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		<title>Chine : l'&#233;mergence d'un g&#233;ant </title>
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		<dc:subject>Chine</dc:subject>

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&lt;p&gt;La Chine n'est pas seulement une immense fabrique de tee-shirts. C'est aussi une soci&#233;t&#233; en pleine mutation, qui regroupe un cinqui&#232;me de la population de la plan&#232;te, et qui fait irruption sur la sc&#232;ne de l'&#233;conomie mondiale. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Chine &#233;chappe aux cat&#233;gories classiques, puisque c'est un pays dirig&#233; par un Parti communiste qui joue &#224; fond la carte de la mondialisation lib&#233;rale. On retrouve cet assemblage in&#233;dit dans sa structure &#233;conomique, qui &#171; empile &#187; plusieurs secteurs et qui &#233;volue (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La Chine n'est pas seulement une immense fabrique de tee-shirts. C'est aussi une soci&#233;t&#233; en pleine mutation, qui regroupe un cinqui&#232;me de la population de la plan&#232;te, et qui fait irruption sur la sc&#232;ne de l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine &#233;chappe aux cat&#233;gories classiques, puisque c'est un pays dirig&#233; par un Parti communiste qui joue &#224; fond la carte de la mondialisation lib&#233;rale. On retrouve cet assemblage in&#233;dit dans sa structure &#233;conomique, qui &#171; empile &#187; plusieurs secteurs et qui &#233;volue tr&#232;s rapidement selon un double mouvement, de lib&#233;ralisation &#224; l'int&#233;rieur et d'ouverture aux capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lib&#233;ralisation et ouverture &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont d'abord les petites entreprises industrielles des bourgs et villages qui se sont rapidement d&#233;velopp&#233;es au cours des ann&#233;es 80. Elles continuent &#224; &#234;tre appel&#233;es collectives, mais il s'agit en fait d'entreprises mixtes, certaines &#224; statut coop&#233;ratif, en tout cas de plus en plus g&#233;r&#233;es selon des normes priv&#233;es. Les ann&#233;es 90 ont vu l'&#233;mergence d'un nouveau type d'entreprises avec une premi&#232;re phase d'investissement &#233;tranger provenant pour l'essentiel de la &#171; diaspora &#187; : Ta&#239;wan, Hong-Kong, Macao, etc. Enfin, apr&#232;s la crise financi&#232;re de 1997, c'est l'investissement des grands pays industriels qui a pris le relais, avec un apport massif de capitaux qui d&#233;passe les 50 milliards de dollars en 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute une s&#233;rie de r&#233;formes ont accompagn&#233; ce double mouvement de lib&#233;ralisation interne et d'ouverture au march&#233; mondial. Une premi&#232;re loi a autoris&#233; les particuliers &#224; d&#233;tenir des soci&#233;t&#233;s &#224; responsabilit&#233; limit&#233;e. En 2004, la constitution a &#233;t&#233; remani&#233;e afin de renforcer le r&#244;le du secteur non &#233;tatique et r&#233;affirmer le droit de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. L'interdiction faite aux entreprises priv&#233;es d'intervenir dans certains secteurs (infrastructures, services publics, services financiers) vient d'&#234;tre abolie en 2005. L'investissement direct &#233;tranger a &#233;t&#233; autoris&#233; et encourag&#233; par la mise en place de zones franches c&#244;ti&#232;res et l'abaissement des droits de douane. Le monopole d'&#201;tat sur le commerce ext&#233;rieur a &#233;t&#233; d&#233;mantel&#233;, ainsi que le syst&#232;me de taux de change multiples. Dans la foul&#233;e, la Chine a adh&#233;r&#233; &#224; l'Organisation mondiale du commerce (OMC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secteur priv&#233; s'est donc &#233;tendu : il r&#233;alise aujourd'hui plus de la moiti&#233; du PIB et les trois quarts des exportations. C'est lui qui cr&#233;e l'essentiel des nouveaux emplois et d&#233;gage la meilleure rentabilit&#233; (15 % en 2003 contre 5 &#224; 10 % dans le secteur &#233;tatique). A l'int&#233;rieur de ce secteur priv&#233;, les entreprises &#233;trang&#232;res - souvent associ&#233;es en joint ventures &#224; des entreprises chinoises - r&#233;alisent 75 % des exportations. Mais les exportations du secteur priv&#233; sous contr&#244;le chinois progressent encore plus rapidement, &#224; mesure que lui sont octroy&#233;es de nouvelles licences d'exportation. Le secteur d'Etat est parall&#232;lement soumis &#224; des restructurations permanentes, qui ont conduit &#224; la suppression de 45 millions d'emplois au cours des cinq derni&#232;res ann&#233;es. Mais 35 % des entreprises d'&#201;tat sont encore jug&#233;es non rentables, et une sur six a des fonds propres n&#233;gatifs. Toutes ces transformations se sont produites dans un contexte de tr&#232;s forte croissance (voir encadr&#233;) et sur la base d'une spectaculaire accumulation de capital : aujourd'hui l'investissement repr&#233;sente 42 % du PIB, contre environ 20 % en France et 15 % en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Exportations et taux de change &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exportations ont &#233;t&#233; le moteur de cette croissance, gr&#226;ce &#224; des co&#251;ts salariaux tr&#232;s faibles (de 10 fois inf&#233;rieurs &#224; ceux des pays riches) mais aussi d'un taux de change favorable. La Chine a choisi d'&#233;tablir un taux de change fixe entre sa monnaie et le dollar, suivant en cela les pr&#233;ceptes du FMI et de la Banque mondiale. Depuis 2000, le yuan suit donc la baisse du dollar, ce qui dope encore plus les exportations, et permet d'attirer un &#233;norme flux de capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les rapports entre la Chine et les Etats-Unis sont donc compliqu&#233;s : la Chine contribue &#224; hauteur de pr&#232;s de 40 % au d&#233;ficit US mais elle contribue &#224; financer ce d&#233;ficit en achetant des actifs libell&#233;s en dollars. Les Etats-Unis voudraient imposer une r&#233;&#233;valuation du yuan pour rendre les produits chinois moins comp&#233;titifs, mais ils seraient gravement fragilis&#233;s si la Chine cessait de placer ses exc&#233;dents en dollars. En juillet dernier, les autorit&#233;s chinoises ont feint d'entendre raison en acceptant une ridicule r&#233;&#233;valuation du yuan (&#224; peine plus de 2 % !). La sous-&#233;valuation du yuan est incontestable, mais il ne s'agit pas seulement de manipulation mon&#233;taire : elle r&#233;sulte au fond de la non redistribution aux salari&#233;s chinois des fruits de la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Salaires et in&#233;galit&#233;s &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution des salaires est &#233;videmment fondamentale, mais on ne dispose que d'informations impr&#233;cises. On sait qu'il existe d'&#233;normes in&#233;galit&#233;s entre r&#233;gions : le revenu moyen &#224; Shanga&#239; est ainsi quatre fois sup&#233;rieur &#224; la moyenne du pays. Le ch&#244;mage atteint 8 % dans les zones urbaines et on &#233;value &#224; 200 millions de personnes le sous-emploi dans les campagnes. Cette &#171; arm&#233;e industrielle de r&#233;serve &#187; engendre un fort exode rural et vient peser sur la progression des salaires qui reste en moyenne inf&#233;rieure &#224; celle du PIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croissance tire malgr&#233; tout l'ensemble des revenus, de mani&#232;re chaotique, de telle sorte que l'on a &#224; la fois un creusement des in&#233;galit&#233;s et un recul de la pauvret&#233; absolue. Une progression plus en phase des salaires par rapport &#224; la production permettrait de recentrer la croissance sur le march&#233; int&#233;rieur, de relativiser le r&#244;le des exportations et de l'investissement &#233;tranger, et d'amorcer ainsi un processus de convergence des co&#251;ts salariaux vers les normes mondiales. C'est un peu ce qui s'est pass&#233; en Cor&#233;e du Sud, &#224; une autre &#233;chelle, et moyennant de tr&#232;s violentes luttes sociales. Si cette &#233;volution semble in&#233;luctable, elle risque de prendre beaucoup de temps, au cours de laquelle les avantages comp&#233;titifs de la Chine para&#238;tront insupportables aux grands pays industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les in&#233;galit&#233;s de revenus qui font que le mod&#232;le n'est pas &#171; soutenable &#187; &#224; terme. Une des dimensions de ce probl&#232;me est le vieillissement. En 2030, un quart de la population aura plus de 65 ans : c'est le r&#233;sultat paradoxal d'une brutale politique de contr&#244;le des naissances. Or, le r&#233;gime public de retraites ne couvre que 14 % de la population active. Depuis sa r&#233;forme en 1997, il pr&#233;voit le versement d'une pension de base &#224; taux uniforme et d'une pension proportionnelle aux cotisations, index&#233;e sur le taux des d&#233;p&#244;ts bancaires. Le gouvernement voudrait transformer ce deuxi&#232;me pilier en comptes individuels de retraite par capitalisation, et une r&#233;forme exp&#233;rimentale de ce type a &#233;t&#233; lanc&#233;e dans plusieurs provinces. Cette question va durablement peser sur la situation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; va la Chine ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d&#233;pendra de la vitesse relative de plusieurs ph&#233;nom&#232;nes. Dans le camp imp&#233;rialiste, les larmes de crocodile sur les droits sociaux bafou&#233;s peuvent se transformer en mesures de r&#233;torsion plus ou moins belliqueuses. Cependant, le camp imp&#233;rialiste est divis&#233;. Pour certains, la concurrence chinoise repr&#233;sente une menace mortelle qui s'&#233;tend &#224; des secteurs de haute technologie. Mais, pour d'autres, la Chine pr&#233;sente un double avantage : elle offre des d&#233;bouch&#233;s, avec un des rares grands march&#233;s int&#233;rieurs en expansion, et elle est aussi pourvoyeuse de biens de consommation &#224; bas prix qui permettent de faire baisser la valeur de la force de travail. Soit dit en passant, cette propri&#233;t&#233; - d&#233;j&#224; analys&#233;e par Marx dans Le Capital - r&#233;duit &#224; n&#233;ant l'argument des avocats de la mondialisation, selon lequel les importations &#224; bas prix en provenance de la Chine b&#233;n&#233;ficieraient aux consommateurs. Si les &#233;volutions actuelles se prolongent, il est probable que ces avantages passeront progressivement au second rang par rapport aux inconv&#233;nients concurrentiels. On verrait alors se d&#233;cha&#238;ner l'agressivit&#233; des puissances imp&#233;rialistes, avec une nouvelle extension des mesures protectionnistes similaires aux quotas europ&#233;ens et l'exigence r&#233;affirm&#233;e d'une r&#233;&#233;valuation du yuan, le tout enrob&#233; d'une rh&#233;torique sur les droits de l'homme et la protection des emplois.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Mais ce sont au fond les salari&#233;s et les paysans chinois qui tiennent la cl&#233; des &#233;volutions &#224; venir. Et il ne s'agit pas l&#224; de rh&#233;torique. S'ils arrivent, malgr&#233; l'appareil r&#233;pressif du Parti et du syndicat unique (qui en est tr&#232;s classiquement la courroie de transmission), &#224; s'organiser et &#224; imposer une nouvelle r&#233;partition des revenus et un contr&#244;le sur les priorit&#233;s de l'&#233;conomie, alors un grand pas aura &#233;t&#233; franchi. Car ils auront alors mis fin au double paradoxe chinois : celui d'une &#233;conomie qui cro&#238;t si vite et redistribue si peu, et celui d'une sorte de &#171; capitalisme bureaucratique d'Etat &#187; qui ne pourra r&#233;ussir longtemps &#224; combiner les traits les plus repoussants du capitalisme sauvage et d'un &#171; communisme &#187; totalement d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La naissance d'un g&#233;ant &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec 1,3 milliards d'habitants, la Chine regroupe pr&#232;s d'un cinqui&#232;me de la population mondiale. Cet effet de taille rend d'autant plus spectaculaire les performances &#233;conomiques : au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies, le PIB a augment&#233; en moyenne de 9&#189; % par an et a donc &#233;t&#233; multipli&#233; par 6. La taille absolue de l'&#233;conomie d&#233;passe aujourd'hui celle d'un certain nombre des principaux pays europ&#233;ens. Mais le PIB par t&#234;te est encore tr&#232;s bas (4000 dollars par an en parit&#233; de pouvoir d'achat, contre 25000 en France).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La population active compte 757 millions de personnes, dont 490 millions dans les zones rurales. Elle est employ&#233;e &#224; 46 % dans l'agriculture, 18 % dans l'industrie, et 36 % dans les services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les exportations chinoises ont consid&#233;rablement progress&#233;, passant de 10 milliards de dollars en 1978 &#224; 226 en 2002, et elles repr&#233;sentent environ 4 % des exportations mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec 450 milliards de dollars, le stock cumul&#233; d'investissement &#233;tranger en Chine est le 5&#232;me du monde (celui des Etats-Unis atteint 1300 milliards).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;sastres environnementaux &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croissance chinoise est souvent pr&#233;sent&#233;e comme une catastrophe &#233;cologique en soi. Ainsi, six des dix villes les plus pollu&#233;es du monde se trouvent en Chine, les pluies acides tombent sur un tiers du territoire, les eaux contamin&#233;es tuent plus de 30 000 enfants chaque ann&#233;e : on pourrait multiplier les exemples des m&#233;faits d'une croissance chaotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rendement &#233;nerg&#233;tique est tr&#232;s mauvais : pour chaque dollar produit, la Chine d&#233;pense 4,7 fois plus d'&#233;nergie que les Etats-Unis, et 11,5 fois plus que le Japon. Apr&#232;s l'am&#233;lioration constat&#233;e au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies, la consommation d'&#233;nergie s'est mise &#224; cro&#238;tre plus vite que le PIB depuis 2002. Le charbon et le p&#233;trole - dont les achats chinois contribuent &#224; faire monter le cours - sont les principales sources d'&#233;nergie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement met beaucoup d'argent dans l'environnement (85 milliards de dollars au cours des cinq derni&#232;res ann&#233;es) et ouvre ainsi un &#233;norme march&#233; aux entreprises &#233;trang&#232;res. Mais il est incapable de contr&#244;ler les pratiques d&#233;sastreuses des entreprises, soucieuses avant tout de leur chiffre d'affaires. La question-cl&#233; est de savoir si le gouvernement sera capable ou non d'imposer aux entreprises une croissance plus respectueuse de l'environnement et de mener les politiques ad&#233;quates en mati&#232;re &#233;nerg&#233;tique. C'est donc en Chine, compte tenu de sa taille et de sa croissance, que se joue en grande partie l'environnement de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; de Rouge)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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