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		<title>La Gauche</title>
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		<title>Qui a r&#233;ellement gagn&#233; en Libye ? </title>
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		<dc:creator>Gilbert Achcar</dc:creator>


		<dc:subject>Libye</dc:subject>

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&lt;p&gt;Avec la prise de Tripoli par les forces rebelles soutenues par l'OTAN, le r&#232;gne du dictateur Mouhammar Kadhafi est arriv&#233; &#224; son terme. Apr&#232;s plusieurs mois d'enlisement militaire, la capitale libyenne est tomb&#233;e avec une vitesse notable. Bien qu'il y ait encore des combats et que Kadhadi n'ait pas &#233;t&#233; captur&#233;, le sort de son r&#233;gime est bel et bien scell&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Il y a eu des c&#233;l&#233;brations massives &#224; Tripoli et dans tout le pays. Kadhafi est un m&#233;prisable dictateur qui a gouvern&#233; la Libye avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Afrique-du-Nord-" rel="directory"&gt;Afrique du Nord&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec la prise de Tripoli par les forces rebelles soutenues par l'OTAN, le r&#232;gne du dictateur Mouhammar Kadhafi est arriv&#233; &#224; son terme. Apr&#232;s plusieurs mois d'enlisement militaire, la capitale libyenne est tomb&#233;e avec une vitesse notable. Bien qu'il y ait encore des combats et que Kadhadi n'ait pas &#233;t&#233; captur&#233;, le sort de son r&#233;gime est bel et bien scell&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a eu des c&#233;l&#233;brations massives &#224; Tripoli et dans tout le pays. Kadhafi est un m&#233;prisable dictateur qui a gouvern&#233; la Libye avec une main de fer pendant plus de 40 ans, &#233;crasant la dissidence et enrichissant sa famille et son entourage proche. La haine &#224; l'&#233;gard de cette dictature et une soif de d&#233;mocratie et de libert&#233; ont aliment&#233; le soul&#232;vement contre Kadhafi, un soul&#232;vement clairement inspir&#233; par les r&#233;volutions en Tunisie et en &#201;gypte, pays se situant respectivement &#224; l'ouest et &#224; l'est de la Libye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le caract&#232;re du soul&#232;vement libyen a &#233;t&#233; d&#233;voy&#233; au cours des mois pr&#233;c&#233;dents. Les forces rebelles qui ont pris Tripoli cette semaine ont op&#233;r&#233; en collaboration avec les forces de l'OTAN qui, elles, ne partagent nullement la soif de libert&#233; des Libyens. Comme le journaliste ind&#233;pendant Patrick Cockburn l'avait pr&#233;dit il y a quelques mois ; &#171; la chute de Kadhafi sera principalement obtenue par l'OTAN et non par une r&#233;volution populaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars dernier, les Nations Unies ont autoris&#233; une campagne a&#233;rienne contre la Libye, dirig&#233;e par les &#201;tats-Unis, avec comme justificatif l'arr&#234;t des massacres contre la population en r&#233;volte. Mais, tandis que la guerre a&#233;rienne s'intensifiait, les gouvernements occidentaux ont remodel&#233; l'opposition anti-Kadhafi &#224; la mesure de leurs propres int&#233;r&#234;ts &#8211; entre autres choses, garantir le flux de p&#233;trole libyen et, plus important encore, cr&#233;er un v&#233;ritable barrage pro-occidental contre la mar&#233;e r&#233;volutionnaire qui s'&#233;tend dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s europ&#233;ens ont soutenus les &#233;l&#233;ments les plus conservateurs parmi ceux qui affirment diriger la lutte contre Kadhafi. Certains d'entre eux ont d&#233;j&#224; collabor&#233; avec la CIA dans le pass&#233;, tandis que d'autres &#233;taient des hauts fonctionnaires du r&#233;gime de Kadhafi qui ont opportun&#233;ment retourn&#233; leur veste &#224; temps. Le futur gouvernement libyen sera essentiellement compos&#233; par ces &#233;l&#233;ments et aura une &#233;norme dette envers les &#201;tats-Unis et ses alli&#233;s europ&#233;ens, ce qui le soumettra aux int&#233;r&#234;ts de ces derniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela constitue un s&#233;rieux revers pour le &#171; Printemps arabe &#187; qui, au d&#233;but de cette ann&#233;e, a illumin&#233; le monde avec l'esp&#233;rance d'une alternative &#224; l'oppression, &#224; la violence et &#224; la tyrannie. Toute personne qui lutte pour la justice ne pleurera pas la chute de Kadhafi. Il &#233;tait un tyran ayant beaucoup de sang sur les mains. Mais toute personne qui s'oppose &#224; l'imp&#233;rialisme et &#224; ses crimes ne peut c&#233;l&#233;brer sa chute dans de telles circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rapidit&#233; avec laquelle Tripoli est tomb&#233;e a surpris tout le monde et y compris les forces rebelles elles-m&#234;mes, surtout apr&#232;s les dures batailles pr&#233;alables qui se sont d&#233;roul&#233;es ces derni&#232;res semaines dans les villes des alentours de la capitale. La campagne de propagande du r&#233;gime &#8211; avec des d&#233;monstrations de soutien orchestr&#233;es assurant que les habitants de la capitale se l&#232;veraient en masse pour d&#233;fendre leur leader bien aim&#233; &#8211; n'&#233;tait qu'une tromperie. La chute rapide de la ville a d&#233;montr&#233; le faible niveau de soutien dont jouissait Kadhafi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, d'autre part, les images retransmises de Tripoli par les m&#233;dias &#8211; avec des combattants l&#233;g&#232;rement arm&#233;s, entrant dans la capitale sur une grande vari&#233;t&#233; de v&#233;hicules &#8211; occultent la v&#233;ritable histoire : l'assaut contre Tripoli fut une campagne militaire coordonn&#233;e - et dans sa totalit&#233; d&#233;pendante - par les forces de l'OTAN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces rebelles &#233;taient d&#233;pendantes du soutien a&#233;rien de l'OTAN depuis le d&#233;but de son intervention en mars dernier. Au cours de ces 5 mois et jusqu'au 20 ao&#251;t dernier, les forces occidentales ont effectu&#233;es 7.459 missions a&#233;riennes sur la Libye, soit une moyenne de 50 par jours, contre des milliers d'objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coordination de l'OTAN avec les forces rebelles s'est intensifi&#233;e au cours de ces derni&#232;res semaines. Selon le New York Times, les combattant libyens choisissaient les objectifs et transmettaient leur localisation avec des &#233;quipements fournis par les forces occidentales. Quand ils avaient besoin d'attaques a&#233;riennes, &#171; les rebelles avaient notre num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone &#187; a comment&#233; un diplomate anonyme. Le &#171; Times &#187; a rapport&#233; que, pendant l'entr&#233;e dans la capitale, &#171; les troupes de l'OTAN ont continu&#233; &#224; fournir un appui a&#233;rien au rebelles pendant toute la journ&#233;e, avec de multiples sorties a&#233;riennes destin&#233;es &#224; d&#233;gager le chemin entre Zawiyah et Tripoli. Les leaders rebelles sont reconnaissants envers l'OTAN d'avoir frustr&#233; une tentative des forces loyalistes &#224; Kadhafi de r&#233;cup&#233;rer Zawiyah. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien de l'Occident ne s'est pas limit&#233; &#224; la puissance a&#233;rienne. Des Forces sp&#233;ciales et des agents de renseignement op&#232;rent en Libye depuis le mois de mars, entra&#238;nant et conseillant les diff&#233;rents groupes rebelles, et dirigeant fr&#233;quemment leurs mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela contraste fortement avec les premiers jours du soul&#232;vement contre Kadhafi. Survenant &#224; la suite de la chute des dictateurs en Tunisie et en &#201;gypte, la r&#233;volte libyenne a suivie, au d&#233;but, le m&#234;me sc&#233;nario que ces autres mobilisations populaires, parvenant m&#234;me &#224; gagner la sympathie de certaines unit&#233;s militaires. La base principale de la r&#233;bellion fut la partie orientale du pays, proche de l'&#201;gypte, mais elle se propagea rapidement. A la fin du mois de f&#233;vrier, Kadhafi semblait sur le point de tomber lui aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le dictateur se r&#233;v&#233;la capable de se maintenir au pouvoir et d'organiser une contre-offensive reposant sur des unit&#233;s militaires fid&#232;les, afin d'&#233;craser la r&#233;bellion. D&#232;s que la lutte se transforma, essentiellement, en une bataille militaire, la r&#233;bellion perdit son impulsion initiale et son meilleur avantage &#8211; la mobilisation massive du peuple libyen exigeant la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la mi-mars, les forces de Kadhafi avaient battu les d&#233;fenseurs mal arm&#233;s d'une s&#233;rie de villes qui s'&#233;taient jointes au soul&#232;vement et elles mena&#231;aient de prendre d'assaut Benghazi, centre oriental de la r&#233;volte. Pendant un temps, au cours de cette contre-offensive, les &#201;tats-Unis et les autres gouvernements occidentaux ont sembl&#233; h&#233;siter et laisser &#224; Kadhafi les mains libres pour &#233;craser la r&#233;bellion plut&#244;t que de permettre qu'une autre r&#233;volution populaire ne renverse un dictateur pro-occidental en Afrique du Nord. Mais, &#224; mesure que la violence du r&#233;gime se faisait plus brutale et mortelle &#8211; et avec les doutes entourant le degr&#233; de fiabilit&#233; de Kadhafi &#224; coop&#233;rer avec les compagnies p&#233;troli&#232;res occidentales - Washington et les autres capitales europ&#233;ennes ont d&#233;cid&#233; de changer de fusil d'&#233;paule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention a&#233;rienne &#8211; pr&#233;tendument destin&#233;e &#224; n'imposer qu'une &#171; zone d'exclusion a&#233;rienne &#187; - fut pr&#233;sent&#233;e comme une &#171; mission humanitaire &#187; afin d'emp&#234;cher les forces du r&#233;gime de faire couler le sang de la population civile. Mais cet objectif s'&#233;tendit tr&#232;s rapidement, comme plusieurs voix anti-guerre l'avaient pr&#233;dit. Barack Obama et les autres dirigeants occidentaux n'ont pas tard&#233; &#224; &#233;largir la &#171; mission humanitaire &#187; jusqu'&#224; provoquer la chute de Kadhafi pour imposer un nouveau gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux libyens ont accueillis positivement les premi&#232;res attaques alli&#233;es comme &#233;tant la seule mani&#232;re d'arr&#234;ter le bain de sang qui menacait Benghazi, malgr&#233; le fait que, d&#232;s le d&#233;but de l'insurrection de f&#233;vrier, le sentiment g&#233;n&#233;ral allait pourtant contre toute velleit&#233; des puissances occidentales &#224; dicter l'avenir de la Libye. Ainsi, au d&#233;but du mois de mars, les rebelles avaient captur&#233; des membres des forces sp&#233;ciales britanniques, qui d&#233;claraient vouloir prendre contact avec l'opposition, et les expulsaient du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, apr&#232;s que les op&#233;rations a&#233;riennes aient d&#233;but&#233;, les gouvernements occidentaux ont consacr&#233; beaucoup d'&#233;nergie &#224; remodeler l'opposition &#224; Kadhafi, cherchant &#224; promouvoir en son sein les figures ayant un pass&#233; de collaboration avec les &#201;tats-Unis ou des ex-fonctionnaires du r&#233;gime. Le chef du Conseil National de Transition (CNT) &#8211; reconnu par les &#201;tats-Unis et par 30 autres pays avant la chute de Kadhafi comme le &#171; repr&#233;sentant l&#233;gitime de la Libye &#187; - est Mustapha Abdul Jalil, qui fut Ministre de la justice de Kadhafi jusqu'&#224; sa d&#233;mission en f&#233;vrier dernier, au d&#233;but du soul&#232;vement. Les &#201;tats-Unis voient en lui un &#171; bon collaborateur &#187; selon les c&#226;bles diplomatiques du D&#233;partement d'&#201;tat r&#233;v&#233;l&#233;s par Wikileaks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme les combattants rebelles ont &#339;uvr&#233; en coordination &#233;troite avec les forces de l'OTAN, le CNT est en tr&#232;s bons termes avec les diplomates et les dirigeants occidentaux. Au d&#233;but de l'avance sur Tripoli, les leaders du CNT se concertaient avec Jeffrey Feltman, sous-secr&#233;taire d'&#201;tat US qui a visit&#233; Benghazi pour discuter &#171; d'une transition stable et d&#233;mocratique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de doutes sur ce que quelqu'un comme Jeffrey Feltman entend par &#171; stabilit&#233; &#187;. Cependant, ce qui va survenir par la suite n'est pas encore grav&#233; dans le marbre. Ainsi, Patrick Cockburn a rapport&#233; qu'&#224; la fin de cette semaine il a parl&#233; avec des rebelles de la ville de Misratah &#8211; qui a connue les batailles les plus sanglantes de ces cinq derniers mois - qui lui ont affirm&#233; qu'ils n'accepteront par les ordres du CNT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible que l'autorit&#233; des leaders parrain&#233;s par l'Occident soit contest&#233;e, mais les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s jouiront d'une position plus forte quand ces conflits vont &#233;merger. Ce sont eux qui ont promus au rang de &#171; leaders &#187; les &#233;l&#233;ments pro-occidentaux de l'opposition et leur puissance militaire a &#233;t&#233; indispensable dans la lutte contre le r&#233;gime de Kadhafi. Les puissances occidentales disposent maintenant d'une base d'op&#233;ration en Libye avec laquelle ils pourront intervenir &#224; n'importe quel moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, la moindre opposition libyenne aux int&#233;r&#234;ts occidentaux sera en position de faiblesse. Comme le marxiste britannique Richard Seymour l'a soulign&#233; : &#171; Il n'existe aucune force politique avec laquelle les masses peuvent agir de mani&#232;re ind&#233;pendante du nouveau gouvernement, si tant est qu'elles souhaitent le faire &#187;. En cons&#233;quence, les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s sont pratiquement assur&#233;s de pouvoir compter sur un gouvernement de collaboration en Libye, ind&#233;pendamment des aspirations des Libyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tripoli s'est lib&#233;r&#233;e des griffes d'un tyran &#187; a d&#233;clar&#233; Barack Obama. Mais si Kadhafi &#233;tait un tyran &#8211; et il l'&#233;tait sans l'ombre d'un doute &#8211; il fut aussi l'un de ces tyrans avec lesquels les &#201;tats-Unis &#233;taient des plus dispos&#233;s &#224; coop&#233;rer, du moins au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie. Pendant les ann&#233;es 1980, Kadhafi, alors alli&#233; &#224; l'ex-URSS, &#233;tait le bouc &#233;missaire favori des dirigeants &#233;tatsuniens. Ronald Reagan l'avait appel&#233; le &#171; chien enrag&#233; du Moyen Orient &#187; et avait donn&#233; l'ordre de mener des attaques a&#233;riennes contre Tripoli et Benghazi en 1986. Mais &#224; la fin des ann&#233;es 1990, Kadhafi a fum&#233; le calumet de la paix avec ses anciens ennemis. Apr&#232;s les attaques du 11 septembre 2001, la Libye s'est associ&#233;e comme alli&#233;e dans la &#171; guerre contre le terrorisme &#187; et deux ans plus tard elle soutenait l'invasion de l'Irak. Apr&#232;s la normalisation des relations diplomatiques vint le temps des accords commerciaux juteux avec les multinationales p&#233;troli&#232;res : Exxon Mobil, Chevron et d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Libye est le seul pays d'Afrique du Nord comptant sur d'importants gisements p&#233;troliers &#8211; ce qui explique l'enthousiasme des dirigeants europ&#233;ens &#224; devenir l'ami de Kadhafi pendant les ann&#233;es 2000. Silvio Berlusconi entretenait ainsi une relation tr&#232;s &#233;troite avec le dictateur. Malgr&#233; tout, d'apr&#232;s les documents du D&#233;partement d'&#201;tat r&#233;v&#233;l&#233;s par Wikileaks, les relations entre Kadhafi et les compagnies p&#233;troli&#232;res se sont d&#233;t&#233;rior&#233;es au cours des derni&#232;res ann&#233;es, du fait de la tendance croissante du dictateur &#224; &#171; durcir &#187; les termes des contrats afin d'obtenir plus de gains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu l'opportunit&#233; offerte d'intervenir militairement dans une r&#233;gion qui traverse des processus r&#233;volutionnaires depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e, Washington et ses alli&#233;s d&#233;cid&#232;rent finalement de se retourner contre leur alli&#233;, en feignant de &#171; d&#233;couvrir &#187; &#224; nouveau qu'il n'&#233;tait qu'un vil dictateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renversement illustre les v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts des gouvernements US et alli&#233;s dans le monde, qui n'ont que bien peu de choses &#224; voir avec les principes de la d&#233;mocratie et de la libert&#233;. Washington &#233;tait parfaitement satisfait de collaborer avec Kadhafi tant que cette relation servait ses int&#233;r&#234;ts. D&#233;sormais, les &#201;tats-Unis font le pari de r&#233;cup&#233;rer une partie du terrain perdu dans le monde arabe &#224; la suite des r&#233;volutions en Tunisie et en &#201;gypte, en aidant &#224; la chute de Kadhafi et en obtenant, au passage, un gouvernement libyen plus fiable afin de prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kadhafi m&#233;ritait d'&#234;tre renvers&#233;. Mais les circonstances de sa chute repr&#233;sentent une avanc&#233;e pour l'imp&#233;rialisme et un revers pour la lutte afin d'&#233;tendre la d&#233;mocratie et la libert&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Article publi&#233; sous le titre &#171; Who really won in Libya ? &#187; sur le site : &lt;a href=&#034;http://socialistworker.org/2011/08/23/who-really-won-in-libya&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://socialistworker.org/2011/08/...&lt;/a&gt;, journal de l'International Socialist Organisation (ISO) des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction fran&#231;aise par Ataulfo Riera pour le site &lt;a href=&#034;http://www.lcr-lagauche.be&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.lcr-lagauche.be&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La question &#224; un milliard de dollars : qui sont les rebelles libyens ? </title>
		<link>https://www.lagauche.ca/La-question-a-un-milliard-de-dollars-qui-sont-les-rebelles-libyens</link>
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		<dc:creator>Gilbert Achcar</dc:creator>


		<dc:subject>Libye</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les rebelles libyens ont consolid&#233; leur mainmise sur la capitale Tripoli en contr&#244;lant le quartier g&#233;n&#233;ral de Kadhafi mais on ne sait toujours pas o&#249; le dirigeant libyen se trouve. La Ligue arabe a annonc&#233; mardi qu'elle se r&#233;unirait cette semaine pour envisager de donner le si&#232;ge du pays aux rebelles libyens apr&#232;s qu'il ait &#233;t&#233; retir&#233; au gouvernement de Kadhafi il y a quelques mois. Amy Goodman de Democracy Now interviewe Gilbert Achcar, professeur &#224; l'&#201;cole d'&#233;tudes orientales et africaines (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH150/arton3249-6babc.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les rebelles libyens ont consolid&#233; leur mainmise sur la capitale Tripoli en contr&#244;lant le quartier g&#233;n&#233;ral de Kadhafi mais on ne sait toujours pas o&#249; le dirigeant libyen se trouve. La Ligue arabe a annonc&#233; mardi qu'elle se r&#233;unirait cette semaine pour envisager de donner le si&#232;ge du pays aux rebelles libyens apr&#232;s qu'il ait &#233;t&#233; retir&#233; au gouvernement de Kadhafi il y a quelques mois. Amy Goodman de Democracy Now interviewe Gilbert Achcar, professeur &#224; l'&#201;cole d'&#233;tudes orientales et africaines de Londres (extraits).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Amy Goodman : Qui sont les rebelles ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GA &lt;/strong&gt; : Qui sont les rebelles ? C'est en fait la question &#224; un milliard de dollars parce que m&#234;me &#224; l'OTAN on se pose la m&#234;me question. Nous connaissons &#233;videmment le Conseil national de transition &#8212; et m&#234;me l&#224; nous avons une connaissance limit&#233;e parce que tous les membres ne sont pas connus et de nouveaux membres vont &#234;tre annonc&#233;s pour repr&#233;senter les nouvelles r&#233;gions, y compris Tripoli. Et vous trouvez l&#224; un m&#233;lange de lib&#233;raux, de membres de l'ancien r&#233;gime et des gens traditionnels qui repr&#233;sentent des composantes tribales du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous pouvons r&#233;ellement juger c'est le programme mis en avant par ce Conseil. En terme de programme politique, ce que nous voyons ressemble &#224; une &#233;bauche pour une transition d&#233;mocratique. Ils veulent organiser des &#233;lections ; en r&#233;alit&#233; deux tours d'&#233;lection : une pour une assembl&#233;e constituante qui &#233;crirait une constitution et une seconde, bas&#233;e sur cette constitution, pour &#233;lire un gouvernement. Et ils disent &#8212; m&#234;me si je suis tr&#232;s sceptique l&#224;-dessus &#8212; que tous les membres du Conseil national de transition ne participeraient pas &#224; ces deux tours d'&#233;lection. &#201;videmment, &#231;a reste encore &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau du programme &#233;conomique qui est repr&#233;sent&#233; dans le cabinet existant du Conseil vous retrouvez des gens qui jouaient d&#233;j&#224; le m&#234;me r&#244;le sous Kadhafi en supervisant les r&#233;formes n&#233;o-lib&#233;rales du pays. Donc rien d'original &#224; attendre de ce c&#244;t&#233;-l&#224;, ce n'est pas une r&#233;volution socialiste. Je pense que personne n'a jamais eu ce genre d'illusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, cela &#233;tant dit, quand nous pensons aux rebelles en termes de combattants ou de groupes de combattants, en terme de masses, celles qu'on a m&#234;me vues &#224; Tripoli dimanche soir, venant en grands nombres dans ce qui &#233;tait la place Verte, maintenant la place des Martyrs, alors vous trouvez un paysage tout &#224; fait h&#233;t&#233;rog&#232;ne. Et je dirais que l'immense majorit&#233; de ces gens n'ont pas de fond politique pr&#233;alable, y compris ceux qui tiennent les armes maintenant parce que la plupart des gens arm&#233;s maintenant &#233;taient des civils avant. Ce n'&#233;taient pas des militaires. Et la plupart de ces gens, apr&#232;s 42 ans de dictature, sans aucune r&#233;elle vie politique dans ce pays, sont tr&#232;s difficiles &#224; d&#233;crire politiquement. Nous devrons attendre pour voir ce qui ressortira quand commencera une r&#233;elle lutte politique dans le pays, de la m&#234;me mani&#232;re que nous voyons une lutte politique commencer en &#201;gypte ou en Tunisie &#8212; les deux pays o&#249; les dictateurs ont &#233;t&#233; vaincus jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AG : Comment l'OTAN a-t-elle choisi de travailler avec tel groupe de rebelles plut&#244;t qu'un autre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GA :&lt;/strong&gt; En fait ils n'ont pas eu beaucoup de choix. Je veux dire que quand beaucoup de pays dans le monde ont d&#233;cid&#233; de reconna&#238;tre le Conseil national de transition et que vous entendez les gens dire &#171; Mais il n'a pas &#233;t&#233; &#233;lu &#187;, comment voulez-vous qu'il ait &#233;t&#233; &#233;lu ? On est en situation d'insurrection et on fait avec ce qu'on a. Ils n'ont pas dit qu'ils seraient les dirigeants permanents de ce pays. Ils se sont d&#233;clar&#233;s eux-m&#234;mes, d&#232;s le d&#233;but, de transition. Et ils disent qu'ils vont organiser des &#233;lections et quitter la sc&#232;ne. Et je viens aussi de mentionner que les membres du Conseil ne participeraient m&#234;me pas aux deux prochains tours d'&#233;lection. Il n'y a pas d'autre alternative au r&#233;gime de Kadhafi que ce Conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, ce qui va se passer politiquement reste &#224; voir. De nouveau c'est comme de dire qu'en &#201;gypte, Moubarak a &#233;t&#233; renvers&#233;. Mais qui a pris le pouvoir ? Les militaires. Et en r&#233;alit&#233;, dans ce sens, ce qui se passe maintenant en Libye est une transformation de r&#233;gime plus radicale que ce qu'il y a eu en &#201;gypte parce qu'en &#201;gypte, en dehors de la pointe de l'iceberg qui a &#233;t&#233; &#233;ject&#233;e, l'entourage de Moubarak, principalement l'arm&#233;e a toujours le contr&#244;le. Et cela a &#233;t&#233; la colonne vert&#233;brale du r&#233;gime depuis le d&#233;but dans les ann&#233;es 50. Alors que maintenant, en Libye, bien qu'il y ait des membres de l'ancien r&#233;gime dans la r&#233;bellion, les structures du r&#233;gime, en commen&#231;ant par l'arm&#233;e de Kadhafi qui &#233;tait plut&#244;t un groupe de milices priv&#233;es et de garde pr&#233;torienne incluant aussi des mercenaires, sont en train de s'effondrer. Et nous avons vu comment &#231;a s'est effondr&#233; &#224; Tripoli m&#234;me si ce n'est pas encore termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AG : &#171; Democracy Now ! &#187; a parl&#233; avec Phyllis Bennis hier de l'Institut pour les &#233;tudes politiques. Elle a dit que le contr&#244;le du p&#233;trole en Libye par les puissances occidentales a &#233;t&#233; une cause cruciale de ce conflit. Il y a pas mal de soci&#233;t&#233;s p&#233;troli&#232;res &#8212; la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise Total, les soci&#233;t&#233;s &#233;tats-uniennes Marathon and Hess et Conoco Phliips. Fait int&#233;ressant, le gouvernement des rebelles libyens a d&#233;clar&#233; &#224; Reuters dans une interview qu'ils honoreraient tous les contrats p&#233;troliers conclus pendant le r&#233;gime de Kadhafi, y compris avec les soci&#233;t&#233;s chinoises. Qu'en pensez-vous ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GA :&lt;/strong&gt; Il est &#233;vident que le p&#233;trole est un facteur cl&#233; dans l'intervention de l'OTAN et si la Libye n'avait pas &#233;t&#233; un pays p&#233;trolier, ils ne seraient pas intervenus. C'est tout &#224; fait &#233;vident. Maintenant, la question, comme vous l'avez dit, n'est pas d'acc&#233;der &#224; des territoires qui &#233;taient en dehors des possibilit&#233;s des occidentaux. Quasi tous les int&#233;r&#234;ts occidentaux &#233;taient repr&#233;sent&#233;s en Libye. Toutes les soci&#233;t&#233;s p&#233;troli&#232;res occidentales importantes avaient des contrats avec le r&#233;gime libyen. Et le gouvernement de transition, le Conseil national de transition, dit qu'il va honorer ces contrats avec tous les pays. Cela veut dire qu'&#224; ce niveau, les gains ne peuvent pas &#234;tre &#233;normes. Bien s&#251;r, si il y a de nouvelles concessions, de nouveaux contrats, les pays qui seront privil&#233;gi&#233;s seront ceux qui ont soutenu la r&#233;bellion depuis le d&#233;but, comme l'a dit le Conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je pense que ce qui est plus important que &#231;a, c'est le march&#233; &#224; venir parce qu'il y a eu beaucoup de destructions et qu'il y a beaucoup d'infrastructures &#224; reconstruire. Et bien s&#251;r, les soci&#233;t&#233;s occidentales, en commen&#231;ant par les soci&#233;t&#233;s &#233;tats-uniennes, britanniques et fran&#231;aises, seront tr&#232;s int&#233;ress&#233;es &#224; rentrer dans ce march&#233;. Donc, bien s&#251;r, l'OTAN a une motivation majeure, et c'est une question d'int&#233;r&#234;t, derri&#232;re cette intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais entre &#231;a et croire que l'OTAN a maintenant le contr&#244;le en Libye, il y a loin. M&#234;me dans des pays comme l'Irak ou l'Afghanistan avec des troupes de l'OTAN au sol &#8212; massivement et depuis longtemps en Irak &#8212; ils n'ont pas &#233;t&#233; capables de contr&#244;ler le pays. Donc comment voulez-vous que l'OTAN et l'Occident contr&#244;lent la Libye &#224; distance, sans aucune troupe au sol ? Et c'est pour cela que certains, comme Richard Haass du Conseil des relations &#233;trang&#232;res, demandent &#224; Washington d'envoyer des troupes au sol. Mais cela a &#233;t&#233; compl&#232;tement rejet&#233; par la rebellion, d&#232;s le premier jour. Ils ont demand&#233; une couverture a&#233;rienne, une protection a&#233;rienne. Mais ils &#233;taient tr&#232;s clairs d&#232;s le d&#233;part pour rejeter toute intervention au sol. Et ils ont toujours la m&#234;me position. Ils ont m&#234;me dit r&#233;cemment qu'ils n'autoriseraient pas l'OTAN &#224; &#233;tablir des bases dans leur pays. Et on peut voir beaucoup de signes. Comme quand ils pr&#233;viennent qu'ils n'enverront pas Kadhafi et ses fils &#224; la Cour internationale de justice mais qu'ils feront des proc&#232;s en Libye m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre donc la limitation &#8212; quoiqu'on en dise &#224; Washington, Londres ou Paris &#8212; de leur r&#233;elle emprise sur la situation en Libye. Ils ont une influence limit&#233;e tant que les forces de Kadhafi sont encore l&#224; et que la guerre continue. Mais d&#232;s que ce sera fini, leur influence sera extr&#234;mement diminu&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; sur &lt;a href=&#034;http://www.democracynow.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.democracynow.org&lt;/a&gt; le 24 ao&#251;t 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'anglais par Martin Laurent pour le site &lt;a href=&#034;http://www.lcr-lagauche.be&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.lcr-lagauche.be&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>La &#171; conspiration &#187; de l'OTAN contre la r&#233;volution libyenne</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/La-conspiration-de-l-OTAN-contre-la-revolution-libyenne</link>
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		<dc:creator>Gilbert Achcar</dc:creator>


		<dc:subject>Libye</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte illustre les relations entre les rebelles libyens et les forces de l'OTAN. Il r&#233;fute la th&#232;se selon laquelle la chute du dictateur Kadhafi serait due &#224; une &#034;conspiration&#034; des puissances &#233;trang&#232;res. Pour ne pas tomber dans le pi&#232;ge de d&#233;fendre des tyrans, dont Kadhafi, parce qu'ils ont un discours &#034;anti-imp&#233;rialiste&#034;. Le soul&#232;vement populaire libyen est l&#233;gitime et s'ins&#232;re dans la m&#234;me vague de r&#233;volutions qui secoue la r&#233;gion de pr&#233;dominance arabe. Les puissances capitalistes ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Afrique-du-Nord-" rel="directory"&gt;Afrique du Nord&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH131/arton3236-1374b.jpg?1629994132' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='131' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte illustre les relations entre les rebelles libyens et les forces de l'OTAN. Il r&#233;fute la th&#232;se selon laquelle la chute du dictateur Kadhafi serait due &#224; une &#034;conspiration&#034; des puissances &#233;trang&#232;res. Pour ne pas tomber dans le pi&#232;ge de d&#233;fendre des tyrans, dont Kadhafi, parce qu'ils ont un discours &#034;anti-imp&#233;rialiste&#034;. Le soul&#232;vement populaire libyen est l&#233;gitime et s'ins&#232;re dans la m&#234;me vague de r&#233;volutions qui secoue la r&#233;gion de pr&#233;dominance arabe. Les puissances capitalistes ont une attitude opportuniste et tentent de d&#233;tourner &#224; leur fin le d&#233;sir de libert&#233; des peuples nord-africains.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans une tribune libre du &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt; (19 juillet 2011), Max Boot &#8211; un auteur et historien militaire n&#233;oconservateur, connu pour son soutien &#224; la &#171; promotion de la d&#233;mocratie &#187; par la force des ba&#239;onnettes et partisan enthousiaste d'un engagement militaire &#233;tats-unien &#224; grande &#233;chelle en Libye &#8211; s'est r&#233;f&#233;r&#233; &#224; un article du &lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt; (15 juin) qui comparait l'actuelle compagne de bombardements a&#233;riens en Libye &#224; la guerre a&#233;rienne du Kosovo en 1999 afin de souligner &lt;i&gt;&#171; le manque de puissance de feu dans l'op&#233;ration libyenne. &#187;&lt;/i&gt; D&#233;veloppant ce m&#234;me th&#232;me, Boot a ajout&#233; les d&#233;tails suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La guerre [du Kosovo] ne faisait gu&#232;re penser &#224; &#171; Apocalypse Now &#187; &#8211; elle &#233;tait elle-m&#234;me &#233;troitement limit&#233;e. Mais apr&#232;s 78 jours au Kosovo, les alli&#233;s avaient engag&#233; 1.100 avions et r&#233;alis&#233; 38.004 sorties. En Libye, par contre, l'OTAN n'a engag&#233; que 250 avions et effectu&#233; 11.107 sorties. Ce n'est pas une co&#239;ncidence si Slobodan Milosevic a d&#233;cid&#233; de l&#226;cher le Kosovo au bout de 78 jours, alors que Kadhafi continue &#224; s'accrocher au pouvoir m&#234;me apr&#232;s 124 jours &#8211; et ce n'est pas encore fini. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des paradoxes libyens de l'OTAN&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans l'op&#233;ration Temp&#234;te du D&#233;sert lanc&#233;e par la coalition men&#233;e par les &#201;tats-Unis contre l'Irak en 1991, il n'a fallu que 11 jours pour atteindre le nombre de sorties a&#233;riennes r&#233;alis&#233;es en Libye en 78 jours. Le nombre total de sorties durant les 43 jours qu'a dur&#233; Temp&#234;te du D&#233;sert a atteint 109.876, soit 2.555 en moyenne par jour. Apr&#232;s la d&#233;vastation entra&#238;n&#233;e par cette &#171; temp&#234;te &#187; et d'autres campagnes de bombardement au cours des douze ans d'embargo entre 1991 et 2003, 41.850 sorties a&#233;riennes ont &#233;t&#233; effectu&#233;es au cours des quatre premi&#232;res semaines de l'Op&#233;ration Libert&#233; pour l'Irak. Parmi elles, 15.825 &#233;taient des sorties pour frappes, soit 565 par jour en moyenne. C'est ainsi qu'Andrew Gilligan a pu &#233;crire dans &lt;i&gt;The Spectator&lt;/i&gt; (4 juin) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Malgr&#233; les incantations &#233;voquant &#8220;l'intensification&#8221; des attaques et &#8220;les bombardements les plus lourds jusqu'&#224; pr&#233;sent&#8221;, les bombardements sont, et ont toujours &#233;t&#233;, relativement l&#233;gers. Tout au long de l'op&#233;ration, le nombre de sorties pour frappes de l'OTAN &#8211; dont seule une partie d&#233;bouche effectivement sur des frappes a&#233;riennes &#8211; a &#233;t&#233; de moins de 57 par jour en moyenne, soit moins de la moiti&#233; de celles effectu&#233;es au cours de la mission tr&#232;s similaire de la coalition au Kosovo, et &#224; peine une fraction de celles effectu&#233;es par les &#201;tats-Unis et la Grande-Bretagne en Irak. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il ajouter que pour obliger un dictateur &#224; l&#226;cher le pouvoir, il est n&#233;cessaire d'exercer une pression beaucoup plus forte que pour le contraindre &#224; abandonner une partie de son territoire. Puisque Kadhafi n'avait pratiquement plus aucune chance de reprendre contr&#244;le de Benghazi, il aurait &#233;t&#233; content de se d&#233;barrasser de cette ville rebelle, ainsi que de toute la r&#233;gion &#224; l'est d'Ajdabia, si cela pouvait lui permettre de sauver le tr&#244;ne du &#171; Rois des rois d'Afrique &#187; pour lequel il a achet&#233; des all&#233;geances sans compter depuis 2008. C'est la raison pour laquelle Kadhafi a concentr&#233; tant de puissance militaire et de violence pour tenter de reprendre Misrata, la ville-cl&#233; tenue par les rebelles en Libye occidentale et dont la r&#233;sistance l'a emp&#234;ch&#233; de r&#233;aliser une partition de fait du pays. C'est pour la m&#234;me raison que les insurg&#233;s se sont obstin&#233;ment accroch&#233;s &#224; Misrata, malgr&#233; le d&#233;luge de fer et de feu qu'ils ont subi, alors qu'ils avaient l'option d'&#234;tre &#233;vacu&#233;s de la ville avec le reste des habitants par mer, comme l'ont &#233;t&#233; des milliers d'immigr&#233;s et de bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accusations initiales de la propagande hostile aux rebelles les accusant d'ex&#233;cuter un plan visant &#224; la partition du pays ont &#233;t&#233; enti&#232;rement d&#233;menties par leur lutte acharn&#233;e pour lib&#233;rer l'ensemble de leur pays de la dictature de Kadhafi, et ce malgr&#233; le co&#251;t tr&#232;s &#233;lev&#233; pour eux &#233;tant donn&#233;e la disproportion importante entre leurs forces terrestres et celles du r&#233;gime. Cette disproportion &#8211; en blind&#233;s, artillerie, missiles et combattants entra&#238;n&#233;s &#8211; n'est que partiellement contrebalanc&#233;e par l'intervention de l'OTAN. Les reportages des correspondants militaires depuis les divers fronts de la guerre au sol en Libye soulignent &#224; la fois le fait que les forces insurg&#233;es sont mal arm&#233;es, mal entra&#238;n&#233;es, peu professionnelles et chaotiques, et l'&#233;tonnant d&#233;vouement d'un grand nombre de civils devenus combattants pour la lib&#233;ration de l'ensemble de leur pays. Ce d&#233;vouement explique la d&#233;termination des rebelles &#224; continuer &#224; se battre malgr&#233; le co&#251;t &#233;lev&#233; qu'implique le fait d'affronter les forces bien &#233;quip&#233;es, bien entra&#238;n&#233;es et grassement r&#233;tribu&#233;es par le r&#233;gime de Kadhafi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions cruciales sont donc les suivantes : pourquoi la campagne a&#233;rienne men&#233;e par l'OTAN en Libye est-elle de si basse intensit&#233;, non seulement en comparaison de la composante a&#233;rienne de la guerre men&#233;e pour la mainmise sur l'Irak, &#233;galement riche en p&#233;trole, mais aussi en comparaison de la guerre a&#233;rienne pour le Kosovo, territoire peu important sur le plan &#233;conomique ? Et pourquoi l'Alliance s'est-elle abstenue en m&#234;me temps de fournir des armes aux insurg&#233;s comme ils l'ont demand&#233; &#224; maintes reprises ? Il y a l&#224; apparemment deux paradoxes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier paradoxe est que tant en Irak qu'en Afghanistan, les guerres men&#233;es par les &#201;tats-Unis ont mis l'accent sur la &#171; nationalisation &#187; du conflit (dans l'esprit de la &#171; vietnamisation &#187; qui a pr&#233;c&#233;d&#233; le retrait &#233;tats-unien en 1973). En Libye, les forces locales supplient l'OTAN de leur fournir les armes dont elles ont besoin. Elles assurent qu'avec un armement ad&#233;quat elles pourraient tr&#232;s vite achever la lib&#233;ration de leur pays. Et pourtant l'OTAN refuse de les armer &#8211; la livraison limit&#233;e d'armes par la France sur le front occidental ne changeant pas grand-chose &#224; cette r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, contrairement aux Afghans, les insurg&#233;s libyens sont pr&#234;ts &#224; payer les armes qui leur seraient livr&#233;es et ils sont potentiellement solvables. Tout le monde sait que ce n'est pas dans les habitudes des marchands de canons occidentaux de n&#233;gliger des affaires juteuses. Ils ont rivalis&#233; de z&#232;le pour vendre des armes &#224; Kadhafi ces derni&#232;res ann&#233;es, et r&#233;ussi &#224; conclure avec lui des march&#233;s pour pr&#232;s d'un milliard de dollars entre la fin 2004, lorsque leurs gouvernements ont lev&#233; l'embargo sur la Libye, et la fin 2009. Parmi les armes livr&#233;es, il y avait notamment des bombes &#224; fragmentation vendues par une entreprise espagnole, des bombes que Kadhafi n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; utiliser contre son propre peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corollaire logique du refus par l'OTAN d'armer les insurg&#233;s aurait &#233;t&#233; de mener une campagne a&#233;rienne tr&#232;s intensive afin de compenser la faiblesse sur le terrain de ceux qu'elle pr&#233;tend soutenir. Or &#8211; deuxi&#232;me paradoxe &#8211; la campagne a&#233;rienne de l'OTAN en Libye est bien plus limit&#233;e que celle de la guerre du Kosovo, sans parler d'autres interventions a&#233;riennes r&#233;centes men&#233;es par les &#201;tats-Unis. Les correspondants occidentaux ont d&#233;crit la frustration des insurg&#233;s libyens &#224; cet &#233;gard depuis le tout d&#233;but des op&#233;rations a&#233;riennes de l'OTAN. Ce qu'&#233;crit C.J. Chivers dans le blog &#171; At War &#187; du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; (24 juillet) montre que la frustration des rebelles n'a fait qu'augmenter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Lorsqu'on fait des reportages aux c&#244;t&#233;s des combattants de l'opposition en Libye, on se rend sans cesse compte de la diff&#233;rence entre, d'une part, ce qui se dit parmi les combattants sur la campagne de bombardements de l'OTAN et, d'autre part, les d&#233;clarations officielles des membres du Conseil National de Transition (CNT), le pouvoir de facto du camp rebelle. Officiellement, la direction du CNT fait des d&#233;clarations mielleuses de soutien et de gratitude pour le travail de l'OTAN, dont ils craignent visiblement d'offenser les dirigeants.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ceux qui sont plus pr&#232;s des combats ou qui vivent dans des zones expos&#233;es ont une vision plus nuanc&#233;e. Eux aussi expriment leur gratitude pour le travail effectu&#233; par l'OTAN au d&#233;but de la guerre, lorsque les frappes a&#233;riennes ont emp&#234;ch&#233; les forces du Colonel Mouammar Kadhafi de l'emporter sur les rebelles dans l'est du pays et d'&#233;craser le soul&#232;vement &#224; Benghazi. Mais ils expriment &#233;galement une frustration profonde et parfois angoiss&#233;e devant le rythme ainsi que le choix des cibles du soutien a&#233;rien. Ils &#233;voquent souvent ce qu'ils estiment &#234;tre des demi-mesures et de l'incomp&#233;tence de la part de l'OTAN. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on croire que l'OTAN, qui a all&#232;grement contourn&#233; le Conseil de s&#233;curit&#233; des Nations Unies (CSNU) pour mener sa guerre contre le r&#233;gime serbe de Milosevic en 1999, s'est soudain convertie au respect pointilleux de la loi dans les relations internationales ? Difficile de le croire. Serait-ce plut&#244;t que l'OTAN se consid&#232;re oblig&#233;e de respecter &#224; la lettre la r&#233;solution 1973 du CSNU qui a autoris&#233; la campagne a&#233;rienne sur la Libye ? Il serait tr&#232;s na&#239;f de le croire. En effet, tant la lettre que l'esprit de la r&#233;solution ont &#233;t&#233; largement viol&#233;s par la campagne de l'OTAN, qui est all&#233;e bien au-del&#224; de &lt;i&gt;&#171; toutes les mesures n&#233;cessaires... pour prot&#233;ger les civils et les zones d'habitation civiles menac&#233;es par des attaques &#187;.&lt;/i&gt; Une part importante des raids de cette campagne ont eu lieu sur Tripoli et d'autres territoires sous contr&#244;le du r&#233;gime, augmentant ainsi le risque et l'&#233;tendue des &#171; dommages collat&#233;raux &#187; que l'OTAN inflige &#224; la population civile qu'elle pr&#233;tend prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est certainement pas &lt;i&gt;&#171; l'application stricte de l'embargo sur les armes &#187;&lt;/i&gt; stipul&#233;e par la r&#233;solution du CSNU qui emp&#234;che les puissances de l'OTAN d'armer la r&#233;bellion. Si ces puissances avaient voulu effectuer des livraisons importantes d'armes aux rebelles, les vetos de Moscou ou de P&#233;kin n'auraient pas pu emp&#234;cher les Etats-Unis et leurs alli&#233;s de faire comme ils voudraient, comme ils l'ont fait dans les Balkans en 1999 et de nouveau en Irak en 2003. De m&#234;me, si l'OTAN n'intervient pas au sol, ce n'est certainement pas pour se conformer &#224; la r&#233;solution du CSNU qui exclut &lt;i&gt;&#171; une quelconque occupation &#233;trang&#232;re de l'ensemble ou d'une partie du territoire libyen. &#187;&lt;/i&gt; C'est principalement parce que les rebelles eux-m&#234;mes ont persist&#233; &#224; rejeter une intervention au sol. Un panneau d'affichage sur la place Tahrir de Benghazi, dont on peut voir une photo sur le blog de la journaliste palestinienne Dima Khatib, explique sans &#233;quivoque : &lt;i&gt;&#171; Non &#224; l'intervention &#233;trang&#232;re sur notre sol ; oui &#224; l'armement des rebelles &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une m&#233;fiance r&#233;ciproque&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;fiance est tout &#224; fait r&#233;ciproque. L'attitude pratique des puissances occidentales &#224; l'&#233;gard des rebelles libyens contraste nettement avec celle qu'elles avaient adopt&#233;e &#224; l'&#233;gard de l'Arm&#233;e de Lib&#233;ration du Kosovo (UCK) avant et pendant la guerre de 1999, ou celle qu'elles ont adopt&#233;e &#224; l'&#233;gard de l'Alliance du Nord avant et durant leurs bombardements en Afghanistan &#224; partir d'octobre 2001. Notez &#224; cet &#233;gard l'insistance islamophobe permanente des m&#233;dias occidentaux sur le r&#244;le des &#171; islamistes &#187; dans la r&#233;bellion libyenne, donn&#233; comme pr&#233;texte pour ne pas fournir des armes aux rebelles, et comparez cette attitude avec la complaisance des m&#234;mes concernant la pr&#233;sence de groupes similaires parmi les forces kosovares. Sans m&#234;me parler de l'Alliance du Nord afghane dont le v&#233;ritable nom local est Front uni islamique pour la sauvegarde de l'Afghanistan et qui est compos&#233;e en grande majorit&#233; de groupes adh&#233;rant &#224; des vari&#233;t&#233;s d'int&#233;grisme qui ne sont qu'un peu moins extr&#234;mes que celui des Talibans. Hypocrites, les m&#233;dias occidentaux d&#233;noncent les int&#233;gristes islamiques lorsque ceux-ci sont antioccidentaux, mais font preuve de beaucoup de retenue au sujet du royaume saoudien, &#201;tat le plus int&#233;griste de la plan&#232;te et sponsor &#224; l'&#233;chelle mondiale des courants les plus r&#233;actionnaires de l'int&#233;grisme islamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias occidentaux ne se sont jamais trop pr&#233;occup&#233;s de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des forces afghanes r&#233;unies dans l'Alliance du Nord &#224; laquelle leurs gouvernements ont remis le pouvoir en Afghanistan. Pourtant, en 1992 &#8211; apr&#232;s la d&#233;faite du r&#233;gime Najibullah qui avait &#233;t&#233; soutenu par Moscou jusqu'&#224; l'effondrement de l'Union sovi&#233;tique survenu l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente &#8211; les m&#234;mes composantes de l'Alliance du Nord avaient transform&#233; l'Afghanistan en un champ de bataille chaotique rappelant la &lt;i&gt;&#171; guerre de tous contre tous &#187;&lt;/i&gt; &#233;voqu&#233;e par Hobbes. L'&#171; Etat islamique d'Afghanistan &#187; se r&#233;v&#233;la &#234;tre une telle pagaille sanglante que les talibans n'eurent pas grand mal &#224; le renverser en 1996. Bien s&#251;r, pareille inqui&#233;tude n'a pas obs&#233;d&#233; Washington lorsqu'il a d&#233;cid&#233; de renverser les talibans par l'action conjointe des troupes de l'Alliance du Nord et sa propre puissance a&#233;rienne. C'est ainsi qu'il y a eu en moyenne 85 sorties a&#233;riennes pour frappe durant 76 jours depuis le d&#233;but des op&#233;rations en octobre jusqu'au 23 d&#233;cembre 2001 (c'est-&#224;-dire 50% de plus que la moyenne en Libye).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re paradoxal de l'intervention occidentale en Libye a &#233;t&#233; soulign&#233; par plusieurs observateurs qui l'attribuent &#224; la volont&#233; de s'assurer du contr&#244;le sur la Libye de l'apr&#232;s-Kadhafi. Depuis le tout d&#233;but du conflit, de nombreux sympathisants de l'insurrection libyenne &#8211; dont certains, y compris moi-m&#234;me, ont exprim&#233; leur compr&#233;hension du fait que les rebelles de Benghazi aient pu demander l'aide du &#171; diable &#187; pour &#233;viter un massacre annonc&#233; &#8211; ont mis en garde les rebelles contre toute repr&#233;sentation du &#171; diable &#187; comme un ange pour l'occasion, ainsi que contre toute illusion sur les motifs r&#233;els des puissances occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces soup&#231;ons initiaux ont rapidement &#233;t&#233; confirm&#233;s par l'&#233;volution de la situation en Libye, au point qu'il existe maintenant une conviction largement r&#233;pandue dans les milieux arabes antioccidentaux selon laquelle l'OTAN prolonge d&#233;lib&#233;r&#233;ment la guerre et, de ce fait, l'existence du r&#233;gime de Kadhafi. Cette conviction a &#233;t&#233; clairement exprim&#233;e par Mounir Shafiq &#8211; ancien dirigeant d'un courant mao&#239;ste au sein du Fatah de Yasser Arafat et actuel coordinateur g&#233;n&#233;ral du Congr&#232;s islamique-nationaliste (l'organisation qui regroupe divers partis et personnalit&#233;s, dont les Fr&#232;res musulmans, le Hamas et le Hezbollah) &#8211; dans une tribune d'&lt;i&gt;Aljazeera.net&lt;/i&gt; (4 juillet, en arabe) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Personne ne peut comprendre pourquoi les avions de l'OTAN focalisent leurs bombardements sur des positions &#224; Tripoli qui sont quasiment des leurres, alors qu'ils laissent des rampes de missiles et des v&#233;hicules d'artillerie bombarder Misrata et d'autres villes. Ils laissent m&#234;me des colonnes de forces de Kadhafi se d&#233;placer &#224; d&#233;couvert sans les attaquer. O&#249; est donc la protection des civils, o&#249; est l'assistance au peuple pour qu'ils puisse se d&#233;barrasser de Kadhafi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La position des Etats-Unis et de l'OTAN est flagrante : ils conspirent contre la r&#233;volution du peuple en Libye et maintiennent les forces de Kadhafi en activit&#233; jusqu'&#224; ce qu'ils parviennent &#224; contr&#244;ler le CNT, et peut-&#234;tre aussi quelques chefs sur le terrain. Ce n'est qu'&#224; ce moment qu'ils renverseront Kadhafi, car ils conspirent contre le peuple, contre la r&#233;volution et contre l'avenir de la Libye. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces forts soup&#231;ons font &#233;cho &#224; un sentiment exprim&#233; parmi les rebelles libyens eux-m&#234;mes, comme on peut le constater dans la d&#233;claration d'un de leurs dirigeants locaux au quotidien de Beyrouth &lt;i&gt;Al-Akhbar&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;2 juin, traduction fran&#231;aise &#171; L'Occident prolonge l'existence du r&#233;gime de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; D'apr&#232;s Abou-Bakr al-Farjani, le porte-parole du conseil local de la ville de Syrte, qui fait partie du Conseil National Transitoire (CNT) de l'opposition, la lenteur des progr&#232;s des op&#233;rations militaires de l'OTAN contre les brigades de Kadhafi est destin&#233;e &#224; le maintenir plus longtemps au pouvoir, et augmenter ainsi le prix que les puissances mondiales et les grandes entreprises qui les soutiennent pourront exiger de l'opposition. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les plans de l'OTAN pour la Libye&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas l&#224; de fictions fantasmagoriques dues &#224; un certain penchant moyen-oriental pour la th&#233;orie du complot. Ces soup&#231;ons correspondent &#224; des faits r&#233;els sur le terrain, comme le d&#233;placement des lieux de frappes de l'OTAN en Libye tel qu'analys&#233; par Tom Dale dans la tribune en ligne du &lt;i&gt;Guardian&lt;/i&gt; (4 Juillet). Et surtout, elles correspondent &#224; un bien v&#233;ritable &#171; complot &#187; des puissances de l'OTAN concernant l'avenir de la Libye. Leur plan a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; par Andrew Mitchell, le secr&#233;taire britannique au d&#233;veloppement international, le 28 juin. Il s'agit d'un &#171; document de stabilisation &#187; de 50 pages, &#233;labor&#233; par une &#233;quipe internationale dirig&#233;e par Londres avec participation turque. Il con&#231;oit un sc&#233;nario post-Kadhafi partant de l'hypoth&#232;se que le Roi des rois d&#233;missionnera ou sera &#233;cart&#233;. Cela parce que, malgr&#233; les tentatives r&#233;p&#233;t&#233;es des Occidentaux pour convaincre le CNT de conclure un accord avec Kadhafi lui-m&#234;me, comme cela a &#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement rapport&#233; dans les m&#233;dias au cours des derniers mois, le CNT a clairement fait savoir que le retrait du pouvoir de Kadhafi et de ses fils n'&#233;tait pas n&#233;gociable. M&#234;me la perspective d'offrir &#224; Kadhafi une retraite confortable en Libye, timidement &#233;voqu&#233;e par le CNT sous pression occidentale, a &#233;t&#233; rapidement &#233;cart&#233;e &#224; cause du toll&#233; suscit&#233; dans les rangs rebelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un protagoniste cl&#233; des tentatives occidentales de conclure un accord avec les proches de Kadhafi est son fils, Sa&#239;f al-Islam, l'homme qui s'est achet&#233; un doctorat (sur la soci&#233;t&#233; civile et la d&#233;mocratisation !) de la London School of Economics et a organis&#233; des visites &#224; son p&#232;re de la part de Richard Perle, Anthony Giddens, Francis Fukuyama, Bernard Lewis, Benjamin Barber et Joseph Nye, entre autres, destin&#233;es &#224; &#171; rehausser l'image de la Libye et de Mouammar Kadhafi &#187;. Sa&#239;f a d&#233;clar&#233; au quotidien alg&#233;rien Al-Khabar (11 juillet, en arabe) que le gouvernement fran&#231;ais, malgr&#233; sa position officielle sur la Libye, n&#233;gociait avec Tripoli :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous sommes maintenant en n&#233;gociation avec Paris, nous avons des contacts avec la France. Les Fran&#231;ais nous ont dit que le CNT leur &#233;tait subordonn&#233;, ils nous ont m&#234;me dit que s'ils concluaient un accord avec nous, &#224; Tripoli, ils imposeraient un cessez le feu au conseil. &#8230; Je le dis, si la France veut vendre des avions Rafale, si elle veut conclure des accords p&#233;troliers, s'ils veulent que leurs entreprises reviennent, ils doivent parler avec le gouvernement libyen l&#233;gitime et le peuple libyen, par des moyens pacifiques et des canaux officiels. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Roi des rois, pour sa part, ne se montre nullement dispos&#233; &#224; se retirer de la sc&#232;ne. Il a r&#233;it&#233;r&#233; le 23 juillet ses critiques acerbes contre les peuples tunisien et &#233;gyptien pour avoir renvers&#233; leurs dictateurs. En tout &#233;tat de cause, le document de l'OTAN &#233;labor&#233; sous l'&#233;gide du Royaume-Uni est fond&#233; sur le sc&#233;nario d'un &#171; cessez le feu entre le r&#233;gime et les rebelles &#187;, ce qui signifie que les structures du r&#233;gime et ses barons devraient rester en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souci primordial de la feuille de route d&#233;crite dans ce document est d'&#233;viter une r&#233;p&#233;tition de la catastrophe qu'a &#233;t&#233; la gestion par les &#201;tats-Unis de la situation de l'Irak &#224; la suite de l'invasion. L'administration Bush avait &#233;t&#233; confront&#233;e &#224; un choix entre la cooptation de la majeure partie de l'&#201;tat baassiste ou son d&#233;mant&#232;lement complet. Elle a opt&#233; pour cette derni&#232;re option pr&#233;conis&#233;e par Ahmed Chalabi et les n&#233;oconservateurs avec leur plan d&#233;lirant pour un &#201;tat-client am&#233;ricain minimal en Irak. La nouvelle feuille de route libyenne s'inspire donc du sc&#233;nario que la CIA recommandait et qui avait &#233;t&#233; rejet&#233; en Irak. Comme Mitchell l'a expliqu&#233;, elle est fond&#233;e sur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; la recommandation que la Libye ne doit pas suivre l'exemple irakien de dissolution de l'arm&#233;e, consid&#233;r&#233; par certains responsables comme une erreur strat&#233;gique qui a contribu&#233; &#224; alimenter l'insurrection dans les circonstances sensibles et instables qui ont surgi apr&#232;s le renversement de Saddam Hussein. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#234;me souci a &#233;t&#233; exprim&#233; au CNT par le secr&#233;taire britannique des Affaires &#233;trang&#232;res, William Hague le 5 juin, au lendemain de sa visite &#224; Benghazi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#8220;Pas de d&#233;-baassification, les rebelles apprennent certainement cette le&#231;on&#8221;, a d&#233;clar&#233; Hague. &#8220;Ils doivent maintenant le faire bien conna&#238;tre afin de convaincre les membres du r&#233;gime actuel que c'est quelque chose qui pourrait fonctionner.&#8221; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me pr&#233;occupation dicte l'attitude des puissances occidentales envers le soul&#232;vement r&#233;volutionnaire en Syrie. Leurs moyens de peser en Libye sont cependant beaucoup plus importants. La description par Mitchell de la &lt;i&gt;&#171; forte contribution &#187;&lt;/i&gt; des puissances de l'OTAN et de leurs alli&#233;s &#224; la gestion de l'apr&#232;s-Kadhafi en Libye est tellement hilarante que l'on se demande s'il ne faisait pas de l'humour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'UE, l'OTAN et l'ONU se chargeraient des questions de s&#233;curit&#233; et de justice, l'Australie, la Turquie et l'ONU aideraient &#224; faire fonctionner les services de base, la Turquie, les &#201;tats-Unis et les institutions financi&#232;res internationales se chargeraient de l'&#233;conomie. Mais, a ajout&#233; Mitchell : &#8220;Il est extr&#234;mement important que l'ensemble de ce processus appartienne aux Libyens. Tout cela doit &#234;tre con&#231;u comme un service rendu au peuple libyen.&#8221; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce plan A ne va pas sans un plan B, montrant bien le manque de confiance des puissances occidentales en la probabilit&#233; d'une &lt;i&gt;&#171; transition dans l'ordre &#187;&lt;/i&gt; post-Kadhafi (pour reprendre l'expression r&#233;p&#233;t&#233;e comme une incantation par l'administration Obama sur l'&#201;gypte). Commentant le plan &#233;labor&#233; sous l'&#233;gide du Royaume-Uni, le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt; (29 Juin) a indiqu&#233; que les fonctionnaires de l'ONU pr&#233;paraient des &lt;i&gt;&#171; plans d'urgence &#187;&lt;/i&gt;, comprenant &lt;i&gt;&#171; le d&#233;ploiement d'une arm&#233;e, une force multinationale &#187;&lt;/i&gt; qui serait probablement compos&#233;e de troupes d'&#201;tats de la r&#233;gion comme la Turquie, la Jordanie et peut-&#234;tre des &#201;tats de l'Union africaine. Un des partisans d'un tel d&#233;ploiement est sans surprise l'un des dirigeants occidentaux les plus hostiles aux rebelles libyen, le g&#233;n&#233;ral Carter Ham, chef actuel du commandement am&#233;ricain pour l'Afrique (AFRICOM). Il partage cette attitude avec les militaires alg&#233;riens auxquels il a rendu visite d&#233;but juin, mettant en garde contre le risque que les armes qui circulent en Libye puissent tomber entre les mains d'Al-Qa&#239;da. (Un autre facteur dans l'attitude hostile d'Alger est probablement l'&#233;mancipation amazigh dans l'Ouest de la Libye.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a pas fallu longtemps au CNT libyen pour se conformer aux instructions de l'OTAN et produire sa propre version de la feuille de route de l'OTAN, con&#231;ue de toute &#233;vidence de mani&#232;re &#224; satisfaire l'obsession occidentale au sujet de &#171; l'exemple irakien &#187;. Une copie de ce document libyen de 70 pages a &#233;t&#233; d'abord divulgu&#233;e par le &lt;i&gt;Times&lt;/i&gt; de Londres, qui en a publi&#233; un r&#233;sum&#233; le 8 ao&#251;t. Il donne des chiffres d&#233;taill&#233;s si invraisemblables que l'on ne peut que soup&#231;onner ses auteurs de vouloir plaire &#224; leurs ma&#238;tres de l'OTAN :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il pr&#233;tend que 800 fonctionnaires au service de la s&#233;curit&#233; de Kadhafi ont &#233;t&#233; recrut&#233;s clandestinement &#224; la cause rebelle et sont pr&#234;ts &#224; former la &#8220;colonne vert&#233;brale&#8221; d'un nouvel appareil de s&#233;curit&#233;. Les documents affirment que les groupes rebelles, &#224; Tripoli et dans les r&#233;gions environnantes, ont 8 660 partisans, dont 3 255 dans l'arm&#233;e de Kadhafi. Une d&#233;fection massive des hauts responsables est consid&#233;r&#233;e comme hautement probable, 70% d'entre eux ne soutenant le r&#233;gime que par peur. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dissensions dans les rangs de l'opposition&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le commentaire du &lt;i&gt;Times&lt;/i&gt; se montre sceptique sur ce sc&#233;nario de cooptation du r&#233;gime par le CNT : &lt;i&gt;&#171; Ceci est non seulement risqu&#233; mais controvers&#233;, alors que de nombreux combattants rebelles sont d&#233;cid&#233;s &#224; balayer tous les vestiges du r&#233;gime. &#187;&lt;/i&gt; Comme le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt; l'avait not&#233; dans son propre rapport sur la feuille de route produite par le Royaume-Uni :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Beaucoup de brigades rebelles sont devenues des milices, dont certaines n'aiment pas recevoir des ordres de ceux qui occupaient des postes militaires ou de s&#233;curit&#233; dans le r&#233;gime du colonel Kadhafi et qui ont chang&#233; de camp pour rejoindre la r&#233;bellion apr&#232;s qu'elle ait &#233;clat&#233; en f&#233;vrier. Certains chefs rebelles influents ont appel&#233; &#224; &#233;carter les anciens partisans du r&#233;gime de toute future force et &#224; donner la priorit&#233; &#224; ceux qui ont combattu contre le colonel Kadhafi. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;termination des rebelles &#224; &#233;carter ceux qui ont soutenu Kadhafi contre l'insurrection est en r&#233;alit&#233; la cl&#233; pour comprendre le comportement paradoxal de l'OTAN d&#233;crit ci-dessus. Les puissances de l'Alliance ne veulent pas que les rebelles lib&#232;rent Tripoli par leurs propres moyens, comme l'&lt;i&gt;Economist&lt;/i&gt; de Londres l'a d&#233;clar&#233; sans ambages (16 juin) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'espoir des gouvernements occidentaux est que les rebelles ne parviennent pas &#224; saisir Tripoli &#224; la suite d'une avance &#224; toute vitesse en venant de l'Est, avec les risques de repr&#233;sailles qui seraient inflig&#233;es aux partisans de Kadhafi en cours de route. Leur pr&#233;f&#233;rence est plut&#244;t que le r&#233;gime implose de l'int&#233;rieur et que le peuple de Tripoli se soul&#232;ve contre le colonel &#8211; une &#233;ventualit&#233; qui se rapproche selon ce que beaucoup croient dans les milieux gouvernementaux occidentaux. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tom Dale a comment&#233; cette pr&#233;f&#233;rence de l'OTAN pour une &lt;i&gt;&#171; implosion de l'int&#233;rieur &#187;&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pourquoi les puissances occidentales pr&#233;f&#232;reraient-elles un coup d'&#201;tat r&#233;alis&#233; par le cercle des proches de Kadhafi &#224; la victoire de l'arm&#233;e rebelle ? Un tel coup d'&#201;tat impliquerait un r&#232;glement n&#233;goci&#233; entre les &#233;l&#233;ments de l'ancien r&#233;gime qui sont encore avec Kadhafi et la direction des , qui elle-m&#234;me comprend de nombreux anciens du r&#233;gime. Les gouvernements occidentaux veulent stabilit&#233; et influence, et ils voient les personnalit&#233;s de l'ancien r&#233;gime, exception faite de la famille Kadhafi, comme le meilleur garant de cela. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re affirmation doit &#234;tre nuanc&#233;e. Prenons par exemple le cas du major-g&#233;n&#233;ral Abdul-Fattah Youn&#232;s, l'une des figures cl&#233;s du r&#233;gime Kadhafi qui a fait d&#233;fection pour se joindre &#224; la r&#233;bellion quelques jours apr&#232;s qu'elle ait commenc&#233;. Commandant militaire de la r&#233;bellion libyenne r&#233;cemment assassin&#233;, Youn&#232;s a &#233;t&#233; un ardent critique de la performance de l'OTAN dans son pays. Il a d&#233;velopp&#233; une relation tr&#232;s antagoniste avec un agent de la CIA, le colonel Khalifa Haftar (parfois &#233;crit Hifter) qui, apr&#232;s avoir v&#233;cu en exil pendant pr&#232;s d'un quart de si&#232;cle, surtout aux &#201;tats-Unis et &#224; la solde de la CIA, est retourn&#233; en Libye et s'est vu confi&#233; une haute position dans la hi&#233;rarchie militaire par le CNT sous pression de Washington. L'homme &#233;tait d&#233;test&#233; par beaucoup dans l'opposition libyenne. Comme l'expliquait le journaliste Shashank Bengali sur &lt;i&gt;Real News Network&lt;/i&gt; (14 avril) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il y a une certaine pr&#233;occupation ici au sujet de Hifter qui a r&#233;sid&#233; longtemps aux &#201;tats-Unis, et qui a des liens pr&#233;sum&#233;s avec la CIA et d'autres responsables am&#233;ricains qui font de lui un peu un personnage controvers&#233; pour les Libyens qui ont le sentiment fort qu'il s'agit d'un soul&#232;vement local. Ils veulent un soutien &#233;tranger sous la forme d'armes et de reconnaissance du gouvernement d'opposition libyenne. Aussi veulent-ils que cela ne soit pas une r&#233;bellion dont puisse s'emparer une force ext&#233;rieure comme la CIA. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hostilit&#233; entre Youn&#232;s et Haftar a amen&#233; certains &#224; croire que l'assassinat du premier a &#233;t&#233; organis&#233; par la CIA afin de d&#233;gager la voie pour le second. Toutefois, Youn&#232;s n'a pas &#233;t&#233; remplac&#233; par Haftar mais par un autre transfuge du r&#233;gime de Kadhafi, le g&#233;n&#233;ral Suleiman Mahmoud, commandant de la province de l'Est bas&#233; &#224; Tobrouk avant sa d&#233;fection. En fait, les conditions ne semblent pas &#234;tre favorables aux hommes ayant les liens les plus forts avec l'&#233;tranger, comme l'indiquent les commentaires sur la dissolution du cabinet provisoire par le CNT, &#224; la suite de l'assassinat de Youn&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le remaniement semble &#233;galement repr&#233;senter un effort par des groupes d'int&#233;r&#234;t au sein du mouvement rebelle, y compris les dirigeants locaux qui ont aid&#233; &#224; lancer l'insurrection, d'affirmer leur pouvoir par la mise &#224; l'&#233;cart des dirigeants qui &#233;taient rentr&#233;s de l'exil et occupaient des postes cl&#233;s. Pendant des mois, il y a eu des plaintes que les membres du gouvernement rebelle &#233;taient inconnus de la plupart des Libyens, et passent la plupart de leur temps &#224; l'&#233;tranger &#8211; en particulier au Qatar, le pays devenu le plus enthousiaste sponsor des rebelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un porte-parole des rebelles a d&#233;clar&#233; que M. [Mahmoud] Jibril [l'&#233;conomiste n&#233;o-lib&#233;ral nomm&#233; par le CNT &#224; la t&#234;te de son gouvernement, apr&#232;s avoir pr&#233;sid&#233; les r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales du r&#233;gime de Kadhafi depuis 2007 jusqu'au soul&#232;vement], qui a rarement &#233;t&#233; vu &#224; Benghazi, devrait passer plus de temps en Libye. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une explication plausible de l'assassinat d'Abdul-Fattah Youn&#232;s a &#233;t&#233; donn&#233;e par son collaborateur, Mohammed Agoury, qui a attribu&#233; le meurtre &#224; des membres de la Brigade des Martyrs du 17 f&#233;vrier. (Selon une autre source, les auteurs appartiendraient &#224; un groupe islamique connu sous le nom de Brigade Abou Ubaidah Ibn al-Jarrah.) Le t&#233;moignage d'Agoury fournit un aper&#231;u de la composition complexe et h&#233;t&#233;rog&#232;ne de la r&#233;bellion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La Brigade des Martyrs du 17 f&#233;vrier est un groupe compos&#233; de centaines de civils qui ont pris les armes pour rejoindre la r&#233;bellion. Leurs combattants participent &#224; des batailles en premi&#232;re ligne contre les forces de Kadhafi, mais agissent aussi comme une force semi-officielle de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure pour l'opposition. Certains de ses dirigeants viennent du Groupe combattant islamique libyen, un groupe islamique militant qui a men&#233; une campagne de violence contre le r&#233;gime de Kadhafi dans les ann&#233;es 1990. &#8220;Ils n'ont confiance en personne de ceux qui &#233;taient avec le r&#233;gime Kadhafi, ils ont voulu se venger&#8221;, a d&#233;clar&#233; Agoury. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;v&#233;nement qui r&#233;v&#232;le l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; dans les rangs de l'opposition est la &#171; Conf&#233;rence pour le dialogue national &#187; qui s'est tenue &#224; Benghazi le 28 juillet. Elle a regroup&#233; 350 participants dont des membres de la Brigade des Martyrs du 17 f&#233;vrier et des anciens membres de la branche libyenne des Fr&#232;res Musulmans, les Fr&#232;res Musulmans eux-m&#234;mes ayant ni&#233; tout lien avec la conf&#233;rence. Les participants ont insist&#233; sur l'unit&#233; de la Libye, son caract&#232;re islamique et la n&#233;cessit&#233; d'un dialogue englobant toute la nation, tandis qu'Al-Amin Belhaj, membre du CNT, a indiqu&#233; que, bien que Kadhafi et son fils ne pouvaient pas rester au pouvoir, ils pourraient rester en Libye sous protection. Apparemment, certains des participants avaient des contacts avec Sa&#239;f al-Islam Kadhafi, un fait qui s'accorde bien avec les derni&#232;res d&#233;clarations de ce dernier au &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'ai lib&#233;r&#233; des islamistes libyens de prison, je les connais personnellement, ce sont mes amis&#8221;, a-t-il dit, mais il a ajout&#233; qu'il consid&#233;rait que leur lib&#233;ration avait &#233;t&#233; &#8220;bien s&#251;r une erreur&#8221; en raison de leur r&#244;le dans la r&#233;volte. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une manifestation s'est d&#233;roul&#233;e devant l'h&#244;tel o&#249; se tenait la conf&#233;rence. Aljazeera.net montre un jeune homme brandissant une pancarte disant, au nom des Jeunes de la R&#233;volution du 17 f&#233;vrier : &lt;i&gt;&#171; La Conf&#233;rence pour le dialogue national ne repr&#233;sente qu'elle-m&#234;me. &#187;&lt;/i&gt; Les manifestants ont soulign&#233; leur refus de tout dialogue avec Sa&#239;f al-Islam et ses collaborateurs. Ils ont accus&#233; les organisateurs de la conf&#233;rence de recourir &#224; des milices afin de s'emparer du pouvoir avant m&#234;me que la lib&#233;ration de la Libye ne soit achev&#233;e. Na&#239;ma Djibril, une juriste et membre &#224; Benghazi du &#171; comit&#233; pour le soutien &#224; la participation des femmes dans la prise de d&#233;cision &#187;, s'est plainte au journaliste du site de l'exclusion des femmes de la conf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres d&#233;tails sur le projet du CNT, rapport&#233; par le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt; (12 ao&#251;t), montrent une reconnaissance rassurante de la complexit&#233; de la situation libyenne avec des plans pour y faire face de mani&#232;re d&#233;mocratique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le plan reconna&#238;t que la direction de Benghazi n'a pas encore le soutien officiel de r&#233;gions qui se trouvent toujours sous le contr&#244;le du colonel Kadhafi, en cr&#233;ant un processus visant &#224; remplir 25 si&#232;ges vacants destin&#233;s &#224; repr&#233;senter ces r&#233;gions sur un ensemble de 65 si&#232;ges. Selon le plan, les membres actuels du Conseil ne pourraient se pr&#233;senter aux deux premiers tours des &#233;lections nationales, ni accepter des postes politiques dans les gouvernements qui en r&#233;sulteront. [&#8230;] Selon le document, un CNT &#233;largi, comprenant de nouveaux repr&#233;sentants des r&#233;gions tenues par Kadhafi, gouvernerait durant huit mois apr&#232;s la chute du colonel Kadhafi, p&#233;riode pendant laquelle des &#233;lections se tiendraient pour &#233;lire un Comit&#233; constitutionnel et un Congr&#232;s national int&#233;rimaire de 200 membres. La repr&#233;sentation des r&#233;gions au congr&#232;s serait bas&#233;e sur un recensement de la population r&#233;alis&#233; en 2010. Le congr&#232;s gouvernera pour une p&#233;riode int&#233;rimaire de moins d'un an, durant laquelle un projet de nouvelle constitution serait soumis &#224; un r&#233;f&#233;rendum national et le nouveau gouvernement permanent de la Libye serait &#233;lu en conformit&#233; avec les param&#232;tres &#233;tablis dans cette constitution. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;One ne peut qu'esp&#233;rer que la r&#233;alit&#233; sera conforme &#224; un telle vision. Mais les chances d'une mise en &#339;uvre harmonieuse de ce plan &#8211; &#233;tant donn&#233; l'extraordinaire enchev&#234;trement des forces tribales, ethniques et politiques qui constituent la soci&#233;t&#233; libyenne tout juste sortie de plus de quatre d&#233;cennies de l'un des r&#233;gimes dictatoriaux les plus fous de l'histoire moderne &#8211; sont plut&#244;t minces. La constitution provisoire r&#233;cemment publi&#233;e et fond&#233;e sur le plan ci-dessus est d&#233;j&#224; contest&#233;e &#224; Benghazi, et le CNT accus&#233; de travailler derri&#232;re des portes closes. Les principales diff&#233;rences entre le tumulte politique libyen et la situation qui pr&#233;vaut en &#201;gypte sont que l'opposition et le r&#233;gime sont territorialement s&#233;par&#233;s en Libye, et que la famille r&#233;gnante a &#233;t&#233; &#233;cart&#233;e au Caire mais pas encore &#224; Tripoli. Comme en &#201;gypte, la bataille politique fait rage entre les divers groupes de l'opposition, certains d'entre eux, surtout parmi les forces islamiques, se montrant pr&#234;ts &#224; faire des compromis avec les institutions du r&#233;gime, tandis que d'autres, surtout parmi les jeunes, rejettent cette perspective et veulent une transformation radicale de leur pays. Une autre diff&#233;rence majeure est l'absence en Libye de r&#244;le du mouvement ouvrier, r&#244;le tr&#232;s important dans le processus &#233;gyptien. (Toutefois, Kamal Abu-Aita, le pr&#233;sident de la nouvelle F&#233;d&#233;ration &#233;gyptienne des syndicats ind&#233;pendants, m'a dit qu'une f&#233;d&#233;ration ind&#233;pendante similaire a &#233;t&#233; r&#233;cemment cr&#233;&#233;e &#224; Benghazi.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation en Libye &#8211; comme en Tunisie et en &#201;gypte, et dans tous les autres pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord o&#249; le processus r&#233;volutionnaire actuel se d&#233;roule &#8211; n'en est qu'au d&#233;but d'un cours long et tumultueux de d&#233;veloppement. C'est le destin normal des bouleversements r&#233;volutionnaires. Les puissances occidentales auront beaucoup de difficult&#233; &#224; contr&#244;ler ce processus. Elles n'ont pas de troupes au sol, sans parler du fait qu'elles ont de toute fa&#231;on &#233;chou&#233; &#224; contr&#244;ler la situation dans les pays o&#249; leurs forces sont d&#233;ploy&#233;es, comme en Irak ou en Afghanistan. Le processus de lib&#233;ration et d'autod&#233;termination des peuples est compliqu&#233;, et peut bien passer par des phases d&#233;testables. Mais sans ce processus et la disposition &#224; s'acquitter du co&#251;t qui lui est inh&#233;rent et qui peut s'av&#233;rer lourd, le monde entier vivrait encore sous des r&#233;gimes absolutistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;2 juin, traduction fran&#231;aise &#171; &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article21839&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Occident prolonge l'existence du r&#233;gime de Kadhafi&lt;/a&gt; &#187; disponible sur ESSF.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;* Gilbert Achcar, originaire du Liban, est actuellement professeur &#224; l'&#201;cole des &#201;tudes orientales et africaines (School of Oriental and African Studies, SOAS) de l'universit&#233; de Londres. Parmi ses ouvrages : le Choc des barbaries, traduit en 13 langues ; la Poudri&#232;re du Moyen-Orient &#233;crit en collaboration avec Noam Chomsky ; et plus r&#233;cemment les Arabes et la Shoah : la guerre isra&#233;lo-arabe des r&#233;cits. Cet article est paru en anglais sur le site Jadaliyya (disponible sur ESSF, article 22613). La traduction en fran&#231;ais a &#233;t&#233; faite par A.S. et J.R. pour Inprecor.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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