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		<title>Partenariat social et ind&#233;pendance de classe dans le mouvement ouvrier post-sovi&#233;tique</title>
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		<dc:creator>David Mandel</dc:creator>


		<dc:subject>Mouvement ouvrier</dc:subject>

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&lt;p&gt;D'un point de vue de gauche l'histoire du mouvement ouvrier peut &#234;tre regard&#233;e comme une longue et laborieuse lutte de la classe ouvri&#232;re (1) pour son autod&#233;termination, dont l'expression finale serait le remplacement du capitalisme par une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e sans exploitation, c'est-&#224;-dire par le socialisme. Cette lutte a &#233;t&#233; men&#233;e contre la bourgeoisie et l'&#201;tat capitaliste mais encore plus contre les courants id&#233;ologiques au sein du mouvement ouvrier, qui ont accept&#233;, de mani&#232;re explicite (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D'un point de vue de gauche l'histoire du mouvement ouvrier peut &#234;tre regard&#233;e comme une longue et laborieuse lutte de la classe ouvri&#232;re (1) pour son autod&#233;termination, dont l'expression finale serait le remplacement du capitalisme par une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e sans exploitation, c'est-&#224;-dire par le socialisme. Cette lutte a &#233;t&#233; men&#233;e contre la bourgeoisie et l'&#201;tat capitaliste mais encore plus contre les courants id&#233;ologiques au sein du mouvement ouvrier, qui ont accept&#233;, de mani&#232;re explicite ou implicite, le capitalisme comme in&#233;vitable ou du moins comme pr&#233;f&#233;rable &#224; n'importe quelle alternative r&#233;elle, et qui rejettent l'id&#233;e que le travail et le capital s'opposent du fait de leurs int&#233;r&#234;ts contradictoires. Au niveau politique, le socialisme r&#233;volutionnaire a lutt&#233; contre le r&#233;formisme de diverses sortes pour conqu&#233;rir le soutien des travailleurs, alors que dans le mouvement syndical les partisans du &#171; syndicalisme de combat &#187; ont combattu les d&#233;fenseurs du &#171; partenariat social &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'orientation id&#233;ologique ou strat&#233;gique, &#171; l'ind&#233;pendance de classe &#187; est fond&#233;e sur une analyse des int&#233;r&#234;ts respectifs du travail et du capital, du travail et de l'&#201;tat, comme fondamentalement antagonistes. Les rapports du travail avec le capital et avec l'&#201;tat sont donc d&#233;termin&#233;s en derni&#232;re instance par les rapports de forces plut&#244;t que par quelques int&#233;r&#234;ts communs. Il s'ensuit que la strat&#233;gie du mouvement ouvrier en d&#233;fendant et favorisant les int&#233;r&#234;ts des travailleurs devrait accorder la priorit&#233; &#224; la modification du rapport des forces en faveur de ces derniers. Et bien que de nombreux facteurs peuvent contribuer au renforcement du mouvement ouvrier, sa principale ressource est la solidarit&#233; des ouvriers du rang, leur engagement actif en faveur de leurs buts communs et leur confiance dans leur capacit&#233; collective de parvenir &#224; des modifications progressistes de leur conditions d'emploi et de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, le &#171; partenariat social &#187;, bien qu'il prenne des formes et des degr&#233;s divers, est une strat&#233;gie fond&#233;e en derni&#232;re instance sur l'id&#233;e que le travail et le capital ont un int&#233;r&#234;t commun, essentiel, dans le succ&#232;s de l'entreprise donn&#233;e et de l'&#233;conomie nationale dans son ensemble. Et sous le capitalisme le succ&#232;s signifie toujours plus de profit, car sans lui il n'y a pas d'emploi, pas de salaires et pas de prestations. En cons&#233;quence tout conflit s&#233;rieux qui pourrait surgir entre le travail et le capital tend a &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme d&#233;coulant d'un d&#233;faut de la communication ou du refus d'une des parties de comprendre son propre int&#233;r&#234;t &#224; long terme. Les n&#233;gociations prennent donc la forme du &#171; dialogue social &#187;, plut&#244;t que celle de l'affrontement, et la force (du moins de la part des travailleurs), si elle n'est pas exclue, est rel&#233;gu&#233;e &#224; un r&#244;le essentiellement symbolique. Il faut noter que cette image harmonieuse des rapports capital-travail, souvent accompagn&#233;e de sch&#233;mas de la &#171; participation &#187;, a longtemps fait partie de l'arsenal des employeurs et des gouvernements (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, sans doute bien plus que jamais depuis l'apparition du mouvement ouvrier organis&#233; et massif au cours du dernier quart du XIXe si&#232;cle, le &#171; partenariat social &#187; domine dans pratiquement tous les pays (3). C'est &#224; la fois une cons&#233;quence et une cause de la modification importante du rapport des forces entre les classes au d&#233;triment du travail, qui a commenc&#233; au cours des ann&#233;es 1970 dans les pays capitalistes et &#224; la fin des ann&#233;es 1980 au sein de l'ex-monde communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux d'embl&#233;e indiquer mon propre point de vue : le &#171; partenariat social &#187; est au mieux un cas de la confusion des d&#233;sirs et de la r&#233;alit&#233;, ayant peu de rapports avec la r&#233;alit&#233; capitaliste dans sa version n&#233;olib&#233;rale actuelle ; au pire, c'est un sympt&#244;me de la corruption des directions syndicales. Le plus souvent, c'est une combinaison des deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si les pr&#233;mices qui fondent le &#171; partenariat social &#187; ne correspondent pas &#224; la r&#233;alit&#233;, en tant qu'id&#233;ologie il a des fortes racines dans cette r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire dans la tr&#232;s r&#233;elle d&#233;pendance du travail envers le capital. Et en g&#233;n&#233;ral la puissance du &#171; partenariat social &#187; au sein du mouvement ouvrier varie inversement &#224; la d&#233;pendance du travail envers le capital. En d'autres termes, cette id&#233;ologie est plus puissante lorsque le travail est affaibli et vice versa. En m&#234;me temps, le &#171; partenariat social &#187; contribue &#224; affaiblir le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article examine bri&#232;vement le r&#244;le du &#171; partenariat social &#187; dans les d&#233;faites du mouvement ouvrier apr&#232;s l'effondrement des r&#233;gimes appel&#233;s communistes en Russie, en Ukraine et en Bi&#233;lorussie (dite &#233;galement Belarus), les trois pays les plus industrialis&#233;s, majoritairement slaves, de l'ex-Union sovi&#233;tique. Son impact a &#233;t&#233; un peu diff&#233;rent dans chacun des trois pays, mais dans chaque cas il a contribu&#233; de mani&#232;re significative au dramatique recul subi par les travailleurs, qui ont vu leur &#233;pargne &#233;limin&#233;e, leurs salaires r&#233;els r&#233;duits de plus des deux tiers (4) et la d&#233;mocratie promise bris&#233;e - si par d&#233;mocratie on comprend un &#201;tat fond&#233; sur la loi qui autorise la libre concurrence des int&#233;r&#234;ts sociaux pour influencer la politique gouvernementale (5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pr&#233;tends pas qu'une strat&#233;gie diff&#233;rente aurait n&#233;cessairement permis aux travailleurs de sortir victorieux de la chute de la dictature bureaucratique. Les circonstances objectives, d&#233;crites ci-dessous, ne favorisaient pas le travail. Mais, au moins, ses pertes auraient certainement pu &#234;tre fortement r&#233;duites. Le fait est, que les syndicats n'ont m&#234;me pas employ&#233; les ressources r&#233;duites dont ils disposaient pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de leurs membres. Il y a bien s&#251;r eu quelques exceptions, mais elles furent trop peu nombreuses et trop isol&#233;es pour affecter les r&#233;sultats globaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Circonstances objectives d&#233;favorables&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction entre les conditions &#171; objectives &#187; et &#171; subjectives &#187; est au mieux relative, mais elle est n&#233;anmoins utile pour pr&#233;senter le contexte dans lequel les syndicats post-sovi&#233;tiques ont op&#233;r&#233;. Les facteurs &#171; objectifs &#187; sont ceux, sur lesquels les syndicat n'avaient pas d'influence imm&#233;diate ou ne pouvaient avoir que fort peu d'influence ; tandis que les facteurs &#171; subjectifs &#187; sont ceux que les syndicats peuvent influencer, pour l'essentiel du fait de leurs choix strat&#233;giques et tactiques et de la qualit&#233; de leurs directions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des facteurs &#171; objectifs &#187; a &#233;t&#233;, et demeure, l'h&#233;ritage de plus d'un demi-si&#232;cle de domination totalitaire, au cours duquel les travailleurs ne pouvaient pas s'organiser de mani&#232;re ind&#233;pendante. La lib&#233;ralisation gorbatchevienne a chang&#233; cela, mais cette p&#233;riode a &#233;t&#233; trop courte pour que la majorit&#233; des travailleurs puisse acqu&#233;rir l'exp&#233;rience de l'organisation et de l'activit&#233; ind&#233;pendantes. De plus cette ouverture politique fut octroy&#233;e &#171; par en haut &#187; et non arrach&#233;e dans la lutte. Se r&#233;f&#233;rant &#224; l'&#232;re sovi&#233;tique, le pr&#233;sident du syndicat minoritaire de l'usine automobile Volga (fabriquant des Ladas) a observ&#233; qu'il &#171; n'y avait pas de classe ouvri&#232;re ; seulement des individus isol&#233;s dans une situation similaire &#187;. La premi&#232;re r&#233;union des travailleurs qui n'a pas &#233;t&#233; convoqu&#233;e et ne fut pas dirig&#233;e par les dirigeants de l'usine ou du parti a eu lieu en septembre 1989 pour discuter de la gr&#232;ve, la premi&#232;re action collective organis&#233;e dans l'histoire de cette entreprise de plus de 100 000 salari&#233;s. De m&#234;me, seulement deux ann&#233;es et demi s&#233;parent la gr&#232;ve des mineurs de juillet 1989 (6), la premi&#232;re grande entr&#233;e des travailleurs sur la sc&#232;ne publique, de l'effondrement du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E.P. Thompson a &#233;crit que la classe ouvri&#232;re &#171; se fait elle-m&#234;me &#187; autant qu'elle est form&#233;e par les circonstances (7). Mais les travailleurs sovi&#233;tiques ont eu peu de temps pour &#171; se faire &#187; avant de faire face &#224; une attaque massive du nouvel &#201;tat &#171; d&#233;mocratique &#187; qu'ils venaient tout juste d'aider &#224; constituer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie et en Ukraine cette attaque a pris la forme de la &#171; th&#233;rapie de choc &#187; (8). Cette politique, dont l'&#233;l&#233;ment principal &#233;tait la rapidit&#233; de son ex&#233;cution, a &#233;t&#233; con&#231;ue par le G-7 et activement promue par le FMI (9). La rapidit&#233; &#233;tait une n&#233;cessit&#233; politique pour exploiter &#171; la fen&#234;tre d'opportunit&#233; &#187; pr&#233;sent&#233;e par le manque d'exp&#233;rience et par la cr&#233;dulit&#233; populaires, qui permettait de miner le potentiel de la r&#233;sistance et de cr&#233;er une situation de non-retour en imposant une forme de capitalisme adapt&#233;e aux int&#233;r&#234;ts occidentaux. Pratiquement en une nuit le gouvernement a mis fin &#224; des d&#233;cennies de s&#233;curit&#233; &#233;conomique des travailleurs qui, en d&#233;pit d'un niveau de vie modeste, avaient appr&#233;ci&#233; le plein emploi ainsi que la fourniture gratuite ou subventionn&#233;e des logements, des soins de sant&#233;, de l'&#233;ducation, des services culturels et de loisirs et des biens de consommation de base. En peu de mois la structure m&#234;me de la vie &#233;conomique et les valeurs fondamentales de la soci&#233;t&#233; ont &#233;t&#233; transform&#233;es. L'ins&#233;curit&#233; profonde qui en a r&#233;sult&#233; est devenue un obstacle majeur &#224; la r&#233;sistance collective, car la plupart des travailleurs ont &#233;t&#233; pris par la lutte individuelle pour la survie, tentant de s'adapter aux conditions nouvelles plut&#244;t que d'essayer de les changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte international &#233;tait lui aussi d&#233;favorable. Presque partout le travail reculait (c'est toujours le cas) devant l'offensive du capital. Les pays dits ex-communistes, et m&#234;me ceux encore sous r&#233;gimes dits communistes (&#224; l'exception de Cuba et de la Cor&#233;e du Nord), &#233;taient engag&#233;s dans la restauration du capitalisme. Il n'y avait nulle part (&#224; l'exception du Br&#233;sil et de l'Afrique du Sud, mais pas pour longtemps) de mouvement ouvrier puissant avan&#231;ant sous le drapeau du socialisme. M&#234;me le d&#233;veloppement du capitalisme orient&#233; vers le march&#233; int&#233;rieur (&#171; national &#187;) a &#233;t&#233; pratiquement mis hors-jeu, en tant qu'option politique, par le &#171; Consensus de Washington &#187; triomphant et la &#171; mondialisation &#187; n&#233;olib&#233;rale. Dans ces circonstances lorsque les id&#233;ologues du &#171; march&#233; libre &#187;, qui dominaient d&#233;j&#224; les m&#233;dias sovi&#233;tiques au cours des derni&#232;res ann&#233;es, ont dit aux travailleurs - qui &#233;taient persuad&#233;s d'avoir d&#233;j&#224; exp&#233;riment&#233; le socialisme - que le capitalisme du &#171; march&#233; libre &#187; est le seul syst&#232;me social &#171; normal &#187;, cela pouvait leur sembler raisonnable. Apr&#232;s tout, ils n'avaient aucune connaissance r&#233;aliste du capitalisme - autre h&#233;ritage du syst&#232;me totalitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier sovi&#233;tique naissant a jou&#233; un r&#244;le important, peut-&#234;tre m&#234;me d&#233;cisif, en &#233;branlant les fondations du syst&#232;me sovi&#233;tique, qui s'est av&#233;r&#233; remarquablement fragile sous sa superstructure totalitaire impressionnante. Mais il n'a pas r&#233;ussi &#224; construire son ind&#233;pendance organisationnelle et id&#233;ologique, qui lui auraient permis d'influencer le cours des &#233;v&#233;nements qui a suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Russie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crasante majorit&#233; des travailleurs syndiqu&#233;s en Russie le sont au sein de la F&#233;d&#233;ration des syndicats ind&#233;pendants de Russie (FNPR), le successeur russe de la F&#233;d&#233;ration de l'&#232;re sovi&#233;tique. En novembre 2001 la FNPR annon&#231;ait qu'elle syndiquait 54 % de la force de travail salari&#233;e, soit un fort taux de syndicalisation, m&#234;me s'il est inf&#233;rieur aux 70 % revendiqu&#233;s en 1991 (10). Presque tous les syndicats qui la constituent sont &#233;galement des h&#233;ritiers des structures de la p&#233;riode sovi&#233;tique. Il n'y a pratiquement pas de syndicats dans les entreprises priv&#233;es qui n'aient pas &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s sur la base des anciennes usines &#233;tatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La FNPR et ses syndicats sont fortement attach&#233;s au &#171; partenariat social &#187;. En d&#233;pit de la transformation profonde du syst&#232;me socio-&#233;conomique et de la privatisation de la majeure partie de l'&#233;conomie, ils continuent en pratique &#224; agir en tant que service du personnel, secondaire, soumis au patron. Ils poursuivent &#233;galement la pratique sovi&#233;tique de l'int&#233;gration en leur sein du personnel de direction, y compris parfois le directeur g&#233;n&#233;ral de l'entreprise. Et il n'est toujours pas inhabituel de voir les pr&#233;sidents des syndicats locaux prendre les postes de direction, en g&#233;n&#233;ral en tant que directeur adjoint charg&#233; du personnel. La principale diff&#233;rence c'est que, par le pass&#233;e, la subordination du syndicat &#224; la direction &#233;tait justifi&#233;e au nom de la nature &#171; socialiste &#187;, non antagoniste de la soci&#233;t&#233;, alors qu'aujourd'hui les dirigeants syndicaux parlent du &#171; partenariat social &#187;. Ils soulignent &#233;galement la situation fragile de la majorit&#233; des secteurs industriels. Cela, selon eux, impose de faire &#171; preuve de compr&#233;hension &#187;, c'est-&#224;-dire de faire des concessions aux patrons. Les ouvriers et les patrons - l'argument suit - sont sur le m&#234;me bateau et doivent ramer ensemble pour sauver l'entreprise et les emplois. Le souci des dirigeants syndicaux de pr&#233;server les bonnes relations avec les patrons est si grand que la majorit&#233; d'entre eux refusent de poursuivre devant les tribunaux les directions qui ne transf&#232;rent pas aux syndicats les cotisations syndicales d&#233;duites automatiquement des salaires ouvriers - une pratique patronale r&#233;pandue au cours de la seconde moiti&#233; de la d&#233;cennie 1990 - bien que de telles poursuites se soient r&#233;v&#233;l&#233;es efficaces dans les rares cas o&#249; les syndicats les ont pratiqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'exp&#233;rience de la premi&#232;re d&#233;cennie post-sovi&#233;tique a montr&#233; tr&#232;s clairement que les directions des entreprises &#233;taient bien plus int&#233;ress&#233;es par leur propre enrichissement, en d&#233;pouillant les entreprises de leurs capitaux, que par les tentatives de les redresser et de pr&#233;server les emplois, une t&#226;che p&#233;nible et intr&#233;pide dans ces circonstances. Cette orientation n'a pas &#233;t&#233; sensiblement modifi&#233;e depuis que les &#171; oligarques &#187;, &#224; la t&#234;te des conglom&#233;rats bancaires et de mati&#232;res premi&#232;res, ont commenc&#233; &#224; acheter les entreprises manufacturi&#232;res &#224; la fin des ann&#233;es 1990 : l'investissement en dehors du secteur des mati&#232;res premi&#232;res a &#233;t&#233; minimal, m&#234;me si le pillage des usines soit devenu un peu plus ordonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a eu que peu de r&#233;ponses des syndicats &#224; l'attaque globale contre le niveau de vie et les droits des travailleurs, men&#233;e par l'&#201;tat et le patronat, qui a commenc&#233; par le lancement de la &#171; th&#233;rapie de choc &#187; en 1992 et qui se poursuit toujours, malgr&#233; le retour &#224; la croissance apr&#232;s le krach financier de 1998. Ainsi, dans l'esprit du &#171; partenariat &#187;, le pr&#233;sident du syndicat de la fabrique de tracteurs de St-P&#233;tersbourg racontait : &#171; Nous nous rencontrons avec le vice-directeur financier et le chef du bureau de planification chaque semaine et nous demandons : &#8220;Y a-t-il une possibilit&#233; d'indexer les salaires ou de les augmenter ?&#8221; Le besoin de faire pression ne surgit pas. Si la possibilit&#233; existe, la direction le fait [augmente les salaires] d'elle-m&#234;me &#187; (11). Une analyse du rapport des forces n'a aucune place dans la pens&#233;e strat&#233;gique des dirigeants syndicaux. Et comme la pression est d&#233;clar&#233;e inutile, ils n'attachent que peu d'importance &#224; informer, &#233;duquer, mobiliser leurs membres, &#224; promouvoir la d&#233;mocratie syndicale ou la participation de la base. En effet, de telles activit&#233;s, en r&#233;veillant les travailleurs, pourraient mettre en danger les relations harmonieuses syndicat-patronat. Les dirigeants syndicaux se pr&#233;sentent de mani&#232;re significative comme &#171; servant de tampons &#187; ou &#171; interm&#233;diaires &#187; (12) entre les travailleurs et le patronat, rarement en tant que repr&#233;sentants ou dirigeants des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance, lorsqu'elle s'est produite, a &#233;t&#233; compl&#232;tement isol&#233;e au niveau de l'usine et parfois m&#234;me de l'atelier. Ces luttes re&#231;oivent peu de soutien des syndicats nationaux, de leur branche comme des f&#233;d&#233;rations r&#233;gionales ou nationales. Pour &#234;tre juste, les directions nationales manquent de moyens pour apporter une aide importante, car elles ne re&#231;oivent qu'une tr&#232;s faible part des cotisations collect&#233;es, parfois seulement 2 %. Mais elles apportent rarement m&#234;me un soutien symbolique aux luttes, car le conflit est consid&#233;r&#233; comme nocif ou, au mieux, malheureux et inutile. En r&#233;alit&#233;, malgr&#233; les plaintes constantes des dirigeants nationaux, leur part minuscule des cotisations collect&#233;es est une cons&#233;quence directe de l'orientation de leurs syndicats en faveur du &#171; partenariat &#187;. Car si les travailleurs sont solidaires de leurs patrons, ils ne seront pas solidaires de leurs camarades travailleurs des autres entreprises, avec lesquels leur propre entreprise pourrait &#234;tre en concurrence. La dispersion des ressources au sein des syndicats locaux en Russie est le reflet du niveau insondable de la solidarit&#233; : les dirigeants syndicaux des usines refusent de mettre en commun les cotisations de leurs membres avec celles des autres entreprises pour renforcer l'organisation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les luttes isol&#233;es peuvent au mieux obtenir des victoires partielles et provisoires lorsque les travailleurs font face &#224; une offensive men&#233;e par l'&#201;tat et lorsque leur industrie est en crise. Des strat&#233;gies nationales seraient bien &#233;videmment n&#233;cessaires. Mais &#224; ce niveau aussi le &#171; partenariat &#187; r&#232;gne en ma&#238;tre. La pens&#233;e magique a atteint un niveau record en 1997 lorsque quatre syndicats de la m&#233;tallurgie ont essay&#233; d'organiser leurs directeurs d'usine (du fait de la dispersion de la propri&#233;t&#233; &#224; ce moment les directeurs exer&#231;aient de facto le pouvoir des propri&#233;taires) au sein d'une association patronale dans l'espoir de pouvoir n&#233;gocier un accord sectoriel qui serait obligatoire pour les employeurs. En d&#233;pit de l'absolue futilit&#233; de ces efforts - au demeurant substantiels - les dirigeants syndicaux n'ont toujours pas abandonn&#233; l'espoir : &#171; Je voudrais travailler avec un syndicat patronal fort &#187; a soupir&#233; le vice-pr&#233;sident du syndicat de l'automobile et des machines agricoles (13). Mais en m&#234;me temps ils n'ont m&#234;me pas imagin&#233; qu'ils pourraient organiser les travailleurs dans leurs syndicats affili&#233;s pour forcer les employeurs &#224; signer un accord national significatif servant de mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, au niveau politique la FNPR a &#233;tabli une s&#233;rie d'alliances &#233;lectorales avec les associations de directeurs d'entreprises. Ces alliances n'ont pas attir&#233; les votes. Alors, en 2000, l'aile politique de la f&#233;d&#233;ration a rejoint le parti &#171; Russie unie &#187;, r&#233;cemment form&#233;, dont le programme se limite &#224; soutenir le pr&#233;sident Poutine. Ainsi, au niveau politique &#233;galement, les syndicats ont restaur&#233; les vieilles pratiques sous une forme r&#233;nov&#233;e : un fois de plus ils se retrouvent sous l'aile paternelle de l'&#201;tat. Les protestations organis&#233;es par la FNPR sont devenues rares. Apr&#232;s tout, en tant que partenaire de la coalition gouvernementale, la f&#233;d&#233;ration protesterait contre elle-m&#234;me. En f&#233;vrier 2005 &#171; Russie unie &#187; n'a-t-elle pas organis&#233; une manifestation de soutien au gouvernement en tant que contrepoids aux manifestations populaires contre les restrictions des d&#233;penses sociales ? (14)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats dits &#171; alternatifs &#187;, qui sont apparus &#224; la fin de la p&#233;riode sovi&#233;tique et au cours des ann&#233;es suivantes, constituent la principale exception &#224; l'orientation dominante. Au d&#233;but ils ont limit&#233; leur ind&#233;pendance aux rapports avec les patrons. Politiquement ils soutenaient Eltsine. Cela a chang&#233; autour de 1998, lorsque ces syndicats ont &#233;volu&#233; vers des positions social-d&#233;mocrates en opposition &#224; la politique n&#233;olib&#233;rale et antid&#233;mocratique du gouvernement. Cependant, dans l'ensemble les syndicats &#171; alternatifs &#187; sont faibles, ne regroupant pas plus de 3 % de la force de travail organis&#233;e. Leur survie seule constitue un exploit important face au harc&#232;lement et &#224; la r&#233;pression constante que le patronat, souvent soutenu par les affili&#233;s locaux de la FNPR, leur impose. Ils doivent &#233;galement traiter avec une justice corrompue qui leur est hostile et avec le nouveau code du travail, adopt&#233; en 2002 avec le soutien de la FNPR, qui a priv&#233; les syndicats minoritaires et les travailleurs de beaucoup de leurs droits ant&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ukraine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A beaucoup d'&#233;gards la sc&#232;ne ukrainienne du monde du travail rappelle celle de la Russie. O. Stoyan, le chef de la F&#233;d&#233;ration ukrainienne des syndicats (FPU) jusqu'en fin 2004, &#233;tait un ancien conseiller du premier pr&#233;sident de l'Ukraine et il a fait de son mieux pour emp&#234;cher les protestations ouvri&#232;res dirig&#233;es contre le gouvernement ou pour les miner. A l'occasion de son cinquanti&#232;me anniversaire, le gouvernement lui a d&#233;cern&#233; une m&#233;daille &#171; pour services rendus &#187;. En expliquant son refus de s'opposer au gouvernement, Stoyan ne cachait pas que son souci premier concernait l'exploitation des biens immobiliers syndicaux, qui risquaient autrement d'&#234;tre mis en danger (15). Comme dans le cas de la FNPR, ces possessions sont substantielles et la direction de la f&#233;d&#233;ration &#233;vite soigneusement de rendre compte de leur gestion aux organisations syndicales affili&#233;es, pour ne rien dire des syndiqu&#233;s de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu, cependant, une diff&#233;rence importante avec la Russie : le Syndicat des travailleurs de l'industrie automobile et des machines agricoles, cr&#233;&#233; en 1991 sur la base des syndicats locaux et r&#233;gionaux pr&#233;existants, qui avaient &#233;t&#233; autrefois directement affili&#233;s &#224; la direction nationale situ&#233;e &#224; Moscou. Ce syndicat a &#233;lu un pr&#233;sident, Vladimir Zlenko, qui &#233;tait attach&#233; &#224; une orientation visant &#224; d&#233;velopper &#171; l'ind&#233;pendance de classe &#187;. C'&#233;tait &#233;galement un socialiste convaincu (non stalinien, c'est-&#224;-dire un socialiste d&#233;mocratique), un autre ph&#233;nom&#232;ne rare sur la sc&#232;ne post-sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zlenko a fourni un soutien actif &#224; toutes les luttes locales men&#233;es par son syndicat et les a mises en valeur en tant qu'exemples &#224; suivre. Il a pouss&#233; du coude, cajol&#233; et fait pression sur son comit&#233; central - constitu&#233; pour l'essentiel des pr&#233;sidents r&#233;gionaux - pour amender le statut du syndicat afin d'emp&#234;cher l'adh&#233;sion des dirigeants des entreprises. Il a finalement r&#233;ussi &#224; l'obtenir en 1998, bien que l'application pratique de cet amendement au statut soit une autre paire de manches. Il a &#233;galement r&#233;ussi &#224; faire adopter un amendement assurant une plus grande repr&#233;sentation des adh&#233;rents de base dans les conf&#233;rences, les congr&#232;s et les conseils syndicaux. Il a tent&#233;, et n'a pas r&#233;ussi, d'organiser une opposition &#224; Stoyan au sein de la FPU et il a convaincu son propre syndicat de soutenir le Parti socialiste, qui, &#224; l'&#233;poque, &#233;tait un parti social-d&#233;mocrate de gauche oppos&#233; au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zlenko a obtenu un certain appui actif des dirigeants locaux et r&#233;gionaux, en particulier dans la r&#233;gion de Kharkyv (en russe Kharkov). Mais cela ne fut pas suffisant pour &#233;loigner la majorit&#233; des syndicats locaux du &#171; partenariat &#187;. Se rendant compte de cela, il a essay&#233; de suivre une strat&#233;gie fond&#233;e sur le d&#233;veloppement de la pression &#171; d'en bas &#187; sur les dirigeants conservateurs &#171; conciliateurs &#187;. Pour atteindre les adh&#233;rents, il a publi&#233; un journal national mensuel et a favoris&#233; la formation syndicale de la base. Mais sa capacit&#233; d'action a &#233;t&#233; limit&#233;e par le refus des dirigeants locaux de reverser &#224; l'organisation nationale plus de 5 % des cotisations syndicales collect&#233;es. Si c'&#233;tait plus du double de ce que recevait l'organisation parall&#232;le en Russie, c'&#233;tait loin de couvrir les besoins. De plus le secteur &#233;conomique au sein duquel agissait le syndicat a &#233;t&#233; d&#233;truit bien plus rapidement qu'en Russie : le nombre d'emplois fut r&#233;duit de pr&#232;s des trois quarts entre 1991 et 2003 et parmi les 129 000 salari&#233;s restants, beaucoup ne disposaient pas d'un emploi &#224; plein temps ou recevaient des salaires irr&#233;guli&#232;rement (16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#226;ge de 60 ans, apr&#232;s deux mandats, Zlenko a laiss&#233; la pr&#233;sidence &#224; son vice-pr&#233;sident de longue date, croyant qu'il laissait son syndicat dans de bonnes mains. Las, ce dernier n'a pas tard&#233; &#224; faire entrer le syndicat dans le moule du &#171; partenariat &#187;, rencontrant peu de r&#233;sistance s&#233;rieuse en son sein. Zlenko n'a cependant pas renonc&#233; au combat. Il a aid&#233; &#224; fonder l'&#201;cole pour la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, qui offre aux syndicalistes de base une formation impr&#233;gn&#233;e de &#171; l'ind&#233;pendance de classe &#187;. Sous sa direction l'&#233;cole a d&#233;velopp&#233; des relations de travail avec plusieurs syndicats importants, dont ceux des industries automobile, de la d&#233;fense, &#233;lectronique et textile. Cela aussi constitue une diff&#233;rence avec la Russie, o&#249; une &#233;cole similaire a &#233;chou&#233; &#224; susciter l'int&#233;r&#234;t des syndicats affili&#233;s &#224; la FNPR et ne travaille qu'avec les syndicats &#171; alternatifs &#187; (ces derniers sont, en Ukraine, encore plus faibles qu'en Russie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bi&#233;lorussie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Bi&#233;lorussie, le plus petit des trois pays, la question de &#171; l'ind&#233;pendance de classe &#187; s'est pos&#233;e de mani&#232;re originale. Les deux plus grands syndicats industriels - celui des travailleurs de l'industrie automobile et des machines agricoles et celui de la radio-&#233;lectronique - sont entr&#233;s dans l'&#232;re post-sovi&#233;tique avec un potentiel plus grand. La majorit&#233; de leurs membres a pris part &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale spontan&#233;e, qui a dur&#233; pr&#232;s d'un mois en avril 1991 et qui a &#233;branl&#233; les directions syndicales autant que l'establishment politique local et central. En cons&#233;quence, les syndicalistes de base furent plus actifs et il y avait donc une force significative pour en finir avec la tradition de soumission. Une autre circonstance favorable fut la grande concentration des adh&#233;rents syndicaux dans les grandes usines de la capitale et de sa r&#233;gion. Et alors que le secteur radio-&#233;lectronique, qui produisait surtout pour l'arm&#233;e sovi&#233;tique, perdait plus tard la majorit&#233; de ses postes de travail, l'emploi dans les secteurs automobile et de machines agricoles n'a &#233;t&#233; r&#233;duit que de 20 % entre 1991 et 2002 (pour atteindre environs 150 000 salari&#233;s), une baisse bien moins importante qu'en Russie ou en Ukraine. Cela &#233;tait largement d&#251; au rejet de la &#171; th&#233;rapie de choc &#187; par le gouvernement, un choix (unique parmi les r&#233;gimes post-sovi&#233;tiques) dans l'adoption duquel les syndicats avaient jou&#233; initialement un r&#244;le. M&#234;me aujourd'hui l'industrie n'a pas subi la privatisation sur une grande &#233;chelle et l'&#201;tat conduit une politique industrielle active (17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1991 les deux syndicats ont &#233;lu leurs dirigeants nationaux et les deux furent des partisans de &#171; l'ind&#233;pendance de classe &#187;. Ce fut particuli&#232;rement &#233;vident au niveau politique. En 1993 ils ont fond&#233; le Parti bi&#233;lorusse du travail avec une orientation social-d&#233;mocrate et, en 1996, lorsque le pr&#233;sident Lukachenko, &#224; la suite d'un r&#233;f&#233;rendum, a ill&#233;galement modifi&#233; la Constitution pour renforcer son pouvoir aux d&#233;pens du Parlement, r&#233;duit &#224; &#234;tre un outil ob&#233;issant, les deux syndicats ont adopt&#233; des positions clairement oppositionnelles. Sous leur influence, la F&#233;d&#233;ration bi&#233;lorusse des syndicats s'est &#233;galement par la suite alli&#233;e &#224; l'opposition et, lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2001, son pr&#233;sident, V. Goncharik, s'est pr&#233;sent&#233; sans succ&#232;s contre Lukachenko en tant que candidat de l'opposition d&#233;mocratique unifi&#233;e (18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le patronat cependant, la politique des syndicats fut moins claire. La gr&#232;ve d'avril 1991 avait permis l'&#233;lection de nouveaux comit&#233;s syndicaux dans une minorit&#233; d'entreprises seulement. Dans la majorit&#233; d'entre elles la pression &#171; d'en bas &#187; n'a pas &#233;t&#233; suffisante pour &#233;carter les anciens dirigeants adeptes du &#171; partenariat social &#187;. Dans certaines de ces entreprises, des syndicats alternatifs, minoritaires, ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s. La direction nationale avait maintenu des liens informels avec ces syndicats et, au moins au d&#233;but, a soutenu les forces locales favorables &#224; l'ind&#233;pendance syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais par la suite les dirigeants nationaux ont fait la paix - dans la pratique et de mani&#232;re non officielle - avec les syndicalistes serviles des entreprises. Ceci s'est produit alors qu'ils concentraient leur &#233;nergie sur la lutte politique. Comme le gouvernement continuait &#224; d&#233;terminer pour une large part la politique salariale, les entreprises restant en grande majorit&#233; propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat, une telle orientation &#233;tait fond&#233;e. Mais le probl&#232;me, c'est que cela a conduit les dirigeants nationaux des syndicats &#224; composer avec la persistance du &#171; partenariat social &#187; dans les entreprises. En &#233;change de la tol&#233;rance pour leur servilit&#233; envers les patrons, les dirigeants syndicaux des entreprises ont soutenu les campagnes politiques de leurs dirigeants nationaux et on vot&#233; en leur faveur au Conseil central. Mais quand il a fallu mobiliser la base pour ces campagnes, ces chefs locaux se sont abstenus ou se sont limit&#233;s &#224; des gestes symboliques, car le patronat le leur a demand&#233;, sous la pression du gouvernement. Les seuls syndicats locaux qui ont mobilis&#233; r&#233;ellement furent ceux qui ont rompu avec le &#171; partenariat &#187; et ils ont r&#233;guli&#232;rement mobilis&#233; massivement leurs base en d&#233;pit de l'intimidation exerc&#233;e par le patronat et les autorit&#233;s politiques. Mais de tels syndicaux locaux neconstituaient qu'une minorit&#233;. En cons&#233;quence la direction nationale s'est av&#233;r&#233;e incapable de construire un rapport de forces suffisant contre le gouvernement. Et avec le temps, le soutien actif de la base aux actions politiques des syndicats s'est amenuis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre obstacle pour mobiliser les travailleurs contre le gouvernement fut l'incapacit&#233; des syndicats &#224; offrir &#224; leurs membres un programme &#233;conomique auquel ils puissent s'identifier. Bien que les dirigeants syndicaux aient d&#233;montr&#233; leur ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du gouvernement, ils n'ont pas &#233;t&#233; capables de d&#233;velopper une position ind&#233;pendante vis-&#224;-vis de la bourgeoisie, dans ce cas le G-7 et ses alli&#233;s bi&#233;lorusses. Alors que le programme du Parti du travail r&#233;clamait une forte protection sociale, il &#233;tait vague en ce qui concerne la politique &#233;conomique. Sa demande de la &#171; libert&#233; &#233;conomique &#187; pour les entreprises ne pouvait que soulever des doutes parmi les travailleurs qui connaissaient les r&#233;sultats d&#233;sastreux des politiques n&#233;olib&#233;rales en Russie et en Ukraine. Un des dirigeants syndicaux fut en r&#233;alit&#233; tr&#232;s sinc&#232;re : &#171; Nous allons leur [les lib&#233;raux] laisser faire leur boulot et nous allons d&#233;fendre les travailleurs &#187;. Les craintes des travailleurs n'ont pu que s'accro&#238;tre lorsque le Parti du travail a rejoint une alliance &#233;lectorale des partis lib&#233;raux de droite sous l'&#233;gide de l'ambassade &#233;tats-unienne lors de la campagne pour l'&#233;lection pr&#233;sidentielle en 2001. Le projet &#233;tait semblable &#224; celui r&#233;alis&#233; plus t&#244;t en Serbie et &#224; celui qui fut mis en &#339;uvre plus tard lors de la &#171; r&#233;volution orange &#187; en Ukraine. Mais la situation bi&#233;lorusse &#233;tait diff&#233;rente. Malgr&#233; son caract&#232;re arbitraire et son autoritarisme, beaucoup de travailleurs appr&#233;ciaient le refus de la &#171; th&#233;rapie de choc &#187; par Lukachenko et l'identifiaient avec la d&#233;fense de l'&#233;conomie nationale - donc de leur gagne-pain - contre les forces destructrices occidentales qui voulaient s'en emparer (19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'&#233;preuve de force politique qui a suivi les &#233;lections, Lukachenko n'a pas eu de mal &#224; &#233;craser l'opposition politique des syndicats, dont les dirigeants furent incapables de mobiliser la base. Dans de nombreuses usines les dirigeants syndicaux serviles, aux ordres des patrons, n'ont pas rencontr&#233; de r&#233;sistance des membres (qui n'ont pas &#233;t&#233; consult&#233;s) lorsqu'ils ont transf&#233;r&#233; leurs syndicats vers la nouvelle f&#233;d&#233;ration syndicale mise en place par l'&#201;tat. A la fin 2003 les dirigeants syndicaux, qui &#233;taient rest&#233;s au sein du Syndicat national des travailleurs de l'automobile et des machines agricoles, ont organis&#233; un coup de force, rempla&#231;ant son pr&#233;sident par un d&#233;vou&#233; loyal de Loukachenko.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que ce dirigeant national jouissait d'une grande sympathie au sein du syndicat, seulement une petite minorit&#233; lui est demeur&#233;e loyale. Ils forment aujourd'hui un syndicat &#171; alternatif &#187;, qui, avec d'autres syndicats similaires, luttent h&#233;ro&#239;quement pour survivre &#224; la r&#233;pression gouvernementale. C'est une lutte difficile, car les travailleurs qui les soutiennent ouvertement mettent en jeu leurs emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le &#171; partenariat social &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le &#171; partenariat &#187; rend in&#233;vitable la d&#233;faite, pourquoi reste-il toujours si dominant ? Comme il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mentionn&#233;, cette orientation id&#233;ologique a ses racines dans la d&#233;pendance r&#233;elle des travailleurs envers le capital qui est inh&#233;rente au capitalisme. Plus les travailleurs sont d&#233;pendants du capital &#224; cause des conditions &#171; objectives &#187; et plus le &#171; partenariat social &#187; a prise sur eux, ce qui refl&#232;te leur manque de confiance dans leur capacit&#233; collective de changer les conditions dans leur propre int&#233;r&#234;t. Le paradoxe, c'est qu'en subordonnant effectivement l'activit&#233; syndicale aux int&#233;r&#234;ts patronaux, le &#171; partenariat &#187; souligne et renforce cette faiblesse, contribuant davantage &#224; la d&#233;moralisation et bloquant les actions qui pourraient reconstruire la confiance et la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas difficile de comprendre l'attrait qu'exerce le &#171; partenariat social &#187; sur les dirigeants des syndicats faisant face aux employeurs et aux gouvernements agressifs et dont les adh&#233;rents sont d&#233;moralis&#233;s. Dans de telles conditions les dirigeants courent un risque personnel &#233;lev&#233; s'ils essayent de mobiliser les travailleurs pour s'opposer au patronat ou au gouvernement. Les risques d'&#233;chec sont consid&#233;rables et une d&#233;faite peut bien conduire au changement de la direction syndicale par un patronat irrit&#233; ou par des adh&#233;rents m&#233;contents et m&#234;me &#224; la destruction du syndicat. D'autre part, lorsque les dirigeants ne sont pas soumis &#224; une forte pression &#171; d'en bas &#187;, leurs chances de s'en sortir personnellement sont bien plus grandes s'ils se comportent en &#171; partenaires &#187; soumis &#224; l'administration. Le patronat tol&#233;rera probablement de tels syndicats coop&#233;ratifs et pourrait m&#234;me leur faire des concessions mineures pour les aider &#224; pr&#233;server leur cr&#233;dibilit&#233; aux yeux de leur adh&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre de raisonnement - sous une forme sans doute moins crue - peut sembler tout &#224; fait l&#233;gitime aux yeux des dirigeants syndicaux. Mais les membres pourraient se poser la question : &#224; quoi leur sert un syndicat qui recule sans cesse ? M&#234;me si une telle strat&#233;gie prot&#232;ge l'existence du syndicat, quelle valeur rev&#234;t cette existence si le prix en est le maintien des travailleurs dans une position de faiblesse ? Dans un moment de franchise le fonctionnaire d'un des plus grands syndicats de Russie a confi&#233; que la situation pourrait &#234;tre meilleure si son syndicat n'existait pas, car les travailleurs n'auraient plus d'illusions et pourraient commencer &#224; s'organiser (cela fut dit &#224; un moment o&#249; le non-paiement des salaires avait atteint des proportions &#233;pidemiques alors que le syndicat s'av&#233;rait incapable ou peu dispos&#233; &#224; faire quoi que ce soit &#224; ce sujet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, des formes plus flagrantes de corruption influencent &#233;galement fr&#233;quemment les choix strat&#233;giques des dirigeants syndicaux. Ceux qui font preuve de &#171; compr&#233;hension &#187; peuvent compter sur le soutien des patrons pour pr&#233;server leur emplois. Dans les circonstances post-sovi&#233;tiques, alors que les adh&#233;rents sont divis&#233;s et en grande partie passifs, le soutien du directeur est d&#233;cisif. D'ailleurs, la majorit&#233; des dirigeants des syndicats de l'industrie sont d'anciens ing&#233;nieurs. La loi les prot&#232;ge formellement contre le licenciement apr&#232;s qu'ils aient quitt&#233; leurs mandats syndicaux, mais la direction peut rendre leur vie tr&#232;s mis&#233;rable. En outre, apr&#232;s des ann&#233;es en dehors de la production, ils deviennent incomp&#233;tents. Enfin, le patronat offre g&#233;n&#233;ralement aux dirigeants syndicaux coop&#233;ratifs des r&#233;compenses mat&#233;rielles substantielles, y compris la perspective d'un emploi de cadre sup&#233;rieur bien r&#233;mun&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour leur part, les dirigeants syndicaux invoquent la passivit&#233; des adh&#233;rents pour justifier le &#171; partenariat social &#187;, disant qu'en cas de conflit avec le patronat ils risqueraient d'&#234;tre abandonn&#233;s par les travailleurs indiff&#233;rents et craintifs. Mais cet argument n'est pas sinc&#232;re, car ceux-l&#224; m&#234;me qui l'utilisent ne font aucun effort pour d&#233;passer la d&#233;moralisation de leurs adh&#233;rents. Au contraire, ils d&#233;couragent activement les actions collectives spontan&#233;es des travailleurs en d&#233;fense de leurs int&#233;r&#234;ts et coop&#232;rent avec le patronat pour les &#233;touffer quand elles se produisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;moralisation universelle est un fait. C'est la principale source de la faiblesse du monde du travail, qui a ses racines dans les conditions &#171; objectives &#187; soulign&#233;es au d&#233;but. Mais les travailleurs n'&#233;tant pas des robots, leurs activit&#233;s ne sont pas d&#233;termin&#233;es m&#233;caniquement par leurs conditions &#171; objectives &#187;. Sans tenter d'organiser leurs actions militantes solidaires il est impossible de mesurer le potentiel de lutte des adh&#233;rents de base. Gramsci l'a formul&#233; de la mani&#232;re suivante : &#171; En r&#233;alit&#233;, on peut &#8220;pr&#233;voir&#8221; dans la mesure o&#249; l'on agit, dans la mesure o&#249; l'on r&#233;alise un effort volontaire et o&#249; l'on contribue ainsi concr&#232;tement &#224; cr&#233;er le r&#233;sultat &#8220;pr&#233;vu&#8221;. La pr&#233;vision se r&#233;v&#232;le ainsi non comme un acte scientifique de la connaissance mais comme une expression abstraite de l'effort fait, la mani&#232;re pratique de cr&#233;er une volont&#233; collective. &#187; (20) Il ne s'agit pas, naturellement, que le syndicat se lance aveuglement dans des aventures, en rejetant toute concession par principe. Il est l&#233;gitime pour un syndicat - pour ses membres, non pour ses chefs se substituant aux membres, comme cela est pratiqu&#233; g&#233;n&#233;ralement - de d&#233;cider de r&#233;duire les pertes lorsqu'il juge que le rapport des forces est d&#233;favorable et qu'il n'est pas susceptible d'&#234;tre modifi&#233; dans un futur acceptable. Mais ceci n&#233;cessite une v&#233;ritable analyse du rapport des forces actuel et potentiel et une s&#233;rieuse tentative de r&#233;sister. Et une direction qui fait preuve de sa volont&#233; et de sa d&#233;termination de conduire les membres, en leur proposant des tactiques et des buts r&#233;alistes, en est l'&#233;l&#233;ment critique. Rien de cela ne fait partie de la pratique des syndicats qui ont &#233;pous&#233; le &#171; partenariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite subie par les travailleurs pouvait en effet constituer le r&#233;sultat le plus probable. N&#233;anmoins elle n'&#233;tait pas in&#233;vitable, et certainement pas dans la forme d&#233;sastreuse qu'elle a eue, qui a servi au capital du monde entier de le&#231;on lui indiquant &#224; quel point il est possible d'&#233;craser les travailleurs. En d&#233;pit de l'ins&#233;curit&#233; universelle, de la faible solidarit&#233; et de la d&#233;moralisation, une minorit&#233; significative des travailleurs dans les trois pays a d&#233;ploy&#233; au cours de ces ann&#233;es une volont&#233; de r&#233;sistance sous la forme de gr&#232;ves ou de d&#233;sob&#233;issance civile. Ces actions ont souvent obtenu des r&#233;sultats positifs, mais parce qu'elles sont rest&#233; isol&#233;es, leurs victoires furent limit&#233;es et elles n'ont pas eu un impact r&#233;el sur la situation g&#233;n&#233;rale de la classe ouvri&#232;re. Les choses auraient pu &#234;tre diff&#233;rentes si une direction avait pu &#233;merger pour unir et diriger ces luttes isol&#233;es. La minorit&#233; active, qui pour l'essentiel ne pouvait &#234;tre socialement distingu&#233;e des autres, aurait pu atteindre une masse critique, renfor&#231;ant la confiance en soi des autres. Les dirigeants syndicaux qui ont fait le choix du &#171; partenariat &#187; ne peuvent pas &#233;viter une part de responsabilit&#233; dans cette d&#233;faite en arguant des conditions d&#233;favorables. Nombre de ces dirigeants nient d'ailleurs simplement qu'il y a eu une d&#233;faite, essayant ainsi de minimiser encore leur r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;pendance de classe et socialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions post-sovi&#233;tiques tout dirigeant syndical qui opte en faveur de &#171; l'ind&#233;pendance de classe &#187; doit &#234;tre une sorte de h&#233;ros, c'est-&#224;-dire un individu engag&#233; de mani&#232;re d&#233;sint&#233;ress&#233;e en faveur de la cause de la classe ouvri&#232;re, car une telle orientation est tr&#232;s difficile et personnellement tr&#232;s risqu&#233;e. Dans l'histoire, lorsque les perspectives imm&#233;diates &#233;taient sombres, de tels dirigeants sont venus des rangs du mouvement socialiste. Ils pouvaient s'appuyer sur leur engagement politique et sur leur perspective historique. La faiblesse de l'orientation en faveur de &#171; l'ind&#233;pendance de classe &#187; dans le mouvement syndical et l'exclusion de fait du socialisme du spectre politique-id&#233;ologique (21) post-sovi&#233;tique (sinon mondial) sont ainsi &#233;troitement li&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elles sont aussi li&#233;es d'une mani&#232;re bien plus fondamentale. Sous le capitalisme les travailleurs sont d&#233;pendants du capital et aucun dirigeant syndical ou politique de gauche ne peut l'ignorer. &#171; L'ind&#233;pendance de classe &#187; est une orientation id&#233;ologique, une id&#233;ologie ouvri&#232;re ind&#233;pendante et non un &#233;tat de fait qui pourrait exister sous le capitalisme. Mais &#171; l'ind&#233;pendance de classe &#187;, comme le socialisme, nient la l&#233;gitimit&#233; et le caract&#232;re in&#233;vitable du capital. Ils regardent le pouvoir du capital comme une usurpation qui ne doit &#234;tre tol&#233;r&#233;e que du fait que le rapport des forces entre les classes ne permet pas de le renverser dans la situation pr&#233;sente. Cependant la perspective strat&#233;gique est constamment d'entamer le pouvoir du capital, de tenter de modifier le rapport des forces de mani&#232;re &#224; ce que la domination du capital puisse &#234;tre renvers&#233;e et remplac&#233;e par la gestion d&#233;mocratique de l'&#233;conomie. Les syndicats qui essayent de suivre une strat&#233;gie de l'ind&#233;pendance envers le patronat tout en acceptant la l&#233;gitimit&#233; du capital finissent toujours emp&#234;tr&#233;s dans leurs propres contradictions (par exemple lorsqu'ils deviennent lobbyistes pour obtenir des subventions gouvernementales pour leurs employeurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ind&#233;pendance de classe &#187; n'est, bien s&#251;r, pas une panac&#233;e qui fournit le plan de la victoire. C'est une orientation dont le but strat&#233;gique est de mettre fin &#224; la domination du capital. Aujourd'hui le capital est tr&#232;s dominant et les travailleurs sont tr&#232;s d&#233;pendants de lui. La confrontation de cette orientation strat&#233;gique avec la r&#233;alit&#233; capitaliste ne conduit pas automatiquement &#224; des choix &#233;vidents des buts et des tactiques dans des situations concr&#232;tes. Mais c'est une orientation qui donne au moins la possibilit&#233; aux ouvriers d'aller de l'avant, m&#234;me lorsque le but strat&#233;gique de l'&#233;mancipation semble actuellement n'&#234;tre qu'un lointain espoir. Au contraire, l'exp&#233;rience accumul&#233;e de la pratique du &#171; partenariat social &#187; conduit &#224; la conclusion que &#171; la soci&#233;t&#233; capitaliste sans une alternative socialiste ressemble beaucoup &#224; la d&#233;cadence qui conduit vers les formes barbares de la vie sociale. &#187; (22)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'anglais par J.M.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Par &#171; classe ouvri&#232;re &#187; nous entendons tous les salari&#233;s &#224; l'exception de ceux qui exercent des fonctions patronales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le cas le plus c&#233;l&#232;bre est probablement &#171; le mod&#232;le japonais &#187;, dont la r&#233;alit&#233; a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e succinctement dans P. Briggs, &#8220;The Japanization of British Industry&#8221;, Industrial Relations Journal, vol. 19, n&#176; 1, 1998. Pour l'exp&#233;rience des &#201;tats-Unis voir : E. Leary &amp; M Menaker, Jointness at GM : Company Unionism in the 21st Centruy, Woonsocket, R.I, New Directions Regions 9A, n.d., ainsi que M.Parker and J .Slaughter, Choosing Sides : Unions and the Team Concept, &#233;d. South End Press, Boston 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sch&#233;mas du &#171; partenariat &#187; doivent &#234;tre distingu&#233;s des formes de la &#171; dualit&#233; de pouvoirs &#187;, en particulier du contr&#244;le ouvrier, qui surgissent au cours des p&#233;riodes des offensives ouvri&#232;res. Ces derni&#232;res sont, cependant, intrins&#232;quement instables et conduisent rapidement soit &#224; ce que le capital retrouve le pouvoir perdu soit &#224; son expropriation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Au niveau international la Conf&#233;d&#233;ration internationale des syndicats libres (CISL ou ICFU) est l'un des principaux partisans du &#171; partenariat social &#187;. Cf. The ICFU Statement on the Global Compact (Rapport de la CISL sur le contrat global). Pour une excellente analyse de l'id&#233;ologie du &#171; pacte social &#187; au sein du mouvement syndical de l'Europe centrale et occidentale, voir A. Wahl, &#8220;European Labour : the Ideological Legacy of the Social Pact&#8221;, Monthly Review, janvier 2004, pp. 37-49. Aux &#201;tats-Unis le bulletin mensuel Labour Notes a &#233;t&#233; consacr&#233; au combat contre le &#171; partenariat &#187; au sein du mouvement ouvrier au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Goskomstat Rossii, Rossiiskii v tskifrakh 2003, Moscou 2003, p. 97. Il s'agit l&#224; d'une source officielle. La chute moyenne des salaires fut plus forte en Ukraine et moins forte en Bi&#233;lorussie. Les salaires r&#233;els ont recommenc&#233; &#224; cro&#238;tre &#224; nouveau apr&#232;s 1998, mais malgr&#233; plusieurs ann&#233;es de croissance &#233;conomique relativement &#233;lev&#233;e (partant de tr&#232;s bas...), l'accroissement des salaires a &#233;t&#233; remarquablement lent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Je me r&#233;f&#232;re ici, &#233;videmment, &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise, dans laquelle la concurrence est libre, tout en &#233;tant tr&#232;s in&#233;gale. Il est encore trop t&#244;t pour dire si la &#171; r&#233;volution orange &#187; de d&#233;cembre 2004 en Ukraine am&#233;liorera la d&#233;mocratie fortement &#171; dirig&#233;e &#187; et profond&#233;ment corrompue des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. La situation sociale et politique des travailleurs dans les trois pays est pr&#233;sent&#233;e dans mon : Labour After Communism, &#233;d. Black Rose, Montr&#233;al 2004. L'analyse de cet article est en grande partie bas&#233;e sur le mat&#233;riel pr&#233;sent&#233; dans ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Cf. D. Mandel, &#8220;Rebirth of the Soviet Labour Movement : The Coalminers' Strike of July 1989&#8221;, Perestroika and the Soviet People, &#233;d. Black Rose, Montr&#233;al 1991, pp. 51-78.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. E. P. Thompson, The Making of the English Working Class, Penguin, London 1991, p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Pour une pr&#233;sentation critique de cette politique faite &#224; partir d'un point de vue keyn&#233;sien voir J. Stiglitz, Globalization and Its Discontents, W.W. Norton, N.Y. 2002, pp. 133-65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. En ce qui concerne le r&#244;le de &#171; l'Occident &#187; dans la promotion de cette politique en Russie, cf. P. Reddaway et D. Glinski, The Tragedy of Russia's Reforms, U.S. Institute of Peace Press, Washington 2001, pp. 172-82 ; 290-98 ; 414-26 ; 537-9 ; 563-70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. S. Ashwin &amp; S. Clarke, Russian Trade Unions and Industrial Relations in Transition, Houndsmills, Macmillan, Basingstoke 2003, p. 86.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Interview avec le pr&#233;sident du syndicat de la Fabrique de tracteurs Kirov de St-P&#233;tersbourg, dans B. Maksimov, &#8220;Kuda vedut lidery,&#8221; article non publi&#233;, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Ainsi, selon V. Saveliev, le nouveau pr&#233;sident de la f&#233;d&#233;ration syndicale r&#233;gionale de Yaroslavl, &#171; le dirigeant syndical doit &#234;tre un interm&#233;diaire talentueux. Saveliev a pass&#233; la majeure partie de sa vie professionnelle en tant que cadre sup&#233;rieur dans l'industrie automobile de Yaroslavl. Cf. M. Obrazkova, &#8220;Predsedatel' dolzhen byt' muzhikom,&#8221; Solidarnost n&#176; 3, 2005, p. 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Le vice-pr&#233;sident national du Syndicat des travailleurs de l'automobile et des machines agricoles cit&#233; dans Golos profsoyouza, f&#233;vrier 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. RTR Russia TV, Moscou, le 12 f&#233;vrier 2005, 11h (temps universel), cit&#233; d'apr&#232;s Johnson's List, 13 f&#233;vrier 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. I. Shagnina, &#8220;Prosoyuzy Ukrainy : davaite druzhit', no ne trogaite nashe imuschchestvo&#8221;, Narodnaya volya (Minsk), n&#176; 15, 2001, p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Rapport du pr&#233;sident au comit&#233; central du 10 avril 2003 (non publi&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Pour une analyse relativement &#233;quilibr&#233;e voir K. Haiduk et al., The Belarussian Economy at a Crossroads, ILO, Moscou 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. On estime en g&#233;n&#233;ral que la majorit&#233; a vot&#233; en faveur de Lukachenko lors de cette &#233;lection, bien que son succ&#232;s ait &#233;t&#233; inf&#233;rieur &#224; ce qui a &#233;t&#233; officiellement annonc&#233;. En tant que candidat sortant avec de tr&#232;s grands pouvoirs, Lukachenko jouissait d'un grand avantage face &#224; son adversaire. Mais cela s'applique &#233;galement &#224; Ianoukovitch en Ukraine, qui, finalement fut &#233;cart&#233; en d&#233;cembre 2004 par Iouchtchenko &#224; la faveur de la &#171; r&#233;volution orange &#187;. Les &#201;tats-Unis et l'Union europ&#233;enne ont jou&#233; un jeu similaire dans les deux campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Le rejet du &#171; Consensus de Washington &#187; par Lukachenko aide &#224; expliquer la haine des gouvernements occidentaux pour son r&#233;gime, alors qu'ils tol&#232;rent parfaitement des dictateurs bien plus r&#233;pressifs dans d'autres r&#233;publiques ex-sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Q .Hoare &amp; G. Smith, Selections from the Prison Notebooks of Antonio Gramsci, International Publishers, N.Y. 1971, p. 438.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. En d&#233;pit de leur nom, les partis &#171; communistes &#187; ont adopt&#233; le capitalisme. Ils sont aussi fortement teint&#233;s par les formes chauvines du nationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. A. Boron, State, Capitalism and Democracy in Latin America, &#233;d. Lynne Rienner, Boulder 1995, p. 243.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (tir&#233; de la revue Inprecor, no.505-506)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au bord du krach</title>
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&lt;p&gt;Curieusement, alors que l'opinion publique fran&#231;aise s'est entich&#233;e de la &#034; r&#233;volution orange &#034; en Ukraine, rien n'est dit ou presque sur le mouvement social en train d'&#233;clore en Russie. Trop de vieux peu pr&#233;sentables peut-&#234;tre dans les manifestations, trop de jeunes allum&#233;s au propos peu politiquement corrects... &lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons tout d'abord les faits, puisque l'information semble s&#233;rieusement manquer en France. Le 1er janvier 2005, est entr&#233;e en vigueur une loi (la d&#233;j&#224; l&#233;gendaire au sein de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Curieusement, alors que l'opinion publique fran&#231;aise s'est entich&#233;e de la &#034; r&#233;volution orange &#034; en Ukraine, rien n'est dit ou presque sur le mouvement social en train d'&#233;clore en Russie. Trop de vieux peu pr&#233;sentables peut-&#234;tre dans les manifestations, trop de jeunes allum&#233;s au propos peu politiquement corrects...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons tout d'abord les faits, puisque l'information semble s&#233;rieusement manquer en France. Le 1er janvier 2005, est entr&#233;e en vigueur une loi (la d&#233;j&#224; l&#233;gendaire au sein de la population &#034; loi 122 &#034;) qui transforme brutalement le syst&#232;me social - ce que nous appelerions en France la s&#233;curit&#233; sociale et les services publics. La loi fait plus de 600 pages et contient des centaines d'amendements &#224; des lois pr&#233;existantes et touchant des domaines aussi vari&#233;s que l'&#233;ducation, la sant&#233;, l'&#233;cologie, le logement. Sous pr&#233;texte de nouvel ordonnancement des relations entre le centre et les r&#233;gions (que refl&#232;te le titre officiel anodin de la loi), il s'agit en fait pour le pouvoir f&#233;d&#233;ral central de se d&#233;faire de la plupart de ses obligations en termes de protection sociale ou de garantie de services publics, et de les transf&#233;rer aux r&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains pourraient saluer ici une sainte d&#233;centralisation. C'est sans compter avec la r&#233;forme des imp&#244;ts qui a pr&#233;c&#233;d&#233; et qui diminue encore la part des recettes fiscales revenant aux r&#233;gions. En r&#233;alit&#233;, la plupart des r&#233;gions russes ne peuvent s'acquitter des charges sociales qui leur ont &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;es (et qu'elles peuvent ne pas honorer puisque la loi f&#233;d&#233;rale ne les y oblige pas, mais leur en donne le &#034; droit &#034;). C'est sans compter avec la centralisation des ressources et du pouvoir qu'entreprend actuellement Vladimir Poutine avec l'annulation des &#233;lections des gouverneurs, dor&#233;navant nomm&#233;s par le pr&#233;sident. En r&#233;sum&#233;, la Russie se trouve au bord du plus grave krach social qu'elle ait jamais connu, pire encore que la th&#233;rapie de choc du d&#233;but des ann&#233;es quatre-vingt-dix, qui n'avait concern&#233; que le secteur &#233;conomique, et avait laiss&#233; &#224; la population la possibilit&#233; de survivre gr&#226;ce &#224; des loyers mod&#233;r&#233;s et &#224; des aides sociales indirectes diverses. C'est &#224; ce syst&#232;me qu'entend mettre un terme le nouveau pouvoir poutinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Th&#233;rapie sociale &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France et dans de nombreux m&#233;dias russes, on ne rel&#232;ve pour le moment de tout ce projet de &#034; th&#233;rapie sociale &#034; que le volet concernant le pr&#233;tendu remplacement des &#034; avantages sociaux en nature par des compensations financi&#232;res &#034;. De quoi s'agit-il ? La population russe ayant subi une brusque chute de ses revenus &#224; la faveur de la lib&#233;ration des prix, d&#233;but 1992, et les caisses de l'&#201;tat ne permettant pas &#224; l'&#233;poque d'assurer des retraites, salaires (aux fonctionnaires) ou autres allocations au niveau du minimum vital, de nombreuses lois ont &#233;t&#233; adopt&#233;es assurant &#224; certaines cat&#233;gories de la population des aides sociales en nature. Ce sont par exemple des loyers mod&#233;r&#233;s, des r&#233;ductions sur les abonnements t&#233;l&#233;phoniques, des m&#233;dicaments et transports gratuits. Ces aides concernent pour la plupart les personnes &#226;g&#233;es. Il s'agissait en fait de sauver les retrait&#233;s de la mis&#232;re, de leur permettre de se d&#233;placer et de mener un minimum de vie sociale. D'autres cat&#233;gories se sont &#233;galement ajout&#233;es : les &#233;tudiants et &#233;coliers, les instituteurs (notamment des petits villages), les invalides, certaines cat&#233;gories de fonctionnaires et de malades, les travailleurs du grand Nord - ceux-ci pour des raisons sociales. Et les victimes des r&#233;pressions politiques sous le syst&#232;me sovi&#233;tique, les &#034; liquidateurs &#034; de la catastrophe nucl&#233;aire de Tchernobyl - pour des raisons politiques. Les aides per&#231;ues en nature n'&#233;taient rien d'autre que la protection sociale et les indemnit&#233;s dues par l'&#201;tat &#224; tous ces groupes sociaux. J'insiste sur cet aspect des choses, ainsi que sur le fait que la majorit&#233; des aides sociales en nature ont &#233;t&#233; mises en place par le r&#233;gime eltsinien des ann&#233;es quatre-vingt-dix, non par le syst&#232;me sovi&#233;tique. Il n'y a donc pas lieu de parler, comme le font couramment les m&#233;dias, d'&#034; avantages en nature h&#233;rit&#233;s de l'&#233;poque sovi&#233;tique &#034;. Il ne s'agit ni d'avantages, ni d'h&#233;ritage sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux mythiques &#034; compensations mon&#233;taires &#034;, s'&#233;levant de 0 (pour les &#233;tudiants, par exemple) &#224; 100 dollars, elles sont loin de couvrir les pertes de revenus li&#233;es &#224; la suppression des aides sociales en nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Protestation versus propagande&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet de loi (122 d&#233;sormais) avait d&#233;j&#224; donn&#233; lieu &#224; un d&#233;but de mobilisation l'&#233;t&#233; dernier. Des actions de protestation ont eu lieu dans beaucoup de r&#233;gions, organis&#233;es avant tout par les associations de retrait&#233;s, d'invalides, de victimes des r&#233;pressions, des liquidateurs de Tchernobyl, des d&#233;fenseurs des droits de l'Homme et des syndicats. Mais, fort du soutien sans faille du parti pr&#233;sidentiel, Russie unie, le gouvernement a fait passer cette loi sans encombre, gr&#226;ce aussi &#224; une propagande digne des plus belles ann&#233;es sovi&#233;tiques, qui pr&#233;sentait des retrait&#233;s rayonnant &#224; l'id&#233;e de recevoir bient&#244;t des subsides sociaux en monnaie sonnante et tr&#233;buchante, &#224; la place de services en nature dont tous n'avaient pas besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi a &#233;t&#233; adopt&#233;e d&#233;but ao&#251;t 2004, et plus personne ne s'en est occup&#233;e jusqu'&#224; son entr&#233;e en vigueur le 1er janvier de cette ann&#233;e. Habitu&#233; &#224; la passivit&#233; de la population, le pouvoir pensait que cette r&#233;forme allait passer comme les autres. Or, d&#232;s le lendemain des f&#234;tes, les premiers conflits ont commenc&#233;, quand les gens ont pris le bus ou le m&#233;tro et se sont vus oblig&#233;s de payer. Spontan&#233;ment, des centaines, puis des milliers de retrait&#233;s sont sortis dans les rues, se sont rassembl&#233;s sur les places, ont bloqu&#233; les routes, exig&#233; des comptes du pouvoir local. Puis le m&#233;contentement s'est rapidement report&#233;, surtout sur le pouvoir f&#233;d&#233;ral. Aujourd'hui, les manifestants r&#233;clament l'abrogation de la loi 122, l'arr&#234;t de la politique antisociale, le d&#233;part des d&#233;put&#233;s de Russie unie, la d&#233;mission des ministres du &#034; secteur social &#034;, et, de plus en plus souvent, la d&#233;mission du pr&#233;sident Poutine. Chaque jour, on compte entre dix et vingt manifestations dans tout le pays. Plus d'un million de personnes au total sont d&#233;j&#224; descendues dans la rue. Les sondages indiquent un tr&#232;s fort soutien aux manifestants et un m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral &#224; l'&#233;gard de la loi. Il faut dire que presque chaque famille compte au moins une personne concern&#233;e par cette loi. S'il ne s'agit pas (encore ?) d'une r&#233;volution, le mouvement social est incontestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Occident se tait&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or qu'en dit-on en Occident ? Rien ou presque rien. Pourquoi, alors que cette soci&#233;t&#233; s'&#233;veille pour la premi&#232;re fois depuis des ann&#233;es, fait-on soudainement la fine bouche ? Sans doute le mouvement ne correspond-il pas assez aux sch&#233;mas d&#233;mocratiques occidentaux : trop de drapeaux rouges, de col&#232;re, pas assez de lib&#233;ralisme et de sympathie pro-occidentale. Une r&#233;alit&#233; plate et prosa&#239;que : le m&#233;contentement de populations qui se soucient infiniment moins de la d&#233;mocratie abstraite que de la fa&#231;on dont elles vont finir le mois, parvenir &#224; payer le billet d'autobus et la facture d'&#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que t&#233;moin des faits et sociologue, je tiens &#224; questionner quelques clich&#233;s. Il s'agirait de &#034; privil&#232;ges &#034; accord&#233;s sans fondement &#224; certaines cat&#233;gories de la population. Privil&#232;ges, les d&#233;dommagements dus aux victimes des r&#233;pressions staliniennes et des &#034; liquidateurs &#034; de Tchernobyl ? Les aides accord&#233;es aux personnes &#226;g&#233;es dont la retraite est inf&#233;rieure au minimum vital ? Les aides aux &#233;tudiants dont la bourse ne permet m&#234;me pas d'acheter une carte mensuelle de transport ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agirait de gens &#034; nostalgiques &#034; de l'ancien syst&#232;me. Nostalgie, la revendication d'une retraite permettant de vivre ? La revendication de d&#233;dommagement et de respect des victimes du syst&#232;me sovi&#233;tique ? La pr&#233;sence de drapeaux rouges ne suffit pas &#224; conclure &#224; une volont&#233; de retour &#224; l'ancien syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agirait uniquement de &#034; vieux &#034;. Et le nombre, de plus en plus important, de jeunes, &#233;tudiants, enfants de retrait&#233;s, militants politiques ? Et les syndicalistes, surtout enseignants, qui se mobilisent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agirait de l'&#339;uvre de &#034; provocateurs &#034;. O&#249; sont les provocateurs, quand les manifestations et blocages de route ont commenc&#233; en prenant tous les partis politiques et militants par surprise ? Quand les actions se pr&#233;parent par le bouche-&#224;-oreille et que des comit&#233;s ad hoc sont mis en place pour parlementer avec les repr&#233;sentants du pouvoir local ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agirait, enfin, d'&#034; extr&#233;mistes &#034;. Si le blocage d'une route pendant quelques heures - pratique banale en Occident - peut &#234;tre qualifi&#233; d'extr&#233;miste, alors soit. Si l'incursion pendant quelques minutes de jeunes militants du Parti national-bolchevique (NBP) dans le cabinet du ministre des Affaires sociales et dans un bureau de l'administration pr&#233;sidentielle peut &#234;tre passible de cinq ans de prison ferme (verdict des tribunaux russes), alors soit. Pr&#233;cisons tout de m&#234;me que les lib&#233;raux d&#233;fenseurs russes des droits de l'Homme, habituellement peu enclins &#224; c&#244;toyer les radicaux &#224; tendance nationaliste du NBP, encha&#238;nent les actions de protestation contre ce qu'ils consid&#232;rent comme des r&#233;pressions politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de se perdre dans les st&#233;r&#233;otypes, tentons plut&#244;t d'analyser la port&#233;e du mouvement en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mouvement spontan&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les raisons qui me poussent &#224; lui accorder une certaine importance, il y a sa naissance spontan&#233;e. Des milliers de personnes ont envahi les rues sans &#234;tre convoqu&#233;es, et elles y ont puis&#233; un sentiment nouveau de &#034; pouvoir faire &#034;, d'autant plus que le pouvoir a d&#233;j&#224; accept&#233; certaines (relatives) concessions. Il y a aussi le fait que le mouvement s'est produit malgr&#233; la propagande, malgr&#233; les intimidations des forces de l'ordre, malgr&#233; la passivit&#233; des partis politiques. Il y a la sympathie, m&#234;me passive, de la majeure partie de la population, le rassemblement autour d'une m&#234;me cause de cat&#233;gories tr&#232;s diff&#233;rentes, voire &#224; orientation politique oppos&#233;e (les comit&#233;s des m&#232;res de soldats c&#244;toient les militaires et les victimes des r&#233;pressions staliniennes les communistes les plus orthodoxes, et tout le monde s'exprime librement). Il y a le d&#233;but d'auto-organisation observable &#224; la formation de comit&#233;s d'action unitaires, de groupes d'initiatives et autres. Il y a aussi une certaine politisation, m&#234;me limit&#233;e au refus - non &#224; la loi et &#224; la politique antisociale, non au gouvernement. M&#234;me Poutine, pourtant port&#233; au pouvoir par les personnes &#226;g&#233;es, voit sa cote de popularit&#233; dangereusement fl&#233;chir, et de plus en plus de slogans exigent sa d&#233;mission. Enfin, parmi les points positifs, je suis tent&#233;e de ranger l'absence d'ing&#233;rence de l'Occident, qui n'a rien organis&#233;, rien financ&#233;, qui ne remarque m&#234;me rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il ne s'agit pas (encore ?) d'un mouvement social au sens sociologiquement exigeant de mouvement conscient de lui-m&#234;me, organis&#233; et anim&#233; d'un m&#234;me objectif. Cela reste un mouvement de protestation. Mais dans une soci&#233;t&#233; aussi d&#233;labr&#233;e et anesth&#233;si&#233;e que la Russie, cela m&#233;rite mieux que quelques lignes blas&#233;es dans une br&#232;ve de journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour donner aliment aux d&#233;bats, je conclus sur les faiblesses du mouvement. On peut &#233;voquer en premier lieu les tentatives de r&#233;cup&#233;ration qui sont &#224; l'&#339;uvre ces derniers temps, en particulier de la part du Parti communiste de Ziouganov, lequel voit l&#224; une possibilit&#233; de se refaire une sant&#233;. On peut faire remarquer &#233;galement l'absence de ressources financi&#232;res presque totale, l'Occident et les oligarques jouant aux abonn&#233;s absents. On doit &#233;videmment parler de l'absence de programme positif d'un mouvement tout entier orient&#233; &#034; contre &#034;. Enfin, sont &#224; noter les limites de la coordination et de l'organisation du mouvement dans son ensemble, ce qui peut donner lieu &#224; des d&#233;rapages vers des &#233;go&#239;smes r&#233;gionaux ou cat&#233;goriels. Des coalitions tentent de coordonner le mouvement sur tout le territoire, notamment celle dont je fais partie - le Conseil de solidarit&#233; sociale (SOS) -, qui rassemble des organisations de retrait&#233;s, d'invalides, de &#034; liquidateurs &#034; de Tchernobyl, de malades, de victimes des r&#233;pressions politiques, de d&#233;fenseurs des droits de l'Homme, de syndicats alternatifs et de jeunes. Mais ces coalitions demeurent trop faibles. SOS a organis&#233; une action de solidarit&#233; sur toute la Russie contre la politique antisociale du gouvernement le 12 f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan est donc difficile &#224; faire, les &#233;v&#233;nements se pr&#233;cipitent. Mais, en tout cas, cela m&#233;rite un d&#233;bat. La sympathie d&#233;mocratique ne devrait pas avoir de couleur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Russie, Carine Cl&#233;ment&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Carine Cl&#233;ment est chercheuse &#224; l'Institut de sociologie de l'Acad&#233;mie des sciences de Russie et membre du Conseil de solidarit&#233; sociale (SOS), &lt;info@ikd.ru&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; du site de Rouge)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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