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	<title>La Gauche</title>
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		<title>Changer l'&#233;cole, pour changer le monde</title>
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		<dc:subject>&#201;ducation</dc:subject>

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&lt;p&gt;Lors de la publication, en juin 2003, de l'&#233;tude &#034; la catastrophe scolaire belge &#034;, certains nous avaient reproch&#233; de nous en tenir au constat, sans v&#233;ritablement proposer d'alternative. Le grief n'&#233;tait que partiellement fond&#233; : notre &#233;tude ne se limitait pas &#224; r&#233;percuter le constat - &#233;tabli par les grandes enqu&#234;tes internationales sur les comp&#233;tences des &#233;l&#232;ves - que les &#233;carts de r&#233;sultats et, surtout, leur d&#233;termination sociale, sont plus &#233;lev&#233;s chez nous que dans la plupart des autres (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lors de la publication, en juin 2003, de l'&#233;tude &#034; la catastrophe scolaire belge &#034;, certains nous avaient reproch&#233; de nous en tenir au constat, sans v&#233;ritablement proposer d'alternative. Le grief n'&#233;tait que partiellement fond&#233; : notre &#233;tude ne se limitait pas &#224; r&#233;percuter le constat - &#233;tabli par les grandes enqu&#234;tes internationales sur les comp&#233;tences des &#233;l&#232;ves - que les &#233;carts de r&#233;sultats et, surtout, leur d&#233;termination sociale, sont plus &#233;lev&#233;s chez nous que dans la plupart des autres pays industrialis&#233;s. Nous d&#233;montrions surtout, indices statistiques &#224; l'appui, que l'in&#233;galit&#233; sociale &#224; l'&#233;cole est fortement corr&#233;l&#233;e &#224; trois facteurs : le sous-financement de l'enseignement primaire, la s&#233;lection pr&#233;coce en fili&#232;res hi&#233;rarchis&#233;es et l'obligation faite aux parents de choisir l'&#233;cole de leurs enfants sur un march&#233; scolaire (la mal nomm&#233;e &#034; libert&#233; de choix &#034;). Ces pistes d'explication indiquaient, automatiquement, des pistes de r&#233;flexion pour une autre &#233;cole : mieux financ&#233;e, unique, publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est vrai qu'indiquer des orientations g&#233;n&#233;rales ne suffit pas pour faire une alternative. D'autant que les probl&#232;mes qui se posent en mati&#232;re d'enseignement ne se limitent pas &#224; la question de l'in&#233;galit&#233; sociale (m&#234;me si celle-ci marque profond&#233;ment l'ensemble des probl&#233;matiques scolaires) : n'avons nous donc rien &#224; dire sur les contenus ? Sur les pratiques p&#233;dagogiques ? Sur la souffrance des &#233;l&#232;ves ? Et celle des enseignants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Des choix politiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formuler des choix en mati&#232;re d'&#233;ducation n'est jamais neutre. Les choix &#233;ducatifs sont &#233;minemment politiques, conditionn&#233;s par cette simple question : qu'attendons-nous de l'enseignement ? Selon la place que nous occupons, selon nos exp&#233;riences, selon nos inclinations personnelles, nous r&#233;pondrons diversement &#224; cette question. Mais derri&#232;re cette diversit&#233; des choix subjectifs se cachent, en derni&#232;re analyse, des besoins objectivement diff&#233;rents, voire contradictoires, selon les groupes sociaux auxquels chacun appartient : sexe, ethnie, nationalit&#233;, classe sociale, communaut&#233; linguistique, lieu d'habitation (par exemple :ville ou campagne), etc. De ces diverses appartenances, la plus pertinente est, &#224; mes yeux, la classe sociale. Parce qu'elle transcende la plupart des autres cat&#233;gories et qu'elle est, d'un point de vue historique, la source des principales contradictions qui font et d&#233;font les soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regarder l'&#233;cole du point de vue des classes dominantes, c'est-&#224;-dire du point de vue de ceux qui ont mat&#233;riellement int&#233;r&#234;t &#224; la pr&#233;servation de la soci&#233;t&#233; telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, c'est plonger d'embl&#233;e dans une contradiction complexe : l'instruction - l'instruction obligatoire, celle du peuple, la seule dont il sera question ici -est &#224; la fois un instrument indispensable &#224; la reproduction des conditions d'existence de cette soci&#233;t&#233; et un danger pour elle. Indispensable, elle l'est &#224; quatre titres : (1) comme lieu de socialisation (o&#249; l'on apprend simplement ce qu'il faut pour vivre en soci&#233;t&#233; et y occuper sa place : communiquer, &#234;tre poli et disciplin&#233;, consommer, se soigner, utiliser un terminal bancaire, etc.), (2) comme appareil id&#233;ologique d'Etat (Jules Ferry disait que la seule mission de l'enseignement public &#233;tait d'&#034; assurer l'Etat de certaines valeurs qui importent &#224; sa conservation &#034;), (3) comme instrument de reproduction et de l&#233;gitimation des in&#233;galit&#233;s sociales (&#034; tout le monde ne peut pas &#234;tre intellectuel, il faudra bien qu'il y ait toujours des ex&#233;cutants et des d&#233;cideurs &#034;) et (4) comme (re)producteur du capital humain, c'est-&#224;-dire de la main d'&#339;uvre ad&#233;quatement et diversement form&#233;e, dont l'&#233;conomie et l'administration de l'Etat ont besoin. Ces quatre besoins sont incontournables et aucune soci&#233;t&#233; capitaliste avanc&#233;e ne saurait subsister sans les remplir. Ce qui ne signifie toutefois pas qu'on les remplit bien ou pleinement : la socialisation, par exemple, est fort n&#233;glig&#233;e dans l'&#233;cole actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'en m&#234;me temps, l'instruction du peuple ne manque pas d'&#234;tre une contrainte co&#251;teuse sur le plan budg&#233;taire ou parce qu'elle retarde l'entr&#233;e des jeunes sur le march&#233; du travail (ce fut, au 19e si&#232;cle, l'un des freins majeurs &#224; l'introduction de l'&#233;cole primaire obligatoire). L'instruction peut aussi s'av&#233;rer dangereuse &#224; certains &#233;gards. A trop instruire le travailleur, il finit par devenir exigeant et revendicatif. Une population compos&#233;e exclusivement, ou m&#234;me majoritairement d'intellectuels universitaires serait totalement incompatible avec la division sociale du travail, si fondamentale dans notre soci&#233;t&#233; (&#224; quoi bon &#234;tre riche si ce n'est pour s'&#233;pargner les t&#226;ches d'ex&#233;cution p&#233;nibles et profiter du travail d'autrui ?) L'exc&#232;s d'instruction des enfants du peuple peut encore constituer, aux yeux des parents bourgeois ou petit-bourgeois, une concurrence dangereuse pour leur propres enfants. C'est l'une des motivations majeures - m&#234;me si elles ne se l'avouent gu&#232;re - des strat&#233;gies de choix d'&#233;cole des familles ais&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction fait que, de tous temps, la bourgeoisie n'a m&#234;me pas donn&#233; au peuple le minimum d'instruction qui &#233;tait requis par ses propres int&#233;r&#234;ts &#233;troits. Mais c'est aussi cette m&#234;me contradiction qui fait de l'&#233;cole un enjeu concret de luttes de classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Changeons de classe, changeons de point de vue. Regardons l'&#233;cole avec les yeux de ceux que le capitalisme opprime et exploite : ceux que l'on jette &#224; la rue quand les taux de profit sont jug&#233;s insuffisants, ceux que l'on contraint aux emplois pr&#233;caires, ceux que l'on entasse dans les clapiers surchauff&#233;s ou les maisonnettes sans chauffage. Changeons m&#234;me de lieu. Regardons l'&#233;cole - chez nous - avec les yeux des milliards d'&#234;tres humains que ce syst&#232;me plonge - ailleurs - dans la survie avec moins d'un euro par jour, sans soins de sant&#233;, quand l'eau potable est un luxe et le logement un r&#234;ve ; regardons avec les yeux des victimes des guerres et des rapines de l'imp&#233;rialisme, les peuples chass&#233;s de leur terre, spoli&#233;s de ses richesses et de leur propre culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, le point de vue s'inverse. La question majeure n'est plus : comment pr&#233;server ce syst&#232;me ?, mais bien : comment le changer ? Quels savoirs et quelles valeurs l'&#233;ducation doit-elle transmettre - et &#224; qui les transmettre - pour acc&#233;l&#233;rer la mort de ce syst&#232;me social anarchique et injuste, qui conduit l'humanit&#233; &#224; la ruine ? Quels savoirs et quelles valeurs sont n&#233;cessaires pour changer le monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance de cet enjeu se trouve accrue par la complexification croissante du monde et des luttes : de la lutte sociale circonscrite au niveau de l'entreprise au 19e si&#232;cle, on est pass&#233; &#224; la lutte politique contre le capitalisme et, aujourd'hui, &#224; la lutte globale, mondiale contre un syst&#232;me imp&#233;rialiste complexe, o&#249; interf&#232;rent des facteurs culturels innombrables, des enjeux &#233;conomiques diversifi&#233;s, des d&#233;terminants technologiques et d'inextricables pesanteurs historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la construction d'une soci&#233;t&#233; nouvelle exigera un homme nouveau, instruit et critique, capable d'exercer pleinement ses devoirs d&#233;mocratiques, privil&#233;giant l'int&#233;r&#234;t commun sur son int&#233;r&#234;t individuel, afin de faire fonctionner une &#233;conomie et une soci&#233;t&#233; qui soient au service de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de cette question fondamentale, il en est une autre, non moins importante, mais &#224; plus court terme : de quels savoirs avons-nous besoin pour vivre malgr&#233; tout dans le syst&#232;me actuel, pour y survivre aussi dignement que possible (et donc, aussi, pour y travailler) ? On rejoint l&#224;, dans une certaine mesure, le besoin, pour la bourgeoisie, de socialiser les enfants du peuple et de former des travailleurs qualifi&#233;s et disciplin&#233;s. Mais nous verrons plus loin que la convergence n'est que superficielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole qui r&#233;pond &#224; ces besoins-l&#224;, &#224; cette double attente, est celle que nous appelons &#034; l'&#233;cole d&#233;mocratique &#034;. C'est elle que nous voulons d&#233;velopper, d&#232;s maintenant, c'est ce projet qu'il nous faut concr&#233;tiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose d'embl&#233;e est celle de la faisabilit&#233; de principe. Cela a-t-il du sens d'imaginer que l'on puisse voir na&#238;tre, au sein de la soci&#233;t&#233; capitaliste, un syst&#232;me &#233;ducatif qui favoriserait la lutte contre ce m&#234;me syst&#232;me ? Poser le probl&#232;me en ces termes exclusifs c'est ne pas comprendre la complexit&#233; dialectique de l'&#233;cole actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme ne peut pas socialiser, endoctriner, former, il ne peut m&#234;me pas s&#233;lectionner, sans &#233;galement instruire. En constituant une nombreuse classe ouvri&#232;re disciplin&#233;e, le capital forge son propre fossoyeur, disait Marx. Mais il fait mieux que cela. En apprenant au fossoyeur &#224; reproduire sa force de travail dans la soci&#233;t&#233; moderne, l'&#233;cole lui apprend aussi &#224; lire, &#224; &#233;crire ; en lui inculquant l'amour de la patrie ou le respect de la d&#233;mocratie bourgeoise, elle lui fait d&#233;couvrir la g&#233;ographie et l'histoire, brisant ainsi l'id&#233;e que les relations &#233;conomiques et sociales seraient immanentes et &#233;ternelles ; en lui transmettant les connaissances et les comp&#233;tences qui en feront un travailleur productif, elle lui apprend les sciences qui forgent une vision du monde rationnelle et mat&#233;rialiste ; en le formant aux technologies modernes de la communication, afin de le rendre productif et bon consommateur, elle lui permet aussi d'utiliser ces technologies pour organiser les luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, l'&#233;cole d&#233;mocratique n'est pas qu'un id&#233;al th&#233;orique. Elle est, d'ores et d&#233;j&#224;, l'un des termes incontournables de la contradiction de l'&#233;cole sous le r&#233;gime du capitalisme. En ce sens, l'&#233;cole d&#233;mocratique existe d&#233;j&#224; en germe au sein m&#234;me de l'&#233;cole capitaliste. C'est cela qui fait que des marges de manoeuvre sont possibles et que notre combat a du sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Quels sont les enjeux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier enjeu des luttes dans le champ &#233;ducatif est celui des savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me dans le domaine &#233;troit de la socialisation, l'&#233;cole actuelle est loin d'apporter &#224; tous - et en particulier aux enfants des classes populaires - les connaissances de base qui sont indispensables pour vivre &#034; normalement &#034; dans cette soci&#233;t&#233;. Ainsi n'apprend-on rien, &#224; l'&#233;cole, ou presque, sur le droit et les lois sociales, sur la sant&#233;, la m&#233;decine, l'hygi&#232;ne, la s&#233;curit&#233; domestique, les techniques et technologies de la vie quotidienne. On n'y apprend pas davantage &#224; &#233;lever ses enfants. L'&#233;cole se soucie encore moins d'instruire les enfants de l'immigration dans leur langue maternelle et leur culture d'origine. La connaissance du code de la route, qui est pourtant un &#233;l&#233;ment de socialisation incontournable dans les soci&#233;t&#233;s modernes, est laiss&#233; aux bons soins - et au large profit - de soci&#233;t&#233; priv&#233;es. Bref, on acc&#232;de &#224; la vie adulte sans mode d'emploi et d&#233;brouille toi comme tu pourras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, la situation n'est pas meilleure dans le domaine des savoirs r&#233;put&#233;s &#034; nobles &#034;, ceux qui donnent force pour comprendre le monde et pour le transformer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les savoirs scientifiques et technologiques sont totalement absents de nombreuses fili&#232;res, largement insuffisants dans beaucoup d'autres. Dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral on forme de v&#233;ritables analphab&#232;tes technologiques. Or, ces savoirs sont essentiels &#224; la compr&#233;hension des bases mat&#233;rielles de l'infrastructure sociale et &#233;conomique (les moyens de production, dont le d&#233;veloppement conditionne toute l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233;) ; ils permettent d'acqu&#233;rir une approche rationnelle et scientifique du r&#233;el ; ils conditionnent la compr&#233;hension des enjeux politiques li&#233;s au d&#233;veloppement des sciences et des techniques (environnement, modes de vie, questions &#233;thiques).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sciences humaines - histoire, g&#233;ographie humaine, &#233;conomie, sociologie - ne sont pas beaucoup mieux loties. Combien de jeunes sortent de l'&#233;cole sans conna&#238;tre le pass&#233; qui, pourtant, &#233;claire le pr&#233;sent ; sans conna&#238;tre et encore moins comprendre l'origine des probl&#232;mes de soci&#233;t&#233; majeurs qui se posent aujourd'hui &#224; l'humanit&#233; : les in&#233;galit&#233;s nord-sud, l'exploitation, l'instabilit&#233; &#233;conomique, l'acc&#232;s &#224; l'eau et au logement, etc. Les enfants issus de l'immigration passent 12 ans &#224; l'&#233;cole sans pratiquement avoir appris quoi que ce soit sur leur propre culture ou l'histoire de leur peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui, aujourd'hui, sont pr&#233;cocement orient&#233;s vers les fili&#232;res professionnelles sont priv&#233;s de l'acc&#232;s aux outils de la math&#233;matique, de la logique et de l'informatique (comme instrument qui nous permet de traiter de l'information et non seulement comme vulgaire outil de bureautique). Or, ces savoirs-l&#224; sont &#233;minemment importants pour d&#233;velopper la capacit&#233; d'abstraction, la rigueur du raisonnement et comme passage oblig&#233; vers la connaissance scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#232;s &#224; une formation litt&#233;raire et philosophique est devenu l'apanage exclusif de ceux qui fr&#233;quentent les &#233;tablissements r&#233;put&#233;s &#034; d'&#233;lite &#034;. Et encore... Pourtant, la ma&#238;trise des Lettres devient vite une porte d'acc&#232;s incontournable aux autres savoirs, &#224; l'analyse, &#224; l'abstraction, &#224; la formulation pr&#233;cise d'id&#233;es complexes et donc &#224; la complexit&#233; elle-m&#234;me. Il en va de m&#234;me des multiples formes d'expression artistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le domaine des langues et de la litt&#233;rature &#233;trang&#232;res, un poids excessif est donn&#233; &#224; l'Anglais - langue de la mondialisation capitaliste - au d&#233;triment des langues pratiqu&#233;es majoritairement par les peuples : espagnol, arabe, chinois, russe. Plus de diversit&#233; dans ce domaine encouragerait davantage les contacts et les &#233;changes entre les peuples et les cultures. Il s'agit aussi de permettre aux jeunes issus de l'immigration d'acc&#233;der &#224; une r&#233;elle connaissance de leur langue et de leur culture d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me enjeu est celui des valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par nos pratiques p&#233;dagogiques et nos options en mati&#232;re de fonctionnement de l'&#233;cole, nous pouvons privil&#233;gier les valeurs qui permettent d'orienter l'utilisation des savoirs &#233;num&#233;r&#233;s ci-dessus dans le sens du progr&#232;s historique. Certaines de ces valeurs ont, jadis, &#233;t&#233; promues par la bourgeoisie elle-m&#234;me, quand elle croyait y trouver son int&#233;r&#234;t &#224; long terme. Elle sont aujourd'hui largement sacrifi&#233;es au veau d'or du profit imm&#233;diat. Nous entendons &#233;duquer &#224; la solidarit&#233;, au respect et non &#224; l'individualisme, &#224; la coop&#233;ration et non &#224; la comp&#233;tition, &#224; l'internationalisme et &#224; la multiculturalit&#233; et non au nationalisme x&#233;nophobe, au travail rigoureux, disciplin&#233; et non au parasitisme, &#224; la lutte et non &#224; la soumission, &#224; la curiosit&#233; scientifique et non &#224; l'obscurantisme, et &#224; l'abrutissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me enjeu : celui de la d&#233;mocratisation des &#233;tudes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette probl&#233;matique est &#233;videmment &#233;troitement li&#233; &#224; la premi&#232;re : les contenus enseign&#233;s ne sont pas les m&#234;mes dans toutes les fili&#232;res, loin s'en faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous combattons tout ce qui, dans les structure du syst&#232;me scolaire ou dans les m&#233;thodes d'enseignement, tend &#224; renforcer les m&#233;canismes de hi&#233;rarchisation des formations et de s&#233;lection sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui l'enseignement obligatoire est loin d'&#234;tre &#233;gal pour tous. Quelle diff&#233;rence entre ceux qui suivent la voie royale de l'enseignement secondaire g&#233;n&#233;ral, ouvrant les portes de l'universit&#233;, et ceux - issus surtout des classes populaires - qui entrent &#224; 12 ans dans une &#034; premi&#232;re B &#034;, avec pour seule perspective l'enseignement professionnel d&#232;s 13 ans ! Et entre ces deux extr&#234;mes, toute la hi&#233;rarchie des fili&#232;res et des orientations pr&#233;coces en passant &#233;ventuellement par les redoublements &#224; r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, cette s&#233;lection est pour l'essentiel une s&#233;lection sur base de l'origine sociale, comme l'a encore montr&#233; notre enqu&#234;te de 1996 en province du Hainaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de fili&#232;res hi&#233;rarchis&#233;es (enseignement g&#233;n&#233;ral, technique et professionnel) surtout avec une s&#233;lection &#224; un &#226;ge souvent pr&#233;coce est inadmissible. Elle induit, d&#232;s l'&#233;cole primaire, l'id&#233;e que tous ne devront pas suivre les m&#234;mes apprentissages et qu'il n'est donc pas grave que tous n'atteignent pas les m&#234;mes niveaux de ma&#238;trise : la perspective de la s&#233;lection est, d&#232;s l'enseignement fondamental, un facteur agissant dans l'in&#233;galit&#233; des r&#233;sultats. Or, cette perspective est tr&#232;s largement d&#233;termin&#233;e par la perception qu'a l'enfant (et ses parents) de son destin social probable, c'est-&#224;-dire de son origine de classe. Ensuite, les diff&#233;rences de programmes entre les diverses fili&#232;res, loin de tenter de combler les &#233;carts, les creusent d'ann&#233;e en ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela viennent s'ajouter, particuli&#232;rement en Belgique, les m&#233;canismes de march&#233; scolaire. Avec la dualisation croissante du syst&#232;me &#233;ducatif, la pr&#233;tendue &#034; libert&#233; de choix &#034; des parents s'av&#232;re de plus en plus &#234;tre une &#034; obligation de choix &#034;, un parcours du combattant dans une jungle inextricable d'&#233;tablissements, de r&#233;seaux et de fili&#232;res, o&#249; seuls les mieux inform&#233;s, les familles intellectuelles et bourgeoises, parviennent &#224; tirer leur &#233;pingle du jeu. Quand ce ne sont pas de v&#233;ritables proc&#233;dures d'exclusion financi&#232;re et culturelle qui frappent les enfants du peuple. La ghetto&#239;sation sociale est un fait incontournable dans l'enseignement belge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan des pratiques p&#233;dagogiques l'enseignement est aussi loin d'offrir les m&#234;mes possibilit&#233;s de d&#233;veloppement &#224; tous les enfants. Certaines pratique, dites &#034; traditionnelles &#034;, en privil&#233;giant un rapport bourgeois au savoir - le savoir pour le savoir, comme symbole d'appartenance sociale et donc coup&#233; de toute fonction instrumentale -, d&#233;motivent l'&#233;l&#232;ve d'origine populaire qui attend du savoir qu'il serve &#224; quelque chose. A l'inverse, certaines pratiques dites &#034; modernes &#034;, n&#233;gligent l'importance cruciale du travail r&#233;gulier, de la discipline d'apprentissage, de la rigueur. Quand elles ne vont pas jusqu'&#224; m&#233;priser le savoir lui-m&#234;me au nom, tant&#244;t d'un relativisme creux, tant&#244;t d'un hypocrite souci de ne pas &#034; imposer &#034; les savoirs &#224; l'enfant. On le voit, ce n'est pas tant de m&#233;thodes p&#233;dagogiques qu'il s'agit, mais plut&#244;t de philosophie de l'enseignement. Il n'y a pas de mal &#224; ce que l'enfant ou le jeune soit confront&#233;, au cours de sa carri&#232;re scolaire, &#224; des m&#233;thodes fort diff&#233;rentes : de l'expos&#233;s ex cathedra - pourvu qu'il soit brillant - aux s&#233;ances d'auto-construction des savoirs sur des chantiers de probl&#232;mes - pourvu qu'elles soient productives. Le dogmatisme p&#233;dagogique, de quelque bord qu'il soit, ne produit jamais rien de bon. Toute l'exp&#233;rience p&#233;dagogique des derni&#232;res d&#233;cennies montre qu'il n'est pas une unique m&#233;thode que l'on pourrait g&#233;n&#233;raliser &#224; toutes les disciplines. L'uniformit&#233; dans ce domaine produit l'ennui, la routine et, au final, un bien mauvais enseignement. Que cent fleurs s'&#233;panouissent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quelles que soient les m&#233;thodes, il manque toujours &#224; l'institution scolaire les moyens d'assurer l'encadrement individualis&#233; que requiert l'apprentissage, surtout chez les plus jeunes. Seuls r&#233;ussissent finalement ceux qui trouvent &#224; la maison ce que l'&#233;cole ne leur apporte pas : motivation d'apprendre, m&#233;thode rigoureuse, encadrement, selon le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela pose &#233;videmment la question de la formation des enseignants, largement insuffisante, mais surtout celle des moyens pour assurer l'encadrement n&#233;cessaire et des conditions de travail satisfaisantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quatri&#232;me et dernier enjeu est de mettre fin &#224; la souffrance des &#233;l&#232;ves et des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur de l'&#233;chec, le stress permanent, l'&#233;chec scolaire &#224; r&#233;p&#233;tition, les rythmes scolaires inhumains, les conditions mat&#233;rielles physiquement insupportables et moralement d&#233;gradantes, l'ennui, les brimades de condisciples et de certains enseignants, tout cela n'est pas une fatalit&#233; et ne se justifie &#224; aucun point de vue dans une &#233;cole du XXIe si&#232;cle, dans un pays riche et &#233;conomiquement d&#233;velopp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces situations g&#233;n&#232;rent immanquablement la violence dans les &#233;tablissements scolaires, dont les victimes sont les enseignants et, souvent, les &#233;l&#232;ves eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Nos propositions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris, l'id&#233;al d'une &#233;cole d&#233;mocratique impose des ambitions &#233;lev&#233;es. Elles ne pourront &#234;tre atteintes dans les conditions actuelles : il faudra, pour &#233;lever les contenus disciplinaires et pour forger les valeurs que nous avons indiqu&#233;es, adapter les structures, augmenter le &#034; temps d'&#233;cole &#034;, changer les rythmes scolaires, diversifier les modes d'apprentissage. Seule la mise en &#339;uvre simultan&#233;e de diverses pistes d'action sera garante de succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Structures et fonctionnement de l'&#233;cole commune&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les jeunes fr&#233;quentent pendant 10 ans (de 6 &#224; 16) la m&#234;me &#034; &#233;cole commune &#034;, publique, gratuite et obligatoire. [Remarque : au terme de cette formation commune, les jeunes entrent au lyc&#233;e pour y recevoir, obligatoirement, pendant deux ou trois ans, une pr&#233;paration aux &#233;tudes sup&#233;rieures ou une formation qualifiante. Mais &#224; ce stade, une large part reste r&#233;serv&#233;e &#224; la formation g&#233;n&#233;rale. Le pr&#233;sent texte ne traite que de l'&#233;cole commune, mais le socle de culture commune qui y est d&#233;crit ne sera pleinement atteint qu'au terme du lyc&#233;e]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;l&#232;ve fr&#233;quente l'&#233;tablissement qui lui est assign&#233;. Cette assignation se fait en fonction de la proximit&#233; g&#233;ographique mais aussi en de mani&#232;re &#224; assurer une certaine h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; sociale dans chaque &#233;tablissement (en fonction des revenus et professions des parents). [il n'y donc pas de lien automatique entre le lieu d'habitation et l'&#233;cole fr&#233;quent&#233;e, ceci afin d'&#233;viter les strat&#233;gies migratoires des parents ais&#233;s qui minent la &#034; carte scolaire &#034; &#224; la fran&#231;aise]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un m&#234;me &#233;tablissement scolaire peut &#234;tre constitu&#233; de diverses implantations, g&#233;n&#233;ralement voisines, o&#249; sont accueillis les &#233;l&#232;ves d'une m&#234;me tranche d'&#226;ge. Le d&#233;coupage en &#226;ges et implantations peut varier d'un &#233;tablissement &#224; l'autre, selon la disponibilit&#233; des locaux. [Ceci est n&#233;cessaire afin de permettre l'utilisation rationnelle des b&#226;timents existants]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La scolarit&#233;, y compris la fourniture du mat&#233;riel scolaire, les repas et la participation aux activit&#233;s extrascolaires, est enti&#232;rement gratuite. Les livres scolaires sont mis &#224; disposition, contre versement d'une caution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contenus disciplinaires obligatoires sont strictement fix&#233;s par l'Etat. Des tests centralis&#233;s et des inspections organis&#233;es &#224; tous les &#233;chelons permettent de v&#233;rifier la progression des &#233;l&#232;ves et de contr&#244;ler le respect des exigences par les &#233;tablissements et par les enseignants. En revanche, chaque &#233;tablissement et chaque enseignant doit disposer d'une grande libert&#233; sur le plan des m&#233;thodes strictement p&#233;dagogiques. La suppression de la concurrence entre &#233;coles permettra de stimuler une saine &#233;mulation des pratiques, sans risque de tomber dans le pi&#232;ge du march&#233; scolaire. [Ceci va en sens inverse de la p&#233;dagogie dite des &#034; comp&#233;tences &#034;, o&#249; les contenus disciplinaires sont d&#233;termin&#233;s de mani&#232;re fort l&#226;che, alors que l'on tente d'imposer &#224; toute force des m&#233;thodes p&#233;dagogiques parfois peu adapt&#233;es &#224; certains contenus]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les subsides de fonctionnement ainsi que les budgets d'investissement sont allou&#233;s aux &#233;tablissements en fonction de leur population, de leur environnement social et en fonction d'une &#233;valuation objective des besoins, &#233;tablie par les services de l'inspection scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole, lieu de vie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Education et instruction doivent &#234;tre int&#233;gr&#233;s dans le processus m&#234;me de la vie. L'&#233;cole commune doit donc &#234;tre une v&#233;ritable &#034; collectivit&#233; &#233;ducative &#034;, le lieu central d'&#233;ducation et de vie des enfants. Ceci ne peut cependant se faire au d&#233;triment des apprentissages : il faut donc plus de temps et de moyens &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves participent directement &#224; l'organisation et &#224; toutes les t&#226;ches que requiert la vie quotidienne de la collectivit&#233; &#233;ducative : entretien et embellissement des b&#226;timents, nettoyage, cuisine, encadrement des plus jeunes par les a&#238;n&#233;s, etc. La liaison de l'&#233;ducation au travail doit &#234;tre une r&#233;alit&#233; de la vie scolaire et non une excroissance &#034; professionnelle &#034; de l'&#233;cole. Le degr&#233; de responsabilit&#233;, notamment dans la participation &#224; la prise de d&#233;cisions, doit augmenter avec l'&#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole doit &#234;tre ouverte en dehors des heures de &#034; cours &#034;. Des activit&#233;s y sont aussi organis&#233;es en soir&#233;e, le week-end, le mercredi et durant les vacances. Les &#233;l&#232;ves doivent avoir l'occasion d'y prendre leurs repas froids et chauds. Des dortoirs sont mis &#224; la disposition des &#233;l&#232;ves, &#233;ventuellement de fa&#231;on occasionnelle, lorsque des activit&#233;s vesp&#233;rales les retiennent &#224; l'&#233;cole. Des lieux de d&#233;tente sont &#233;galement disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole est la plaque tournante des activit&#233;s culturelles, sportives de bricolage, etc (cela ne se fait pas n&#233;cessairement dans l'&#233;cole, mais peut &#234;tre co-organis&#233; par elle : offre, inscription, stimulation, transport et encadrement des &#233;l&#232;ves, etc). Toute association subventionn&#233;e se doit de participer &#224; cette offre sur le plan local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole est implant&#233;e dans un quartier, une commune. Elle participe &#224; la vie de ce quartier, de cette commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves des lyc&#233;es continuent eux aussi &#224; fr&#233;quenter leurs anciennes &#233;coles pour y participer &#224; des activit&#233;s sportives, culturelles, technologiques... ou pour en animer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#233;cole doit devenir le lieu central d'&#233;ducation des enfants, alors il faut que les parents y soient &#233;troitement associ&#233;s. Afin de rendre possible cette implication des parents dans la vie scolaire, ceux-ci doivent pouvoir disposer d'une demi-journ&#233;e de cong&#233; par mois, aux frais de leur employeur et sur pr&#233;sentation d'une demande de l'&#233;tablissement scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va sans dire que tout ceci implique une red&#233;finition totale du r&#244;le, mais aussi de la composition et du volume, des &#233;quipes &#233;ducatives. Les enseignants et &#233;ducateurs doivent disposer de temps pour le travail d'&#233;quipe, de coordination, de r&#233;alisation de projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gestion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les contenus disciplinaires et les r&#233;glementations g&#233;n&#233;rales, qui rel&#232;vent du minist&#232;re, chaque &#233;cole est dirig&#233;e par un Conseil d'&#233;cole, constitu&#233; d'enseignants, d'&#233;ducateurs, de parents, d'un inspecteur (repr&#233;sentant le minist&#232;re) et d'un repr&#233;sentant de l'administration communale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil d'&#233;cole n'est pas un organe de gestion quotidienne, mais un lieu d'&#233;change, o&#249; se discutent et se d&#233;cident les grandes orientations, les probl&#232;mes g&#233;n&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tablissements sont tenus de se doter de structures appropri&#233;es, permettant d'impliquer &#233;troitement les &#233;l&#232;ves et les parents dans la vie et la gestion quotidienne de l'&#233;cole. Les formes pr&#233;cises de ces structures sont laiss&#233;es &#224; l'appr&#233;ciation de chaque &#233;tablissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'assembl&#233;e des enseignants et &#233;ducateurs qui &#233;lit (ou r&#233;voque) le chef d'&#233;tablissement et qui d&#233;signe (ou r&#233;voque) ses repr&#233;sentants au Conseil d'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants, une fois nomm&#233;s, jouissent d'un statut qui garantit leur emploi. Cependant, une proc&#233;dure doit &#234;tre pr&#233;vue permettant &#224; l'inspection de muter ou de lever temporairement ou d&#233;finitivement de ses fonctions un enseignant dont il est &#233;tabli qu'il ne peut ou ne veut remplir ses obligations. Une telle d&#233;cision est toujours soumise &#224; l'avis du Conseil d'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ussite scolaire et pilotage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole vise l'&#233;ducation et l'instruction de tous. La premi&#232;re condition pour y parvenir, c'est de disposer de conditions de travail convenables : des programmes clairs, des manuels et du mat&#233;riel p&#233;dagogique de qualit&#233;, des groupes de petite taille (de 15 chez les petits, &#224; 20 chez les grands), des locaux a&#233;r&#233;s et bien &#233;quip&#233;s, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole est tenue de tout mettre en &#339;uvre pour assurer que les &#233;l&#232;ves en difficult&#233; soient suivis et qu'ils puissent r&#233;cup&#233;rer leur retard : heures de rattrapages obligatoires en petits groupes, suivi individualis&#233;, encadrement des devoirs, s&#233;ances de remise &#224; niveau pendant les cong&#233;s scolaires ou le week-end, etc. (en lieu et place des &#034; examens de rep&#234;chage &#034; ou des &#034; cours particuliers &#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette aide doit &#234;tre mise en &#339;uvre avant que les difficult&#233;s ne s'accumulent : c'est l&#224; une responsabilit&#233; cruciale des enseignants et des &#233;tablissements scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'ann&#233;e scolaire et donc de &#034; redoublement &#034; dispara&#238;t. Sauf situation exceptionnelle (qui devra &#234;tre reconnue par une proc&#233;dure particuli&#232;re), l'&#233;l&#232;ve reste toujours solidaire du groupe d'&#233;l&#232;ves de son &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#232;ves participent r&#233;guli&#232;rement &#224; des tests centralis&#233;s qui permettent de les situer (et aussi de situer chaque &#233;tablissement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de l'&#233;cole commune, un examen central donne acc&#232;s &#224; un certificat et permet l'entr&#233;e au lyc&#233;e. Les r&#233;sultats dans les diff&#233;rentes disciplines serviront &#224; conseiller l'&#233;l&#232;ve et ses parents en mati&#232;re d'orientation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une ann&#233;e de rattrapage est propos&#233;e aux &#233;l&#232;ves dont les r&#233;sultats au certificat de l'&#233;cole commune sont insuffisants pour leur permettre d'entrer dans la fili&#232;re de lyc&#233;e de leur choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans tomber dans l'erreur du dogmatisme p&#233;dagogique, on encouragera la diversit&#233; de pratiques p&#233;dagogiques ax&#233;es sur le sens et la motivation : la liaison &#224; la pratique, le d&#233;veloppement de projets, l'implication des a&#238;n&#233;s dans l'instruction des jeunes, l'int&#233;gration de l'instruction &#224; la vie de la communaut&#233; &#233;ducative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#034; rem&#233;diation &#034; et la qu&#234;te de sens prennent du temps. L'instruction aussi. Une politique de r&#233;ussite scolaire ambitieuse n&#233;cessite donc qu'on l'on dispose de plus de temps d'&#233;cole : des &#233;coles ouvertes plus tard et plus souvent, une scolarit&#233; plus longue (10 + 3 ans).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enseignants doivent disposer d'importantes opportunit&#233;s de formation continu&#233;e. Au total, 5 &#224; 10% de leur temps de travail devrait y &#234;tre consacr&#233; (sous forme de &#034; semestre sabbatiques &#034;, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moyens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci implique une augmentation consid&#233;rable des moyens mis &#224; la disposition de l'enseignement. Sans doute faudra-t-il passer de 5% du PIB &#224; plus de 7%, peut-&#234;tre m&#234;me jusqu'&#224; 10% du PIB si on inclut une politique de massification et de d&#233;mocratisation de l'enseignement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesures transitoires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition se fera progressivement, en 8 ann&#233;es : on commence avec trois g&#233;n&#233;rations (6, 7, 8) et on monte ensuite d'ann&#233;e en ann&#233;e. Les premi&#232;res ann&#233;es, les &#233;l&#232;ves de l'&#233;cole commune fr&#233;quenteront des &#233;tablissements ne recevant que les plus jeunes &#233;l&#232;ves. Les zones de recrutement seront donc, au d&#233;but, assez grandes (ce qui est une bonne chose, car cela garantit leur h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; et emp&#234;che donc le syst&#232;me d'&#233;voluer d'embl&#233;e vers une stratification sociale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse, durant la p&#233;riode de transition, les &#233;coles &#034; anciennes &#034; vont se faire de plus en plus rares et seront peupl&#233;es uniquement des &#233;l&#232;ves les plus &#226;g&#233;s. Cela imposera aux &#233;l&#232;ves de la &#034; derni&#232;re g&#233;n&#233;ration &#034; de changer fr&#233;quemment d'&#233;tablissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res nouvelles &#233;coles seront constitu&#233;es d'enseignants volontaires, recrut&#233;s sur base d'examens. Le passage progressif vers la nouvelle &#233;cole unique s'accompagnera d'une revalorisation bar&#233;mique des enseignants. Durant les ann&#233;es de transition, les professeurs et &#233;ducateurs &#034; pionniers &#034; seront amen&#233;s &#224; changer fr&#233;quemment d'&#233;tablissement pour en d&#233;marrer de nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actuels b&#226;timents scolaires des &#233;coles des r&#233;seaux subventionn&#233;s sont expropri&#233;s. Si les b&#226;timents appartenaient &#224; l'&#233;cole elle-m&#234;me, &#224; une commune ou &#224; une province, cette expropriation se fait sans indemnisation. S'ils appartenaient &#224; une congr&#233;gation religieuse ou &#224; un autre propri&#233;taire priv&#233;, le montant du remboursement ne pourra pas exc&#233;der le montant des loyers vers&#233;s par l'&#233;cole au cours des cinq ann&#233;es ayant pr&#233;c&#233;d&#233; le vote de la loi (dans le cas des congr&#233;gations religieuses, celles-ci pourront opter pour une formule de pension individuelle pour les religieux(ses) qui ne sont plus en &#226;ge de travailler, en lieu et place du remboursement des b&#226;timents). Durant la p&#233;riode transitoire, les b&#226;timents expropri&#233;s restent gratuitement &#224; la disposition des &#233;tablissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;samedi 8 novembre 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; du site de l'APED)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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