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	<title>La Gauche</title>
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		<title>La Gauche</title>
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		<title>La crise d'octobre 1970 : un point tournant</title>
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		<dc:date>2010-10-08T01:21:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Mill</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

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&lt;p&gt;Cet article de Michel Mill a &#233;t&#233; publi&#233; en octobre 1990 dans le journal Combat socialiste pour le vingti&#232;me anniversaire des &#233;v&#233;nements d'Octobre. Il nous dresse un panorama de la situation qui nous aide &#224; comprendre l'&#233;volution de la gauche avant et apr&#232;s ces &#233;v&#233;nements. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans les ann&#233;es 60, la gauche &#233;tait avant tout nationaliste et ind&#233;pendantiste et ses d&#233;bats portaient surtout sur la fa&#231;on d'arriver &#224; l'ind&#233;pendance. Son projet de soci&#233;t&#233; &#233;tait diffus, sinon confus. Bien que souvent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Histoire-108-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Histoire-254-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH85/arton3071-73471.png?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet article de Michel Mill a &#233;t&#233; publi&#233; en octobre 1990 dans le journal Combat socialiste pour le vingti&#232;me anniversaire des &#233;v&#233;nements d'Octobre. Il nous dresse un panorama de la situation qui nous aide &#224; comprendre l'&#233;volution de la gauche avant et apr&#232;s ces &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 60, la gauche &#233;tait avant tout nationaliste et ind&#233;pendantiste et ses d&#233;bats portaient surtout sur la fa&#231;on d'arriver &#224; l'ind&#233;pendance. Son projet de soci&#233;t&#233; &#233;tait diffus, sinon confus. Bien que souvent impliqu&#233;e dans certaines formes de solidarit&#233; internationale, cette gauche n'avait pas r&#233;ellement de r&#233;f&#233;rents internationaux ni de r&#233;f&#233;rents historiques. Sur le plan th&#233;orique, elle se r&#233;clamait autant des structuralistes, des existentialistes ou des tiers mondistes - que des marxistes de quelque courant que ce soit. Et son champ d'action se limitait strictement au Qu&#233;bec sans aucune pr&#233;occupation par rapport au Canada anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es apr&#232;s la crise d'octobre, la gauche qu&#233;b&#233;coise &#233;tait beaucoup plus structur&#233;e et sa majorit&#233; avait rejet&#233; le b&#233;b&#233; avec l'eau sale, l'ind&#233;pendantisme avec le PQ. La quasi-totalit&#233; des courants de cette gauche se disaient marxistes orthodoxes et avait des projets de soci&#233;t&#233; plus ou moins clairs avec des r&#233;f&#233;rents internationaux et historiques explicites. Toutes les organisations se voulaient pancanadiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vaste majorit&#233; des militantes et militants de gauche des ann&#233;es 1960 venaient de quatre sources : le Rassemblement pour l'Ind&#233;pendance Nationale (RIN,1960 -1968), le Parti Socialiste du Qu&#233;bec (PSQ, scission du NPD &#8211; 1962-1967), la mouvance autour des revues Parti Pris et R&#233;volution Qu&#233;b&#233;coise (1963 &#8211; 1967), ind&#233;pendantistes de gauche qui cr&#233;ent le Mouvement de Lib&#233;ration Populaire, (MLP - 1975 1966) et l'Union G&#233;n&#233;rale des &#201;tudiants Qu&#233;b&#233;cois (UGEQ - 1965 - 1969). Plusieurs, sinon la majorit&#233;, des militant-e-s appartenaient, en succession ou simultan&#233;ment, &#224; plus d'un de ces mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les centrales syndicales avaient une pr&#233;sence sociale r&#233;elle (c'&#233;tait la p&#233;riode de la syndicalisation du secteur public et parapublic devenu &#233;norme suite &#224; la soi-disant r&#233;volution tranquille) mais leurs directions majoritaires &#233;taient directement inf&#233;od&#233;es au Parti Lib&#233;ral du Qu&#233;bec. Elles &#233;taient farouchement hostiles &#224; l'ind&#233;pendance. Marcel Pepin et Louis Laberge n'h&#233;sitaient pas, alors, &#224; d&#233;battre en public avec les tenants de l'ind&#233;pendance que ce soit Pierre Bourgault ou Pierre Valli&#232;res (avant son passage au FLQ). Laberge est m&#234;me all&#233; jusqu'&#224; s'opposer &#224; une r&#233;solution pour le droit du Qu&#233;bec &#224; l'autod&#233;termination lors d'un congr&#232;s f&#233;d&#233;ral du NPD en 1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il y avait un courant ind&#233;pendantiste et socialiste au sein des centrales principalement regroup&#233;es autour du PSQ (Fernand Daoust, Jean-Marie B&#233;dard, Henri Gagnon et &#201;mile Boudreau &#224; la FTQ, ou Pierre Vadboncoeur, Pamphile Johnny Pich&#233;, Hild&#232;ge Dupuis et Michel Chartrand &#224; la CSN en autres, par exemple). Mais ce courant n'avait pas d'assises programmatiques ou internationales claires ce qui faisait que la majorit&#233; de ses repr&#233;sentants se sont faits happer par le Parti Qu&#233;b&#233;cois d&#232;s sa fondation et on fait la paix avec leurs anciens adversaires dans l'appareil syndical au d&#233;but des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le gros des effectifs militants de la gauche venait du mouvement &#233;tudiant. En 1967, l'UGEQ adopte des positions en faveur de l'ind&#233;pendance et du socialisme et organise des manifestations non seulement sur des questions &#233;tudiantes mais aussi de solidarit&#233; avec le Vietnam (1967) et d'opposition &#224; l'invasion sovi&#233;tique en Tch&#233;coslovaquie (1968).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation du Mouvement Souverainet&#233; - Association en 1967 et sa transformation en Parti Qu&#233;b&#233;cois en 1968 absorbe l'&#233;crasante majorit&#233; des militantes et des militants ind&#233;pendantistes, m&#234;me de gauche. Mais la gauche du PQ continuera pendant plusieurs ann&#233;es &#224; participer aux actions extraparlementaires qui connaissent une mont&#233;e spectaculaire &#224; partir des gr&#232;ves &#233;tudiantes avec occupation de l'automne 1968 et de la manifestation pour un McGill fran&#231;ais en mars 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disparition de l'UGEQ au printemps 1969 (suite &#224; un congr&#232;s o&#249; aucune des trois tendances en pr&#233;sence n'a eu de majorit&#233;) lib&#232;re des &#233;nergies consid&#233;rables qui vont organiser le mouvement et les manifestations de rues les plus massifs que le Qu&#233;bec a connu jusqu'aux luttes du Front commun intersyndical en 1972 : la lutte contre le bill 63 (projet de loi &#233;tablissant la l&#233;galit&#233; et l'&#233;galit&#233; de l'enseignement anglais au sein du syst&#232;me scolaire qu&#233;b&#233;cois) en octobre 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le Front du Qu&#233;bec Fran&#231;ais (FQF) compos&#233; du PQ, des centrales syndicales et des organisations nationalistes &#171; respectables &#187; telle que la soci&#233;t&#233; Saint-Jean Baptiste, chapeaute officiellement ce mouvement, en r&#233;alit&#233; c'est la Coordination des groupes de gauche qui organise la mobilisation dans les rues. Ce comit&#233; regroupe en plus des individus, la Ligue des Jeunes Socialistes (trotskiste), le Front de Lib&#233;ration Populaire (FLP) et le Comit&#233; Ind&#233;pendance &#8211; Socialisme, tous deux issus du courant de gauche dans le RIN qui a refus&#233; d'adh&#233;rer au PQ, le Mouvement Syndical Populaire (MSP), courant &#233;tudiant spontan&#233;iste et gauchiste issu de l'UGEQ et la Ligue pour l'int&#233;gration scolaire qui avait organis&#233; des luttes linguistiques &#224; Ville Saint-L&#233;onard. Aucune de ces organisations ne repr&#233;sente plus de 50 &#224; 75 militants militants actifs mais la mobilisation atteint plus de 35 000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 1970, la quasi-totalit&#233; de l'&#233;nergie des militantes et militants est r&#233;cup&#233;r&#233;e par la campagne &#233;lectorale du Parti qu&#233;b&#233;cois. Les r&#233;sultats &#233;lectoraux (plus de 25 % des votes, mais seulement 7 d&#233;put&#233;s) r&#233;v&#232;lent le vide du jeu &#233;lectoral provoquant deux ph&#233;nom&#232;nes &#224; court terme : la d&#233;moralisation du gros des effectifs et des r&#233;actions de d&#233;sespoir qui vont acc&#233;l&#233;rer l'entr&#233;e en action du FLQ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des organisations et courants de gauche vivent au cours des ann&#233;es 1970 une crise de perspective. La LIS, le CIS et le MSP disparaissent. Le FLP est divis&#233; en plusieurs courants dont un favorable au FLQ. La ligue des Jeunes Socialistes (et son organisation en m&#232;re, la Ligue socialiste Ouvri&#232;re) conna&#238;t une lutte fractionnelle paralysante qui va aboutir en 1972 au d&#233;part de la majorit&#233; des membres francophones qui cr&#233;ent le Groupe Marxiste R&#233;volutionnaire, pr&#233;d&#233;cesseur de Gauche socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, des militantes faisant le bilan amer du r&#244;le auquel les hommes les ont confin&#233;es dans les mouvements &#233;tudiants, linguistiques et syndicaux, commencent &#224; organiser le Front de Lib&#233;ration des Femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche p&#233;quiste, beaucoup de militantes et de militants des groupes populaires et le mouvement syndical (surtout la CSN) de Montr&#233;al consacrent leur &#233;nergie &#224; la campagne &#233;lectorale de novembre 1970 contre le r&#233;gime du maire montr&#233;alais, Jean drapeau. Ils cr&#233;ent le Front d'Action Politique qui organise des comit&#233;s d'action politique (CAP) dans chaque quartier &#233;lectoral de Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; la syndicalisation rapide du secteur public qu&#233;b&#233;cois et &#224; la difficult&#233; de n&#233;gocier secteur par secteur, h&#244;pital &#224; h&#244;pital, commissions scolaire par commissions scolaire, les 3 grandes centrales : CEQ, la CSN et la FTQ commencent &#224; discuter, au cours de l'&#233;t&#233;, de la mise sur pied d'un front commun pour n&#233;gocier en bloc les prochaines conventions collectives des 210 000 employ&#233;-e-s de l'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 1970, tout le monde dans la gauche savait que quelque chose allait se passer. &#199;a se chuchotait partout. Et la crise a eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul le mouvement &#233;tudiant se mobilise en tenant des &#171; teach in &#187; &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al et &#224; la nouvelle universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al. Les directions syndicales rejoignent la direction du PQ et du FRAP en condamnant le FLQ. La gauche syndicale r&#233;ussit &#224; nuancer un peu cette condamnation (prenant position pour le manifeste mais contre les actions tactiques du FLQ) et, apr&#232;s le d&#233;cret des mesures de guerre &#224; mobiliser contre ce d&#233;ni &#233;vident des droits d&#233;mocratiques &#233;l&#233;mentaires de la population qu&#233;b&#233;coise (y compris l'arrestation du pr&#233;sident du Conseil central de Montr&#233;al de la CSN, Michel Chartrand) et contre l'occupation militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations de gauche sont temporairement d&#233;capit&#233;es par la r&#233;pression. La plupart des dirigeants sont soit en prison soit cach&#233;s. Les femmes organisent des manifestations symboliques mais tr&#232;s marquantes. Le FRAP et ses CAP maintiennent leur campagne &#233;lectorale contre Drapeau et r&#233;alise un score assez respectable dans le contexte (pr&#232;s de 20 % des votes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les prochaines ann&#233;es sont surtout marqu&#233;es par des d&#233;bats et des r&#233;alignements. Le Parti qu&#233;b&#233;cois renforce sa capacit&#233; de r&#233;cup&#233;rer &#233;lectoralement le mouvement nationaliste extraparlementaire de masse qui ne r&#233;appara&#238;t plus dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement syndical conna&#238;t une radicalisation de son action revendicatrice avec les gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales du front commun en avril et en mai 1972 et avec le front des gr&#232;ves du secteur priv&#233; en 1973. Simultan&#233;ment les centrales rehaussent le ton au niveau de l'analyse socio-&#233;conomique et adoptent un discours radicalement anticapitaliste sans pour autant sauter sur le terrain politique. En pratique, le mouvement ouvrier qu&#233;b&#233;cois, &#224; son plus militant, au moment de ses plus fortes mobilisations, d&#233;laisse le terrain politique et permet au PQ de l'occuper au complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte de, la majorit&#233; de la gauche, peu form&#233;e et essentiellement activiste auparavant, commence &#224; voir dans la question nationale (qu'elle aussi identifie au PQ) un obstacle &#224; l'unit&#233; et &#224; l'ind&#233;pendance de la classe ouvri&#232;re. &#192; partir des restants des organisations comme le FLP, le CIS de la gauche et de la gauche du PQ, des CAP du FRAP, des gens du FLQ une fois sortis de prison, des anciens militantes et militants &#233;tudiants et des organisations mao&#239;stes auparavant peu ou pas pertinentes telles que le Parti communiste marxiste-l&#233;niniste du Canada et le Parti du travail du Canada, le courant mao&#239;ste et stalinien se cristallise dans des organisations comme En lutte !, la Ligue communiste marxiste-l&#233;niniste du Canada et Mobilisation (ces deux derni&#232;res &#233;tant &#224; l'origine du Parti communiste ouvrier (PCO).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le courant trotskiste, une minorit&#233; de Mobilisation, des chr&#233;tiens de gauche et des individus ici et l&#224; r&#233;sistent &#224; ce rejet de l'ind&#233;pendance et &#224; cette stalinisation mais ils restent minoritaires et contre le courant dans la gauche qu&#233;b&#233;coise, tandis que la majorit&#233; de celle-ci sera totalement non pertinente et m&#234;me n&#233;faste malgr&#233; quelques ann&#233;es d'apparence de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une histoire &#224; ne pas r&#233;p&#233;ter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Wilebaldo Solano est mort : disparition du dernier leader du Poum</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Wilebaldo-Solano-est-mort-disparition-du-dernier-leader-du-Poum</link>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Borras</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Tir&#233; du site du NPA BORRAS Fr&#233;d&#233;ric 14 septembre 2010 ______________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre camarade Wilebaldo Solano est mort &#224; l'&#226;ge de 94 ans &#224; Barcelone, la ville catalane qui fut le c&#339;ur de la r&#233;volution dans la guerre d'Espagne. Lorsque le g&#233;n&#233;ral fasciste Franco prend la t&#234;te de la s&#233;dition militaire contre la R&#233;publique espagnole en 1936, Wilebaldo a 20 ans et se lance comme des milliers de jeunes de son &#226;ge &#224; l'assaut des &#233;toiles, cherchant &#224; faire triompher la r&#233;volution socialiste tout en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site du NPA&lt;br class='autobr' /&gt;
BORRAS Fr&#233;d&#233;ric&lt;br class='autobr' /&gt;
14 septembre 2010&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notre camarade Wilebaldo Solano est mort &#224; l'&#226;ge de 94 ans &#224; Barcelone, la ville catalane qui fut le c&#339;ur de la r&#233;volution dans la guerre d'Espagne. Lorsque le g&#233;n&#233;ral fasciste Franco prend la t&#234;te de la s&#233;dition militaire contre la R&#233;publique espagnole en 1936, Wilebaldo a 20 ans et se lance comme des milliers de jeunes de son &#226;ge &#224; l'assaut des &#233;toiles, cherchant &#224; faire triompher la r&#233;volution socialiste tout en assumant les t&#226;ches p&#233;rilleuses qu'imposait la lutte contre la mont&#233;e du fascisme. Militant du POUM, le Parti ouvrier d'unification marxiste, il prend la t&#234;te des jeunesses de ce parti, les jeunesses communistes ib&#233;riques, et revendique un socialisme r&#233;volutionnaire antibureaucratique et antistalinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wilebaldo, comme tous les militants du POUM ont fait face avec courage aux troupes de Franco, tout en sachant que les staliniens constituaient une autre redoutable menace dans leur dos. De nombreux militants du Poum ont &#233;t&#233; assassin&#233;s par les partisans de Moscou, au premier rang desquels, la principale figure de ce parti, Andreu Nin, enlev&#233;, tortur&#233; puis assassin&#233;. Cette trag&#233;die racont&#233;e de fa&#231;on inoubliable par Geaorges Orwell dans Hommage &#224; la Catalogne est aussi le fil conducteur de Tierra y Libertad, de Ken Loach, un film dans lequel se reconnaissait Wilebaldo Solano et qui lui avait donn&#233; l'occasion de participer &#224; de nombreux d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wilebaldo a lui aussi &#233;chapp&#233; &#224; un attentat en 1937 avant d'&#234;tre arr&#234;t&#233; puis emprisonn&#233; en 1938. Il s &#233;vade d&#233;but 39 avant d'&#234;tre livr&#233; aux franquistes et rejoint en France Daniel Guerin, Marceau Pivert et Victor Serge. Loin de baisser les bras, Wilebaldo continue &#224; se battre et il est arr&#234;t&#233; en 41 par les autorit&#233;s vichystes pour n'&#234;tre lib&#233;r&#233; qu'en 1944 par la R&#233;sistance. En 1947, &#224; Paris Wilebaldo Solano reconstitue le POUM pour poursuivre &#224; la fois la lutte contre le franquisme et celle pour la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wilebaldo n'a cess&#233; de voyager pour t&#233;moigner mais aussi pour transmettre. Il avait les yeux tourn&#233;s vers un avenir qu'il esp&#233;rait d&#233;barrass&#233; de la barbarie, de l'injustice, de l'exploitation, de l'oppression. Son infatigable engagement n'est pas vain. Enfants et petits enfants du POUM sont l&#224; pour continuer le combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Companero Solano ? Presente !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fred Borras&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lire l'ouvrage de Wilebaldo Solano : Le POUM. R&#233;volution dans la guerre d'Espagne, Collection &#171; Le Pr&#233;sent Avenir &#187; 2002, Editions Syllepse, 366 pages, 20 euros&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BORRAS Fr&#233;d&#233;ric&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Black Power : Les strat&#233;gies du mouvement noir am&#233;ricain face au racisme d'&#233;tat</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Black-Power-Les-strategies-du-mouvement-noir-americain-face-au-racisme-d-etat</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Black-Power-Les-strategies-du-mouvement-noir-americain-face-au-racisme-d-etat</guid>
		<dc:date>2010-09-21T02:27:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Il s'agit d'une brochure de 2007 des Jeunesses Communistes r&#233;volutionnaires (France). Le NPA jeunes a succ&#233;d&#233; aux JCR.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fichier est joint au format PDF. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici la table des mati&#232;res : &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant-propos &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
I - Les luttes noires avant 1964 &lt;br class='autobr' /&gt;
Des premi&#232;res r&#233;voltes d'esclaves &#224; l'int&#233;grationnisme* &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement des droits civiques &lt;br class='autobr' /&gt;
II - Le Black Power &lt;br class='autobr' /&gt;
1964 - 1967 : les grandes &#233;meutes &lt;br class='autobr' /&gt;
Un racisme &#224; l'envers ? &lt;br class='autobr' /&gt;
A la recherche d'une nouvelle politique &lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement contre la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L114xH150/arton2581-b1603.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='114' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il s'agit d'une brochure de 2007 des Jeunesses Communistes r&#233;volutionnaires (France). Le NPA jeunes a succ&#233;d&#233; aux JCR.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fichier est joint au format PDF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la table des mati&#232;res :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant-propos&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Introduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I - Les luttes noires avant 1964&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des premi&#232;res r&#233;voltes d'esclaves &#224; l'int&#233;grationnisme*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des droits civiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II - Le Black Power&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1964 - 1967 : les grandes &#233;meutes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un racisme &#224; l'envers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la recherche d'une nouvelle politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement contre la guerre du Viet - Nam&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II - Black Panthers et DRUM : quelle strat&#233;gie pour l'&#233;mancipation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti des Panth&#232;res noires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte des noirs et mouvement ouvrier - &#171; J'ai essay&#233; d'&#234;tre un communiste &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dodge Revolutionnary Union Movement (DRUM)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques d&#233;finitions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un X comme Malcolm&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La R&#233;volution d'octobre &#8211; 90 ans apr&#232;s</title>
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		<dc:date>2010-09-21T02:24:58Z</dc:date>
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		<dc:creator>David Mandel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Inprecor N&#176; 532-533, 2007-11-12 __________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
David Mandel est membre de Gauche socialiste, section qu&#233;b&#233;cois de la IVe Internationale. Professeur &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al, il est l'auteur de plusieurs &#339;uvres sur le mouvement ouvrier en Russie, URSS et ex-URSS, dont Labour After Communism, Black Rose, Montr&#233;al 2005. &lt;br class='autobr' /&gt;
La R&#233;volution russe d'octobre 1917 fut l'&#233;v&#233;nement le plus marquant du XXe si&#232;cle. Mais puisque ce sont les gagnants qui &#233;crivent l'histoire, il est peu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Inprecor N&#176; 532-533, &lt;br class='autobr' /&gt;
2007-11-12&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;David Mandel est membre de Gauche socialiste, section qu&#233;b&#233;cois de la IVe Internationale. Professeur &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al, il est l'auteur de plusieurs &#339;uvres sur le mouvement ouvrier en Russie, URSS et ex-URSS, dont Labour After Communism, Black Rose, Montr&#233;al 2005.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution russe d'octobre 1917 fut l'&#233;v&#233;nement le plus marquant du XXe si&#232;cle. Mais puisque ce sont les gagnants qui &#233;crivent l'histoire, il est peu connu que cette r&#233;volution n'&#233;tait que l'ouverture d'une immense vague de contestation du capitalisme qui a balay&#233; tout le monde industriel, suscitant de puissants &#233;chos &#233;galement dans le monde colonial. Partout entre 1918 et 1921 les effectifs syndicaux et les journ&#233;es perdues en gr&#232;ves ont atteint des records historiques, tandis que se gonflaient les rangs de l'aile r&#233;volutionnaire des partis socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne, l'Autriche, la Hongrie et la Finlande ont connu des r&#233;volutions, dont la force motrice &#233;tait la classe ouvri&#232;re. Des situations portant un potentiel r&#233;volutionnaire r&#233;el et imm&#233;diat ont surgi en Italie et dans des r&#233;gions de Pologne et de France. Dans un m&#233;morandum &#224; la Conf&#233;rence de paix &#224; Versailles en 1919, le Premier Ministre britannique, Lloyd George, a &#233;crit : &#171; L'Europe enti&#232;re est d'une humeur r&#233;volutionnaire. Les travailleurs ressentent une insatisfaction profonde des conditions de vie, telles qu'elles &#233;taient avant la guerre. Ils sont remplis de col&#232;re et d'indignation. Tout l'ordre social, politique et &#233;conomique existant est remis en question par les masses populaires d'un bout de l'Europe &#224; l'autre. &#187; (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais partout, sauf en Russie, la vague r&#233;volutionnaire a &#233;t&#233; refoul&#233;e (2). Cet &#233;chec est &#224; l'origine de la mont&#233;e subs&#233;quente du fascisme (qui jouissait partout de la sympathie, et souvent de l'appui financier, du patronat) et aussi du totalitarisme stalinien. Rosa Luxembourg, assassin&#233;e en janvier 1919 par des forces proto-fascistes allemandes, a correctement formul&#233; l'alternative qui confrontait l'humanit&#233; comme &#171; socialisme ou barbarie &#187; (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le rapport entre l'&#233;chec de la vague r&#233;volutionnaire &#224; l'Ouest et la mont&#233;e du fascisme est assez clair, le lien avec la mont&#233;e du stalinisme est moins bien compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie a connu deux r&#233;volutions en 1917, l'une en f&#233;vrier, l'autre en octobre. En renversant la monarchie et son r&#233;gime totalitaire (4) en f&#233;vrier, les classes populaires n'avaient pas l'intention de remettre en cause le capitalisme. Cela explique pourquoi elles ont permis aux lib&#233;raux, repr&#233;sentants politiques des classes poss&#233;dantes, de former le gouvernement provisoire. Les buts des travailleurs et des paysans &#233;taient : une r&#233;publique d&#233;mocratique, une r&#233;forme agraire (expropriation des terres de l'aristocratie et leur distribution aux paysans), le renoncement aux buts imp&#233;rialistes de la guerre mondiale en faveur de la recherche active d'une paix d&#233;mocratique et juste, et, finalement, la journ&#233;e de travail de huit heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les divers partis socialistes, y compris la majorit&#233; des Bolcheviks, ont appuy&#233; le gouvernement lib&#233;ral. Mais apr&#232;s le retour en Russie de L&#233;nine au d&#233;but d'avril le parti a rapidement chang&#233; de position. Si L&#233;nine a pu si facilement conduire ce revirement, c'est parce que la base et les directions interm&#233;diaires du parti, en tr&#232;s grande majorit&#233; ouvri&#232;res, avaient depuis longtemps conclu, sur la base de leur exp&#233;rience historique et toute r&#233;cente, que les classes poss&#233;dantes &#233;taient oppos&#233;es &#224; la d&#233;mocratie et partisanes ferventes de l'imp&#233;rialisme russe. Selon cette analyse, que la direction bolchevique avait temporairement abandonn&#233;e dans l'euphorie d'unit&#233; nationale apparente suivant la R&#233;volution de f&#233;vrier, la r&#233;volution ne pourrait gagner que si elle &#233;tait dirig&#233;e par un gouvernement ouvrier et paysan et en opposition aux classes poss&#233;dantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que L&#233;nine a apport&#233; de vraiment nouveau pour les Bolcheviks en avril 1917 (ses fameuses &#171; Th&#232;ses d'avril &#187;) c'&#233;tait son appel &#224; la r&#233;volution socialiste en Russie. Il avait adopt&#233; cette position en 1915 sur la base d'une analyse des possibilit&#233;s r&#233;volutionnaires imm&#233;diates ouvertes par la guerre mondiale dans les pays participants. Mais bien avant L&#233;nine, Trotski, parmi d'autres militants de l'aile gauche du socialisme russe (5), avait conclu que la r&#233;volution en Russie, quelque soient ses buts initiaux, ne gagnerait que si elle renversait le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de la fin d'avril, les Bolcheviks appelaient &#224; la formation d'un gouvernement des soviets, ces conseils &#233;lus par les ouvriers et les soldats (ces derniers dans leur &#233;crasante majorit&#233; recrut&#233;s dans la paysannerie) durant la R&#233;volution de f&#233;vrier. Ce serait un gouvernement exclusivement des classes populaires, qui priverait les classes poss&#233;dantes du droit de repr&#233;sentation politique. Initialement cette position a attir&#233; peu de soutien populaire. On jugeait qu'elle ali&#233;nerait gratuitement les classes poss&#233;dantes, qui semblaient s'&#234;tre ralli&#233;es &#224; la r&#233;volution en f&#233;vrier ; que cela provoquerait une guerre civile, que personne ne souhaitait. Les m&#233;tallos de Petrograd, le noyau radical du mouvement ouvrier, faisaient exception. Dans certains quartiers industriels les soviets ont appel&#233; au pouvoir sovi&#233;tique d&#232;s la R&#233;volution de f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais apr&#232;s huit mois d'inaction et de sabotage de la part du gouvernement provisoire lib&#233;ral, et face au danger imminent d'un soul&#232;vement contre-r&#233;volutionnaire militaire appuy&#233; par un lock-out d&#233;guis&#233; des patrons, les masses populaires ont pu se convaincre de la justesse de la position bolchevique. Partout on exigeait le transfert imm&#233;diat du pouvoir aux soviets, ce qui a &#233;t&#233; fait le 25 octobre presque sans effusion de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, la R&#233;volution d'octobre peut &#234;tre vue comme un acte en d&#233;fense de la R&#233;volution d&#233;mocratique de f&#233;vrier face au danger imminent de contre-r&#233;volution. Mais puisque cette seconde r&#233;volution &#233;taient dirig&#233;e contre les classes poss&#233;dantes, elle portait en elle une dynamique anticapitaliste claire. En m&#234;me temps, la R&#233;volution d'octobre &#233;tait bien plus qu'un acte de d&#233;fense. Elle s'est faite &#233;galement dans l'espoir d'inspirer les classes populaires en Occident &#224; suivre l'exemple russe. Ce n'&#233;tait pas la simple expression d'un id&#233;alisme internationaliste. C'&#233;tait vu comme une condition fondamentale de survie de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bons marxistes, les bolcheviks consid&#233;raient que la Russie, pays pauvre et tr&#232;s majoritairement paysan, ne poss&#233;dait pas les conditions mat&#233;rielles et politiques du socialisme. La Russie avait besoin de l'aide de pays socialistes d&#233;velopp&#233;s pour r&#233;aliser une transformation socialiste. Mais il y avait d'autres probl&#232;mes encore plus urgents qui ne pouvaient trouver leur solution sans l'aide de r&#233;volutions &#224; l'Ouest. Pour commencer, les &#201;tats imp&#233;rialistes n'accepteraient jamais une r&#233;volution socialiste en Russie. Et, en fait, tous les pays industriels (et quelques-uns peu industrialis&#233;s) ont envoy&#233; des troupes contre les soviets et/ou ont financ&#233; les forces contre-r&#233;volutionnaires indig&#232;nes. Ils ont &#233;galement &#233;rig&#233; un blocus &#233;conomique et diplomatique autour de l'&#201;tat sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre probl&#232;me imm&#233;diat &#233;tait la paysannerie, 85 % de la population. Elle appuyait les Bolcheviks dans la mesure o&#249; ceux-ci permettraient aux paysans de r&#233;aliser la r&#233;forme agraire et retireraient le pays de la guerre imp&#233;rialiste. Mais comme classe, les paysans (et notamment les paysans riches et moyens, ces derniers &#233;tant majoritaires) n'&#233;taient pas spontan&#233;ment collectivistes. La terre distribu&#233;e, ils risquaient fort de se retourner contre les travailleurs, qui seraient forc&#233;s d'adopter des mesures collectivistes pour d&#233;fendre la r&#233;volution et assurer leur propre survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse n'&#233;tait pas limit&#233;e &#224; la direction du Parti bolchevique. Elle &#233;tait largement partag&#233;e par les masses ouvri&#232;res, qui suivaient attentivement les p&#233;rip&#233;ties des luttes &#224; l'Ouest. M&#234;me les Mencheviks, marxistes &#171; orthodoxes &#187; qui en octobre avaient refus&#233; d'appuyer la nouvelle r&#233;volution parce que les conditions du socialisme manquaient, ont fini par s'y rallier d&#232;s que la r&#233;volution a &#233;clat&#233; en Allemagne en d&#233;cembre 1918. A leurs yeux cela rendait enfin viable la r&#233;volution socialiste en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre toute attente, la r&#233;volution en Russie, qui a d&#251; organiser &#224; partir de z&#233;ro une arm&#233;e dans des conditions d'effondrement &#233;conomique, a surv&#233;cu malgr&#233; son isolement. Cela a &#233;t&#233; rendu possible en grande partie gr&#226;ce &#224; la mont&#233;e ouvri&#232;re en Occident, qui a limit&#233; la capacit&#233; d'intervention directe des &#201;tats capitalistes. Comme l'explique un historien am&#233;ricain, &#171; Les hommes d'&#201;tat &#224; Paris &#233;taient assis sur une mince cro&#251;te de terrain solide, sous laquelle bouillonnaient les forces volcanique de bouleversement social&#8230; Il y avait donc une raison absolument convaincante expliquant pourquoi les puissances alli&#233;es ne pouvaient satisfaire les attentes des Russes blancs en intervenant avec un plus grand nombre de troupes : il n'y avait pas de troupes fiables. L'opinion commune des grands hommes d'&#201;tat et des g&#233;n&#233;raux, c'est que la tentative d'envoyer un grand nombre de soldats en Russie finirait probablement en mutinerie. &#187; (6)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Winston Churchill, qui demandait avec insistance l'envoi de plus de troupes en Russie, Lloyd George a r&#233;pondu que, s'il faisait cela, &#171; la Grande-Bretagne elle-m&#234;me deviendra bolchevique et nous aurons des soviets &#224; Londres. &#187; Il exag&#233;rait sans doute le danger imminent de la r&#233;volution, mais le refus des travailleurs portuaires de charger les armes, les manifestations de masse &#224; travers le pays, la menace imm&#233;diate d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et l'allusion &#224; des actions encore plus d&#233;cisives qui se pr&#233;paraient (350 conseils locaux ont &#233;t&#233; constitu&#233;s et attendaient impatiemment le mot d'ordre de commencer) &#8212; tout cela a emp&#234;ch&#233; une intervention d'envergure avec la France en ao&#251;t 1920 du c&#244;t&#233; des forces polonaises. Ce geste d&#233;sint&#233;ress&#233;, peu dans le caract&#232;re de la direction majoritairement r&#233;formiste du Parti travailliste, donne la mesure de la p&#233;riode. Cette mobilisation a apport&#233; une contribution directe et importante &#224; la survie de la r&#233;volution en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution a &#233;galement r&#233;sist&#233; &#224; l'hostilit&#233; des paysans, ali&#233;n&#233;s par le monopole de grain du gouvernement et par la r&#233;quisition sans contrepartie de leurs surplus, et souvent aussi de ce qui n'&#233;tait pas en surplus. Mais les paysans comprenaient aussi que les bolcheviks &#233;taient la seule force capable d'organiser la victoire sur la contre-r&#233;volution, qui aurait noy&#233; la r&#233;forme agraire dans un bain de sang paysan (7). Ainsi, un grand soul&#232;vement paysan a &#233;clat&#233; dans la r&#233;gion centrale de la Volga (au sud-est de Moscou) au printemps 1919. Cet &#233;t&#233; le g&#233;n&#233;ral blanc Denikine a lanc&#233; une offensive majeure &#224; partir du sud, comptant sur le soutien des paysans r&#233;volt&#233;s. Pour les bolcheviks c'&#233;tait le moment le plus d&#233;sesp&#233;r&#233; de la guerre civile. Et ils ont tent&#233; tout &#8212; r&#233;pression, propagande, all&#233;gement du fardeau fiscal des paysans moyens, amnistie pour les paysans qui ont &#171; par inconscience &#187; adh&#233;r&#233; &#224; la r&#233;volte. Le tout sans effet. Le tournant est arriv&#233; seulement lorsque Denikine s'est approch&#233; de Moscou et que le danger d'un retour des grands propri&#233;taires &#233;tait devenu tangible pour les paysans. A ce moment la r&#233;volte est partie en fum&#233;e et pr&#232;s d'un million de d&#233;serteurs paysans ont volontairement regagn&#233; les rangs de l'Arm&#233;e rouge (8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la victoire, apr&#232;s trois ans de guerre civile et d'intervention &#233;trang&#232;re, fut pay&#233;e d'un prix terrible : des millions de morts, la plupart emport&#233;s par la faim et l'&#233;pid&#233;mie ; une &#233;conomie d&#233;vast&#233;e ; une classe ouvri&#232;re, force motrice de la r&#233;volution, dispers&#233;e et exsangue. Avec l'isolement international de la r&#233;volution, cela constituait le terrain sociopolitique qui allait nourrir la mont&#233;e de la dictature bureaucratique dans les ann&#233;es suivantes. Pour cette raison, Staline, faisant fi de l'analyse marxiste, a affirm&#233; en 1924 la possibilit&#233; de construire le socialisme dans la Russie isol&#233;e. Entre autres, cette nouvelle &#171; th&#233;orie &#187; servait de justification &#224; la subordination des partis communistes &#233;trangers aux int&#233;r&#234;ts de l'&#233;lite bureaucratique russe, une politique qui demandait l'abandon par ces partis de leur mission r&#233;volutionnaire. Le r&#233;gime bureaucratique, qui allait &#233;craser sa propre classe ouvri&#232;re sous les rouages de sa machine r&#233;pressive et qui la maintiendrait atomis&#233;e pendant six d&#233;cennie, n'&#233;tait aucunement int&#233;ress&#233; &#224; des r&#233;volutions &#224; l'&#233;tranger, et surtout pas en Occident. En fait, il y voyait un danger mortel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appuyant la demande des comit&#233;s d'usine au printemps 1918 de nationaliser les entreprises industrielles &#8212; mesure qui n'avait pas &#233;t&#233; pr&#233;vue en octobre par les Bolcheviks (9) &#8212; un militant a expliqu&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les conditions &#233;taient telles que les comit&#233;s d'usines ont pris le plein contr&#244;le des entreprises. C'&#233;tait la cons&#233;quence de tout le d&#233;veloppement de notre r&#233;volution, le r&#233;sultat in&#233;vitable de la lutte de classe qui se d&#233;roulait. Le prol&#233;tariat ne s'est pas tellement avanc&#233; vers cela que les circonstances elles-m&#234;mes l'y ont amen&#233;. Il a d&#251; simplement faire ce que dans la situation donn&#233;e il ne pouvait pas refuser de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et quelque terrible que cela puisse para&#238;tre &#224; plusieurs, cela signifie l'&#233;cartement total des capitalistes de la gestion de l'&#233;conomie. Oui, cela veut dire des &#8220;exp&#233;riences socialistes&#8221;, comme nos adversaires aiment nous le lancer en se moquant de nous&#8230; Oui, nous devons le dire : ce que la classe ouvri&#232;re de la Russie a d&#251; faire c'est la suppression du capitalisme et la reconstruction de notre &#233;conomie sur une nouvelle base socialiste. Et puisque cela se fait par la classe ouvri&#232;re et que les capitalistes sont &#233;cart&#233;s au cours de la lutte r&#233;volutionnaire, cela doit devenir la r&#233;gulation socialiste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Cela sera-t-il une nouvelle Commune de Paris (10) ou am&#232;nera-t-il au socialisme mondial &#8212; cela d&#233;pend des circonstances internationales. Mais nous n'avons absolument pas d'autre alternative &#187; (11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me 90 ans plus tard, il est trop t&#244;t pour tracer le bilan d&#233;finitif de la R&#233;volution d'octobre d'un point de vue socialiste. Mais maintenant, alors que rien ne semble rester de la R&#233;volution d'octobre (l'avenir montrera si c'est une illusion), on peut au moins dire : &#171; Accul&#233;s au mur, ils ont os&#233; &#187;. Ils se sont lanc&#233;s dans une contre-offensive audacieuse qui avait une chance de gagner, au lieu de se replier dans une tactique d&#233;fensive impuissante. Aujourd'hui, lorsque la survie m&#234;me de l'humanit&#233; est en jeu, il y a s&#251;rement encore quelque chose &#224; apprendre &#224; cette r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Cit&#233; dans F. Nitti, Peaceless Europe, Londres , 1922, p. 94.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Selon le pays, c'&#233;tait le r&#233;sultat d'une combinaison de r&#233;pression, d'intervention &#233;trang&#232;re, de d&#233;pression &#233;conomique, et/ou d'une direction socialiste confuse, h&#233;sitante ou simplement tra&#238;tre (les probl&#232;mes de direction du mouvement ouvrier et socialiste ont &#233;videmment des racines plus profondes, qui attendent toujours leur analyse ad&#233;quate). Cela ne veut pas dire qu'une r&#233;volution &#233;tait &#224; l'ordre de jour imm&#233;diat dans tous les pays qui ont connu une mont&#233;e des luttes. Mais il est clair que le capitalisme, au moins en Europe, n'aurait pu longtemps survivre &#224; la victoire d'une r&#233;volution m&#234;me dans un seul pays occidental quelque peu important, s'ajoutant &#224; la victoire en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. M&#234;me si l'emploi du terme &#171; barbarie &#187;, en tant que mat&#233;rialisation de la plus profonde d&#233;cadence, est marqu&#233; par la vision que la civilisation gr&#233;co-romaine avait de ces soci&#233;t&#233;s collectivistes, en cours de transformations en soci&#233;t&#233;s &#233;tatiques lors de la d&#233;cadence de l'Empire romain. Pour une pr&#233;sentation historique moins id&#233;ologique des soci&#233;t&#233;s barbares on lira avec int&#233;r&#234;t K. Modzelewski, L'Europe des Barbares, &#233;d. Aubier, Paris 2006 (note du r&#233;dacteur d'Inprecor).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Avant la R&#233;volution de 1905-1907, la Russie &#233;tait le seul &#201;tat europ&#233;en important sans aucune forme de repr&#233;sentation politique, m&#234;me purement consultative. Le r&#233;gime ne tol&#233;rait pas non plus les organisations politiques ou sociales ind&#233;pendantes. Apr&#232;s la d&#233;faite de la r&#233;volution, le Tsar a r&#233;impos&#233; ce m&#234;me r&#233;gime &#224; toute fin utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Trotski a pr&#233;sent&#233; l'analyse la plus coh&#233;rente, mais il &#233;tait loin d'&#234;tre le seul &#224; arriver &#224; cette conclusion sur la base de l'exp&#233;rience de 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. W. H. Chamberlin, The Russian Revolution, N.Y., Universal Library, 1962, vol. 2, p. 152.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Ils avaient d&#233;j&#224; v&#233;cu cette exp&#233;rience terrible apr&#232;s la d&#233;faite de la R&#233;volution de 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. T.V. Osipova, Rossiiskoe krest'yanstvo v revolyutsii i grazhdanskoi voine, Moscou, Strelets, 2001, p. 320.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Le parti n'avait pas de programme &#233;conomique clair en octobre 1917. Cela refl&#233;tait en partie l'id&#233;e que ce qui serait possible d&#233;pendait de ce qui se passerait &#224; l'Ouest. L&#233;nine &#224; l'&#233;poque parlait de &#8220;capitalisme d'&#201;tat&#8221;, d'une &#233;conomie qui ressemblerait &#224; celle des autres pays en guerre sauf pour un trait central &#8212; le pouvoir serait entre les mains des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Mars-mai 1871. La Commune a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e militairement par les forces bourgeoises apr&#232;s deux mois et suivie d'une r&#233;pression de masse sanglante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. I. Stepanov, Ot rabochego kontrolya do rabochego upravleniya v promychlennosti i zemledelii, Petrograd, 1918, p. 14.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>1983 : Grenade et la restauration de l'ordre capitaliste mondial, un pr&#233;lude aux catastrophiques ann&#233;es 1980 </title>
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		<dc:date>2010-09-08T02:40:39Z</dc:date>
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		<dc:creator>Richard Poulin</dc:creator>



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&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article15019 13 septembre 2009 _______________________________ Il y a 30 ans, le 13 mars 1979, la premi&#232;re r&#233;volution de Noir-es anglophones r&#233;ussissait &#224; renverser le r&#233;gime n&#233;ocolonial de Sir Eric Gairy et &#233;tablissait un gouvernement r&#233;volutionnaire dans l'&#238;le de Grenade. Cette r&#233;volution conna&#238;tra une double d&#233;faite : &#224; l'int&#233;rieur avec le coup d'&#201;tat op&#233;r&#233; par une faction stalinienne [1] dirig&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article15019&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article15019&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
13 septembre 2009&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il y a 30 ans, le 13 mars 1979, la premi&#232;re r&#233;volution de Noir-es anglophones r&#233;ussissait &#224; renverser le r&#233;gime n&#233;ocolonial de Sir Eric Gairy et &#233;tablissait un gouvernement r&#233;volutionnaire dans l'&#238;le de Grenade. Cette r&#233;volution conna&#238;tra une double d&#233;faite : &#224; l'int&#233;rieur avec le coup d'&#201;tat op&#233;r&#233; par une faction stalinienne [1] dirig&#233;e par Bernard Coard ; &#224; l'ext&#233;rieur avec l'invasion des marines am&#233;ricaines, le 25 octobre 1983.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'importance des &#233;v&#233;nements &#224; Grenade&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette &#238;le n'est pas plus grande que celle de Martha's Vineyard et sa population, en 1983, aurait pu remplir le Stade du Centenaire &#224; Montevideo, en Uruguay. Ce stade peut accueillir 108 000 spectateurs. L'importance des &#233;v&#233;nements ne tient donc pas au poids d&#233;mographique ou encore &#224; l'importance &#233;conomique de l'&#206;le des &#233;pices. Elle tient &#224; d'autres facteurs. Tout d'abord, ce fut le plus grand d&#233;ploiement militaire &#233;tatsunien apr&#232;s la d&#233;faite du Vietnam et sa premi&#232;re op&#233;ration &#224; &#171; visage d&#233;couvert &#187;. Cela pavera la voie &#224; d'autres interventions du m&#234;me ordre, notamment au Panama. L'arm&#233;e de la superpuissance &#233;tatsunienne avait finalement r&#233;ussi &#224; surmonter le syndrome de la d&#233;faite vietnamienne et recompos&#233; sa capacit&#233; d'intervention dans le monde. Ensuite, le renversement du gouvernement r&#233;volutionnaire par une faction stalinienne (ou prosovi&#233;tique dans certaines circonstances) s'est r&#233;p&#233;t&#233; dans d'autres endroits, de l'Afghanistan &#224; l'&#201;thiopie, en passant par le Burkina Faso. Cette r&#233;currence n'est sans doute pas al&#233;atoire. Elle exige r&#233;flexion et analyse, m&#234;me si l'URSS n'est plus un facteur dans les processus r&#233;volutionnaires d'aujourd'hui, car les ph&#233;nom&#232;nes de contre-r&#233;volutions politiques ou thermidoriens, qui m&#232;nent &#224; des dictatures bonapartistes [2], sont vraisemblablement r&#233;cursifs et, malgr&#233; des modalit&#233;s et des formes qui varient, affectent tout processus r&#233;volutionnaire. En &#234;tre conscient permet de penser &#224; des mesures pour contrer ce type de contre-r&#233;volution. Enfin, cette d&#233;faite de la r&#233;volution est annonciatrice d'autres d&#233;faites, notamment en Am&#233;rique centrale et en Afrique, et du retour &#224; l'ordre bourgeois &#224; l'&#233;chelle mondiale, ainsi que d'une profonde d&#233;sorientation dans les Antilles, plus particuli&#232;rement dans les &#238;les anglophones.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Essor r&#233;volutionnaire et offensive contre-r&#233;volutionnaire victorieuse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite &#233;tatsunienne au Vietnam en 1975 et l'incapacit&#233; de Washington d'intervenir militairement, gr&#226;ce &#224; la d&#233;composition de son arm&#233;e, a permis &#224; plusieurs luttes de lib&#233;ration nationale de conna&#238;tre un succ&#232;s rapide, du Mozambique &#224; la Guin&#233;e-Bissau en passant par l'Angola. Des r&#233;volutions ont &#233;clat&#233; un peu partout, du Nicaragua &#224; l'Iran. M&#234;me le c&#339;ur de l'imp&#233;rialisme mondial a &#233;t&#233; &#233;branl&#233;, du moins &#224; ses pourtours : les dictatures en Gr&#232;ce et au Portugal ont &#233;t&#233; renvers&#233;es et celle de l'Espagne est disparue avec la mort du Caudillo Franco. Un peu partout, les mouvements sociaux ont fait des gains non n&#233;gligeables et les syndicats, m&#234;mes ceux dont l'origine &#233;tait de type corporatif ou catholique, se montraient combatifs. Plusieurs d'entre eux se r&#233;clamaient du socialisme et &#233;taient tent&#233;s par l'action politique ouvri&#232;re ind&#233;pendante des partis bourgeois. Bref, l'&#233;poque &#233;tait plut&#244;t favorable aux domin&#233;-es. Et le monde aurait pu changer de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des premiers actes de la contre-r&#233;volution en marche, l'invasion militaire de Grenade, sera un &#233;l&#233;ment significatif de la restauration de l'ordre capitaliste mondial, un des lin&#233;aments de la catastrophique d&#233;cennie 1980, caract&#233;ris&#233;e par l'offensive r&#233;actionnaire victorieuse, laquelle imposera ce qui est d&#233;sormais connu comme la mondialisation n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays capitalistes du Centre, les attaques contre les acquis du mouvement ouvrier ont &#233;t&#233; ponctu&#233;es par les d&#233;faites brutales des contr&#244;leurs a&#233;riens aux &#201;tats-Unis en 1981 et des mineurs en Grande-Bretagne en 1984. Les gouvernements Thatcher et Reagan ont pu d&#232;s lors imposer leurs politiques mon&#233;taristes antisociales &#8212; premi&#232;re mouture des politiques n&#233;olib&#233;rales &#8212;, proc&#233;der &#224; la privatisation des services publics, affaiblir les droits sociaux et relancer les profits des entreprises. Dans les autres pays capitalistes dominants, il n'y a pas eu un &#233;crasement du mouvement ouvrier, mais les r&#233;gressions ont &#233;t&#233; importantes : le niveau de vie des salari&#233;-es stagnait ou baissait et le salaire indirect (ou salaire social) &#233;tait en recul. Le mouvement ouvrier &#233;tait d&#233;sormais sur la d&#233;fensive. Dans les pays de la P&#233;riph&#233;rie capitaliste, on a assist&#233; &#224; l'enlisement puis &#224; la d&#233;faite des processus r&#233;volutionnaires, de l'Iran au Nicaragua, de l'&#201;thiopie au Burkina Faso, du Salvador &#224; l'Afghanistan. Dans les pays du &#171; socialisme (ir)r&#233;ellement existant &#187;, l'&#233;chec de la r&#233;volution en Pologne en 1981 et la reconstitution de l'ordre bureaucratique (coup d'&#201;tat du g&#233;n&#233;ral Jarulevski) assureront la pr&#233;dominance des courants favorables &#224; la restauration du capitalisme qui, en 1989, capteront &#224; leur profit les fruits des mobilisations de masse en faveur de la d&#233;mocratie politique. En 1979, &#224; la suite de l'invasion par les troupes vietnamiennes du Cambodge des Khmers rouges, ce qui a arr&#234;t&#233; le g&#233;nocide, une guerre a oppos&#233; la R&#233;publique populaire de Chine au Vietnam r&#233;cemment lib&#233;r&#233;. Au plan intellectuel, les adieux au prol&#233;tariat se sont multipli&#233;s, de nombreux chantres de la &#171; Grande R&#233;volution culturelle prol&#233;tarienne &#187; mao&#239;ste ont retourn&#233; leur veste et condamn&#233; toute r&#233;volution devenue pour eux synonyme de dictature totalitaire. Le &#171; socialisme &#187; &#233;tait d&#233;sormais largement d&#233;consid&#233;r&#233;, ce qui au niveau id&#233;ologique a laiss&#233; le champ libre aux forces r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse de la r&#233;volution et de la contre-r&#233;volution &#224; Grenade peut nous aider non seulement &#224; comprendre les dynamiques internes au processus tumultueux de la prise du pouvoir par les domin&#233;-es et de la construction d'une nouvelle soci&#233;t&#233;, mais &#233;galement les moyens mis en &#339;uvre par les dominants pour restaurer l'ordre bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'invasion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de cinq ans apr&#232;s une r&#233;volution qui, sans effusion de sang, avait r&#233;ussi &#224; vaincre le pouvoir bourgeois n&#233;ocolonial de Sir Eric Gairy, chef du Grenada United Labour Party, et permit d'importantes am&#233;liorations des conditions de travail et de vie, l'imp&#233;rialisme le plus puissant de la plan&#232;te imposait par les armes sa contre-r&#233;volution. Il a fallu 7 000 hommes de troupes pour venir &#224; bout de l'aspiration &#224; l'ind&#233;pendance, &#224; la d&#233;mocratie et au socialisme des Grenadien-nes, ce qui repr&#233;sente un GI pour 14 habitants. C'est l'&#233;quivalent du d&#233;barquement de 830 000 marines &#224; Cuba. Les troupes &#233;tatsuniennes avaient comme auxiliaires 300 soldats et policiers de la Barbade et d'autres &#238;les de la Cara&#239;be, lesquels ont &#233;t&#233; maintenus &#224; l'arri&#232;re des combats. Toutefois, cela a conf&#233;r&#233; &#224; l'op&#233;ration Urgent Fury une &#171; couverture multinationale &#187; visant &#224; l&#233;gitimer l'agression contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 octobre 1983, &#224; cinq heures du matin, commen&#231;ait l'invasion de Grenade. Les combats ont dur&#233; quelques jours. Le camp grenadien comptait 1 500 soldats ainsi que 700 Cubains, en majorit&#233; des ouvriers du b&#226;timent, et 60 conseillers militaires originaires de l'URSS, de la Cor&#233;e du Nord, de l'Allemagne de l'Est, de la Bulgarie et de la Libye. La r&#233;sistance &#224; l'envahisseur a &#233;t&#233; suffisamment importante pour que l'arm&#233;e &#233;tatsunienne ait &#233;t&#233; oblig&#233;e d'envoyer sur place deux bataillons suppl&#233;mentaires. Il y a eu 19 morts et 116 bless&#233;s au sein des troupes am&#233;ricaines ; 45 militaires grenadiens ont &#233;t&#233; tu&#233;s et 358 bless&#233;s ; 24 Cubains ont trouv&#233; la mort, 59 furent bless&#233;s et 638 faits prisonniers [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;par&#233;e longtemps &#224; l'avance [4], l'invasion a profit&#233; de l'opportunit&#233; cr&#233;&#233;e par l'affaiblissement de la r&#233;volution &#224; Grenade &#224; la suite du renversement par un coup d'&#201;tat du Gouvernement r&#233;volutionnaire populaire (GRP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 octobre Maurice Bishop a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et d&#233;mit de ses fonctions de Premier ministre sous l'accusation de comploter pour assassiner Bernard Coard. Le 19 octobre, le peuple de Grenade s'est soulev&#233; pour r&#233;tablir au pouvoir le GRP. Les lieux de travail ont &#233;t&#233; ferm&#233;s, les rues de la capitale, St. George, ont &#233;t&#233; envahies par les manifestant-es et Maurice Bishop, qui avait &#233;t&#233; plac&#233; en r&#233;sidence surveill&#233;e, a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;. On a estim&#233; que de 15 000 &#224; 30 000 personnes ont manifest&#233;, soit l'&#233;quivalent de 1,4 &#224; 2,8 millions de personnes au Qu&#233;bec. Les troupes arm&#233;es fid&#232;les &#224; Coard ont tourn&#233; leurs armes contre la manifestation de masse, blessant et tuant de nombreuses personnes. Le nouveau pouvoir, le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire (CMR), a ex&#233;cut&#233;, le 19 octobre, plusieurs dirigeant-es du New Jewel Movement (NJM), du GRP et des syndicats, notamment Maurice Bishop, Unison Whiteman, Fitzroy Bain, Jacqueline Creft, Vincent Noel et Norris Bain. Comme dans l'URSS stalinienne au tournant des ann&#233;es 1920 et 1930, la contre-r&#233;volution politique d&#233;vorait ses enfants : le nouveau pouvoir assassinait ceux qui avaient dirig&#233; la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'h&#233;ritage colonial&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#238;le de Grenade a &#233;t&#233; une colonie fran&#231;aise puis britannique pendant plus de 300 ans. Elle a obtenu de la Grande-Bretagne son ind&#233;pendance en 1974. L'h&#233;ritage colonial et n&#233;ocolonial auquel a fait face la r&#233;volution grenadienne &#233;tait lourd : 40 % de la population &#233;tait analphab&#232;te (70 % des femmes), 50 % &#233;tait au ch&#244;mage, 60 % habitait des maisons sans eau courante. Le revenu moyen s'&#233;tablissait &#224; 325 dollars canadiens par ann&#233;e, soit un dollar par jour. Quelque 80 % des exportations (cacao, noix de muscade et banane) &#233;taient orient&#233;es vers l'Europe, 75 % des importations alimentaires en provenaient. L'infrastructure industrielle &#233;tait d&#233;risoire : sur 120 entreprises recens&#233;s en 1977, la moiti&#233; embauchait moins de cinq personnes. En 1978, le secteur manufacturier n'employait que 6 % de la force de travail et contribuait dans une proportion encore plus faible au PNB. La principale industrie de l'&#238;le &#233;tait la brasserie qui faisait travailler 76 personnes sur une base permanente. Toutefois, c'&#233;tait dans les docks que l'on retrouvait la plus importante concentration de salari&#233;-es de l'&#238;le [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La population rurale constituait la tr&#232;s grande majorit&#233; de la population. Le recensement de 1961 indiquait que plus de la moiti&#233; des terres et des plantations sup&#233;rieures &#224; 500 acres &#233;tait non cultiv&#233;e et que 89 % des paysan-nes ne poss&#233;dait que 24 % des terres alors que 1 % des propri&#233;taires fonciers d&#233;tenait 56 % des terres [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, l'&#233;migration &#233;tait tr&#232;s &#233;lev&#233;e. Environ 1 000 personnes quittait l'&#238;le chaque ann&#233;e, soit 1 % de la population. Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, on retrouvait quatre fois plus de Grenadien-nes en Grande-Bretagne, aux &#201;tats-Unis et &#224; Trinidad qu'&#224; Grenade m&#234;me. &#192; cause de cette &#233;migration massive, la pyramide d'&#226;ge &#233;tait d&#233;s&#233;quilibr&#233;e : en 1980, on estimait que 47 % de la population avait moins de 15 ans. C'&#233;tait donc une situation o&#249; une tr&#232;s forte proportion de la population &#233;tait d&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie touristique &#233;tait d&#233;ficiente, puisqu'il n'y avait aucun a&#233;roport international, ce &#224; quoi le gouvernement r&#233;volutionnaire a voulu pallier. Cela &#233;t&#233; l'un des pr&#233;textes invoqu&#233;s par les autorit&#233;s &#233;tatsuniennes pour envahir Grenade. Une publication du minist&#232;re de l'Agriculture des &#201;tats-Unis soulignait, en 1971, qu'&#233;tant donn&#233; la qualit&#233; et la quantit&#233; incertaines des produits locaux, les h&#244;teliers importaient leurs produits, surtout des &#201;tats-Unis, pour desservir leur client&#232;le [7].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'&#201;tat n&#233;ocolonial&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'ind&#233;pendance politique de 1974 n'a pas chang&#233; les probl&#232;mes auxquels faisait face la population. Grenade restait pour la Grande-Bretagne une source de produits agricoles trait&#233;s et empaquet&#233;s par des compagnies britanniques. Le gouvernement Gairy, d&#233;j&#224; en place sous l'administration coloniale directe, est rest&#233; au pouvoir apr&#232;s l'ind&#233;pendance. Dans les ann&#233;es 1950, Gairy avait obtenu un appui populaire en tant que dirigeant de la lutte pour l'ind&#233;pendance et organisateur de la syndicalisation des travailleurs agricoles. Profitant du pouvoir, il s'est construit un petit empire dans les biens mobiliers, le tourisme et le commerce. Son gouvernement nationaliste bourgeois a permis &#224; quelques Grenadiens et surtout &#224; lui-m&#234;me de s'enrichir rapidement. L'&#201;tat n&#233;ocolonial a &#233;t&#233; utilis&#233; essentiellement pour cr&#233;er une nouvelle bourgeoisie nationale. Comme au Nicaragua de Somoza, l'&#201;tat n'&#233;tait pas un instrument du capitalisme collectif [8], mais servait surtout &#224; intervenir en faveur d'une coterie limit&#233;e de nouveaux bourgeois li&#233;s de tr&#232;s pr&#232;s au despote et largement inf&#233;od&#233;e &#224; ce dernier. L'&#201;tat &#233;tait un instrument de &#171; concurrence d&#233;loyale &#187; [9]. Apr&#232;s la prise du pouvoir, le NJM a condamn&#233; toute forme d'expropriation (nationalisation sans indemnisation) et de nationalisation comme du &#171; gayrisme &#187; puisque Gairy utilisait ce type d'intervention &#233;tatique pour &#233;liminer ses concurrents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'interventionnisme &#233;conomique de Gairy, l'&#233;conomie grenadienne restait domin&#233;e par le capital financier britannique, canadien et &#233;tatsunien. Afin de d&#233;fendre son r&#233;gime corrompu, Gairy a fait passer une s&#233;rie de lois contre le droit de gr&#232;ve et les libert&#233;s d&#233;mocratiques. En 1967, il a mis sur pied le Mongoose Gang, un corps r&#233;pressif &#233;quivalent &#224; celui des Tontons Macoutes ha&#239;tiens [10]. Despote illumin&#233;, Gairy a tent&#233; &#224; chacune de ses interventions &#224; l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de convaincre l'ONU de mettre sur pied une agence de surveillance des ovnis.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'insurrection&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous reconnaissons &#224; Grenade, tout comme les imp&#233;rialistes le reconnaissent, que sans la r&#233;volution cubaine de 1959, il n'y aurait pas eu de r&#233;volution en 1979 ni &#224; Grenade ni au Nicaragua. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Maurice Bishop [11]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1973, la fusion du Movement Assemblies of the People (MAP), dirig&#233; par Maurice Bishop et Kendrick Radix, et du Joint Endeavor for Welfare, Education and Liberation (JEWEL), dirig&#233; par Unison Withman, a donn&#233; naissance au New Jewel Movement. Cette organisation &#233;tait anim&#233;e aussi bien par des militant-es se r&#233;clamant du marxisme que du Black Power. L'influence de la r&#233;volution cubaine &#233;tait notable ainsi que celle des luttes de lib&#233;ration nationale d'Angola et de Guin&#233;e-Bissau [12]. La base du MAP &#233;tait essentiellement urbaine, tandis que celle du JEWEL &#233;tait rurale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus d'accession &#224; l'ind&#233;pendance de Grenade a &#233;t&#233; marqu&#233; par le durcissement du r&#233;gime. Le 18 novembre 1973, lors du &#171; dimanche sanglant &#187;, le Mangoose Gang s'est attaqu&#233; aux dirigeants du NJM. Comme au Nicaragua en 1979, des &#233;l&#233;ments de la bourgeoisie sont entr&#233;s en dissidence et ont appel&#233; avec le NJM &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en janvier 1974. Le 21 du m&#234;me mois, lors d'une manifestation violemment r&#233;prim&#233;e, la police a assassin&#233; le p&#232;re de Maurice Bishop. Le droit de gr&#232;ve a &#233;t&#233; suspendu pour les employ&#233;-es des services publics et des restrictions ont &#233;t&#233; port&#233;es aux libert&#233;s d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s sa formation, le NJM a montr&#233; une capacit&#233; importante de mobilisation. Ses r&#233;unions de masse r&#233;unissaient plus de 10 000 personnes. Il a exig&#233; la d&#233;mission de Gairy et la participation des travailleurs et des travailleuses au processus d'ind&#233;pendance. Tr&#232;s rapidement, la nouvelle organisation a initi&#233; et men&#233; les luttes ; plusieurs de ses membres dirigeaient les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1976, le NJM a fait alliance avec deux formations politiques bourgeoises, le Grenada National Party et le United People's Party. Cette &#171; People Alliance &#187;, bas&#233;e sur un programme minimum de r&#233;formes, a obtenu 48,5 % du suffrage populaire et six si&#232;ges de d&#233;put&#233;s, dont trois pour le NJM. Les &#233;lections ont toutefois &#233;t&#233; entach&#233;s de fraudes, de r&#233;pression et d'interdictions. Toutefois, Maurice Bishop &#233;tait d&#233;sormais le chef de l'opposition officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine pr&#233;c&#233;dant l'insurrection du 13 mars 1979, les dirigeants du NJM ont appris que Gairy complotait pour les faire assassiner. C'est cette information qui a provoqu&#233; l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 mars, une cinquantaine de militant-es du NJM en armes ont pris le contr&#244;le d'une caserne (True Blue) et de la radio. L'appel &#224; l'insurrection a &#233;t&#233; entendu : un millier de salari&#233;-es ont particip&#233; &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale tandis que des centaines d'autres ont investi des commissariats de police et d'autres lieux strat&#233;giques. Les forces r&#233;pressives ont &#233;t&#233; paralys&#233;es. Le co&#251;t humain de l'insurrection a &#233;t&#233; limit&#233; &#224; trois morts dont un accidentel. Le 20 mars, 20 000 personnes, soit un habitant sur cinq, ont f&#234;t&#233; le renversement du r&#233;gime de Gairy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membre de l'Internationale socialiste, le NJM avait d&#233;velopp&#233; un programme ax&#233; avant tout sur les revendications d&#233;mocratiques et anti-imp&#233;rialistes (d'o&#249; cette possibilit&#233; d'alliance avec des partis bourgeois). Il faisait la promotion d'une &#233;conomie mixte. &#192; l'origine, le NJM ne visait pas la construction d'une soci&#233;t&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le NJM &#233;tait li&#233; de tr&#232;s pr&#232;s au People's National Party de la Jama&#239;que, dirig&#233; par Michael Manley. En 1979, deux dirigeants du NJM ont publi&#233; un livre qui citait l'exp&#233;rience de la Jama&#239;que sous Manley comme preuve de la possibilit&#233; d'une voie gradualiste non-capitaliste de d&#233;veloppement [13]. Maurice Bishop exprimait en ces termes le programme de son gouvernement, qui comptait des repr&#233;sentants de la bourgeoisie : &#171; Nous disons clairement que le secteur priv&#233; a un r&#244;le &#224; jouer. Mais nous disons aussi clairement que toutes les soci&#233;t&#233;s et tous les hommes d'affaires doivent respecter les droits des ouvriers. Nous sommes un gouvernement ouvrier. &#187; [14]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; sa d&#233;faite en novembre 1980 au profit du tr&#232;s r&#233;actionnaire Jama&#239;ca Labour Party dirig&#233; par Edward Seaga, le gouvernement de Manley a aid&#233; de fa&#231;on importante le GRP. En d&#233;pit de r&#233;formes sociales importantes, l'exp&#233;rience du &#171; socialisme d&#233;mocratique &#187; jama&#239;quain s'est sold&#233;e par un &#233;chec, lequel a &#233;t&#233; en partie d&#251; &#224; l'hostilit&#233; des institutions financi&#232;res internationales et &#224; celle des compagnies multinationales de bauxite qui ont tout mis en &#339;uvre pour pr&#233;cipiter sa chute ; le refus de bouleverser les institutions politiques westminst&#233;riennes du type Commonwealth britannique, a &#233;galement pes&#233; lourdement dans la balance. Plus fondamentalement, les r&#233;formes sociales se sont but&#233;es au fait que le gouvernement Manley s'est refus&#233; de remettre en cause la source m&#234;me de la domination bourgeoise : les rapports sociaux de production capitalistes. L'arriv&#233;e au pouvoir de Seaga a exerc&#233; &#224; coup s&#251;r une influence importante sur le sort et l'orientation de la r&#233;volution grenadienne. L'&#233;tau imp&#233;rialiste se resserrait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Du nationalisme d&#233;mocratique au socialisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme le Mouvement du 26 juillet &#224; Cuba en 1959, le NJM d&#233;fendait un programme d&#233;mocratique et un ensemble de mesure sociales, &#233;conomiques et politiques progressistes compatibles avec le syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parall&#232;le avec Cuba &#233;claire le processus enclench&#233; par l'insurrection &#224; Grenade. Dans un article du magazine Coronet de f&#233;vrier 1958, Castro d&#233;clarait qu'il n'avait pas l'intention d'exproprier ou de nationaliser les investissements &#233;trangers : &#171; J'en suis venu personnellement &#224; consid&#233;rer les nationalisations comme, au mieux, un instrument encombrant. Elles ne semblent pas renforcer r&#233;ellement l'&#201;tat, alors qu'elles affaiblissent l'entreprise priv&#233;e. Et, plus important encore, toute tentative de nationaliser globalement mettrait en difficult&#233; l'&#233;l&#233;ment principal de notre programme &#233;conomique &#8211; l'industrialisation au rythme le plus rapide possible. C'est la raison pour laquelle les investissements &#233;trangers seront toujours les bienvenus et seront toujours ici en totale s&#233;curit&#233;. &#187; [15]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'origine du Mouvement du 26 juillet, un programme nationaliste d&#233;mocratique, mais qui par des mesures successives impos&#233;es par la situation, s'est transform&#233; en un programme socialiste. Parvenu au pouvoir, Castro, avec l'aide des lib&#233;raux bourgeois ralli&#233;s, donnait toutes les garanties au capitalisme : droit &#224; la propri&#233;t&#233; et libert&#233;s institutionnelles. L'appareil d'&#201;tat ainsi que la partie de l'ancienne direction militaire ralli&#233;e &#224; Castro sont rest&#233;s en place. Les premi&#232;res mesures du gouvernement de Castro ont &#233;t&#233; de bannir les jeux d'argent, de r&#233;primer la prostitution et de saisir les propri&#233;t&#233;s de Batista et de ses copains. Elles ont &#233;t&#233; suivies par une modeste r&#233;forme agraire laquelle &#233;tait conforme &#224; la constitution bourgeoise de 1940. Le gouvernement a &#233;galement proc&#233;d&#233; &#224; une baisse des bas loyers de 50 %, ainsi que des tarifs du t&#233;l&#233;phone et de l'&#233;lectricit&#233;, ce qui lui a valu quelques accrochages avec les compagnies &#233;tatsuniennes de l'&#233;lectricit&#233; et du t&#233;l&#233;phone. &#192; cette &#233;poque, Castro niait non seulement toute intention r&#233;volutionnaire, mais condamnait &#233;galement de fa&#231;on explicite le communisme [16]. Le premier gouvernement, qui a &#233;t&#233; constitu&#233; de diverses personnalit&#233;s lib&#233;rales, ne comprenait aucun dirigeant de la gu&#233;rilla. Il s'agissait de toute &#233;vidence de pr&#233;senter un visage rassurant &#224; l'opinion bourgeoise cubaine et internationale, particuli&#232;rement &#233;tatsunienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Cuba, le passage au socialisme a &#233;t&#233; largement d&#233;termin&#233; par la r&#233;action imp&#233;rialiste. Le nouveau gouvernement cubain a fait face aux multiples tentatives de Washington de le soumettre au moyen de pressions &#233;conomiques. Au lieu de vilement c&#233;der, comme nombre d'autres gouvernements du tiers-monde, le pouvoir a commenc&#233; par exproprier des industries comme la United Fruit Compagny, leur proposant une compensation uniquement fond&#233;e sur la taxe fonci&#232;re que ces derni&#232;res s'&#233;taient arrang&#233;es pour maintenir artificiellement basse. Quand les raffineries de p&#233;trole d&#233;tenues par les multinationales ont refus&#233; de traiter le brut sovi&#233;tique et que Washington a supprim&#233; le quota de sucre, Castro a expropri&#233; en ao&#251;t 1960 les avoirs des &#201;tats-Unis &#224; Cuba : des raffineries de sucre (Cuban American Sugar Co.), des compagnies p&#233;troli&#232;res (Texaco et Standard Oil), la compagnie d'&#233;lectricit&#233; (General Electric), celle des t&#233;l&#233;phones (ITT), Coca-Cola et les grands magasins (Sears Roebuck). En octobre, le gouvernement a nationalis&#233; toutes les banques ainsi que 382 entreprises, soit 80 % des industries du pays. Ces nationalisations ont liquid&#233; la bourgeoisie en tant que classe. Ce n'est que le 16 avril 1961 que Castro a annonc&#233; que la r&#233;volution avait &#233;t&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ann&#233;es ont donc vu un pouvoir d&#233;fendant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production se transformer en un pouvoir la supprimant. Non pr&#233;vue au d&#233;part, cette rupture avec la bourgeoisie a &#233;t&#233; l'aboutissement d'une lutte pour l'ind&#233;pendance r&#233;elle du pays face &#224; l'imp&#233;rialisme. Il y a eu transcroissance d'une r&#233;volution nationale d&#233;mocratique en r&#233;volution socialiste [17]. Cette transcroissance est plut&#244;t exceptionnelle, car la plupart des gouvernements issus d'une lutte de lib&#233;ration nationale ont pris le chemin de la consolidation du pouvoir bourgeois national et, pour cela, nombre d'entre eux ont &#233;t&#233; transform&#233;s en dictatures. La r&#232;gle qui veut qu'une bourgeoisie faible ait besoin d'un &#201;tat fort s'est v&#233;rifi&#233;e &#224; de trop nombreuses reprises.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Le processus r&#233;volutionnaire &#224; Grenade&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le fait que le pouvoir ait &#233;t&#233; conquis par un processus urbain insurrectionnel a d&#233;termin&#233; le type d'&#201;tat mis en place. L'ancienne arm&#233;e r&#233;guli&#232;re ainsi que le Mongoose Gang ont &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233;s et dissous. Ils ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par le People's Revolutionary Army et par une milice populaire. Les bandes arm&#233;es de l'&#201;tat n&#233;ocolonial ont &#233;t&#233; d&#233;truites au profit du peuple en arme. En effet, la milice qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e pour d&#233;fendre l'&#238;le en cas d'intervention militaire &#233;trang&#232;re incorporait une fraction importante de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'impulsion du NJM, la mobilisation populaire et l'auto-organisation des masses ont connu un r&#233;el d&#233;veloppement. Les droits d&#233;mocratiques ont &#233;t&#233; &#233;largis. D&#232;s 1979, le taux de syndicalisation est pass&#233; de 30 &#224; 90 % [18]. Des organisations nationales de la jeunesse, des femmes, des brigades de travail communautaire et des organisations d'&#233;ducation permanente ont &#233;t&#233; mises sur pied et ont rapidement obtenu une influence de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les budgets de 1982 et de 1983 ont &#233;t&#233; adopt&#233;s apr&#232;s une large discussion publique. Le GRP a cr&#233;&#233; un minist&#232;re de la Mobilisation nationale pour dynamiser les organes de participation populaire. Au printemps 1981, six conseils de district ont &#233;t&#233; form&#233;s pour discuter tous les mois, en pr&#233;sence des ministres concern&#233;s, des propositions gouvernementales et des dol&#233;ances de la population. Par la suite, ces six conseils ont &#233;t&#233; subdivis&#233;s en 30 conseils de zone, puis en conseils de mini zone. Les organes de coordination des mini zones &#233;taient des structures repr&#233;sentatives qui devaient d&#233;signer en leur sein les d&#233;l&#233;gu&#233;-es &#224; une assembl&#233;e de district qui, de la m&#234;me mani&#232;re, &#233;liraient les repr&#233;sentant-es &#224; l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle constitution en pr&#233;paration visait &#224; institutionnaliser cette d&#233;mocratie directe populaire. Les principes sous-jacents de ce projet &#233;taient les suivants : d&#233;mocratie directe pour favoriser une participation populaire permanente ; transformation de Grenade afin d'assurer un meilleur niveau de vie aux travailleurs et aux travailleuses ; construction d'une soci&#233;t&#233; juste ; garantie contre toute violation des droits d&#233;mocratiques ; pratique de comptes-rendus publics par les responsables ; droit de r&#233;vocation en tout temps desdits responsables. D&#232;s le d&#233;but, le GRP a r&#233;duit le nombre de ministres et diminu&#233; d'un tiers leur traitement et allocations diverses [19]. Les ministres devaient aussi, pour la premi&#232;re fois &#224; Grenade, payer l'imp&#244;t sur le revenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le GRP &#233;tait en train de mettre sur pied un &#201;tat ouvrier ; un &#201;tat fond&#233; sur l'auto-organisation des masses laborieuses ; un &#201;tat de la majorit&#233; pour la majorit&#233; ; un &#201;tat des classes exploit&#233;es et opprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les mesures politiques, sociales et &#233;conomiques prises par le pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
1&#176; La loi sur la publication des journaux en vigueur sous Gairy obligeait tout fondateur de journal &#224; d&#233;poser 2 500 dollars US aupr&#232;s du gouvernement avant d'obtenir la permission de para&#238;tre. Elle a &#233;t&#233; abolie [20]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; La loi sur l'ordre public a &#233;t&#233; aussi abolie. Elle interdisait les hauts parleurs lors des r&#233;unions en plein air et accordait de larges pouvoirs au chef de la police pour interdire lesdites r&#233;unions [21]..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; Les services de sant&#233; ont &#233;t&#233; am&#233;lior&#233;s et leur accessibilit&#233; &#233;tendue gr&#226;ce &#224; l'apport de 16 nouveaux m&#233;decins et dentistes cubains. De plus, le gouvernement les a rendus gratuits [22].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; Une campagne d'alphab&#233;tisation a &#233;t&#233; lanc&#233;e. Elle a r&#233;ussi &#224; r&#233;duire le taux d'analphab&#233;tisme &#224; 2 % de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176; Les droits scolaires &#224; l'&#233;cole secondaire ont &#233;t&#233; r&#233;duits de 12,5 &#224; 3,1 dollars. Pour le primaire, le gouvernement a financ&#233; des d&#233;jeuners chauds &#224; tr&#232;s bas prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 &#176; Le prix des produits essentiels comme le riz, le sucre, l'huile et le ciment ont &#233;t&#233; r&#233;duits gr&#226;ce &#224; la mise sur pied d'un Conseil national des importations, lequel g&#233;rait le commerce ext&#233;rieur de ces biens pour le compte de l'&#201;tat [23]. Du lait &#233;tait distribu&#233; gratuitement &#224; des centaines de familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176; Le budget de 1980 a exon&#233;r&#233; 30 % de la force de travail du paiement de l'imp&#244;t sur le revenu, tandis que le taux d'imposition des entreprises moyennes et larges augmentait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&#176; En 1981-1982, les salaires ont augment&#233; de 10 %, mais l'inflation &#233;tait de 7 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9&#176; En avril 1982, les chiffres indiquaient que le taux de ch&#244;mage &#233;tait pass&#233; de 49 % &#224; 14,2 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10&#176; Le principe &#171; &#224; travail &#233;gal, salaire &#233;gal &#187; a &#233;t&#233; introduit dans les lois en faveur des femmes. La nouvelle loi sur la maternit&#233; a accord&#233; trois mois de cong&#233; aux femmes, dont deux pay&#233;s, et a oblig&#233; les employeurs &#224; les r&#233;embaucher. Une loi contre le harc&#232;lement sexuel a &#233;t&#233; adopt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11&#176; Quelque 75 % des familles ont re&#231;u des pr&#234;ts sans int&#233;r&#234;t et du mat&#233;riel subventionn&#233; pour r&#233;nover leurs maisons. Le plan Sandino visait la construction de 500 nouvelles maisons par ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12&#176; Un plan d'assurance sociale a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;. Il couvrait les travailleuses et travailleurs &#224; la retraite (pensions), celles et ceux victimes de maladie ou d'accidents de travail et assurait un revenu aux d&#233;pendant-es d'un travailleur ou d'une travailleuse d&#233;c&#233;d&#233;-e [24].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une &#233;conomie en transition&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au niveau &#233;conomique, le GRP n'a pas confisqu&#233; les entreprises des capitalistes et les terres des propri&#233;taires fonciers. R&#233;sultat des mesures du r&#233;gime Gairy, 40 % des fermes et des plantations de plus de 100 acres, soit le tiers des propri&#233;t&#233;s cultivables, &#233;taient d&#233;j&#224; des propri&#233;t&#233;s de l'&#201;tat. Elles ont &#233;t&#233; transform&#233;es en fermes collectives. L'absence de reforme agraire donnant la terre &#224; ceux et celles qui la travaillent a &#233;t&#233; un facteur dans la d&#233;saffectation des agriculteurs et de travailleurs et travailleuses agricoles. Cette politique s'inspirait de la voie &#171; non-capitaliste de d&#233;veloppement &#187; des th&#233;oriciens sovi&#233;tiques [25], c'est-&#224;-dire pour les pays du tiers-monde la mise en place d'une &#233;conomie mixte o&#249; le secteur priv&#233; &#233;tait cens&#233; coexister avec un secteur d'&#201;tat important. Pour les th&#233;oriciens sovi&#233;tiques, il s'agissait d'&#234;tre conscients dans le tiers-monde des potentialit&#233;s r&#233;volutionnaires des mouvement dirig&#233;s par la petite-bourgeoise alli&#233; avec la paysannerie, les prol&#233;taires et les semi prol&#233;taires ainsi que les secteurs progressistes de la bourgeoisie nationale naissante [26]. Bernard Coard et ses camarades de l'OREL (Organisation for Revolutionary Education and Liberation) ont fait du concept de la voie non-capitaliste de d&#233;veloppement la pierre angulaire des politiques &#233;conomiques du GPR. Bernard Coard &#233;tait consid&#233;r&#233; au NJM, y compris par Maurice Bishop, comme le th&#233;oricien marxiste du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#233;orie de la voie non-capitaliste de d&#233;veloppement r&#233;actualisait le concept de r&#233;volution par &#233;tapes &#233;nonc&#233; par Staline dans les ann&#233;es 1920 et appliqu&#233; dans les pays coloniaux et semi-coloniaux qui, avec leurs strat&#233;gies d'alliance ou de collaboration de classe avec la bourgeoisie nationale, a &#233;t&#233; la cause de d&#233;faites r&#233;volutionnaires tragiques, notamment en Chine [27].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seules nationalisations r&#233;alis&#233;es ont affect&#233; les propri&#233;t&#233;s de Gairy ainsi que la Canadian Imperial Bank of Commerce (CIBC) qui avait annonc&#233; sa fermeture. La banque a &#233;t&#233; indemnis&#233;e. La nouvelle Granada National Commercial Bank a &#233;t&#233; install&#233;e dans les locaux de la CIBC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secteur priv&#233; dominait toujours l'&#233;conomie de l'&#238;le. Les trois principales banques du pays, la Barclay's Bank, la Banque royale du Canada et la Banque de Nouvelle-&#201;cosse ont pris une part importante au financement du projet de construction Sandino et ont accord&#233; des pr&#234;ts au GRP. Norris Bain, un dirigeant du NJM, ancien ministre de la Sant&#233;, &#233;tait lui-m&#234;me un gros commer&#231;ant de St. George. N&#233;anmoins, le GRP se consid&#233;rait un gouvernement ouvrier. &#192; terme, comme au Nicaragua, un conflit entre les mesures sociales progressistes et le maintien d'un large secteur d'&#233;conomie priv&#233;e aurait entra&#238;n&#233; une confrontation avec la bourgeoisie internationale et nationale. Toutefois, m&#234;me si son pouvoir &#233;conomique &#233;tait intact, la bourgeoisie en tant que classe avait &#233;t&#233; expropri&#233;e du pouvoir politique. Plus important encore, l'&#201;tat mis en place par la r&#233;volution avec ses organes de d&#233;mocratie directe et ses corps arm&#233;s populaires (milice et arm&#233;e) &#233;tait l'embryon d'un &#201;tat ouvrier en construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'invasion imp&#233;rialiste, les acquis de la r&#233;volution grenadienne ont &#233;t&#233; an&#233;antis. L'&#201;tat r&#233;volutionnaire a &#233;t&#233; d&#233;mantel&#233; [28]. Les industries contr&#244;l&#233;es par l'&#201;tat ont &#233;t&#233; ferm&#233;es [29]. Pour pouvoir continuer ses op&#233;rations, la Granada National Commercial Bank a d&#251; accepter la condition de l'administration &#233;tatsunienne selon laquelle 51 % de ses avoirs devaient &#234;tre vendus &#224; des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s. D&#232;s d&#233;cembre de 1983, d&#233;j&#224; un tiers de la population active n'avait plus d'emploi. Les services de sant&#233; et d'&#233;ducation se sont effondr&#233;s &#224; cause, entre autres, de l'expulsion des m&#233;decins et des dentistes cubains ainsi que celle des enseignants de Trinidad, de Tobago et de Guyana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution connaissait des rat&#233;s et avait des probl&#232;mes. Ces derniers ont &#233;t&#233; multipli&#233;s et aggrav&#233;s par la politique agressive et le blocus de Washington. La faiblesse du potentiel &#233;conomique, le poids de la domination &#233;trang&#232;re, notamment dans la finance, le maintien du pouvoir &#233;conomique de la bourgeoisie dans les secteurs du commerce et du tourisme et des propri&#233;taires fonciers dans l'agriculture &#233;taient autant d'&#233;l&#233;ments accroissant les difficult&#233;s sur la voie d'une v&#233;ritable ind&#233;pendance &#233;conomique et politique. &#192; cela s'ajoutaient les diff&#233;rends et les luttes internes dans la direction du NJM, dont on a appris, apr&#232;s coup, qu'ils duraient depuis un an.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le conflit interne au NJM&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon la direction du Parti communiste cubain, les divisions au sein du NJM relevaient davantage du conflit de personnalit&#233;s et de diff&#233;rences de conception des m&#233;thodes de direction, que de d&#233;saccords sur le fond. Selon elle, &#171; aucune doctrine, ni principe ou position se pr&#233;tendant r&#233;volutionnaire, ni division interne justifie des proc&#233;d&#233;s atroces comme l'&#233;limination physique de Bishop &#187; [30]. Elle a condamn&#233; l'ex&#233;cution de Bishop et de ses camarades et pris ses distances politiques avec le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire (CMR) mis en place par Coard et dirig&#233; par le g&#233;n&#233;ral Hudson. Imm&#233;diatement apr&#232;s le coup d'&#201;tat, elle a d&#233;clar&#233; que l'imp&#233;rialisme chercherait &#224; utiliser cette trag&#233;die pour balayer la r&#233;volution grenadienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les t&#233;moignages des anciens dirigeants du NJM qui ont &#233;chapp&#233; aux assassinats, Kendrick Radix [31], George Louison et Don Rojas [32], ont confirm&#233; l'analyse des divisions internes de la direction cubaine. Radix et Rojas ont reproch&#233; au groupe Coard de vouloir aller trop vite. Ils l'ont qualifi&#233; d'ultragauchiste et soup&#231;onn&#233; d'&#234;tre li&#233; &#224; des organisations staliniennes pro-Moscou comme le Workers Party of Jama&#239;ca dirig&#233; par Trevor Munroe. Le Workers Party a avalis&#233; les accusations de Coard &#224; l'endroit de Bishop et critiqu&#233; la non-intervention militaire cubaine lors du d&#233;barquement des marines &#233;tatsuniens. Pour George Louison, la r&#233;volution a &#233;t&#233; d&#233;truite de l'int&#233;rieur lors de l'accession au pouvoir du groupe Coard. Pour Fidel Castro, ce groupe ne comprenait que des &#171; ambitieux &#187;, des &#171; opportunistes &#187; et des &#171; hy&#232;nes &#187; issus du mouvement r&#233;volutionnaire. Il l'a m&#234;me compar&#233; &#224; Pol Pot et &#224; Ieng Sary, responsables du g&#233;nocide cambodgien : &#171; &#192; Cuba, depuis le tout d&#233;but de la crise &#224; Grenade, nous avons qualifi&#233; le groupe Coard, pour lui donner un nom, de groupe Pol Pot. &#187; [33]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe Coard se d&#233;signait lui-m&#234;me comme plus marxiste et plus prol&#233;tarien que le reste du NJM. Bishop et Withman &#233;taient trait&#233;s de sociaux-d&#233;mocrates et de petits-bourgeois. Coard et son groupe exigeaient un fonctionnement plus l&#233;niniste (qu'eux seuls &#233;taient &#224; m&#234;me de d&#233;finir) de la direction du NJM et critiquaient Bishop pour son pr&#233;tendu individualisme (one-manism) et son incapacit&#233; &#224; travailler dans une direction collective [34].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Gary Williams, Coard &#233;tait un dogmatique, un &#171; marxiste-l&#233;niniste &#187; favorable &#224; une politique prosovi&#233;tique intransigeante. Gr&#226;ce &#224; sa position dans le Comit&#233; organisateur, le Bureau politique et le Comit&#233; central, il a tent&#233; de construire un parti tr&#232;s centralis&#233;, hi&#233;rarchique et &#233;litiste en conformit&#233; avec sa vision du &#171; l&#233;ninisme &#187;. Soutenu par ses camarades de l'ex-OREL, Coard a pu attribuer &#224; ses partisans des postes strat&#233;giques dans le parti, les organisations de masse et les minist&#232;res [35]. Selon toute vraisemblance, Coard avait d&#233;velopp&#233; depuis longue date un plan concert&#233; pour &#233;carter Bishop du pouvoir [36].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains expliquent que la crise qui a d&#233;truit le GRP reposait davantage sur la d&#233;ception de la faction Coard face aux transformations sociales et &#233;conomiques insuffisamment rapides et aux difficult&#233;s rencontr&#233;es pour &#233;tablir une structure &#171; marxiste-l&#233;niniste &#187; contr&#244;lant le syst&#232;me [37]. D'autres laissent entendre que la division au sein du GRP n'&#233;tait pas id&#233;ologique, mais reposait pour l'essentiel sur les tactiques politiques diff&#233;rentes et sur le probl&#232;me de la discipline de parti [38]. Quoi qu'il en soit, Bishop &#233;tait plus pragmatique dans son approche de la formulation des politiques et enclin &#224; faire usage des structures de masse mises en place dans le pays pour discuter des orientations politiques, tandis que Coard pr&#233;f&#233;rait la prise de d&#233;cisions dans un environnement tr&#232;s structur&#233; [39] et r&#233;serv&#233; &#224; une &#171; &#233;lite &#187; autoproclam&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faction Coard s'est plainte de l'effondrement du parti et des organisations de masse tout en accusant la direction du parti d'&#171; opportunisme de droite &#187;. Elle a exig&#233; &#171; un retour &#224; la discipline et &#224; l'organisation l&#233;niniste &#187;, une plus grande clart&#233; id&#233;ologique et de nouvelles strat&#233;gies et des tactiques pour reconstruire du parti afin de faire progresser la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est s&#251;re, le NJM &#233;tait entr&#233; dans une p&#233;riode de stagnation et de d'ind&#233;cision. Ses appuis de masse &#233;taient moindres. La phase dite de &#171; r&#233;volution nationale d&#233;mocratique &#187; &#233;tait &#224; un tournant. Pour Bishop, la solution r&#233;sidait dans un effort massif pour mobiliser politiquement et p&#233;dagogiquement les masses afin de consolider cette phase, et de passer &#224; la suivante, celle de la transition au socialisme. Le r&#244;le du NJM &#233;tait de pr&#233;parer les masses diriger cette transition. Dans ce cadre, Bishop a appel&#233; &#224; un &#233;largissement de la composition du parti, tandis Coard voulait rendre encore plus rigoureuses les proc&#233;dures d'admission au parti. Cette contradiction &#8211; entre une vision du parti comme une organisation d'une &#233;lite &#171; marxiste-l&#233;niniste &#187; par rapport &#224; celle d'une organisation de masse &#8211; a &#233;t&#233; la contradiction politique centrale divisant les deux courants. Elle a &#233;t&#233; r&#233;solue par le coup d'&#201;tat. Si l'intention de Bishop &#233;tait d'&#233;largir la base du parti en vue de le lier aux organisations de masse, celle de Coard visait la centralisation du processus de prise de d&#233;cisions et l'inf&#233;odation des organisations de masse, du gouvernement et du parti au Bureau politique [40]. C'&#233;tait un projet typiquement bureaucratique et stalinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple dramatique du NJM montre une nouvelle fois les cons&#233;quences &#233;pouvantables d&#233;coulant du manque de d&#233;mocratie. L'inexistence d'instances d&#233;mocratiques pour que les militant-es de base du parti puissent contr&#244;ler la direction du parti a permis &#224; une petite faction sectaire et autoritaire de gagner l'h&#233;g&#233;monie dans les organes de direction du NJM et d'&#233;liminer les r&#233;volutionnaires de la premi&#232;re heure, et ce malgr&#233; l'appui de la majorit&#233; des membres du parti &#224; ces derniers. En ce qui concerne l'&#201;tat, c'&#233;tait le m&#234;me probl&#232;me. L'absence d'instruments d&#233;mocratiques a permis &#224; cette faction de contr&#244;ler l'appareil d'&#201;tat et l'arm&#233;e, institution hi&#233;rarchique et bureaucratique par excellence, et d'&#233;carter du pouvoir les dirigeants des masses populaires. Avec l'assassinat de Bishop et d'autres dirigeants du NJM, le r&#233;gime a perdu sa base populaire. La d&#233;mocratie n'est pas un luxe &#171; petit-bourgeois &#187;. Elle est l'une des conditions de la victoire de la r&#233;volution et de la construction d'une soci&#233;t&#233; socialiste. La fondatrice du Parti communiste allemand, Rosa Luxembourg a &#233;crit en 1918 que &#171; sans &#233;lections g&#233;n&#233;rales, sans une libert&#233; de presse et de r&#233;union illimit&#233;e, sans une lutte d'opinion libre, la vie s'&#233;tiole dans toutes les institutions publiques, v&#233;g&#232;te, et la bureaucratie demeure le seul &#233;l&#233;ment actif &#187;. [41]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'affaire Escalante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tant dans ses accusations que dans son mode d'action, le groupe Coard ressemble &#233;norm&#233;ment au groupe Annibal Escalante, lequel avait dirig&#233; le Parti socialiste populaire (PSP) de Cuba, l'ancien parti communiste pro-Moscou. &#192; la fin de 1961, le Mouvement du 26 juillet a fusionn&#233; avec le PSP et le Directoire r&#233;volutionnaire pour cr&#233;er les Organisations r&#233;volutionnaires unifi&#233;es (ORI), dans le dessein de fonder un nouveau parti, le Parti uni de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annibal Escalante, qui &#233;tait charg&#233; du secr&#233;tariat &#224; l'organisation, a tent&#233; de prendre le contr&#244;le de ce parti, du gouvernement et de l'administration. Pour Ren&#233; Dumont, la d&#233;faite de cette fraction secr&#232;te a probablement &#233;vit&#233; &#171; &#224; Cuba une phase pr&#233;coce de n&#233;o-stalinisme &#187; [42]. Fidel Castro a &#233;t&#233; accus&#233; comme Bishop d'&#234;tre insuffisamment marxiste, d'individualisme et de s'opposer &#224; une direction collective du parti. Pour Castro, &#171; Escalante a converti l'appareil du Parti en un nid de privil&#232;ges [&#8230;] Le noyau nommait et r&#233;voquait, ordonnait, gouvernait [&#8230;] Un parti de domestiques, de vaniteux, d'orgueilleux [&#8230;] Une arm&#233;e de r&#233;volutionnaires dress&#233;s et domestiqu&#233;s. &#187; [43]. Escalante a utilis&#233; sa position dans l'appareil pour construire et renforcer une fraction &#224; partir de privil&#232;ges et de pratiques bureaucratiques. L'URSS a accueilli Escalante lors de son exil, apr&#232;s la d&#233;faite de sa fraction [44].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une prise du pouvoir par Escalante aurait eu pour cons&#233;quence une purge des dirigeants de la r&#233;volution, leur assassinat &#233;ventuel, une inf&#233;odation totale de Cuba &#224; l'URSS et une bureaucratisation stalinienne de l'&#201;tat, du parti et des organisations de masse. Une telle contre-r&#233;volution thermidorienne aurait tellement affaibli le pays et d&#233;mobilis&#233; les masses que peut-&#234;tre une invasion comme celle de la Baie des Cochons en 1962 ne se serait pas termin&#233;e par un fiasco pour les forces restaurationnistes et imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un discours devant les membres du minist&#232;re de la S&#233;curit&#233; de l'&#201;tat, Ernesto &#171; Che &#187; Guevara tirait cette le&#231;on de la bataille contre Escalante : &#171; Nous nous &#233;tions engag&#233;s dans ce chemin qu'on a appel&#233; sectaire, mais qui est encore plus stupide que sectaire : le chemin qui s'&#233;carte des masses [&#8230;] De tout ceci, nous devons non seulement tirer une le&#231;on, mais aussi une grande v&#233;rit&#233; : les corps de s&#233;curit&#233;, quels qu'ils soient, doivent &#234;tre sous le contr&#244;le du peuple. &#187; [45] Cela pose une nouvelle fois la question fondamentale de la d&#233;mocratie socialiste, seul instrument pour contrer la d&#233;g&#233;n&#233;rescence bureaucratique de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur l'&#201;tat et le pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sans la destruction de l'appareil r&#233;pressif de l'&#201;tat bourgeois, il est impossible d'entreprendre la transition au socialisme. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, c'est par l'insurrection populaire qu'une telle destruction a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e. Les strat&#233;gies r&#233;formistes de passage pacifique (&#233;lectoral) au socialisme n'ont jamais r&#233;alis&#233; leur ambition. Tout simplement parce qu'elles ne visaient pas cette destruction, ne convoitant que les fonctions gouvernementales. Les gouvernements ne sont pas l'&#201;tat. Les gouvernements passent, la police, l'arm&#233;e et les hauts fonctionnaires restent. Les appareils d'&#201;tat r&#233;pressifs bourgeois rest&#233;s en place peuvent renverser en tout temps les gouvernements r&#233;formistes quand le besoin s'en fait sentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette condition est n&#233;cessaire (l'insurrection), elle s'av&#232;re n&#233;anmoins insuffisante. Car l'&#201;tat bourgeois ne se d&#233;finit pas uniquement par ses appareils r&#233;pressifs ou int&#233;grateurs. Il s'inscrit dans des rapports sociaux de production qui lui conf&#232;rent sa nature de classe. Sans la transformation des rapports sociaux de production, un &#201;tat m&#234;me issu d'une insurrection populaire, reste fragile, incertain et transitoire. De tels cas de figure se sont r&#233;p&#233;t&#233;s &#224; plusieurs reprises dans les pays du tiers-monde, de la r&#233;volution alg&#233;rienne o&#249; le gouvernement de Ben Bella a &#233;t&#233; renvers&#233; par un coup d'&#201;tat de Boumedienne, &#224; celle du Burkina Faso, avec le renversement de Thomas Sankara par Blaise Compaor&#233;, en passant par Grenade. Des marxistes comme Joseph Hansen ont d&#233;velopp&#233; le concept de gouvernement ouvrier et paysan pour caract&#233;riser les gouvernements issus de r&#233;volutions, mais o&#249; le pouvoir d'&#201;tat n'est pas encore radicalement m&#233;tamorphos&#233; par une transformation r&#233;volutionnaire des rapports sociaux de production [46]. De tels gouvernements sont n&#233;cessairement &#233;ph&#233;m&#232;res et ne peuvent durer que quelques mois voire quelques ann&#233;es : soit ils sont renvers&#233;s par un coup d'&#201;tat comme en Alg&#233;rie et au Burkina Faso, soit comme &#224; Cuba ils approfondissent la r&#233;volution en d&#233;truisant le pouvoir socio-&#233;conomique de la bourgeoisie &#233;trang&#232;re et nationale ainsi qu'en bouleversant de fond en comble les rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les situations r&#233;volutionnaires se caract&#233;risent par des situations de double pouvoir. &#192; Grenade, il y avait d'un c&#244;t&#233; le gouvernement ouvrier et paysan du NJM, issu d'une insurrection qui avait d&#233;truit les principaux appareils r&#233;pressifs de l'&#201;tat n&#233;ocolonial, de l'autre le pouvoir socio-&#233;conomique de la bourgeoise imp&#233;rialiste et nationale. Cette contradiction ne pouvait durer &#233;ternellement. Le conflit de classe devait se r&#233;sorber dans un sens ou dans l'autre. Malheureusement pour les domin&#233;-es, l'imp&#233;rialisme a frapp&#233; l&#224; o&#249; le maillon a &#233;t&#233; affaibli par un coup d'&#201;tat stalinien. Il a pu ainsi effectuer sa reconqu&#234;te contre-r&#233;volutionnaire et imposer son ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] William Eric Perkins (&#171; Requiem for Revolution : Perspectives in the U.S. / OECS Intervention in Grenada &#187;, Contributions in Black Studies, vol. 7, 1985), Gary Williams (&#171; Prelude to an Intervention : Grenada 1983 &#187;, Journal of Latin American Studies, n&#176; 29, 1995, p. 131-169) et Fr&#233;d&#233;ric Morizot (Grenade, &#233;pices et poudre : une &#233;pop&#233;e cara&#239;be, Paris, L'Harmattan, 1988) qualifient cette faction de &#171; prosovi&#233;tique &#187;. Aucune preuve n'appuie le fait que le groupe Coard aurait eu des liens sp&#233;cifiques ou &#233;troits avec l'URSS ou qu'il aurait agi avec l'appui en coulisse du Pari communiste d'Union sovi&#233;tique. Par ailleurs, par cette caract&#233;risation, ces auteurs soulignent l'opposition au coup d'&#201;tat du gouvernement cubain et l'influence des th&#233;ories sovi&#233;tiques sur la faction Coard. Le stalinisme est la forme prise par la contre-r&#233;volution politique de nature bureaucratique dans un &#201;tat ouvrier. Il se caract&#233;rise par la dictature d'un parti unique o&#249; un leader autocratique impose sa politique par la r&#233;pression, la terreur et l'&#233;limination physique de ses adversaires politiques ou consid&#233;r&#233;s comme tels. Le stalinisme est &#233;galement un ph&#233;nom&#232;ne mondial : c'est la subordination du mouvement ouvrier international aux int&#233;r&#234;ts de la bureaucratie nationale de l'&#201;tat postcapitaliste. La caract&#233;risation de la faction Coard de stalinienne permet, d'une part, de mieux saisir le processus de contre-r&#233;volution politique qu'elle a op&#233;r&#233;e et, d'autre part, de mettre en &#233;vidence son mode de fonctionnement ainsi que son id&#233;ologie. Nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le concept de bonapartisme renvoie &#224; la contre-r&#233;volution politique qui d&#233;truit les formes d&#233;mocratiques du pouvoir et instaure une dictature personnelle. Il se caract&#233;rise par le fait que ce pouvoir personnel joue un r&#244;le d'arbitre et semble par cons&#233;quent au-dessus des classes sociales en conflit. Pour L&#233;on Trotski (Bolchevisme contre stalinisme, 1935, &lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/tr..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.marxists.org/francais/tr..&lt;/a&gt;.), le bonapartisme est &#171; un r&#233;gime o&#249; la classe &#233;conomiquement dominante, apte aux m&#233;thodes d&#233;mocratiques de gouvernement, se trouve contrainte, afin de sauvegarder ce qu'elle poss&#232;de, de tol&#233;rer au-dessus d'elle le commandement incontr&#244;l&#233; d'un appareil militaire et policier, d'un &#8220;sauveur&#8221; couronn&#233;. Une semblable situation se cr&#233;e dans les p&#233;riodes o&#249; les contradictions de classes sont devenues particuli&#232;rement aigu&#235;s : le bonapartisme a pour but d'emp&#234;cher l'explosion. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Ronald H. Cole, Operation Urgent Fury : The Planning and Execution of Joint Operations in Grenada 12 October-2 November 1983, Washington, Joint History Office of the Chairman of the Joint Chiefs of Staff, 1997, &lt;a href=&#034;http://www.dtic.mil/doctrine/jel/hi..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.dtic.mil/doctrine/jel/hi..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] En 1981, les forces arm&#233;es &#233;tatsuniennes ont simul&#233; l'invasion de Grenade dans une &#238;le d&#233;pendante de Porto Rico. L'op&#233;ration baptis&#233;e Amber and Amberines r&#233;f&#233;rait ouvertement &#224; la situation g&#233;ographique de Grenade et des Grenadines. Voir Maurice Bishop, &#171; An armed attack against our country is iminent &#187;, dans Maurice Bishop Speaks, New York, Pathfinder Press, 1983, p. 282. Voir &#233;galement Fr&#233;d&#233;ric Morizot, op. cit., qui d&#233;taille d'autres pr&#233;paratifs &#224; l'invasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] World Bank, Current Economic Position and Prospects of Grenada, World Bank Report, Latin America and Carribbean Regional Office, 19 avril 1979, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] John S. Brierly, Small Farming in Grenada, West Indies, Dept. of Geography, University of Manitoba, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Dans Socialisme utopique et socialisme scientifique [1880] (&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/ma..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.marxists.org/francais/ma..&lt;/a&gt;.), selon Friedrich Engels, &#171; L'&#201;tat moderne n'est &#224; son tour que l'organisation que la soci&#233;t&#233; bourgeoise se donne pour maintenir les conditions ext&#233;rieures g&#233;n&#233;rales du mode de production capitaliste contre des empi&#233;tements venant des ouvriers comme des capitalistes isol&#233;s. L'&#201;tat moderne, quelle qu'en soit la forme, est une machine essentiellement capitaliste : l'&#201;tat des capitalistes, le capitaliste collectif en id&#233;e &#187;. Rien de plus compr&#233;hensible le fait mat&#233;riel et id&#233;el que l'&#201;tat soit le capitaliste collectif en id&#233;e, puisque la concurrence entre capitalistes exige un pouvoir d&#233;fendant non pas les int&#233;r&#234;ts individuels des capitalistes, mais leurs int&#233;r&#234;ts collectifs g&#233;n&#233;raux, y compris au d&#233;triment, &#224; l'occasion, de capitalistes individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Ce qui explique au Nicaragua le ralliement d'une partie de la bourgeoisie au renversement de Somoza. Cela ne sera pas sans influence sur le processus r&#233;volutionnaire et le type d'&#201;tat mis en place apr&#232;s le renversement du dictateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Arnaldo Hutchinson, &#171; The long road to freedom &#187;, dans Maurice Bishop Speaks, op. cit., p. 16-23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Maurice Bishop, &#171; Cuba, Nicaragua, Grenada : Together we shall win &#187;, dans Maurice Bishop Speaks, op. cit., p. 96. Notre traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Maurice Bishop, &#171; The struggle for democracy and against imperialism in Grenada &#187;, dans Maurice Bishop Speaks, op. cit., p. 16-23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Richard and Ian Jacobs, Grenada : The Road to Revolution, La Havane, Casa de las Americas, 1979, p. 83.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Interview de Maurice Bishop, L'Express, 27 novembre 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Cit&#233; par Tony Cliff, La r&#233;volution permanente d&#233;vi&#233;e, &lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/cl..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.marxists.org/francais/cl..&lt;/a&gt;. cliff_19630000.htm&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Joseph Hansen, Dynamics of the Cuban Revolution : A Marxist Appreciation, New York, Pathfinder Press, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Pour les r&#233;volutions de 1848, Karl Marx avait qualifi&#233; le processus de r&#233;volution en permanence dans son Adresse &#224; la Ligue des communistes d'Allemagne, 1850, &lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/ma...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.marxists.org/francais/ma...&lt;/a&gt;. Voir &#233;galement Friedrich Engels, La r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise en Allemagne, Paris, &#201;ditions sociales, 1951. Ce concept a &#233;t&#233; repris et d&#233;velopp&#233; par L&#233;on Trotski, De la r&#233;volution, Paris, &#201;ditions de Minuit, 1963.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Intercontinental Press, 19 novembre 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Dennis Sinclair DaBreo, The Grenadian Revolution, Castries (Sainte-Lucie), MAPS, 1979, p. 213.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Arnaldo Hutchinson, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Steve Clark, &#171; Grenada's workers and farmers government : Its achievements an its overthrow &#187;, dans Maurice Bishop Speaks, op. cit., p. XXIII.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] On assistait donc &#224; la mise en place d'un embryon de monopole du commerce ext&#233;rieur, instrument vital de toute forme de planification &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] &#171; Maurice Bishop speaks to US working people &#187;, dans Maurice Bishop Speaks, op. cit., p. 287-312.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Plus particuli&#232;rement de V. Solodovnikov and V. Bogoslovsky, Non-Capitalist Development : An Historical Outline, Moscow, Progress Publishers, 1975 ; I. Andreyev, The Non-Capitalist Way, Moscow, Progress Publishers, 1974 ; et R. Ulyanovsky, Socialism and the Newly Independent Nations, Moscow, Progress Publishers, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Clive Thomas, &#171; &#8220;The non-capitalist path&#8221; as theory and practice of decolonization and socialist transformation &#187;, Latin American Perspectives, vol. 2, printemps 1978, p.11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Voir, entre autres, Pierre Brou&#233;, La question chinoise dans l'Internationale communiste, Paris, EDI, 1976 ; Harold Isaacs, La trag&#233;die de la r&#233;volution chinoise, Paris, Gallimard, 1967 ; L&#233;on Trotski, Problems of the Chinese Revolution, New York, Ann Arbor, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Interview de Kendrick Radix, Inprecor, n&#176; 169, mars 1984, p. 5-9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Mohammed Oliver, Inprecor, n&#176; 169, mars 1984, p. 3-5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] &#171; Statement of the Cuban Government and the Cuban Communist Party &#187;, dans Maurice Bishop Speaks, op. cit., p. 313-316. Notre traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Kendrick Radix, George Louison and Kendrick Radix Discuss : Internal Events Leading to the U.S. Invasion of Grenada, Grenada Foundation, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Interview de Don Rojas, Intercontinental Press, 26 d&#233;cembre 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] &#171; Fidel Castro on the events in Grenada &#187;, 14 novembre 1983, dans Maurice Bishop Speaks, op. cit., p. 326-342. Notre traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] &#192; une &#233;chelle plus restreinte, le processus de &#171; l&#233;ninisation &#187; des organisations, c'est-&#224;-dire de leur stalinisation, proc&#233;dera au moyen des m&#234;mes accusations. Le but &#233;tait d'isoler les dirigeants fondateurs r&#233;fractaires &#224; ce processus et de les expulser. Pierre Beaudet, dans son livre On a raison de se r&#233;volter (Montr&#233;al, &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2008) livre un t&#233;moignage poignant sur la stalinisation (mao&#239;sation) du groupe Mobilisation qui sera lui-m&#234;me accus&#233; d'&#234;tre petit-bourgeois par les mao&#239;stes staliniens qu&#233;b&#233;cois d&#233;j&#224; organis&#233;s en parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Gary Williams, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Manning Marable, African and Caribbean Politics : From Kwame Nkrumah to the Grenada Revolution, London, Verso, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] Anthony Payne, Paul Sutton et Tony Thorndike, Grenada : Revolution and Invasion, New York, St. Martin Press, 1984, p. 106.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] Fitzroy Ambursley et James Dunkerley, Grenada : Whose Freedom, Latin American Bureau, Research and Action, 1984, p. 55.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] Tony Thorndike, Grenada : Politics, Economics and Society, Boulder, Lynne Rienner Publishers, 1985, p. 76.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] William Eric Perkins, op. cit., p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] Rosa Luxembourg, &#171; La r&#233;volution russe &#187;, &#338;uvres II, Paris, PCM, 1978, p. 84.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Ren&#233; Dumont, Cuba est-il socialiste ?, Paris, Seuil, 1970, p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] Cit&#233; par Louis Dumont, ibidem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] Jean Lamore, Cuba, Paris, Que sais-je ?, 1973, p. 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45] Cit&#233; par Michael L&#246;wy, &#171; Las organizaciones de masas, el partido y el estado &#187;, dans Jos&#233; Luis Coraggio et Carmen Diana. Deere (dir.), La transici&#243;n dif&#237;cil. La autodeterminaci&#243;n de los peque&#241;os pa&#237;ses perif&#233;ricos, M&#233;xico, Siglo XXI, 1987. Notre traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[46] Joseph Hansen, The Workers and Farmers Government, New York, National Education Department, Socialist Workers Party, 1974. Ce concept tr&#232;s utile pour saisir ces moments r&#233;volutionnaires me semble toutefois inad&#233;quats lorsqu'il est question du r&#233;gime mis en place apr&#232;s la prise du pouvoir sur toute la Chine, par exemple, du Parti communiste. Voir &#224; ce propos, Richard Poulin, La politique des nationalit&#233;s de la R&#233;publique populaire de Chine, de Mao Zedong &#224; Hua Guofeng, &lt;a href=&#034;http://www.cslf.gouv.qc.ca/publicat..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cslf.gouv.qc.ca/publicat..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Richard Poulin &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;partement de sociologie et d'anthropologie &lt;br class='autobr' /&gt;
Universit&#233; d'Ottawa &lt;br class='autobr' /&gt;
Pavillon Desmarais, bureau 8122 &lt;br class='autobr' /&gt;
55, rue Laurier Est &lt;br class='autobr' /&gt;
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K1N 6N5 &lt;br class='autobr' /&gt;
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Courriel : poulin uottawa.ca&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La r&#233;volution Russe</title>
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&lt;p&gt;Une conf&#233;rence avec Galia Tr&#233;p&#232;re sur la r&#233;volution russe lors de l'universit&#233; 2007 de la LCR. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site Radio Rouge &lt;br class='autobr' /&gt;
http://www.radio-rouge.org/Data/Septembre2007/La.Revolution.Russe&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une conf&#233;rence avec Galia Tr&#233;p&#232;re sur la r&#233;volution russe lors de l'universit&#233; 2007 de la LCR. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site Radio Rouge&lt;/p&gt;
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		<title>Pologne, ao&#251;t 1980 : un exemple d'auto organisation ouvri&#232;re</title>
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&lt;p&gt;ANNIVERSAIRE, IL Y A 30 ANS : Pologne, ao&#251;t 1980 : un exemple d'auto organisation ouvri&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt; Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; sous le titre &#171; La victoire au bout de la grande gr&#232;ve &#187; dans Inprecor n&#176; 84 du 11 septembre 1980. Cyril Smuga &#233;tait le pseudonyme de Jan Malewski, alors journaliste de Rouge, l'hebdomadaire de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire (LCR, section fran&#231;aise de la IVe Internationale), actuellement r&#233;dacteur d'Inprecor et membre du Bureau ex&#233;cutif de la IVe Internationale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ANNIVERSAIRE, IL Y A 30 ANS : Pologne, ao&#251;t 1980 : un exemple d'auto organisation ouvri&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; sous le titre &#171; La victoire au bout de la grande gr&#232;ve &#187; dans Inprecor n&#176; 84 du 11 septembre 1980. Cyril Smuga &#233;tait le pseudonyme de Jan Malewski, alors journaliste de Rouge, l'hebdomadaire de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire (LCR, section fran&#231;aise de la IVe Internationale), actuellement r&#233;dacteur d'Inprecor et membre du Bureau ex&#233;cutif de la IVe Internationale.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le 1er juillet 1980, en d&#233;cidant en catimini d'une augmentation des prix de la viande distribu&#233;e dans les magasins d'entreprise, la bureaucratie polonaise d&#233;clenchait la plus grande crise politique depuis 1948.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gr&#232;ve aux chantiers navals L&#233;nine de Gdansk, ao&#244;ut 1980. &#169; T. Michalak.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les premi&#232;res gr&#232;ves, c'est plus d'une centaine d'entreprises qui ont d&#233;bray&#233; courant juillet, souvent en &#233;lisant leurs repr&#233;sentants. Les bulletins ron&#233;ot&#233;s de l'opposition se faisaient les porte-parole du mouvement, popularisant les revendications et les formes de lutte les plus avanc&#233;es (1). Lublin, une ville industrielle de l'Est de la Pologne, &#224; une cinquantaine de kilom&#232;tres de la fronti&#232;re sovi&#233;tique, fut paralys&#233;e pendant quelques jours par une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Mais le travail a repris avant que les diverses entreprises aient pu organiser une direction commune de la gr&#232;ve. Fin juillet, les bureaucrates commenc&#232;rent &#224; accorder les avantages arrach&#233;s par les gr&#233;vistes &#224; des entreprises non encore touch&#233;es par le mouvement, o&#249; l'exemple des victoires d'autres travailleurs risquait d'&#234;tre suivi. Ce fut le cas notamment &#224; Poznan, o&#249; les travailleurs de Cegielski (locomotives et moteurs de navires) arrach&#232;rent la victoire pour presque toutes les entreprises de la ville, comme ils l'avaient d&#233;j&#224; fait en juin 1956 (2).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contr&#244;ler l'application des revendications&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a marqu&#233; ce mouvement en particulier, d&#232;s les premiers jours, ce fut la volont&#233; des travailleurs de contr&#244;ler l'application des revendications qu'ils ont arrach&#233;es. A Ursus (3), pr&#232;s de Varsovie, la commission ouvri&#232;re &#233;lue durant la gr&#232;ve s'est maintenue. A Lublin, les cheminots obtinrent le renouvellement des syndicats locaux. A Bielsko-Biala et Tychy, les 15 000 ouvriers de l'usine automobile FSM (4), s'&#233;tant aper&#231;us que les promesses qui leur avaient &#233;t&#233; faites apr&#232;s une premi&#232;re gr&#232;ve (les 16, 17 et 18 juillet 1980) n'&#233;taient pas r&#233;alis&#233;es, d&#233;brayaient d&#233;but ao&#251;t. Il en a &#233;t&#233; de m&#234;me de ceux de WSK Swidnik (5), qui, apr&#232;s avoir d&#233;bray&#233; et sign&#233; un accord d&#233;but juillet, s'arr&#234;t&#232;rent &#224; nouveau deux semaines plus tard. Ils avaient compris qu'ils pouvaient obtenir plus que les 7 % d'augmentation de salaire qui leur avaient &#233;t&#233; accord&#233;s. Ils obtinrent 15 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition, en particulier le KSS-KOR, popularisait le mouvement, montrant qu'il est possible de gagner. Ailleurs, c'est l'incurie m&#234;me des bureaucrates, soucieux de donner le moins possible, qui a favoris&#233; l'extension des gr&#232;ves. Ainsi &#224; Bierun Stary, dans une entreprise de mati&#232;res synth&#233;tiques o&#249; 170 travailleurs sur les 2000 que l'entreprise employait avaient fait gr&#232;ve le 1er ao&#251;t, la direction a c&#233;d&#233; en accordant 20 % d'augmentation&#8230; pour les seuls 170 gr&#233;vistes ! L'histoire s'est r&#233;p&#233;t&#233;e dans une verrerie de Walbrzych. A Varsovie, la victoire des &#233;boueurs, qui apr&#232;s avoir obtenu une augmentation de salaire de 700 zlotys r&#233;clamaient une prime pour travail insalubre, &#233;tait au centre de toutes les conversations. De m&#234;me le fait que les cheminots de Lublin obtinrent des &#233;lections libres dans le syndicat (officiel), avec le droit de pr&#233;senter autant de candidats qu'ils voudront, est devenu un exemple ailleurs. Dans un pays o&#249; la &#171; coutume &#187; veut que le bureau syndical sortant pr&#233;sente une liste bloqu&#233;e, unique, dans laquelle il y a parfois &#8212; preuve de d&#233;mocratie aigu&#235; &#8212; une place r&#233;serv&#233;e pour les propositions de l'assembl&#233;e, le choc fut de taille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une d&#233;claration du 10 ao&#251;t le KOR parlait de 150 entreprises touch&#233;es par les gr&#232;ves depuis d&#233;but juillet. Il soulignait leur &#171; bonne organisation &#187; et la &#171; solidarit&#233; &#187; des ouvriers. Il mettait en avant la cr&#233;ation dans certaines entreprises &#171; d'authentiques repr&#233;sentations ouvri&#232;res &#187; pr&#233;parant de nouvelles &#233;lections syndicales &#171; afin que les travailleurs soient r&#233;ellement repr&#233;sent&#233;s dans les comit&#233;s d'entreprise &#187; et appelait les travailleurs &#224; &#171; approfondir leur solidarit&#233; &#187;. &#171; Dans le cas contraire &#187;, &#233;crivait-il, &#171; les autorit&#233;s vont s'efforcer d'&#233;touffer sans piti&#233; le mouvement ouvrier comme cela fut le cas en juin 1976 &#187; (6). L'appel sera entendu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gdansk, jeudi 14 ao&#251;t, 6 heures du matin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au chantier naval &#171; L&#233;nine &#187; de Gdansk, la situation &#233;tait tendue depuis quelques jours. Le 10 ao&#251;t, la direction avait licenci&#233; Anna Walentynowicz, militante du Comit&#233; provisoire pour la constitution des syndicats libres du littoral baltique, alors qu'elle &#233;tait en arr&#234;t-maladie. Motif : faute professionnelle. Mais les travailleurs savaient qu'Anna payait ainsi pour la gr&#232;ve contre la hausse des prix qui, d&#233;but juillet, avait paralys&#233; un d&#233;partement du chantier naval. Les discussions fusent, on se rappelle qu'Anna, mut&#233;e en d&#233;cembre 1979 apr&#232;s une manifestation de plus de cinq mille travailleurs &#224; l'occasion de l'anniversaire du massacre des gr&#233;vistes de 1970 (7), a &#233;t&#233; r&#233;int&#233;gr&#233;e gr&#226;ce &#224; la solidarit&#233;. La gr&#232;ve &#233;tait dans l'air, il ne manquait qu'une impulsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 14 ao&#251;t, 6 heures du matin : les militants du Comit&#233; distribuent plusieurs milliers de tracts et le dernier num&#233;ro du bulletin Robotnik , qui rend compte des gr&#232;ves de juillet et raconte comment ceux d'Ursus s'&#233;taient organis&#233;s (8) . Parmi eux, Lech Walesa, ancien dirigeant de la gr&#232;ve de 1970, bien connu dans l'usine. Lui aussi avait &#233;t&#233; licenci&#233;. Quelques minutes plus tard, les travailleurs du d&#233;partement K-3 se r&#233;unissent en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale. Ils d&#233;cident de d&#233;brayer, confectionnent une banderole qui exige la r&#233;int&#233;gration d'Anna Walentynowicz, forment un cort&#232;ge qui se rend devant les bureaux de la direction. Les autres d&#233;partements d&#233;brayent, l'un apr&#232;s l'autre. Vers 8 heures la gr&#232;ve est totale. Les gr&#233;vistes, mass&#233;s devant le b&#226;timent de la direction, tiennent une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, &#233;lisent un comit&#233; de gr&#232;ve apr&#232;s avoir discut&#233; d'une liste de revendications et de 11 points :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. R&#233;int&#233;gration imm&#233;diate d'Anna Walentynowicz &#224; son poste ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. 2000 zlotys pour tous ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Alignement des allocations familiales sur celles de la milice ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Alignement de toutes les retraites sur le r&#233;gime le plus favorable ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Publication imm&#233;diate par la presse, la radio, la TV d'informations exactes sur les gr&#232;ves ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Construction d'un monument &#224; la m&#233;moire des martyrs ouvriers de d&#233;cembre 1970 devant l'entr&#233;e du chantier naval ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Dissolution du Conseil d'entreprise du syndicat [officiel] ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Suppression du r&#233;seau des magasins &#171; commerciaux &#187; [vendant entre autres la viande et la charcuterie 100 % au-dessus du prix officiel] ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Retour et r&#233;int&#233;gration de Lech Walesa, licenci&#233; pr&#233;c&#233;demment ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Dissolution des syndicats officiels &#224; l'&#233;chelle nationale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Lib&#233;ration imm&#233;diate de tous les prisonniers politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le directeur du chantier naval &#171; L&#233;nine &#187;, lui aussi un ancien membre du comit&#233; de gr&#232;ve de d&#233;cembre 1970 &#8212; symbole des mille et une fa&#231;ons qu'emploie la bureaucratie pour d&#233;truire toute repr&#233;sentation ouvri&#232;re ind&#233;pendante &#8212; re&#231;ut le comit&#233; de gr&#232;ve. Il accepta la r&#233;int&#233;gration d'Anna et celle de Lech Walesa, ainsi que le principe de construction d'un monument &#224; la m&#233;moire des assassin&#233;s en d&#233;cembre 1970. Il a promis que les organes d'information publieront des informations sur la gr&#232;ve. Une voiture, mise &#224; la disposition des gr&#233;vistes par la direction, partit chercher Anna Walentynowicz chez elle. Elle a &#233;t&#233; coopt&#233;e au comit&#233; de gr&#232;ve, ainsi que Lech Walesa. Pour le reste : &#171; Mais nous ne pouvons d&#233;cider du reste, laissez-nous le temps de consulter&#8230; On vous r&#233;pondra sous huit jours. &#187; La question du pouvoir central, seul responsable de la situation et seul habilit&#233; &#224; d&#233;cider, &#233;clatait aux yeux de tous. &#171; La situation de notre patrie est difficile. Seul le travail patient, acharn&#233;, la r&#233;alisation des objectifs du plan, peuvent l'am&#233;liorer. Reprenez le travail, nous continuerons &#224; discuter avec vous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discuter ici et maintenant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de gr&#232;ve revint devant l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale vers 16 heures. Les propositions du directeur ont &#233;t&#233; accueillies par des sifflets des ouvriers. &#171; C'est ici et maintenant que l'on doit discuter ! &#187;, lan&#231;ait un ouvrier. Applaudissements. Tous sentaient que leur force, dont le retour parmi eux de Walentynowicz et Walesa &#233;tait la preuve, se fondait sur leur unit&#233;. S'ils se s&#233;paraient, reprenaient le travail, ils perdraient l'initiative. Une nouvelle proposition, acclam&#233;e par la foule, &#233;tait faite : &#171; Installons un syst&#232;me de sonorisation qui permette, gr&#226;ce au r&#233;seau de m&#233;gaphones de l'usine, que chaque gr&#233;viste entende les discussions avec EUX. &#187; Le comit&#233; de gr&#232;ve &#233;largi fut r&#233;&#233;lu ainsi qu'un service d'ordre charg&#233; d'assurer l'ordre et la s&#233;curit&#233; durant l'occupation. On reconnaissait ses membres par un brassard jaune. Ils formaient les piquets, contr&#244;laient tous les camions &#224; l'entr&#233;e et &#224; la sortie du chantier naval. Une d&#233;cision historique fut prise : &#171; Pendant la gr&#232;ve on ne boit pas ! &#187; (9) Pr&#232;s de 15 000 travailleurs &#233;taient alors pr&#233;sents en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, car l'&#233;quipe de l'apr&#232;s-midi &#233;tait arriv&#233;e. Il &#233;tait 16h30.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde n&#233;gociation d&#233;marrait &#224; 17 heures. La sonorisation permit &#224; tous les gr&#233;vistes de suivre son d&#233;roulement. Ils intervenaient fr&#233;quemment, pour compl&#233;ter les explications des membres du comit&#233; de gr&#232;ve ou pour r&#233;pondre aux dires des bureaucrates. La direction tenta de reprendre l'avantage : royal, le directeur lan&#231;a du haut de sa fonction : &#171; Nous vous accordons 1200 zlotys d'augmentation pour tous ainsi qu'un point de plus sur l'&#233;chelle des salaires. Reprenez le travail pour&#8230; &#187; Il ne put finir, des cris &#171; On conna&#238;t ! &#187;, &#171; &#199;a va comme &#231;a ! &#187; ont fus&#233;. Le secr&#233;taire du parti du chantier s'engagea par &#233;crit sur la non-r&#233;pression des gr&#233;vistes, signa l'accord pour le monument et fit un appel &#224; la reprise du travail &#171; au nom des int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re, du pays&#8230; &#187; On le remit &#224; sa place : &#171; La classe ouvri&#232;re, c'est nous ! &#187;. Les n&#233;gociation &#233;taient interrompues &#224; nouveau, la direction n'ayant rien de plus &#224; proposer. &#171; Nous en discuterons avec les autorit&#233;s comp&#233;tentes&#8230; laissez-nous le temps, une &#224; deux semaines&#8230; &#187; Tout se brisa sur la libert&#233; des &#233;lections syndicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale avec les membres du comit&#233; de gr&#232;ve. Les revendications ont &#233;t&#233; pr&#233;cis&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; reprise imm&#233;diate des n&#233;gociations ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; le comit&#233; de gr&#232;ve doit &#234;tre un organe permanent et il doit se maintenir apr&#232;s la reprise du travail ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; tous ceux qui ont &#233;t&#233; licenci&#233;s depuis 1970 doivent &#234;tre r&#233;int&#233;gr&#233;s (une liste circule, on se rappelle les noms des camarades, en un rien de temps elle compte d&#233;j&#224; plusieurs dizaines de noms) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; le point 10 de la liste des revendications est reformul&#233; pour qu'il n'y ait pas d'&#233;quivoque possible : Dissolution de CRZZ (10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gociation reprit, puis fut de nouveau suspendue &#224; 23 heures pour la nuit. Des d&#233;l&#233;gations d'autres entreprises de la ville commen&#231;aient &#224; arriver, acclam&#233;es. Ceux du Port du Nord &#8212; immense terminal pour la houille et les hydrocarbures, construit au d&#233;but des ann&#233;es 1970 &#8212; expliquaient qu'ils &#233;taient aussi en gr&#232;ve et propos&#232;rent un &#233;change de repr&#233;sentants entre les deux comit&#233;s de gr&#232;ve. Puis, ceux des autobus et tramways sont venus pour informer qu'ils avaient d&#233;cid&#233; de commencer la gr&#232;ve le lendemain. Le 15 ao&#251;t les entreprises entraient en gr&#232;ve l'une apr&#232;s l'autre. D'abord, celles en coop&#233;ration avec le chantier naval &#8212; comme &#171; Elmor &#187;, qui avait d&#233;j&#224; d&#233;bray&#233; d&#233;but juillet &#8212; puis les autres. Dans la soir&#233;e la gr&#232;ve, g&#233;n&#233;rale &#224; Gdansk, commen&#231;ait &#224; s'&#233;tendre &#224; la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De Gdansk &#224; l'ensemble du littoral de la Baltique, gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les entreprises en gr&#232;ve, &#224; l'instar de celles du Port du Nord, commenc&#232;rent &#224; envoyer leurs repr&#233;sentants au chantier naval &#171; L&#233;nine &#187; : pour mener des n&#233;gociations en commun, lorsque les d&#233;l&#233;gu&#233;(e)s ont &#233;t&#233; &#233;lus et mandat&#233;s ou &#171; pour voir comment il faut faire &#187; quand ce sont des groupes de travailleurs qui n'ont pas la m&#234;me tradition de luttes. &#171; Les trois premiers jours ont &#233;t&#233; les plus durs &#187;, explique un d&#233;l&#233;gu&#233; du Chantier naval &#171; Commune de Paris &#187; de Gdynia. &#171; Personne ne savait vraiment comment faire. Le 17 ao&#251;t, un tout petit groupe de jeunes s'est r&#233;uni et a fait le tour des ateliers. Ils se sont mis imm&#233;diatement en contact avec ceux de Gdansk, ont adopt&#233; les m&#234;mes revendications et des d&#233;l&#233;gu&#233;s ont &#233;t&#233; &#233;lus dans chaque atelier &#187; (11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les communications t&#233;l&#233;phoniques entre Gdansk-Gdynia-Sopot &#8212; la &#171; triville &#187; &#8212; et le reste du pays furent coup&#233;es, le 15 ao&#251;t vers 13 heures la r&#233;gion comptait d&#233;j&#224; plus de 50 000 gr&#233;vistes. Le r&#233;tablissement des communications devint imm&#233;diatement l'ultimatum des gr&#233;vistes, sans la r&#233;alisation duquel ils refus&#232;rent de continuer les n&#233;gociations. &#171; Nous sommes fermement d&#233;cid&#233;s &#224; poursuivre notre mouvement jusqu'&#224; la satisfaction de nos revendications &#187;, expliquait Anna Walentynowicz, r&#233;sumant le sentiment g&#233;n&#233;ral. Le comit&#233; de gr&#232;ve passa de dix personnes au d&#233;but du mouvement &#224; plus de 100. &#171; D&#233;mocratie &#187; devint le mot-cl&#233; de la gr&#232;ve. En tant que revendication d'abord &#8212; c'est le sens de toutes les &#171; pr&#233;cisions &#187; apport&#233;es aux revendications initiales, mais aussi en tant que moyen de lutte le plus efficace, que les travailleurs d&#233;couvrirent massivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi [16 ao&#251;t] les n&#233;gociations reprenaient, malgr&#233; le blocus t&#233;l&#233;phonique. Un vice-Premier ministre, Tadeusz Pyka, &#233;tait arriv&#233; de Varsovie pour mener les n&#233;gociations aux c&#244;t&#233;s de la direction et de Tadeusz Fiszbach, secr&#233;taire d&#233;partemental du parti. Ils propos&#232;rent 1500 zlotys d'augmentation si le travail reprenait. Le comit&#233; de gr&#232;ve refusa. Mais les d&#233;l&#233;gu&#233;s des ateliers, &#233;lus la veille &#224; la demande du directeur &#171; pour que votre repr&#233;sentation soit plus d&#233;mocratique &#187; (sic), h&#233;sitaient : 1500 zlotys, ce n'est pas rien ! Dehors, l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale &#224; l'&#233;coute des n&#233;gociations gr&#226;ce &#224; la sonorisation manifesta sa d&#233;sapprobation &#8212; &#171; Deux mille, deux mille ! &#187; &#8212; et son approbation de celui qui devint la figure centrale du comit&#233; de gr&#232;ve : &#171; Walesa ! Walesa ! Qu'il vive cent ans ! &#187; (ce cri deviendra d'ailleurs le leitmotiv du mouvement, la fa&#231;on la plus claire de manifester la repr&#233;sentativit&#233; du comit&#233; de gr&#232;ve). Les n&#233;gociations suspendues &#224; nouveau, une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale houleuse commen&#231;ait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si vous reprenez le travail, personne n'obtiendra quelque chose ailleurs &#187;, expliquait un repr&#233;sentant du d&#233;p&#244;t des bus. Puis il r&#233;v&#233;lait aux travailleurs du chantier que le m&#234;me vice-Premier ministre leur avait propos&#233; 2100 zlotys d'augmentation, &#224; condition qu'ils reprennent le travail sans en informer les autres. Walesa reprit l'argument : &#171; Nous n'avons pas le droit de l&#226;cher ceux qui se sont mis en gr&#232;ve pour nous soutenir. Nous devons continuer la gr&#232;ve jusqu'&#224; la victoire de tous ! &#187; Tonnerre d'applaudissements. Il proposa aussi d'&#233;lire de nouveaux d&#233;l&#233;gu&#233;s des ateliers, car les premiers ne repr&#233;sentaient plus le mouvement. Nouveaux applaudissements. Les travailleurs du chantier naval venaient de renouer avec une vieille tradition du mouvement ouvrier : le principe de r&#233;&#233;lection des repr&#233;sentants &#224; tout moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les n&#233;gociateurs gouvernementaux ont disparus, la gr&#232;ve, qui avait failli s'arr&#234;ter, trouvait un nouveau souffle. Pour couper l'herbe sous les pieds de toute man&#339;uvre de division &#8212; car partout les directions annonc&#232;rent que &#171; L&#233;nine &#187; avait repris le travail &#8212; une nouvelle forme d'organisation fut propos&#233;e. Les d&#233;l&#233;gations des autres usines, accourues aux nouvelles, l'approuv&#232;rent. Une plate-forme commune et un comit&#233; central de gr&#232;ve &#8212; qui prendra le nom du Comit&#233; de gr&#232;ve interentreprises (MKS) &#8212; allaient &#234;tre cr&#233;&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A &#171; L&#233;nine &#187;, un millier d'h&#233;sitants sont rentr&#233;s chez eux. Car pour tous il devint clair que les n&#233;gociations avaient chang&#233; de niveau : c'est directement au gouvernement que s'en prenaient les travailleurs. Les questions de salaires, de prix, de retraites &#8212; &#224; l'origine de la gr&#232;ve &#8212; passaient au second plan. Avant toute autre chose c'&#233;taient des garanties politiques de leur r&#233;alisation que les travailleurs exigeaient &#224; partir de ce moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tard dans la nuit la plate-forme de revendications commune apparaissait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; droit de gr&#232;ve ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; respect des libert&#233;s d'opinion, d'expression et de publication ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; application des Conventions internationales concernant les libert&#233;s syndicales (ratifi&#233;es par la bureaucratie polonaise) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; &#233;lections libres avec la garantie de repr&#233;sentation de tous les courants politiques ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; liquidation des magasins &#171; commerciaux &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; liquidation des privil&#232;ges de l'appareil et des forces de r&#233;pression ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; libre acc&#232;s aux m&#233;dias pour toutes les &#201;glises ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; d&#233;bat national sur les moyens de sortir de la crise &#233;conomique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; respect de l'ind&#233;pendance du pouvoir judiciaire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; garantie de l'approvisionnement du march&#233; et donc exportation des seuls exc&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la liste des 21 revendications, seulement trois &#233;taient sp&#233;cifiquement mat&#233;rielles : 2000 zlotys d'augmentation &#233;gale pour tous, celle des frais de d&#233;placement professionnel et l'&#233;chelle mobile des salaires. Les militants de l'opposition &#8212; dont certains tels Anna Walentynowicz, Lech Walesa et Andrzej Gwiazda &#233;taient &#233;lus au comit&#233; de gr&#232;ve ou, comme Bogdan Borusewicz, un des fondateurs du KOR, jouissaient d'une estime r&#233;elle aupr&#232;s des travailleurs &#8212; furent d&#233;pass&#233;s et paniqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Jamais ils n'accepteront &#231;a ! &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est que la liste de revendications &#233;tablie signifiait l'affrontement politique direct avec la bureaucratie et eux ne se sentaient ni assez forts ni pr&#234;ts &#224; une telle &#233;ventualit&#233;. Le KOR n'a-t-il pas affirm&#233; depuis toujours qu'il fallait organiser la soci&#233;t&#233; sans se soucier du pouvoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walesa intervint en premier : &#171; Jamais ils n'accepteront &#231;a ! Il ne peut s'agir l&#224; de conditions sine qua non pour la reprise du travail ! &#187; Il sera entendu et approuv&#233;, mais l'espoir de voir formuler un programme alternatif qui trace la voie d'une autre Pologne, sans le pouvoir ha&#239; des bureaucrates, sera le plus fort. Deux niveaux de discussion s'entrem&#234;laient : celui de la tactique et celui de la strat&#233;gie globale du changement. &#171; Oui, c'est vrai, ils n'accepteront pas &#231;a. Mais c'est ce qu'on veut, il faut le dire ! Qui, sinon, le dira ? &#187;, lan&#231;ait un ouvrier dans la foule. &#171; Oui, bien dit ! &#187;, entendit-on autour de lui. La discussion fut difficile. C'est que les gr&#233;vistes apprenaient tout sur le tas : le contenu de la soci&#233;t&#233; &#224; laquelle ils aspirent et la tactique de la lutte ? Des arguments &#224; l'emporte-pi&#232;ce ont fus&#233;. Bogdan Borusewicz : &#171; Demander des &#233;lections pluralistes, c'est du maximalisme. Si le Parti c&#233;dait, Moscou interviendrait. Il ne faut pas de revendications qui, soit acculent le pouvoir &#224; la violence, soit entra&#238;nent sa d&#233;composition. C'est la liquidation de la censure qui a entra&#238;n&#233; l'intervention &#224; Prague. Il faut leur laisser une porte de sortie ! &#187;. Un d&#233;l&#233;gu&#233; l'intrrompit : &#171; On leur laisse une porte de sortie puisqu'on les laisse gouverner ! &#187; Borusewicz encha&#238;na : &#171; Il faut plus de revendications &#233;conomiques et des revendications politiques n&#233;gociables, par exemple la lib&#233;ration des prisonniers politiques en donnant leurs noms &#187; (12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; l'&#233;laboration des revendications, dans chaque entreprise, l'organisation de la gr&#232;ve avan&#231;ait. Des comit&#233;s de gr&#232;ve furent &#233;lus partout et envoy&#232;rent une repr&#233;sentation au chantier naval &#171; L&#233;nine &#187;. C'est l&#224; que l'assembl&#233;e des repr&#233;sentants a form&#233; le comit&#233; de gr&#232;ve interentreprises (MKS) fort de quelques quatre cent personnes. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s faisaient la navette entre &#171; L&#233;nine &#187; et leur entreprise, rendaient compte du d&#233;roulement de la gr&#232;ve et des n&#233;gociations. Ils pouvaient &#234;tre r&#233;voqu&#233;s &#224; tout moment. L'usage des magn&#233;tophones &#224; cassette s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;. Ainsi, dans chaque bo&#238;te, tous les travailleurs pouvaient suivre le d&#233;roulement des travaux du MKS et des n&#233;gociations, enregistr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La MKS avait en outre toute pr&#233;rogative pour conduire la gr&#232;ve. Il formait des commissions de travail &#8212; entretien, information, liens avec les journalistes pr&#233;sents sur place, s&#233;curit&#233; &#8212; et d&#233;cidait si certaines entreprises devaient continuer &#224; travailler pour assurer les besoins des gr&#233;vistes. Ainsi la raffinerie produisait, au ralenti, l'essence n&#233;cessaire aux transports, des bus et des trains circulaient, l'industrie alimentaire d&#233;passait les plus hautes normes (fix&#233;es par les bureaucrates auparavant) pour assurer l'approvisionnement de la population. La &#171; tri-ville &#187; (Gdansk, Gdynia, Sopot) vivait au rythme de la gr&#232;ve, au rythme que les gr&#233;vistes avaient d&#233;cid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mener les n&#233;gociations et diriger la gr&#232;ve d'heure en heure, le MKS &#233;lit en son sein un pr&#233;sidium de 13 personnes. Au fur et &#224; mesure que le mouvement s'&#233;tendait &#8212; le 18 ao&#251;t un p&#233;rim&#232;tre de 100 kilom&#232;tres autour de Gdansk &#233;tait d&#233;j&#224; en gr&#232;ve &#8212; le MKS grossissait. A la fin de la gr&#232;ve on comptera pr&#232;s de 1000 d&#233;l&#233;gu&#233;(e)s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 18 ao&#251;t, alors que le vice-Premier ministre charg&#233; des n&#233;gociations s'enfermait dans la pr&#233;fecture, accroch&#233; &#224; la ligne directe avec Varsovie, au chantier plus personne ne l'attendait. Les discussions fusaient : sur la plate-forme, mais aussi sur tout ce que la gr&#232;ve avait fait d&#233;couvrir, la d&#233;mocratie, le syndicalisme, le r&#244;le des travailleurs dans la marche du pays. Les militants du comit&#233; provisoire pour la constitution des syndicats libres (13) &#8212; qui s'appelle &#171; Syndicat libre &#187; depuis le samedi 16 ao&#251;t, lorsqu'au cours d'une interruption des n&#233;gociations sa fondation fut officiellement annonc&#233;e &#8212; donnent des cours de formation syndicale. Le chantier naval ressemblait ainsi &#224; la Sorbonne de mai 1968.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le syndicat libre c'est le contr&#244;le&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur les revendications, tout le monde &#233;tait d'accord : &#171; Le plus important, c'est le syndicat libre ! &#187; Mais tous les espoir refoul&#233;s des 21 revendications ressortaient dans les discussions sur le r&#244;le du syndicat. &#171; Le syndicat libre, c'est le contr&#244;le des choix &#233;conomiques &#224; tous les niveaux : local, r&#233;gional, national. Il faut un nouveau plan et c'est comme &#231;a qu'on le fera &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un nouveau syndicat, ind&#233;pendant de l'&#201;tat et du gouvernement, avec son journal propre, est la seule voie pour sortir le pays de la crise. Certes, la situation &#233;conomique est tr&#232;s compliqu&#233;e&#8230; mais qui, sinon les travailleurs, peut dire qui a raison ? Un nouveau syndicat &#233;vitera bien des erreurs ! &#187;. &#171; Nous faisons des investissements improductifs, nous d&#233;pensons mal notre argent. Les travailleurs, tous les Polonais doivent pouvoir choisir tout ce qui est n&#233;cessaire. Certaines r&#233;formes &#233;conomiques seront peut-&#234;tre dures, mais un syndicat libre et son contr&#244;le sur toutes les activit&#233;s &#233;conomiques du gouvernement sont les seules garanties pour nous sortir de l&#224; &#187;. &#171; Une entreprise de pr&#233;fabriqu&#233;s pr&#232;s d'ici tourne &#224; 50 %. Le gouvernement a d&#233;cid&#233; d'en construire une autre &#224; c&#244;t&#233;. C'est absurde. Elle est inutile. Peut-&#234;tre que le Comit&#233; central [du parti] ne le sait pas, mais nous, les ouvriers, nous le voyons tous les jours. &#187; Toutes ces id&#233;es, avanc&#233;es le 26 ao&#251;t lors des n&#233;gociations avec le nouveau repr&#233;sentant du gouvernement, le vice-Premier ministre Mieczyslaw Jagielski, sont n&#233;es de ces discussions, souvent &#224; b&#226;tons rompus, durant les premiers jours de l'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ces journ&#233;es, durant lesquelles la bureaucratie, visiblement divis&#233;e, &#233;tait incapable de se r&#233;soudre &#224; une d&#233;cision &#8212; c&#233;der ou r&#233;primer &#8212;, o&#249; les journaux polonais changeaient de ton du jour au lendemain au gr&#233; des rapports de forces au sein du comit&#233; central (14), les gr&#233;vistes prenaient de plus en plus conscience du sens de leur lutte : quelle que soit la solution finale, le compromis qu'il faudra faire, cette gr&#232;ve n'est qu'un d&#233;but. Apr&#232;s, avec le syndicat, il faudra continuer. Jusqu'o&#249; ? La question restait en suspens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les informations sur l'extension des gr&#232;ves &#233;taient suivies avec une attention toute particuli&#232;re. Les postes capables de capter les radios &#233;trang&#232;res &#233;taient pris d'assaut. A Gdansk, chacun pouvait se rendre compte du renforcement du mouvement. Ceux qui, h&#233;sitant un moment, &#233;taient partis du chantier, sont revenus, occuper de nouveau. Mais ailleurs ? Ce n'est que le mardi 19 ao&#251;t qu'&#224; Gdansk les gr&#233;vistes surent avec certitude qu'&#224; Szczecin la gr&#232;ve &#233;tait aussi g&#233;n&#233;rale depuis trois jours et qu'&#224; l'image de Gdansk un MKS avait &#233;t&#233; constitu&#233;, que les gr&#233;vistes avaient aussi rejet&#233; les premi&#232;res propositions, insignifiantes, du pouvoir et qu'ils avaient plac&#233; au premier plan la question du syndicat libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les signes de solidarit&#233; &#233;taient attendus avec la plus grande impatience. En t&#233;moigne l'accueil r&#233;serv&#233; &#224; Claude Sardais, repr&#233;sentant de la CFDT, acclam&#233; et port&#233; en triomphe quand il est arriv&#233; porteur d'un message de solidarit&#233; et de 11 000 francs fran&#231;ais de soutien. C'&#233;tait &#233;galement le ton lorsqu'une d&#233;l&#233;gation d'une mine de charbon de Sil&#233;sie arriva pour s'informer et demander conseil. Et, le 20 ao&#251;t, lorsqu'&#224; Varsovie le KOR annon&#231;ait 300 000 gr&#233;vistes en tout dans le pays, &#224; Gdansk les gr&#233;vistes attendaient encore avec impatience que quelque d&#233;l&#233;gation, &#233;chapp&#233;e de l'&#233;tau policier, vienne apporter des nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, apr&#232;s le discours t&#233;l&#233;vis&#233; d'Edward Gierek, le premier secr&#233;taire du Parti, le 19 ao&#251;t, le mouvement de gr&#232;ve s'&#233;tait &#233;tendu. Outre Szczecin, la ville d'Elblag (15) s'&#233;tait dot&#233;e d'un MKS. Et tout le littoral baltique entre Gdansk et Szczecin &#8212; autour de 300 kilom&#232;tres &#8212; &#233;tait en effervescence. Des d&#233;brayages de solidarit&#233; se multipliaient dans toute la Pologne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Sil&#233;sie, dans les mines, des &#171; comit&#233;s ouvriers &#187; semi-clandestins avaient fait leur apparition, pr&#234;ts &#224; se d&#233;clarer officiellement si ceux de Gdansk avaient besoin de leur aide. C'est que si Gierek s'&#233;tait montr&#233; incapable d'offrir aux travailleurs en lutte quoi que ce soit d'autre qu'un discours creux, par sa seule apparition, il a fait sentir la gravit&#233; de la situation. Un premier secr&#233;taire faisant son autocritique et parlant des gr&#232;ves, annon&#231;ant que certaines revendications sont justes et que d'autres le remettent en cause, &#171; conseillant &#187; de ne pas aller trop loin car il y a des choses sur lesquelles il n'y a pas de compromis possible &#8212; bref, &#233;talant la peur de sa caste &#8212; ce n'&#233;tait pas tous les jours qu'il &#233;tait possible de voir &#231;a &#224; la TV. Les travailleurs, conscients de leur force, ne se laissaient plus berner par les discours cyniques d'un bureaucrate aux abois. L'arrestation des militants du KOR et les &#233;ditoriaux mena&#231;ants sur les &#171; &#233;l&#233;ments antisocialistes &#187; ont fait le reste. Une majorit&#233; d'ouvriers polonais avait compris qu'une &#233;preuve de force &#233;tait dans l'air et que son issue pouvait leur &#234;tre favorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation demeurait pourtant incertaine. La TV polonaise mentionnait longuement les gr&#232;ves de Gdansk et Szczecin, devenues impossibles &#224; cacher, soulignant &#224; quel point elles g&#234;naient les &#171; petites gens &#187;, des employ&#233;s devant se lever deux heures plus t&#244;t pour se rendre au travail, des m&#232;res de famille n'arrivant pas &#224; faire leur courses (comme s'il y avait l&#224; un changement !), des &#233;coliers d&#233;sireux de se rendre en classe, etc. Elle pr&#233;sentait de longues interviews d'ouvriers au travail, ailleurs en Pologne, qui expliquaient que travailler est la seule mani&#232;re pour am&#233;liorer &#171; la situation d&#233;sastreuse du pays &#187;. Elle a m&#234;me rendu compte d'une hom&#233;lie tr&#232;s ambigu&#235; (et rendue encore plus ambigu&#235; par le censeur) du cardinal-primat de Pologne, Stefan Wyszynski, qui tentait de r&#233;concilier le loup et les brebis. Mais les travailleurs n'&#233;taient pas dupes. Ils voyaient qu'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale est possible et attendaient le signal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne viendra pas. A Gdansk le MKS se refusait &#224; toute aventure. S&#251;r de gagner ou refusant de montrer son incertitude, il attendait calmement les propositions constructives du pouvoir. Il approvisionnait m&#234;me, au compte-goutte, la police en essence. Comme le dira plus tard Walesa, lors du dernier round des n&#233;gociations, en parlant du Comit&#233; central du parti, &#171; je dis qu'en ce moment, ce n'est pas la plus haute instance politique &#187; , r&#233;sumant ainsi ce sentiment qui s'affirmait au fur et &#224; mesure que la gr&#232;ve durait et que la direction du Parti montrait son incapacit&#233;. Il fut m&#234;me question &#8212; apr&#232;s que Tadeusz Pyka, &#171; appel&#233; &#224; d'autres fonctions &#224; Varsovie &#187;, ait laiss&#233; la place de chef de la commission gouvernementale de n&#233;gociations &#224; un autre vice-Premier ministre, Mieczyslaw Jagielski, et que ce dernier ait repris les n&#233;gociations avec le MKS le 21 ao&#251;t &#8212; que le comit&#233; de gr&#232;ve lance un appel aux travailleurs de Pologne : &#171; Nous ne sommes pas pour l'extension des gr&#232;ves qui risquent de pousser le pays &#224; la limite de l'effondrement, n'entreprenez pas de nouvelles gr&#232;ves &#187; , disait en substance ce communiqu&#233;, avant de pr&#233;ciser : &#171; Si nous n'obtenons pas de r&#233;sultats d'ici trois ou quatre jours, alors, que les gr&#232;ves s'&#233;tendent ! &#187; Et il r&#233;p&#233;tait que la question la plus importante &#233;tait celle du syndicat libre. Au dernier moment, craignant que tout le monde interpr&#232;te un tel communiqu&#233; comme signifiant que le pouvoir s'est d&#233;plac&#233; de Varsovie &#224; Gdansk, du Comit&#233; central au MKS, le gouvernement s'est oppos&#233; &#224; sa t&#233;l&#233;diffusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meczyslaw Jagielski : &#171; J'accepte, je signe ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nomm&#233; le 21 ao&#251;t chef de la commission gouvernementale, alors que le Premier ministre Edward Babiuch venait de sauter, Jagielski a fait une entr&#233;e remarqu&#233;e &#224; Gdansk en annon&#231;ant &#224; la radio locale : &#171; Nous pouvons accepter de suite certaines de vos revendications. Quant aux autres, nous expliquerons pourquoi cela nous est impossible. &#187; Il accepta &#233;galement de se rendre au chantier naval pour n&#233;gocier avec le MKS. Entour&#233; d'&#171; experts &#187;, il a facilit&#233; l'arriv&#233;e &#224; Gdansk d'intellectuels ind&#233;pendants, que les gr&#233;vistes ont accept&#233; comme &#171; experts &#187; pouvant les aider, sur les questions juridiques notamment. Le pouvoir esp&#233;rait qu'entre gens du m&#234;me monde, les &#171; experts &#187; pourront s'entendre plus facilement. En vain : le MKS n'a &#224; aucun moment l&#226;ch&#233; des mains la direction des n&#233;gociations et a utilis&#233; les &#171; experts &#187; pour expliquer aux travailleurs les questions juridiques compliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant le n&#233;gociateur gouvernemental se montrait intransigeant sur la question du syndicat libre, tentant d'orienter la question vers une &#171; lib&#233;ralisation &#187; des syndicats officiels. Dans l'appareil, apr&#232;s que le Premier ministre Babiuch ait &#233;t&#233; vir&#233;, l'heure &#233;tait au branle-bas de combat. D&#233;j&#224;, au d&#233;but de la gr&#232;ve du chantier naval, quand le MKS prit en main le fonctionnement de la tri-ville, des d&#233;sertions isol&#233;es de bureaucrates apeur&#233;s s'&#233;taient produites. Tel ce monsieur, num&#233;ro deux du service du personnel du chantier naval &#171; L&#233;nine &#187;, avant la gr&#232;ve, ma&#238;tre du sort de 17 000 travailleurs, qui monta &#224; la tribune pour expliquer qu'il &#171; est avec les ouvriers en gr&#232;ve &#187; et qu'il &#171; avait toujours ressenti de la sympathie &#187; pour eux. Mais, craignant &#224; la fois les travailleurs et leurs propres &#171; camarades &#187;, la majorit&#233; des cadres de l'appareil s'&#233;tait tue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de tr&#232;s dures luttes avaient vu le jour au sein m&#234;me de l'appareil central, entre les partisans de la &#171; mani&#232;re dure &#187;, qui avaient fait acheminer &#224; Gdansk des renforts de policiers anti &#233;meutes et des gaz paralysants, pr&#233;parant l'investissement du chantier naval par la force, et ceux qui pensaient encore pouvoir s'en sortir en magouillant. Le Ve pl&#233;num du Comit&#233; central, qui s'est tenu le 30 ao&#251;t, fut particuli&#232;rement divis&#233;. Le huis clos fut total, m&#234;me les st&#233;no ne purent entrer. Si ce pl&#233;num n'annon&#231;ait pas (encore) la d&#233;mission de Gierek, ce dernier le devait &#224; sa position internationale et au d&#233;lai n&#233;cessaire pour lui trouver un rempla&#231;ant accept&#233; par les divers secteurs de la caste au pouvoir. Il fallait aussi &#233;viter de donner l'impression de prendre une telle d&#233;cision &#171; &#224; chaud &#187;, sous la pression des &#233;v&#233;nements, c'est-&#224;-dire en c&#233;dant devant une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin parmi la base du Parti ouvrier unifi&#233; polonais (POUP, au pouvoir), l'effervescence n'&#233;tait pas moindre. Un manifeste exigeant un renouveau y circulait, porteur d&#233;j&#224; de plusieurs dizaines de signatures. On estimait par ailleurs que 40 % des d&#233;l&#233;gu&#233;s du MKS avaient leur carte du parti en poche. Et des r&#233;unions de cellule ou de cadres interm&#233;diaires furent annul&#233;es en nombre : &#171; On &#187; avait &#171; peur de ne pas pouvoir r&#233;pondre aux questions &#187; de la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les derniers jours des br&#232;ches sont &#233;galement apparues dans les forces de r&#233;pression. Ainsi les gr&#233;vistes ont rendu publique une communication entre policiers capt&#233;e par la radio, o&#249; ces derniers annon&#231;aient que des officiers de l'arm&#233;e distribuaient un tract de soutien aux gr&#233;vistes. Par ailleurs le bulletin quotidien du MKS, Solidarnosc (&#171; Solidarit&#233; &#187;), a p&#233;n&#233;tr&#233; dans certaines casernes. Le 31 ao&#251;t, une d&#233;l&#233;gation de soldats, annon&#231;ant que des militaires faisaient une gr&#232;ve de la faim en solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes, s'&#233;tait m&#234;me rendue au chantier naval (16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux jours de discussions au finish, au cours desquelles Jagielski tenta vainement de vider de leur contenu les revendications politiques, d'en att&#233;nuer la signification, allant m&#234;me jusqu'&#224; essayer de signer et de faire signer une copie, dans laquelle le terme &#171; ind&#233;pendant &#187; rapport&#233; au syndicat autog&#233;r&#233; avait disparu, la bureaucratie c&#233;da sur toute la ligne. Le syndicat libre &#233;tait cr&#233;&#233;, recevait des locaux officiels, s'appr&#234;tait &#224; publier un journal (17). Le droit de gr&#232;ve &#233;tait reconnu. Les gr&#233;vistes et &#171; les personnes les aidant &#187; se voyaient garantir l'impunit&#233;. Les prisonniers politiques devaient &#234;tre lib&#233;r&#233;s. Le pr&#233;sidium du MKS se transformait en direction provisoire du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, sur les questions mat&#233;rielles, l'accord sign&#233; n'&#233;tait pas aussi net, le gouvernement s'engageait &#224; pr&#233;senter &#224; une date pr&#233;cise un programme d&#233;taill&#233; de leur r&#233;alisation, reconnaissant ainsi une autorit&#233; plus haute que la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, il se voyait oblig&#233; d'accepter une discussion nationale sur les moyens de sortir le pays de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tous les travailleurs la victoire &#233;tait totale. La reconnaissance de syndicats ind&#233;pendants du pouvoir, non limit&#233;s g&#233;ographiquement, ouvrait pour leur vie et pour leurs luttes une nouvelle p&#233;riode. Ils pouvaient accumuler leurs forces et pr&#233;parer de nouveaux combats. Mieux, ils pourraient contr&#244;ler pas &#224; pas les pratiques du gouvernement et, le cas &#233;ch&#233;ant, le censurer. Le contenu de l'accord correspondait &#224; ce niveau de conscience : si les travailleurs avaient recul&#233; devant l'id&#233;e de la prise du pouvoir et affirmaient que leur gr&#232;ve n'&#233;tait pas politique, ils consid&#233;raient en m&#234;me temps comme &#233;tant les pr&#233;rogatives du syndicat la plupart des fonctions d'un v&#233;ritable pouvoir ouvrier. &#171; Une fois l'accord sign&#233;, rien n'est termin&#233;, tout commence &#187; , lan&#231;ait Walesa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout en Pologne des d&#233;l&#233;gations ouvri&#232;res demandaient l'enregistrement d'une nouvelle association. Son nom ? &#171; Syndicat ind&#233;pendant autog&#233;r&#233; ! &#187;. Si&#232;ge social ? &#171; 13 rue Marchlewskiego, Gdansk ! &#187; (18)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Pologne, la r&#233;volution politique venait de commencer. Le pouvoir, en d&#233;bandade, a c&#233;d&#233; une premi&#232;re fois. Prochaine &#233;ch&#233;ance, le congr&#232;s national du &#171; Syndicat ind&#233;pendant autog&#233;r&#233; &#187; que le MKS de Gdansk pr&#233;pare pour dans quelques semaines (19).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La victoire des mineurs de Sil&#233;sie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs d&#233;l&#233;gations de mineurs de Sil&#233;sie s'&#233;taient rendues au chantier naval &#171; L&#233;nine &#187; de Gdansk durant la seconde semaine de gr&#232;ve, t&#233;moigner leur solidarit&#233; mais aussi demander des conseils : &#171; Devons-nous nous mettre en gr&#232;ve ? &#187; Malgr&#233; les consignes de mod&#233;ration re&#231;ues, avant que l'accord ne soit sign&#233; &#224; Gdansk, des gr&#232;ves ont &#233;clat&#233; en Sil&#233;sie. Le 28 ao&#251;t la mine de Jastrzebie d&#233;marrait le mouvement, suivie en espace de deux jours par 26 autres mines et 27 usines. A l'exemple de Gdansk, les 300 000 gr&#233;vistes formaient un comit&#233; de gr&#232;ve interentreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Haute Sil&#233;sie, r&#233;gion d'ancienne industrialisation, connaissait un tel mouvement pour la premi&#232;re fois depuis des d&#233;cennies. Avant la guerre, les syndicats contr&#244;l&#233;s par la d&#233;mocratie chr&#233;tienne &#233;taient peu enclins &#224; faire gr&#232;ve. Puis les hauts salaires et les avantages sociaux la mirent &#224; l'abri de 1956, 1970 comme de la gr&#232;ve de 1976. En juin 1980, la bureaucratie avait accord&#233; une augmentation de salaires importante aux mineurs et aux sid&#233;rurgistes, d&#233;samor&#231;ant par avance le m&#233;contentement qui a suivi la hausse des prix du 1er juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis &#171; l'atmosph&#232;re de Gdansk a jou&#233;. Comme &#231;a durait, &#231;a nous a permis de r&#233;fl&#233;chir &#224; ces syndicats libres et &#224; la libert&#233; d'expression, de comprendre ce que nous pensions au fond de nous-m&#234;mes. Et puis la mauvaise gestion, l'inflation &#8220;qui mange les heures suppl&#233;mentaires&#8220; ont fait que les travailleurs ont dit &#8220;Non !&#034; &#187; (20)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait significatif, parmi les dirigeants de la gr&#232;ve il y avait de nombreux membres du parti. B. Guetta, l'envoy&#233; sp&#233;cial du quotidien Le Monde &#224; Jastrzebie, rapporte le dialogue suivant : &#171; Vous &#234;tes un tra&#238;tre au Parti, alors ? &#8212; Certainement pas, je suis fid&#232;le au Parti, mais comme le disait L&#233;nine, qui n'&#233;tait pas un idiot, le but est de donner le pouvoir &#224; la classe ouvri&#232;re. Moi, je ne veux pas m'acheter une Mercedes ni m&#234;me une Volskwagen, mais je veux que les femmes des gr&#233;vistes n'aient pas &#224; faire la queue devant les magasins et que les gens vivent convenablement. &#187; Et cet autre qui ajoute : &#171; Le syst&#232;me en tant que tel est le meilleur qu'on puisse imaginer. Mais il faut changer la fa&#231;on dont est exerc&#233; le pouvoir et que ces gens, qui ont des comptes bancaires en Occident, cessent de s'enrichir et commencent &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qu'il faut faire pour que le pays soit ce qu'il devrait &#234;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revendication particuli&#232;rement explosive en Sil&#233;sie, o&#249; la tradition des bureaucrates de s'enrichir en abusant des biens sociaux &#233;tait d&#233;j&#224; longue. Gierek l'avait &#233;largie &#224; l'ensemble de la Pologne seulement en 1971, mais en tant que Premier secr&#233;taire du Parti dans la r&#233;gion depuis 1957, il y jouissait d'une r&#233;putation aussi certaine que fond&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 septembre, le pouvoir accordait au MKS de Sil&#233;sie les 21 revendications de Gdansk. De plus, les mineurs obtenaient le samedi comme jour f&#233;ri&#233; &#224; partir de 1981, la retraite &#224; 50 ans pour ceux qui travaillent au fond, la suppression du travail en &#171; quatre &#233;quipes de six heures &#187;, le rel&#232;vement des allocations familiales au niveau de celles de la milice et la dissolution du syndicat officiel local. Le fond de caisse du syndicat officiel local passait au syndicat libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coordination avec les ouvriers du littoral et la constitution d'un syndicat ind&#233;pendant &#224; l'&#233;chelle nationale devenait &#224; l'ordre du jour. &#9632;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Les 2-4 septembre 1980&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;* Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; sous le titre &#171; La victoire au bout de la grande gr&#232;ve &#187; dans Inprecor n&#176; 84 du 11 septembre 1980. Cyril Smuga &#233;tait le pseudonyme de Jan Malewski, alors journaliste de Rouge, l'hebdomadaire de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire (LCR, section fran&#231;aise de la IVe Internationale), actuellement r&#233;dacteur d'Inprecor et membre du Bureau ex&#233;cutif de la IVe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les 21 revendications du comit&#233; de gr&#232;ve interentreprises (MKS)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reconnaissance des syndicats libres et ind&#233;pendants du Parti et des employeurs, sur la base de la Convention n&#176; 87 de l'OIT (Organisation internationale du travail), ratifi&#233;e par la Pologne ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Garantir le droit &#224; la gr&#232;ve, &#224; la s&#233;curit&#233; des gr&#233;vistes et des personnes qui les aident ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Respecter les libert&#233;s d'expression, de publication et d'impression, garanties par la Constitution. Arr&#234;t de la r&#233;pression des publications ind&#233;pendantes et acc&#232;s aux m&#233;dias de toutes les &#201;glises ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;tablissement des droits des personnes licenci&#233;es apr&#232;s les gr&#232;ves de 1970 et 1976 et des &#233;tudiants exclus de l'enseignement sup&#233;rieur &#224; cause de leurs opinions politiques ; lib&#233;ration de tous les prisonniers politiques, y compris Edmund Zadrozynski, Jan Kozlowski et Marek Kozlowski ; cessation des repr&#233;sailles pour raison d'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diffusion par les mass medias de l'information sur la cr&#233;ation du comit&#233; de gr&#232;ve interentreprises et publication de ses revendications ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lancement d'actions r&#233;elles ayant pour but de sortir le pays de la crise, comme par exemple : diffusion publique de toutes les informations sur la situation socio-&#233;conomique de la Pologne et possibilit&#233; donn&#233;e &#224; tous les milieux et couches sociales de participer &#224; la discussion sur le programme des r&#233;formes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Payer tous les gr&#233;vistes comme pendant les p&#233;riodes de cong&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augmentation du salaire de base de chaque travailleur de 2000 zlotys par mois en compensation de l'augmentation du prix de la viande ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;chelle mobile des salaires ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Garantie de l'approvisionnement du march&#233; int&#233;rieur en produits alimentaires et limitation de l'exportation aux surplus ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction des cartes de rationnement pour la viande jusqu'&#224; la stabilisation du march&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suppression des prix commerciaux et des ventes en devises &#233;trang&#232;res sur le march&#233; int&#233;rieur ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;signation des managers en se fondant uniquement sur leur qualification et non sur l'appartenance au parti. Suppression des privil&#232;ges de la police (MO), de la S&#233;curit&#233; (SB) et de l'appareil du parti par l'&#233;galisation des allocations familiales et la suppression du syst&#232;me des ventes sp&#233;ciales ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Droit &#224; la retraite apr&#232;s trente-cinq ans de travail, &#224; 50 ans pour des femmes et &#224; 55 ans pour les hommes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suppression des diff&#233;rences entre les deux syst&#232;mes de pensions et de retraites par alignement sur le plus favorable ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Am&#233;lioration des conditions de travail des services m&#233;dicaux afin d'assurer aux travailleurs les services dont ils ont besoin ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;ation de cr&#232;ches et d'&#233;coles maternelles en nombre suffisant pour les enfants des m&#232;res qui travaillent ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extension de la dur&#233;e du cong&#233; maternel r&#233;mun&#233;r&#233; &#224; trois ans ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Limitation du temps d'attente pour l'attribution de logements ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augmentation des indemnit&#233;s de d&#233;placement de 40 &#224; 100 zlotys et de la prime de s&#233;paration ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compensation dans les usines travaillant &#224; plein temps de l'absence du samedi libre par l'allongement de la p&#233;riode de cong&#233; ou par l'introduction de jours f&#233;ri&#233;s particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1. L'opposition polonaise, alors organis&#233;e au sein du Comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers (KOR) devenu Comit&#233; d'autod&#233;fense sociale (KSS-KOR), du Mouvement de d&#233;fense des Droits de l'Homme et du Citoyen (ROPCiO) et de la Conf&#233;d&#233;ration de la Pologne Ind&#233;pendante (KPN), publiait depuis 1976 clandestinement de nombreux bulletins ainsi que des livres. Le bulletin du KOR adress&#233; aux travailleurs, &#171; Robotnik &#187; (&#171; Ouvrier &#187;), avait publi&#233; dans un num&#233;ro sp&#233;cial diffus&#233; fin 1979 et d&#233;but 1980 &#224; plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires, un programme d'action qui culminait avec la revendication de syndicats libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La gr&#232;ve et la manifestation des travailleurs de cette entreprise, portant alors le nom de ZISPO (Entreprise m&#233;tallurgique Joseph Staline de Poznan), qui produisait alors les locomotives vapeur, d'abord durement r&#233;prim&#233;s &#8212; le premier ministre Cyrankiewicz, ancien social-d&#233;mocrate qui avait organis&#233; l'int&#233;gration du Parti socialiste polonais au sein du parti stalinien unique en 1948, avait alors d&#233;clar&#233; : &#171; Ceux qui l&#232;vent la main sur le pouvoir populaire doivent savoir que cette main leur sera coup&#233;e ! &#187; &#8212; ont ouvert le processus d'une r&#233;volution des conseils ouvriers qui a culmin&#233; en octobre 1956 (&#171; Octobre polonais &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Cette usine des tracteurs, employant plusieurs dizaines de milliers de travailleurs, dont la gr&#232;ve de juin 1976, durement r&#233;prim&#233;e, a conduit les intellectuels opposants &#224; cr&#233;er le KOR en septembre 1976, devint le bastion du syndicalisme ind&#233;pendant au cours des ann&#233;es 1980. Elle a &#233;t&#233; liquid&#233;e au cours des ann&#233;es 1990 &#224; la suite de la restauration du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Produisant sous licence la Fiat 126p, privatis&#233;e en 1992 au profit de la Fiat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Fabrique d'h&#233;licopt&#232;res dont les gr&#233;vistes ont &#233;t&#233;, avec les cheminots, &#224; l'origine de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de la r&#233;gion de Lublin en juillet 1980. En janvier 2010 l'usine a &#233;t&#233; privatis&#233;e au profit d'Augusta-Westland, qui a acquis 87,62 % des parts pour 82,2 millions d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. En juin 1976 des gr&#232;ves ont &#233;clat&#233; contre la hausse des prix alimentaires, notamment &#224; Ursus (tracteurs), o&#249; les gr&#233;vistes ont bloqu&#233; la ligne internationale de chemin de fer Paris-Moscou, &#224; Radom (m&#233;tallurgie), o&#249; des manifestations et des affrontements de rue avec la police ont eu lieu, et &#224; Plock (p&#233;trochimie). Les autorit&#233;s c&#233;d&#232;rent sur les prix, mais multipli&#232;rent les arrestations et les condamnations des travailleurs gr&#233;vistes. L'opposition intellectuelle a alors pris la d&#233;fense des travailleurs r&#233;prim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. En d&#233;cembre 1970, &#224; la suite de la hausse des prix des produits alimentaires, des gr&#232;ves et des manifestations ont &#233;clat&#233; dans les ports de la Baltique, Gdansk, Gdynia et Szczecin. Rassembl&#233;s devant les si&#232;ges d&#233;partementaux du parti au pouvoir, les travailleurs les ont pris de force lorsque les bureaucrates refus&#232;rent de n&#233;gocier. La milice (5 000) et l'arm&#233;e (27 000 soldats, 500 chars et 700 transporteurs blind&#233;s) ont tir&#233;, tuant au moins 39 manifestants et en blessant 1 164. Plus de 3 000 furent emprisonn&#233;s. Le premier secr&#233;taire du parti, Wladyslaw Gomulka (port&#233; au pouvoir en octobre 1956) a &#233;t&#233; destitu&#233; le 20 d&#233;cembre 1970, remplac&#233; par Edward Gierek. Ce dernier a rencontr&#233; les gr&#233;vistes &#224; Gdansk et Szczecin (en janvier 1971) parvenant &#224; les convaincre que la hausse des prix ne pouvait &#234;tre annul&#233;e, faute de produits. En f&#233;vrier 1971 les ouvri&#232;res de l'industrie textile de Lodz ont fait gr&#232;ve, refusant de n&#233;gocier tant que la hausse de prix ne sera pas annul&#233;e. Elles obtinrent gain de cause : les prix des principaux produits alimentaires furent bloqu&#233;s &#224; leur niveau d'avant la hausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le compte-rendu de la gr&#232;ve d'Ursus par Robotnik a &#233;t&#233; publi&#233; dans Inprecor n&#176; 82/83 du 31 juillet 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Cela &#233;claire singuli&#232;rement les explications des bureaucrates sur l'alcoolisme des ouvriers&#8230; D&#232;s que ceux-ci commen&#231;aient &#224; jouer le r&#244;le qui est le leur, s'occuper des affaires du pays, &#171; l'alcoolisme &#187;, comme le &#171; d&#233;sespoir &#187;, disparaissait. Durant les dix-huit jours de gr&#232;ve les 15 000 &#224; 17 000 gr&#233;vistes du chantier ne boiront pas une goutte d'alcool. Ce fut au tour des bureaucrates de trinquer ! En 1980 et 1981 la consommation d'alcool fut r&#233;duite de plus d'un tiers. Elle augmenta fortement apr&#232;s le coup d'&#201;tat du 13 d&#233;cembre 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Nom de la centrale officielle, unique, des syndicats. Dans l'appareil bureaucratique elle se distinguait par son r&#244;le de voie de garage pour les bureaucrates &#233;cart&#233;s de la direction : ils gardaient leurs privil&#232;ges, leurs honneurs, etc. et&#8230; pouvaient se consacrer &#224; leur &#171; hobby &#187; favori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Interview &#224; Rouge n&#176; 933 du 29 ao&#251;t 1980. Jean-Yves Touvais (pseudonyme de Jean-Yves Potel), journaliste de Rouge, &#233;tait dans le chantier naval &#171; L&#233;nine &#187; &#224; Gdansk en ao&#251;t 1980 et permit &#224; cet hebdomadaire de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire d'informer ses lectrices et lecteurs sur le d&#233;veloppement de cette gr&#232;ve historique plus compl&#232;tement que la plupart des quotidiens (Le Monde, avec Bernard Guetta, son envoy&#233; sp&#233;cial pr&#233;sent dans le chantier naval, faisant une remarquable exception !). Jean-Yves Potel a publi&#233; en 1981 un remarquable essai/reportage sur les gr&#232;ves d'ao&#251;t 1980, Sc&#232;nes de gr&#232;ve en Pologne (nouvelle &#233;dition : &#201;ditions Noir sur Blanc, Lausanne-Paris 2006, 25 &#8364;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Cette discussion a &#233;t&#233; rapport&#233;e par Bernard Guetta dans Le Monde dat&#233; du 19 ao&#251;t 1980. A noter que Bogdan Borusewicz, militant exp&#233;riment&#233; dans l'opposition depuis 1968, faisait la preuve des limites de cette exp&#233;rience lorsque la situation change brutalement, regardant vers le pass&#233; (intervention en Tch&#233;coslovaquie en 1968) alors que le rapport de forces entre la bureaucratie et la classe ouvri&#232;re changeait brusquement : les travailleurs apprenaient en un jour plus que durant des ann&#233;es, d&#233;couvrant leur puissance jusque l&#224; potentielle, une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#233;tait dans l'air, l'URSS &#233;tait emp&#234;tr&#233;e dans la guerre en Afghanistan&#8230; Il venait de formuler &#171; la crainte de l'intervention sovi&#233;tique &#187; qui durant les seize mois suivants conduira les militants du KOR, qui avaient jou&#233; jusque l&#224; le r&#244;le de l'avant-garde, &#224; tenter d'imposer &#171; l'autolimitation &#187; &#224; la r&#233;volution polonaise, &#224; s'opposer &#224; la dynamique du mouvement de masse, de freiner les initiatives spontan&#233;es ou propos&#233;es par d'autres militants (&#171; la gr&#232;ve active &#187;, c'est-&#224;-dire la prise du contr&#244;le de la production et de la distribution par les travailleurs auto-organis&#233;s, la question de la prise du pouvoir central par les masses organis&#233;es dans le puissant mouvement social et syndical que constituerait le syndicat ind&#233;pendant autog&#233;r&#233; &#171; Solidarnosc &#187; et le mouvement des conseils ouvriers qui se coordonnait &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale et nationale en 1981, la n&#233;cessit&#233; de faire p&#233;n&#233;trer ce mouvement dans les casernes en exigeant le droit syndical pour la troupe&#8230;) et, finalement, &#224; s'av&#233;rer incapables de pr&#233;parer le mouvement &#224; l'affrontement in&#233;vitable dont la bureaucratie a pu choisir la date et reprendre l'initiative en instaurant l'&#233;tat de guerre le 16 d&#233;cembre 1981. Le programme d'action &#233;labor&#233; par les militants du KOR et publi&#233; dans Robotnik culminait en effet avec la revendication du syndicat libre. Une fois cette revendication r&#233;alis&#233;e, les militants du KOR n'avaient plus de programme&#8230; alors que la cohabitation entre un pouvoir ouvrier naissant et le pouvoir de la bureaucratie de plus en plus r&#233;duit &#224; son appareil de r&#233;pression n'&#233;tait pas possible &#224; long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Ce comit&#233; comptait, avant la gr&#232;ve, une vingtaine de militants, plus ou moins actifs (ainsi, Lech Walesa, participait peu aux r&#233;unions de discussion et de formation, mais &#233;tait souvent le premier &#224; lancer les tracts du haut d'un toit&#8230;) et un r&#233;seau de contacts, mais fut capable d'organiser des manifestations (interdites) de plusieurs milliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Tout en gardant une constante : &#171; Selon l'Agence PAP, dans la journ&#233;e d'aujourd'hui, dans certaines entreprises de la tri-ville, les arr&#234;ts de travail continuaient &#187; (ce qu'on se racontait comme une bonne blague &#224; Gdansk !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Distante de moins de 100 km au est-sud-est de Gdansk, alors 110 000 habitants et pr&#233;fecture du d&#233;partement de m&#234;me nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Malheureusement les liens avec les soldats de cette importante arm&#233;e de conscription n'ont pas &#233;t&#233; poursuivis par les dirigeants du syndicat issu de la gr&#232;ve. La dur&#233;e du service militaire a &#233;t&#233; prolong&#233;e par le gouvernement pour &#233;viter que la troupe ne soit p&#233;n&#233;tr&#233;e par la nouvelle g&#233;n&#233;ration qui avait connu les premiers mois de la r&#233;volution et pour y garder ceux qui, isol&#233;s dans les casernes, n'ont pas eu l'occasion de sentir le vent de la libert&#233; qui soufflait dans le pays. Le syndicat &#171; Solidarnosc &#187; s'est refus&#233; &#8212; sous l'influence de la th&#232;se d'autolimitation n&#233;cessaire &#8212; de revendiquer le droit syndical dans les casernes. La bureaucratie a ainsi pu compter sur son arm&#233;e pour r&#233;aliser le coup d'&#201;tat et briser le mouvement en d&#233;cembre 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Imm&#233;diatement des milliers de bulletins syndicaux &#8212; distribu&#233;s en son sein, mais le Syndicat ind&#233;pendant autog&#233;r&#233; &#171; Solidarit&#233; &#187; compta tr&#232;s vite dix millions de membres (sur quatorze millions de personnes en &#226;ge de travailler) &#8212; sont apparus, dans la plupart des grandes usines et dans les structures r&#233;gionales du syndicat (qui a repris la structure des comit&#233;s de gr&#232;ve interentreprises dans tout le pays). Mais il faudra attendre plusieurs mois pour que paraisse, soumis &#224; la censure, l'hebdomadaire du syndicat. Quant au quotidien, il ne verra le jour qu'en 1989, apr&#232;s un accord sur la restauration du capitalisme et de la d&#233;mocratie parlementaire entre une direction syndicale qui s'&#233;tait largement autonomis&#233;e de sa base et la bureaucratie &#233;tatique qui transformait ses privil&#232;ges de fonction (instables) en privil&#232;ges de propri&#233;t&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Adresse du premier local du syndicat libre &#224; Gdansk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Ainsi se terminait l'article, &#233;crit le 2 septembre 1980. Ce qui suit est un post-scriptum &#233;crit le soir du 4 septembre et rajout&#233; au dernier moment dans Inprecor n&#176; 84. La premi&#232;re r&#233;union nationale des d&#233;l&#233;gu&#233;s des syndicats libres en cours de constitution a eu lieu le 17 septembre &#224; Gdansk. Au cours de cette rencontre Karol Modzelewski, opposant de longue date et auteur avec Jacek Kuron d'un v&#233;ritable programme de r&#233;volution antibureaucratique &#8212; &#171; La lettre ouverte au POUP &#187; (publi&#233;e en fran&#231;ais d'abord en tant que suppl&#233;ment &#224; la revue Quatri&#232;me Internationale puis par les &#233;ditions Fran&#231;ois Maspero) a r&#233;ussi &#224; persuader les pr&#233;sents qu'il faut construire un syndicat national unifi&#233; et a propos&#233; le nom : &#171; Solidarnosc &#187;. Le syndicat sera, apr&#232;s de nouveaux combats, officiellement enregistr&#233; le 10 novembre 1980. Son premier congr&#232;s national a eu lieu en deux temps, les 5-10 septembre 1981 et les 26 septembre - 7 octobre &#224; Gdansk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Cette citation et les suivantes sont extraites du reportage de Bernard Guetta par dans Le Monde dat&#233; du 5 septembre 1980.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Hitler, les Arabes et les Juifs</title>
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		<dc:date>2010-08-25T03:41:49Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Nora Benkorich a publi&#233; cette recension dans la Vie des Id&#233;es. 3 ao&#251;t 2010 &lt;br class='autobr' /&gt;
Nora Benkorich recense ici les ouvrages suivants : Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, Paris, Sindbad, 2009, 525 p. ; Matthias K&#252;ntzel, Jihad et Haine des Juifs, L'&#339;uvre &#233;ditions, 2009, 238p. Martin C&#252;ppers et Klaus-Micha&#235;l Mallmann, Croissant fertile et croix gamm&#233;e, &#201;ditions Verdier, 2009, 352 p. ***** &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis quelques ann&#233;es, les travaux historiques consacr&#233;s au th&#232;me de la r&#233;ception arabe de la Shoah et, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Nora Benkorich a publi&#233; cette recension dans la Vie des Id&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
3 ao&#251;t 2010&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nora Benkorich recense ici les ouvrages suivants : Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, Paris, Sindbad, 2009, 525 p. ; Matthias K&#252;ntzel, Jihad et Haine des Juifs, L'&#339;uvre &#233;ditions, 2009, 238p. Martin C&#252;ppers et Klaus-Micha&#235;l Mallmann, Croissant fertile et croix gamm&#233;e, &#201;ditions Verdier, 2009, 352 p.&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, les travaux historiques consacr&#233;s au th&#232;me de la r&#233;ception arabe de la Shoah et, plus g&#233;n&#233;ralement, des relations entre le monde arabo-musulman et l'Allemagne nazie, se multiplient et font d&#233;bat. Dans ce sillage, l'ouvrage de Gilbert Achcar, Les Arabes et la Shoah, sorti en octobre 2009, se distingue tant par l'ampleur et la vari&#233;t&#233; de sa bibliographie et de ses sources, que par ses efforts de conceptualisation, ses qualit&#233;s scientifiques et, surtout, son souci constant de neutralit&#233; axiologique. Cette exigence m&#233;thodologique, qui devrait &#234;tre une priorit&#233; dans tous les travaux ayant des pr&#233;tentions scientifiques, m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233;e, car les ouvrages consacr&#233;s &#224; cette question ont une f&#226;cheuse tendance &#224; la contourner, voire &#224; la mettre au placard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut citer, pour illustrer ce triste &#233;tat de fait, les ouvrages Croissant fertile et Croix gamm&#233;e de Martin C&#252;ppers et Klaus Micha&#235;l Mallmann ainsi que Jihad et haine des Juifs de Matthias K&#252;ntzel, tous deux sortis en France en m&#234;me temps que le livre de Gilbert Achcar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier, traduction fran&#231;aise de l'original allemand paru en 2006, pr&#233;sente un monde arabo-musulman uniforme, monolithique, unanimement antis&#233;mite, antisioniste et pronazi. Dominique Trimbur observe avec justesse une &#171; v&#233;ritable malhonn&#234;tet&#233; intellectuelle et scientifique de la part des auteurs. En effet, ce qui est d&#233;crit, ce n'est pas une politique, ce ne sont pas les relations entre l'Allemagne nazie et le monde arabo-musulman, ce n'est qu'un ensemble de repr&#233;sentations mises bout &#224; bout, devant faire office de tableau complet &#187;. Il ajoute, &#224; juste titre, que &#171; le recours par trop exclusif &#224; une seule source archivistique, &#224; savoir les archives nazies, ne peut en aucun cas servir &#224; dresser un tableau complet, coh&#233;rent, &#233;quilibr&#233; et repr&#233;sentatif, tel qu'il est pr&#233;tendument ambitionn&#233; par les auteurs &#187;.[1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second, Jihad et haine des Juifs, s'inscrit dans cette m&#234;me veine. Le choix tr&#232;s s&#233;lectif des sources et le recours &#224; des affirmations douteuses laissent le lecteur perplexe. S'ajoutent des jugements de valeurs qui n'ont pas leur place dans un livre d'histoire : pr&#233;tendre qu'un &#171; musulman orthodoxe &#187; est par nature &#171; hostile &#224; la science &#187; est la preuve d'une m&#233;connaissance totale de la culture islamique. Plus choquantes encore sont les railleries sur les rites et les croyances musulmanes, telles que : &#171; Les islamistes consid&#232;rent que baisser la t&#234;te jusqu'&#224; la poussi&#232;re du sol est signe de spiritualit&#233; &#187; K&#252;ntzel fait r&#233;f&#233;rence &#224; la pri&#232;re, qui d'ailleurs n'est pas une pratique islamiste mais islamique et constitue l'un des cinq piliers de l'islam. Autre jugement : &#171; Le Coran offre m&#234;me au plus pauvre des croyants la consolation de dominer les femmes et la permission de participer aux purges religieuses &#187; (p. 146).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas y voir autre chose qu'un sentiment islamophobe ou une farouche inimiti&#233; de l'islam et de ses rites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est inqui&#233;tant, c'est que l'ouvrage de C&#252;ppers et Mallman &#233;mane d'une institution officielle allemande &#8211; le Ludwigsburg, charg&#233; de la poursuite des criminels de guerre et cens&#233; produire des travaux de r&#233;f&#233;rence &#8211; et que celui de K&#252;ntzel a &#233;t&#233; traduit dans une dizaine de langues et a re&#231;u le prestigieux Independant Publisher Book Award (&#201;tats-Unis)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel enjeu ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu principal du d&#233;bat historique suscit&#233; par ces publications consiste &#224; mesurer la responsabilit&#233; des Arabes et des Musulmans &#8211; en particulier celle des Palestiniens &#8211; dans la mise en &#339;uvre de la Shoah. On l'aura compris, les auteurs des deux ouvrages que je viens de citer &#233;tablissent, par un proc&#233;d&#233; classique d'essentialisation du monde musulman, un r&#233;quisitoire accablant et sans nuances de cette responsabilit&#233; que l'on pourrait r&#233;sumer ainsi : l'atavisme antis&#233;mite des musulmans les a pr&#233;dispos&#233;s &#224; se faire unanimement les instruments de l'extermination des Juifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est gu&#232;re surprenant de constater que les partisans de cette lecture essentialisante de l'histoire s'appuient sur la figure du Grand mufti de J&#233;rusalem Amin al-Husseini pour conforter leur th&#232;se. La collaboration entre le Troisi&#232;me Reich et le mufti qui d'ailleurs, dans ses m&#233;moires, n'a jamais tent&#233; de dissimuler sa fascination pour le nazisme, est un fait av&#233;r&#233; et n'est gu&#232;re contest&#233;. Toutefois, les raisons invoqu&#233;es pour justifier cette alliance sont moins nettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Henry Laurens y voit &#171; une grande part d'opportunisme politique, m&#234;me s'il a certainement &#233;t&#233; tr&#232;s sensible aux multiples &#233;gards que les responsables nazis lui ont prodigu&#233;s &#187; [2]. De son c&#244;t&#233;, Gilbert Achcar, qui assimile souvent les relations entre le Troisi&#232;me Reich et les nationalistes arabes &#224; une alliance tactique &#8211; fid&#232;le &#224; l'adage &#171; l'ennemi de mon ennemi est mon ami &#187; &#8211;, ne lui accorde pas m&#234;me ces &#171; circonstances att&#233;nuantes &#187; : il est convaincu que le mufti a collabor&#233; au nazisme par affinit&#233;s id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mufti et le Troisi&#232;me Reich&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le portrait qu'Achcar brosse du mufti est celui d'un &#171; &#233;gocentrique m&#233;galomaniaque &#187; (p. 231), accus&#233; d'avoir exploit&#233; l'autorit&#233; religieuse que lui conf&#233;rait son titre de mufti pour d&#233;fendre une &#171; pseudo-identit&#233; commune de vues entre le nazisme et la religion islamique &#187; sur la question juive (p. 249) et d'avoir activement soutenu le r&#233;gime national-socialiste &#8211; notamment en contribuant en personne &#224; la formation et &#224; l'encadrement des divisions SS bosniaques Handschar et Kama, cr&#233;&#233;es en 1943 (qui en r&#233;alit&#233; ont plus servi &#224; lutter contre les Serbes que contre les Juifs). Achcar rappelle par ailleurs qu'al-Husseini s'est employ&#233; &#224; diffuser dans le monde arabo-musulman un discours antijuif &#8211; il &#233;voque certains de ses nombreux br&#251;lots exhortant au meurtre des Juifs, fond&#233;s sur une utilisation s&#233;lective du corpus islamique et sur la litt&#233;rature europ&#233;enne antis&#233;mite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul besoin de s'attarder sur la responsabilit&#233; du mufti : il est coupable d'avoir vers&#233; dans l'antis&#233;mitisme primaire et est unanimement clou&#233; au pilori des &#171; activistes collabos &#187;. Ce qui en revanche est contestable, c'est le proc&#233;d&#233; de m&#233;tonymie employ&#233; par les &#171; essentialistes &#187;, qui consiste &#224; prendre la partie pour le tout, c'est-&#224;-dire le mufti pour le monde arabo-musulman. Ce raccourci simpliste conclut que le monde arabo-musulman est coupable d'avoir collabor&#233; avec les nazis et d'avoir voulu tuer des Juifs parce que le mufti l'a fait&#8230; Il est surprenant de voir qu'un philosophe et historien des id&#233;es comme Pierre-Andr&#233; Taguieff, qui nous a habitu&#233;s &#224; des syllogismes mieux charpent&#233;s, ait c&#233;d&#233; &#224; cette tentation. En effet, dans la pr&#233;face qu'il consacre &#224; l'ouvrage de K&#252;ntzel, Taguieff affirme, en conclusion de trois pages d&#233;crivant les rapports entre al-Husseini et les nazis, que &#171; l'une des principales cons&#233;quences de cette politique d'alliance entre le nazisme et le monde arabo-musulman aura &#233;t&#233; &#8220;la convergence de l'antis&#233;mitisme et de l'antisionisme dans le r&#233;gime nazi &#8221; durant la Seconde Guerre mondiale &#187; (Taguieff, pr&#233;face de K&#252;ntzel, p. 23), r&#233;duisant ainsi le monde arabo-musulman dans ses rapports au nazisme &#224; la figure du mufti. Cette assertion rec&#232;le une accusation hautement plus grave. Tout lecteur averti, en s'interrogeant sur la traduction en actes de cette pr&#233;tendue &#171; convergence de l'antis&#233;mitisme et de l'antisionisme dans le r&#233;gime nazi &#187;, peut difficilement y voir autre chose que l'adoption par les nazis de la &#171; solution finale &#187; &#8211; avant de prendre des mesures d'extermination, les nazis ne s'opposaient pas au sionisme, qu'ils voyaient comme un moyen de se d&#233;barrasser de &#171; leurs &#187; Juifs en les envoyant en Palestine [3]. En r&#233;sum&#233;, le mufti &#8211; donc aussi le monde arabo-musulman si l'on s'en tient &#224; la r&#233;duction pr&#233;alablement &#233;tablie par Taguieff &#8211; aurait jou&#233; un r&#244;le de poids dans l'adoption de la &#171; solution finale &#187; par les nazis. Dans l'&#233;tat actuel de la recherche, cette assertion est improbable, car il n'existe aucune preuve empirique permettant de l'&#233;riger en r&#233;alit&#233; historique. Dans ses m&#233;moires, al-Husseini affirme avoir &#233;t&#233; inform&#233; de la &#171; solution finale &#187; au cours d'une discussion avec Himmler l'&#233;t&#233; 1943 [4] &#8211; ce qui d'ailleurs ne changea rien &#224; sa ligne politique collaborationniste. Notons que dans ses &#233;crits post&#233;rieurs &#224; la Seconde Guerre mondiale, il n'a jamais ni&#233; l'existence du g&#233;nocide juif ni le nombre de ses victimes, ce qui donne un certain cr&#233;dit &#224; son propos. Il s'est content&#233; d'affirmer que cela n'&#233;tait pas &#171; son probl&#232;me &#187; &#8211; la m&#233;diocrit&#233; morale du personnage s'en trouve bien illustr&#233;e. Toutefois, s'il s'est fait le complice du projet d'extermination, on ne peut empiriquement soutenir qu'il en est &#224; l'origine. Notons &#224; cet &#233;gard que les travaux de Saul Friedl&#228;nder, grand sp&#233;cialiste de la Shoah, n'&#233;voquent nulle part cette hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons sur le cas du mufti qui a d&#233;j&#224; fait couler beaucoup trop d'encre pour entrer au c&#339;ur de l'ouvrage qui nous int&#233;resse. Gilbert Achcar, &#224; contre-courant de la tendance &#171; essentialisante &#187;, &#233;tablit un &#233;tat des lieux bien plus contrast&#233; et plus honn&#234;te intellectuellement. Il distingue quatre grands courants de pens&#233;e dominants au Moyen-Orient &#224; l'&#233;poque de la Seconde Guerre mondiale, dont la collaboration et/ou l'acceptation du national-socialisme fut &#224; g&#233;om&#233;trie variable : le &#171; panislamisme r&#233;actionnaire &#187;, le &#171; nationalisme &#187;, l' &#171; occidentalisme lib&#233;ral &#187; et le &#171; marxisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Panislamisme r&#233;actionnaire, nationalisme et collaboration&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Achcar d&#233;montre que le courant du &#171; panislamisme int&#233;griste &#187;, dans lequel est class&#233; le mufti, s'est montr&#233; le plus complaisant vis-&#224;-vis du nazisme, en d&#233;pit des incompatibilit&#233;s id&#233;ologiques inh&#233;rentes &#224; son essence n&#233;o-pa&#239;enne &#8211; le culte d'Hitler, &#233;lev&#233; au rang de quasi-Dieu, &#233;tait en effet difficilement compatible avec le principe islamique d'unicit&#233; divine. Enclins &#224; percevoir le monde comme anim&#233; par le prisme religieux des premiers si&#232;cles de l'islam, les panislamistes r&#233;actionnaires ont rapidement appr&#233;hend&#233; le conflit palestinien en termes de guerre de religions opposant les Musulmans &#8211; et leurs alli&#233;s &#8211; aux Juifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez les nationalistes arabes, explique Achcar, l'Allemagne nazie, per&#231;ue comme ennemie de la Grande-Bretagne, a suscit&#233; des sympathies d'intensit&#233;s variables, en particulier dans les pays sous domination britannique &#8211; en Egypte, en Irak et surtout en Palestine, o&#249; l'antis&#233;mitisme &#233;tait con&#231;u par les plus frustes comme un rempart contre le sionisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti syrien nationaliste arabe, fond&#233; par le germanophile et admirateur d'Hitler Antoun Saadeh, a sans doute &#233;t&#233; le plus proche du mod&#232;le nazi &#8211; le drapeau de son parti &#233;tait d'ailleurs calqu&#233; sur le drapeau nazi, avec les couleurs rouges et noires invers&#233;es et une h&#233;lice &#224; quatre pales &#224; la place de la croix gamm&#233;e. Achcar affirme que la conscience r&#233;actionnaire de Saadeh a atteint des sommets totalitaires in&#233;gal&#233;s au Moyen-Orient (p. 128-129). Mais, malgr&#233; ses exc&#232;s de z&#232;le, il n'est parvenu &#224; susciter d'int&#233;r&#234;t ni chez les masses arabes, ni aupr&#232;s des autorit&#233;s allemandes &#8211; qui rejet&#232;rent ses requ&#234;tes de soutien, ce qui le conduira &#224; nier par la suite toute proximit&#233; avec le nazisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#201;gypte, Achcar montre que l'organisation Misr al-Fat&#226;t (Jeune &#201;gypte), inspir&#233;e par la vague montante du fascisme europ&#233;en, n'a gu&#232;re &#233;t&#233; prise au s&#233;rieux par le r&#233;gime nazi avec lequel elle entretint des rapports en &#171; dents de scie &#187; &#8211; ce qui ne l'emp&#234;cha pas de verser dans l'antis&#233;mitisme, en paroles mais aussi en actes [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ultranationalistes irakiens, qui au d&#233;part assimilaient le nazisme &#224; une forme de colonialisme, ont pris un tournant pronazi au printemps 1941, apr&#232;s le renversement du putschiste Gayl&#226;n&#238; par l'arm&#233;e britannique. Le pogrom Farh&#251;d de juin 1941, foment&#233; par les putschistes d&#233;chus d&#233;cid&#233;s &#224; faire des Juifs les boucs &#233;missaires de leur frustration, en fut la triste illustration. Toutefois, Achcar pr&#233;cise qu'au cours de cet &#233;v&#233;nement, la violence antijuive, perp&#233;tr&#233;e par une petite minorit&#233;, fut r&#233;prouv&#233;e par la population et que les &#233;meutiers furent rapidement dispers&#233;s par les tirs de l'arm&#233;e irakienne. Notons avec l'auteur que ces cas &#233;taient marginaux : la plupart des nationalistes arabes qui se sont rapproch&#233;s de Berlin l'ont fait moins par connivence id&#233;ologique avec le nazisme que par haine du colonisateur britannique et par volont&#233; de lib&#233;rer la nation arabe de son joug.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la collaboration avec l'Allemagne nazie de ces mouvements panislamistes int&#233;gristes ou nationalistes est un fait &#233;tabli, elle fut loin de rencontrer l'assentiment g&#233;n&#233;ral. La majorit&#233; des ind&#233;pendantistes lib&#233;raux, des nationalistes &#171; progressistes &#187; et l'ensemble des marxistes rejetaient le nazisme comme n&#233;gation de leurs valeurs, explique Achcar. Ils voyaient en Hitler &#171; le plus grand ennemi de l'humanit&#233; &#187; (p. 81) et consid&#233;raient la Grande-Bretagne comme un moindre mal.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ind&#233;pendantistes occidentaux, marxistes et rejet du nazisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Impr&#233;gn&#233;s du syst&#232;me de valeurs culturelles &#171; modernistes &#187; issues des Lumi&#232;res, les &#171; occidentalistes lib&#233;raux &#187; se sont d&#232;s le d&#233;part oppos&#233;s &#224; la fois au nazisme par humanisme et au sionisme par anticolonialisme. Ils condamnaient fermement l'antis&#233;mitisme, cette &#171; pens&#233;e arri&#233;r&#233;e et sauvage qui consiste &#224; pers&#233;cuter, au nom de la race, les divers &#233;l&#233;ments qui composent la nation enti&#232;re [6] &#187;. Jusqu'&#224; la fin de la Seconde Guerre mondiale, ils repr&#233;sentaient le courant de pens&#233;e le plus influent, y compris en Palestine &#8211; malgr&#233; le succ&#232;s de l'aile radicale du mouvement national dirig&#233;e par Amin al-Husseini. Ce fut cette voix qui fut port&#233;e au cours de la r&#233;union sur la question de la Palestine du 7 octobre 1944 &#224; Alexandrie, pr&#233;sid&#233;e par les chefs des gouvernements de &#201;gypte, de l'Irak, de la Jordanie, du Liban et de la Syrie, comme en t&#233;moigne la r&#233;solution sp&#233;ciale prononc&#233;e &#224; son terme : &#171; nul ne regrette plus que [le comit&#233;] les malheurs inflig&#233;s aux Juifs d'Europe par les &#201;tats dictatoriaux europ&#233;ens. Mais la question de ces Juifs ne doit pas &#234;tre confondue avec le sionisme, car il n'y a pas de plus grande injustice que de r&#233;soudre le probl&#232;me des Juifs d'Europe au moyen d'une autre injustice, c'est-&#224;-dire en infligeant une injustice aux Arabes de Palestine &#187; (p. 83).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est des marxistes arabes, Achcar explique qu'ils ont adopt&#233; cette m&#234;me attitude de rejet &#224; la fois du sionisme et du nazisme, qu'ils percevaient comme les &#171; deux faces d'une m&#234;me m&#233;daille &#187; et renvoyaient &#171; dos &#224; dos &#187; [p. 89]. Engag&#233;s dans un combat cabr&#233; contre le nazisme d&#232;s l'av&#232;nement du Troisi&#232;me Reich, leurs activit&#233;s furent frein&#233;es entre ao&#251;t 1939 et juin 1941 par le pacte Ribbentrop-Molotov, consid&#233;r&#233; par certains comme une grave erreur et ouvertement critiqu&#233;. Ainsi, le palestinien Naj&#226;ti Sidqi, d&#233;l&#233;gu&#233; de l'Internationale syndicale rouge &#224; Moscou, fut exclu par des &#171; camarades &#187; en 1940 pour avoir publi&#233; une s&#233;rie d'articles sur l'incompatibilit&#233; du nazisme et de l'islam. En termes de classes, ce courant percevait le sionisme comme une tentative des &#171; capitalistes juifs &#187; de d&#233;tourner les &#171; ouvriers juifs &#187; des objectifs de la r&#233;volution. Par ailleurs, il d&#233;non&#231;a avec ferveur la &#171; connivence entre sionistes et nazis &#187; sur la question palestinienne. Ainsi, dans un discours prononc&#233; en 1943, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Parti communiste Ridw&#226;n al-Hil&#251; affirmait que &#171; le sionisme consid&#232;re la terreur antijuive comme bienvenue et [&#8230;] entrave tout projet susceptible d'orienter l'&#233;migration vers un autre pays que la Palestine, comme ce fut le cas lors de la conf&#233;rence d'Evian [7] [&#8230;] lorsque [&#8230;] l'Agence juive s'opposa &#224; tout projet susceptible de d&#233;vier l'&#233;migration des Juifs de la Palestine, pr&#233;f&#233;rant qu'ils restent en Allemagne sous la torture, la terreur et la privation plut&#244;t que de les transporter ailleurs [8] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut retenir avec Achcar, pour jauger l'ampleur du mouvement r&#233;fractaire au nazisme dans le monde arabe, qu'il y eut globalement plus d'Arabes dans les arm&#233;es alli&#233;es ou dans les camps de concentration nazis que de volontaires engag&#233;s aux c&#244;t&#233;s de l'Axe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s la Shoah&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Nakba, l'expulsion des Palestiniens cons&#233;cutive &#224; la cr&#233;ation de l'&#201;tat d'Isra&#235;l, a port&#233; un coup fatal aux occidentalistes lib&#233;raux et aux marxistes, accus&#233;s d'avoir soutenu des gouvernements favorables au sionisme &#8211; au cours de la guerre de 1948, Staline a fourni la Haganah, bras arm&#233; de l'ex&#233;cutif sioniste, en armes. Le panislamisme int&#233;griste a &#233;t&#233; discr&#233;dit&#233; par la d&#233;faite du mufti et par le soutien inconditionnel des Saoudiens aux Britanniques. Seule la mouvance nationaliste est sortie renforc&#233;e par cette &#233;preuve, du moins jusqu'&#224; la d&#233;faite arabe de 1967, avant de c&#233;der devant la mont&#233;e ombrageuse de l'islamisme, illustr&#233;e par la r&#233;volution iranienne de 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; compter de cette p&#233;riode, deux paradigmes id&#233;ologiques sym&#233;triques, l'un d'essence n&#233;o-sioniste &#8211; pr&#233;&#233;minent chez les intellectuels isra&#233;liens &#8211; et l'autre inspir&#233; de l'islamisme radical &#8211; que l'on retrouve en Iran &#8211;, se sont progressivement impos&#233;s. Enferm&#233;s dans une vision narcissique du pass&#233;, du pr&#233;sent, et de l'avenir, les porte-parole de ces deux mod&#232;les se sont livr&#233;s &#8211; et se livrent encore &#8211; &#224; une surench&#232;re d&#233;plorable dans la n&#233;gation de la souffrance de l'autre et dans l'exacerbation de sa propre souffrance &#8211; Nakba contre Shoah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les termes de l'&#233;quation sont tragiques. Cette posture de repli sur soi, d'incapacit&#233; &#224; faire preuve d'empathie et cette tendance &#224; essentialiser l'autre en postulant l'immuabilit&#233; de son &#234;tre, est la d&#233;sastreuse marque de notre &#233;poque actuelle sur la question du conflit isra&#233;lo-palestinien &#8211; en dehors de quelques esprits qui tentent d'y &#233;chapper. On comprend combien le recours s&#233;lectif, voire manipulateur, au pass&#233; ne fait que conforter cette situation. Au lieu d'une navrante surench&#232;re de victimisation, il faudrait arriver &#224; une n&#233;cessaire compr&#233;hension de la souffrance de l'autre, &#233;tape indispensable pour parvenir &#224; une vraie r&#233;conciliation. Dans ce contexte, on ne peut que saluer l'exemplarit&#233; de l'ouvrage de Gilbert Achcar, qui &#339;uvre dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*Nora Benkorich a publi&#233; cette recension dans la Vie des Id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Dominique Trimbur est chercheur associ&#233; au Centre de Recherche fran&#231;ais de J&#233;rusalem. Les passages cit&#233;s sont tir&#233;s d'un compte rendu paru dans la Auschwitz Foundation's Review.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. H. Laurens, &#171; La Haine de l'autre &#187;, L'Orient le jour, 3 d&#233;cembre 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. L'Allemagne nazie a d'ailleurs sign&#233; un accord de transfert avec le mouvement sioniste, l'accord de la Haavara, le 25 ao&#251;t 1933.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Amin al-Husseini, Mudhakkirat al-Hajj Amin, cit&#233; par Henry Laurens, La Palestine, Fayard, tome 2, p. 469.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Jeune Egypte fut &#224; l'origine de la campagne d'agitation antijuive de 1939, qui appelait notamment au &#171; boycott du commerce juif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Joseph Achcar, cit&#233; par Gilbert Achcar, p. 67. P&#232;re de Gilbert Achcar, Joseph Achcar fut un partisan du courant des &#171; occidentalistes lib&#233;raux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Au cours de la conf&#233;rence internationale d'Evian, qui s'est tenue en juillet 1938, les repr&#233;sentants de trente deux pays (dont la France, les &#201;tats-Unis et la Grande-Bretagne) ont affirm&#233; ne pas &#234;tre en mesure d'accueillir de Juifs &#8211; le repr&#233;sentant fran&#231;ais a par exemple expliqu&#233; que la France avait atteint &#171; le point d'extr&#234;me saturation en ce qui concerne les &#233;trangers &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Cit&#233; par Gilbert Achcar, p. 94. &#192; ce propos, notons que David Ben Gourion, ardent sioniste, a affirm&#233; que &#171; plus dure sera l'affliction, plus grande sera la force du sionisme &#187; (Shabtai Teveth, Ben Gurion : The Burning Ground, 1886-1948, Houghton Mifflin, Boston, 1987, p. 850, cit&#233; par Achcar p. 34).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3 ao&#251;t 2010)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mythes et mensonges sur Hiroshima et Nagasaki </title>
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&lt;p&gt;Par Ataulfo Riera le Jeudi, 05 Ao&#251;t 2010 &lt;br class='autobr' /&gt;
Diff&#233;rentes th&#232;ses s'affrontent pour expliquer les motivations r&#233;elles du bombardement atomique d'Hiroshima et de Nagasaki (les 6 et 9 ao&#251;t 1945) par les Etats-Unis, les amenant ainsi &#224; commettre un crime contre l'Humanit&#233;. La pol&#233;mique ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une simple querelle entre historiens : au-del&#224; de la simple question du &#171; pourquoi ? &#187;, il y a toute l'implication qui se cache derri&#232;re la r&#233;ponse. Implication tr&#232;s actuelle car (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Par Ataulfo Riera le Jeudi, 05 Ao&#251;t 2010&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rentes th&#232;ses s'affrontent pour expliquer les motivations r&#233;elles du bombardement atomique d'Hiroshima et de Nagasaki (les 6 et 9 ao&#251;t 1945) par les Etats-Unis, les amenant ainsi &#224; commettre un crime contre l'Humanit&#233;. La pol&#233;mique ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une simple querelle entre historiens : au-del&#224; de la simple question du &#171; pourquoi ? &#187;, il y a toute l'implication qui se cache derri&#232;re la r&#233;ponse. Implication tr&#232;s actuelle car les &#201;tats-Unis sont d&#233;sormais la seule superpuissance atomique capable de frapper o&#249; que ce soit dans le monde et ils se doteront bient&#244;t, avec le syst&#232;me de d&#233;fense anti-missile, d'un outil capable de supprimer toute dissuasion nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se officielle, celle que tous les enfants &#233;tasuniens apprennent par coeur &#224; l' &#233;cole et qui, derni&#232;rement encore, a &#233;t&#233; r&#233;affirm&#233;e par le S&#233;nat des &#201;tats-Unis, explique que l'usage de la bombe atomique en 1945 a permis de pr&#233;cipiter la fin d'une guerre sanglante, de perdre moins d'argent et d'&#233;pargner des milliers de vies humaines. Le pr&#233;sident Truman, qui prit la d&#233;cision finale, affirma que son geste avait sauv&#233; la vie de pr&#232;s de 250.000 &#034;boys&#034;. Apr&#232;s la guerre, dans ses &#034;M&#233;moires&#034;, ce chiffre monta &#224; 500.000 (1). D'autres ont &#233;t&#233; jusqu'&#224; avancer des chiffres de l'ordre de 1... &#224; 3 millions de vies &#233;pargn&#233;es !&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon les tenants de cette th&#232;se, au cas o&#249; les troupes U.S auraient d&#233;barqu&#233; au Japon, les soldats nippons, fanatiques et partisans d'une guerre &#224; outrance, auraient oppos&#233; une r&#233;sistance suicidaire et jusqu'au-boutiste. De plus, les soldats japonais auraient &#233;t&#233; &#233;paul&#233;s par des millions de civils tout autant fanatis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet argument est toujours repris actuellement par certains historiens : &#171; Sans aucun doute (sic), la population civile d&#233;fendra pied &#224; pied le sol de la m&#232;re patrie. Les militaires lui confieront des explosifs, des pieux en bois. Tous les moyens seront bons pour tuer des ennemis &#187;. Conclusion ? &#171; Truman n'a pas le choix &#187; (2). Le pr&#233;sident Truman nous est ainsi souvent pr&#233;sent&#233; comme un homme sens&#233;, qui a pris une d&#233;cision difficile mais juste. Et un historien bourgeois de nous le d&#233;montrer : &#034;Des soldats am&#233;ricains mouraient par milliers chaque jour (?). L'apitoiement n'&#233;tait pas de mise. Truman n'avait pas le choix. Sa d&#233;cision lui a co&#251;t&#233;&#034;. (3). Il s'agit ici de l'argument &#171; moral &#187; de la th&#232;se officielle qui accorde &#224; la bombe atomique le m&#233;rite paradoxal d'avoir sauv&#233; des vies humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre argument nous dit que la bombe atomique a permis aux Japonais de comprendre la formidable capacit&#233; de destruction des &#201;tats-Unis : &#171; Nous d&#233;truirons compl&#232;tement la puissance qui permet au Japon de poursuivre la guerre &#187; menace Truman le 6 ao&#251;t 1945. Sachant cela, les Japonais n'auraient plus eu aucune raison de lutter. Autre &#233;l&#233;ment corollaire ; la destruction d'Hiroshima et de Nagasaki, outre l'impact psychologique de l'&#233;v&#233;nement, aurait permis &#224; l'Empereur Hiro-Hito d'imposer honorablement la paix &#224; ses chefs de guerre &#171; jusqu'au-boutistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette s&#233;rie de dogmes officiels, plusieurs historiens ont os&#233; les d&#233;monter pi&#232;ce par pi&#232;ce. Le premier d'entre eux, Gar Alperovitz, politologue &#233;tasunien, soutient depuis 1965 que son pays a fait usage de la bombe pour faire peur &#224; Staline, dont les &#171; vis&#233;es expansionnistes &#187; mena&#231;aient les int&#233;r&#234;ts (grandissants) des &#201;tats-Unis dans le Sud-est asiatique et en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;500.000...1.000.000 ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'argument des 500.000 (ou plus) vies &#233;pargn&#233;es ne tient absolument pas debout. Un rapport des strat&#232;ges militaires am&#233;ricains pr&#233;voyant le co&#251;t humain d'une invasion du japon (pr&#233;vue pour le 1er septembre 45) contient de tout autres chiffres. R&#233;dig&#233; par le Chef d' Etat-Major, le g&#233;n&#233;ral Marshall, et dat&#233; du 18 juin 1945, il estime avec pr&#233;cision les pertes am&#233;ricaines &#224;... 46.000 hommes au maximum. (4). Ce rapport, qui n'a seulement &#233;t&#233; rendu public qu'en 1985, &#233;tait adress&#233; au pr&#233;sident Truman, celui-ci a donc sciemment menti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres fantaisistes du pr&#233;sident et consorts reposaient sur l'argument que les Japonais, civils et militaires, se battraient jusqu'&#224; la mort. Or, pour ce qui est des soldats, ce fanatisme, r&#233;el &#224; une certaine &#233;poque du conflit, commen&#231;ait &#224; se fissurer. Alors que durant les batailles pr&#233;c&#233;dentes les soldats japonais se faisaient tuer sur place plut&#244;t que de se rendre, lors de l'importante bataille d'Okinawa au mois de juin 1945, plus de 7.000 d'entre eux se sont constitu&#233; prisonniers. Du jamais vu. Suivant en cela le code d'honneur militaire japonais, bon nombre d'officiers &#233;taient effectivement des jusqu'au-boutistes, mais une bonne partie des hommes de troupe &#233;tait fatigu&#233;e des combats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux civils, l'argument est tout simplement absurde : le peuple japonais &#233;tait totalement &#224; bout apr&#232;s presque 13 ann&#233;es de guerre (d'abord avec la Chine, puis avec les Alli&#233;s) : privations, mis&#232;re, faim, souffrance et mort sous les tapis de bombes largu&#233;s par les bombardiers am&#233;ricains (plus de 21 millions de Japonais ont &#233;t&#233; d'une fa&#231;on ou d'une autre touch&#233;s par ces bombardements massifs), etc. Un tel peuple n'aspirait plus qu'&#224; la paix et l'on peut difficilement se l'imaginer fon&#231;ant droit vers des chars &#233;tasuniens avec des &#034;pieux en bois&#034; (5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Bombe et le sacrifice d'Hiroshima et de Nagasaki ont-ils au moins permis de pr&#233;cipiter la fin de la guerre (d'au moins un an nous dit-on) en d&#233;montrant le potentiel destructif des &#201;tats-Unis ? Rien de plus faux. Le Japon avait d&#233;j&#224; virtuellement perdu la guerre car il &#233;tait tout bonnement mat&#233;riellement incapable de la poursuivre. Le potentiel militaire nippon &#233;tait pratiquement d&#233;truit : 90% des b&#226;timents de la marine de guerre et de la flotte marchande reposait au fond l'oc&#233;an, ce qui, pour une &#238;le d&#233;pourvue de ressources et de mati&#232;res premi&#232;res strat&#233;giques indispensable &#224; l'industrie de guerre, comme le p&#233;trole par exemple, &#233;quivalait &#224; une agonie rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aviation quant &#224; elle ne comportait plus qu'un petit nombre de pilotes adolescents, peu instruits (du fait du manque de carburant, l'instruction &#233;tait r&#233;duite au-dessous du minimum) et d&#233;sesp&#233;r&#233;s. La plupart n'&#233;taient d'ailleurs plus assign&#233;s qu'&#224; des missions suicides &#034;kamikazes&#034; peu rentables militairement vu la sup&#233;riorit&#233; mat&#233;rielle des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &#171; La d&#233;fense anti-a&#233;rienne s'&#233;tait totalement effondr&#233;e &#187; (6), ce qui explique la facilit&#233; avec laquelle des impressionnantes escadres de bombardiers US p&#233;n&#233;traient dans le ciel nippon. Ces bombardements terroristes, aveugles et co&#251;teux en vies humaines - c'&#233;tait leur but ; celui de Tokyo du 9 mars 1945 a ainsi fait plus de 125.000 morts, soit plus de victimes directes qu'&#224; Hiroshima ! - avaient compl&#232;tement d&#233;structur&#233; les entreprises et la machine de guerre japonaise. Tokyo &#233;tait ras&#233;e &#224; 50%, Yokohama, le principal port du pays, &#224; 85%, Kobe &#224; 56%. Quarante pour-cent des ouvriers avaient abandonn&#233; leur travail pour fuir la ville et ses bombardements. R&#233;sultat, l'activit&#233; industrielle des 5 grands centres nerveux japonais &#233;tait annihil&#233;e &#224; un taux de 80% (7). Imaginer dans ces conditions que le Japon pouvait encore soutenir le conflit pendant une ann&#233;e ou plus rel&#232;ve donc de la pure fantaisie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une bombe sans poids&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La justification de l'usage de la bombe en tant qu'argument &#034;de poids' pour forcer la d&#233;cision du pouvoir nippon de capituler est souvent avanc&#233;e. L&#224; aussi, elle ne repose sur rien de s&#233;rieux. D&#232;s le mois d'avril 1945 en effet, l'Empereur &#233;tait persuad&#233; qu'il fallait n&#233;gocier et conclure la paix au plus vite. Durant le mois de mai, une tentative de contact entre Japonais et Am&#233;ricains avait eu lieu via les diplomates nippons en poste &#224; Berne. Vu l'&#233;chec de ces d&#233;marches, la diplomatie japonaise privil&#233;giera ensuite des n&#233;gociations d&#233;tourn&#233;es via Moscou. Le 22 juin, alors que l'&#238;le strat&#233;gique d'Okinawa (elle &#233;tait la derni&#232;re &#233;tape avant le Japon) &#233;tait d&#233;finitivement perdue, les d&#233;marches s'acc&#233;l&#232;rent : &#034;l''Empereur invita le Conseil supr&#234;me de direction de la guerre &#224; entamer des n&#233;gociations officielles de paix, si possible en utilisant les bons offices de la Russie&#034; (8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les Japonais mettaient tous leurs espoirs de paix sur les Russes sans se douter qu'&#224; la Conf&#233;rence inter-alli&#233;s de Yalta, Moscou avait promis aux Alli&#233;s occidentaux de d&#233;clarer la guerre au Japon six mois apr&#232;s la d&#233;faite nazie en Europe. Misant ainsi toutes leurs cartes sur Moscou, la douche froide de l'invasion de la Mandchourie occup&#233;e par l'Arm&#233;e rouge le 9 ao&#251;t 1945 fut le v&#233;ritable coup de gr&#226;ce qui amena les Japonais &#224; la reddition, et non la destruction d'Hiroshima et de Nagasaki qui, pour terrible qu'elle fut, ne provoqua pas autant de victimes ni de destructions que les bombardements classiques d&#233;crits plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s &#233;tasuniennes savaient parfaitement tout cela. Un rapport secret des services sp&#233;ciaux am&#233;ricains (d&#233;couvert en 1988) qui relate les discussions au sein du pouvoir nippon, nous apprend que &#034;les recherches montrent que [au sein du cabinet japonais] il fut peu question de l'usage de la bombe atomique par les &#201;tats-Unis lors des discussions menant &#224; la d&#233;cision d'arr&#234;ter les combats. [sans l'usage de la bombe], les Japonais auraient capitul&#233;s apr&#232;s l'entr&#233;e en guerre de l'URSS&#034; (9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre fait est &#224; mettre en lumi&#232;re avec ce qui pr&#233;c&#232;de. Si les &#201;tats-Unis tenaient tant &#224; pr&#233;cipiter la fin de la guerre et r&#233;pugnaient &#224; employer la Bombe, pourquoi diable dans leur ultimatum adress&#233; aux Japonais le 26 juillet 1945 n'est-il fait nulle part mention du futur statut de l'Empereur en cas de reddition ? Lors de la r&#233;daction de ce document (au cours de la conf&#233;rence inter-alli&#233;s &#224; Potsdam), plusieurs conseillers du pr&#233;sident ont fait remarquer &#224; ce dernier l'importance de cette question : les Japonais &#233;taient pr&#234;ts &#224; se rendre &#224; condition que les &#201;tats-Unis donnent la garantie que l'Empereur, consid&#233;r&#233; comme un demi-dieu, puisse rester sur le tr&#244;ne. Apr&#232;s d&#233;bat, Truman et Byrnes, son bras droit, ont finalement d&#233;cid&#233; en pleine connaissance de cause de ne pas faire mention du statut de l'Empereur dans l'ultimatum... Les Japonais, pour qui la chute de l'Empereur constituait le d&#233;shonneur supr&#234;me, repouss&#232;rent donc sans surprise ce dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le 10 ao&#251;t, lorsque les Japonais offrent officiellement leur reddition tout en demandant que Hiro-Hito et la monarchie soient maintenues, les &#201;tats-Unis accepteront sans sourciller &#224; cette demande. On peut donc se demander pourquoi il ne l'ont pas mentionn&#233; 15 jours plus t&#244;t, ce qui leur aurait permis d'&#233;viter d'utiliser la Bombe et de sacrifier inutilement des centaines de milliers vies humaines. La r&#233;ponse est &#233;vidente, Truman et Cie savaient pertinemment que les Japonais refuseraient l'ultimatum de Potsdam et qu'ils auraient l&#224; l'occasion et la justification &#171; morale &#187; d'employer la bombe atomique. En v&#233;rit&#233;, comme on le verra plus loin, la plus crainte de Truman &#224; cette &#233;poque n'&#233;tait pas d'employer la bombe atomique, mais bien tout au contraire de ne pas avoir le temps ni l'occasion de le faire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut par ailleurs conna&#238;tre certaines de ses d&#233;clarations pour se faire une id&#233;e du personnage tel qu'il fut, loin de cette fable d'un &#171; homme tortur&#233; par une d&#233;cision difficile qui lui a co&#251;t&#233; &#187;. Lorsqu'il apprit le succ&#232;s du bombardement d'Hiroshima, Truman d&#233;clara joyeusement &#224; ses proches : &#171; Les gars, on leur &#224; balanc&#233; un concombre de 20.000 tonnes sur la gueule !&#034; (10). On est loin ici de la phrase &#034;historique&#034;, grave et pes&#233;e que l'on pourrait attendre d'un homme sens&#233; qui a pris un d&#233;cision aussi terrible pour l'humanit&#233;. Peu de temps apr&#232;s, &#224; un journaliste qui lui demande &#034;Quel a &#233;t&#233; votre plus grand remord dans votre vie ? &#034;, Truman r&#233;pondra : &#034;Ne pas m'&#234;tre mari&#233; plus t&#244;t&#034; ! (11) On voit l&#224; combien lui aura &#034;co&#251;t&#233;&#034; son choix.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour conclure...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelles furent donc les v&#233;ritables raisons qui motiv&#232;rent Truman et sa clique ? Plusieurs facteurs entrent en compte (12) et la th&#232;se d'Alperovitz en apporte plusieurs. Mais elle est insuffisante quant &#224; sa conclusion. Pour Alperovitz, les &#233;tasuniens jugeaient que les rapports de forces, &#224; l'heure d'un nouveau partage imp&#233;rialiste du monde, &#233;taient par trop favorables &#224; l'URSS et qu'il fallait stopper &#034;l'expansionnisme&#034; sovi&#233;tique. La possession (et la d&#233;monstration pratique) d'une arme de destruction sans &#233;quivalent &#233;tait donc un atout important aux mains des Etats-Unis non pas pour terminer la Seconde guerre mondiale mais bien pour entrer de plein pieds dans ce qui allait devenir la Guerre froide en menant une politique de &#171; refoulement &#187; de &#171; l'expansionnisme rouge &#187;. C'est effectivement &#224; la conf&#233;rence de Potsdam que les &#233;tasuniens vont commencer &#224; modifier sensiblement leur ligne de conduite par rapport &#224; l'&#171; Oncle Joe &#187; comme la presse am&#233;ricaine appelait Staline. Et c'est justement &#224; ce moment que Truman - qui sait depuis peu que la bombe atomique est op&#233;rationnelle - en r&#233;digeant un ultimatum inacceptable pour les Japonais, d&#233;cidait d'employer la bombe comme un atout strat&#233;gique majeur face &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'explication donn&#233;e par Alperovitz d'une r&#233;action motiv&#233;e par &#171; l' expansionnisme sovi&#233;tique &#187; est plus qu'&#224; nuancer car elle sous-entend une volont&#233; de la part des Sovi&#233;tiques de dominer et d'envahir la plan&#232;te. Ce qui, lorsque l'on conna&#238;t la pratique et la nature du r&#233;gime stalinien, est enti&#232;rement faux. La bureaucratie sovi&#233;tique se contentait en fait de cr&#233;er un glacis strat&#233;gique protecteur autour de ses fronti&#232;res et sabotait par contre toute possibilit&#233; r&#233;volutionnaire en dehors de ce glacis strat&#233;gique g&#233;ographiquement circonscrit - au sein duquel d'ailleurs il s'agissait avant tout de modifier les r&#233;gimes sociaux et politique de mani&#232;re bureaucratique, et non par le biais d'authentiques r&#233;volutions. A la fin de la guerre, les Partis communistes staliniens, aux ordres de Moscou, ont ainsi, en France, en Italie et dans plusieurs pays coloniaux, &#233;touff&#233;s les germes ou la marche en avant de la r&#233;volution. Rappelons &#233;galement que Staline s'opposa avec v&#233;h&#233;mence &#224; la r&#233;volution chinoise de Mao.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La politique dite de refoulement (qui provoquera directement la guerre de Cor&#233;e et du Vietnam) n'est pas une r&#233;plique &#224; une pr&#233;tendue politique d'expansion de Staline, mais bien le signe de la volont&#233; des &#201;tats-Unis de dominer le monde&#034; (13). Le v&#233;ritable expansionnisme &#233;tait &#233;tasunien et non sovi&#233;tique. La bombe atomique (et son usage sur Hiroshima et Nagasaki) &#233;tait une arme politique (et elle ne peut l'&#234;tre vu sa nature), c'&#233;tait une arme au service de l'imp&#233;rialisme &#233;tasunien afin de s'assurer le statut d'une superpuissance mondiale sans partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article publi&#233; dans La Gauche en ao&#251;t 2000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(I) Fr&#233;d&#233;ric Clairmont, &#034;Mani&#232;re de voir&#034; n&#176; 12 du &#034;Monde Diplomatique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Andr&#233; Kaspi, &#034;Fallait-il bombarder Hiroshima ?&#034;, &#034;L 'Histoire&#034; n&#176; 188, mai 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Andr&#233; Kaspi, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) Vincent Jauvert, &#034;Le Nouvel Observateur&#034; 13-19 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) &#034;... les civils japonais n'en pouvaient plus. En l'espace de 5 mois, la 21e escadre de bombardiers avait transform&#233; la vie quotidienne du Japon en une &#226;pre lutte pour simplement survivre (..). Les attaques a&#233;riennes am&#233;ricaines r&#233;p&#233;t&#233;es s'&#233;taient concentr&#233;es sur les quartiers ouvriers (..) huit millions de personnes &#233;taient d&#233;sormais sans abri. &#034; William Craig, &#034;La Chute du Japon&#034;, Ed. Laffont, pages 178-179.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(6) F. Clairmont, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(7) &#201;ric Peter, &#034;La Br&#232;che&#034;, ao&#251;t 1985. I -(8) W. Craig, op. cit, page 65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(9) F. Clairmont, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(10) &#034;La Nueva Espana&#034;, 6 ao&#251;t 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(11) &#034;La Nueva Espana&#034;, 6 'ao&#251;t 1995.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(12) Un de ces facteurs, pas tr&#232;s souvent cit&#233;, est celui du racisme des dirigeants am&#233;ricains envers les Japonais. Il suffit de voir les films de cette &#233;poque (et m&#234;me par apr&#232;s) : les Japonais y sont tous montr&#233;s sous des traits cruels, fanatiques, capables des pires atrocit&#233;s sans sourciller, bref, inhumains. Le pr&#233;sident Roosevelt pensait le plus s&#233;rieusement du monde que la &#034;cruaut&#233;&#034; des Japonais &#233;tait due aux petites dimensions de leur cr&#226;ne ! Enfin, Byrnes, le bras droit du pr&#233;sident Truman, qui lui conseilla ardemment d'utiliser la bombe, &#233;tait un politicien raciste et anti-communiste notoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(13) &#201;ric Peter, op. cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Salut Chartrand</title>
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Michel Chartrand est mort. Certainement l'un des plus grand syndicaliste que le Qu&#233;bec ait connu. Peut-&#234;tre le plus grand. Un homme qui, bien qu'issu de la petite bourgeoisie et ayant flirt&#233; jeune avec des mouvements pas tr&#232;s net, a consacr&#233; sa vie &#224; la cause ouvri&#232;re, &#224; la justice sociale et au socialisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chartrand qui sympathisait avec les r&#233;fugi&#233;s anarcho-syndicalistes espagnols dans les ann&#233;es 1960 et 1970. Chartrand (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;p&gt;Un ''Salut Chartrand'' de l'UCL Qu&#233;bec&lt;/p&gt;
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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Du site de l'UCL Qu&#233;bec&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Chartrand est mort. Certainement l'un des plus grand syndicaliste que le Qu&#233;bec ait connu. Peut-&#234;tre le plus grand. Un homme qui, bien qu'issu de la petite bourgeoisie et ayant flirt&#233; jeune avec des mouvements pas tr&#232;s net, a consacr&#233; sa vie &#224; la cause ouvri&#232;re, &#224; la justice sociale et au socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chartrand qui sympathisait avec les r&#233;fugi&#233;s anarcho-syndicalistes espagnols dans les ann&#233;es 1960 et 1970. Chartrand qui invitait Augustin Souchy (d&#233;l&#233;gu&#233; par la CNT et l'AIT) &#224; prendre la parole lors d'un congr&#232;s du Conseil central de Montr&#233;al de la CSN. Chartrand dont on a dit de lui que c'&#233;tait un anarchiste alors que c'&#233;tait tout simplement un homme libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chartrand n'a m&#233;pris&#233; aucun terrain de lutte (m&#234;me le terrain &#233;lectoral... ce qui en ferait un bien dr&#244;le d'anar !). Jamais du c&#244;t&#233; des oppresseurs, toujours avec les opprim&#233;-e-s... jusqu'en prison s'il le fallait. Chartrand profond&#233;ment internationaliste, bien que tout aussi profond&#233;ment ind&#233;pendantiste (mais jamais p&#233;quiste). Chartrand pro-f&#233;ministe et don juan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chartrand bourr&#233; de contradictions, bourru et ha&#239;ssable mais Chartrand int&#232;gre, incorruptible et irrempla&#231;able. Chartrand qui va nous manquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chartrand que les hommages d&#233;goulinant et de mauvaise foi de la presse et des bureaucrates peureux &#233;c&#339;urerait sans doute. Chartrand pour qui le plus bel hommage serait une bonne vieille gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour faire tomber ce gouvernement pourri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut Chartrand. La lutte continue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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