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	<title>La Gauche</title>
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		<title>La Gauche</title>
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		<title>L'as de pique de la gauche : le temps libre</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/L-as-de-pique-de-la-gauche-le-temps-libre</link>
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		<dc:date>2011-09-16T14:47:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Beaumier</dc:creator>


		<dc:subject>Mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le journal du SFPQ publie dans son &#233;dition d'ao&#251;t 2011 un vaste dossier sur l'opposition droite-gauche sous la plume de Jacques Beaumier. Presse-toi &#224; gauche vous offre un extrait qui porte sur la r&#233;duction du temps de travail. &lt;br class='autobr' /&gt; Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980, la cr&#233;ation de la richesse fait de moins en moins appel au travail humain gr&#226;ce &#224; la formidable r&#233;volution technologique qui a d&#233;cupl&#233; les capacit&#233;s de production. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, de nos jours, cette nouvelle richesse n'est pas bien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Debats-politiques-" rel="directory"&gt;D&#233;bats politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Syndicalisme-+" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L148xH150/arton3248-f161f.png?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='148' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le journal du SFPQ publie dans son &#233;dition d'ao&#251;t 2011 un vaste dossier sur l'opposition droite-gauche sous la plume de Jacques Beaumier. Presse-toi &#224; gauche vous offre un extrait qui porte sur la r&#233;duction du temps de travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980, la cr&#233;ation de la richesse fait de moins en moins appel au travail humain gr&#226;ce &#224; la formidable r&#233;volution technologique qui a d&#233;cupl&#233; les capacit&#233;s de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, de nos jours, cette nouvelle richesse n'est pas bien&lt;br class='autobr' /&gt;
partag&#233;e. De plus, la diminution du travail se traduit, chez les jeunes et les travailleurs moins qualifi&#233;s, par des emplois pr&#233;caires et mal pay&#233;s, par une mise &#224; l'&#233;cart des emplois stables et payants. Des &#233;conomistes et philosophes proposent une nouvelle avenue pour sortir de l'impasse : le temps libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que certains d&#233;magogues tentent de nous faire croire, cette situation n'est pas le complot d'une g&#233;n&#233;ration contre une autre. Elle illustre plut&#244;t que le principe de distribution de la richesse par l'entremise du salaire reli&#233; &#224; un emploi a maintenant atteint sa limite. Les gains de productivit&#233; sont engrang&#233;s sous forme de capital par les entreprises et leurs actionnaires, accroissant de fa&#231;on importante les &#233;carts de richesse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;duction du temps de travail&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Certains &#233;conomistes et philosophes comme Ren&#233; Passet et Andr&#233; Gorz sont parvenus &#224; une conclusion &#233;tonnante. Selon eux, la seule fa&#231;on de redistribuer la richesse, c'est de r&#233;duire de fa&#231;on marqu&#233;e le temps de travail. Il s'agirait en fait de travailler moins pour assurer du travail &#224; tous. Compte tenu de nos capacit&#233;s &#233;lev&#233;es de production, nous pourrions m&#234;me envisager de travailler moins sans perte de revenu. Selon Passet, il serait possible de travailler deux jours et demi pour un salaire &#233;gal &#224; celui que nous recevons pour cinq jours de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Gorz pr&#233;f&#232;re effectuer le calcul sur une base annuelle afin de rendre la chose plus facile &#224; appliquer &#224; certains domaines. Selon lui, nous pourrions r&#233;duire de 1 600 &#224; 1 000 le nombre d'heures que nous travaillons en moyenne par ann&#233;e. Mais comment les entreprises pourraient-elles augmenter autant leur masse salariale sans faire faillite ? L'id&#233;e que notre revenu doit &#234;tre li&#233; &#224; un emploi doit &#234;tre abandonn&#233;e, nous expliquent ces auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul travail salari&#233; ne suffit plus &#224; distribuer la richesse produite, et il ne revient pas &#224; une entreprise particuli&#232;re d'effectuer cette redistribution. Seul l'&#201;tat peut le faire en adoptant une politique de redistribution de la&lt;br class='autobr' /&gt;
richesse par le moyen de la fiscalit&#233;. L'appauvrissement relatif actuel provient du fait que les gains de productivit&#233; sont accumul&#233;s par les biens nantis sous forme de patrimoine familial dans des biens immobiliers de luxe ou souvent dissimul&#233;s dans des abris fiscaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une utopie ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de travailler moins pour obtenir le m&#234;me revenu nous appara&#238;t tellement utopique qu'elle nous fait rigoler. D&#233;j&#224;, Aristote avan&#231;ait que si l'outil pouvait s'ex&#233;cuter de lui-m&#234;me, le ma&#238;tre n'aurait plus besoin d'esclaves. S'il revenait parmi nous, Aristote ne comprendrait pas pourquoi nous travaillons tant parce qu'en fait, c'est de notre &#233;poque qu'il r&#234;vait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, le printemps dernier, Hydro-Qu&#233;bec annon&#231;ait l'installation de compteurs &#171; intelligents &#187; et par cons&#233;quent l'abolition de 725 postes de releveurs de compteurs. C'est exactement ce &#224; quoi songeait Aristote : &#171; si l'outil pouvait s'ex&#233;cuter de lui-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la droite nous propose de nous serrer la ceinture et&lt;br class='autobr' /&gt;
de travailler plus. Quant &#224; la gauche, craignant le ridicule, elle h&#233;site &#224; revendiquer le temps libre sans perte de revenus et &#224; sortir de sa manche ce v&#233;ritable as de pique. Et si elle osait, serait-ce la fin de l'opposition droite/gauche ? S&#251;rement pas. Pendant que la droite d&#233;noncerait l'immoralit&#233; de voir des gens ne pas travailler, la gauche r&#233;clamerait que le temps libre devienne un temps de vie richement rempli pour tous&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La dette &#171; ill&#233;gitime &#187; des pays du Nord doit aussi &#234;tre annul&#233;e</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/La-dette-illegitime-des-pays-du-Nord-doit-aussi-etre-annulee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/La-dette-illegitime-des-pays-du-Nord-doit-aussi-etre-annulee</guid>
		<dc:date>2011-07-17T15:21:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Eric Toussaint</dc:creator>


		<dc:subject>Annulation de la dette</dc:subject>
		<dc:subject>Dettes et d&#233;ficits</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Interview r&#233;alis&#233; par Denis Horman pour le journal La Gauche de la LCR Belgique &lt;br class='autobr' /&gt; La Gauche : le dernier ouvrage collectif du CADTM, qui vient de para&#238;tre, a pour titre &#171; La dette ou la vie &#187;. Un titre qui met d'embl&#233;e en lumi&#232;re l'aspect mortif&#232;re de la dette publique ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Eric Toussaint : Il y a un choix &#224; faire entre privil&#233;gier la vie, les droits humains fondamentaux et, d'autre part, rembourser la dette. La dette, c'est une question centrale. Si on veut maintenir des droits conquis par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L102xH150/arton3207-b36e9.png?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Interview r&#233;alis&#233; par Denis Horman pour le journal &lt;i&gt;La Gauche&lt;/i&gt; de la LCR Belgique&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Gauche : le dernier ouvrage collectif du CADTM, qui vient de para&#238;tre, a pour titre &#171; La dette ou la vie &#187;. Un titre qui met d'embl&#233;e en lumi&#232;re l'aspect mortif&#232;re de la dette publique !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eric Toussaint :&lt;/strong&gt; Il y a un choix &#224; faire entre privil&#233;gier la vie, les droits humains fondamentaux et, d'autre part, rembourser la dette. La dette, c'est une question centrale. Si on veut maintenir des droits conquis par les luttes, stopper des mesures de r&#233;gression sociale, sans pr&#233;c&#233;dent dans les pays de l'Union europ&#233;enne, et aussi am&#233;liorer l'acc&#232;s &#224; toute une s&#233;rie de droits fondamentaux, il faut une solution radicale concernant la dette publique, en commen&#231;ant par annuler la dette ill&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Gauche : le CADTM (Comit&#233; pour l'annulation de la dette du tiers monde), cr&#233;&#233; en 1990, a r&#233;alis&#233; pendant une 20 aine d'ann&#233;es, une expertise rigoureuse sur la dette qui frappe les pays du Sud, plaidant pour une annulation inconditionnelle de cette dette publique. Cette nouvelle publication montre, &#224; travers une s&#233;rie de contributions, l'autre visage de la dette, celui &#224; l'oeuvre au Nord. Y a-t-il des points communs entre la dette publique des pays en d&#233;veloppement et la dette publique au Nord ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eric Toussaint :&lt;/strong&gt; Aujourd'hui, la dette publique au Nord est le pr&#233;texte tout trouv&#233; pour justifier l'application de plans d'aust&#233;rit&#233; sur le mod&#232;le des plans d'ajustement structurel support&#233;s, d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1980, par les pays du Sud de plan&#232;te. A ce propos, je voudrais signaler que, pendant les ann&#233;es 1980, en Belgique, la dette des communes, tout particuli&#232;rement &#224; Anvers et Li&#232;ge, fut d&#233;j&#224; le pr&#233;texte pour l'application de plans d'aust&#233;rit&#233; tr&#232;s durs contre le personnel communal et les services &#224; la population. A Li&#232;ge, de 1983 &#224; 1989, il y eu des mobilisations et des gr&#232;ves tr&#232;s dures face &#224; cette offensive d'aust&#233;rit&#233; men&#233;e &#224; l'&#233;poque par une majorit&#233; communale PS-Ecolo. L'engrenage de la dette communale r&#233;sulta d'une flamb&#233;e des taux d'int&#233;r&#234;t li&#233;s &#224; cette dette. Ainsi, un des emprunts, l' &#171; emprunt Guy Mathot &#187; avait &#233;t&#233; contract&#233; &#224; un taux d'int&#233;r&#234;t de 15%. C'est une des raisons pour laquelle, en 1986, notre organisation politique, le POS-SAP, avait lanc&#233; une campagne pour l'annulation de la dette de la Ville de Li&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, r&#233;cemment, le CADTM s'est pench&#233; sur la r&#233;alit&#233; de l'endettement public des pays du Nord, ceux de l'Union europ&#233;enne en particulier, c'est que, depuis l'&#233;clatement, en 2007-2008, de la crise la plus importante depuis 1929, ces pays sont confront&#233;s aux m&#234;mes politiques d'ajustement structurel qu'ont subi et subissent toujours les pays du Sud. Sous la f&#233;rule de la &#171; Tro&#239;ka &#187; - le FMI, l'Union Europ&#233;enne et la Banque Centrale Europ&#233;enne-, les pays p&#233;riph&#233;riques de l'UE (Roumanie, Lettonie, Hongrie), puis la Gr&#232;ce, l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et, d&#233;j&#224; dans une moindre mesure actuellement, la France, l'Allemagne, la Belgique&#8230;) sont soumis &#224; une r&#233;gression sociale sans pr&#233;c&#233;dent. Les mesures sont partout les m&#234;mes : r&#233;duction des salaires dans la fonction publique, licenciements, non remplacement du personnel partant &#224; la retraite, allongement de l'&#226;ge pour la pension, privatisations, etc. Nous assistons &#224; une nouvelle phase de l'offensive du capital contre le Travail. La &#171; Tro&#239;ka et les gouvernements ne con&#231;oivent pas d'autres voies pour r&#233;duire l'endettement et les d&#233;ficits publics, qui ont atteint un seul insoutenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constate un peu partout une augmentation de l'endettement des Etats. Mais, posons-nous la question : pourquoi une telle situation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais &#233;voquer trois aspects de l'explosion de l'endettement public au Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but des ann&#233;es 1980, les taux d'int&#233;r&#234;ts, au Sud et au Nord, ont explos&#233;, &#224; partir d'une d&#233;cision prise &#224; Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1990-2000 ont vu l'application en Europe de politiques n&#233;o-lib&#233;rales se cristallisant sur des contre-r&#233;formes fiscales, avec une r&#233;duction des recettes fiscales due &#224; une diminution importante des imp&#244;ts sur les b&#233;n&#233;fices des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es et sur les revenus des m&#233;nages les plus riches. Les Etats ont palli&#233; partiellement &#224; cette situation par l'augmentation des imp&#244;ts indirects, la TVA, par l'augmentation de la fiscalit&#233; chez les travailleur-euse-s et par le recours &#224; de nouveaux emprunts aupr&#232;s des plus riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, il y eu, en octobre 2008, dans toute une s&#233;rie de pays du Nord, le sauvetage des banques priv&#233;es, qui avaient pris des risques inconsid&#233;r&#233;s, s'adonnant &#224; la sp&#233;culation financi&#232;re. Un sauvetage &#224; coup de centaines de milliards de dollars et d'euros, par les Etats, avec l'argent des contribuables. En Belgique, c'est plus de 20 milliards d'euros que l'Etat a inject&#233;s pour &#171; sauver &#187; Fortis, KBC, Dexia et Ethias. Un sauvetage des banques qui a jou&#233; un r&#244;le d&#233;terminant dans l'augmentation de la dette publique belge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces &#233;l&#233;ments m'am&#232;ne &#224; taxer d'ill&#233;gitime une partie de la dette publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Gauche : Pr&#233;cis&#233;ment, dans son travail sur la dette frappant les pays du Sud, le CADTM a mis en lumi&#232;re les concepts de dette odieuse, ill&#233;gitime et ill&#233;gale, appuy&#233;s sur une argumentation, y compris juridique, et justifiant ainsi la revendication de suspension du remboursement de la dette publique, voire de son annulation et sa r&#233;pudiation. Le CADTM pr&#244;ne-t-il &#233;galement l'annulation de la dette publique des pays du Nord ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eric Toussaint :&lt;/strong&gt; Le CADTM pr&#244;ne l'annulation de la partie ill&#233;gitime de la dette publique. Il y a d'ailleurs diff&#233;rentes conventions internationales, la Charte des Nations unies, la D&#233;claration universelle des droits de l'Homme, la D&#233;claration de l'ONU sur le droit au d&#233;veloppement, les pactes internationaux de 1966 sur les droits &#233;conomiques sociaux et culturels, etc., sur lesquelles on peut s'appuyer pour justifier qui l&#233;gitiment la suspension et la r&#233;pudiation/annulation de la dette publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept d'ill&#233;gitimit&#233; comprend notamment les dettes odieuses et ill&#233;gales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dettes contract&#233;es aupr&#232;s du FMI, de la Commission europ&#233;enne, de la Banque Centrale europ&#233;enne ou encore sur les march&#233;s financiers et qui justifient, pour ces instances, l'application de politiques d'ajustement structurel ou d'aust&#233;rit&#233;, en violation des droits &#233;conomiques, sociaux, culturels, civils et politiques peuvent &#234;tre qualifi&#233;es de dettes odieuses. Les plans d'aust&#233;rit&#233; brutaux, appliqu&#233;s dans des pays comme la Roumanie, la Hongrie, la Lettonie, puis en Gr&#232;ce, en Irlande, au Portugal pour &#233;ponger la dette et les d&#233;ficits publics, entra&#238;nent la violation des droits humains fondamentaux. La dette li&#233;e &#224; ces plans d'ajustement structurel peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme odieuse et doit &#234;tre annul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aujourd'hui une autre cat&#233;gorie de pays, la France, la Grande-Bretagne, la Belgique et d'autres pays de l'Union europ&#233;enne, qui ont contract&#233; des dettes pouvant &#234;tre qualifi&#233;es d'ill&#233;gitimes. Dans ces pays, les gouvernements ont sciemment appliqu&#233; des politiques injustes socialement et qui ont entra&#238;n&#233; une augmentation de la dette publique &#224; travers des mesures favorables &#224; la classe capitaliste. C'est ce que j'ai d&#233;j&#224; expliqu&#233; en pr&#233;sentant les raisons principales de l'endettement de ces Etats : les contre-r&#233;formes fiscales au profit des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es et des hauts revenus, le sauvetage des banques avec l'argent de la collectivit&#233;, etc. Trente ans de politique n&#233;o-lib&#233;rale marquent d'ill&#233;gitime cette partie de la dette publique, qui r&#233;alise, au-del&#224; de toutes les esp&#233;rances du capital, un transfert gigantesque de richesses vers les banques et les fonds de placements financiers aux d&#233;pens des salari&#233;s. Cette dette ill&#233;gitime devrait &#234;tre annul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Gauche : Une des contributions de l'ouvrage collectif du CADTM, intitul&#233;e &#171; L&#224; o&#249; le Sud montre la voie &#187;, pr&#233;sente une s&#233;rie d'exemples, en Equateur et ailleurs, prouvant qu'il est possible de briser l'engrenage mortif&#232;re de la dette. Ces exemples pourraient-ils, selon toi, &#234;tre un r&#233;f&#233;rent pour des d&#233;marches semblables dans les pays du Nord ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eric Toussaint :&lt;/strong&gt; Une des exp&#233;riences les plus avanc&#233;es se situe en Equateur o&#249;, suite &#224; de grandes mobilisations sociales, un nouveau pr&#233;sident, Rafa&#235;l Correa, fut &#233;lu fin 2006. C'est lui qui a impuls&#233;, en juillet 2007, la mise sur pied d'une commission d'audit de la dette, compos&#233;e de 18 experts, dont j'ai fait partie pour le CADTM. Le mandat donn&#233; &#224; cette commission fut d'auditer 30 ann&#233;es d'endettement public, tant externe qu'interne. Apr&#232;s 14 mois de travail, la commission d'audit est arriv&#233;e &#224; la conclusion qu'une grande partie de la dette analys&#233;e &#233;tait marqu&#233;e d'ill&#233;gitimit&#233;. En novembre 2008, le gouvernement, prenant appui sur le rapport de la commission, a d&#233;cid&#233; de suspendre le remboursement des titres de la dette, venant &#224; &#233;ch&#233;ance les uns en 2012, les autres en 2030. Apr&#232;s 8 mois de suspension de payement, le gouvernement de ce petit pays de 13 millions d'habitants est sorti vainqueur d'une &#233;preuve de force avec les banquiers nord-am&#233;ricains, d&#233;tenteurs de ces titres de la dette &#233;quatorienne. Il a rachet&#233; pour 900 millions de dollars des titres valant 3,2 milliards de dollars. Si on prend en compte les int&#233;r&#234;ts que l'Equateur ne devra pas verser, puisqu'il a rachet&#233; des titres qui arrivaient &#224; &#233;ch&#233;ance en 2012 ou en 2030, le tr&#233;sor public &#233;quatorien a &#233;conomis&#233; en tout environ 7 milliards de dollars. Cela a permis de d&#233;gager de nouveaux moyens financiers pour des d&#233;penses sociales dans la sant&#233;, l'&#233;ducation, l'aide sociale, etc. Certes, ce ne fut pas une r&#233;pudiation de la dette ill&#233;gitime, mais un pas extr&#234;mement important dans la bonne direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, il ya aussi des pas importants dans cette direction. Dans plusieurs pays aujourd'hui, apr&#232;s la France, en Gr&#232;ce, au Portugal, en Espagne&#8230;, on assiste &#224; une mont&#233;e en puissance de mobilisations sociales. On peut dire que la Gr&#232;ce est l'&#233;picentre d'une r&#233;action massive sur le th&#232;me de la dette et cela, dans le contexte de mobilisations sociales, de gr&#232;ves de plus en plus dures. Encore, ce dimanche 5 juin, 200 000 personnes se retrouvaient sur la place de la Constitution &#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 2010, plus d'une centaine de personnalit&#233;s grecques et internationales lan&#231;aient un appel public en faveur de la cr&#233;ation d'une commission d'audit de la dette publique. En d&#233;cembre 2010, une d&#233;put&#233;e ind&#233;pendante, Sofia Sakorafa, faisait une intervention remarqu&#233;e au Parlement grec, en proposant la mise sur pied d'une telle commission. Quatre d&#233;put&#233;s ont rompu avec le PASOK (le parti socialiste grec), refusant de voter pour le budget 2010 et le m&#233;morandum impos&#233; &#224; la Gr&#232;ce par le FMI. A l'instar de d&#233;put&#233;s de la gauche radicale grecque, ces d&#233;put&#233;s ont demand&#233; et appuy&#233; la mise sur pied d'un comit&#233; grec contre la dette qui s'est constitu&#233; et qui est soutenu par des organisations syndicales, plusieurs partis politiques et de nombreux intellectuels. Ce comit&#233; va proc&#233;der &#224; un audit pour que l'on sache quelle partie de la dette grecque est odieuse, ill&#233;gitime et ill&#233;gale. Bien &#233;videmment, &#224; l'inverse de l'Equateur, une telle d&#233;marche ne peut, en Gr&#232;ce, s'appuyer sur un gouvernement social-lib&#233;ral qui impose une aust&#233;rit&#233; brutale aux travailleur-euse-s et &#224; la population. D'o&#249; l'importance d'appuyer cette d&#233;marche par des mobilisations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Gauche : La CADTM a souvent attir&#233; l'attention sur le fait qu'une r&#233;duction radicale de la dette publique est une condition n&#233;cessaire mais pas suffisante pour mettre en place une politique &#233;conomique et sociale au service des populations. Qu'est-ce &#224; dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eric Toussaint : &lt;/strong&gt; A ce propos, je voudrais faire une premi&#232;re r&#233;flexion. Jusqu'il y a peu, au niveau europ&#233;en, une grande partie de la gauche du mouvement syndical et m&#234;me de la gauche radicale consid&#233;rait que la r&#233;sistance sociale aux attaques du patronat et des gouvernements n'impliquait pas n&#233;cessairement de faire de la question de la dette publique un des &#233;l&#233;ments centraux de cette r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, certaines organisations de la gauche radicale, prenant une position radicale pour l'annulation/r&#233;pudiation de la dette publique, estimait inutile et superflu un audit sur la dette, puisqu'il s'agit de rejeter en bloc cette dette. On a connu cela dans certaines organisations de la gauche en Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore, un autre secteur de la gauche, m&#234;me radicale attirait l'attention sur les cons&#233;quences d'une remise en cause du payement de la dette, disant : &#171; attention, une telle position aura un effet boomerang sur le pays et sa population. Cela entra&#238;nera des mesures de r&#233;torsion ; on ne pourra plus payer les fonctionnaires, les retraites&#8230; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, les choses commencent &#224; changer dans la prise de conscience et l'importance vitale d'une r&#233;duction radicale de la dette publique, voire d'annulation de la dette ill&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment, une telle op&#233;ration, si l'on veut que les salari&#233;-e-s, les allocataires sociaux n'en fassent pas les frais, doit &#234;tre combin&#233;es avec des mesures pour une v&#233;ritable justice fiscale, pour que chacun, soci&#233;t&#233; et individu, paie ses imp&#244;ts selon sa capacit&#233; contributive. C'est ce que demande, depuis des ann&#233;es en Belgique, le r&#233;seau pour la justice fiscale (RJF), qui regroupe une 40aine d'organisations, associations dont les deux grandes organisations syndicales, la FGTB et la CSC.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La &#171; d&#233;mondialisation &#187; : un concept superficiel et dangereux</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/La-demondialisation-un-concept-superficiel-et-dangereux</link>
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		<dc:date>2011-06-13T13:21:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Conseil scientifique d'Attac-France</dc:creator>


		<dc:subject>Mouvement altermondialisation</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;bat politique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Analyse d'un groupe de membres du Conseil scientifique d'Attac France. Ils s'inqui&#232;tent de la fortune rencontr&#233;e par la &#171; d&#233;mondialisation &#187;, qui induirait la suspension des logiques de coop&#233;ration n&#233;cessaires au progr&#232;s des droits sociaux sans r&#233;soudre aucune des crises actuelles. &lt;br class='autobr' /&gt; ---- Par Genevi&#232;ve Azam, Jacques Cossart, Thomas Coutrot, Jean-Marie Harribey, Michel Husson, Pierre Khalfa, Dominique Plihon, Catherine Samary et Aur&#233;lie Trouv&#233;. La violence de la crise mondiale et l'&#233;chec (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Debats-politiques-" rel="directory"&gt;D&#233;bats politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Debat-politique-+" rel="tag"&gt;D&#233;bat politique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH134/arton3186-bbb58.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='134' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Analyse d'un groupe de membres du Conseil scientifique d'Attac France. Ils s'inqui&#232;tent de la fortune rencontr&#233;e par la &#171; d&#233;mondialisation &#187;, qui induirait la suspension des logiques de coop&#233;ration n&#233;cessaires au progr&#232;s des droits sociaux sans r&#233;soudre aucune des crises actuelles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Par Genevi&#232;ve Azam, Jacques Cossart, Thomas Coutrot, Jean-Marie Harribey, Michel Husson, Pierre Khalfa, Dominique Plihon, Catherine Samary et Aur&#233;lie Trouv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La violence de la crise mondiale et l'&#233;chec des politiques n&#233;olib&#233;rales aggrav&#233;es font fuser de partout des propositions en apparence iconoclastes. La mondialisation n&#233;olib&#233;rale reposant sur la libre circulation des capitaux et la financiarisation du monde, les d&#233;sastres provoqu&#233;s par ces politiques ont suscit&#233; l'&#233;mergence &#224; la fin des ann&#233;es 1990 d'un mouvement initialement qualifi&#233; par les m&#233;dias d'&#171; antimondialiste &#187;, qui, en m&#251;rissant, s'est lui-m&#234;me rebaptis&#233; &#171; altermondialiste &#187;. Mais l'apparition r&#233;cente de la th&#233;matique de la &#171; d&#233;mondialisation &#187; risque de nous ramener beaucoup plus de dix ans en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; d&#233;mondialisation &#187; est un concept &#224; la fois superficiel et simpliste. Superficiel parce que, &#224; la racine de la financiarisation mondialis&#233;e, il y a les d&#233;cisions de forces sociales et de gouvernements nationaux, d&#233;cid&#233;s &#224; remettre en cause partout les droits sociaux. L'oligarchie n'est pas &#233;trang&#232;re, l'ennemi n'est pas le travailleur chinois. Simpliste car les r&#233;ponses &#224; la crise n&#233;cessitent &#171; plus de mondialisation &#187; dans certains domaines et &#171; moins de mondialisation &#187; dans d'autres, mais exigent surtout une mutation radicale de la logique m&#234;me de la mondialisation (alter-mondialisation)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, il faut &#233;videmment r&#233;duire les flux de marchandises et de capitaux, et relocaliser les syst&#232;mes productifs. Pour des motifs sociaux : stopper la concurrence entre travailleurs et paysans du monde, valoriser la diversit&#233; des savoirs et des pratiques sociales, nourrir les populations et assurer la souverainet&#233; alimentaire. Pour des motifs &#233;cologiques : r&#233;duire les &#233;missions de CO2, diminuer la pression sur les ressources naturelles et leur pillage. Pour des motifs politiques : retrouver des formes de d&#233;mocratie proche des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, de l'autre, il faut plus de coop&#233;ration europ&#233;enne et mondiale dans bien des domaines &#224; mutualiser : sauvegarde des &#233;cosyst&#232;mes, gestion et r&#233;partition des ressources rares qui font partie des biens communs (eau, terre, &#233;nergie, alimentation, savoirs, techniques, m&#233;dicaments&#8230;), mondialisation des droits sociaux par l'application des conventions de l'Organisation internationale du travail&#8230; Les r&#233;volutions arabes, leur &#233;cho en Europe et ailleurs, montrent &#224; nouveau la n&#233;cessit&#233; de l'internationalisation des luttes, port&#233;es partout par les m&#234;mes aspirations &#224; la justice et &#224; la d&#233;mocratie. Ce n'est pas &#171; la mondialisation &#187; que nous rejetons, mais la mondialisation n&#233;olib&#233;rale et capitaliste, telle qu'elle est organis&#233;e par les int&#233;r&#234;ts des firmes multinationales, les &#171; march&#233;s &#187; et les grandes puissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous affirmons qu'il faut en finir avec cette id&#233;e absurde selon laquelle le FN (Front national) poserait les bonnes questions (contre le &#171; mondialisme &#187;) mais n'apporterait pas les bonnes r&#233;ponses. Le FN ne propose pas les bonnes r&#233;ponses parce qu'il ne pose pas les bonnes questions. Le retour &#224; des r&#233;gulations essentiellement nationales ne r&#233;soudrait aucun des probl&#232;mes qui se posent aujourd'hui &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise sociale ? Le ch&#244;mage incompressible, la pr&#233;carit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e, la destruction progressive du droit du travail, de la protection sociale et des services publics au sein des pays d&#233;velopp&#233;s, ne sont pas d'abord imputables aux pays &#233;mergents mais aux politiques syst&#233;matiques amorc&#233;es &#224; la fin des ann&#233;es 1970 lorsque les classes dominantes ont entrepris de r&#233;tablir la rentabilit&#233; des capitaux. L'effondrement de la part salariale dans la valeur ajout&#233;e s'est produit pendant la d&#233;cennie 1980, bien avant que la Chine devienne l'atelier du monde. On ne renversera pas le dogme de la &#171; cr&#233;ation de valeur pour l'actionnaire &#187; en commen&#231;ant par des droits de douane contre la Chine mais par une redistribution des richesses dans nos pays et entre pays. La r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s passe au plan mondial par l'annulation des dettes des pays pauvres et la reconnaissance de la dette &#233;cologique ; &#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne, par l'instauration de v&#233;ritables transferts budg&#233;taires vers les pays moins d&#233;velopp&#233;s ; au plan national, par une r&#233;forme fiscale instaurant un revenu maximum et une forte progressivit&#233; de l'imp&#244;t. La &#171; d&#233;mondialisation &#187; n'apporterait rien &#224; l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise europ&#233;enne ? Certains &#233;conomistes de gauche pensent que la solution passe par une sortie de l'euro et une d&#233;valuation du franc retrouv&#233;. Le FN (Front national) rebondit sur ces propositions, adoptant le sc&#233;nario et m&#234;me le tempo propos&#233;s. Nous pensons que ces projets ne peuvent qu'accentuer les difficult&#233;s au lieu de les r&#233;soudre. Une monnaie nationale ne prot&#232;ge ni du n&#233;olib&#233;ralisme, ni de la sp&#233;culation, ni du productivisme : a-t-on vu quelque gouvernement britannique s'opposer au n&#233;olib&#233;ralisme du fait qu'il disposait de la livre sterling ? Le franc, la livre ou la lire &#233;taient-ils des boucliers contre les attaques sp&#233;culatives ? Et le capitalisme appuy&#233; sur les &#171; Etats souverains &#187; n'a-t-il pas produit un mod&#232;le de consommation destructeur, pill&#233; les pays du Sud et creus&#233; la dette &#233;cologique du Nord ? La Banque de France, qui ne fait plus d'avances au Tr&#233;sor public depuis 1973, m&#232;nerait-elle par nature une politique plus sociale que la Banque centrale europ&#233;enne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, &#224; l'heure d'une crise aussi grave, le d&#233;ferlement de politiques unilat&#233;rales tournerait le dos d&#233;finitivement &#224; une coop&#233;ration entre les peuples. Une d&#233;valuation unilat&#233;rale ne ferait qu'enclencher des mesures de r&#233;torsion et une aggravation de la guerre &#233;conomique entre pays europ&#233;ens. Au moment o&#249; les convergences des r&#233;sistances et des initiatives populaires mettent au contraire en &#233;vidence la n&#233;cessit&#233; de d&#233;cisions europ&#233;ennes fortes en mati&#232;re de fonds tourn&#233;s vers la recherche, l'&#233;ducation, la sant&#233; de base, les grandes infrastructures de transports publics, la transition &#233;nerg&#233;tique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de la d&#233;mondialisation pr&#233;sentent celle-ci comme la condition d'une r&#233;industrialisation. Mais un v&#233;ritable projet &#233;mancipateur ne peut se contenter de vouloir r&#233;industrialiser sans examiner le contenu des projets industriels pour qu'ils s'ins&#232;rent dans une reconversion d'ensemble du mod&#232;le de d&#233;veloppement. Il est impossible de revenir au capitalisme d'apr&#232;s-guerre, fond&#233; sur des gains de productivit&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233;s d&#233;sormais hors d'atteinte et sur le pillage des ressources non renouvelables, surtout dans le Tiers-monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne croyons pas que le retour au national r&#233;soudrait la crise de la d&#233;mocratie car celle-ci est profond&#233;ment enracin&#233;e dans des m&#233;canismes qui, y compris au niveau national, &#233;cartent les citoyens des d&#233;cisions qui les concernent. La d&#233;mocratie doit se construire partout o&#249; les pouvoirs de d&#233;cisions d&#233;terminent notre existence, c'est-&#224;-dire du local au mondial, m&#234;me si &#233;videmment le niveau national garde toute son importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est urgent de &#171; r&#233;volutionner &#187; la maison Europe, il faut commencer par le commencement : s'attaquer au pouvoir du capital en restreignant sa libert&#233; de mouvement, refonder la fiscalit&#233;, les services publics, la protection sociale, le travail d&#233;cent ; s'attaquer au productivisme et &#224; ses variantes. Les mobilisations sociales contre l'aust&#233;rit&#233; qui montent en Europe sont un levier pour engager une v&#233;ritable transformation de la soci&#233;t&#233;. Il sera alors n&#233;cessaire, pour le ou les gouvernements voulant rompre avec le n&#233;olib&#233;ralisme, de briser le carcan des trait&#233;s europ&#233;ens, au besoin en mena&#231;ant de faire voler en &#233;clats cet euro-l&#224;, de mani&#232;re concert&#233;e avec d'autres peuples et mouvements sociaux. Mais cela n'aura aucunement le m&#234;me sens que le repli national qui se profile derri&#232;re la notion de d&#233;mondialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous tirons la sonnette d'alarme parce que les politiques d'aust&#233;rit&#233;, aggravant la crise, m&#232;nent les soci&#233;t&#233;s au bord de l'explosion : Gr&#232;ce, Portugal, Espagne, Irlande. Demain, Belgique, Italie, France ? C'est dans ces moments d'extr&#234;me tension que les politiques brunes se fraient un chemin sous les d&#233;guisements les plus divers. La guerre commerciale et mon&#233;taire aggraverait la concurrence entre les &#201;tats et d&#233;truirait l'id&#233;al de solidarit&#233; que doit porter tout projet progressiste. Qui osera proposer la d&#233;mondialisation et le repli national aux participants du Forum social mondial, aux jeunes en lutte sur la Place Tahrir ou &#224; la Puerta del Sol ? Bien au contraire, la conqu&#234;te n&#233;cessaire de la souverainet&#233; d&#233;mocratique au plan national doit s'articuler &#224; la construction de mouvements sociaux et citoyens europ&#233;ens et internationaux, qui seuls permettront d'&#233;viter que les conflits sociaux ne soient d&#233;tourn&#233;s vers des logiques de rivalit&#233;s nationales et identitaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.alencontre.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; l'encontre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Contre la r&#233;solution 1701, contre l'envoi de troupes de l'OTAN</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Contre-la-resolution-1701-contre-l-envoi-de-troupes-de-l-OTAN</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Contre-la-resolution-1701-contre-l-envoi-de-troupes-de-l-OTAN</guid>
		<dc:date>2006-10-03T02:29:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert Achcar</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'Organisation des Nations Unies, sa Charte en particulier, sont un pr&#233;cieux acquis historique - loin d'&#234;tre parfaits, certes, mais entre le possible et le souhaitable, il faut les pr&#233;server tout en cherchant &#224; les am&#233;liorer. C'est bien pourquoi la violation croissante des principes et r&#232;gles de fonctionnement stipul&#233;s par la lettre de la Charte, ainsi que la d&#233;rogation grandissante &#224; son esprit, doivent &#234;tre vigoureusement condamn&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt; Le Liban a &#233;t&#233;, ces derni&#232;res ann&#233;es, un terrain (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Debats-politiques-" rel="directory"&gt;D&#233;bats politiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'Organisation des Nations Unies, sa Charte en particulier, sont un pr&#233;cieux acquis historique - loin d'&#234;tre parfaits, certes, mais entre le possible et le souhaitable, il faut les pr&#233;server tout en cherchant &#224; les am&#233;liorer. C'est bien pourquoi la violation croissante des principes et r&#232;gles de fonctionnement stipul&#233;s par la lettre de la Charte, ainsi que la d&#233;rogation grandissante &#224; son esprit, doivent &#234;tre vigoureusement condamn&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le Liban a &#233;t&#233;, ces derni&#232;res ann&#233;es, un terrain privil&#233;gi&#233; de la d&#233;rive favoris&#233;e par la fin du syst&#232;me tr&#232;s particulier de &#171; l'&#233;quilibre des pouvoirs &#187; que s'imposaient mutuellement les deux superpuissances de la Guerre froide jusqu'en 1990. La r&#233;solution 1559 (2004) du Conseil de s&#233;curit&#233; au sujet du Liban est &#224; la fois une violation flagrante de la Charte de l'ONU et un monument d'hypocrisie. Adopt&#233;e sans saisine du Conseil de s&#233;curit&#233; par le gouvernement libanais, elle proclame son attachement &#224; la souverainet&#233; du Liban tout en s'ing&#233;rant dans ses affaires int&#233;rieures en d&#233;rogation &#224; l'article 2, point 7, de la Charte, qui prohibe toute intervention &#171; dans des affaires qui rel&#232;vent essentiellement de la comp&#233;tence nationale d'un &#201;tat &#187;. Il faudrait, d'ailleurs, une dose extraordinaire de na&#239;vet&#233; pour croire un seul instant &#224; l'attachement des membres permanents du Conseil de s&#233;curit&#233; &#224; la souverainet&#233; d'un &#201;tat autre que le leur. La r&#233;solution 1559 - et le fait qu'elle ait &#233;t&#233; adopt&#233;e en 2004, et pas avant, le montre bien - s'inscrit de mani&#232;re &#233;vidente dans l'action des &#201;tats-Unis contre l'Iran dans la foul&#233;e de leur occupation de l'Irak, en visant deux des alli&#233;s de T&#233;h&#233;ran : le r&#233;gime syrien et le Hezbollah libanais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Guerre isra&#233;lienne au Liban d'une autre fa&#231;on&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution 1701 du 11 ao&#251;t 2006 rel&#232;ve de cette m&#234;me action de fa&#231;on tout aussi flagrante. Elle a &#233;t&#233; adopt&#233;e apr&#232;s plusieurs semaines de blocage du Conseil de s&#233;curit&#233; par Washington pour laisser &#224; Isra&#235;l le temps de poursuivre son agression. Son iniquit&#233; saute aux yeux lorsqu'elle s'abstient de condamner l'agression criminelle d'Isra&#235;l pour n'&#233;voquer que &#171; l'attaque du Hezbollah contre Isra&#235;l &#187; et les &#171; hostilit&#233;s au Liban et en Isra&#235;l &#187; (sic). Elle fait preuve d'une hypocrisie flagrante en demandant &#224; Isra&#235;l de cesser ses &#171; op&#233;rations militaires offensives &#187;, sans m&#234;me exiger la lev&#233;e imm&#233;diate du blocus qu'il impose au Liban - comme si un blocus n'&#233;tait pas une op&#233;ration militaire &#233;minemment offensive. L'iniquit&#233; est tout aussi flagrante lorsque la nouvelle FINUL - qui, remarquablement, ne se d&#233;ploie que sur le territoire du pays occup&#233; - est cens&#233;e emp&#234;cher que sa zone de d&#233;ploiement ne soit utilis&#233;e pour &#171; des activit&#233;s hostiles de n'importe quelle sorte &#187;. La r&#233;solution 1701 ne souffle mot de la protection du territoire libanais contre les agressions r&#233;p&#233;t&#233;es d'Isra&#235;l, puissance occupante au Liban 18 ann&#233;es durant (sans parler de la portion de territoire occup&#233;e depuis 1967).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se faire une id&#233;e du caract&#232;re tr&#232;s biais&#233; de ce que pr&#233;voit la FINUL dans l'esprit des &#201;tats europ&#233;ens qui en fournissent la colonne vert&#233;brale, il n'est qu'&#224; lire l'entretien accord&#233; au journal Le Monde par Jean-Marie Gu&#233;henno, le chef des op&#233;rations de maintien de la paix de l'ONU. Il se passe de commentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourriez-vous &#234;tre amen&#233;s &#224; user de la force contre le Hezbollah ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous pouvons &#234;tre amen&#233;s &#224; le faire &#224; l'&#233;gard de tout &#233;l&#233;ment qui emp&#234;cherait notre libert&#233; de mouvement ou repr&#233;senterait une menace pour la population ou pour la paix. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que ferait la FINUL en cas de raid de l'arm&#233;e isra&#233;lienne sur le Liban ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Malheureusement, depuis la cessation des hostilit&#233;s, il y a eu plus de violations isra&#233;liennes que de violations du fait d'&#233;l&#233;ments arm&#233;s libanais. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourrait-elle &#234;tre amen&#233;e &#224; utiliser la force contre Isra&#235;l dans cette hypoth&#232;se ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pense qu'Isra&#235;l, qui tient &#224; ce que le droit international s'affirme, &#224; ce que responsabilit&#233; et souverainet&#233; aillent de pair au Liban, assumera ses responsabilit&#233;s dans le respect du droit international. &#187; (12)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution 1701 est pleine de formulations d&#233;lib&#233;r&#233;ment ambigu&#235;s de sorte qu'elle permet une interpr&#233;tation allant dans le sens d'une mission de combat relevant de facto du Chapitre VII de la Charte, que Washington et Paris invoquaient directement dans leur projet de r&#233;solution distribu&#233; le 5 ao&#251;t et rejet&#233; par le Hezbollah et le gouvernement libanais. Devant ces objections, Washington et Paris ont abandonn&#233; l'id&#233;e d'une nouvelle force internationale au Liban, s'en tenant &#224; la FINUL d&#233;j&#224; en place. Toutefois, le mandat de cette derni&#232;re est profond&#233;ment alt&#233;r&#233;, non seulement dans le sens indiqu&#233; ci-dessus, mais aussi quant &#224; sa zone d'activit&#233; puisque la FINUL II est autoris&#233;e &#224; se d&#233;ployer le long de la fronti&#232;re libano-syrienne et &#224; contr&#244;ler les acc&#232;s a&#233;riens et maritimes du Liban.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, l'esprit de cette r&#233;solution est de traiter le Liban comme s'il &#233;tait l'agresseur ! Elle rel&#232;ve, en ce sens, d'une tentative de continuer la guerre isra&#233;lienne au Liban d'une autre fa&#231;on, qui pourra impliquer des op&#233;rations de guerre &#224; courte ou moyenne &#233;ch&#233;ance. C'est pourquoi elle doit &#234;tre vigoureusement d&#233;nonc&#233;e et rejet&#233;e par toute personne attach&#233;e &#224; l'esprit de la Charte des Nations Unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Force d'interposition ? Des troupes de pays neutres !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de rejeter la pr&#233;sence m&#234;me de la FINUL le long de la fronti&#232;re libano-isra&#233;lienne. La FINUL est en place depuis 1978 et accept&#233;e par l'ensemble des forces politiques libanaises. En d&#233;pit de son inefficacit&#233; &#233;vidente quant &#224; la protection du Liban contre les empi&#233;tements d'Isra&#235;l sur sa souverainet&#233;, son inaction face &#224; l'invasion du Liban par Isra&#235;l en 1982 et son occupation du Liban sud 18 ann&#233;es durant, elle est un t&#233;moin pr&#233;cieux de ces violations de souverainet&#233;. Ce dont il s'agit, c'est 1) de rejeter l'alt&#233;ration profonde et dangereuse du mandat de la FINUL que constitue la r&#233;solution 1701, et 2) de s'opposer &#224; l'utilisation de la FINUL II et de la couverture onusienne afin de continuer la guerre pour les objectifs communs d'Isra&#235;l, de Washington et de Paris au Liban. Ce qui est en train de se tramer, c'est la r&#233;p&#233;tition d'une pratique symptomatique des temps nouveaux : l'utilisation de l'ONU comme feuille de vigne pour des op&#233;rations militaires men&#233;es par Washington avec l'OTAN et autres alli&#233;s, comme c'est le cas en Afghanistan depuis d&#233;cembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bonne logique, une force d'interposition doit &#234;tre compos&#233;e de troupes de pays neutres. Or, Washington et Paris ne sont nullement neutres dans le conflit libanais. Aucune force alli&#233;e de Washington ne saurait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme neutre dans un conflit entre l'un des principaux alli&#233;s de Washington et un autre &#201;tat. C'est le cas des forces de tous les pays membres de l'OTAN, alli&#233;s de la fa&#231;on la plus formelle aux &#201;tats-Unis. C'est pourquoi tous ceux et celles qui tiennent &#224; la paix au Moyen-Orient et s'inqui&#232;tent des projets &#233;tats-uniens dans cette partie du monde doivent s'opposer &#233;nergiquement &#224; l'envoi et &#224; la pr&#233;sence au Liban de troupes de pays membres de l'OTAN. Un mouvement de protestation en ce sens est enclench&#233; dans les pays en question, de l'Allemagne &#224; la Turquie, en passant par la France, l'Italie et l'Espagne. Il s'agit de l'exercice d'un devoir d'autant plus n&#233;cessaire qu'Isra&#235;l s'arroge le &#171; droit du plus fort &#187; de refuser la participation &#224; la FINUL de certains pays musulmans candidats &#224; l'envoi de troupes, en invoquant le fait qu'ils ne sont pas neutres dans le conflit isra&#233;lo-arabe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une gauche anticapitaliste et antidiscriminations</title>
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&lt;p&gt;Nous venons de vivre une ann&#233;e enthousiasmante o&#249;, en quelques mois, trois grands &#233;v&#233;nements ont secou&#233; la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise : l'insurrection d&#233;mocratique du 29 mai 2005, l'insurrection des banlieues en novembre de la m&#234;me ann&#233;e et, au printemps dernier, la mobilisation contre le CPE, qui a redonn&#233; le go&#251;t de la victoire. Pourtant, la t&#226;che la plus urgente est de remettre sur les rails de la question sociale une campagne &#233;lectorale qui a d&#233;j&#224; m&#233;chamment commenc&#233; &#224; d&#233;raper. Comme lors de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Debats-politiques-" rel="directory"&gt;D&#233;bats politiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous venons de vivre une ann&#233;e enthousiasmante o&#249;, en quelques mois, trois grands &#233;v&#233;nements ont secou&#233; la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise : l'insurrection d&#233;mocratique du 29 mai 2005, l'insurrection des banlieues en novembre de la m&#234;me ann&#233;e et, au printemps dernier, la mobilisation contre le CPE, qui a redonn&#233; le go&#251;t de la victoire. Pourtant, la t&#226;che la plus urgente est de remettre sur les rails de la question sociale une campagne &#233;lectorale qui a d&#233;j&#224; m&#233;chamment commenc&#233; &#224; d&#233;raper. Comme lors de la pr&#233;c&#233;dente campagne pr&#233;sidentielle, la gauche est en train de se laisser imposer l'ins&#233;curit&#233; comme seul th&#232;me politique majeur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pourtant, personne &#224; gauche n'a int&#233;r&#234;t &#224; ce petit jeu. Pour vaincre le Medef et Sarkozy, il est totalement vain de leur opposer une gauche &#224; la fois lib&#233;rale et s&#233;curitaire. Ce dont le mouvement populaire a besoin, c'est d'une gauche &#224; la fois anticapitaliste et r&#233;solument antidiscriminations !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discriminations sexuelles ? Tous les quatre jours, une femme meurt sous les coups de son compagnon. Combattre les discriminations, c'est lutter contre les violences faites aux femmes, imposer l'&#233;galit&#233; des salaires entre hommes et femmes, instaurer l'acc&#232;s &#224; l'avortement libre et gratuit, d&#233;velopper un service public de la petite enfance et une autre r&#233;partition des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ins&#233;curit&#233; ? Penser que vivre en paix ne doit pas &#234;tre r&#233;serv&#233; aux beaux quartiers est parfaitement l&#233;gitime. Mais la gauche a tout &#224; perdre &#224; pr&#233;tendre &#234;tre plus dure et plus ferme que Sarkozy. Car le tout-r&#233;pressif n'est pas seulement dangereux pour les libert&#233;s, il est surtout totalement inefficace. Pour les victimes de violence, ce ne sont pas les commissariats qu'il faut multiplier, mais les antennes d'&#233;coute et d'entraide, avec un personnel en nombre et suffisamment form&#233;. Pour s'occuper de la jeunesse des quartiers, il y a aujourd'hui quatre &#233;ducateurs pour 100 policiers. Et cela ne marche pas ! La v&#233;ritable r&#233;ponse, c'est la vie du quartier, l'action des &#233;ducateurs, les projets des associations, la pr&#233;sence des services publics. Tant il est vrai que le meilleur &#238;lotier du quartier, c'est le quartier lui-m&#234;me. Au lieu de cela, les politiques lib&#233;rales ont d&#233;glingu&#233; les budgets sociaux et ferm&#233; les services publics. L'immigration ? La gauche reste t&#233;tanis&#233;e et sans voix. Pourtant, le &#171; service minimum &#187; quand on &#233;tait de gauche, il y a encore quinze ou vingt ans, &#233;tait de dire que l'immigration n'&#233;tait pas une question taboue... parce que ce n'&#233;tait pas un probl&#232;me ! Face &#224; l'immigration &#171; choisie et non subie &#187; de Sarkozy, le PS oppose l'immigration &#171; concert&#233;e et r&#233;gul&#233;e &#187;. S'il faut un dictionnaire pour faire la diff&#233;rence entre la gauche et la droite, on pr&#233;pare la population &#224; h&#233;siter entre la droite... et l'extr&#234;me droite ! Il existe pourtant une alternative : une politique d'&#233;galit&#233; des droits avec le droit de vote des immigr&#233;s &#224; toutes les &#233;lections, le droit d'asile, la r&#233;gularisation de tous les sans-papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces mesures d'urgence d&#233;mocratique ne suffiront pas. Il faut s'attaquer &#224; la racine du mal : la question sociale. Car l'origine de la violence sociale, ce sont bien la mis&#232;re et le ch&#244;mage. Avant d'&#234;tre des &#171; zones de non-droit &#187;, les quartiers &#224; l'abandon sont des zones de non-droit social ! Seule une gauche anticapitaliste peut lutter de mani&#232;re cons&#233;quente contre les discriminations. Le lib&#233;ralisme est ce syst&#232;me o&#249; une poign&#233;e de multinationales font la loi. On ne refermera pas la &#171; parenth&#232;se &#187; du lib&#233;ralisme sans s'en prendre un tant soit peu au pouvoir absolu, exorbitant, incontr&#244;l&#233; des capitalistes. L'enjeu est bien de d&#233;finir une politique de gauche qui, si elle gouvernait, permettrait de r&#233;quisitionner les richesses et de les redistribuer, de promouvoir la propri&#233;t&#233; collective pour s'opposer &#224; l'appropriation priv&#233;e du fruit du travail de tous, et d'instaurer le contr&#244;le social des habitants sur leur quartier, des usagers sur les services publics, des travailleurs sur leurs entreprises. Elle augmenterait tous les revenus - salaires, minima sociaux, pensions - pour que personne ne vive avec moins de 1500 euros net ; elle r&#233;tablirait les 37,5 annuit&#233;s pour les retraites, du public et du priv&#233; ; elle reviendrait sur les privatisations des gouvernements de gauche comme de droite et &#233;tendrait le service public &#224; de nouveaux biens comme l'eau, les m&#233;dicaments ou le logement. En fait, c'est assez simple : il faut faire exactement ce qu'ont fait les patrons depuis 25 ans, mais &#224; l'envers. Ils se sont enrichis gr&#226;ce aux subventions publiques et aux diminutions d'imp&#244;ts et de charge. Une vraie gauche, anticapitaliste, r&#233;cup&#233;rerait les subventions et taxerait lourdement les profits pour financer la satisfaction des besoins sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'enjeu des mois &#224; venir : &#233;laborer des propositions politiques nouvelles, construites, cr&#233;dibles, suffisamment radicales et alternatives pour r&#233;pondre au degr&#233; de d&#233;go&#251;t l&#233;gitime engendr&#233; par la situation actuelle. Pour les mobilisations et pour les &#233;lections. Et transformer nos col&#232;res et nos r&#233;voltes en espoir !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>LIBERT&#201;S D&#201;MOCRATIQUES ET INSTITUTIONS DE L'&#201;TAT D&#201;MOCRATIQUE BOURGEOIS</title>
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		<dc:date>2006-03-29T16:34:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ernest Mandel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;(tir&#233; de Critique de l'eurocommunisme) &lt;br class='autobr' /&gt; Une deuxi&#232;me confusion fondamentale qui se profile derri&#232;re la r&#233;vision de la th&#233;orie marxiste, de l'&#201;tat bourgeois concerne l'identification entre libert&#233;s d&#233;mocratiques des masses et institutions &#233;tatiques bourgeoises, c'est-&#224;-dire institutions de l'&#201;tat bourgeois sous sa forme de d&#233;mocratie parlementaire. &lt;br class='autobr' /&gt; Le Parlement n'est pas une institution &#034;impos&#233;e&#034; &#224; la bourgeoisie par la lutte des masses laborieuses. Il est une institution d'origine (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Debats-politiques-" rel="directory"&gt;D&#233;bats politiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;(tir&#233; de Critique de l'eurocommunisme)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me confusion fondamentale qui se profile derri&#232;re la r&#233;vision de la th&#233;orie marxiste, de l'&#201;tat bourgeois concerne l'identification entre libert&#233;s d&#233;mocratiques des masses et institutions &#233;tatiques bourgeoises, c'est-&#224;-dire institutions de l'&#201;tat bourgeois sous sa forme de d&#233;mocratie parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le Parlement n'est pas une institution &#034;impos&#233;e&#034; &#224; la bourgeoisie par la lutte des masses laborieuses. Il est une institution d'origine typiquement bourgeoise, destin&#233;e &#224; contr&#244;ler l'emploi des imp&#244;ts pay&#233;s par la bourgeoisie. C'est pourquoi traditionnellement la bourgeoisie &#233;tait oppos&#233;e au suffrage universel, voulant r&#233;server le droit d'&#233;lire des parlementaires aux seuls propri&#233;taires de capitaux (ll). Toutes les autres institutions de l'&#201;tat bourgeois ont la m&#234;me origine et la m&#234;me fonction de prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts des poss&#233;dants (contre l'absolutisme semi-f&#233;odal, sans aucun doute, mais aussi contre le peuple d&#233;poss&#233;d&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, le suffrage universel fut, &#224; quelques exceptions pr&#232;s - la plus nette &#233;tant celle de l'Allemagne &#034;une conqu&#234;te impos&#233;e par le mouvement ouvrier &#224; une bourgeoisie r&#233;calcitrantel2. La m&#234;me remarque vaut pour la libert&#233; d'association, la libert&#233; de manifestation et la libert&#233; de la presse sans entraves, ainsi que le droit de gr&#232;ve non r&#233;glement&#233;. La bourgeoisie a voulu limiter l'&#233;tendue des libert&#233;s d&#233;mocratiques fondamentales pour qu'elles n'entrent pas en conflit avec la d&#233;fense de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Seule la mont&#233;e du mouvement ouvrier organis&#233; a impos&#233; leur extension, c'est-&#224;-dire a supprim&#233; une partie (pas toutes !) de ces limitations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Conformes &#224; la logique du syst&#232;me bourgeois, le suffrage universel et l'extension des libert&#233;s d&#233;mocratiques ont d'ailleurs eu un double corollaire : une ponction fiscale de plus en plus lourde sur les revenus des travailleurs (ceux-ci paient aujourd'hui plus de 50 % des imp&#244;ts direct comme ils paient depuis toujours la majeure part des imp&#244;ts indirects dans branches de l'Ex&#233;cutif soustraites au contr&#244;le du Parlement et qui constituent le garant en derni&#232;re instance de l'ordre bourgeois. Plus nombreux sont les repr&#233;sentants du mouvement ouvrier qui p&#233;n&#232;trent au Parlement, plus le r&#244;le du Parlement dans l'ensemble des m&#233;canismes de l'&#201;tat bourgeois tend &#224; se r&#233;duire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cela n'implique &#233;videmment pas que la classe ouvri&#232;re et le mouvement ouvrier organis&#233; soient indiff&#233;rents &#224; la forme pr&#233;cise que rev&#234;t l'&#201;tat bourgeois et au degr&#233; d'extension des libert&#233;s d&#233;mocratiques des masses au sein de cet &#201;tat. Par rapport &#224; des formes d'&#201;tat plus r&#233;pressives (dictatures militaires ou bonapartistes, dictatures fascistes), la forme d&#233;mocratique parlementaire de l'&#201;tat bourgeois permet un d&#233;veloppement plus libre, plus organique, de la lutte et de l'organisation ouvri&#232;res, un essor plus large du mouvement ouvrier, une accumulation d'exp&#233;riences et une possibilit&#233; d'&#233;ducation qui servent le d&#233;veloppement de la conscience de classe. Paradoxalement, m&#234;me du point de vue de la lutte n&#233;cessaire contre les illusions &#233;lectoralistes, les conditions de d&#233;mocratie bourgeoise prolong&#233;e permettent d'atteindre &#224; la longue des r&#233;sultats plus concluants, si l'avant-garde r&#233;volutionnaire est suffisamment large, suffisamment influente au sein des masses et suffisamment exp&#233;riment&#233;e sur le plan politique. Sous des r&#233;gimes de dictature, ces illusions tendent &#224; se renforcer parmi les larges masses, selon la formule bien connue : &#171; Que la R&#233;publique &#233;tait belle sous l'Empire... &#187; L'exp&#233;rience d&#233;sastreuse du prol&#233;tariat europ&#233;en avec le fascisme et le stalinisme a eu un effet v&#233;ritablement traumatisant de r&#233;habilitation de la d&#233;mocratie bourgeoise aux yeux des masses (une d&#233;mocratie bourgeoise passablement discr&#233;dit&#233;e dans la p&#233;riode 1929-1939). Une des armes id&#233;ologiques principales de la bourgeoisie d'aujourd'hui consiste &#224; d&#233;fendre jour apr&#232;s jour les faux axiomes : pas de libert&#233; politique et individuelle sans d&#233;mocratie parlementaire bourgeoise ; pas de libert&#233; politique sans libre entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La social-d&#233;mocratie internationale prend vigoureusement le relais de cette entreprise de mystification id&#233;ologique, S.P.D. ouest-allemand en t&#234;te. Les partis dits eurocommunistes &#187; rejoignent aujourd'hui de plus en plus cette nouvelle &#171; Sainte Alliance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re mystificateur de l'entreprise n'est pas difficile &#224; d&#233;montrer. Si vraiment les institutions de l'&#201;tat d&#233;mocratique bourgeois sont le cadre &#171; naturel &#187; et &#171; pr&#233;dispos&#233; &#187; pour l'affermissement et l'extension des libert&#233;s d&#233;mocratiques, pourquoi tout ce beau monde ne r&#233;clame-t-il pas la g&#233;n&#233;ralisation, du principe d'&#233;ligibilit&#233; &#224; tous les niveaux des institutions d'&#201;tat ? Pourquoi ne r&#233;clame-t-il pas l'&#233;lection des juges, l'&#233;lection des officiers, l'&#233;lection des directeurs des minist&#232;res ? Pourquoi n'inscrit-il pas dans la Constitution le droit au travail et le minimum vital garantis &#224; tous les citoyens ? Ne serait-ce pas &#171; d&#233;mocratique &#187; ? Ou est-ce plut&#244;t parce que ce ne serait pas compatible avec la fonction de l'&#201;tat bourgeois, qui est de garantir la propri&#233;t&#233; capitaliste, la mise en valeur du capital et la production de la plus-value ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pourquoi ne joint-on pas le principe de la r&#233;vocabilit&#233; des &#233;lus au gr&#233; des &#233;lecteurs au principe d'&#233;ligibilit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e de tous les &#171; chefs administratifs &#187; ? Est-ce parce que cela nuirait &#224; la &#171; comp&#233;tence technique &#187; ? Et quid alors de la &#171; comp&#233;tence &#187; des d&#233;put&#233;s et s&#233;nateurs, cens&#233;s trancher les probl&#232;mes non pas d'un seul domaine mais de cent domaines sp&#233;cialis&#233;s &#224; la fois ? Ne serait-ce pas plut&#244;t parce que ce principe ne permettrait plus l'ind&#233;pendance de l'appareil d'&#201;tat par rapport &#224; la majorit&#233; de la nation, c'est-&#224;-dire au peuple travailleur, qui est justement la pr&#233;condition de sa fonction de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts de classe de la bourgeoisie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es : pourquoi ne r&#233;clame-t-on pas l'application g&#233;n&#233;rale du principe de la limitation des traitements des hauts fonctionnaires, commandants de l'arm&#233;e, ministres et parlementaires au salaire d'un ouvrier qualifi&#233;, principe appliqu&#233; par la Commune de Paris et tant vant&#233; par Marx et L&#233;nine (13) ? Peut-&#234;tre parce que l'application de ce principe emp&#234;cherait le processus de s&#233;lection du haut personnel de l'&#201;tat de jouer dans le sens bourgeois (en surmontant la concurrence pour l'enrichissement individuel, en emp&#234;chant l'int&#233;gration automatique de ce personnel dans la bourgeoisie par l'accumulation du capital) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce n'est donc pas par hasard que ni le Programme commun, ni le programme propre du P.C.F. (Le Socialisme pour la France, ou Georges Marchais : Le D&#233;fi d&#233;1nocratique), ni les commentaires de S&#232;ve, Fabre, Hincker (14) ne pr&#233;voient aucune de ces r&#233;elles transformations r&#233;volutionnaires de la d&#233;mocratie..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous respectent la structure donn&#233;e de l'&#201;tat d&#233;mocratique bourgeois qui est justement l'expression et le garant de sa nature bourgeoise. Tous acceptent, en d'autres termes, la limitation d&#233;cisive des libert&#233;s d&#233;mocratiques des masses qui d&#233;coule de cette structure de l'&#201;tat, m&#234;me s'ils pr&#244;nent certaines extensions des libert&#233;s d&#233;mocratiques, mais qui ne portent justement pas de coups aux fondements m&#234;mes de l'appareil d'&#201;tat bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre position est diam&#233;tralement oppos&#233;e &#224; celle-l&#224;. Nous sommes partisans d'une consolidation, d'une extension, d'un &#233;largissement qualitatifs des libert&#233;s d&#233;mocratiques des mais nous savons que tout processus dans ce sens se heurte et se heurtera aux structures de l'&#201;tat bourgeois, fussent-elles d&#233;mocratico-parlementaires. Un conflit entre ce processus d'extension des libert&#233;s d&#233;mocratiques et les institutions de l'&#201;tat bourgeois est d&#232;s lors in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce conflit est le contenu m&#234;me de la p&#233;riode de dualit&#233; de pouvoir, de la crise r&#233;volutionnaire &#224; proprement parler. Du point de vue politique et p&#233;dagogique, ce conflit a pour but de d&#233;truire progressivement, aux yeux des masses, la l&#233;gitimit&#233; de l'&#201;tat bourgeois, en leur faisant faire l'exp&#233;rience pratique d'une forme plus &#233;lev&#233;e de d&#233;mocratie, d'un accroissement de droits et libert&#233;s qui leur sont ni&#233;s en d&#233;mocratie bourgeoise. C'est ainsi que se fonde une l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique nouvelle et sup&#233;rieure, celle de la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, celle des conseils ouvriers. Sans la victoire de cette seconde l&#233;gitimit&#233;) sur la premi&#232;re, aux yeux de la majorit&#233; de la population, il n'y aura pas, dans les pays industriellement avanc&#233;s, de v&#233;ritable renversement de l'&#201;tat bourgeois, de v&#233;ritable r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Les id&#233;ologues les plus repr&#233;sentatifs et les plus logiques avec eux-m&#234;mes de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire &#233;taient tous oppos&#233;s au suffrage universel, dans lequel ils virent une menace, pour la libert&#233; (la libert&#233; d'exploiter, s'entend). Ce fut le notamment de Locke, Montesquieu, Voltaire, Fichte, Kant, Turgot, etc. M&#234;me les &#171; levellers &#187;, l'extr&#234;me-gauche de la r&#233;volution bourgeoise anglaise du XVIIe si&#232;cle, adopt&#232;rent le m&#234;me point de vue (voir &#224; ce propos. Leo KOFLER, Zur Geschichte deer burgerlichen Gesellschaft, Mitteldeutsche Druckerei und Verlagsanstalt, Halle/Saale, 1948, p. 445-455, 455-456, 462 et s.). &lt;br class='autobr' /&gt;
12. G. THerborn (New,Left Review, n&#176; 103) nous rappelle &#224; quelle date tardive le suffrage universel s'est g&#233;n&#233;ralis&#233; dans la plupart des pays capitalistes avanc&#233;s : au lendemain de la Premi&#232;re Guerre mondiale... &lt;br class='autobr' /&gt;
13. K. MARX, La Guerre civile en France, p. 557, in MARX ENGELS, &#338;uvres choisies, 2 volumes, Editions du Progr&#232;s, Moscou, pour ne citer que ce seul exemple. 14. Voir notamment tout le chapitre 2 de la deuxi&#232;me partie (p. 153 et s.) de Les Communistes et l'&#201;tat, op. cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#233;mocratie contre capitalisme</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Democratie-contre-capitalisme</link>
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&lt;p&gt;Au fil de ce travail, une strat&#233;gie possible d'&#233;mancipation &#233;conomique et sociale a &#233;merg&#233;, bien qu'en ordre dispers&#233;, de l'examen des pratiques du mouvement social contemporain. Cette strat&#233;gie repose d'abord sur les le&#231;ons du pass&#233;. Le mouvement socialiste s'est divis&#233; sur la place &#224; r&#233;server &#224; l'&#201;tat (le plan) ou au march&#233; dans la soci&#233;t&#233; future. L'histoire du xx&#8226; si&#232;cle a tranch&#233; : il faudra faire avec les deux. Bien s&#251;r, contrairement au credo n&#233;olib&#233;ral, l'&#201;tat est un instrument cl&#233; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Debats-politiques-" rel="directory"&gt;D&#233;bats politiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au fil de ce travail, une strat&#233;gie possible d'&#233;mancipation &#233;conomique et sociale a &#233;merg&#233;, bien qu'en ordre dispers&#233;, de l'examen des pratiques du mouvement social contemporain. Cette strat&#233;gie repose d'abord sur les le&#231;ons du pass&#233;. Le mouvement socialiste s'est divis&#233; sur la place &#224; r&#233;server &#224; l'&#201;tat (le plan) ou au march&#233; dans la soci&#233;t&#233; future. L'histoire du xx&#8226; si&#232;cle a tranch&#233; : il faudra faire avec les deux. Bien s&#251;r, contrairement au credo n&#233;olib&#233;ral, l'&#201;tat est un instrument cl&#233; de toute r&#233;gulation &#233;conomique et sociale. Le n&#233;olib&#233;ralisme r&#233;ellement existant fait d'ailleurs un usage immod&#233;r&#233; de l'intervention &#233;tatique, au profit des &#233;lites financi&#232;res et de leurs alli&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais on ne peut plus faire de l'&#201;tat le vecteur principal d'une strat&#233;gie de transformation sociale : la verticalit&#233; du pouvoir, la logique de d&#233;l&#233;gation sont porteuses de d&#233;mobilisation populaire, de d&#233;politisation, de d&#233;rives autoritaires et bureaucratiques. On ne peut pas non plus chercher &#224; r&#233;aliser la coordination &#233;conomique par la seule vertu d'un plan m&#234;me d&#233;mocratique, qu'il soit centralis&#233; ou d&#233;centralis&#233; : l'&#233;limination du march&#233; aurait un co&#251;t insurmontable, politique dans le premier cas, informationnel dans le second. Pour une gauche de transformation, l'&#201;tat est d&#233;sormais un probl&#232;me (pour la participation d&#233;mocratique) autant qu'une solution ; le march&#233;, lui, est une solution (pour la coordination &#233;conomique) autant qu'un probl&#232;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si l'&#232;re de l'&#233;tatisme s'est termin&#233;e en 1989 avec la chute du mur de Berlin, le lib&#233;ralisme doit encore &#234;tre d&#233;pass&#233;. Les acquis du lib&#233;ralisme politique - les droits civils et politiques - doivent bien s&#251;r &#234;tre pr&#233;serv&#233;s et renforc&#233;s. 1 Mais ils ont &#233;t&#233; largement vid&#233;s de leur substance par le lib&#233;ralisme &#233;conomique, qui a ouvert la voie &#224; une concentration sans pr&#233;c&#233;dent des richesses et des pouvoirs. Les libert&#233;s n&#233;gatives - la protection contre la violence &#233;tatique ou priv&#233;e - sont pr&#233;cieuses, mais elles ne pourront s'accomplir r&#233;ellement que compl&#233;t&#233;es par les libert&#233;s positives : le droit d'agir et de participer effectivement pour l'ensemble de la population. Avec la concentration croissante du capital et du pouvoir, la libert&#233; sans l'&#233;galit&#233; a fini par se r&#233;duire &#224; la libert&#233; des privil&#233;gi&#233;s. Le capitalisme mondialis&#233; est devenu antinomique de la participation d&#233;mocratique. C'est d&#233;sormais la vis&#233;e de l'&#233;galibert&#233;, comme dit &#201;tienne Balibar2, qui doit guider tout projet transformateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;velopper les libert&#233;s positives dans la sph&#232;re &#233;conomique : tel a &#233;t&#233; le crit&#232;re qui nous a guid&#233; en passant en revue les grands enjeux des luttes sociales actuelles. Ces luttes, qui s'inscrivent dans une tradition multis&#233;culaire, r&#233;futent le fatalisme qui inspire nombre de penseurs de la modernit&#233;, de Max Weber &#224; Hannah Arendt, et plus pr&#232;s de nous, J&#252;rgen Habermas ou Andr&#233; Gorz. Pour ces auteurs &#171; la sph&#232;re de l'&#233;conomie et de l'&#233;change ne peut &#234;tre r&#233;gul&#233;e que par un espace public en surplomb, prot&#233;g&#233; et s&#233;par&#233; du reste de la soci&#233;t&#233; &#187;3 : le syst&#232;me &#233;conomique est in&#233;luctablement gouvern&#233; par une logique Instrumentale que rien ne peut contester de l'int&#233;rieur. Pour nous, au contraire, la d&#233;mocratie ne pourra se r&#233;g&#233;n&#233;rer qu'en faisant irruption au c&#339;ur de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion th&#233;orique comme les faits montrent qu'on ne peut pas couper les individus en deux : d'un c&#244;t&#233; un(e) salari&#233;(e) soumis(e) &#224; l'autorit&#233; despotique de la technique et du capital dans la production, de l'autre un(e) citoyen(ne) autonome et engag&#233;(e). La contamination est in&#233;vitable entre l'&#233;conomique et le politique : mieux vaut qu'elle soit d&#233;mocratique qu'autoritaire. C'est le fondement du pari de la d&#233;mocratie &#233;conomique participative :&lt;br class='autobr' /&gt;
la ( loi d'airain de l'oligarchie &#187;\ qui affirme que la participation populaire s'&#233;tiole n&#233;cessairement, peut &#234;tre invalid&#233;e si les individus sont ins&#233;r&#233;s dans des institutions coh&#233;rentes qui stimulent constamment leur participation tout comme les institutions capitalistes stimulent leur passivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de miser sur le r&#244;le &#233;mancipateur de l'&#201;tat &#224; la mani&#232;re l&#233;niniste ou social-d&#233;mocrate, ou de l'individu &#224; la mode lib&#233;rale, la d&#233;mocratie participative parie sur les initiatives de r&#233;sistance et d'auto-organisation populaire, tant dans la sph&#232;re &#233;tatique que dans l'&#233;conomique. L'intervention publique, dans cette optique, demeure essentielle &#224; condition qu'elle renforce et relaie ces initiatives de la soci&#233;t&#233; civile sans les confisquer. Il faut bien s&#251;r se garder de subordonner le politique au mouvement social :&lt;br class='autobr' /&gt;
le politique doit rester un lieu de confrontation et d'arbitrage entre les int&#233;r&#234;ts et les aspirations forc&#233;ment divers qui &#233;manent des groupes et mouvements sociaux. Il y a bien une sp&#233;cificit&#233; de l'instance politique, lieu de construction de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. La d&#233;mocratie participative ne peut se substituer &#224; la d&#233;mocratie repr&#233;sentative. Mais les repr&#233;sentants du peuple devraient constamment chercher &#224; renforcer et &#224; faire monter en g&#233;n&#233;ralit&#233; l'activit&#233; populaire, &#224; s'appuyer sur et &#224; stimuler la mobilisation et la participation d&#233;mocratique de la population, bref, l'autogestion politique et &#233;conomique. La d&#233;mocratie participative est la strat&#233;gie politique globale coh&#233;rente avec l'id&#233;al de l'&#233;galibert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi dans la sph&#232;re &#233;conomique deux mouvements nous ont sembl&#233; d&#233;cisifs : les r&#233;sistances contre l'emprise des transnationales et de leurs relais politiques ; l'&#233;mergence d'une &#233;conomie solidaire, exprimant l'aspiration populaire &#224; l'autogestion. Droit &#224; l'information et au contr&#244;le, droit &#224; l'initiative collective et solidaire : le mouvement social est &#224; la recherche de droits nouveaux, susceptibles d'affaiblir le pouvoir du capital et d'accro&#238;tre l'autonomie populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces luttes, les acteurs sociaux se heurtent aux droits de propri&#233;t&#233; capitaliste. Les actionnaires exigent la libert&#233; de circulation et d'investissement de leurs capitaux, donc le droit de pr&#233;lever une fraction croissante des fruits de l'activit&#233; commune. Ils poussent les privatisations et les d&#233;r&#233;glementations, refusent les contr&#244;les, les taxes et les r&#232;gles d'int&#233;r&#234;t public. Les &#233;lites financi&#232;res et &#233;tatiques, &#233;troitement li&#233;es, cherchent &#224; pr&#233;server et approfondir leur domination, en cooptant certains acteurs du )mouvement social et en soumettant la soci&#233;t&#233; &#224; la strat&#233;gie de la tension s&#233;curitaire. Il n'y a pas d'autre r&#233;ponse pour le mouvement social que d'approfondir les exigences de d&#233;mocratie dans tous les domaines, y compris l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi j'ai ici argument&#233; en faveur de l'appropriation sociale des principaux moyens de production et de la d&#233;finition d&#233;mocratique des priorit&#233;s d'investissement ; c'est-&#224;-dire d'un projet socialiste. Le socialisme me semble plus que jamais actuel et n&#233;cessaire pour satisfaire' les aspirations exprim&#233;es par le mouvement altermondialiste : refouler la marchandisation et g&#233;n&#233;raliser la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la grammaire socialiste-communiste est aujourd'hui dans une crise profonde, et il n'est pas s&#251;r que les mouvements sociaux se la r&#233; approprient dans l'avenir. En tout &#233;tat de cause, le projet socialiste doit &#234;tre profond&#233;ment renouvel&#233; &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience des luttes actuelles et pass&#233;es. Paul Singer nous propose une r&#233;flexion fond&#233;e sur l'histoire du mouvement ouvrier international et les avanc&#233;es de l'&#233;conomie solidaire au Br&#233;sil et en Am&#233;rique latine. Sa conception d'une strat&#233;gie de &#171; transition &#224; l'&#233;conomie solidaire &#187; me semble particuli&#232;rement pertinente : &#171; La conqu&#234;te d'une &#233;conomie socialiste sera probablement le fruit de l'avanc&#233;e du mouvement ouvrier et socialiste sur plusieurs fronts : l'extension de la d&#233;mocratie du domaine politique au domaine &#233;conomique et social ; la participation de la population organis&#233;e &#224; l'&#233;laboration de budgets publics et &#224; la gestion d'&#233;quipements scolaires ou sanitaires ; la conqu&#234;te de gouvernement locaux et r&#233;gionaux par des coalitions de gauche qui mettent en pratique imm&#233;diatement des politiques socialistes, notamment d'appui et d'incitation &#224; la cr&#233;ation d'entreprises autog&#233;r&#233;es ; de nouveaux droits pour la repr&#233;sentation ouvri&#232;re sur le lieu de travail, comme le droit &#224; l'examen des comptes des entreprises et &#224; la participation aux centres de d&#233;cision ; et enfin (mais pas apr&#232;s...), la construction d'un secteur d'&#233;conomie solidaire &#224; la ville et &#224; la campagne, notamment sur des terres conquises par la r&#233;forme agraire, o&#249; la production, la distribution et la consommation, le cr&#233;dit et l'assurance, forment un ensemble harmonieux dont les divers &#233;l&#233;ments se renforcent mutuellement. &#187;5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai essay&#233; de le montrer dans ce travail, cette strat&#233;gie participative ne peut cependant &#234;tre confin&#233;e dans le seul cadre national ni d&#233;pendre du seul &#171; mouvement ouvrier et socialiste &#187;, mais doit avoir d'embl&#233;e une vis&#233;e internationale et une assise sociale large. Dans le capitalisme mondialis&#233;, la seule repr&#233;sentation ouvri&#232;re ne parviendra pas &#224; placer les entreprises sous le contr&#244;le de la d&#233;mocratie ; il faudra le concours de l'ensemble des parties prenantes internes et externes, salari&#233;s, associations, usagers, collectivit&#233;s territoriales... Ce n'est pas le mouvement ouvrier ni le mouvement paysan ou &#233;cologiste qui peuvent &#234;tre les moteurs de ce projet, mais le mouvement altermondialiste dans son ensemble, au c&#339;ur duquel les divers mouvements peuvent trouver toute leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;merge ainsi une v&#233;ritable &#171; strat&#233;gie participative &#187; pour sortir du capitalisme et construire un socialisme d&#233;mocratique. Je n'ai d&#233;velopp&#233; ici que le volet &#233;conomique de cette strat&#233;gie, tout en sachant pertinemment que l'aspect politique sera aussi d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie &#233;conomique participative est un processus qui marche d&#233;j&#224; sur deux jambes : les r&#233;sistances &#233;conomiques citoyennes et l'&#233;conomie solidaire. Elle ne suppose aucunement une abolition des march&#233;s, mais leur politisation. Les &#233;changes marchands sont n&#233;cessaires au fonctionnement d'une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e. Mais ils peuvent &#234;tre investis de contenus &#233;thiques et solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; a toujours &#233;t&#233; une construction sociale lourde d'enjeux symboliques. Tout comme aujourd'hui &#171; l'image de marque &#187; est un enjeu central dans la concurrence, demain ( l'image sociale et environnementale &#187; pourrait d&#233;terminer en partie les comportements d'achats. Cette politisation - ou socialisation - des march&#233;s &#233;merge aujourd'hui avec le &#171; commerce &#233;quitable &#187; et la &#171; consommation responsable &#187; : elle se renforcera dans la mesure o&#249; les pouvoirs publics mettront en place des syst&#232;mes d'information cr&#233;dibles sur les comportements des entreprises, et o&#249; les alliances entre consommateurs et syndicats accro&#238;tront la pression sur les transnationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance &#233;conomique citoyenne devra d&#233;boucher sur de nouvelles r&#233;gulations publiques contraignant le pouvoir du capital. On a ainsi propos&#233; l'&#233;dification d'une &#171; s&#233;curit&#233; sociale de l'emploi &#187;, qui &#233;liminerait le ch&#244;mage et l'ins&#233;curit&#233; sociale, r&#233;&#233;quilibrant les rapports de force sociaux, et d&#233;bouchant sur un contr&#244;le d&#233;mocratique des d&#233;cisions d'emploi et d'investissement. Les propositions de taxation des transactions financi&#232;res et des investissements directs &#224; l'&#233;tranger vont dans le m&#234;me sens, et visent &#224; d&#233;gonfler la bulle financi&#232;re permanente qui donne son pouvoir au capitalisme n&#233;olib&#233;ral. De nouvelles r&#233;gulations politiques multilat&#233;rales du commerce international, subordonnant les &#233;changes commerciaux au respect des droits humains sociaux, ont &#233;galement &#233;t&#233; sugg&#233;r&#233;es. Le d&#233;veloppement des activit&#233;s non marchandes, de services publics r&#233;nov&#233;s et d&#233;mocratis&#233;s, de la gratuit&#233; des services essentiels (&#233;ducation, logement, transports en commun, sant&#233;...), participera au recul de la marchandisation du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, le d&#233;veloppement des pratiques &#233;conomiques solidaires - c'est-&#224;-dire autog&#233;r&#233;es d&#233;mocratiquement et solidairement - renforce la capacit&#233; d'initiative opulaire et affaiblit la pr&#233;tention du capitalisme au monopole de la rationalit&#233; &#233;conomique. TI faudra faire feu de tout bois pour renforcer l'auto-organisation &#233;conomique de la population : socialisation d'entreprises en faillite ou l&#226;ch&#233;es par leurs actionnaires, entreprises sociales, finance solidaire, commerce &#233;quitable, au Nord comme au Sud. Des politiques publiques incitatives devront &#233;merger sur les plans territorial, national et international, pour viabiliser des structures forc&#233;ment fragiles dans la jungle capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie de d&#233;mocratie &#233;conomique participative vise &#224; prendre en tenaille les transnationales entre les contr&#244;les internes (les droits des travailleurs) et externes (les droits des consommateurs, des riverains, des usagers et des autres parties prenantes) ; de m&#234;me que, dans le champ politique, la d&#233;mocratie participative cherche &#224; contraindre les &#233;lus &#224; rendre des comptes pr&#233;cis, &#224; se rapprocher de leurs mandants, &#224; multiplier les lieux de prise de d&#233;cision par les personnes directement concern&#233;es. &#192; terme, il s'agit, &#224; travers le d&#233;veloppement de nouvelles alliances sociales, notamment entre les mouvements sociaux et le mouvement ouvrier au sein du mouvement altermondialiste, de forger un nouveau bloc h&#233;g&#233;monique &#224; l'&#233;chelle mondiale6 : une alliance entre le salariat et les couches les plus pr&#233;caris&#233;es de la soci&#233;t&#233; pour un projet alternatif au capitalisme n&#233;olib&#233;ral, et &#224; terme au capitalisme tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement altermondialiste est le creuset o&#249; cette alliance pourrait se forger &#224; l'&#233;chelle internationale. D&#233;j&#224; s'y retrouvent ch&#244;meurs, sans-logis, paysans sans terre, syndicalistes ouvriers, travailleurs intellectuels, &#233;cologistes, f&#233;ministes, d&#233;fenseurs de minorit&#233;s, militants des droits de l'homme..., qui apprennent &#224; travailler et &#224; &#233;laborer ensemble. Le mouvement a commenc&#233; &#224; construire des pratiques communes &#224; travers le processus des forums sociaux et des initiatives comme les manifestations antiOMC ou anti-guerre. Une id&#233;ologie commune a commenc&#233; &#224; &#233;merger autour du refus de la marchandisation et de l'exigence d&#233;mocratique, sociale et &#233;cologique. Manque encore un processus d'&#233;laboration programmatique commune : les Forums sociaux, par exemple, n'ont jamais souhait&#233; adopter des propositions ni m&#234;me des d&#233;clarations finales qui pourraient constituer un embryon de programme. C'est compr&#233;hensible pour &#233;viterle risque de division et d'&#233;clatement d'un mouvement encore fragile. Mais s'il ne s'engage pas dans l'&#233;laboration de propositions &#224; caract&#232;re programmatique, le mouvement ne pourra d&#233;passer le stade d'un sympathique lieu de rencontres conviviales et de manifestations color&#233;es mais impuissantes. D faudra d'ailleurs non seulement &#233;laborer des programmes et des projets, mais trouver des formes d'intervention sur la sc&#232;ne politique qui permettent de commencer &#224; investir l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque de division et d'&#233;clatement existe mais ne devrait pas &#234;tre surestim&#233;. Prenons par exemple la question du commerce international. On l'a vu, des sensibilit&#233;s tr&#232;s diverses coexistent : les uns proposent la relocalisation de l'&#233;conomie et la d&#233;croissance du commerce international, d'autres pr&#233;conisent une sorte de &#171; lib&#233;ralisme &#233;quitable l), o&#249; les pays riches s'ouvriraient aux exportations des pays pauvres. Les pr&#233;suppos&#233;s philosophiques ou id&#233;ologiques sont tr&#232;s diff&#233;rents... Toutefois, un accord devrait pouvoir se d&#233;gager autour de propositions concr&#232;tes : par exemple, reconna&#238;tre aux pays moins d&#233;velopp&#233;s le droit de prot&#233;ger leurs activit&#233;s vitales (agriculture) ou leurs industries naissantes ; r&#233;guler le commerce international de fa&#231;on &#224; &#233;viter la spirale vers le bas des salaires et des syst&#232;mes de protection sociale. L'opposition entre tenants d'une lib&#233;ralisation ma&#238;tris&#233;e et partisans d'un protectionnisme multilat&#233;ral temp&#233;r&#233; n'est peut-&#234;tre pas aussi irr&#233;ductible qu'on pourrait le craindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ultra-lib&#233;raux et les chauvins irr&#233;ductibles ne se retrouveront sans doute pas dans de tels compromis, mais ils sont peu nombreux dans le mouvement...&lt;br class='autobr' /&gt;
Celui-ci fourmille bien s&#251;r d'autres contradictions :&lt;br class='autobr' /&gt;
entre &#233;cologistes et syndicalistes d&#233;fenseurs de l'emploi, entre partisans du d&#233;veloppement durable et tenants de la d&#233;croissance, entre partisans et adversaires des d&#233;localisations, etc. Mais l'exp&#233;rience tend &#224; prouver que ces divergences n'ont en pratique rien d'insurmontable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons les d&#233;localisations : si, au lieu de s'y opposer avec des arguments nationalistes &#171; ( produisons fran&#231;ais 1) ou &#171; europ&#233;en)), les syndicats et mouvements sociaux du Nord s'unissaient avec leurs homologues du Sud7 pour exiger le respect des droits syndicaux et la hausse des salaires chez les sous-traitants, le rapport des forces serait consid&#233;rablement am&#233;lior&#233; au Nord comme au Sud, et l'enthousiasme patronal pour les d&#233;localisations serait sans doute refroidi. D'autant plus que la s&#233;curit&#233; sociale de l'emploi imposerait aux capitalistes europ&#233;ens de recycler ou de r&#233;mun&#233;rer les salari&#233;s dont l'emploi aurait &#233;t&#233; supprim&#233; du fait des d&#233;localisations... et que les consommateurs prendraient en compte, pour faire leurs choix, les conditions de travail dans les usines du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toute la richesse de l'altermondialisme que de rendre possible la multiplication, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de l'humanit&#233;, de telles alliances internationalistes. De m&#234;me que le &#171; choc des civilisations 1) est une impasse sanglante, le protectionnisme unilat&#233;ral des pays riches serait une catastrophe politique qui briserait le mouvement social mondial. Sa d&#233;mocratie interne et son fonctionnement au consensus lui permettront peut-tre d'&#233;viter cet &#233;cueil fatal et de construire en commun des alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie de la d&#233;mocratie &#233;conomique participative am&#232;ne in&#233;vitablement une remise en cause des institutions centrales du capitalisme : le despotisme dans l'entreprise, la libert&#233; (pour le capital) de g&#233;rer la main-d'&#339;uvre et de faire r&#233;gner ch&#244;mage et pr&#233;carit&#233;, la libert&#233; (pour le capital) de circuler et de s'investir o&#249; il l'entend. Elle s'attaque donc aux rapports de propri&#233;t&#233; capitalistes eux-&#234;mes. C'est donc une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire. Mais il s'agit aussi et d'abord d'une strat&#233;gie r&#233;formiste. Aucune des avanc&#233;es d&#233;mocratiques &#233;voqu&#233;es n'est par elle-m&#234;me une rupture de l'ordre existant. La d&#233;marchandisation et la d&#233;mocratisation de l'&#233;conomie r&#233;sulteront d'abord d'une s&#233;rie d'avanc&#233;es d&#233;mocratiques partielles affaiblissant le pouvoir du capital. Jusqu'o&#249; le capitalisme pourra-t-il s'adapter ? Jusqu'o&#249; les &#233;lites &#233;conomiques supporteront-elles de voir leur pouvoir d&#233;sarticul&#233;, encercl&#233;, contr&#244;l&#233; de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur, du dessus et du dessous, par des mouvements sociaux et des acteurs politiques d&#233;termin&#233;s &#224; faire valoir le jeu d&#233;mocratique dans toutes les sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; ? Il est (malheureusement...) bien trop t&#244;t pour se poser ce genre de questions.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi le clivage traditionnel entre r&#233;formistes et r&#233;volutionnaires n'est pas op&#233;ratoire dans la p&#233;riode actuelle. Le seul clivage pertinent, dans la gauche internationale, s&#233;pare ceux qui veulent am&#233;nager l'actuel ordre n&#233;olib&#233;ral sans contester le pouvoir de la finance, de ceux qui visent de nouvelles avanc&#233;es d&#233;mocratiques recherchant la participation active des citoyens aux d&#233;cisions qui les concernent dans tous les domaines. N&#233;olib&#233;ralisme ou d&#233;mocratie participative, tel est le clivage de court et moyen terme. Mais &#224; long terme, si la strat&#233;gie participative s'approfondit, elle obligera probablement l'humanit&#233; &#224; choisir entre capitalisme et d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;1. C'est pourquoi l'&#233;tiquette &#171; antilib&#233;rale. dont se r&#233;clament nombre de mouvements sociaux ou politiques &#171; &#224; gauche de la gauche. fran&#231;aise me semble malencontreuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. &#171; &#034;Droits de l'homme&#034; et &#034;droits du citoyen&#034;. La dialectique moderne de l'&#233;galit&#233; et de la libert&#233;., Actuel Marx, n&#176; 8,1990.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Laurent Fraisse, &#171; &#201;conomie solidaire et d&#233;mocratisation de l'&#233;conomie., Herm&#232;s 36, CNRS, 2004, p. 142.&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Roberto Michels, Political panies, The Free Press, New York, 1966.&lt;br class='autobr' /&gt;
5. Paul Singer, Economia socialista., ln Paul Singer et Joao Machado, Economia socia[ista, Editora Funda&#231;ao Perseu Abramo, Sao Paulo, 2000. &lt;br class='autobr' /&gt;
6. Au sens de Gramsci ; voir l'introduction.&lt;br class='autobr' /&gt;
7. Dans la mesure o&#249; ils existent, le cas de la Chine posant &#233;videmment un probl&#232;me sp&#233;cifique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; de son livre, D&#233;mocratie contre capitalisme, 2005)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Multitudes ventriloques </title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Multitudes-ventriloques</link>
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		<dc:date>2005-06-19T21:34:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Bensa&#239;d</dc:creator>


		<dc:subject>La gauche</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le dernier livre de Micha&#235;l Hardt et Tony Negri, Multitude, prolonge la r&#233;flexion engag&#233;e dans Empire. Les deux auteurs r&#233;pondent &#224; certaines critiques et objections, clarifient de possibles malentendus, pr&#233;cisent leur pens&#233;e. Multitude se pr&#233;sente sous forme de trois grandes parties dont celle sur la notion de multitude, constitue le pivot, entre une premi&#232;re partie consacr&#233;e &#224; la guerre et une troisi&#232;me, prospective, &#224; la d&#233;mocratie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce livre permet de confirmer d'importants points de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Debats-politiques-" rel="directory"&gt;D&#233;bats politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-La-gauche-+" rel="tag"&gt;La gauche&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le dernier livre de Micha&#235;l Hardt et Tony Negri, Multitude, prolonge la r&#233;flexion engag&#233;e dans Empire. Les deux auteurs r&#233;pondent &#224; certaines critiques et objections, clarifient de possibles malentendus, pr&#233;cisent leur pens&#233;e. Multitude se pr&#233;sente sous forme de trois grandes parties dont celle sur la notion de multitude, constitue le pivot, entre une premi&#232;re partie consacr&#233;e &#224; la guerre et une troisi&#232;me, prospective, &#224; la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre permet de confirmer d'importants points de convergence et de rencontre : sur l'importance attribu&#233;e &#224; l'&#233;tat de guerre permanente dans la d&#233;termination de la situation mondiale, sur l'attention port&#233;e &#224; la question de la propri&#233;t&#233; et aux contradictions exacerb&#233;es entre socialisation du travail (notamment intellectuel et immat&#233;riel) et l'appropriation priv&#233;e, sur le fil conducteur que constitue la question d&#233;mocratique pour tout projet d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons dans les limites de cet article engager la discussion sur toutes ces questions. Nous nous limiterons &#224; la discussion sur la notion de multitude autour de laquelle s'articule la probl&#233;matique des auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Popularis&#233;e par Paolo Virno [1] comme par Micha&#235;l Hardt et Tony Negri, la notion de multitude rencontre un &#233;cho indiscutable en Am&#233;rique latine comme dans certains pays europ&#233;ens. Ce succ&#232;s tient sans aucun doute &#224; sa pertinence descriptive. Le terme semble en effet rendre compte de la diversit&#233; des mouvements populaires refl&#233;tant l'ampleur des ph&#233;nom&#232;nes d'exclusion (les piqueteros argentins en sont l'exemple embl&#233;matique), l'extension du travail pr&#233;caire et informel, mais aussi le souci des multiples mouvement sociaux de faire valoir leurs int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques sans &#234;tre noy&#233;s dans l'abstraction d'un int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral hypoth&#233;tique ou subordonn&#233;s &#224; une &#171; contradiction principale &#187; qui les rendrait &#171; secondaires &#187; : mouvements f&#233;ministes, &#233;cologistes, homosexuels, mais aussi associations de ch&#244;meurs, paysans sans terre, cocaleros boliviens, mouvements indig&#232;nes du Mexique ou d'Equateur, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Paolo Virno &#233;tablit un lien, qui ne serait pas de simple simultan&#233;it&#233;, entre les manifestations de Seattle, de G&#234;nes, ou les &#171; cacerolazos &#187; de Buenos Aires [2]. Elles r&#233;v&#232;leraient l'irruption de la multitude comme nouveau sujet de l'&#233;mancipation. Il s'agirait l&#224; d'une cons&#233;quence d&#233;cisive de la fin de l'usine fordiste et de l'int&#233;gration massive de la communication intellectuelle et langagi&#232;re comme ressource productive. Il en r&#233;sulterait un effacement de la distinction entre producteur et citoyen, entre sph&#232;re priv&#233;e et sph&#232;re publique au profit d'un espace commun mixte. De cette indiff&#233;renciation postmoderne surgirait la multitude. Seattle, G&#234;nes ou Buenos Aires exprimeraient ainsi de nouvelles formes de vie et de subjectivit&#233;, nous &#171; mettant au d&#233;fi d'inventer de nouvelles formes politiques &#187; de d&#233;mocratie non-repr&#233;sentative (&#224; ne pas confondre, pr&#233;cise Virno, avec les formes simplifi&#233;es de d&#233;mocratie directe) : forums de citoyens, r&#233;appropriation par la multitude des savoirs et des pouvoirs confisqu&#233;s par les appareils bureaucratiques d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cependant une autre raison &#224; la propagation de la notion de multitude et &#224; l'int&#233;r&#234;t qu'elle suscite dans les mouvements sociaux : son ind&#233;termination conceptuelle rend son maniement d'autant plus commode qu'elle demeure th&#233;oriquement flottante et ambigue. Nous tenterons de clarifier ici quelques aspect de ce d&#233;bat &#224; l'&#233;preuve les implications strat&#233;giques qu'il laisse entrevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une cat&#233;gorie philosophique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne m'attarderai pas sur le c&#244;t&#233; sociologique de la controverse. Les pr&#233;cisions apport&#233;es par Hardt et Negri dans Multitude, comme celles de Virno dans sa Grammaire de la multitude, permettent de lever certains doutes et malentendus. Tous trois affirment clairement que l'usage du terme multitude ne signifie nullement la disparition du prol&#233;tariat, ni m&#234;me de la classe ouvri&#232;re industrielle. Il met seulement l'accent sur le d&#233;clin relatif de cette derni&#232;re au profit d'une nouvelle h&#233;g&#233;monie, celle de ce que Hardt et Negri nomment (plut&#244;t improprement) &#171; travail immat&#233;riel &#187;. Il ne s'agit pas plus d'une h&#233;g&#233;monie num&#233;rique et quantitative que ne le fut, par rapport &#224; des soci&#233;t&#233;s largement agraires, l'h&#233;g&#233;monie naissante du travail industriel au 19e si&#232;cle, mais de l'essor minorit&#233; sociologique dont le r&#244;le ascendant impr&#232;gne et d&#233;terminent l'ensemble du rapport social. Echappant au cadre &#233;troit de la production, ce travail cognitif, &#171; affectif &#187;, &#171; relationnel &#187; ou &#171; biopolitique &#187;, rec&#232;lerait &#171; un potentiel &#233;norme de transformation sociale positive &#187;, dans la mesure o&#249; il produit directement des relations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion ne porterait donc pas sur une dispute statistique (pas inutile cependant &#233;tant donn&#233; les extrapolations superficielles auxquelles donnent souvent lieu les m&#233;tamorphoses du travail), mais sur l'&#233;valuation de cette nouvelle h&#233;g&#233;monie naissante, caract&#233;ristique de l'&#233;poque imp&#233;riale, de la domination absolue du capital sur le vivant, et de l'entr&#233;e dans l'&#232;re biopolitique annonc&#233;e par Foucault.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que l'acte de nomination ne soit pas sans importance, on peut &#233;viter de s'enliser dans une querelle terminologique. Je tiens pour ma part que les pr&#233;cisions apport&#233;es, dans la mesure o&#249; elles &#233;cartent des fantaisies &#224; la mode sur la disparition des antagonismes de classe, pourraient &#234;tre pens&#233;es dans les termes d'une extension du prol&#233;tariat (au sens large et initial du terme chez Marx), voire d'une &#171; prol&#233;tarisation du monde &#187;, d&#232;s lors que seraient lev&#233;es les &#233;quivoques d'une th&#233;orie des classes r&#233;duite &#224; la sph&#232;re de la production ou &#224; celle de la circulation [3] et de tirer toutes les cons&#233;quences de la place ad&#233;quate donn&#233; dans Le Capital au chapitre inachev&#233; sur les classes, soit au terme du livre sur le proc&#232;s de reproduction d'ensemble du Capital. Ce proc&#232;s doit en effet prendre en compte le r&#244;le dans la reproduction de l'Etat, de la famille, de l'&#233;cole, de l'habitat. En ce sens, Marx et Engels (notamment dans sa Situation de la classe laborieuse en Angleterre) pourraient, &#224; certains &#233;gards, faire figure de pr&#233;curseurs de la biopolitique foucaldienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit ici, pour &#233;viter un faux d&#233;bat, de noter que, selon ses propres promoteurs, &#171; la notion de multitude ne disloque pas le concept de classe &#187; (Paolo Virno), que &#171; la multitude est un concept de classe &#187; dans &#171; un sens biopolitique &#187;, et qu'il s'agit en r&#233;alit&#233; de &#171; r&#233;activer le projet politique de la lutte des classes &#187; (Hardt et Negri). Dont acte : la multitude ne se substitue pas aux classes. De la part d'auteurs marqu&#233;s &#224; des titres divers par l'op&#233;ra&#239;sme italien des ann&#233;es 70, le d&#233;placement terminologique vise probablement &#224; exorciser une conception ouvri&#233;riste r&#233;ductrice du prol&#233;tariat. Ce n'est pas notre probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premi&#232;res pages, Hardt et Negri d&#233;finissent Multitude comme &#171; un livre philosophique &#187;. C'est sur le terrain conceptuel de la philosophie, et non sur celui de la sociologie, que se situerait d'abord l'enjeu de leur innovation conceptuelle. A la suite de Virno, ils pr&#233;cisent donc que &#171; multitude &#187; n'est pas une notion alternative &#224; celle de classe, mais &#224; celles de peuple (dot&#233;e d'une homog&#233;n&#233;it&#233; imaginaire), de masses (indiff&#233;renci&#233;es malgr&#233; l'usage du pluriel), ou de classe ouvri&#232;re (r&#233;duite &#224; la seule classe ouvri&#232;re industrielle). Tous trois insistent particuli&#232;rement sur son opposition &#224; la cat&#233;gorie de peuple, &#233;troitement associ&#233;e chez Hobbes &#224; la souverainet&#233; ou chez Rousseau &#224; la volont&#233; g&#233;n&#233;rale. Par del&#224; les pr&#233;suppos&#233;s anthropologiques contrast&#233;s de ces deux auteurs classique, ils auraient en commun le spectre d'un peuple fusionnel, unitaire et indivisible, &#224; l'instar de la monarchie absolue ou de la R&#233;publique &#171; une et indivisible &#187;, soit une conception organique du corps du peuple en lieu et place du corps du roi. A partir du De cive de Hobbes, l'av&#232;nement du peuple dans le discours politique marquerait donc le passage de l'&#233;tat de nature &#224; l'&#233;tat civil, ou de la simple agr&#233;gation m&#233;canique &#224; l'association organique, fondatrice d'un corps nouveau, irr&#233;ductible &#224; la simple r&#233;ciprocit&#233; des contrats. Hegel insistera de m&#234;me sur le fait que &#171; l'Etat n'est pas un contrat &#187;, et encore moins la somme lib&#233;rale des contrats priv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de peuple serait donc l'un des fils conducteurs du paradigme politique de la modernit&#233; : &#171; On donne &#224; la personne publique le nom de peuple plut&#244;t que celui de multitude &#187;, souligne Hobbes ; d'o&#249; la &#171; diff&#233;rence entre cette multitude que je nomme peuple, qui se gouverne r&#233;guli&#232;rement, qui compose une personne civile, et &#224; qui je ne donne qu'une volont&#233;, et cette autre multitude qui est comme une hydre &#224; cent t&#234;tes et qui ne doit pr&#233;tendre dans la r&#233;publique qu'&#224; la gloire de l'ob&#233;issance &#187;. Le peuple devient donc la substance proprement politique de l'ordre &#233;tatique centralis&#233;, par opposition la multitude repr&#233;sentant un d&#233;sordre &#224; &#171; cent t&#234;tes &#187; (rhizomatique), une hydre &#224; discipliner et &#224; soumettre &#224; la gloire de l'ob&#233;issance passive. Selon cette perspective, le retour du peuple &#224; la multitude serait donc une rechute dans un &#233;tat de nature pr&#233;politique et dans la guerre de tous contre tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le lieu d'ergoter ici sur l'atemporalit&#233; philosophique de cette conception du peuple en insistant au contraire sur les &#233;volutions historiques et les infl&#233;chissements de son usage. Ainsi, le peuple de Michelet, ouvert aux diff&#233;renciations et aux antagonismes sociaux, n'est d&#233;j&#224; plus celui, un et indivisible (seulement menac&#233; de division par la s&#233;dition interne des factions ou par les complots externes de l'&#233;tranger), constitutif de la souverainet&#233; nationale. On pourrait encore ajouter, avec un zeste de fantaisie, la r&#233;f&#233;rence au pr&#233;sident Mao qui, loin du faire du peuple un monolithe politique, invitait &#224; prendre en consid&#233;ration &#171; les contradictions au sein du peuple &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Admettons donc, pour &#233;viter une st&#233;rile querelle de mots, la multitude prol&#233;tarienne ou le prol&#233;tariat mondialis&#233; comme figures du prol&#233;tariat &#224; l'&#233;poque de la marchandisation mondialis&#233;e, de la domination g&#233;n&#233;ralis&#233;e du capital sur toutes les sph&#232;res de la vie sociale et priv&#233;e, de l'extension du contr&#244;le biopolitique sur le vivant. Rien pourtant ne garantit que cette &#171; multitude &#187; insoumise soit un au-del&#224; du peuple et non un en-de&#231;&#224; pr&#233;politique, retournant &#224; la pl&#232;be n&#233;o-populiste ch&#232;re &#224; Soljenitsyne. Pr&#233;figurant l'inqui&#233;tude d'une Hannah Arendt ou d'un Walter Benjamin devant le cons&#233;quences totalitaires de la d&#233;composition des classes en masses, Hegel entrevoyait d&#233;j&#224; le d&#233;sastre d'une crise qui aboutirait &#224; la renaissance des pl&#232;bes de l'Empire, avide seulement de pain (de consommation) et de jeux (t&#233;l&#233;vis&#233;s) : &#171; Si une grande masse descend du minimum de subsistance qui appara&#238;t de soi-m&#234;me comme r&#233;guli&#232;rement n&#233;cessaire pour un membre d'une soci&#233;t&#233;, si elle perd ainsi le sentiment du droit, de la l&#233;gitimit&#233; et de l'honneur d'exister par sa propre activit&#233; et son propre travail, on assiste &#224; la formation d'un pl&#232;be, qui entra&#238;ne en m&#234;me temps avec soi une plus grande facilit&#233; de concentrer en peu de mains des richesses disproportionn&#233;es [4]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Foucault lui-m&#234;me se montrait perplexe devant la tentation post-moderne de recourir au mythe r&#233;nov&#233; de la pl&#232;be (la multitude pl&#233;b&#233;ienne ?) comme sujet de la r&#233;sistance au biopouvoir : &#171; Il ne faut sans doute pas concevoir la pl&#232;be comme le fond permanent de l'histoire, l'objectif final de tous les assujettissements, le foyer jamais tout &#224; fait &#233;teint de toutes les r&#233;voltes. Il n'y a sans doute pas de r&#233;alit&#233; sociologique de la pl&#232;be [...], mais il y a bien toujours quelque chose qui est non point la mati&#232;re premi&#232;re, plus ou moins docile ou r&#233;tive, mais qui est le mouvement centrifuge, l'&#233;nergie inverse, l'&#233;chapp&#233;e. La pl&#232;be n'existe pas, sans doute, mais il y a de la pl&#232;be, cette part de pl&#232;be [5]. &#187; Virno admet, lui aussi, &#171; l'ambivalence &#187; d'une multitude &#233;cartel&#233;e entre des manifestations de libert&#233; et de servilit&#233;, comme il admet l'ambivalence de la rh&#233;torique de la diff&#233;rence, susceptible de d&#233;boucher sur le respect des singularit&#233;s comme sur un nouvel ordre hi&#233;rarchique des diff&#233;rences. En d&#233;pit de ces contradictions, la multitude pr&#233;senterait l'int&#233;r&#234;t d'entretenir &#171; un lien direct avec la dimension du possible &#187; : au contraire des vieilles s&#233;curit&#233;s, fixit&#233;s, et enracinements de l'emploi et de l'habitat, son exp&#233;rience quotidienne de l'al&#233;atoire et de la contingence, de la mobilit&#233; et de l'ins&#233;curit&#233; inh&#233;rentes au biopouvoir du capital, la rendrait disponible &#224; l'in&#233;dit et &#224; l'inattendu. Cette contingence structurelle pourrait, selon Virno, s'av&#233;rer porteuse d'&#233;mancipation [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;preuve de la strat&#233;gie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni l'approche philosophique, ni l'approche sociologique ne permettent donc de mesurer avec pr&#233;cision les parts de confusion et de divergence que peut alimenter l'usage tant&#244;t simplement descriptif, tant&#244;t plus conceptuel, de la notion de multitude. Pour en cerner la port&#233;e, il vaut donc mieux d&#233;placer la question sur le terrain de l'&#233;preuve strat&#233;gique : &#171; Les sociologues, constatait Foucault, raniment &#224; n'en plus finir le d&#233;bat pour savoir ce qu'est une classe et qui y appartient. Mais jusqu'ici personne n'a examin&#233; ni approfondi la question de savoir ce qu'est la lutte. Qu'est-ce que la lutte quand on dit &#034; lutte des classes &#034; ? Ce dont j'aimerais discuter &#224; partir de Marx, ce n'est pas le probl&#232;me de la sociologie des classes, mais de la m&#233;thode strat&#233;gique concernant la lutte [7]. &#187; C'est aussi ce que nous aimerions discuter avec Virno et avec Negri : le sens strat&#233;gique de la multitude. Non sans avoir rappel&#233; que Foucault, apr&#232;s avoir invit&#233; &#224; la discussion strat&#233;gique, n'h&#233;sitait pas &#224; se contredire en revendiquant &#171; une morale th&#233;orique anti-strat&#233;gique &#187;. Cette &#233;clipse de la strat&#233;gie allait chez lui de pair avec celle de la R&#233;volution devenue elle-m&#234;me, &#224; l'&#233;preuve notamment de la r&#233;volution iranienne, &#171; une forme vide &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Hardt et Negri, &#224; c&#244;t&#233; de points d'accord majeurs sur la guerre globale et l'&#233;tat d'exception permanent, sur les enjeux de la &#171; biopropri&#233;t&#233; &#187; et de l'appropriation &#171; commune &#187; (pour &#233;viter la confusion entre propri&#233;t&#233; publique et propri&#233;t&#233; &#233;tatique), sur l'invention de formes nouvelles de d&#233;mocratie participative, nous rel&#232;verons synth&#233;tiquement une s&#233;rie de divergences ou de questions irr&#233;solues.&lt;br class='autobr' /&gt;
1. Certaines extrapolations d'Empire, aussit&#244;t mises &#224; mal, par les exp&#233;ditions imp&#233;rialistes et par l'h&#233;g&#233;monie militaire restaur&#233;e de l'Etat national &#233;tats-unien [8], sont corrig&#233;es et nuanc&#233;es dans Multitude. D&#232;s lors qu'est maintenue l'hypoth&#232;se d'un monde rhizomatique, acentrique et ac&#233;phale, le pouvoir effectif (du capital, de l'Etat, de la force) tend cependant &#224; se dissoudre dans &#171; les effets de pouvoir &#187; et dans les jeux de l'anti-pouvoir. Une strat&#233;gie sans espace propre, sans vis&#233;e, sans dialectique des fins et des moyens devient alors difficilement pensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. A l'inverse de John Holloway, qui absolutise la domination et ne voit aucune issue au cercle de fer du f&#233;tichisme (de sorte qu'il ne con&#231;oit de salut que dans le cri inconditionn&#233; et la sortie de l'histoire), il n'est plus question dans Multitude de la r&#233;ification, du f&#233;tichisme de la marchandise, de l'id&#233;ologie dominante. Il en r&#233;sulte une inversion radicale du rapport de subalternit&#233; [9]. Au lieu d'une ali&#233;nation du travailleur soumis &#224; la reproduction impersonnelle despotique du capital, c'est le capital qui devient un produit subalterne et d&#233;pendant, une sorte de r&#233;sidu pratico-inerte, de la cr&#233;ativit&#233; vitale de la multitude dont la spontan&#233;it&#233; subversive est suppos&#233;e r&#233;soudre une question strat&#233;gique qui n'a m&#234;me plus besoin d'&#234;tre &#233;nonc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La r&#233;duction des territoires et des Etats-nations &#224; un r&#244;le quasi r&#233;siduel, tend &#224; dissoudre les m&#233;diations politiques - non seulement celle des pouvoirs &#233;tatiques, mais aussi celle des partis et de leurs luttes - dans l'espace cosmopolitique, homog&#232;ne et a-strat&#233;gique, de l'Empire. Ernesto Laclau a &#233;galement relev&#233; cette faiblesse. Il souligne que, pour Hardt et Negri, &#171; l'unit&#233; de la multitude proc&#232;de de l'agr&#233;gation spontan&#233;e d'une pluralit&#233; d'actions qui n'ont plus besoin d'&#234;tre articul&#233;es entre elles : ce qui fait totalement d&#233;faut dans Empire, c'est une th&#233;orie de l'articulation [ nous ajouterons : et des m&#233;diations], sans laquelle la politique devient impensable [10]. &#187; Il en r&#233;sulte une &#233;trange incoh&#233;rence, entre la radicalit&#233; formelle du discours philosophique et des propositions de r&#233;formes modestes compatibles avec l'architecture institutionnelle de l'Empire. La sc&#232;ne mondiale devient alors un th&#233;&#226;tre d'ombres o&#249; une abstraction de Multitude affronte une abstraction d'Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Hardt et Negri n'envisagent pratiquement pas (beaucoup moins que Vimo) les contradictions au sein de la multitude, cens&#233;e d&#233;passer les vieilles antinomies de l'identit&#233; et de la diff&#233;rence pour r&#233;aliser pacifiquement une synth&#232;se harmonieuse des singularit&#233;s et du commun. Cette r&#233;conciliation rh&#233;torique permet d'esquiver un traitement s&#233;rieux du probl&#232;me des convergences strat&#233;giques &#224; construire dans le mouvement altermondialiste. On pourrait citer maints exemples pourtant de ces contradictions entre le local et le global, entre la d&#233;fense de l'emploi et celle de l'environnement, etc. Bien s&#251;r, ces contradictions peuvent &#234;tre suppos&#233;es r&#233;solues dans l'horizon lointain de la grande transparence communiste, mais il n'en demeure pas moins que, dans l'horizon strat&#233;gique qui est le n&#244;tre, l'unit&#233; des exploit&#233;s et des domin&#233;s de tous les pays n'est pas une donn&#233;e spontan&#233;e. La crise du consensus de Washington et les diff&#233;renciations qu'elle engendre parmi les dominants trouveront d'ailleurs leur reflet dans les diff&#233;renciations politiques au sein du mouvement altermondialiste lui-m&#234;me. Cette question d&#233;cisive des convergences strat&#233;giques demeure irr&#233;solue, tant par la la simple &#171; homologie &#187; des champs dans la sociologie de Bourdieu que dans la juxtaposition des &#171; domaines sp&#233;cifiques &#187; chez Foucault. Une cons&#233;quence possible de l'inarticulation des diff&#233;rents conflits s'exprime dans la r&#233;duction de la politique aux alliances tactiques, conjoncturelles et ponctuelles, sans focale strat&#233;gique, des diverses coalitions arc-en-ciel. Cette tendance vers un degr&#233; 0 de la strat&#233;gie devient difficilement &#233;vitable d&#232;s lors qu'est r&#233;cus&#233;e une critique syst&#233;mique du capitalisme au profit d'un simple r&#233;seau de r&#233;seaux, d'une multitude de multitudes, et d'une mouvement des mouvements. Si la diversit&#233; des r&#233;sistances peut converger malgr&#233; tout dans l'exp&#233;rience des forums sociaux, c'est que la logique impersonnelle du capital lui-m&#234;me et la p&#233;n&#233;tration du despotisme marchand dans tous les pores de la vie sociale constituent un puissant facteur de rassemblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Comme Virno, Hardt et Negri pr&#233;tendent inventer une &#171; d&#233;mocratie non-repr&#233;sentative &#187;, au del&#224; du paradigme classique de la souverainet&#233; et de la repr&#233;sentation. C'est aujourd'hui seulement, affirme ainsi Virno, que commence, apr&#232;s le 11 septembre et l'invasion de l'Irak, commence &#171; la phase constituante &#187; de l'apr&#232;s guerre froide : la globalisation arm&#233;e, la lutte sur la propri&#233;t&#233; intellectuelle, l'endettement de sous continents entiers, l'&#233;conomie postfordite, la crise de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e provoqu&#233;e par la multiplication de biens (information, savoirs, langage) &#171; inappropriables &#187;, contribueraient &#224; l'urgence de trouver &#171; de nouvelles formes politiques [11]. &#187; Le constat a &#233;videmment sa part de v&#233;rit&#233;. La socialisation massive du travail intellectuel et son incorporation croissante &#224; l'activit&#233; productive et reproductive donnent sans doute une dimension nouvelle &#224; l'aspiration et &#224; la capacit&#233; d&#233;mocratique des domin&#233;s. Pour Virno, il s'agirait donc de construire des organes de d&#233;mocratie non repr&#233;sentative susceptibles de se r&#233;approprier les savoirs et les pouvoirs confisqu&#233;s par l'Etat. Au seuil d'un nouveau paradigme politique encore balbutiant, nous nous retrouverions dans une situation comparable &#224; celle du 17e si&#232;cle : &#171; Dans notre, le probl&#232;me clef est de savoir quelle forme politique donner aux pr&#233;rogatives fondamentales de l'esp&#232;ce homo sapiens. &#187; Faute d'&#233;l&#233;ments de solution pratique, Virno se contente d'enregistrer un moment de panne strat&#233;gique : &#171; Depuis Seattle, le mouvement global accumule sans cesse de l'&#233;nergie, sans savoir comment l'utiliser. Il est ainsi confront&#233; &#224; une &#233;trange accumulation sans d&#233;bouch&#233; ad&#233;quat [12] &#187;. C'est pourquoi ce mouvement se pr&#233;senterait avant tout comme un &#171; mouvement &#233;thique &#187; de r&#233;sistance au post-fordisme et &#224; la tentative de s'emparer de la vie m&#234;me et non plus seulement du temps de travail. Contre cette expansion sans limite du capital, la qu&#234;te d'une &#171; vie bonne &#187; s'exprimerait d&#233;sormais par le biais d'une revendication &#233;thique plut&#244;t que politique, dont il serait erron&#233; de sous-estimer la charge subversive sous pr&#233;texte qu'elle relativise les notions d'exploitation et de lutte des classes. On peut discuter longuement du rapport entre &#233;thique et politique. Il n'en demeure pas moins que la r&#233;signation ainsi exprim&#233;e au primat (f&#251;t-il temporaire) de l'&#233;thique sur la politique fait &#233;cho &#224; l'exub&#233;rance de la rh&#233;torique moralisante et d&#233;politisante du n&#233;o-lib&#233;ralisme, sinistrement illustr&#233;e par l'apologie grandiloquente des guerres &#171; &#233;thiques &#187; ou &#171; humanitaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. A travers la critique de la cat&#233;gorie de &#171; peuple &#187;, Hardt et Negri visent celle de souverainet&#233; qui lui serait consubstantielle. Dans un monde o&#249; les &#233;l&#233;ments &#233;mergents d'un droit cosmopolitique restent subordonn&#233;s &#224; un droit international encore essentiellement fond&#233; sur les rapports inter&#233;tatiques, il est cependant difficile de se d&#233;faire compl&#232;tement de la notion de souverainet&#233; sans hypoth&#233;quer la possibilit&#233; m&#234;me d'une l&#233;gitimit&#233; oppos&#233;e &#224; la puissance &#171; sans fronti&#232;res &#187; des march&#233;s. Sur ce point, le dernier Derrida restait judicieusement prudent - et d'une certaine mani&#232;re plus politique : &#171; Je ne crois pas qu'il faille s'emporter contre le politique. De m&#234;me, pour la souverainet&#233;, dont je crois qu'elle a du bon dans certaines situations, pour lutter par exemple contre certaines forces mondiales du march&#233;. L&#224; encore, il s'agit d'un h&#233;ritage europ&#233;en qu'il faut &#224; la fois garder et transformer. C'est aussi ce que je dis dans Voyous de la d&#233;mocratie europ&#233;enne [13]. &#187; Hardt et Negri eux-m&#234;mes reconnaissent furtivement l'ambivalence attach&#233;e &#224; la cat&#233;gorie m&#234;me de souverainet&#233;, entre la conservation d'une souverainet&#233; d'origine th&#233;ologique et l'av&#232;nement d'une souverainet&#233; d&#233;mocratique. Ils admettent ainsi que la souverainet&#233; est &#171; un ph&#233;nom&#232;ne n&#233;cessairement double &#187; qui &#171; fonctionne &#224; double sens [14] &#187;. Mais, quand il s'agit d'en tirer les cons&#233;quences politiques, ils restent prisonniers d'une oscillation entre un discours libertaire radical - &#171; il faut d&#233;truire la souverainet&#233; et l'autorit&#233; &#187;, au risque que cette suppression radicale de cette autorit&#233;, y compris celle de la majorit&#233;, r&#233;duise la multitude &#224; une somme de corporatismes vindicatifs sans autre lien que le joker improbable du &#171; commun &#187; - et la recherche d'une&#171; nouvelle forme n&#233;cessaire de souverainet&#233; &#187; qui ne va gu&#232;re au-del&#224; de sp&#233;culations institutionnelles sur la gouvernance mondiale et sur une &#171; Magna Carta contemporaine &#187; compatible avec les int&#233;r&#234;ts bien compris des nouvelles &#171; aristocraties globales &#187;, dont les alliances internationales tiss&#233;es par le gouvernement Lula donneraient un avant go&#251;t [15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Enfin, comme si, au terme des 400 pages du livre, ses auteurs prenaient conscience que la discussion strat&#233;gique n'a gu&#232;re avanc&#233; d'un saut de puce, en d&#233;pit des hardiesses terminologiques, ils soul&#232;vent in extremis, par une sorte de scrupule tardif, la question cruciale de la rupture : &#171; Quand survient le moment de la rupture ? &#187;. Cette question est r&#233;solue par un acte de foi inspir&#233; du mythe mobilisateur sor&#233;lien de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Sont ainsi ressuscit&#233;es les r&#234;ves post-soixante-huitardes de l'An 01 ou les utopies pacifistes du congr&#232;s socialiste de B&#226;le &#224; la veille de la Grande Guerre : &#171; Dans un futur biopolitique marqu&#233; par la d&#233;faite du biopouvoir, la guerre ne sera plus possible, nous promettent Hardt et Negri : une gr&#232;ve politique globale d'une semaine arr&#234;terait toute guerre. &#187; Si on arr&#234;tait tout ? &#171; Sans la participation active des domin&#233;s tout l'&#233;difice de la souverainet&#233; s'effondrerait &#187;, et si les producteurs sociaux refusaient le rapport de domination, l'Empire tomberait de lui-m&#234;me comme un tas de d&#233;combres sans vie [16] &#187;. Ou comme un Golem r&#233;duiten poussi&#232;re ! Le mythe apocalyptique fait peu de cas des modes effectifs de la domination et des effets d&#233;lib&#233;r&#233;ment ignor&#233;s de la r&#233;ification marchande. Si le travail salari&#233; n'&#233;tait plus soumis &#224; la servitude involontaire du travail ali&#233;n&#233; et du f&#233;tichisme, si le capital lui-m&#234;me n'&#233;tait capable que de r&#233;ponses r&#233;actives au pouvoir cr&#233;atif de la multitude, il suffirait en effet de briser les cha&#238;nes d'une nouvelle servitude volontaire. La foi du charbonnier tient alors lieu de projet strat&#233;gique. On se souvient pourtant de ce qu'il advint des multitudes guerri&#232;res en ao&#251;t 1914.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une tentation th&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme pour illustrer ces apories strat&#233;giques la partie programmatique finale du livre sur la d&#233;mocratie, laisse le lecteur sur sa faim. L'intention ne manque pourtant pas d'ambition en d&#233;pit des exhortations r&#233;p&#233;t&#233;es &#224; inventer de nouvelles formes &#224; la hauteur de l'&#233;poque. Il s'agit ni plus ni moins que d'explorer &#171; la fa&#231;on dont les r&#233;seaux de la multitude peuvent constituer un v&#233;ritable contre-pouvoir et donner naissance &#224; une soci&#233;t&#233; globale r&#233;ellement d&#233;mocratique [17] &#187;. Curieusement, les auteurs de proposent alors d'apporter une &#171; nouvelle science de la d&#233;mocratie globale &#224; destination de la multitude &#187;.Cette science nouvelle devrait &#171; transformerles principaux concepts politiques de la modernit&#233; &#187; : &#171; Une science de la pluralit&#233; et de l'hybridit&#233;, une science des multiplicit&#233;s, capable de d&#233;finir la fa&#231;on dont les diverses singularit&#233;s s'expriment pleinement dans la multitude [18]. &#187; Consistant &#224; imaginer un processus de l&#233;gitimation d&#233;barrass&#233; de la souverainet&#233; du peuple et fond&#233; sur la productivit&#233; biopolitique de la multitude (ou sur la &#171; productivit&#233; queer &#187; !), le projet tourne vite court. Il ne suffit pas en effet de proclamer abstraitement, comme &#171; droits premiers &#187;, un droit &#224; la d&#233;sob&#233;issance et des droits &#224; la diff&#233;rence pour donner un contenu effectif &#224; ce grand dessein. Pas plus qu'il ne suffit d'officialiser le divorce entre d&#233;mocratie et repr&#233;sentation et de proclamer la multitude lib&#233;r&#233;e de toute obligation d'ob&#233;issance envers un pouvoir, pour r&#233;soudre les contradictions r&#233;elles et les tensions dans lesquelles se meut, et continuera &#224; se mouvoir, la &#171; d&#233;mocratie &#224; venir &#187; dont Derrida pr&#233;cisait qu'elle ne devait pas &#234;tre confondue avec une &#171; d&#233;mocratie future &#187; [19].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e du &#171; commun &#187;, dont Hardt et Negri affirment qu'elle pourrait fournir &#171; le socle d'un v&#233;ritable projet politique post-lib&#233;ral et post-socialiste &#187;, au-del&#224; la vieille antinomie du priv&#233; et du public, peut ouvrir une piste int&#233;ressante, mais elle demeure alg&#233;brique, faute de pousser plus loin la r&#233;flexion sur les formes combin&#233;es d'appropriation sociale. En d&#233;finitive, la montagne philosophique semble ainsi accoucher d'une souris politique. En lieu et place de la r&#233;novation strat&#233;gique attendue, on t ne trouve gu&#232;re plus qu'un pathos th&#233;ologique qui fait &#233;cho &#224; la &#171; joie d'&#234;tre communiste &#187; sur laquelle s'achevait d&#233;j&#224;, en forme de profession de foi, Empire. A ceci pr&#232;s que, dans Multitude, la rh&#233;torique de la b&#233;atitude est plus syst&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le martyre y est c&#233;l&#233;br&#233; comme &#171; t&#233;moignage &#187; et &#171; acte d'amour [20] &#187;, bien qu'il soit pr&#233;cis&#233; - c'est bien la moindre des choses - que ce martyre heureux ne saurait &#234;tre confondu avec le martyre morbide et d&#233;sesp&#233;r&#233; du kamikaze ou de la bombe humaine. L'amour est glorifi&#233; comme &#171; l'acte politique qui construit la multitude &#187; &#171; L'amour divin pour l'humanit&#233; et l'amour humain pour dieu sont exprim&#233;s et incarn&#233;s dans le projet mat&#233;riel commun de la multitude. &#187; Loin de nous l'id&#233;e de m&#233;priser la part d'amour (du prochain et du plus lointain) n&#233;cessairement &#224; l'oeuvre dans les politiques d'&#233;mancipation. Mais il entre dans cet hymne &#224; l'amour des r&#233;sonances chr&#233;tiennes qui reposent en derni&#232;re instance sur une anthropologie optimiste que rien, dans l'histoire r&#233;cente, ne permet de justifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La puissance de la chair &#187; devient la substance originelle d'une force de lib&#233;ration. La multitude repr&#233;sente ainsi une &#171; nouvelle chair sociale &#187; et &#171; une pl&#233;nitude de vie &#187; qui &#171; refuserait l'unit&#233; organique du corps &#187;. Chez le boucher, une chair sans corps s'appelle simplement de la viande. Ce vitalisme charnel, nourri explicitement du mat&#233;rialisme sp&#233;culatif de Spinoza, et peut-&#234;tre, que moins consciemment, du &#171; mat&#233;rialisme th&#233;ologique &#187; de Feuerbach, oppose l'exub&#233;rance expansive de la chair &#224; la d&#233;limitation contraignante du corps. On comprend que ce rejet des m&#233;taphores corporelles (du peuple ou de l'Etat) vise d'abord l'usage disciplinaire qui peut en &#234;tre fait ; mais il fait aussi &#233;cho &#224; l'abandon d&#233;lib&#233;r&#233;, au profit du r&#233;seau rhizomatique, de toute notion d'organisation syst&#233;mique ou structurale, pourtant si f&#233;condes pour penser le m&#233;tabolisme social et ses modes d'autor&#233;gulation. Comme s'il n'&#233;tait pas concevable de penser ensemble la transversalit&#233; innovante des r&#233;seaux et l'ordre syst&#233;mique du capital !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &#171; la figure paradigmatique du pauvre &#187; reprend et d&#233;veloppe celle du poverello franciscain qui hantait les derni&#232;res pages d'Empire. Le pauvre devient ainsi l'incarnation symbolique &#171; non seulement de la condition ontologique de la r&#233;sistance, mais celle de la vie productive elle-m&#234;me &#187; [21]. La pauvret&#233; absolue, non comme simple manque, mais comme &#171; exclusion totale de la richesse objective &#187;, appara&#238;t comme le sort commun de l'esp&#232;ce humaine, au-del&#224; des conflits d'int&#233;r&#234;ts et des luttes de classes : sous l'h&#233;g&#233;monie de la production immat&#233;rielle, &#171; Nous sommes tous des pauvres ! &#187;, proclament Hardt et Negri. Peut-&#234;tre. Dans un certain sens, et jusqu'&#224; un certain point. Dans le sens o&#249; le bourgeois partagerait avec le prol&#233;taire une commune ali&#233;nation devant la logique marchande et une m&#234;me mis&#232;re affective et spirituelle. Il n'en demeure pas moins quelque ind&#233;cence, au regard des pauvret&#233;s extr&#234;mes et mat&#233;rielles, de pr&#233;tendre communier ainsi dans une pauvret&#233; universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recours envahissant au jargon th&#233;ologique finit par servir de bouche-trou, masquant mal la disproportion entre la r&#233;volution philosophique annonc&#233;e et la pauvret&#233; (bien r&#233;elle celle l&#224;) des r&#233;ponses politiques. La perspective tend &#224; en effet &#224; se r&#233;duire &#224; la double th&#233;matique de l'exode et du miracle. Dans le prolongement d'Empire, l'exode, &#224; l'instar de celui des H&#233;breux dans le d&#233;sert, appara&#238;t &#224; nouveau dans Multitude comme une &#171; fuite loin des forces d'oppression &#187; et comme une &#171; &#233;vasion de masse &#187;. M&#234;me son de cloche chez Virno, pour qui l'exp&#233;rience de la contingence structurelle propre &#224; la post-modernit&#233;, si elle peut nourrir l'opportunisme et le cynisme, peut aussi bien d&#233;boucher sur l'insoumission et l'exil hors du syst&#232;me : non n&#233;cessairement un exode territorial, mais une d&#233;sertion des contraintes du travail asservi et des gratifications illusoires de la consommation de masse. Pour &#233;chapper aux sortil&#232;ges de la marchandise, il suffirait alors, de se retirer du jeu et de s'enfuir sans chercher &#224; conqu&#233;rir un quelconque pouvoir alternatif : &#171; Exode signifie que nous ne voulons pas prendre le pouvoir au pays de Pharaon, que nous ne voulons pas construire un nouvel Etat [22] &#187;.. A ceci pr&#232;s, toutes les th&#233;ories des jeux l'ont soulign&#233;, que le propre du jeu se caract&#233;rise par la possibilit&#233; pour le joueur de quitter la table et de refuser de continuer &#224; jouer. Il n'en va pas de m&#234;me de la lutte des classes, qui n'est pr&#233;cis&#233;ment pas un jeu. Les exploit&#233;s et les opprim&#233;s sont embarqu&#233;s. Ils ne peuvent, collectivement, se soustraire &#224; la logique de la lutte. Ils n'ont pas le choix de ne plus vendre leur force de travail. Ils ne peuvent refuser de &#171; jouer &#187; sous peine de crever : lutter n'est pas jouer ! C'est la grande mystification des th&#233;ories contractuelles que de pr&#233;senter la servitude impos&#233;e comme un libre choix. C'est pourquoi, s'il peut exister des &#233;chapp&#233;es et des promotions individuelles contribuant &#224; donner une illusion de libert&#233; (le fameux mythe du self made man), on ne s'&#233;vade jamais en masse du grand enfermement capitaliste [23].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'issue promise &#224; cette longue marche de l'exil et de l'exode &#224; travers les d&#233;serts - car les H&#233;breux eux-m&#234;mes se sont reterritorialis&#233;s en terre de Canaan -, elle tient du miracle, de l'&#233;v&#233;nement politique transfigur&#233; en miracle th&#233;ologique historiquement inconditionn&#233;. Multitude s'ach&#232;ve ainsi sur un credo : &#171; Le moment venu, un &#233;v&#233;nement nous propulsera comme une fl&#232;che dans cet avenir vivant. Ce sera le v&#233;ritable acte d'amour politique [24]. &#187; Les promesses de Dieu sont incertaines, mais il faut y croire, enseignent les Ecritures. Question de foi et de croyance. Le moment viendra ! Mais comme il tarde...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rh&#233;torique th&#233;ologique de Multitude s'appuie sur un pr&#233;suppos&#233; anthropologique optimiste qui ne manque pas de coh&#233;rence. Elle r&#233;active, &#224; rebours des visions cr&#233;pusculaires, une dialectique obstin&#233;e du progr&#232;s historique mise &#224; mal par les &#233;preuves historique du si&#232;cle pass&#233; et par les sombres promesses de celui qui commence &#224; peine. La g&#233;n&#233;alogie des formes de r&#233;sistance, &#171; de la r&#233;forme &#224; la r&#233;volution &#187;, illustrerait ainsi &#171; une tendance vers des formes d'organisation toujours plus d&#233;mocratiques [25] &#187;. Il faut pour oser l'affirmer, garder une solide confiance dans les lois de l'histoire que rien dans le monde tel qu'il va, ne semble pourtant justifier. Cette confiance est aux antipodes de &#171; l'alerte au feu &#187; (du tocsin) que sonnait Benjamin lorsqu'il d&#233;non&#231;ait, dans les responsabilit&#233;s du d&#233;sastre, &#171; l'attachement des politiciens au mythe du progr&#232;s et leur confiance dans la masse [la multitude ? ? ?] qui leur servait de base [26]. &#187;. Rien, soulignait-il encore au seuil de la catastrophe, ne fut plus corrupteur pour le mouvement r&#233;volutionnaire allemand que &#171; la conviction de nager dans le sens du courant &#187; [27].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prenant le d&#233;veloppement technique pour la pente de ce courant, le mouvement ouvrier avait fini par s'imaginer que &#171; le travail industriel repr&#233;sentait une performance politique &#187;. Les auteurs de Multitude n'&#233;chappent pas &#224; cet optimisme technologique, imaginant un &#171; travail immat&#233;riel &#187; porteur &#224; son tour d'&#233;mancipation politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous sommes aujourd'hui parvenus, affirment Hardt et Negri, &#224; un point o&#249; les trois principes de la libert&#233;, de l'efficacit&#233;, et de correspondance des formes sociales et des formes politico-militaires co&#239;ncident. &#187; Ce parcours n'est certes pas lin&#233;aire, mais puisqu'il &#171; semble le seul possible [28] &#187;, il n'y aurait pas lieu de trop s'inqui&#233;ter des d&#233;rapages et des contretemps : le sens retrouv&#233; de l'histoire finira bien par l'emporter : &#171; On peut lire toute l'histoire des r&#233;volutions modernes comme une progression saccad&#233;e, irr&#233;guli&#232;re, mais cependant r&#233;elle vers la r&#233;alisation du concept absolu de d&#233;mocratie &#187; tenant lieu &#171; d'&#233;toile polaire vers laquelle sont orient&#233;s nos d&#233;sirs et nos pratiques politiques &#187; [29] ! Le &#171; concept absolu de d&#233;mocratie &#187; remplace l'esprit absolu h&#233;g&#233;lien dans une t&#233;l&#233;ologie historiciste restaur&#233;e, qui ram&#232;ne dans son sillage la tentation des fins annonc&#233;es de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective apaisante, les p&#233;rip&#233;ties politiques et les ruses de la raison marchande ne sauraient inqui&#233;ter. Elles conspirent &#224; leur insu &#224; la pr&#233;paration du happy end. Ainsi, le capital financier lui-m&#234;me tend-il &#224; &#171; fonctionner comme une repr&#233;sentation g&#233;n&#233;rale de nos capacit&#233;s productives communes &#187; : &#171; Dans la mesure o&#249; il [le capital financier !] est orient&#233; vers l'avenir, on peut, paradoxalement, y discerner la figure &#233;mergeante de la multitude, quand bien m&#234;me elle prend une forme invertie et distordue [30]. &#187; A travers les formes postmodernes de la reproduction capitaliste, &#171; le pouvoir constituant de la multitude a m&#251;ri &#187; : &#171; Les gouvernants deviennent toujours plus parasitaires et la souverainet&#233; inutile : inversement les gouvern&#233;s deviennent toujours plus autonomes et capables de faire soci&#233;t&#233;. &#187; Toujours plus..., toujours plus ... [31] Tout va donc pour mieux, madame la marquise dans le meilleur des mondes possibles. Cette confiance in&#233;branlable dans le &#171; toujours plus &#187; que chaque jour apporte n'est pas sans cons&#233;quences pratiques. Elle fonde un jugement positif sur les vertus progressistes de l'Empire face &#224; l'imp&#233;rialisme archa&#239;que des Etats-Unis et la possibilit&#233; d'alliances tactiques avec ses &#171; aristocraties ou ses &#233;lites globalis&#233;es &#187;. Au nom de cette vision que le trait&#233; constitutionnel europ&#233;en peut devenir acceptable en d&#233;pit de ses insuffisances comme un petit pas dans la bonne direction. Ces passages semblent paraphraser les diagnostics les plus unilat&#233;raux (du moins dat&#233;s) de Marx sur les vertus r&#233;volutionnaires du capital. Depuis, bien de l'eau, sale et pollu&#233;e, a coul&#233; sous les ponts, ne permettant gu&#232;re d'oublier, au profit d'un progressisme ressuscit&#233;, la sombre dialectique du progr&#232;s et de la catastrophe, &#224; l'oeuvre dans les d&#233;veloppements incertains d'une histoire ouverte. On ne peut pourtant pr&#233;dire que la lutte, disait sagement Gramsci, et non point son d&#233;nouement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution strat&#233;gique annonc&#233;e de Hard et Negri se r&#233;sume donc, en d&#233;finitive, par l'&#233;quation qui pr&#233;tend associer L&#233;nine et Madison pour &#171; coordonner les objectifs de l'Etat et la r&#233;volution - la destruction de la souverainet&#233; &#224; travers le pouvoir du commun - avec les m&#233;thodes institutionnelles du F&#233;d&#233;raliste [32]. &#187; L&#233;nine pour le travail du n&#233;gatif + Madison pour l'&#233;dification positive d'un nouveau dispositif institutionnel. Nul doute que cette &#233;quation tourmentera, aussi longtemps que le th&#233;or&#232;me de Fermat les math&#233;maticiens, ceux et celles qui n'ont pas renonc&#233; &#224; r&#233;soudre l'&#233;nigme de la r&#233;volution sociale : comment de rien devenir, sinon tout, du moins quelque chose et quelqu'un ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Notamment dans Grammaire de la multitude, Editions de L'&#233;clat, Cahors 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Entretien avec Flavia Costa, in Cultura, ao&#251;t 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Voir notamment le livre de Biagio de Giovanni cherchant une th&#233;orie des classes dans le livre II du Capital au prix d'une confusion entre prol&#233;tariat et travail productif (Biagio de Giovanni, La teoria politica delle classi nel Capitale, Bari 1976). Je me suis souvent expliqu&#233; de mani&#232;re d&#233;taill&#233;e sur les confusions auxquelles donnent lieu les lectures unilat&#233;rales et r&#233;ductrices du Capital &#224; propos des classes sociales, notamment dans Marx l'intempestif (Paris, Fayard, 1995), La discordance des temps (Paris 1995) ou Le sourire du Spectre (Michalon, 2000) - DB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Hegel, Principes de la philosophie du droit, &#167; 244, Paris, Tel Gallimard,1995, p. 261&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Michel Foucault, Dits et Ecrits II, Paris, Gallimard, 2003, p. 421.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Virno souligne l' ambivalence de la multitude se retrouve dans les sentiments dominants de l'&#233;poque : l'opportunisme, le cynisme et la peur. L'opportunisme peut aussi selon lui traduire l'aptitude &#224; saisir sa chance ; le cynisme, exprimer la conscience que toute appartenance est provisoire et que les r&#232;gles et les valeurs varient ; la peur enfin, traduire les sensations de ceux qui font l'exp&#233;rience quotidienne de l'innovation permanente des formes de vie et du travvail flexible. Ces sentiments nourrissent alors &#034;une extraordinaire familiarit&#233; avec le possible&#034; qui est aussi &#034;une chance&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Michel Foucault, op. cit., p. 606&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Sur la critique d'Empire, voir notamment Daniel Bensa&#239;d, Le Nouvel Internationalisme, Paris, Textuel, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Negri reste en cela rigoureusement fid&#232;le &#224; la probl&#233;matique mise en place d&#232;s Marx au-del&#224; de Marx, Paris, Bourgois, 1979. Pour une critique de cette approche, voir Daniel Bensa&#239;d, &#034;A la recherche du sujet perdu, ou Negri corrige Marx&#034;, in La discordance des temps (Paris, 1995).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] E. Laclau,in Empire&#034;s New Clothes, P.A. Passavant et J. Dean &#233;diteurs, New York, Routledge, 2004, p. 26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Paolo Vimo, entretien avec Veronica Gago, in Brecha, Montevideo, juillet 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Paolo Virno, entretien avec...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Jacques Derrida, &#034;Je suis en guerre contre moi-m&#234;me&#034;, in Le Monde, 19 ao&#251;t 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Hardt et Negri, Multitude, op. cit., p. 377.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Ibid, p. 366-367 : &#034;Il est certain que ces mouvements [sociaux] resteront oppos&#233;s aux aristocaraties imp&#233;riales, &#224; juste titre selon nous. Il est cependant dans l'int&#233;r&#234;t de celles ci de consid&#233;rer ces mouvements comme des alli&#233;s potentiels et des ressources dans la formulation des politiques globales.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Multitude, op. cit, Pp 379-381.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Multitude, op. cit. p. 305&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Ibid. pp. 355-358.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Jacques Derrida pr&#233;cise ainsi : &#034;D&#233;mocratie &#224; venir, cela ne feut pas dire d&#233;mocratie future qui un jour seraa pr&#233;sente. La d&#233;mocratie n'existera jamais au pr&#233;sent, elle n'est pas pr&#233;sentable, et elle n'est pas non plus une id&#233;es r&#233;gulatrice au sens kantien&#034; (Jacques Derrida, Le concept du 11 septembre, Paris, Galil&#233;e, 2004). Toujours &#034;&#224; venir&#034;, cette d&#233;mocratie, dont le concept est le seul &#034;qui accueille la possibilit&#233; de s'am&#233;liorer ind&#233;finiment&#034;, est aux antipodes du &#034;concept absolu de d&#233;mocratie&#034; auquel tendrait le d&#233;veloppement historique selon Hardt et Negri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Multitude, op. cit., p. 393&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Ibid. pp 166, 185, 250.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Paolo Virno, entretien avec Amador Fernandez-Savater in Viejo Topo, juillet 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Voir Daniel Bensa&#239;d, le chapitre &#034;Lutter n'est pas jouer&#034;, in Marx l'intempestif, Paris, Fayard, 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Multitude, op. cit. p. 404.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Ibid, p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Walter Benjamin, neuvi&#232;me th&#232;se sur le Concept d'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Ibid. dixi&#232;me th&#232;se&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Multitude, op. cit., p. 115.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Ibid. p. 278.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Ibid. p. 324.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Benjamin a ironiquement plac&#233; en exergue de sa treizi&#232;me th&#232;se consacr&#233;e &#224; d&#233;construire l'id&#233;ologie du progr&#232;s illimit&#233;, une phrase de Jospeh Dietzgen embl&#233;matique de cette id&#233;ologie : &#034;Tous les jours notre cause devieent plus claire, et tous les jours le peuple devient plus sage&#034;. Tous les jours, la multitude m&#251;rit, pourrait-on ironiser...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Multitude, op. cit. p. 400.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De : Daniel Bensa&#239;d&lt;br class='autobr' /&gt;
jeudi 12 mai 2005&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'indice optimum de radicalit&#233;</title>
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		<dc:subject>La gauche</dc:subject>

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&lt;p&gt;1. Le capitalisme est d'abord radicalement anti-social. &lt;br class='autobr' /&gt;
Attaques contre l'assurance-maladie par l'introduction de tarifs &#224; diff&#233;rents niveaux, affaiblissement des possibilit&#233;s de syndicalisation, n&#233;gociation collective sur le coup de la r&#233;pression , d&#233;t&#233;rioriation du statut des ch&#244;meurs et ch&#244;meuses, stagnation des salaires, pressions &#224; la progresssion du temps de travail (par semaine- par ann&#233;e pour la vie ; flexibilisation de la main-d'&#339;uvre et d&#233;veloppement de la pr&#233;carit&#233;, toutes les &#034; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Debats-politiques-" rel="directory"&gt;D&#233;bats politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-La-gauche-+" rel="tag"&gt;La gauche&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1. Le capitalisme est d'abord radicalement anti-social.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attaques contre l'assurance-maladie par l'introduction de tarifs &#224; diff&#233;rents niveaux, affaiblissement des possibilit&#233;s de syndicalisation, n&#233;gociation collective sur le coup de la r&#233;pression , d&#233;t&#233;rioriation du statut des ch&#244;meurs et ch&#244;meuses, stagnation des salaires, pressions &#224; la progresssion du temps de travail (par semaine- par ann&#233;e pour la vie ; flexibilisation de la main-d'&#339;uvre et d&#233;veloppement de la pr&#233;carit&#233;, toutes les &#034; r&#233;formes &#034; engag&#233;es aujourd'hui manifestent une volont&#233; de rupture radicale avec le principe de solidarit&#233; Ce dernier vise &#224; d&#233;connecter la satisfaction des besoins du revenu individuel est alors battu en br&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Le capitalisme contemporain est ensuite profond&#233;ment corrompu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;des comptes truqu&#233;s ; des cabinets comptables v&#233;reux ; des paradis fiscaux discrets o&#249; le premier ministre du Canada lui-m&#234;me est impliqu&#233; ; des banques d'affaires peu regardantes ; des patrons qui se sucrent abondamment. Les affaires en cascade (Enron aux Etats-Unis, Parmalat en Italie, Adecco en Suisse ou Manesmann en Allemagne, au Canada...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. le capitalisme fait aujourd'hui courir aux habitants de la plan&#232;te des dangers radicaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;son incapacit&#233; &#224; lutter contre l'effet de serre ou contre les ravages du Sida renvoie &#224; un facteur commun, &#224; savoir une volont&#233; dogmatique d'apporter des solutions marchandes &#224; des probl&#232;mes qui ne peuvent &#234;tre trait&#233;s par un simple am&#233;nagement des march&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;le fantasme du march&#233; mondial qui consiste &#224; penser que la libert&#233; absolue de circulation du capital - et la d&#233;fiscalisation qui en est la condition - peuvent fonder une organisation rationnelle de l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre libre &#233;change&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'affirmation du droit absolu des Etats d&#233;pendants, ou de groupes d'Etats, &#224; contr&#244;ler par des taxes appropri&#233;es leur insertion dans le march&#233; monial, et donc une opposition r&#233;solue &#224; tous lesdispositifs qui leur d&#233;nient ce droit ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre la sacralisation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;. D'abord sur la nature du bien poss&#233;d&#233; : on met, en effet, sur le m&#234;me plan &#224; la fois les biens &#224; usage personnel, dont les individus jouissent seuls ou avec leur famille, et les moyens n&#233;cessaires &#224; la production (terre, immeubles, infrastructures productives, usines et magasins, etc.). La seconde confusion - bien plus grave encore - porte sur le contenu m&#234;me du rapport de propri&#233;t&#233; : on met alors au m&#234;me niveau la possession d'un bien qui, &#224; un titre ou &#224; un autre, d&#233;coule du travail personnel de son propri&#233;taire, et la possession d'un bien qui r&#233;sulte de l'appropriation privative de tout ou partie d'un travail social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre l'appropriation privative du travail socialis&#233;, et qui constitue l'essence m&#234;me de la propri&#233;t&#233; capitaliste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des buts et des r&#233;sultats majeurs du processus de d&#233;r&#233;glementation et de privatisation des deux derni&#232;res d&#233;cennies a &#233;t&#233; d'&#233;tendre consid&#233;rablement la sph&#232;re de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Dans ce contexte, la question de la forme de la propri&#233;t&#233; des moyens de production, de communication et d'&#233;change, curieusement devenue une questiontaboue pour les dirigeants syndicaux et politiques comme pour la majorit&#233; des intellectuels de gauche, ne l'est pas pour la bourgeoisie mondiale : pour celle-ci, la propri&#233;t&#233; a une importance strat&#233;gique dont elle ne fait pas myst&#232;re (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de la sph&#232;re du capital priv&#233;, on assiste ainsi, depuis vingt ans, &#224; une transformation profonde de la d&#233;finition m&#234;me de la propri&#233;t&#233;, des &#034; droits &#034; qui lui sont aff&#233;rents (ceux de l'actionnariat devenu tout-puissant) et des attentes que les actionnaires peuvent &#034; l&#233;gitimement &#034; nourrir en termes de rentabilit&#233; de leurs parts de propri&#233;t&#233;. La &#034; contre-r&#233;volution conservatrice &#034; prend appui sur la revitalisation contemporaine de cette institution tr&#232;s particuli&#232;re du capitalisme qu'est le march&#233; des titres (la Bourse). Cette institution garantit aux actionnaires, en dehors des crises financi&#232;res graves, la &#034; liquidit&#233; &#034; de leurs actions, c'est-&#224;-dire la possibilit&#233; de se d&#233;faire &#224; volont&#233; de cette fraction de leur propri&#233;t&#233; qui a pris la forme de parts d'entreprises. Les march&#233;s boursiers sont pass&#233;s en quelques ann&#233;es du statut de march&#233;s o&#249; se n&#233;gocient des titres &#224; celui de march&#233;s o&#249; des entreprises enti&#232;res sont n&#233;goci&#233;es, &#233;chang&#233;es, agglom&#233;r&#233;es ou d&#233;mantel&#233;es (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;chelle internationale, l'Accord g&#233;n&#233;ral sur le commerce des services (AGCS), dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), vise, sous couvert de libert&#233;, &#224; transformer des services publics (notamment d'enseignement et de sant&#233;) en march&#233;s. Ceux-ci ne deviendraient accessibles qu'&#224; ceux qui en ont les moyens mon&#233;taires, comme c'est d&#233;j&#224; en partie le cas aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terrain le plus r&#233;cent de l'offensive est celui de l'appropriation priv&#233;e des connaissances scientifiques, ainsi que de cette forme particuli&#232;re de patrimoine commun de l'humanit&#233; que sont les m&#233;canismes de production et de reproduction biologique et la biodiversit&#233;. Le capital entend d&#233;sormais accaparer l'ensemble des conditions tant mat&#233;rielles qu'intellectuelles du proc&#232;s de production, oeuvre du travail historique, social, de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, chaque fois qu'un groupe pharmaceutique appose son brevet sur un m&#233;dicament, il s'approprie des connaissances scientifiques produites socialement et financ&#233;es publiquement. Car le produit brevet&#233; est toujours la cons&#233;quence &#224; la fois d'une longue accumulation g&#233;n&#233;rale de savoirs faite ind&#233;pendamment du groupe qui brev&#232;te ; et le r&#233;sultat de travaux pr&#233;cis de chercheurs qui souvent travaillent dans les laboratoires d'un ou de plusieurs pays. Le brevet organise et d&#233;fend juridiquement ce processus d'expropriation des chercheurs et des pays qui les financent. Il permet ensuite aux groupes oligopolistiques de transformer le savoir social ainsi privatis&#233; en m&#233;canisme d'extraction de flux de rentes et en instrument de domination sociale et politique (6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plan&#232;te et l'ensemble de ses richesses - qu'elles soient min&#233;rales, v&#233;g&#233;tales ou animales - devraient &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme le patrimoine commun et indivis de l'humanit&#233; tout enti&#232;re, pr&#233;sente et &#224; venir. Toute appropriation privative de ces richesses devient ill&#233;gitime. Tout au plus peut-il &#234;tre reconnu &#224; tout ou partie de l'humanit&#233; (individu ou collectivit&#233;) un droit d'usage sur une partie de ces richesses, &#224; condition que cet usage ne soit pas pr&#233;judiciable au restant de l'humanit&#233;, pr&#233;sente ou future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de moyens sociaux de production (moyens produits par un travail socialis&#233; et ne pouvant &#234;tre mis en oeuvre que par un travail socialis&#233;) devrait faire la place &#224; une tout autre conception. La propri&#233;t&#233; de pareils moyens devrait revenir &#224; la soci&#233;t&#233; (potentiellement &#224; l'humanit&#233; dans son ensemble). Un premier pas consisterait &#224; affirmer la pr&#233;&#233;minence du droit des travailleurs sur celui des propri&#233;taires-actionnaires et des managers, notamment pour tout ce qui concerne les d&#233;cisions affectant directement leurs conditions de travail et d'existence. Mais il faut aussi d&#233;fendre le principe que les questions relatives &#224; la production et &#224; l'usage de ces moyens _ les lieux de leur implantation, les choix technologiques pour leur d&#233;veloppement _ devront relever de la d&#233;cision de la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, l'appropriation priv&#233;e des &#233;quipements collectifs, des services publics, des fonds socialis&#233;s de protection sociale devrait &#234;tre tenue pour fondamentalement ill&#233;gitime. De m&#234;me, tout individu a droit &#224; une part de la richesse produite, r&#233;sultat d'un travail vivant largement socialis&#233;, et d'un travail ant&#233;rieur accumul&#233; sous forme de connaissances scientifiques et de moyens de production qui sont le produit de l'humanit&#233; pass&#233;e tout enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective de la gauche socialiste radicale est la mieux ajust&#233;e aux param&#232;tres de la situation actuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La r&#233;forme de l'ONU et le mouvement altermondialiste</title>
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		<dc:date>2005-03-05T21:52:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Mouvement altermondialisation</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les Nations unies sont &#224; la crois&#233;e des chemins. Elles n'ont pas vraiment d&#233;m&#233;rit&#233;, elles n'ont pas du tout convaincu. &lt;br class='autobr' /&gt; 28 f&#233;vrier 2005 &lt;br class='autobr' /&gt;
Elles sont l'objet d'une immense attente, celle d'une institution qui assurerait la r&#233;gulation d'un syst&#232;me international de plus en plus ressenti comme inique et dangereux, d'une d&#233;fense possible des droits de tous les peuples et des droits des Etats les moins influents et difficilement ma&#238;tres de leur destin sur la sc&#232;ne internationale, dits les Etats (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les Nations unies sont &#224; la crois&#233;e des chemins. Elles n'ont pas vraiment d&#233;m&#233;rit&#233;, elles n'ont pas du tout convaincu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;28 f&#233;vrier 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont l'objet d'une immense attente, celle d'une institution qui assurerait la r&#233;gulation d'un syst&#232;me international de plus en plus ressenti comme inique et dangereux, d'une d&#233;fense possible des droits de tous les peuples et des droits des Etats les moins influents et difficilement ma&#238;tres de leur destin sur la sc&#232;ne internationale, dits les Etats &#034; faibles &#034;, par rapport aux Etats incontournables, soit les Etats &#034; forts &#034;. Elles suscitent une immense d&#233;ception, celle qui na&#238;t de l'illusion du droit par rapport &#224; la r&#233;alit&#233; du pouvoir, de la vell&#233;it&#233; de solutions &#233;quitables ramen&#233;e en fin de compte au r&#244;le d'une chambre d'enregistrement au service des puissances occidentales et des puissantes entreprises internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu aujourd'hui est consid&#233;rable. Il s'agit de la construction d'un syst&#232;me international et d'instances politiques qui contreviennent &#224; la globalisation des &#233;changes &#233;conomiques et &#224; la primaut&#233; du march&#233; mondial. Il s'agit aussi de r&#233;pondre &#224; la construction de la paix et au r&#232;glement des conflits dans un monde o&#249; la guerre devient la r&#232;gle. Il s'agit enfin de s'&#233;lever contre l'unilat&#233;ralisme et aux in&#233;galit&#233;s g&#233;opolitiques et aussi de sortir du t&#234;te &#224; t&#234;te entre les Etats et les entreprises en laissant une place &#224; de nouveaux acteurs, notamment le monde associatif et les collectivit&#233;s locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Nations Unies sont au centre de ce d&#233;bat mais elles ne r&#233;sument pas &#224; elles seules le syst&#232;me international. Il existe d'autres acteurs et d'autres institutions, notamment les accords directs n&#233;s de la diplomatie entre Etats, des alliances militaires, des institutions sp&#233;cialis&#233;es, des internationales politiques, des diasporas, des r&#233;seaux transnationaux de toute nature. Mais les Nations Unies occupent une situation strat&#233;gique, elles sont les seules &#224; d&#233;tenir une l&#233;gitimit&#233; qui se r&#233;f&#232;re &#224; un int&#233;r&#234;t collectif international commun, qui se veut une &#233;tape vers l'int&#233;r&#234;t de l'Humanit&#233; ; elles remplissent plus ou moins bien la fonction d'une communaut&#233; politique n&#233;cessaire au fondement du droit international. On peut le v&#233;rifier &#224; travers la tentative de mise en place d'une nouvelle forme de pouvoir international, l'actuel G8 , qui a cherch&#233; clairement &#224; se d&#233;gager des Nations Unies, en les marginalisant et les subordonnant, alors que ses propositions s'y r&#233;f&#232;rent constamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la r&#233;forme des Nations Unies est devenue centrale. Cependant, elle cache plusieurs r&#233;ponses. Nous n'oublions pas les arguments, qui ont leur l&#233;gitimit&#233;, de ceux qui estiment que ce n'est qu'une question secondaire qui d&#233;tourne de l'essentiel et qu'on ne peut rien attendre des Nations Unies, et qui pensent m&#234;me que leur subordination &#224; la logique dominante ou leur disparition auraient au moins le m&#233;rite de clarifier la situation et de dissiper les illusions.Ces positions jouent leur r&#244;le dans la prise de conscience et l'analyse critique. Du point de vue des propositions, nous centrerons notre r&#233;flexion sur les positions qui structurent l'espace du d&#233;bat et les affrontements sur les r&#233;formes. Pour certains, les Nations Unies devraient devenir le syst&#232;me politique de la mondialisation lib&#233;rale, un m&#233;lange d'institutions du type Banque mondiale, FMI et OMC d'une part et une alliance militaire du type OTAN de l'autre. Les tenants du r&#233;formisme mod&#233;r&#233; estiment que l'existence d'une r&#233;gulation, m&#234;me partielle et peu efficace, est d&#233;j&#224; un objectif en soi. Il s'agit de faire attention &#224; ne pas casser la machine en donnant tout le pouvoir &#224; l'unilat&#233;ralisme am&#233;ricain, il faut se contenter de quelques am&#233;nagements lorsque possibles. Les tenants d'une r&#233;forme radicale estiment qu'il faut accepter les risques d'une remise en cause qui marque une rupture n&#233;cessaire compte tenu de la nature des enjeux. C'est dans cette perspective que nous nous situons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de savoir si les Nations Unies sont r&#233;formables ou non ne nous para&#238;t pas d&#233;terminant en soi. La question est de savoir comment d&#233;finir une r&#233;forme radicale et comment lui permettre de s'imposer ? La d&#233;finition d'une orientation et l'&#233;tat des lieux permettent assez facilement de d&#233;finir les r&#233;formes n&#233;cessaires. Mais ces r&#233;formes ne s'imposeront pas d'elles-m&#234;mes. Les Nations Unies ont montr&#233; leur capacit&#233; &#224; &#233;voluer. Cr&#233;&#233;es dans le contexte de la guerre froide, elles ont &#233;t&#233; capables de se saisir de la question de la d&#233;colonisation et d'y contribuer. Il y a une question strat&#233;gique. Faisons l'hypoth&#232;se que le mouvement altermondialiste peut-&#234;tre le porteur de cette transformation. La question des alliances se pose alors pour l'imposer. Une question de m&#233;thode aussi, celle qui permet de relier une perspective d'ensemble avec les luttes et les mobilisations pour des r&#233;formes particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche propos&#233;e est la suivante : partir des enjeux de la p&#233;riode et des d&#233;fis qui se posent aux institutions internationales, la mondialisation, les guerres, le droit international ; explorer &#224; partir de l'&#233;tat des lieux les perspectives nouvelles ; d&#233;finir les orientations et la ligne directrice d'une refondation, la d&#233;mocratie mondiale et le contrat social mondial ainsi que la place strat&#233;gique du droit international ; formaliser un axe strat&#233;gique, celui des mouvements et des luttes pour la d&#233;mocratisation du syst&#232;me international, avec une double n&#233;cessit&#233; : inscrire chacune de ces propositions de d&#233;mocratisation dans la perspective de la d&#233;mocratie mondiale ; inscrire chacun des fronts pour la d&#233;mocratisation dans une alliance plus large pour la refonte du syst&#232;me international ; expliciter les propositions de r&#233;formes radicales et s'interroger sur les forces sociales et politiques qui peuvent les porter ainsi que sur les alliances possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etat des lieux et perspectives&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une triple contre-offensive men&#233;e par les puissances initiatrices de ce qu'est devenu le G7 puis le G8, caract&#233;rise, &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970, la nouvelle situation internationale. Elle concerne la crise de la d&#233;colonisation fond&#233;e sur la gestion de la crise de la dette et la d&#233;rive autoritaire des r&#233;gimes du Tiers Monde ; l'effondrement de l'empire sovi&#233;tique confront&#233; &#224; la course aux armements et au d&#233;ni de la d&#233;mocratie et des libert&#233;s ; la fin du compromis social de l'apr&#232;s-guerre mis &#224; mal par les politiques de lib&#233;ralisation et de pr&#233;carisation sociale. Les Nations Unies qui ont construit leur nouveau cours sur la guerre froide et la d&#233;colonisation sont directement interpell&#233;es. Elles sont aussi confront&#233;es &#224; la mont&#233;e de l'unilat&#233;ralisme des Etats-Unis, s&#251;rs de leur force et de leur bon droit, qui se soucient de moins en moins des apparences et entendent r&#233;genter les relations internationales en fonction de leurs int&#233;r&#234;ts et de leur conception du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique atteint son apog&#233;e apr&#232;s la chute du mur de Berlin. Elle est r&#233;sum&#233;e par deux affirmations p&#233;remptoires. &#034; La fin de l'histoire &#034; formalis&#233;e par Fukuyama, suppose que la r&#233;gulation par le march&#233;, affich&#233;e comme consubstantielle de la d&#233;mocratie, constitue un horizon ind&#233;passable et que l'expansion du commerce mondial et l'ajustement des soci&#233;t&#233;s au march&#233; mondial sont les seuls fondements des politiques &#233;conomiques et sociales. &#034; Le choc des civilisations &#034; formalis&#233; par Huntington, suppose que le fondement des conflits et des guerres ne rel&#232;ve pas des in&#233;galit&#233;s et des d&#233;pendances, elle s'inscrit dans le long terme et justifie, face aux int&#233;r&#234;ts inconciliables, une approche d'abord militaire et imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence du mouvement altermondialiste, en contrepoint de cette &#233;volution, porte d&#232;s la fin des ann&#233;es 1990, la prise de conscience des effets n&#233;gatifs de ces politiques et de la nature du syst&#232;me. La contestation met en &#233;vidence les deux questions qui sont au c&#339;ur de la raison d'&#234;tre des Nations Unies : la pr&#233;servation de la paix et le r&#232;glement des conflits ; le cadre international favorable &#224; la transformation des soci&#233;t&#233;s dans le sens de la lutte contre la pauvret&#233; et les in&#233;galit&#233;s et de l'am&#233;lioration des conditions de vie des peuples. L'analyse de la situation et un retour critique sur l'&#233;volution permettent d'identifier les pistes n&#233;cessaires &#224; une refondation des perspectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ONU a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e pour assurer la paix. Elle a jou&#233; un r&#244;le dans des situations importantes : la guerre froide, la d&#233;colonisation , les accords de d&#233;sarmement nucl&#233;aire . Mais, la d&#233;colonisation et la fin de la guerre froide n'ont pas amen&#233; la paix. Les zones de conflits augmentent et la population qui y vit approche le milliard. La nature des conflits s'&#233;largit. Les guerres li&#233;es au contr&#244;le des ressources et des territoires sont toujours d'actualit&#233;, la dimension identitaire des conflits s'accentue alliant s&#233;gr&#233;gation spatiale et purification dite &#034; ethnique &#034;. Les conflits r&#233;gionaux et intra-&#233;tatiques s'&#233;ternisent. La dialectique entrem&#234;l&#233;e des terrorismes de r&#233;seaux et des terrorismes d'Etat fait r&#233;gresser les droits civils et politiques au nom d'un &#034; choc des civilisations &#034; qui justifie la l&#233;gitimation du &#034; non-droit &#034; et de la torture, la strat&#233;gie des guerres du fort au faible et la surprise de d&#233;couvrir la capacit&#233; des faibles &#224; trouver la vuln&#233;rabilit&#233; des forts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;ception vient de ce que l'ONU, brandie comme r&#233;f&#233;rence &#224; chaque occasion, se r&#233;v&#232;le impuissante &#224; emp&#234;cher les conflits et manquent de moyens pour faire respecter les droits des peuples. Elle n'a pas de force propre, les Etats ne respectent pas leurs engagements et il n'y a pas de sanctions possibles. Les Etats affirment vouloir d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de l'Humanit&#233; mais sont surtout soucieux des leurs. Le Conseil de s&#233;curit&#233; est discr&#233;dit&#233; par sa pratique du &#034; deux poids, deux mesures &#034; dans le r&#232;glement des conflits. Ses cinq membres permanents, disposant du droit de veto, sont les principaux exportateurs d'armes et fauteurs de guerre. Quand ils sont d'accord, c'est le droit du plus fort ; quand ils ne le sont pas, c'est la paralysie ! La multiplication des crises internationales et la mont&#233;e de l'unilat&#233;ralisme alimentent la crise du syst&#232;me des Nations Unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;finir de nouvelles perspectives, il serait utile de renouveler la pens&#233;e sur la construction de la paix. Alors que la construction de la guerre est en perp&#233;tuel renouvellement, la mani&#232;re de faire la paix ne se d&#233;marque pas des conceptions du 18&#232;me et 19&#232;me si&#232;cles. Les politiques se r&#233;f&#232;rent &#224; Talleyrand (la primaut&#233; de la raison d'Etat et de l'int&#233;r&#234;t national) et Clausewitz (la guerre comme la continuation de la politique) ; on y retrouve sous leurs formes anciennes, les conceptions de l'int&#233;r&#234;t national et de la souverainet&#233; nationale ; la raison d'Etat affranchie de toute r&#232;ge morale ; l'institutionnalisation des alliances des vainqueurs ; la r&#233;f&#233;rence &#224; des principes sans contr&#244;le d'application ; des r&#232;gles d'arbitrage &#224; g&#233;om&#233;trie variable. Les nouvelles conceptions de la paix s'appuient sur des r&#233;flexions anciennes ; la philosophie de la paix perp&#233;tuelle de Kant date en effet de 1795 et le pacifisme faisait partie des d&#233;bats politiques du 19&#232;me si&#232;cle. Trois pistes nouvelles peuvent &#234;tre avanc&#233;es. D'abord, repenser la liaison entre la pr&#233;vention et le r&#232;glement des conflits, la lutte contre la pauvret&#233; et les in&#233;galit&#233;s dans la pens&#233;e du d&#233;veloppement, la d&#233;fense des droits individuels et collectifs. Ensuite, tirer partie des exp&#233;riences nouvelles d'espaces construits sur l'affirmation du rapport entre la paix et la d&#233;mocratie, par exemple dans l'Union Europ&#233;enne ou &#224; travers les accords d'Helsinki sur la s&#233;curit&#233; commune en Europe. Enfin, la pens&#233;e sur la violence, sur les formes d'oppression, de terreur et de r&#233;sistances, sur les conditions du monopole de la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation dans sa phase actuelle, n&#233;olib&#233;rale, ouvre la crise du syst&#232;me des relations internationales fond&#233;e sur les accords internationaux de l'apr&#232;s-guerre. La nouvelle gouvernance &#233;conomique mondiale mise en place par le G5 de Tokyo instaure les fondements du syst&#232;me international, &#224; savoir : la libre circulation g&#233;n&#233;ralis&#233;e des capitaux dans un contexte de forts d&#233;ficits publics, le libre &#233;change dans un espace de mise en concurrence mondial, la pr&#233;&#233;minence des firmes multinationales, l'ajustement au march&#233; mondial dans le cadre du consensus de Washington pilot&#233; par le FMI et la Banque mondiale, la r&#233;gulation du syst&#232;me mon&#233;taire assur&#233;e par les banques centrales et particuli&#232;rement la FED des Etats-Unis. La mise en place de l'OMC avec son Organe de R&#232;glement des diff&#233;rends vient couronner le cadre institutionnel de la mondialisation lib&#233;rale. Il assure l'&#233;largissement et la primaut&#233; du march&#233; mondial et organise la pr&#233;&#233;minence du droit des affaires sur les autres aspects du droit international .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement altermondialiste, dans la diversit&#233;, a largement contribu&#233; &#224; la prise de conscience des effets n&#233;gatifs des politiques li&#233;es &#224; la phase actuelle de la mondialisation. La croissance mondiale se traduit par un accroissement de la pauvret&#233; et des in&#233;galit&#233;s li&#233;es aux discriminations, les in&#233;galit&#233;s entre le Nord et le Sud sont croissantes et alimentent les conflits, les violences et les guerres, les limites de l'&#233;cosyst&#232;me plan&#233;taire sont atteintes dans la destruction de la nature, des ressources non renouvelable et de l'environnement et mettent en danger les droits des g&#233;n&#233;rations futures ; l'ins&#233;curit&#233; sociale renforce l'intol&#233;rance et met en danger les libert&#233;s et la d&#233;mocratie. La conception du d&#233;veloppement est au centre des fondements du syst&#232;me international . Le syst&#232;me des Nations Unies est confront&#233; &#224; cette situation d'un double point de vue. D&#232;s le d&#233;part, avant m&#234;me le n&#233;olib&#233;ralisme, la r&#233;gulation &#233;conomique n'est pas de ses pr&#233;rogatives. La doctrine dominante dans le syst&#232;me des Nations Unies est alors le fonctionnalisme, qui pr&#233;conise un syst&#232;me de relations entre Etats sur les domaines &#233;conomiques, sociaux et culturels favorables &#224; la paix et qui s&#233;pare les questions de s&#233;curit&#233; des questions &#233;conomiques. La tentative des pays d&#233;colonis&#233;s, dans les ann&#233;es 1960, d'utiliser les Nations Unies pour d&#233;finir un &#034; nouvel ordre &#233;conomique international &#034;, un cadre favorable au d&#233;veloppement du tiers monde, souvent con&#231;u en termes de &#034; rattrapage &#034;, s'est depuis longtemps heurt&#233;e &#224; l'hostilit&#233; virulente des Etats-Unis et du camp occidental, ces derniers d&#233;cidant alors de marginaliser les Nations Unies et de cr&#233;er le G5 futur G8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Nations Unies ne sont pas rest&#233;es inactives face &#224; cette strat&#233;gie de marginalisation. Elles ont particip&#233; au d&#233;bat sur la conception du d&#233;veloppement et lui ont donn&#233; une certaine l&#233;gitimit&#233;. En organisant de grandes Conf&#233;rences multilat&#233;rales sur les questions urgentes, les Nations Unies ont &#233;vit&#233; la r&#233;f&#233;rence rituelle au d&#233;veloppement durable, le danger d'un consensus douteux qui nierait le caract&#232;re contradictoire et conflictuel des mod&#232;les et des politiques de d&#233;veloppement. Cette conception du d&#233;veloppement durable, au-del&#224; des effets de mode, se r&#233;f&#232;re aux propositions qui ont &#233;t&#233; discut&#233;es dans les forums civils des grandes conf&#233;rences multilat&#233;rales, &#224; Rio (d&#233;veloppement et environnement), &#224; Copenhague (d&#233;veloppement social), &#224; Vienne (Droits de l'Homme), &#224; P&#233;kin (place des femmes), au Caire (population), &#224; Istanbul (l'habitat et les villes), &#224; Durban (racisme), &#224; Kyoto (climat), &#224; Johannesburg (lutte contre la pauvret&#233;) etc . Ce sont ces propositions qui ont converg&#233; &#224; partir de Seattle. On y retrouve les grandes lignes pour un d&#233;veloppement durable qui soit &#233;conomiquement efficace, &#233;cologiquement soutenable, socialement &#233;quitable, d&#233;mocratiquement fond&#233;, g&#233;opolitiquement acceptable, culturellement diversifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut souligner l'inadaptation des Nations Unies, dans leur conception actuelle, &#224; la r&#233;gulation &#233;conomique. La discussion sur le d&#233;veloppement est centrale, doit tenir compte de deux &#233;l&#233;ments nouveaux, la critique des plans d'ajustement structurels et de la lib&#233;ralisation, d'une part, et le d&#233;bat sur les limites du mod&#232;le productiviste confront&#233; au nouveau paradigme &#233;cologique, aux limites de l'&#233;cosyst&#232;me et &#224; l'&#233;chec de la transformation sovi&#233;tique, d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la question du d&#233;veloppement n'est pas ind&#233;pendante de la question du r&#232;glement des conflits et de leur pr&#233;vention. La paix est une condition du d&#233;veloppement. L'opinion, tr&#232;s r&#233;pandue suivant laquelle la stabilit&#233; est la condition n&#233;cessaire et pr&#233;alable au d&#233;veloppement est souvent fond&#233;e. Pour autant, la stabilit&#233; ne peut pas justifier le soutien &#224; des r&#233;gimes autoritaires et impopulaires. Plus fondamentalement, on ne peut ignorer que le d&#233;veloppement en tant que mise en mouvement et recherche d'un changement social, implique des conflits &#233;conomiques, sociaux, culturels, nationaux. Il s'inscrit dans une situation marqu&#233;e d&#233;j&#224; par des luttes. L'hypoth&#232;se du r&#232;glement pacifique des conflits dans les syst&#232;mes politiques d&#233;mocratiques est &#233;videmment la plus int&#233;ressante mais elle n'est pas suffisante. Les syst&#232;mes d&#233;mocratiques ne sont pas int&#233;gralement garants de l'assurance d'un changement social dans le sens d'une plus grande justice et d'une plus grande solidarit&#233;. Sans r&#233;duction des injustices et des in&#233;galit&#233;s, la d&#233;mocratie s'affaiblit et perd sa l&#233;gitimit&#233; ; elle ne permet plus le r&#232;glement pacifique des conflits. D'autant que la mondialisation, dans ses formes actuelles, les exacerbe. Elle affaiblit la r&#233;gulation publique et la correction des d&#233;s&#233;quilibres. Elle subordonne la libert&#233; de circulation des personnes &#224; la libert&#233; de circulation des capitaux et des marchandises, vidant les pays de leurs comp&#233;tences humaines, assignant &#224; r&#233;sidence les peuples, niant les droits les plus &#233;l&#233;mentaires des personnes. Les nouveaux conflits, marqu&#233;s par la d&#233;sesp&#233;rance du manque de perspectives, redoublent de sectarisme. L'absence de limites ext&#233;rieures et de dissuasion conduit aux d&#233;chirements extr&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie implique donc une double condition, que la majorit&#233; ne soit pas dirig&#233;e par une minorit&#233;, et que la majorit&#233; respecte les droits des minorit&#233;s. Faute d'en tenir compte, la purification ethnique s'infiltre et redouble la s&#233;gr&#233;gation sociale. Le rapport entre la question nationale et la question sociale a marqu&#233; la derni&#232;re p&#233;riode historique ; la question mondiale en modifie l'articulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les pistes qui se d&#233;gagent pour la refondation d'une pens&#233;e du d&#233;veloppement et du syst&#232;me international correspondant, nous soulignerons trois aspects : le commerce mondial et la monnaie, le droit des peuples &#224; choisir leur mod&#232;le de d&#233;veloppement, l'articulation entre les niveaux de gouvernance &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ralisation du commerce, estime la CNUCED a accentu&#233; les probl&#232;mes structurels des pays les plus pauvres : un endettement insoutenable, la baisse des cours des mati&#232;res premi&#232;res, le sida et les conflits arm&#233;s. Loin de faciliter leur d&#233;veloppement, elle a conduit &#224; une d&#233;sindustrialisation dans les pays pauvres. Le commerce mondial ne peut contribuer &#224; la r&#233;duction de la pauvret&#233; que si le d&#233;veloppement national pr&#233;c&#232;de l'int&#233;gration mondiale. Dans l'architecture des relations internationales, il faudra revoir le rapport entre la monnaie et le commerce. Le commerce n'a pas de raison d'&#234;tre essentiellement mondial. L'affirmation lib&#233;rale que le commerce est &#224; traiter en premier sans se soucier du plan mon&#233;taire avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; combattue par Keynes . La question mon&#233;taire mondiale est un pr&#233;alable. Il existe des propositions d'inspiration keyn&#233;sienne (changes fixes contre changes flottants, financement d'interm&#233;diation contre financement de march&#233;, contr&#244;le des mouvements de capitaux &#224; l'&#233;chelle internationale contre leur libre circulation), y compris la proposition d'une monnaie de r&#232;glement internationale avec r&#233;gionalisation mon&#233;taire. Il existe peu de propositions alternatives au commerce mondial lib&#233;ral. L'&#233;conomiste nord-am&#233;ricain G. De Martino propose que le commerce international soit r&#233;gul&#233; sur une base multilat&#233;rale, au sein d'une Organisation mondiale du commerce &#233;quitable, sur des bases profond&#233;ment renouvel&#233;es. L'objectif du commerce international ne serait plus l'accroissement des PIB, mais le d&#233;veloppement des capacit&#233;s et des libert&#233;s r&#233;elles des citoyens de chaque pays ; ni la maximisation de la richesse mon&#233;taire, mais l'accroissement des possibilit&#233;s pour chacun de satisfaire ses besoins essentiels, entendus au sens large. Amartya Sen, l'&#233;conomiste indien (Prix Nobel 1998), a montr&#233; que le d&#233;veloppement des &#034; capacit&#233;s &#034; humaines &#233;tait un objectif &#233;conomique bien pr&#233;f&#233;rable &#224; celui de la croissance. Par capacit&#233;s, il faut comprendre : s'&#233;duquer, &#234;tre en bonne sant&#233;, participer &#224; la vie sociale et politique, choisir son emploi librement, ... la liste des &#034; capacit&#233;s &#034; est infinie. L'id&#233;e de la &#034; politique commerciale &#233;quitable &#034; est de prot&#233;ger les pays qui d&#233;veloppent les capacit&#233;s de leurs citoyens de la concurrence d&#233;loyale des pays qui sacrifient le social pour abaisser leurs co&#251;ts de production. Il s'agirait en quelque sorte d'un accord multilat&#233;ral anti-dumping social. La protection r&#233;sulterait d'une modulation des droits de douane en fonction des performances de chaque pays : les pays &#034; vertueux &#034; auraient des droits de douane plus &#233;lev&#233;s, leur permettant de prot&#233;ger leurs producteurs de la concurrence des pays &#034; vicieux &#034;, qui n'auraient quant &#224; eux pas le droit de se prot&#233;ger. Une piste qui m&#233;rite d'&#234;tre d&#233;battue... Chaque peuple a le droit de choisir son mod&#232;le de d&#233;veloppement. C'est la philosophie qui pr&#233;side largement &#224; la D&#233;claration sur le droit au d&#233;veloppement adopt&#233;e en 1986 dans le cadre de l'ONU. C'est aussi une condition de r&#233;ussite des politiques de d&#233;veloppement. Une politique de d&#233;veloppement doit &#234;tre d&#233;finie par rapport &#224; une situation, aux dynamismes internes et &#224; la mobilisation de la soci&#233;t&#233;. Ce qui implique la reconqu&#234;te des souverainet&#233;s nationales en mati&#232;re mon&#233;taire et de d&#233;veloppement y compris en mati&#232;re de politiques fiscales, salariales, financi&#232;res et sociales. La responsabilit&#233; interne des r&#233;gimes et des Etats nationaux n'est pas annul&#233;e pour autant ; au contraire, leur responsabilit&#233; est engag&#233;e, face &#224; leurs peuples, sur les orientations, particuli&#232;rement en ce qui concerne le respect des droits humains. On ne peut lutter contre l'id&#233;e que tous les Etats sont forc&#233;ment corrompus, bureaucratiques, inefficaces sans mener la lutte contre les d&#233;viations bureaucratiques, technocratiques et autoritaires des Etats. La question de la d&#233;mocratie est essentielle. La compatibilit&#233; entre d&#233;veloppement et d&#233;mocratie n'est pas m&#233;caniste, elle d&#233;pend d'un choix politique volontaire. Le m&#233;pris pour les aspirations d&#233;mocratiques et les libert&#233;s a &#233;t&#233; le fossoyeur des r&#233;gimes issus des ind&#233;pendances. Mais, la r&#233;f&#233;rence &#224; la d&#233;mocratie, et aux libert&#233;s, ne peut pas &#234;tre rh&#233;torique. Et, la question de la d&#233;mocratie ne peut pas &#234;tre r&#233;duite &#224; un nouveau dogme, celui de l'identit&#233; entre le march&#233; et la d&#233;mocratie. La d&#233;mocratisation est une des conditions de la mobilisation et de l'engagement pour le d&#233;veloppement. Elle fonde la n&#233;cessit&#233; et la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat comme garant de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, instrument des politiques sociales de r&#233;partition et de distribution, et porteur des liens sociaux qui fondent le d&#233;veloppement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;forme du syst&#232;me international repose sur la prise en compte des &#233;chelles de la transformation sociale, sur l'articulation des &#233;chelles locales, nationales, des grandes r&#233;gions et mondiale. C'est dans cette articulation que se construit le cadre institutionnel de la d&#233;mocratie mondiale. L'&#233;chelle locale est celle de la satisfaction des besoins, du rapport entre population et territoire, du rapport entre d&#233;mocratie et d&#233;veloppement. Le renforcement des collectivit&#233;s locales, la d&#233;centralisation citoyenne, le d&#233;veloppement local sont prioritaires. La d&#233;mocratie de proximit&#233; porte les deux formes de repr&#233;sentation, la d&#233;l&#233;gation et la participation. Le fonctionnement et l'acc&#232;s aux services de base devraient &#234;tre les fondements des politiques locales. Le syst&#232;me international devrait en faire une priorit&#233; et soutenir les dynamismes locaux. L'&#233;chelle nationale garde toute sa pertinence, elle est n&#233;cessaire si on veut fonder les politiques publiques sur la dur&#233;e et l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. C'est l'&#233;chelle de la r&#233;gulation sociale, de la r&#233;gulation sectorielle et spatiale au niveau de l'am&#233;nagement du territoire, de la r&#233;gulation &#233;cologique et de la pr&#233;servation des int&#233;r&#234;ts des g&#233;n&#233;rations futures. L'&#233;chelle nationale est celle de l'&#233;galit&#233; et de la redistribution &#224; travers ses diff&#233;rentes formes notamment les tarifs, la fiscalit&#233;, la r&#233;partition des rentes. L'&#233;chelle macro-&#233;conomique est celle du pouvoir de l'Etat, de la coh&#233;rence et du pilotage ; elle doit &#234;tre d'abord nationale et non l'instrument privil&#233;gi&#233; du contr&#244;le ext&#233;rieur. L'&#233;chelle sectorielle est celle de la ma&#238;trise des techniques, de l'organisation de la production et du travail ; le syst&#232;me international devrait ouvrir des perspectives par rapport &#224; la domination des oligopoles et des march&#233;s financiers. L'organisation de grandes r&#233;gions g&#233;oculturelles devrait &#234;tre syst&#233;matiquement encourag&#233;e, comme r&#233;ponses possibles &#224; la mondialisation et en tant qu'espace alternatif de d&#233;veloppement. C'est aussi l'&#233;chelle pertinente du r&#232;glement des conflits et de la pr&#233;servation de la paix. La r&#233;gionalisation doit correspondre &#224; une vision politique large qui, au-del&#224; de la question mon&#233;taire, inclue la construction d'espaces sociaux, d'espaces de production, de march&#233;s, d'&#233;changes r&#233;gionaux et d'accords de pr&#233;servation et de consolidation d&#233;mocratique. L'architecture du syst&#232;me mondial doit favoriser le d&#233;veloppement au service des peuples et lutter contre les in&#233;galit&#233;s sociales, &#233;cologiques et g&#233;opolitiques. La redistribution doit aussi &#234;tre mise en &#339;uvre au niveau international par une fiscalit&#233; internationale et par le r&#233;&#233;quilibrage des termes de l'&#233;change. C'est l'int&#233;r&#234;t des propositions comme celle de l'instauration des &#233;cotaxes et des taxes sur les transactions financi&#232;res &#224; court terme. Cette &#233;volution n&#233;cessite la construction d'institutions internationales &#224; la fois efficaces, d&#233;mocratiques et v&#233;ritablement d&#233;di&#233;es &#224; ces objectifs de gestion des ressources communes et de redistribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne directrice de la d&#233;mocratie mondiale et le droit international&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La refondation des Nations Unies doit prendre en compte les deux dimensions essentielles, la construction de la paix et le r&#232;glement des conflits, d'une part, le syst&#232;me de relations internationales favorisant la transformation des soci&#233;t&#233;s dans un sens de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;, de l'autre. L'analyse de l'&#233;tat des lieux et des perspectives a montr&#233; que le d&#233;bat est ouvert et que plusieurs &#233;volutions sont possibles. Pour aller plus loin dans la d&#233;finition d'une strat&#233;gie, il convient de pr&#233;ciser les orientations qui caract&#233;risent la d&#233;marche propos&#233;e. Proposons une ligne directrice organis&#233;e autour de deux imp&#233;ratifs : une nouvelle constitution du monde fond&#233;e sur la d&#233;mocratie mondiale ; un contrat social mondial fond&#233; sur le respect et la garantie des droits, tant civils et politiques, qu'&#233;conomiques, sociaux et culturels. L'&#233;volution du droit international est aujourd'hui, du point de vue de cette ligne directrice, le lieu strat&#233;gique des confrontations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sur la d&#233;mocratie mondiale fonde la volont&#233; d'une nouvelle constitution du monde. Ce d&#233;bat doit &#234;tre in&#233;vitablement pris en compte dans celui qui est pos&#233; par les Nations Unies et qui nous occupe dans ce livre. Il s'inscrit dans une perspective d&#233;limit&#233;e par trois &#233;l&#233;ments nouveaux : la prise de conscience du caract&#232;re anti-d&#233;mocratique du syst&#232;me mondial existant ; l'id&#233;e qu'une d&#233;mocratie mondiale est possible ; la convergence des pratiques et des luttes pour une d&#233;mocratisation du syst&#232;me mondial. Ce qui permet de caract&#233;riser le syst&#232;me comme anti-d&#233;mocratique ce sont les in&#233;galit&#233;s g&#233;opolitiques et particuli&#232;rement les rapports de domination Nord-Sud ; les in&#233;galit&#233;s sociales qui sont fond&#233;es sur les discriminations ; le non-respect des droits des g&#233;n&#233;rations futures. Elle traduit la conviction que ces contradictions se traduisent toujours par la remise en cause des droits et la violation des libert&#233;s individuelles et collectives. Pour penser la d&#233;mocratie, l'&#233;chelle mondiale est pertinente. La mondialisation le confirme &#224; travers son caract&#232;re contradictoire. Encore faut-il se demander comment penser &#224; l'&#233;chelle mondiale. On ne peut simplement transposer la mani&#232;re de penser la d&#233;mocratie &#224; l'&#233;chelle nationale. En partant des concepts dons nous disposons, formalis&#233;s dans les ruptures pr&#233;c&#233;dentes, il nous faut construire les nouveaux concepts correspondant &#224; la p&#233;riode de rupture que nous vivons, d'o&#249; l'importance d'associer &#233;troitement mouvements citoyens, pratiques sociales et &#233;laboration th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion sur la d&#233;mocratie combine deux entr&#233;es : la d&#233;mocratie consid&#233;r&#233;e comme une exigence et une valeur, et donc comme un choix politique ; la d&#233;mocratie consid&#233;r&#233;e comme un mod&#232;le de fonctionnement des institutions. Ces deux entr&#233;es restent pertinentes au niveau mondial, mais elles ne s'en d&#233;duisent pas lin&#233;airement. La d&#233;mocratie mondiale n'est pas l'addition des d&#233;mocraties nationales, les institutions d&#233;mocratiques mondiales ne d&#233;coulent pas des institutions nationales, seraient-elles toutes d&#233;mocratiques. En tant que valeur, si on retient comme d&#233;finition &#034; l'exigence pour les &#234;tres humains de prendre en charge leur avenir individuel et collectif &#034;, la d&#233;mocratie prend tout son sens &#224; l'&#233;chelle mondiale. D'autant que cette &#233;chelle, depuis la d&#233;colonisation, est celle qui rapproche la conception des civilisations de celle de l'Humanit&#233;. Les objectifs de la d&#233;mocratie se sont pr&#233;cis&#233;s historiquement avec la recherche de la paix, la pr&#233;vention des guerres et le r&#232;glement pacifique des conflits ; le respect des droits et des libert&#233;s individuels et collectifs ; la satisfaction des besoins essentiels et la justice sociale ; la ma&#238;trise par chaque collectivit&#233; de son avenir. Ces objectifs renvoient bien aux contradictions majeures de la soci&#233;t&#233; mondiale actuelle. Du point de vue du fonctionnement des institutions, la d&#233;mocratie renvoie au gouvernement par le peuple. Le syst&#232;me mondial est un syst&#232;me inter&#233;tatique ; m&#234;me si la Charte des Nations Unies ouvrait d'autres perspectives en commen&#231;ant par &#034; Nous, les peuples ... &#034; ! D&#233;j&#224; qu'au niveau de chaque pays, la d&#233;finition des rapports entre peuples, nations et Etats n'est pas simple, la transposer &#224; l'&#233;chelle mondiale reste tout aussi probl&#233;matique. Peut-on parler d'un peuple-monde, form&#233; des peuples du monde, qui serait le fondement de la d&#233;mocratie mondiale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fonctionnement des institutions renvoie &#224; la question de la majorit&#233;. Une d&#233;mocratie n'est pas imaginable si une majorit&#233; est soumise &#224; la loi d'une minorit&#233;. Mais on comprend mieux aujourd'hui qu'une d&#233;mocratie est vici&#233;e quand les droits des minorit&#233;s ne sont pas respect&#233;s. La notion m&#234;me de minorit&#233; est en cause : distinguer une minorit&#233; renvoie &#224; l'homog&#233;n&#233;it&#233; des autres confondus dans une majorit&#233; ; les groupes culturels partag&#233;s par des fronti&#232;res sont consid&#233;r&#233;s comme une somme de minorit&#233;s ; et que dire des femmes consid&#233;r&#233;es comme une minorit&#233; ! A l'&#233;chelle mondiale, la question de la situation de la majorit&#233; des habitants de la plan&#232;te demeure telle quelle dans son acuit&#233;, mais la notion de minorit&#233; perd beaucoup de son sens. Pour traiter de cette question, il est int&#233;ressant de revenir &#224; la d&#233;finition des droits individuels et collectifs et de mettre l'accent sur les discriminations et leur r&#244;le structurel dans les in&#233;galit&#233;s ; &#224; commencer par les discriminations entre les genres. Il faut aussi poser la question de la garantie des droits. Certes, il revient aux Etats de garantir les droits, mais qui garantit les Etats de droit ? C'est l&#224; qu'intervient la question des citoyens et de la citoyennet&#233;. La question de la repr&#233;sentation est aussi essentielle. Le d&#233;bat entre d&#233;mocratie repr&#233;sentative et d&#233;mocratie directe a retrouv&#233; une nouvelle vigueur avec la d&#233;mocratie participative. La r&#233;flexion sur la d&#233;mocratie repr&#233;sentative est tr&#232;s marqu&#233;e par l'inscription dans la souverainet&#233; nationale, le peuple est souverain par la Nation, et renvoie au mod&#232;le de l'Etat nation qui a &#233;t&#233; le point d'arriv&#233;e du droit &#224; l'autod&#233;termination. Ce mod&#232;le qui continue &#224; fonctionner pour beaucoup comme une &#233;vidence, n'est pas transposable &#224; l'&#233;chelle mondiale ; pour le reconstruire, il faudra passer par une phase de d&#233;construction. C'est le r&#244;le du citoyen et la mise en perspective d'une citoyennet&#233; mondiale qui pourrait servir de fil conducteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche par les droits, par l'&#233;galit&#233; d'acc&#232;s aux droits, dessine la perspective d'un contrat social mondial. Dans chaque soci&#233;t&#233; et au niveau mondial, la prise de conscience de l'impasse port&#233;e par le mod&#232;le dominant de la transformation sociale, celui de l'ajustement structurel, progresse. Une contre tendance chemine dans le mouvement altermondialiste qui fait &#233;cho &#224; l'&#233;volution du droit international. Il est possible de r&#233;guler l'&#233;conomie et les &#233;changes &#224; partir du respect des droits ; des droits civils et politiques autant que des droits &#233;conomiques, sociaux et culturels. Dans chaque mobilisation, cette r&#233;f&#233;rence aux droits est de plus en plus centrale. Elle se d&#233;gage d'ailleurs des Forums sociaux qui revendiquent l'&#233;galit&#233; d'acc&#232;s aux droits et la garantie de cet acc&#232;s par les instances publiques. Cela constitue une alternative &#224; la r&#233;gulation n&#233;olib&#233;rale qui impose aux soci&#233;t&#233;s une r&#233;gulation fond&#233;e sur les r&#232;gles du march&#233; mondial fond&#233; sur la logique du march&#233; mondial des capitaux et la dictature des actionnaires. L'approche par le respect des droits est une r&#233;ponse aux contradictions mises en avant pour contester les politiques n&#233;olib&#233;rales : la lutte contre les in&#233;galit&#233;s sociales ne peuvent pas &#234;tre r&#233;gl&#233;es par la croissance, elle implique la lutte contre les discriminations et une r&#233;flexion sur la nature de la croissance ; la lutte pour les droits des g&#233;n&#233;rations futures caract&#233;rise notre conception du paradigme &#233;cologique ; les droits des peuples et la lutte contre les dominations g&#233;opolitiques et les guerres marquent notre conception des rapports Nord-Sud. La modernisation la plus int&#233;ressante est celle du respect, de la garantie et de l'approfondissement des droits fondamentaux ; que les droits, civils et politiques et aussi, &#233;conomiques, sociaux et culturels, permettent la r&#233;gulation la plus int&#233;ressante des soci&#233;t&#233;s, y compris des march&#233;s ; que la nouvelle politique &#233;conomique est celle qui organise l'acc&#232;s de tous aux services de base, la satisfaction des besoins fondamentaux et des aspirations populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat international sur les droits est ouvert. La perspective est celle d'un nouveau contrat social mondial. Elle inclut la pluralit&#233; des conceptions en mati&#232;re de politiques de d&#233;veloppement. L'approche par les droits renouvelle la conception du d&#233;veloppement et les interrogations sur les rapports entre croissance et d&#233;veloppement, croissance et redistribution, d&#233;veloppement et environnement, d&#233;veloppement et d&#233;mocratie. La nature de la croissance est questionn&#233;e ; elle ne peut-&#234;tre rabattue sur la croissance mon&#233;taire et marchande. Elle est caract&#233;ris&#233;e par les luttes contre les in&#233;galit&#233;s et les discriminations qui fondent les politiques &#233;conomiques. Sans ignorer l'importance des situations sp&#233;cifiques et des approches culturelles, l'universalit&#233; des droits est reconnue ; particuli&#232;rement entre les droits civils et politiques et les droits &#233;conomiques, sociaux et culturels. Ils devraient &#234;tre tous justiciables et d'application directe devant les tribunaux. De nombreux droits &#233;conomiques, sociaux et culturels le sont d&#233;j&#224;. La conciliation entre les droits en conflits, dans chaque situation, caract&#233;rise la nature des politiques. Prenons les exemples du droit &#224; la sant&#233; par rapport au droit &#224; la propri&#233;t&#233; intellectuelle dans le cas des m&#233;dicaments g&#233;n&#233;riques, ou encore le droit au relogement en cas d'expulsion du logement par rapport au droit de propri&#233;t&#233;, etc. L'approche par les droits renouvelle l'approche des &#233;valuations ; elle leur donne un cadre commun de coh&#233;rence. Dans cette perspective les modalit&#233;s d'&#233;valuation prennent toute leur importance : ind&#233;pendance des instances d'&#233;valuation par rapport aux institutions, d&#233;bat public et contradictoire laissant leur place aux diff&#233;rents acteurs sociaux et &#224; la pluralit&#233; des expertises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit international ne peut &#234;tre fond&#233; que sur la D&#233;claration Universelle des Droits de l'Homme et la Charte des Nations Unies. C'est le point fixe autour duquel construire le syst&#232;me des relations internationales, le point d'appui qui donne sa l&#233;gitimit&#233; aux Nations Unies dans le syst&#232;me mondial. La mobilisation du droit et l'approfondissement du droit sont pour le mouvement altermondialiste des objectifs strat&#233;giques ; le droit international est de ce point de vue un terrain d'affrontement central dans la lutte contre la mondialisation n&#233;olib&#233;rale et la d&#233;finition d'un autre monde. Le droit international devra permettre de garantir les droits fondamentaux. Dans le contexte de la mondialisation, comment garantir les droits ? La garantie des droits interroge alors la nature et la l&#233;gitimit&#233; des pouvoirs. La premi&#232;re approche consiste &#224; d&#233;terminer les responsabilit&#233;s ; celles du pouvoir politique et particuli&#232;rement des Etats et des institutions internationales et celles du pouvoir &#233;conomique et particuli&#232;rement des entreprises et des multinationales. D&#232;s lors qu'une violation des droits est &#233;tablie, il faut pouvoir interpeller ceux qui par leurs actions ou leurs politiques en sont responsables. Cette approche renvoie &#224; la justiciabilit&#233; des droits et &#224; la d&#233;finition des instances de recours &#224; l'&#233;chelle de la mondialisation. Elle implique un r&#233;am&#233;nagement du r&#244;le des institutions publiques dans la garantie des droits, notamment entre les &#233;chelles institutionnelles locales, nationales, r&#233;gionales et mondiales. Elle induit un approfondissement de la conception de la citoyennet&#233; et du r&#244;le des citoyens dans la garantie des droits. Cette &#233;volution a &#233;t&#233; amorc&#233;e par les Nations Unies dans la pr&#233;paration du Protocole additionnel facultatif au Pacte international relatif aux droits &#233;conomiques, sociaux et culturels. Ce protocole a &#233;t&#233; demand&#233; par la Conf&#233;rence Mondiale de Vienne sur les Droits de l'Homme, en 1993. Il reconna&#238;trait aux particuliers et aux groupes le droit de pr&#233;senter des plaintes formelles relatives au non-respect du Pacte. Ce serait un pas en avant consid&#233;rable vers la justiciabilit&#233; des droits et la reconnaissance de l'indivisibilit&#233; des droits civils et politiques et des droits &#233;conomiques, sociaux et culturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons &#224; titre d'exemple quelques unes des discussions qui aujourd'hui d&#233;finissent l'&#233;volution du droit international. Le droit international doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un instrument. Aujourd'hui, c'est surtout un outil au service des entreprises multinationales. Peut-il devenir un instrument au service des citoyens ? L'ambigu&#239;t&#233; de la relation entre globalisation &#233;conomique et universalisme des droits de l'homme demeure, le &#034; droit de la mondialisation &#034; &#224; vocation &#233;conomique est beaucoup plus rapide et plus efficace que la &#034; mondialisation du droit &#034; qui permettrait le rapprochement des droits nationaux sous l'influence des droits de l'homme. Elle renvoie aux discussions sur la hi&#233;rarchie des normes, entre les r&#232;gles internationales et les r&#232;gles nationales. La r&#233;organisation des pouvoirs concerne le r&#244;le de l'Etat. Ce dernier a perdu le contr&#244;le de ses fronti&#232;res que les acteurs priv&#233;s, en dehors des travailleurs migrants et de demandeurs d'asile, traversent ouvertement selon des strat&#233;gies d&#233;sormais globales. Il perd aussi le contr&#244;le de la r&#232;gle de droit, inadapt&#233;e aux r&#233;seaux transnationaux (ceux du commerce, mais aussi du crime organis&#233; ou de la communication par l'Internet). La discussion sur la &#034; soft law &#034;, sur le rapport entre la bonne volont&#233; des codes de bonne conduite et l'&#233;diction par des autorit&#233;s publiques de normes contraignantes rebondit avec la responsabilit&#233; sociale et environnementale des entreprises. La mondialisation est &#224; l'origine de nouvelles formes d'impunit&#233; de certains agents du march&#233; qui modifient et accentuent la corruption internationale. Le principe de pr&#233;caution et de vigilance pourrait fonder des responsabilit&#233;s p&#233;nales internationales. Les droits strat&#233;giques des p&#233;riodes pr&#233;c&#233;dentes, droit des peuples &#224; l'autod&#233;termination, droits des minorit&#233;s, sont toujours d'actualit&#233; mais doivent &#234;tre interrog&#233;s face aux nouvelles situations. La co-responsabilit&#233; dans les questions &#233;conomiques mondiales a &#233;t&#233; pos&#233;e &#224; plusieurs reprises, notamment &#224; l'occasion de la gestion de la crise de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme nous l'avons affirm&#233; au d&#233;part, le fondement du droit international, ne peut &#234;tre que la D&#233;claration universelle des droits de l'Homme et la Charte des Nations Unies. A cette condition, le droit international peut-&#234;tre porteur d'une nouvelle modernit&#233;. Il permettrait alors aux mouvements citoyens dans chaque pays de se mobiliser pour faire avancer les situations. Les citoyens pourraient ainsi avoir, par ce moyen, un recours si leurs droits sont viol&#233;s. Les Nations Unies peuvent s'ouvrir &#224; la complexit&#233; des soci&#233;t&#233;s, reconna&#238;tre les acteurs &#233;mergents, leur donner une l&#233;gitimit&#233;. Ils peuvent encourager les Etats &#224; garantir les droits et &#224; renforcer, par l&#224; m&#234;me, leur l&#233;gitimit&#233;. Voici la base d'une refondation des Nations Unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'axe strat&#233;gique de la d&#233;mocratisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne directrice de la d&#233;mocratie mondiale et du contrat social mondial donne une orientation et une perspective de refondation du syst&#232;me international et des Nations Unies. Nous proposons de prendre comme axe strat&#233;gique de leur mise en &#339;uvre les mouvements et les luttes pour la d&#233;mocratisation des relations internationales. L'ensemble de ces mouvements ne convergera pas spontan&#233;ment vers une d&#233;mocratie mondiale. Dans chacun de ces mouvements, il y a des orientations oppos&#233;es et ces mouvements peuvent &#234;tre contradictoires entre eux. C'est en d&#233;fendant dans chacun de ces mouvements les propositions compatibles avec les orientations et en les faisant converger autour d'un projet de d&#233;mocratie mondiale que ces luttes seront porteuses d'une refondation du syst&#232;me international. D'autant que les propositions d'am&#233;lioration d&#233;fendues par les mouvements ne sont pas en soi r&#233;cup&#233;rables ou radicales, c'est la situation et l'inscription dans un projet qui les caract&#233;risera. D'autant aussi que la d&#233;mocratie n'est pas un syst&#232;me id&#233;al qu'il faut d&#233;finir puis appliquer, c'est un processus qui ne se r&#233;duit pas &#224; ses modalit&#233;s d'application. La d&#233;marche n'est donc pas une recherche du mod&#232;le optimal, c'est celle d'un processus, d'un cheminement ; celui qui permet de relier &#233;laboration et mouvements, mobilisation et travail intellectuel, th&#233;ories et pratiques sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes pour la d&#233;mocratisation du syst&#232;me mondial peuvent &#234;tre inscrites dans un projet de d&#233;mocratie mondiale si elles se r&#233;f&#233;rent aux grandes contradictions qui ont &#233;t&#233; mises en &#233;vidence : la pr&#233;vention des guerres et un r&#232;glement pacifique des conflits fond&#233;s sur le respect des droits individuels et collectifs ; les in&#233;galit&#233;s Nord Sud qui d&#233;coulent d'un syst&#232;me de domination ; les discriminations et les in&#233;galit&#233;s sociales ; le respect des droits de g&#233;n&#233;rations futures et les in&#233;galit&#233;s &#233;cologiques. Dans chacun de ces mouvements, la r&#233;f&#233;rence aux Nations Unies s'impose comme une &#233;vidence et chacune de ces luttes d&#233;finit des propositions de r&#233;forme des Nations Unies. Nous illustrerons ces propositions dans cinq domaines : les luttes et mouvement pour le droit international, pour l'annulation de la dette, pour la fiscalit&#233; internationale, pour la responsabilit&#233; sociale et environnementale des entreprises, pour la r&#233;forme des institutions financi&#232;res internationales. Nous reprendrons dans cette partie quelques unes des perspectives d&#233;j&#224; abord&#233;es qui permettront d'esquisser dans la partie suivante les r&#233;formes propos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes pour la d&#233;mocratisation du syst&#232;me international accordent une importance strat&#233;gique au droit international. Elles appuient les avanc&#233;es du droit international qui va dans le sens d'une d&#233;mocratie mondiale. Elles d&#233;fendent l'universalit&#233; des droits, des droits civils et politiques et des droits &#233;conomiques, sociaux et culturels. Elles combattent la place exorbitante donn&#233;e dans le droit international au droit des affaires &#224; travers les accords de l'OMC. Elles d&#233;fendent les propositions qui sont avanc&#233;es par la Commission des Droits de l'Homme des Nations Unies pour la justiciabilit&#233; des droits &#233;conomiques sociaux et culturels et pour la saisine individuelle et citoyenne d'instances judiciaires de recours, nationales et internationales, pour juger des violations des droits. Elles proposent aussi de fonder, sur l'&#233;galit&#233; des droits, un droit international des migrations. Le point d'achoppement actuel reste celui de l'acceptation d'un syst&#232;me international de plaintes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Seattle, en 1999, que le mouvement altermondialiste s'est engag&#233; sur une id&#233;e claire : le droit international ne peut pas &#234;tre subordonn&#233; au droit des affaires. L'OMC cr&#233;&#233;e en 1994 &#224; Marrakech, avait d&#232;s le d&#233;part, affirm&#233; qu'elle n'avait aucun lien avec l'ONU et qu'elle n'&#233;tait pas li&#233;e par les textes des Nations Unies. C'&#233;tait d'autant plus extraordinaire que tous les membres de l'OMC, &#224; une ou deux exceptions pr&#232;s, sont &#233;galement membres de l'ONU et donc, en temps qu'Etats, sont tenus de respecter les documents qu'ils ont sign&#233;s et ratifi&#233;s .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Haut Commissariat aux droits de l'Homme des Nations Unies , s'appuyant sur les propositions des experts et de diff&#233;rentes ONG &#224; avanc&#233; de nombreuses propositions pour encourager les Etats &#224; int&#233;grer les droits &#233;conomiques, sociaux et culturels dans leurs orientations strat&#233;giques, s'assurer de la compatibilit&#233; des d&#233;cisions et des documents strat&#233;giques avec le respect des droits et pour promouvoir l'approche par les droits ,soumettre syst&#233;matiquement tous les accords internationaux &#224; un contr&#244;le parlementaire et au d&#233;bat citoyen dans tous les pays concern&#233;s, soumettre les institutions internationales, quelle que soit leur nature, au respect des pactes et des accords internationaux, assurer l'&#233;galit&#233; d'acc&#232;s aux services collectifs de base Les luttes pour la d&#233;mocratisation concernent l'annulation de la dette pr&#233;alable &#224; toute politique de financement du d&#233;veloppement. La gestion de la crise de la dette a servi aux pays dominants pour remettre au pas les pays du Sud et mettre fin aux espoirs n&#233;s de la d&#233;colonisation. Il est temps d'admettre que la poursuite de cette politique insupportable met aujourd'hui en danger la paix du monde. La campagne pour l'annulation de la dette, qui a culmin&#233; avec Jubil&#233;e 2000, a montr&#233; que les opinions publiques, dans le Sud comme dans le Nord en sont de plus en plus conscientes. Il n'y a pas de risques majeurs &#224; annuler la dette, les solutions techniques et &#233;conomiques sont connues, c'est une question de choix politique. Du point de vue de l'&#233;conomie mondiale, l'annulation de la dette permettrait de relancer l'activit&#233; dans les zones atteintes par les crises financi&#232;res et mon&#233;taires. Mais, cette annulation doit absolument s'inscrire dans la perspective d'une r&#233;forme du syst&#232;me international qui a g&#233;n&#233;r&#233; la dette. La mobilisation citoyenne mondiale peut peser sur les avanc&#233;es du droit international. Il y a l&#224; de r&#233;elles possibilit&#233;s tant du point de vue des conceptions que du point de vue des politiques imm&#233;diates. Dans un premier temps, elles concernent l'annulation du stock de la dette pour les pays les plus pauvres et la &#034; d&#233;flation &#034; du service de la dette, sur la base de crit&#232;res sociaux, pour les pays interm&#233;diaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence au droit international permet un r&#232;glement &#233;quitable de la question de la dette et permettrait d'&#233;viter qu'elle ne se reproduise apr&#232;s son annulation. Le refus de l'impunit&#233; permettrait de r&#233;cup&#233;rer les avoirs &#224; l'ext&#233;rieur issus des malversations et des corruptions. La coresponsabilit&#233; des emprunteurs et des pr&#234;teurs permettrait de discuter de la l&#233;gitimit&#233; des dettes devant des instances juridiques comp&#233;tentes. La responsabilit&#233; de l'&#233;volution des taux de change et des taux d'int&#233;r&#234;t et de leurs cons&#233;quences sur la dette devrait &#234;tre appr&#233;ci&#233;e par des instances de recours. Il serait ainsi possible, compte tenu des remboursements d&#233;j&#224; effectu&#233;s, d'appr&#233;cier ce qui resterait, &#233;ventuellement, &#224; rembourser. L'annulation de la dette pr&#233;figurerait ainsi la mise en place d'un syst&#232;me &#233;conomique fond&#233; sur le droit international. La m&#233;thode du cas par cas opposant un pays pauvre et endett&#233; &#224; l'ensemble des pays riches cr&#233;anciers est exorbitante du point de vue du droit et de la justice. Une conf&#233;rence des Nations Unies devrait &#234;tre convoqu&#233;e pour discuter globalement de la dette, du droit international de l'endettement et de la r&#233;forme des institutions financi&#232;res internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes pour la d&#233;mocratisation portent sur la fiscalit&#233; internationale. Cette fiscalit&#233; internationale d&#233;coule d'une triple n&#233;cessit&#233; : permettre de compenser la redistribution massive des pauvres vers les riches qui caract&#233;rise la mondialisation aujourd'hui, d&#233;gager des ressources n&#233;cessaires au financement du d&#233;veloppement, lutter contre les externalit&#233;s n&#233;gatives de l'organisation du syst&#232;me international (sp&#233;culation financi&#232;re, limites &#233;cologiques, ventes d'armes, drainage des cerveaux, etc.). La fiscalit&#233; internationale, en elle-m&#234;me ne suffit pas &#224; r&#233;soudre tous les probl&#232;mes, mais elle s'inscrit dans une r&#233;orientation des fondements du syst&#232;me international : financement des biens publics mondiaux, sauvegarde et d&#233;veloppement des biens communs, lutte contre le &#034; dumping social &#034; et le &#034; dumping fiscal &#034;, substitution d'une redistribution fond&#233;e sur les droits &#224; la vision caritative de l' &#034; aide des riches aux pauvres &#034;, financement des budgets des autorit&#233;s publiques et des institutions internationales. En partie gr&#226;ce au mouvement altermondialiste, et notamment &#224; ATTAC, la fiscalit&#233; internationale sort progressivement du champ de la vision id&#233;aliste. De nombreuses &#233;tudes et propositions sont en cours qui donnent des ordres de grandeur et proposent des mesures applicables. On pourra se reporter &#224; diff&#233;rents travaux du Programme des Nations Unies pour le d&#233;veloppement (PNUD) et de la CNUCED ainsi qu'&#224; des &#233;valuations des parlements belges, canadiens, anglais, etc. Une &#233;tude de ATTAC , estime &#224; 694 milliards de dollars le total des taxes actuellement propos&#233;es dans les diff&#233;rentes conf&#233;rences internationales. Il s'agit des taxes sur les transactions financi&#232;res &#224; court terme (issue d'un r&#233;am&#233;nagement des propositions de Tobin), d'une taxe unitaire sur les b&#233;n&#233;fices des mille plus grandes entreprises internationales, d'une taxe sur les investissements ext&#233;rieurs ne correspondant qu'&#224; des rachats et non &#224; des cr&#233;ations de capacit&#233;s productives, d'un imp&#244;t sur les tr&#232;s grandes fortunes, des &#233;cotaxes (&#233;mission de carbone, plutonium et d&#233;chets nucl&#233;aires, transports a&#233;riens), des taxes sur les ventes d'armes et sur le pillage des cerveaux et la protection des patrimoines. Les conditions d'une fiscalit&#233; internationale, li&#233;e &#224; l'harmonisation des politiques fiscales nationales, sont d'abord politiques. Elle implique la volont&#233; de lutter contre les paradis fiscaux et la criminalit&#233; financi&#232;re et de d&#233;finir les cadres d'&#233;valuation et de contr&#244;le correspondants. Elle est un des &#233;l&#233;ments fondamentaux de la r&#233;forme des Nations Unies et des institutions internationales qui la composent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes pour la d&#233;mocratisation mettent en avant le contr&#244;le du pouvoir &#233;conomique et plus particuli&#232;rement des firmes multinationales consid&#233;r&#233;es comme les acteurs d&#233;terminants de la modernit&#233; port&#233;e par la mondialisation lib&#233;rale. Elles refusent le dogme de la lib&#233;ralisation fond&#233;e sur des privatisations qui conduisent &#224; des oligopoles surpuissants &#233;chappant &#224; tout contr&#244;le. Elles refusent la toute puissance des march&#233;s financiers et de leur logique destructrice. Elles d&#233;fendent le respect des droits et la d&#233;mocratie dans les entreprises. Elles avancent que la responsabilit&#233; sociale des entreprises ne peut &#234;tre fond&#233;e sur le volontariat des dirigeants des entreprises et doit reposer sur une r&#233;glementation d&#233;finie par des politiques publiques et mise en &#339;uvre par des instances de r&#233;gulation publique. Les propositions ne manquent pas &#224; travers les diff&#233;rentes campagnes. Soulignons d'abord les quatre th&#232;mes qui ont amorc&#233; l'ancrage du droit du travail dans le droit international : la libert&#233; syndicale et associative, la lutte contre les discriminations, l'interdiction du travail forc&#233; et l'interdiction du travail des enfants. Cette campagne pr&#233;sente deux grandes avanc&#233;es, d'une part la mise en avant de l'Organisation Internationale du Travail (OIT) comme une des r&#233;f&#233;rences des institutions internationales et une alternative dans ses objectifs et ses modalit&#233;s &#224; l'OMC ; d'autre part la mobilisation, certes encore timide et en d&#233;fendant pour certaines d'entre elles des orientations discutables, des organisations syndicales comme composante du mouvement altermondialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sur la responsabilit&#233; sociale et environnementale des entreprises est un nouveau front en pleine effervescence, ouvert par les critiques avec une double n&#233;cessit&#233; : inscrire chacune de ces propositions de d&#233;mocratisation dans la perspective de la d&#233;mocratie mondiale ; inscrire chacun des fronts pour la d&#233;mocratisation dans une alliance plus large pour la refonte du syst&#232;me international ; adress&#233;es aux grandes entreprises par le mouvement associatif et syndical et que ces entreprises tentent aujourd'hui de r&#233;cup&#233;rer &#224; travers l'OCDE et le World Business Council for Sustainable Development. R&#233;sumons, pour montrer les enjeux la prise de position, sur le Global Compact, pacte propos&#233; par les Nations Unies aux grandes entreprises, des associations au contre-sommet de juin 2004 &#224; New York . &#034; Nous appelons les Nations Unies &#224; inscrire la responsabilit&#233; des entreprises dans un cadre juridique et contraignant... Le Compact influence n&#233;gativement les Nations Unies, et affaiblit ses institutions (PNUD, UNICEF, OMS, UNIFEM )... Le Compact d&#233;tourne les gouvernements et les Nations Unies et les dissuade de s'attaquer &#224; la r&#233;glementation de la Responsabilit&#233; Sociale et Environnementale des Entreprises (RSEE)... Total, Shell, Rio Tinto, Nestl&#233; et BP se pr&#233;valent du Compact mais en violent les principes. Le Compact est une couverture de relations publiques... Nous sommes les repr&#233;sentants d'ONG diverses qui croient &#224; la n&#233;cessit&#233; de Nations Unies, fortes et financ&#233;es par des gouvernements... Plut&#244;t que de d&#233;velopper les valeurs sociales dans le march&#233;, le Global Compact introduit la commercialit&#233; dans les Nations Unies. Seules les Nations Unies donnent le cadre l&#233;gitime &#224; la formulation de r&#232;gles et de normes sur la RSEE. La sous-commission des Nations Unies pour les Droits de l'Homme a adopt&#233; en Ao&#251;t 2003 des &#034; Normes sur les responsabilit&#233;s des Entreprises multinationales et autres Entreprises commerciales en regard aux droits de l'homme &#034;. Ces normes red&#233;finissent les principes du droit international applicable aux affaires en mati&#232;re de droits humains, loi humanitaire, droit international du travail, droit de l'environnement, droit des consommateurs, droit anti-corruption... Ces lois ne r&#233;duisent pas la responsabilit&#233; des gouvernements, elles sont applicables par les gouvernements... Les ONG appellent le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des Nations Unies &#224; organiser une conf&#233;rence internationale sur la mise en &#339;uvre de ces normes ; &#224; faire &#233;voluer le Global Compact dans ce sens ou &#224; le supprimer &#034;. Le droit international progresse aussi &#224; travers l'action des associations ; prenons l'exemple des tribunaux d'opinion et particuli&#232;rement du Tribunal permanent pour les droits des peuples (TPP) qui a explor&#233; depuis la d&#233;colonisation les voies aujourd'hui emprunt&#233;es par les institutions internationales. Ainsi, la session du TPP apr&#232;s la catastrophe industrielle de Bhopal a formalis&#233; les Dix principes de Bhopal sur la responsabilit&#233; des entreprises qui servent de r&#233;f&#233;rence aux associations &#233;cologistes, de d&#233;fense des droits humains et de solidarit&#233; internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes pour la d&#233;mocratisation concernent les institutions financi&#232;res internationales, le FMI, la Banque mondiale . Les institutions financi&#232;res internationales et l'OMC, avec le scandaleux d&#233;s&#233;quilibre entre le Nord, c'est &#224; dire les anciennes puissances coloniales, et le Sud, doivent &#234;tre compl&#232;tement red&#233;finies. Il faut certes des institutions financi&#232;res internationales pour agir dans la dur&#233;e, mais il est difficile de faire confiance aux orientations et au fonctionnement des institutions actuelles. On attend sp&#233;cifiquement de ces institutions, d'une part, la stabilit&#233; du syst&#232;me mon&#233;taire et la pr&#233;vention des crises financi&#232;res et, d'autre part, un syst&#232;me financier qui favorise un d&#233;veloppement respectueux des droits humains. D'autant que ces deux institutions ont construit leur h&#233;g&#233;monie sur la pens&#233;e du d&#233;veloppement et ont su utiliser cet investissement intellectuel pour asseoir leur pouvoir. On peut aussi, pour le moins, en attendre qu'elles fonctionnent d&#233;mocratiquement. Dans les institutions de Bretton-Woods, la responsabilit&#233; directe est celle des actionnaires et plus particuli&#232;rement des actionnaires majoritaires, des pays les plus riches qui sont regroup&#233;s dans l'OCDE. Il s'agit de limiter les comp&#233;tences de ces institutions &#224; leur mission et de leur refuser le r&#244;le de tutelle des pays pauvres qui leur a &#233;t&#233; attribu&#233; par les pays riches, par le bloc majoritaire des actionnaires de l'&#233;conomie mondiale qui dirigent aujourd'hui ces institutions. Il s'agit aussi de les int&#233;grer au syst&#232;me des Nations Unies qui pr&#233;sente le double avantage au niveau de ses principes de ne pas reposer pas sur des suffrages censitaires (un dollar, une voix) et d'avoir comme charte fondatrice la d&#233;claration universelle des droits de l'Homme et la Charte des Nations Unies. La premi&#232;re mesure que l'on peut proposer pour la r&#233;forme des institutions internationales est de soumettre la Banque mondiale et le FMI &#224; une &#233;valuation de leurs politiques et de leur fonctionnement. Cette &#233;valuation, publique et contradictoire, devrait &#234;tre confi&#233;e &#224; une instance ind&#233;pendante, dans le syst&#232;me des Nations Unies. La possibilit&#233; d'une saisine de cette instance par les parties concern&#233;es, et aussi par les repr&#233;sentants des parlements et des autres secteurs de la soci&#233;t&#233; civile, serait un pas en avant consid&#233;rable dans la d&#233;mocratisation du syst&#232;me international. La ligne directrice des droits renouvelle l'approche des &#233;valuations ; elle leur donne un cadre commun de coh&#233;rence. Cette &#233;valuation devrait &#234;tre conduite en prenant comme r&#233;f&#233;rence la D&#233;claration universelle des droits de l'Homme. Les Institutions financi&#232;res internationales, tant le Fonds mon&#233;taire international (FMI) que la Banque mondiale et les institutions r&#233;gionales, comme toutes les institutions internationales ne peuvent &#233;chapper au respect des droits. La D&#233;claration universelle est universelle, elle lie les Etats qui l'ont ratifi&#233; dans leurs actions sp&#233;cifiques et dans leurs responsabilit&#233;s en tant qu'actionnaires ou que membres des institutions internationales. Aucun organisme international ne peut s'abriter derri&#232;re son r&#232;glement int&#233;rieur pour se consid&#233;rer comme non tenu par le respect des accords internationaux ratifi&#233;s par ses membres. Une telle perspective, que nous appelons r&#233;forme radicale, peut &#234;tre justement consid&#233;r&#233;e comme un appel au d&#233;mant&#232;lement des institutions financi&#232;res internationales actuelles. Il nous para&#238;t toutefois important de d&#233;finir d&#232;s le d&#233;but le type d'institutions que nous voulons. Le danger de se contenter d'appeler &#224; la disparition des institutions actuelles et de reporter &#224; plus tard les propositions pourrait nous conduire &#224; des alliances dont tirerait d'abord profit les tenants de la d&#233;r&#233;gulation n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme radicale du syst&#232;me des Nations Unies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion et les positions divergentes sur les r&#233;formes des Nations Unies ne sont pas nouvelles. La r&#233;forme des institutions internationales est en discussion depuis qu'existent ces institutions. Les Nations Unies ont souvent &#233;t&#233; critiqu&#233;es par ceux qui les consid&#233;raient comme de simples instruments des pays dominants, et plus particuli&#232;rement des Etats-Unis, et par les Etats-Unis qui les consid&#232;rent comme &#224; la fois, trop ind&#233;pendants et trop inefficaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tenants de l'unilat&#233;ralisme aux Etats-Unis, tr&#232;s puissants dans le Congr&#232;s et dans l'administration Bush, consid&#232;rent qu'il faut marginaliser les Nations Unies, les vider de tout contenu et en faire une simple chambre d'enregistrement de leurs positions. Leurs institutions de r&#233;f&#233;rence sont l'OCDE, le G8, le FMI et la Banque mondiale, l'OMC et l'OTAN. M&#234;me par rapport &#224; ces institutions, ils consid&#232;rent avec une tr&#232;s grande m&#233;fiance le multilat&#233;ralisme et pr&#233;f&#232;rent d&#233;velopper des accords bilat&#233;raux, comme par exemple ceux qui lient les accords commerciaux avec l'exception juridique pour les citoyens am&#233;ricains. Ils manient syst&#233;matiquement le chantage &#224; la chaise vide et le boycott comme ils l'ont fait pendant des ann&#233;es pour l'UNESCO qui avait os&#233; s'interroger sur un nouvel ordre international de l'information. Les critiques am&#233;ricaines se sont &#233;tendues aux institutions financi&#232;res internationales jusque l&#224; pr&#233;serv&#233;es. Ils ne supportent pas que ces institutions puissent, timidement, s'interroger sur les dysfonctionnements du march&#233;, le r&#244;le de l'Etat et les politiques sociales. Milton Friedman, dans une interview &#224; la t&#233;l&#233;vision en juin 1998, propose tout simplement de les supprimer et de s'en remettre directement &#224; la r&#233;gulation des march&#233;s. Et George Schultz, ancien secr&#233;taire am&#233;ricain au Tr&#233;sor, d'ajouter que &#034; le FMI est inefficace, d&#233;pass&#233;, inutile &#034;. Ces propositions trouvent un &#233;cho dans le rapport Melzer, initi&#233; par le S&#233;nat am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tenants du maintien, avec de l&#233;gers r&#233;am&#233;nagements, des institutions des Nations Unies sont sur la d&#233;fensive. En r&#233;action aux attaques de l'unilat&#233;ralisme, certains, notamment en Europe et dans les pays du Sud, d&#233;fendent l'id&#233;e que puisque ces institutions sont attaqu&#233;es, il faut les d&#233;fendre pour maintenir une forme de r&#233;gulation. Ils consid&#232;rent que seuls des am&#233;nagements minimums sont possibles et qu'il faut &#224; tout prix maintenir les Etats-Unis dans les institutions. Ils sont de ce fait engag&#233;s dans une n&#233;gociation constante avec les Etats-Unis, cherchant &#224; leur donner au maximum satisfaction tout en cherchant &#224; sauver la face des Nations Unies. Ils esp&#232;rent qu'une position moins isolationniste et moins unilat&#233;raliste finira par se d&#233;gager aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tenants d'une r&#233;forme radicale sont plus d&#233;termin&#233;s, malgr&#233; les risques. Cette position est d&#233;fendue par tous ceux qui consid&#232;rent qu'une instance mondiale est plus que jamais n&#233;cessaire, mais que les Nations Unies ne pourront jouer ce r&#244;le que si elles sont profond&#233;ment transform&#233;es pour &#234;tre adapt&#233;es &#224; la nouvelle situation, aux enjeux de la p&#233;riode et &#224; de nouveaux objectifs. Un d&#233;bat les traverse entre ceux qui consid&#232;rent que les Nations Unies ne sont pas r&#233;formables et qu'il faut donc les refaire, comme Maurice Bertrand par exemple, et ceux qui pensent qu'il faut pr&#233;coniser une r&#233;forme radicale, comme par exemple, Monique Chemillier-Gendreau et Richard Falk . La plateforme de propositions d&#233;fendue par les uns et les autres est assez convergente. Les diff&#233;rences portent sur la m&#233;thode et ne me paraissent pas fondamentales. A partir d'un certain nombre de r&#233;formes radicales, peut-on dire que l'on est dans le m&#234;me syst&#232;me ? Et surtout, comment parviendra-t-on &#224; imposer des r&#233;formes radicales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plateforme des r&#233;formes radicales peut &#234;tre organis&#233;e autour d'un certain nombre de propositions, en partant de celles qui sont le plus largement admises et discut&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratisation du fonctionnement des institutions qui doivent mettre en &#339;uvre la r&#233;gulation internationale. Il s'agit, dans l'imm&#233;diat, d'insister sur la transparence, le contr&#244;le, la participation de tous les pays aux d&#233;cisions comme base n&#233;cessaire du fonctionnement de toutes les institutions internationales. Dans un premier temps, on peut r&#233;former l'ONU pour qu'elle soit plus d&#233;mocratique et plus efficace &#224; partir de la modification de la composition du Conseil de S&#233;curit&#233; et de la cr&#233;ation d'un Conseil de S&#233;curit&#233; &#233;conomique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en place d'outils de r&#233;gulation qui implique un renversement des orientations dominantes dans le syst&#232;me &#233;conomique et social mondial autour de la primaut&#233; donn&#233;e au march&#233; mondial. Les syst&#232;mes de r&#233;gulation viseraient &#224; privil&#233;gier l'autosuffisance de chaque pays par des mesures multilat&#233;rales n&#233;goci&#233;es ; &#224; annuler la dette ; &#224; exclure des avantages comparatifs les composantes juridiques, sociales, fiscales et &#233;cologique gr&#226;ce &#224; une harmonisation mondiale des droits des affaires, des r&#232;gles sociales, de la fiscalit&#233; et des contraintes environnementales de mani&#232;re &#224; r&#233;duire le dumping et la concurrence des Etats pour attirer les entreprises et emp&#234;cher les entreprises d'abuser des diff&#233;rentiels ; &#224; lutter contre la sp&#233;culation financi&#232;re &#224; court terme par l'interdiction des paradis fiscaux et l'interdiction des soci&#233;t&#233;s off shore ; &#224; cantonner les bourses de valeur au financement de l'&#233;conomie en limitant l'influence des fonds sp&#233;culatifs et la d&#233;rive des fonds de pension et des investisseurs institutionnels ; &#224; contr&#244;ler la sp&#233;culation sur les mati&#232;res premi&#232;res et &#224; mettre en place un syst&#232;me de garantie des prix ; &#224; mettre en place une fiscalit&#233; internationale pour une redistribution des richesses mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en place d'instances d'arbitrage et de recours efficaces. Ces instances d'arbitrage concerneraient autant la r&#233;gulation &#233;conomique et sociale que la pr&#233;vention et le r&#232;glement des conflits dans les interventions humanitaire, de s&#233;curit&#233; et de maintien de la paix. Il s'agit de d&#233;finir un syst&#232;me international de plaintes ouvert &#224; la saisine des associations citoyennes ; de d&#233;finir des instances de recours, de pr&#233;ciser les comp&#233;tences universelles des tribunaux nationaux, de d&#233;finir les modalit&#233;s et les limites de la mondialisation des juges. La priorit&#233; est de mettre au centre du syst&#232;me international la lutte contre l'impunit&#233;. On peut fonder le syst&#232;me international d'intervention dans le r&#232;glement des conflits sur le principe de subsidiarit&#233; respectant la souverainet&#233; des peuples. On peut aussi donner &#224; la Commission des Droits de l'Homme les attributions d'un conseil de surveillance du respect des droits. La cr&#233;ation d'instances arbitrales entre Etats, groupes multinationaux, associations citoyennes comp&#233;tentes pour la d&#233;linquance financi&#232;re et la corruption doit s'accompagner de d&#233;l&#233;gation de pouvoirs de sanctions aux instances d'arbitrage de certaines des agences, comme par exemple l'OIT, l'OMS, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;gration effective dans le syst&#232;me direct des Nations Unies des institutions financi&#232;res et commerciales internationales, FMI, Banque mondiale, Soci&#233;t&#233; Financi&#232;re Internationale et OMC. Une proposition symbolique serait de faire &#233;lire les responsables de ces institutions et notamment le Pr&#233;sident de la Banque mondiale et le Directeur G&#233;n&#233;ral du FMI par l'Assembl&#233;e G&#233;n&#233;rale de l'ONU. Il s'agit surtout de r&#233;organiser les syst&#232;mes de d&#233;cision et les droits de vote en &#233;quilibrant les participations entre les pays ; de ramener les interventions de chaque institution &#224; ses missions sp&#233;cifiques et d'engager leur r&#233;gionalisation effective ; d'assurer la transparence en rendant publics les votes et les positions exprim&#233;es et en soumettant toutes les d&#233;cisions et les politiques au contr&#244;le parlementaire et citoyen des pays concern&#233;s.. Toutes les institutions internationales devront se soumettre au respect de la D&#233;claration Universelle des Droits de l'Homme, des accords et pactes internationaux. Les politiques de ces institutions devront &#234;tre soumises &#224; une &#233;valuation publique, ind&#233;pendante et contradictoire men&#233;e par une instance ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inscription de la r&#233;forme des Nations Unies dans la perspective d'une nouvelle constitution du monde. La Charte devrait &#234;tre rediscut&#233;e autour de la D&#233;claration Universelle des Droits de l'Homme qui fonde la l&#233;gitimit&#233; des Nations Unies et sur le r&#244;le de l'ONU dont l'objectif devrait &#234;tre d'aider &#224; la transformation du monde plut&#244;t que d'&#339;uvrer &#224; sa reproduction. La discussion porte sur la nature et le r&#244;le de la souverainet&#233; des Etats et sur les rapports entre pouvoirs &#233;conomiques, pouvoirs politiques et pouvoirs citoyens dans la nouvelle organisation du monde. D'autant que l'essor du transnational renforce les Etats plus qu'il n'annonce l'&#232;re du &#034; postnational &#034; . Richard Falk, qui propose la notion de &#034; statut politique de l'Humanit&#233; &#034; avance la proposition d'un constitutionnalisme mondial. Une nouvelle architecture pourrait &#234;tre fond&#233;e sur des ensembles r&#233;gionaux de coop&#233;ration, un syst&#232;me de repr&#233;sentation r&#233;gionale au niveau mondial, un Conseil de s&#233;curit&#233; &#224; la fois &#233;conomique et militaire con&#231;u comme un espace de n&#233;gociations cr&#233;dible pour les grands puissances et les ensembles r&#233;gionaux. Les diff&#233;rentes institutions du syst&#232;me des Nations Unies pourraient &#234;tre r&#233;organis&#233;es &#224; partir de la cr&#233;ation d'agences r&#233;gionales et de commissions sp&#233;cialis&#233;es. Signalons une proposition tr&#232;s audacieuse, avanc&#233;e par Maurice Bertrand, qui est de n'admettre &#224; l'ONU que les gouvernements qui en acceptent les principes et les modalit&#233;s d'&#233;valuation et de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment faire aboutir ces r&#233;formes ? Les tenants de la troisi&#232;me g&#233;n&#233;ration qui estiment qu'il faut refaire l'ONU, rappellent que les deux premi&#232;res g&#233;n&#233;rations ont &#233;t&#233; mises en place &#224; la suite de la premi&#232;re guerre mondiale, la SDN, puis de la deuxi&#232;me guerre mondiale, l'ONU. On peut faire l'hypoth&#232;se, optimiste, que nous sommes dans une p&#233;riode de bouleversements, surtout depuis la chute du mur de Berlin, qui se traduira par des conflits, mais que ceux-ci ne prendront pas forc&#233;ment la forme d'une guerre mondiale. Pour que des r&#233;formes radicales soient envisageables, il faudrait qu'elles soient port&#233;es par des forces politiques et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont donc les forces sociales et politiques qui pourraient porter une r&#233;forme radicale de l'ONU ? Nous &#233;voquerons rapidement les contributions de l'int&#233;rieur du syst&#232;me et les &#034; think tank &#034; engag&#233;s dans les batailles d'id&#233;es, l'opinion publique, les coalitions d'Etats, le mouvement altermondialiste et ses alliances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas n&#233;gliger les contributions de ceux qui de l'int&#233;rieur du syst&#232;me sont mus par une &#233;thique de conviction et sont soucieux de proposer des solutions aux impasses qu'ils vivent. Mais, il ne faut pas oublier que les institutions internationales sont des institutions inter-&#233;tatiques. La premi&#232;re responsabilit&#233; incombe donc aux Etats membres. Les institutions internationales ont aussi une certaine autonomie. Elles forment ce que l'on peut qualifier au sens fort du terme, comme une bureaucratie ; c'est &#224; dire, une cat&#233;gorie sociale qui appara&#238;t pour g&#233;rer les conflits quand ceux-ci sont trop graves et risquent de mettre en danger l'existence m&#234;me de la soci&#233;t&#233;. Cette bureaucratie, en s'attribuant le monopole de la parole technique, tend &#233;videmment &#224; se reproduire et &#224; exercer son pouvoir de mani&#232;re autonome. Il est certain aujourd'hui que la soci&#233;t&#233; mondiale est en danger grave et que les in&#233;galit&#233;s sociales et g&#233;opolitiques ne sont plus supportables. C'est pourquoi si certaines instances sont soucieuses de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et &#224; l'&#233;coute des mouvements de d&#233;mocratisation, rien dans les institutions internationales, et plus particuli&#232;rement des institutions financi&#232;res internationales, ne diff&#233;rencie leurs politiques des int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats des pays les plus riches et les plus puissants. Une r&#233;forme radicale est indispensable ; elle ne saurait venir de l'int&#233;rieur de ces institutions, m&#234;me si elle peut trouver des appuis int&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille des id&#233;es est essentielle ; elle est d&#233;terminante dans les batailles politiques bien que suivant des temporalit&#233;s diff&#233;rentes. La refondation du syst&#232;me international n&#233;cessite la mobilisation des comp&#233;tences et des expertises, surtout si on vise &#224; la fois une remise en cause des fondamentaux et une efficacit&#233; imm&#233;diate. Il existe de nombreux cercles qui se sont attel&#233;s &#224; cette t&#226;che. Citons par exemple la Fondation pour le Progr&#232;s de l'Homme qui travaille depuis plusieurs ann&#233;es sur la gouvernance mondiale et qui a l'ambition de susciter des p&#244;les de r&#233;f&#233;rence et des &#034; think tank &#034; dont l'objectif est d'&#233;laborer une autre pens&#233;e en tenant compte des pratiques et des exp&#233;riences . Pour &#233;laborer ces propositions, les v&#233;rifier et les diffuser, ces cercles ont plusieurs possibilit&#233;s compl&#233;mentaires : faire appel &#224; l'opinion publique, se constituer en &#034; lobby &#034; pour peser sur les gouvernements, intervenir directement ou indirectement dans le champ politique, se lier &#224; des mouvements sociaux et citoyens capables d'intervenir par leurs mobilisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recours &#224; l'opinion pose la question de l'existence d'une opinion publique mondiale. La question de l'opinion publique mondiale ne recouvre que tr&#232;s partiellement celle d'une communaut&#233; mondiale. De ce point de vue, les d&#233;bats sont ouverts. Comment combiner l'unit&#233; et la diversit&#233; des situations et d&#233;finir une responsabilit&#233; commune diversifi&#233;e ? Peut-on construire des perspectives et un imaginaire nouveau, en partant de ce qu'il faut faire et non pas de ce que les &#233;lites sont pr&#234;tes &#224; faire ? Peut-on parler de bien commun universel tant que n'existe pas une communaut&#233; politique ; les deux doivent-ils &#234;tre construits en m&#234;me temps ? Comment d&#233;finir l'int&#233;r&#234;t public mondial, l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral mondial ; peut-on mettre le principe en &#339;uvre et le pr&#233;ciser par des normes communes, la notion de patrimoine commun de l'humanit&#233; (convention sur le droit de la mer), de la communaut&#233; des humains y compris les g&#233;n&#233;rations futures (paradigme &#233;cologiste) ? Quels sont les instruments juridiques qui correspondent &#224; l'universel ? La soci&#233;t&#233; internationale fonctionne au contrat qui reproduit le rapport de forces ; le contrat est un outil de gestion pas de justice, il n'engage que les parties au contrat. Par rapport aux &#233;changes mondialis&#233;s et &#224; un cadre inter&#233;tatique, quels sens peuvent avoir les propositions de soci&#233;t&#233; civile mondiale, de conscience universelle, de citoyennet&#233; mondiale. Pour reprendre une question essentielle pos&#233;e par Kant, l'Humanit&#233; peut-elle &#234;tre le sujet de sa propre Histoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on s'appuyer sur une opinion publique mondiale convaincue de la n&#233;cessit&#233; d'une gouvernance mondiale l&#233;gitime, d&#233;mocratique et efficace, malgr&#233; l'indiff&#233;rence de l'opinion publique institu&#233;e, notamment des m&#233;dias ? La construction d'une opinion publique mondiale rel&#232;ve encore des hypoth&#232;ses. Dans les faits, les opinions publiques fonctionnent surtout au niveau national. Mais il y a des facteurs nouveaux. Il y a une prise de conscience dans chaque opinion publique nationale de l'importance de la mondialisation, de ses effets et de l'&#233;mergence du courant altermondialiste. Il faut aussi souligner une certaine convergence entre les opinions publiques nationales du fait des supports mondialis&#233;s (t&#233;l&#233;visions, internet, etc.) et des ponts form&#233;s par les migrations, les diasporas, les r&#233;seaux transnationaux, etc. Il faut surtout souligner la mont&#233;e en puissance des opinions publiques des pays du Sud, en partie li&#233;e aux succ&#232;s du mouvement altermondialiste. Ainsi, la d&#233;cision des Etats d'Afrique du Sud, du Br&#233;sil et d'Inde de r&#233;sister &#224; l'OMC en faisant passer le droit &#224; la sant&#233; avant le droit des affaires marque un saut qualitatif consid&#233;rable. La mobilisation des opinions publiques s'appuie sur le d&#233;bat et l'engagement citoyen ; les associations, formes organis&#233;es des soci&#233;t&#233;s civiles, et les m&#233;dias y jouent un r&#244;le particulier. Elle implique une attention particuli&#232;re sur les diff&#233;rentes formes d'intervention des mouvements associatifs dans le syst&#232;me mondial et sur la mani&#232;re dont les m&#233;dias internationaux se saisissent de la question des droits de l'Homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution du rapport de forces g&#233;opolitiques entre les coalitions d'Etat est un passage oblig&#233;. Le syst&#232;me international &#233;tant essentiellement d&#233;fini comme un cadre inter&#233;tatique, quelles ont les possibilit&#233;s d'&#233;volution des rapports inter&#233;tatiques ? Les contradictions g&#233;opolitiques sont de ce point de vue consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats-Unis sont sur une position h&#233;g&#233;moniste et unilat&#233;raliste ; un changement de majorit&#233; modifierait les modalit&#233;s mais pas fondamentalement cette orientation. M&#234;me si elle s'accompagnait de quelques professions de foi multilat&#233;raliste, il s'agirait tr&#232;s probablement d'un multilat&#233;ralisme imp&#233;rial sous contr&#244;le des Etats-Unis. L'Union Europ&#233;enne pourrait jouer un r&#244;le autonome. Sa contribution &#224; la coop&#233;ration au d&#233;veloppement est de loin sup&#233;rieure &#224; toutes les autres ; elle dispose de deux fois plus d'actions que les Etats Unis &#224; la Banque mondiale et au FMI. Mais, l'Europe est inscrite dans la mondialisation n&#233;olib&#233;rale, elle en est un des supports, un des vecteurs. L'Union Europ&#233;enne est le principal &#034; supporter &#034; de l'OMC ; elle en partage la philosophie et y trouve l'espace pour r&#233;gler ses diff&#233;rents avec les Etats-Unis et d&#233;finir un consensus sur la gestion de l'&#233;conomie mondiale. Il n'y a pas d'unit&#233; europ&#233;enne sur ces questions, pas de projet europ&#233;en d'une coop&#233;ration europ&#233;enne autonome fond&#233;e sur le respect des droits humains et un plus juste &#233;quilibre entre le Nord et le Sud. La Russie et le Japon sont trop emp&#234;tr&#233;s dans leurs probl&#232;mes internes pour jouer un r&#244;le autre que d'appui en fonction des situations. Le G8 reste l'espace de r&#232;glement des contradictions internes aux puissances dominantes, le recours aux Nations Unies &#233;tant subordonn&#233; &#224; leurs d&#233;bats internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays du Sud dans leur ensemble sont tr&#232;s attach&#233;s au syst&#232;me des Nations Unies et sont bien plus &#224; l'aise &#224; la CNUCED qu'&#224; l'OMC. Les pays du Sud, et particuli&#232;rement ceux qui ont un poids g&#233;opolitique d&#233;terminant, le Br&#233;sil, l'Inde, l'Afrique du Sud et la Chine ont affirm&#233; leur volont&#233; de peser sur le r&#233;am&#233;nagement de la sc&#232;ne mondiale. L'Inde, le Br&#233;sil et l'Afrique du Sud ont esquiss&#233; un G3 avec plusieurs accords entre le Mercosur et l'Afrique du Sud en 1998, l'Inde et le Mercosur en 2003. Des accords sont recherch&#233;s avec la Chine et la Russie. La Chine est devenue le deuxi&#232;me importateur du Br&#233;sil, avec une croissance des importations de 365 % en trois ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secr&#233;tariat du G20 , cr&#233;&#233; apr&#232;s la r&#233;union minist&#233;rielle de pr&#233;paration de Cancun, comprend l'Argentine, le Br&#233;sil, la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud. Les 19 pays qui composent aujourd'hui le G20 se concentrent sur les n&#233;gociations agricoles ; ils repr&#233;sentent 60% de la population mondiale, 70% des agriculteurs et 25% du commerce mondial agricole. Ils travaillent en commun sur les trois piliers des n&#233;gociations (r&#233;duction substantielle des subventions int&#233;rieures, am&#233;lioration de l'acc&#232;s aux march&#233;s, &#233;limination des subventions &#224; l'exportation) en mettant en avant les Accords de Doha : r&#233;former l'agriculture afin de soumettre le commerce agricole aux r&#232;gles du syst&#232;me commercial multilat&#233;ral et de promouvoir le d&#233;veloppement social et &#233;conomique par l'entremise du commerce. Le centre de gravit&#233; du G20 n'est pas en rupture avec le libre &#233;change, mais il est sur une position clairement multilat&#233;raliste et anti-h&#233;g&#233;monique. De ce fait, il retrouve certaines des positions d&#233;finies &#224; Bandoeng en 1955 et &#224; la Conf&#233;rence de Belgrade du mouvement des non-align&#233;s en 1962. Il ne faut pas pour autant croire en un consensus des pays du Sud. Dans le G20, il y a une diff&#233;rence entre les positions offensives du secr&#233;tariat et les positions d&#233;fensives d'autres pays. De m&#234;me, les autres pays du Sud, souvent plus d&#233;munis, ont form&#233; le G90 qui h&#233;site sur les positions &#224; prendre ; d'autant que les Etats-Unis et l'Union Europ&#233;enne jouent la division du Sud. Il ne faut pas oublier que la crise de la d&#233;colonisation a &#233;t&#233; accentu&#233;e par la rupture de l'unit&#233; du front des pays du Sud, attis&#233;e par l'OPEP qui avait pr&#233;f&#233;r&#233;e n&#233;gocier de son c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement altermondialiste occupe dans cette mobilisation une place strat&#233;gique. Cette strat&#233;gie est aujourd'hui port&#233;e par le mouvement citoyen mondial qui a progress&#233; de Seattle &#224; Porto Alegre. Seattle a &#233;t&#233; marqu&#233; par la convergence des mouvements de r&#233;sistance &#224; un monde insupportable ; les syndicats de travailleurs et les mouvements paysans, les consommateurs et les &#233;cologistes, les mouvements de ch&#244;meurs, de mal log&#233;s et de sans-droits, les mouvements de femmes et de jeunes, les mouvements de solidarit&#233; internationale et de d&#233;fense des droits et des libert&#233;s. Porto Alegre a lanc&#233; une phase d'&#233;laboration publique et de propositions, li&#233;e &#224; ces mouvements, marqu&#233;e par le refus des doctrines dogmatiques et par un immense espoir de lib&#233;ration et d'&#233;mancipation. C'est une minorit&#233; active qui s'affirme mais qui refuse de se consid&#233;rer comme un avant-garde. C'est une nouvelle culture qui &#233;merge. Le projet est celui d'une d&#233;mocratie mondiale qui ferait son chemin &#224; travers les associations citoyennes et les mouvements sociaux et citoyens qui construisent une soci&#233;t&#233; civile mondiale ; &#224; travers la formation d'une opinion publique mondiale et d'une conscience universelle. Plusieurs des propositions port&#233;es par le mouvement citoyen mondial r&#233;pondent &#224; cette double n&#233;cessit&#233; : lutter contre les in&#233;galit&#233;s sociales et g&#233;opolitiques, construire les fondements d'un nouveau syst&#232;me international &#224; partir des avanc&#233;es du droit international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications port&#233;es par le mouvement citoyen mondial sont fond&#233;es sur la solidarit&#233; internationale entre les peuples, qui se construit &#224; travers les mouvements sociaux et les mouvements d'&#233;mancipation dans les diff&#233;rents pays. On peut estimer que le mouvement citoyen mondial a remport&#233; un premier succ&#232;s. Dans le syst&#232;me international, il y a les institutions financi&#232;res internationales et les forces dominantes, mais il y a aussi le mouvement citoyen et ses r&#233;actions qui modifient le syst&#232;me. Ce mouvement citoyen fonctionne d&#233;j&#224; comme analyseur, il permet de comprendre la nature des institutions et du syst&#232;me international et d'en explorer les coins aveugles, ceux qui concernent les exclus et les parias du syst&#232;me. Il est aussi porteur de propositions, de nouvelles conceptions. Les mobilisations des derni&#232;res ann&#233;es ont permis une prise de conscience de la r&#233;alit&#233; du monde et ont mis en &#233;vidence les in&#233;galit&#233;s et les injustices. Elles ont contribu&#233; &#224; ouvrir des perspectives et des espoirs. Aux yeux des peuples et de l'opinion mondiale d'autres solutions sont possibles et la m&#233;fiance par rapport aux sollicitations d&#233;sesp&#233;r&#233;es est plus grande. Ces mobilisations ont aussi affaibli la l&#233;gitimit&#233; des dirigeants du monde et les ont contraints, pour l'instant, &#224; prendre en compte leurs limites et &#224; ne pas adopter les solutions extr&#234;mes. La r&#233;f&#233;rence au droit dans le r&#232;glement des conflits se r&#233;f&#232;re &#224; la justice par rapport &#224; la vengeance et &#224; la punition collective. Cette r&#233;f&#233;rence au droit s'impose dans la situation et permet de pr&#233;parer l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement altermondialiste se pose aussi la question des alliances. Les bases sociales des alliances ne se d&#233;finissent pas par leurs contours ; elles se d&#233;finissent par rapport au projet autour duquel se construit l'alliance. Ces alliances regroupent des forces sociales et politiques de nature diff&#233;rente, des mouvements sociaux et citoyens, des partis politiques, des Etats et aussi d'autres acteurs. Le mouvement altermondialiste construit progressivement son cadre d'intervention et ses repr&#233;sentations. La repr&#233;sentation qui met face &#224; face les Etats et les entreprises comme les seuls acteurs de la transformation n'est plus suffisante. De nouveaux acteurs interviennent et &#233;mergent sur la sc&#232;ne internationale, particuli&#232;rement, les collectivit&#233;s locales et les associations. Elles portent une nouvelle approche de la transformation sociale. La soci&#233;t&#233; civile, terme discutable mais commode, propose de ne pas restreindre le pouvoir civique au rapport entre pouvoir &#233;conomique et pouvoir administratif. Elle propose de rendre plus effective dans la d&#233;mocratie repr&#233;sentative la mobilisation et l'engagement des citoyens, d'articuler la d&#233;l&#233;gation et la participation. Les propositions du mouvement altermondialiste ne sont pas r&#233;serv&#233;es aux pouvoirs et aux gouvernements, mais elles ne les n&#233;gligent pas ; elles sont conscientes de l'importance de toutes les formes du politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue des alliances, le mouvement altermondialiste est confront&#233; &#224; cinq alliances possibles, alliances qu'il lui faut articuler en fonction des situations. Les alliances les plus larges sont l'alliance anti-h&#233;g&#233;monique contre la guerre et l'alliance antifasciste contre les int&#233;gristes de tout poil. Les alliances les plus radicales sont l'alliance anticapitaliste et l'alliance antiproductiviste qui s'opposent sur la signification du paradigme &#233;cologiste. L'alliance la plus discut&#233;e est l'alliance contre le n&#233;olib&#233;ralisme qui permettrait de casser l'alliance entre n&#233;olib&#233;raux et sociolib&#233;raux, sans courir le risque, d&#233;j&#224; exp&#233;riment&#233;, d'un retournement des sociolib&#233;raux d&#232;s leur arriv&#233;e au pouvoir. Les crises financi&#232;res et les r&#233;sistances des mouvements sociaux ont conduit &#224; une crise majeure de la pens&#233;e lib&#233;rale. Le d&#233;bat sur les politiques ouvert &#224; la Banque mondiale entre les ultra-lib&#233;raux et les n&#233;o-keyn&#233;siens en t&#233;moigne. L'affrontement a commenc&#233; avec l'analyse des crises financi&#232;res et la contestation du r&#244;le des institutionsfinanci&#232;res internationales. Le d&#233;bat se focalise sur le r&#244;le de l'Etat et les politiques sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvementaltermondialistepeut se saisir de la question de la r&#233;forme du syst&#232;me internationale et de la r&#233;forme de l'ONU ; il peut contribuer &#224; cr&#233;er un mouvement pour la r&#233;forme radicale des Nations Unies. Les mouvements sociaux dans chacun des pays du Sud et du Nord peuvent faire entendre leur voix pour la justice et pour la paix, pour imposer la lutte contre les in&#233;galit&#233;s comme une priorit&#233;. Ils peuvent amener plusieurs Etats et notamment l'Union Europ&#233;enne &#224; saisir cette occasion pour affirmer leur ind&#233;pendance et inscrire leur projet dans un monde multipolaire plus &#233;quilibr&#233;. Il revient au mouvement citoyen mondial de donner un sens &#224; l'engagement des citoyens. La solidarit&#233; internationale entre les peuples est une r&#233;ponse &#224; l'id&#233;e absurde, et mortelle, de la guerre des civilisations. Un progr&#232;s peut na&#238;tre dans la capacit&#233; de surmonter une &#233;preuve. Pour faire avancer la civilisation, il faut s'attaquer d'abord &#224; la barbarie que constitue l'ordre injuste du monde .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement altermondialiste peut se saisir de la question de la r&#233;forme du syst&#232;me internationale et de la r&#233;forme de l'ONU ; il peut contribuer &#224; cr&#233;er un mouvement pour la r&#233;forme radicale des Nations Unies. Les mouvements sociaux dans chacun des pays du Sud et du Nord peuvent faire entendre leur voix pour la justice et pour la paix, pour imposer la lutte contre les in&#233;galit&#233;s comme une priorit&#233;. Ils peuvent amener plusieurs Etats et notamment l'Union Europ&#233;enne &#224; saisir cette occasion pour affirmer leur ind&#233;pendance et inscrire leur projet dans un monde multipolaire plus &#233;quilibr&#233;. Il revient au mouvement citoyen mondial de donner un sens &#224; l'engagement des citoyens. La solidarit&#233; internationale entre les peuples est une r&#233;ponse &#224; l'id&#233;e absurde, et mortelle, de la guerre des civilisations. Un progr&#232;s peut na&#238;tre dans la capacit&#233; de surmonter une &#233;preuve. Pour faire avancer la civilisation, il faut s'attaquer d'abord &#224; la barbarie que constitue l'ordre injuste du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur est pr&#233;sident du CRID, Vice-Pr&#233;sident d'ATTAC-France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; du site du CADTM)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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