques - sont autog&#233;r&#233;es par un maillage souple des communaut&#233;s locales, coupl&#233; &#224; une planification au niveau local, national, r&#233;gional, et mondial [29]. Quoi qu'il en soit, m&#234;me sous ce drapeau, il est &#233;vident que ces explications ne pourront emporter l'adh&#233;sion que d'un nombre limit&#233; de gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solutions de march&#233; trompeuses d'un c&#244;t&#233;, solutions anticapitalistes discr&#233;dit&#233;es de l'autre... O&#249; est l'issue ? Dans la mobilisation sociale. Au lieu de privil&#233;gier le lobbying (comme le font tant d'associations environnementales pi&#233;g&#233;es dans le dispositif de la gouvernance), il s'agit de construire un rapport de forces. Au lieu de gaspiller des efforts &#224; tenter de convaincre le patronat et les gouvernements complices, il s'agit d'investir les &#233;nergies dans un travail de conscientisation &#224; la base. Au lieu de chercher en vain la recette chim&#233;rique du sauvetage du climat par les &#233;changes de droits et autres m&#233;canismes de march&#233; compliqu&#233;s, il s'agit de propager l'id&#233;e simple que le climat doit &#234;tre sauv&#233; dans la justice et l'&#233;galit&#233;, ind&#233;pendamment des co&#251;ts, en prenant l'argent l&#224; o&#249; il est. Au lieu de renvoyer chacun et chacune &#224; sa seule responsabilit&#233; individuelle, il s'agit de cr&#233;er dans l'action le lien social &#233;mancipateur pouvant seul g&#233;n&#233;rer une nouvelle responsabilit&#233; individuelle et collective de l'humanit&#233; dans son m&#233;tabolisme avec la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que d&#233;fi global majeur (similaire &#224; la menace de destruction par la guerre nucl&#233;aire), la question du climat peut faire descendre des millions de gens dans les rues. Comme on le verra dans ces pages, la liste des probl&#233;matiques sociales soulev&#233;es est longue : acc&#232;s aux ressources, droit &#224; l'emploi, droits des femmes, refus du racisme, lutte contre la lib&#233;ralisation des services publics, d&#233;fense des r&#233;fugi&#233;s, soutien &#224; l'agriculture paysanne, promotion du transport public, droits des communaut&#233;s indig&#232;nes, am&#233;nagement urbain, refus des OGM, lutte contre la flexibilit&#233; et le just in time, d&#233;fense de la biodiversit&#233;, maintien de la s&#233;curit&#233; sociale, sans oublier la guerre &#224; la guerre et l'abolition de la dette du tiers-monde... Cette diversit&#233; est une force. La piste &#224; suivre consiste &#224; f&#233;d&#233;rer tous ces mouvements de r&#233;sistance dans une action d'ensemble, concr&#233;tis&#233;e par des journ&#233;es mondiales d'action et de manifestation. La mobilisation sp&#233;cifique des jeunes pour que cette plan&#232;te soit vivable et belle pour tous et toutes peut catalyser une articulation mondiale de mouvements sociaux. Les initiatives du Climate Action Network peuvent &#234;tre un point de d&#233;part. La manifestation organis&#233;e &#224; Londres le 4 novembre, &#224; l'initiative de la Campaign against Climate Change, est un exemple &#224; suivre pour toute la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette strat&#233;gie a ses exigences. Dans un syst&#232;me bas&#233; sur la lutte individuelle de tous et toutes contre tous et toutes, la volont&#233; l&#233;gitime des exploit&#233;s d'am&#233;liorer leurs conditions d'existence imm&#233;diates et celles de leurs enfants avec les moyens du bord l'emportera toujours sur la menace des dangers qui en d&#233;couleront demain ou apr&#232;s-demain - y compris si l'in&#233;luctabilit&#233; de ces dangers est scientifiquement d&#233;montr&#233;e. C'est pourquoi la mobilisation pour le climat doit &#234;tre li&#233;e &#224; la satisfaction des besoins imm&#233;diats de la majorit&#233; sociale : l'emploi, la terre, le logement, un revenu d&#233;cent, le chauffage, l'eau potable, le statut d'emploi, les conditions de travail, la s&#233;curit&#233; d'existence... L'ampleur m&#234;me de la menace climatique cr&#233;e de multiples possibilit&#233;s pour &#233;tablir ce lien d'une fa&#231;on organique, &#224; partir des luttes de terrain. A une condition : il faut cesser d'inscrire l'action dans une strat&#233;gie d'accompagnement de la croissance capitaliste, comme le font les directions politiques et syndicales traditionnelles du mouvement ouvrier. Il faut ouvrir les yeux au contraire sur le fait que cette croissance - qui ne cr&#233;e plus d'emplois et engendre l'exclusion - nous entra&#238;ne tout droit vers des catastrophes &#233;cologiques dont les travailleurs et les pauvres seront les principales victimes. C'est &#224; partir de ce constat que la gauche en g&#233;n&#233;ral, et les marxistes r&#233;volutionnaires en particulier, devraient avoir pour pr&#233;occupation d'engager le mouvement ouvrier dans la convergence pour le climat. Ce n'est pas facile mais c'est possible, comme le montre notamment la campagne des syndicats qu&#233;becquois pour la nationalisation de l'&#233;nergie &#233;olienne (encadr&#233;). D'autres pistes peuvent &#234;tre &#233;voqu&#233;es : le contr&#244;le ouvrier comme moyen de contester la gabegie capitaliste, d'une part, et la demande d'entreprises publiques cr&#233;ant de l'emploi dans le domaine de l'efficience &#233;nerg&#233;tique et de la mise en &#339;uvre des renouvelables, d'autre part [30]. Face &#224; la gigantesque coalition d'int&#233;r&#234;ts qui conduit l'humanit&#233; &#224; la catastrophe et corrompt certaines couches de la population dans les d&#233;lices illusoires d'un bonheur petit-bourgeois factice, la mobilisation pour le climat peut contribuer &#224; reconstruire un pont vers l'anticapitalisme. A travers elle, il s'agit de ranimer le d&#233;sir d'utopie concr&#232;te en montrant comment un mieux-&#234;tre collectif peut se dessiner tr&#232;s rapidement d&#232;s lors que l'on accepte l'id&#233;e de sortir du cul-de-sac &#233;nerg&#233;tique capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Climat ou d&#233;veloppement ? Climat ou bien-&#234;tre ? Ce n'est pas la premi&#232;re fois que le capitalisme confronte l'humanit&#233; &#224; un choix entre peste et chol&#233;ra. Mais la fr&#233;n&#233;sie de l'accumulation porte le dilemme infernal &#224; un niveau global, sans pr&#233;c&#233;dent. Cette situation fait peser la menace de solutions barbares d'une ampleur terrible, touchant des dizaines de millions, voire des centaines de millions de gens. &#171; Il diavolo fa le pentole ma no i coperchi &#187; (&#171; Le diable fait les casseroles, mais pas les couvercles &#187;), dit un proverbe italien. Il est temps d'&#233;teindre le feu diabolique de l'accumulation : la casserole capitaliste n'a pas de couvercle, et l'humanit&#233; risque de br&#251;ler.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Plusieurs &#233;tudes r&#233;centes affirment que la hausse maximale devrait m&#234;me &#234;tre inf&#233;rieure &#224; 2&#176;C. James Hansen, chief climatologist de la NASA, consid&#232;re que la temp&#233;rature ne peut plus monter que de 1&#176;C par rapport &#224; aujourd'hui, ce qui repr&#233;sente une hausse de 1,6&#176;C par rapport &#224; 1780.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC, IPCC en anglais) sortira son quatri&#232;me rapport d'&#233;valuation d&#233;but 2007. Ses documents sont disponibles en ligne &#224; l'adresse suivante : &lt;a href=&#034;http://www.ipcc.ch/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ipcc.ch/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Outre la vapeur d'eau, dont les quantit&#233;s dans l'atmosph&#232;re sont fort peu influenc&#233;es par l'activit&#233; humaine, les principaux gaz &#224; effet de serre sont le dioxyde de carbone (CO2), le m&#233;thane (CH4), l'oxyde nitreux (N2O) ainsi que trois gaz industriel fluor&#233;s. Les parts par million, en volume (ppmv), sont une mesure de concentration : 450 ppmv de CO2 signifie que, sur un million de mol&#233;cules atmosph&#233;rique, 450 seront des mol&#233;cules de CO2. Pour des raisons de facilit&#233;, les &#233;missions des six gaz &#224; effet de serre sont exprim&#233;es en &#233;quivalent CO2 (ppmvCO2eq), ce qui signifie que la quantit&#233; de chaque gaz est convertie en la quantit&#233; de CO2 qui aurait le m&#234;me effet de pi&#233;geage des rayons infrarouges (&#171; pouvoir radiatif &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. 2000-2001 : +1,5 ppmvCO2 ; 2001-2002 : +2 ppmvCO2 ; 2002-2003 : + 2,5 ppmvCO2 ; 2003-2004 : + 3 ppmvCO2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le r&#233;chauffement des masses d'eau oc&#233;aniques &#233;tant tr&#232;s lent, le r&#233;chauffement actuel fera de toute mani&#232;re sentir ses effets pendant un mill&#233;naire environ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Stern Review on The Economics of Climate Change. &lt;a href=&#034;http://www.hm-treasury.gov.uk/independent_reviews/stern_review_economics_climate_change/sternreview_index.cfm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.hm-treasury.gov.uk/independent_reviews/stern_review_economics_climate_change/sternreview_index.cfm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Les oxydes de soufre sont responsables de l'acidification des pluies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. &#171; Comprendre le capitalisme actuel &#187;. Texte pour le S&#233;minaire Marx au XXI&#232;me si&#232;cle &lt;a href=&#034;http://hussonet.free.fr/mhsorbon.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://hussonet.free.fr/mhsorbon.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Hans JONAS, &#171; Principe responsabilit&#233; &#187;, Champs Flammarion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Il n'est pas sans importance de noter que cette grille de lecture d&#233;bouche sur des conclusions profond&#233;ment r&#233;actionnaires : &#233;loge de la &#171; mystification des masses &#187; en tant que moyen pour l'&#233;lite &#171; d'imposer politiquement &#187; et avec &#171; un maximum de discipline &#187; les &#171; mesures impopulaires &#187; n&#233;cessaires au sauvetage du climat. Et Jonas de pr&#233;ciser que ces mesures d&#233;couleraient des &#171; lois de l'&#233;cologie que Malthus fut le premier &#224; entrevoir &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Karl MARX, &#171; Th&#233;ories sur la plus-value &#187;, Tome I, Ed. Sociales, Paris 1974, pages 321-322.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. La th&#232;se de l'imminence d'un pic de production avant la d&#233;pl&#233;tion du p&#233;trole et du gaz est d&#233;fendue notamment par l'ASPO (&lt;a href=&#034;http://www.peakoil.net/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.peakoil.net/&lt;/a&gt;). En r&#233;alit&#233;, c'est &#224; tort que cette question est introduite dans le d&#233;bat climatique. En effet : 1&#176;) le pic est une notion &#233;conomique, pas physique ; 2&#176;) le p&#233;trole encore exploitable est amplement suffisant pour d&#233;r&#233;gler le climat ; 3&#176;) les r&#233;serves connues de charbon permettent au moins 300 ans d'exploitation ; 4&#176;) des ressources p&#233;troli&#232;res importantes existent dans les schistes bitumineux, notamment, dont l'exploitation est tr&#232;s nuisible &#233;cologiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. ITER est l'acronyme de International Thermonuclear Experimental Reactor. Bas&#233; &#224; Cadarache (France) ce projet de recherche commun devrait d&#233;boucher sur un prototype de centrale &#224; fusion contr&#244;l&#233;e. &#171; Comme le soleil &#187; dit-on dans les m&#233;dias. Cette comparaison, en r&#233;alit&#233;, est inexacte, la fusion solaire s'op&#233;rant tr&#232;s lentement et recyclant ses d&#233;chets. Lire notamment Sylvie Vauclair, &#171; La naissance des &#233;l&#233;ments. Du big bang &#224; la terre &#187;, Odile Jacob 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Jean-Claude DEBEIR, Jean-Paul DELEAGE et Daniel HEMERY, Les servitudes de la puissance. Une histoire de l'&#233;nergie. Flammarion, Paris, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Jean-Marie Chevalier, &#171; Les grandes batailles de l'&#233;nergie &#187;, Gallimard 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. La convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique a &#233;t&#233; adopt&#233;e au sommet de la Terre &#224; Rio en 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. La motion du G8 &#171; Climate Clean Energy and Sustainable Development &#187; est consultable en ligne &lt;a href=&#034;http://www.fco.gov.uk/Files/kfile/PostG8_Gleneagles_CCChapeau.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.fco.gov.uk/Files/kfile/PostG8_Gleneagles_CCChapeau.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Stern Review, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Le phasage serait d&#233;termin&#233; par les co&#251;ts : le march&#233; s'orienterait d'abord sur les mesures demandant le moins d'investissements, telles qu'une meilleure efficience &#233;nerg&#233;tique dans les PVD, l'arr&#234;t de la d&#233;forestation, le d&#233;veloppement des biocarburants, puis l'&#233;olien et le solaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Le march&#233; mondial de l'&#233;co-industrie est estim&#233; &#224; 550 milliards d'euros. Les experts tablent sur son &#233;largissement dans les cinq prochaines ann&#233;es, surtout dans les pays &#233;mergents, avec des taux de croissance de 5 &#224; 8 %. Source : Analysis of the EU ecoindustries, their employment and export potential. http//www : europa.eu.int/comm/environment/enveco/industry_employment/ ecotec_exec_sum.pdf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. Les m&#233;canismes flexibles de Kyoto sont d&#233;crits dans notre article &#171; Petit pas compromis, effets pervers garantis &#187;. Consultable en ligne sur &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php&lt;/a&gt; ?article648&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. Anil Agarwal &amp; Sunita Nairin, &#171; The Atmospheric Rights of All People on Earth&#8221;, &lt;a href=&#034;http://www.cseindia.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.cseindia.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23. &lt;a href=&#034;http://www.gci.org.uk/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.gci.org.uk/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;24. John Houghton, &#8220;Overview of the Climate Change Issue&#8221;, &lt;a href=&#034;http://www.jri.org.uk/resource/climatechangeoverview.htm#carbon&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.jri.org.uk/resource/climatechangeoverview.htm#carbon&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25. Jean-Pascal van Ypersele, &#171; L'injustice fondamentale des changements climatiques &#187;, in Alternatives Sud, Vol 13-2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26. JP van Ypersele, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27. Le rapport Stern met un b&#233;mol &#224; l'id&#233;e que les renouvelables s'imposeront spontan&#233;ment quand leur co&#251;t rejoindra celui du p&#233;trole. Selon le rapport, &#224; ce moment-l&#224;, les prix des produits p&#233;troliers pourront baisser pour rester concurrentiels. L'existence d'une rente &#233;norme, en plus des profits, rend effectivement ce sc&#233;nario possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28. Un g&#226;chis particuli&#232;rement frappant en mati&#232;re de changement climatique, dans la mesure o&#249; ces &#233;conomies avaient une tr&#232;s haute intensit&#233; en &#233;nergie et en carbone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29. Micha&#235;l L&#246;wy, &#171; Qu'est-ce que &#8216;l'&#233;cosocialisme ? &#187; &lt;a href=&#034;http://www.iire.org/lowyeco.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.iire.org/lowyeco.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30. Une revendication de ce genre avait &#233;t&#233; mise en avant au d&#233;but des ann&#233;es 80 par les travailleurs exc&#233;dentaires de la multinationale Glaverbel dans la r&#233;gion de Charleroi (Belgique). Une entreprise publique d'isolation et de r&#233;novation des b&#226;timents fut m&#234;me cr&#233;&#233;e mais le pouvoir politique la saborda par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TANURO Daniel&lt;br class='autobr' /&gt;
* Paru dans la revue Inprecor n&#176; 425 de f&#233;vrier-mars 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Daniel TANURO est ing&#233;nieur agronome, collaborateur d'Inprecor.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Qui va payer &#034; l'&#233;chec sans pr&#233;c&#233;dent du march&#233; &#034; ? </title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Qui-va-payer-l-echec-sans-precedent-du-marche</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Qui-va-payer-l-echec-sans-precedent-du-marche</guid>
		<dc:date>2007-01-08T05:00:00Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;4 janvier 2007 POS, 22 d&#233;cembre 2006. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le rapport Stern sur les impacts &#233;conomiques du changement climatique constitue un &#233;v&#233;nement politique majeur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la premi&#232;re fois, une &#233;quipe d'&#233;conomistes commandit&#233;e par un gouvernement prend au s&#233;rieux les avertissements de la communaut&#233; scientifique et tente d'y apporter une r&#233;ponse globale, inscrite dans une perspective de long terme. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'exercice est impressionnant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais attention : alors que le changement climatique est d&#233;fini d'entr&#233;e de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-108-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;4 janvier 2007&lt;br class='autobr' /&gt;
POS, 22 d&#233;cembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport Stern sur les impacts &#233;conomiques du changement climatique constitue un &#233;v&#233;nement politique majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re fois, une &#233;quipe d'&#233;conomistes commandit&#233;e par un gouvernement prend au s&#233;rieux les avertissements de la communaut&#233; scientifique et tente d'y apporter une r&#233;ponse globale, inscrite dans une perspective de long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exercice est impressionnant. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais attention : alors que le changement climatique est d&#233;fini d'entr&#233;e de jeu comme &#034; le plus grand et le plus large &#233;chec du march&#233; jamais vu jusqu'&#224; pr&#233;sent &#034;, les solutions mises en avant par Sir Nicholas Stern et son &#233;quipe se r&#233;sument en une formule : plus de march&#233;, plus de croissance, plus de mondialisation n&#233;olib&#233;rale... Cherchez l'erreur... Et posez-vous la question : qui paiera la note ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; d'autres &#233;tudes &#233;conomiques, le rapport Stern [1] n'ergote pas sur les analyses fournie par les sp&#233;cialistes du climat. Au contraire, il les reprend &#224; son compte : &#034; Le changement climatique est une affaire s&#233;rieuse et urgente. (...) M&#234;me si le flux annuel des &#233;missions n'augmentait pas, le stock de gaz &#224; effet de serre dans l'atmosph&#232;re atteindrait le double des niveaux pr&#233; industriels en 2050 - 550 ppmv CO2eq [2] - et continuerait &#224; cro&#238;tre au-del&#224;. Or, le flux s'acc&#233;l&#232;re (...). Le niveau de 550 ppmv CO2eq pourrait &#234;tre atteint d&#232;s 2035. A ce niveau, il y a au moins 77% de probabilit&#233; - et peut-&#234;tre 99%, selon les mod&#232;les - que la hausse moyenne de la temp&#233;rature du globe d&#233;passera les 2&#176;C. Si rien n'est fait, le stock de gaz &#224; effet de serre pourrait tripler d'ici la fin du si&#232;cle, donnant au moins 50% de risque que la hausse d&#233;passera 5&#176;C au cours des d&#233;cennies suivantes. &#034;. Le rapport &#233;gr&#232;ne les cons&#233;quences : p&#233;nurie d'eau pour un sixi&#232;me de l'humanit&#233;, diminution des rendements agricoles, 200 millions de r&#233;fugi&#233;s suite &#224; la hausse des oc&#233;ans, disparition de 15 &#224; 40% des esp&#232;ces, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'estimation &#233;thique des co&#251;ts &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de cela n'est nouveau. Le rapport ne fait que compiler des donn&#233;es scientifiques connues. Mais Nicholas Stern est chef du Service &#233;conomique du gouvernement britannique, et ancien Chief economist de la Banque Mondiale. En endossant les &#233;valuations des climatologues, cet &#233;conomiste de renomm&#233;e mondiale cl&#244;t le bec au dernier carr&#233; de n&#233;gationnistes climatiques. &#034; Le d&#233;bat, dor&#233;navant, n'est plus l&#224; &#034;, leur dit-il en substance. O&#249; est-il, alors, le d&#233;bat ? Stern r&#233;pond par une analyse &#224; trois niveaux : 1&#176;) co&#251;t &#233;conomique de l'inaction (sc&#233;nario &#034; business as usual &#034;) ; 2&#176;) co&#251;t du sauvetage du climat ; 3&#176;) comparaison de ces co&#251;ts ; instruments et dispositifs permettant de les limiter au maximum, en vue de l'apr&#232;s-Kyoto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ici la fin du XXIIe si&#232;cle, le co&#251;t du sc&#233;nario &#034; business as usual &#034; pourrait correspondre &#224; une r&#233;duction de 20% de la consommation moyenne par t&#234;te, selon Stern. Cette estimation est plus &#233;lev&#233;e que d'autres, avanc&#233;es pr&#233;c&#233;demment. Quatre raisons expliquent cette diff&#233;rence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) le rapport inclut non seulement les co&#251;ts &#233;conomiques proprement dits (estim&#233;s &#224; 5% de r&#233;duction du PIB/personne) mais aussi l'&#233;valuation mon&#233;taire des impacts sur la sant&#233; (le nombre de morts d&#233;coulant de l'extension g&#233;ographique de la malaria, par exemple...) ainsi que sur l'environnement ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) il est tenu compte des &#034; r&#233;troactions positives &#034;, autrement dit des cons&#233;quences possibles du fait que le r&#233;chauffement pourrait acc&#233;l&#233;rer le r&#233;chauffement (par exemple si la fonte du permafrost p&#233;riglaciaire d&#233;gageait brusquement de grandes quantit&#233;s de m&#233;thane, gaz &#224; effet de serre puissant) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) le taux d'actualisation employ&#233; pour &#233;valuer le co&#251;t des d&#233;g&#226;ts du r&#233;chauffement est environ deux fois plus bas que celui auquel les &#233;conomistes ont g&#233;n&#233;ralement recours (pour concr&#233;tiser la solidarit&#233; interg&#233;n&#233;rationnelle, le rapport accorde donc aux r&#233;percussions futures du changement climatique un co&#251;t plus &#233;lev&#233; que dans d'autres &#233;tudes du m&#234;me genre) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) enfin, Stern et ses collaborateurs ont appel&#233; l'&#233;thique &#224; la rescousse pour corriger le fait que, d'un strict point de vue comptable, les d&#233;g&#226;ts dans les pays du Sud ne co&#251;tent pas cher (ils sont &#233;valu&#233;s &#224; partir de la &#034; disponibilit&#233; des victimes &#224; payer &#034; pour &#233;viter d'en subir les cons&#233;quences, et cette disponibilit&#233; varie &#233;videmment en fonction du revenu)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons-le en passant : toutes ces acrobaties pour mettre un prix sur des choses qui n'en ont pas (la vie humaine et les &#233;cosyst&#232;mes naturels) et faire en sorte que ce prix semble conforme &#224; &#034; l'&#233;thique &#034; montrent clairement que la loi de la valeur est de moins en moins appropri&#233;e en tant que mesure de la richesse sociale [3]. Mais, pour convaincre les d&#233;cideurs capitalistes, il ne suffit pas de r&#233;p&#233;ter que des centaines de millions de pauvres gens sont menac&#233;s dans leur existence, comme le GIEC le fait depuis des ann&#233;es : il faut dire combien &#231;a co&#251;tera et chiffrer les r&#233;percussions &#224; Wall street...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034; Eviter d'en faire trop, et trop vite &#034; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le co&#251;t du sauvetage, pour sa part, d&#233;pend du niveau de stabilisation choisi pour la concentration en gaz &#224; effet de serre : au plus et au plus vite on r&#233;duira les &#233;missions, au plus on aura de chances de sauver le climat... mais au plus cela co&#251;tera. Un nombre croissant de scientifiques plaident pour une stabilisation &#224; 450 ppmv, impliquant que les &#233;missions (42 gigatonnes/an actuellement) passent par un pic dans les 10 ans puis diminuent de 5% par an, donnant en 2050 75% de r&#233;duction par rapport &#224; 1990 [4]. Le rapport, lui, opte pour une stabilisation &#224; 550 ppmv maximum (pic dans les 20 ans, puis diminution de 1 &#224; 3% par an). L'enjeu est ultra-important. Selon les mod&#232;les, la hausse de temp&#233;rature serait comprise entre +1&#176;C et +3,8&#176;C pour 450 ppmv, et entre +1,4&#176;C et 4,6&#176;C pour 550ppmv. Quoique la r&#233;duction &#224; 450 ppmv pr&#233;sente de grandes difficult&#233;s objectives - il faut agir tr&#232;s vite et tr&#232;s fort - le rapport l'&#233;carte surtout pour des raisons de co&#251;t : la stabilisation &#224; 550 ppmv est plus avantageuse car elle ne co&#251;tera que 1% du PIB mondial - trois fois moins. Face aux 20% que co&#251;terait le sc&#233;nario &#034; business as usual &#034;, quelle importance, demandera-t-on, puisque tant de vies humaines sont en jeu ? Mais L'&#233;thique &#034;, tout &#224; coup, s'&#233;vanouit : &#034; La le&#231;on ici est d'&#233;viter d'en faire trop, trop vite (...). Par exemple, une grande incertitude demeure quant aux co&#251;ts de r&#233;ductions tr&#232;s importantes. Creuser jusqu'&#224; des r&#233;ductions d'&#233;missions de 60 ou 80% ou plus requ&#233;rra des progr&#232;s dans la r&#233;duction des &#233;missions de processus industriels, de l'aviation, et d'un certain nombre de domaines o&#249; il est difficile pour le moment d'envisager des approches effectives en termes de co&#251;ts &#034; [5]. En clair : pas touche aux profits et &#224; la logique d'accumulation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pour cent du PIB mondial &#233;gale 350 &#224; 400 milliards de dollars. Si on accepte un moment de prendre pour base l'estimation du rapport (biais&#233;e par la loi de la valeur, rappelons-le), le co&#251;t d'une stabilisation &#224; 450 ppmv n&#233;cessiterait donc entre 1050 et 1200 milliards de dollars par an. Cette somme serait plus que couverte par une combinaison de coupes sombres dans les budgets de la d&#233;fense (1037 milliards de dollars en 2004, dont 47% aux Etats-Unis) [6] et de la publicit&#233; (2% du PIB en France en 2003), pour ne pas parler de la fantastique rente p&#233;troli&#232;re (plus de 5000 milliards d'Euros par an) [7]. Mais ces moyens-l&#224; ne figurent pas dans la panoplie de M. Stern. Outre la r&#233;habilitation du nucl&#233;aire - promu au rang de technologie propre, son arsenal ne comporte que des instruments n&#233;olib&#233;raux : un seul prix mondial pour le carbone ; une taxe sur le carbone (&#034; pay&#233;e en fin de compte par les consommateurs &#034; et compens&#233;e par des baisses de charges pour les entreprises) [8] ; flexibilit&#233; totale dans le choix du lieu, du moment et du moyen de r&#233;duire les &#233;missions, partout dans le monde, &#224; moindre co&#251;t ; approfondissement et &#233;largissement de l'&#233;change de droits d'&#233;missions ; imposition par l'OMC de la totale libert&#233; de circulation pour les produits et services &#224; bas carbone ; financement accru de la recherche par le secteur public, au service des entreprises ; primes et autres incitants au d&#233;veloppement du march&#233; des renouvelables ; etc... Cette d&#233;marche purement n&#233;olib&#233;rale signifie concr&#232;tement trois choses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) d'ici 2050 et au-del&#224;, une part tr&#232;s substantielle des r&#233;ductions d'&#233;mission se fera dans les pays du Sud. Soit sous la forme d'un arr&#234;t de la d&#233;forestation (&#233;videmment souhaitable), soit sous la forme d'investissements &#034; propres &#034; offrant aux multinationales un march&#233; &#233;valu&#233; &#224; 40 milliards de dollars par an ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) tout en profitant de cette manne, au Nord, les grands groupes &#233;nerg&#233;tiques, automobiles, p&#233;trochimiques et autres auront le temps d'amortir leurs installations et de se r&#233;orienter vers les nouvelles technologies (mises au point gr&#226;ce &#224; un doublement des budgets publics pour la recherche) sans payer un centime pour la catastrophe qu'ils auront provoqu&#233;e [9] ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) la facture sera pay&#233;e par les travailleurs, les paysans et les pauvres du monde entier, par la taxe sur le CO2 (10 dollars/tonne de CO2 ?), les subsides publics au priv&#233; et l'int&#233;gration du prix du carbone au prix des biens de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un projet politique ambitieux et dangereux. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;crit &#224; plusieurs reprises qu'un compromis climatique USA-UE succ&#232;derait &#224; Kyoto, que Blair ambitionnait d'en &#234;tre l'artisan, que ce compromis serait encore plus n&#233;olib&#233;ral que Kyoto et qu'il se ferait sur le dos du tiers-monde, des travailleurs, et des d&#233;favoris&#233;s en g&#233;n&#233;ral. Le sommet de Gleneagles du G8 avait amorc&#233; le mouvement. Le rapport Stern confirme l'analyse. Deux points en particulier m&#233;ritent d'&#234;tre &#233;pingl&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) tout en maintenant formellement le concept adopt&#233; &#224; Rio (1992) d'une &#034; responsabilit&#233; commune mais diff&#233;renci&#233;e &#034; des pays du Nord et du Sud dans le dossier climatique, le rapport prive ce concept d'une grande partie de sa port&#233;e pratique contraignante. En effet, gr&#226;ce au march&#233; mondial lib&#233;ralis&#233; du carbone, les investissements propres ou les plantations d'arbres dans le tiers-monde permettraient aux entreprises et pays du Nord de r&#233;aliser plus de 50% de leur effort de r&#233;duction d'&#233;missions dans les pays du Sud ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) au-del&#224; du montage &#233;conomique pr&#233;cis, une lecture attentive du rapport montre clairement une volont&#233; d'utiliser la peur justifi&#233;e des catastrophes climatiques pour l&#233;gitimer la politique n&#233;olib&#233;rale. Le rapport Stern, cela doit &#234;tre soulign&#233;, ne se contente pas d'assumer des constats scientifiques et de faire des &#233;valuations &#233;conomiques : c'est un texte &#233;minemment politique. Au fil de la lecture, un ambitieux projet strat&#233;gique appara&#238;t de plus en plus nettement : invoquer la science et la morale pour manipuler l'opinion publique au service d'objectifs qui sont tr&#232;s loin d'&#234;tre uniquement climatiques (lire ci-dessous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les commentaires enthousiastes que ce rapport a suscit&#233;s chez de nombreuses ONG environnementales (le WWF, par exemple, demande &#034; un march&#233; du carbone renforc&#233; &#034;) posent d&#232;s lors question. Il y a urgence, certes. Mais Stern lui-m&#234;me l'affirme : le changement climatique est &#034; le plus grand et le plus large &#233;chec du march&#233; &#034;. Ou bien on le fera payer au march&#233;, ou bien &#034; le march&#233; &#034; le fera payer aux exploit&#233;s et aux opprim&#233;s du monde qui risquent ainsi de conna&#238;tre leur plus grande et leur plus large d&#233;faite. Une strat&#233;gie de gauche face au changement climatique est urgente et n&#233;cessaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D.T. &lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Stern Review, &#171; The Economics of Climate Change&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Les parts par million volume (ppmv) sont une mesure de la concentration. Les diff&#233;rents gaz contribuent diff&#233;remment au r&#233;chauffement. On exprime la quantit&#233; de chaque gaz dans la quantit&#233; de CO2 qui aurait le m&#234;me effet. On parle alors de CO2 &#233;quivalents (CO2eq). Dans la suite du texte, il s'agit syst&#233;matiquement de CO2eq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le rapport (p.156) renvoie &#224; des &#233;tudes qui augmentent les co&#251;ts globaux du r&#233;chauffement de 33%, voire qui les doublent, pour donner un poids plus correct &#224; l'impact dans le tiers-monde. Sans ces corrections, les catastrophes climatiques dans cette r&#233;gion passeraient inaper&#231;ues aux yeux des &#233;conomistes : elles seraient noy&#233;es dans la croissance globale... N&#233;anmoins, &#233;tant donn&#233; que l'immense majorit&#233; des victimes pr&#233;visibles vivent dans les pays du Sud, on peut conclure que ces corrections ne donnent pas non plus une image exacte des catastrophes &#224; venir. Autre exemple : pour mettre un co&#251;t sur le d&#233;placement probable de 200 millions de personnes, Stern multiplie par trois le revenu moyen de celles-ci (p. 410). Pourquoi par trois, alors que la majorit&#233; des victimes perdront tout ? Le rapport parle &#224; ce propos de &#171; probl&#232;mes &#233;thiques difficiles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] A moyen terme, la stabilisation implique de n'&#233;mettre que 5GtCO2eq/an, voire moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Stern Review, p. 247. Parmi le &#171; certain nombre de domaines &#187;, les transports occupent une place centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Chiffre du SIPRI, Stockholm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] La vente des produits raffin&#233;s rapporte 2000 milliards d'Euros environ et la part des co&#251;ts est de 500 milliards (JM Chevalier, &#171; Les grandes batailles de l'&#233;nergie &#187;, Folio actuel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Les auteurs ne cachent pas leur pr&#233;f&#233;rence pour ce syst&#232;me, par rapport &#224; celui des quotas &#233;changeables, pr&#233;vu par Kyoto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Le passage du rapport sur les r&#233;ductions d'&#233;missions dans le secteur &#233;nerg&#233;tique a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; par le Prof. Dennis Anderson, ancien Chief Economist chez Shell. Comme par hasard, il pr&#233;voit de ne r&#233;duire les &#233;missions de ce secteur que de 24 &#224; 18Gt d'ici 2050.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : POS &lt;a href=&#034;http://www.sap-pos.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.sap-pos.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>R&#233;volution &#233;nerg&#233;tique</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Revolution-energetique</link>
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		<dc:date>2006-11-07T02:52:31Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Les changements climatiques sont aujourd'hui au c&#339;ur de la crise &#233;cologique. C'est sans doute ce ph&#233;nom&#232;ne qui symbolise le mieux l'impasse dans laquelle s'enferme le syst&#232;me capitaliste et productiviste. Ph&#233;nom&#232;ne plan&#233;taire, qui n&#233;cessite donc des r&#233;ponses &#224; une telle &#233;chelle, il agit comme un r&#233;v&#233;lateur de l'ampleur de la crise actuelle, des in&#233;galit&#233;s et de la responsabilit&#233; des pays riches, de leurs industries, de leurs modes de transports ou de leur agriculture. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas une semaine ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-108-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les changements climatiques sont aujourd'hui au c&#339;ur de la crise &#233;cologique. C'est sans doute ce ph&#233;nom&#232;ne qui symbolise le mieux l'impasse dans laquelle s'enferme le syst&#232;me capitaliste et productiviste. Ph&#233;nom&#232;ne plan&#233;taire, qui n&#233;cessite donc des r&#233;ponses &#224; une telle &#233;chelle, il agit comme un r&#233;v&#233;lateur de l'ampleur de la crise actuelle, des in&#233;galit&#233;s et de la responsabilit&#233; des pays riches, de leurs industries, de leurs modes de transports ou de leur agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas une semaine ne passe sans qu'une nouvelle &#233;tude ne vienne confirmer la responsabilit&#233; des activit&#233;s humaines dans le changement climatique en cours. La temp&#233;rature actuelle est la plus haute depuis 12 000 ans, elle est juste inf&#233;rieure de un degr&#233; centigrade &#224; la temp&#233;rature la plus haute enregistr&#233;e depuis un million d'ann&#233;es. Et l'augmentation de la temp&#233;rature est pr&#233;vue entre 1,4 et 5,8 &#176;C pour la fin du si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, les pr&#233;misses des catastrophes &#224; venir sont d&#233;j&#224; l&#224;. Le cyclone Katrina, outre le traitement in&#233;galitaire face &#224; la catastrophe qu'il a r&#233;v&#233;l&#233;, a mis en lumi&#232;re d'une part l'augmentation de l'intensit&#233; et de la dur&#233;e des cyclones, qu'on peut corr&#233;ler &#224; la hausse de la temp&#233;rature de l'Atlantique nord et, d'autre part, la fa&#231;on dont la destruction des &#233;cosyst&#232;mes fragilise les protections naturelles contre les ouragans. Les r&#233;fugi&#233;s climatiques se multiplient : en Polyn&#233;sie, plusieurs &#238;les sont menac&#233;es de disparition du fait des inondations de plus en plus fr&#233;quentes. Les d&#233;placements forc&#233;s de populations sont estim&#233;s &#224; 150 millions d'ici 2050. D&#233;j&#224;, certains Etats (Australie, Etats-Unis, Nouvelle-Z&#233;lande...) se pr&#233;parent &#224; refouler ces r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le consensus scientifique est &#224; peu pr&#232;s &#233;tabli quant aux risques &#224; venir, il n'en va pas de m&#234;me pour les solutions &#224; apporter. Rien d'&#233;tonnant quand on observe &#224; quel point le capitalisme, depuis ses origines, repose sur l'usage massif d'&#233;nergies fossiles, le charbon d'abord, puis le p&#233;trole. Remettre radicalement en cause cet usage des &#233;nergies fossiles, c'est remettre en cause le fonctionnement du capitalisme. C'est pourquoi les mesures n&#233;goci&#233;es au niveau international par la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (1992), puis par le protocole de Kyoto sont au mieux insuffisantes, au pire perverses. L'engagement a &#233;t&#233; pris par les signataires de Kyoto, mais pas les Etats-Unis, de r&#233;duire leurs &#233;missions de gaz &#224; effet de serre de 5,2 % par rapport &#224; 1990. Mais cet engagement est fortement assoupli par les m&#233;canismes de flexibilit&#233; qui permettent aux pays les plus &#233;metteurs d'acheter des quotas d'&#233;missions &#224; ceux qui &#233;mettent moins que ce &#224; quoi ils ont droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode d'engagement de Kyoto se termine en 2012, les n&#233;gociations de la conf&#233;rence de Nairobi, qui d&#233;bute le 6 novembre, doivent d&#233;finir les objectifs de r&#233;duction des pays industrialis&#233;s apr&#232;s 2012. Mais nul de remet en cause les tours de passe-passe n&#233;olib&#233;raux qui, plut&#244;t que d'agir vraiment pour limiter les changements climatiques, sont en train de constituer un march&#233; du carbone qui profitera &#224; quelques entreprises. Il y a pourtant des aspects positifs dans le protocole de Kyoto : objectifs de r&#233;duction chiffr&#233;s, &#233;ch&#233;ances pr&#233;cises, report sur la p&#233;riode suivante en cas d'objectif non atteint, recours limit&#233; aux puits de carbone, prise en compte des diff&#233;rences entre pays industrialis&#233;s et ceux qui ne le sont pas... Il faut d&#233;fendre ces objectifs contre toutes les pressions n&#233;olib&#233;rales, mais, au-del&#224;, il faut opposer une strat&#233;gie alternative qui batte en br&#232;che le dogme selon lequel la consommation &#233;nerg&#233;tique doit n&#233;cessairement augmenter dans tous les pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction massive des &#233;missions doit &#234;tre la dimension centrale de cette strat&#233;gie, en favorisant la sobri&#233;t&#233; et l'efficacit&#233; &#233;nerg&#233;tiques et le remplacement des &#233;nergies fossiles par des &#233;nergies propres. Cela implique de mettre en place des normes contraignantes sur le b&#226;timent (un tiers de la consommation d'&#233;nergie mondiale), l'industrie (20 % des &#233;missions fran&#231;aises), l'agriculture (19,5 %) ou les transports. Les solutions technologiques n'y suffiront pas. C'est bien une r&#233;organisation de l'&#233;conomie, et donc de la soci&#233;t&#233;, qu'on doit viser, r&#233;organisation qui satisfasse les besoins sociaux et environnementaux ; d'autant que lancer un plan d'&#233;conomies d'&#233;nergies et de d&#233;veloppement des &#233;nergies propres cr&#233;erait des milliers d'emplois. Cela doit s'accompagner d'une modification profonde des rapports Nord-Sud qui permette aux pays pauvres de se d&#233;velopper, ce qui implique un usage massif d'&#233;nergies, mais sans reproduire le type de d&#233;veloppement qu'ont connu les pays industrialis&#233;s, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'un transfert de technologies propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;bats sur les moyens de r&#233;duire les changements climatiques doivent sortir des sph&#232;res confin&#233;es des n&#233;gociations internationales et des rapports entre grandes puissances. Ils doivent devenir l'enjeu de mobilisations sociales. La journ&#233;e internationale d'actions contre le changement climatique, le 4 novembre, doit &#234;tre un premier pas vers de tels mouvements. Au del&#224;, cette question doit &#234;tre au c&#339;ur de nos propositions pour une alternative au lib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vincent Gay&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : Rouge, 2 novembre 2006, hebdomadaire de la LCR, France&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; D&#233;connecter d&#233;veloppement et croissance &#233;conomique &#187; </title>
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&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la semaine du d&#233;veloppement durable, expertise d'un concept controvers&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque ann&#233;e depuis trois ans, le minist&#232;re fran&#231;ais de l'&#201;cologie organise une semaine du d&#233;veloppement durable. Jean-Marie Harribey, enseignant et chercheur en sciences &#233;conomiques &#224; Bordeaux (1), explique les origines de ce concept, &#171; n&#233; d'un bon sentiment, mais frapp&#233; d'une terrible faille &#187;. Entretien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle est l'origine du terme de &#171; d&#233;veloppement durable &#187; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Marie Harribey. En 1987, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-108-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la semaine du d&#233;veloppement durable, expertise d'un concept controvers&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque ann&#233;e depuis trois ans, le minist&#232;re fran&#231;ais de l'&#201;cologie organise une semaine du d&#233;veloppement durable. Jean-Marie Harribey, enseignant et chercheur en sciences &#233;conomiques &#224; Bordeaux (1), explique les origines de ce concept, &#171; n&#233; d'un bon sentiment, mais frapp&#233; d'une terrible faille &#187;. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quelle est l'origine du terme de &#171; d&#233;veloppement durable &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marie Harribey. En 1987, la commission charg&#233;e par l'ONU de r&#233;fl&#233;chir aux questions de d&#233;veloppement, et pr&#233;sid&#233;e par Mme Brundtland, a remis un rapport du m&#234;me nom proposant le concept de &#171; sustainable development &#187;, traduit par d&#233;veloppement soutenable ou durable. Cette d&#233;finition pr&#233;voyait un d&#233;veloppement permettant de r&#233;pondre aux besoins du pr&#233;sent, sans compromettre la satisfaction des besoins des g&#233;n&#233;rations futures. Cela permettait de tenir compte de l'aspect social, pour l'&#233;quit&#233; intrag&#233;n&#233;rationnelle, et de l'aspect &#233;cologique, pour l'&#233;quit&#233; interg&#233;n&#233;rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, &#224; l'&#233;poque, red&#233;finir la notion de d&#233;veloppement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marie Harribey. La n&#233;cessit&#233; de red&#233;finir le d&#233;veloppement &#233;tait impos&#233;e par la double d&#233;gradation, &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire, d'une part sociale : la pauvret&#233; ne diminue pas ; et d'autre part &#233;cologique : les ressources naturelles s'&#233;puisent, les pollutions se g&#233;n&#233;ralisent, l'effet de serre se renforce. En 1992, plusieurs conventions ont &#233;t&#233; adopt&#233;es sur la d&#233;forestation, la biodiversit&#233;, et celle sur le climat qui a abouti au protocole de Kyoto en 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce une nouveaut&#233; d'int&#233;grer l'environnement &#224; un concept de d&#233;veloppement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marie Harribey. Le concept de d&#233;veloppement durable part d'un bon sentiment, mais il est frapp&#233; d'une faille terrible. Le rapport Brundtland pr&#233;cise que ses deux objectifs (social et &#233;cologique) doivent &#234;tre atteints en perp&#233;tuant la croissance &#233;conomique. C'est faire le pari que celle-ci est possible &#224; l'infini, sur une plan&#232;te aux contours finis. En r&#233;alit&#233;, le concept de d&#233;veloppement durable renvoie &#224; plusieurs conceptions de la soutenabilit&#233;. La &#171; soutenabilit&#233; faible &#187; suppose qu'il sera toujours possible de substituer du capital fabriqu&#233; aux ressources &#233;puis&#233;es. En face, la conception de la &#171; soutenabilit&#233; forte &#187; pose au contraire que le progr&#232;s technique ne fournira pas toujours des ressources de substitution. Ces deux conceptions sont incompatibles. La premi&#232;re domine et pr&#244;ne une gestion de l'&#233;cologie confi&#233;e au march&#233;. C'est la raison pour laquelle, par exemple, le protocole de Kyoto a mis en place un march&#233; de permis d'&#233;mission de gaz &#224; effet de serre, cens&#233; r&#233;guler cette pollution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque de son &#233;laboration, le d&#233;veloppement - durable se voulait-il une - rupture, un d&#233;passement ou un arrangement avec le - capitalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marie Harribey. Dans l'esprit des institutions internationales, des gouvernements et des grandes firmes, il ne s'agit aucunement de rupture. C'est pour cela que certains ont qualifi&#233; ce concept d'alibi, visant &#224; dissimuler l'incapacit&#233; du capitalisme &#224; r&#233;pondre r&#233;ellement aux besoins, &#224; ne r&#233;pondre qu'aux besoins solvables et &#224; dissimuler l'impossibilit&#233; de cette croissance infinie indispensable au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui, malgr&#233; des int&#233;r&#234;ts divergents, se r&#233;fugient derri&#232;re cette id&#233;e. Est-ce d&#251; &#224; une lacune du concept ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Marie Harribey. Le paradoxe de ce concept est que presque tout le monde l'a fait sien. Or ses conceptions sous-jacentes sont antagonistes, car on ne peut concevoir une croissance &#233;conomique &#233;ternelle. Cela ne signifie pas pour autant, comme le croient certains radicaux, qu'il faille s'avancer vers une d&#233;croissance uniforme selon les productions et selon les pays. C'est aussi absurde qu'une croissance infinie. Si l'on veut red&#233;finir le d&#233;veloppement, il faut permettre aux populations les plus pauvres un temps de croissance &#233;conomique afin de r&#233;pondre &#224; leurs besoins les plus pressants. Mais, comme plus de production et de consommation ne signifie pas n&#233;cessairement un mieux-&#234;tre, d&#232;s lors qu'un certain nombre de besoins sont satisfaits, la d&#233;connexion entre d&#233;veloppement et croissance peut &#234;tre tent&#233;e. Cela implique de privil&#233;gier l'&#233;largissement de la sph&#232;re non marchande, au b&#233;n&#233;fice des services qui font la qualit&#233; de la vie. On se heurte ici &#224; l'incompatibilit&#233; d'un d&#233;veloppement humain authentique avec la recherche de la rentabilit&#233; maximale, objectif du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Vincent Defait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Jean-Marie Harribey, coordonnateur du livre d'ATTAC, Le d&#233;veloppement a-t-il un avenir ? Pour une soci&#233;t&#233; solidaire et &#233;conome, Mille et Une Nuits, 2004&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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