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		<title>Attentats &#224; Bruxelles : Solidarit&#233; avec les victimes, vigilance d&#233;mocratique</title>
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&lt;p&gt;&#171; La LCR-SAP d&#233;nonce avec la plus grande &#233;nergie les l&#226;ches attentats terroristes perp&#233;tr&#233;s ce 22 mars &#224; Bruxelles. Aucune motivation politique ou religieuse ne peut servir de pr&#233;texte &#224; ces crimes ignobles. La LCR-SAP exprime son soutien et sa solidarit&#233; &#233;mue avec toutes les victimes innocentes de cette violence aveugle. &lt;br class='autobr' /&gt;
22 mars 2016 &lt;br class='autobr' /&gt; La LCR-SAP appelle aussi &#224; la plus grande vigilance d&#233;mocratique face &#224; la nouvelle pouss&#233;e s&#233;curitaire, guerri&#232;re, raciste et islamophobe que ces (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH110/arton3316-62857.png?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='110' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; La LCR-SAP d&#233;nonce avec la plus grande &#233;nergie les l&#226;ches attentats terroristes perp&#233;tr&#233;s ce 22 mars &#224; Bruxelles. Aucune motivation politique ou religieuse ne peut servir de pr&#233;texte &#224; ces crimes ignobles. La LCR-SAP exprime son soutien et sa solidarit&#233; &#233;mue avec toutes les victimes innocentes de cette violence aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 mars 2016&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La LCR-SAP appelle aussi &#224; la plus grande vigilance d&#233;mocratique face &#224; la nouvelle pouss&#233;e s&#233;curitaire, guerri&#232;re, raciste et islamophobe que ces terribles &#233;v&#232;nements risquent de susciter en Belgique et au-del&#224; dans la classe politique et les grands m&#233;dias. Quelques jours &#224; peine apr&#232;s les cris de triomphe des autorit&#233;s cons&#233;cutifs &#224; l'arrestation de Salah Abdeslam, apr&#232;s l'accord europ&#233;en de la honte refoulant les r&#233;fugi&#233;s, apr&#232;s un nouvel attentat meurtrier &#224; Istanbul et un bombardement russe sur Raqqa en Syrie, qui a fait des dizaines de morts parmi les civils, nous constatons une fois de plus qu'on ne combat pas la terreur en bombardant le peuple syrien, en soutenant des r&#233;gimes dictatoriaux, en mettant l'arm&#233;e dans les rues, en stigmatisant une communaut&#233; (avec des mesures racistes comme la d&#233;ch&#233;ance de nationalit&#233;), en jetant les r&#233;fugi&#233;s &#224; la mer et en limitant les libert&#233;s d&#233;mocratiques. Que du contraire, ces politiques de terreur ne font qu'alimenter les organisations terroristes et remplissent parfaitement leur objectif qui est de renforcer la haine sectaire et d'asphyxier la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous r&#233;it&#233;rons notre conviction que rien ne nous mettra &#224; l'abri tant que notre soci&#233;t&#233; sera fond&#233;e sur l'injustice, la violence et l'exclusion, &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur. En ces heures tragiques, la LCR entend honorer les victimes en plaidant pour un changement de cap radical vers une politique sociale g&#233;n&#233;reuse, bas&#233;e sur la solidarit&#233;, les libert&#233;s d&#233;mocratiques et la lutte contre les in&#233;galit&#233;s, chez nous et dans le monde. C'est par la vie que l'on combat une politique de mort. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Gr&#232;ce Phase Une &#8211; Syriza et les forces de gauche</title>
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		<dc:date>2015-03-11T18:51:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sebastian Budgen, Stathis Kouv&#233;lakis</dc:creator>


		<dc:subject>LaUne01</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec SYRIZA aux portes du pouvoir en Gr&#232;ce, Internet s'est rempli d'analyses, d'opinions, d'appui et de d&#233;nonciation. Dans cet entretien avec Stathis Kouvelakis, effectu&#233; ce mois [de janvier 2015], nous prenons une distance critique pour comprendre les origines, la trajectoire et les possibles d&#233;fis de cette formation politique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Raison pour laquelle nous n'avons pas h&#233;sit&#233; &#224; creuser certaines des complexit&#233;s internes de l'incroyablement diverse gauche radicale grecque. Mais Kouvelakis nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH100/arton3313-d4d53.png?1629990186' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec SYRIZA aux portes du pouvoir en Gr&#232;ce, Internet s'est rempli d'analyses, d'opinions, d'appui et de d&#233;nonciation. Dans cet entretien avec Stathis Kouvelakis, effectu&#233; ce mois [de janvier 2015], nous prenons une distance critique pour comprendre les origines, la trajectoire et les possibles d&#233;fis de cette formation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raison pour laquelle nous n'avons pas h&#233;sit&#233; &#224; creuser certaines des complexit&#233;s internes de l'incroyablement diverse gauche radicale grecque. Mais Kouvelakis nous parle aussi de quelques-uns des d&#233;fis importants et concrets que le parti affrontera une fois au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kouvelakis est membre du comit&#233; central de SYRIZA et un dirigeant de sa Plateforme de gauche. Il enseigne la th&#233;orie politique au King's College (Londres). Il est l'auteur de Philosophy and Revolution from Kant to Marx et co-&#233;diteur de Lenin Reloaded et Critical Companion to Contemporary Marxism. Il fut interrog&#233; pour la revue Jacobin par Sebastian Budgen, un &#233;diteur de Verso Books qui travaille dans le comit&#233; &#233;ditorial de Historical Materialism.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sebastian Budgen (SB) : Parles-nous de SYRIZA : quand et comment a surgi cette coalition de partis de la gauche radicale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stathis Kouvelakis (SK) : SYRIZA fut form&#233; en 2004 par de nombreuses organisations diff&#233;rentes, comme alliance &#233;lectorale. Sa composante principale &#233;tait le parti SYNASPISMOS d'Alexis Tsipras &#8211; initialement nomm&#233; Coalition de la gauche et du progr&#232;s, et rebaptis&#233; ensuite Coalition de la gauche et des mouvements -, qui avait exist&#233; comme tel depuis 1991. Il a surgi d'une s&#233;rie de ruptures dans le mouvement communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYRIZA regroupe aussi de plus petites formations, dont certaines viennent de la vieille extr&#234;me-gauche grecque. Particuli&#232;rement, l'Organisation communiste de Gr&#232;ce (KOE), l'un des principaux groupes mao&#239;stes. Cette organisation a obtenu trois parlementaires lors des &#233;lections de 2012. M&#234;me chose pour la Gauche ouvri&#232;re internationaliste (DEA), qui vient d'une tradition trotskyste, ainsi que pour d'autres groupes avec un fond essentiellement communiste. Par exemple, R&#233;nover la gauche communiste &#233;cologique (AKOA), qui vient du vieux Parti communiste (de l'Int&#233;rieur). La coalition SYRIZA fut fond&#233;e en 2004 et, au d&#233;but, elle obtint ce que nous pourrions appeler des succ&#232;s relativement modestes. N&#233;anmoins, elle put entrer au Parlement, en d&#233;passant le seuil minimum de 3 %. Pour r&#233;sumer une longue histoire, SYRIZA r&#233;sulte d'une recomposition relativement complexe de la gauche radicale grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1968, cette gauche radicale &#233;tait divis&#233;e en deux p&#244;les. Le premier &#233;tait le Parti communiste grec (KKE), qui avait connu deux ruptures : la premi&#232;re en 1968, sous la dictature des colonels, donna naissance au KKE (de l'Int&#233;rieur), d'orientation eurocommuniste, et fut suivie d'une seconde en 1991, apr&#232;s l'effondrement de l'Union sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti eurocommuniste connut une rupture en 1987, quand son aile droite constitua la Gauche grecque (EAR) et s'unit &#224; SYNASPISMOS d&#232;s le d&#233;but, et que son aile gauche se transforma en AKOA. Le KKE, ayant surv&#233;cu &#224; ces deux ruptures, &#233;tait particuli&#232;rement traditionnaliste, accroch&#233; &#224; un cadre stalinien devenu consid&#233;rablement plus rigide apr&#232;s la rupture de 1991. Le parti fut reconstruit sur une base &#224; la fois combative et sectaire. Il s'arrangea pour gagner une base activiste assez significative dans la classe ouvri&#232;re et les couches populaires, ainsi que dans la jeunesse, notamment dans les universit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre p&#244;le, SYNASPISMOS, se d&#233;ploya en 2004 avec la cr&#233;ation de SYRIZA, gr&#226;ce &#224; l'union des deux ruptures pr&#233;c&#233;dentes du KKE. SYNASPISMOS a consid&#233;rablement chang&#233; avec le temps. Au d&#233;but des ann&#233;es 1990, c'&#233;tait un parti qui pouvait voter en faveur du trait&#233; de Maastricht, et il adoptait un ton de gauche mod&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'&#233;tait aussi un parti h&#233;t&#233;rog&#232;ne compos&#233; de plusieurs courants distincts. Des luttes internes tr&#232;s dures ont oppos&#233; l'aile gauche &#224; l'aile droite, qui perdit graduellement le contr&#244;le du parti. La fondation de SYRIZA scella le tournant &#224; gauche de SYNASPISMOS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Quelle est l'influence de la tradition communiste au sein de SYNASPISMOS ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : La matrice communiste est extr&#234;mement perceptible dans la culture de la tendance majoritaire du parti. Une partie vient de la tendance influenc&#233;e par l'eurocommunisme, qui s'est ouverte aux nouveaux mouvements sociaux qui ont avanc&#233; depuis les ann&#233;es 1970. Ainsi, il a montr&#233; pouvoir r&#233;nover ses points de r&#233;f&#233;rences organisationnelles et th&#233;oriques, en ins&#233;rant les traditions des nouvelles formes de radicalisme dans son cadre communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce parti est &#224; l'aise dans les mouvements f&#233;ministes, les mobilisations de jeunes, les mouvements altermondialistes et antiracistes et les courants LGBT, tout en continuant une intervention consid&#233;rable dans le mouvement syndical. Une autre partie vient de la couche des cadres et des membres qui ont quitt&#233; le KKE en 1991 : la majorit&#233; d'entre eux appartient au Courant de gauche, bien que de nombreux membres de la tendance majoritaire de la direction et des cadres viennent aussi de cette source.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devrions noter que les cadres du parti et la base activiste sont principalement des salari&#233;s form&#233;s, des personnes dipl&#244;m&#233;es. C'est un &#233;lectorat tr&#232;s urbain, un parti aux racines tr&#232;s fortes parmi les intellectuels. Il y a peu encore, SYNASPISMOS d&#233;tenait une majorit&#233; absolue dans le syndicat de l'enseignement sup&#233;rieur &#8211; &#224; la diff&#233;rence du KKE qui, apr&#232;s les ruptures de 1989-1991, a perdu tout type de rapport privil&#233;gi&#233; avec les cercles intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction du parti a aussi une image communiste. Qu'on ne se laisse pas tromper par l'&#226;ge de Tsipras : il a commenc&#233; comme activiste dans l'organisation de jeunesse du KKE, au d&#233;but des ann&#233;es 1990. De nombreux cadres et dirigeants plus &#226;g&#233;s ont combattu ensemble durant la p&#233;riode de la clandestinit&#233;, ce sont des v&#233;t&#233;rans des prisons et des camps de concentration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette m&#234;me raison, il existe une atmosph&#232;re fratricide dans la gauche radicale grecque, bien qu'actuellement seul le KKE continue &#224; l'entretenir, en qualifiant SYNASPISMOS et SYRIZA de &#171; tra&#238;tres &#187;, qui repr&#233;sentent ainsi &#171; l'ennemi principal &#187;. Raison pour laquelle, lorsque SYRIZA &#233;tablit des relations bilat&#233;rales avec quasiment tous les partis repr&#233;sent&#233;s au Parlement apr&#232;s les &#233;lections de mai 2012, quand il avait le droit de tenter de former le gouvernement, le KKE a m&#234;me refus&#233; toute rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Comment caract&#233;riserais-tu la ligne de SYRIZA ? Dirais-tu aussi que cette coalition suit une ligne anticapitaliste, ou son activit&#233; fait-elle partie d'un cadre plus graduel et r&#233;formiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : En termes d'identit&#233; programmatique et id&#233;ologique, SYRIZA a une ligne anticapitaliste forte et s'est positionn&#233; nettement &#224; distance de la social-d&#233;mocratie. Ce consid&#233;ration est tr&#232;s importante si nous pensons &#224; l'histoire des batailles au sein de SYNASPISMOS men&#233;es entre des tendances favorables aux alliances avec les sociaux-d&#233;mocrates et d'autres courants hostiles &#224; tout type d'accord ou de coalition, y compris aux niveaux local ou syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aile &#171; social-d&#233;mocrate &#187; de SYNASPISMOS a perdu d&#233;finitivement le contr&#244;le du parti, quand Alekos Alavanos fut &#233;lu pr&#233;sident. Cette aile droite, dirig&#233;e para Fotis Kouvelis, trouvait son origine quasi exclusivement dans le groupe eurocommuniste de droite venu de EAR : elle abandonna finalement SYNASPISMOS pour former un autre parti, la Gauche d&#233;mocratique (DIMAR). Cette formation affirme &#234;tre une sorte de refuge, &#224; mi-chemin entre le PASOK et la gauche radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYRIZA est donc une gauche anticapitaliste qui aborde la question du pouvoir en soulignant la dialectique des alliances &#233;lectorales et du succ&#232;s dans les urnes avec la lutte et les mobilisations d'en bas. SYRIZA et SYNASPISMOS se voient comme des partis de la lutte des classes, comme des formations qui repr&#233;sentent des int&#233;r&#234;ts de classe sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils veulent faire avancer un antagonisme fondamental contre le syst&#232;me actuel. Raison pour laquelle il s'appelle SYRIZA &#8211; ce qui signifie &#171; Coalition de la gauche radicale &#187;. Et cette affirmation du radicalisme est une part extr&#234;mement importante de l'identit&#233; du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Quels sont les rapports de force entre les activistes de SYRIZA, et combien de personnes font-elles partie aujourd'hui des formations qui composent cette coalition ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : En 2012, SYNASPISMOS avait environ 16.000 membres. KOE (mao&#239;ste) avait 1.000-1.500 membres et on peut faire la m&#234;me estimation pour AKOA. La pratique et la forme organisationnelle de SYNASPISMOS se sont d&#233;velopp&#233;es conjointement avec son positionnement id&#233;ologique. Traditionnellement, ce n'&#233;tait absolument pas un parti d'activistes, par contre il avait beaucoup de grands noms et une orientation essentiellement &#233;lectorale. Mais sa substance organisationnelle et l'activisme du parti ont chang&#233; consid&#233;rablement, &#224; deux niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, une aile jeune tr&#232;s dynamique s'est d&#233;velopp&#233;e durant les mouvements altermondialistes et antiracistes. Cela a permis au parti de renforcer sa pr&#233;sence dans la jeunesse, particuli&#232;rement chez les &#233;tudiants, un secteur o&#249; traditionnellement il avait &#233;t&#233; d&#233;ficient. Maintenant, son organisation jeune compte plusieurs milliers de membres. En v&#233;rit&#233;, les cadres venus de cette jeunesse constituent une bonne partie de l'entourage de Tsipras. Ils se caract&#233;risent par un vrai radicalisme id&#233;ologique et s'identifient au marxisme, principalement de teinte althuss&#233;rienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, les syndicalistes ont jou&#233; un r&#244;le dans SYNASPISMOS depuis les ann&#233;es 2000, en devenant l'ancrage de l'aile gauche du parti. Venue en grande partie du KKE, cette aile gauche est un &#233;l&#233;ment suppl&#233;mentaire de la classe ouvri&#232;re, elle d&#233;fend des positions relativement traditionnelles sur la lutte des classes et se montre tr&#232;s critique envers l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a plus de mod&#233;r&#233;s aujourd'hui dans le parti. Plus particuli&#232;rement, nous pouvons penser au principal porte-parole &#233;conomique, Yannis Dragasakis, et &#224; certains cadres proches de Fotis Kouvelis, mais qui ont refus&#233; de quitter le parti pour rejoindre DIMAR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Tu as dit que jusqu'&#224; maintenant SYRIZA a une base activiste et &#233;lectorale essentiellement urbaine. Cela a-t-il chang&#233; avec sa mont&#233;e &#233;lectorale, en mai 2012, lorsqu'il est devenu le second parti grec avec 16,7 % des votes, en battant le PASOK ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Absolument. Comprendre la sociologie du vote pour SYRIZA, le 6 mai 2012, est d'une importance d&#233;cisive. La transformation qualitative est aussi transcendantale que le saut quantitatif. C'est relativement simple de comprendre ce qui s'est pass&#233; en mai et juin 2012 : ce fut essentiellement un vote de classe. Les votants salari&#233;s de la classe travailleuse dans les principaux centres urbains, qui avaient l'habitude de voter principalement pour le PASOK, ont vir&#233; abruptement vers SYRIZA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYRIZA est sorti &#224; la premi&#232;re place dans le Grand Ath&#232;nes, o&#249; vit environ un tiers de la population grecque, ainsi que dans tous les principaux centres urbains : maintenant, il contr&#244;le le Conseil r&#233;gional, &#233;lu lors des scrutins locaux en mai 2014. Il a obtenu ses meilleurs r&#233;sultats dans les districts populaires et de la classe travailleuse qui &#233;taient d'ordinaire les bastions du PASOK et aussi du KKE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les districts, le d&#233;clin du KKE a commenc&#233; et il va empirer. Nous avons vu le passage des &#233;lecteurs du KKE &#224; SYRIZA. C'est un vote de la classe travailleuse, mais aussi des employ&#233;s dipl&#244;m&#233;s, un vote des personnes actives sur le march&#233; du travail. Le r&#233;sultat de SYRIZA chez les votants &#226;g&#233;s de 18-24 ans et de 24-30 ans fut proche de sa moyenne nationale, mais dans les couches qui constituent le c&#339;ur de la population travailleuse (de trente ans pass&#233;s) il fut meilleur que la moyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pires r&#233;sultats se produisirent chez les personnes &#233;conomiquement inactives, la population rurale (y compris la paysannerie), les retrait&#233;s, les ma&#238;tresses de maison, les autonomes et les professions ind&#233;pendantes. Ainsi, la dynamique de l'appui &#224; SYRIZA se base sur le vote de la classe salari&#233;e, y compris ses couches sup&#233;rieures, et des personnes au ch&#244;mage dans les principaux centres urbains de la Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Dans quelle mesure l'appui &#224; SYRIZA se base-t-il sur les travailleurs du secteur public ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : La sociologie &#233;lectorale montre que SYRIZA a obtenu en juin 2012 33 % des votes chez les travailleurs du secteur public et 34 % chez ceux du secteur priv&#233;. Ce sont des r&#233;sultats assez similaires, avec un appui l&#233;g&#232;rement sup&#233;rieur dans le secteur public (sic). Mais ses meilleurs r&#233;sultats furent dans le second district du Pir&#233;e &#8211; un important district industriel et de la classe ouvri&#232;re -, ainsi que dans la province de Xanthi, au nord de la Gr&#232;ce, parmi la population majoritairement musulmane et de langue turque. Les deux parlementaires de SYRIZA, appartenant &#224; cette minorit&#233; musulmane de langue turque, furent &#233;lus dans ce secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Comment expliques-tu le soudain succ&#232;s &#233;lectoral de SYRIZA en 2012 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Il faut consid&#233;rer trois facteurs. Le premier r&#233;side dans l'existence de la crise sociale et &#233;conomique en Gr&#232;ce et la mani&#232;re dont elle s'est d&#233;velopp&#233;e depuis 2010, avec la purge aust&#233;ritaire inflig&#233;e par les inf&#226;mes m&#233;morandums d'accord (les accords sign&#233;s par le gouvernement grec avec la Tro&#239;ka pour assurer la capacit&#233; du pays &#224; payer les dettes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second facteur r&#233;side dans le fait que la Gr&#232;ce et maintenant l'Espagne sont les uniques pays o&#249; cette crise sociale et &#233;conomique s'est transform&#233;e en une crise politique. Le vieux syst&#232;me politique, bas&#233; sur un p&#244;le bipartite tr&#232;s stable, s'est effondr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me facteur, c'est la mobilisation populaire. Ce n'est pas une co&#239;ncidence que les deux pays o&#249; la gauche radicale a pris son envol soient la Gr&#232;ce et l'Espagne, c'est-&#224;-dire les pays qui ont connu les mobilisations populaires les plus fortes de ces derni&#232;res ann&#233;es. L'Espagne a vu le mouvement des indign&#233;-e-s, pendant qu'en Gr&#232;ce il y eut un mouvement plus profond et socialement tr&#232;s divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; des forces qui se sont lib&#233;r&#233;es des formes traditionnelles, des amarres politico-repr&#233;sentatives, ont vir&#233; vers la gauche radicale, pendant qu'une partie de la soci&#233;t&#233; &#8211; rest&#233;e hors de cette dynamique &#8211; s'est tourn&#233;e vers l'abstention (qui a aussi augment&#233; de mani&#232;re significative depuis le d&#233;but de la crise) ou vers l'extr&#234;me-droite, &#224; savoir le parti n&#233;o-nazi Aube Dor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le succ&#232;s &#233;lectoral et politique de SYRIZA s'explique plus pr&#233;cis&#233;ment par le fait que le parti s'est oppos&#233; aux m&#233;morandums et &#224; la th&#233;rapie de choc de l'aust&#233;rit&#233; d&#232;s le d&#233;but. Cela s'est produit parce qu'apr&#232;s de longs d&#233;bats, particuli&#232;rement au sein de SYNASPISMOS, SYRIZA avait rejet&#233; l'id&#233;e d'une alliance avec le PASOK, y compris depuis sa cr&#233;ation comme coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vu sa sensibilit&#233; &#171; mouvementiste &#187;, SYRIZA a d&#233;montr&#233; qu'il est concr&#232;tement et pratiquement capable de s'engager avec les mouvements sociaux et les actions collectives qui se sont d&#233;roul&#233;s en Gr&#232;ce durant ces derni&#232;res ann&#233;es. Et il l'a fait, tout en respectant l'autonomie de ces mouvements, y compris les formes les plus nouvelles et les plus spontan&#233;es de mobilisation. Par exemple, il a appuy&#233; le mouvement d'occupations des places que nous avons connu en 2011, alors que le KKE d&#233;non&#231;ait ce mouvement comme &#171; anti-politique &#187; , l'accusant d'&#234;tre domin&#233; par des &#233;l&#233;ments petit-bourgeois et anti-communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYRIZA est un parti qui a fait beaucoup pour les r&#233;seaux de solidarit&#233; au niveau local, pour combattre la traumatique crise sociale et ses effets concrets sur les vies quotidiennes des personnes. C'est aussi une formation qui a une visibilit&#233; suffisante dans les institutions pour appara&#238;tre comme capable de transformer la balance des forces au niveau de la vie politique nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, SYRIZA a d&#233;coll&#233; dans les sondages d'opinion durant les derni&#232;res semaines de la campagne &#233;lectorale en 2012. La vraie mont&#233;e est venue lorsque Tsipras a centr&#233; son discours sur le th&#232;me de constituer maintenant un &#171; gouvernement anti-aust&#233;rit&#233; de la gauche &#187;, pr&#233;sent&#233; comme une proposition d'alliance au KKE, &#224; l'extr&#234;me-gauche, &#224; la gauche parlementaire et aux petits &#233;l&#233;ments dissidents du PASOK.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a chang&#233; litt&#233;ralement le cours de la campagne &#233;lectorale, en pr&#233;sentant un nouvel agenda. C'est alors que nous commen&#231;ons de constater un fr&#233;missement &#8211; quasiment physique - et que les chiffres des enqu&#234;tes de SYRIZA s'emballent. D&#232;s ce moment, les autres partis durent r&#233;agir &#224; l'offre de SYRIZA, qui avait &#233;merg&#233; comme perspective politique concr&#232;te, permettant &#224; la Gr&#232;ce de se lib&#233;rer du joug des m&#233;morandums et de la Tro&#239;ka.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : C'est un abord tr&#232;s &#339;cum&#233;nique pour la gauche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Oui, vraiment. SYRIZA est une source particuli&#232;rement cr&#233;dible dans ce type de propositions par sa pratique dans les mouvements sociaux, mais aussi au regard de sa propre formation interne. Il s'agit d'un front politique, et &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de SYRIZA il existe un cadre pratique qui permet la coexistence de diff&#233;rentes cultures politiques. Je dirais que SYRIZA est un parti hybride, un parti de synth&#232;se, avec un pied dans la tradition du mouvement communiste grec et un autre pied dans les nouvelles formes de radicalisme ayant &#233;merg&#233; durant cette nouvelle p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Penses-tu que le mouvement social que nous voyons avec l'occupation des places en Gr&#232;ce est associ&#233; aux avanc&#233;es de SYRIZA dans les urnes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Absolument. Certains pensent que ces mouvements non seulement n'&#233;taient pas spontan&#233;s, mais qu'ils &#233;taient m&#234;me anti-politiques, qu'ils se situaient en dehors de la politique et contre elle. Mais en rejetant vraiment la politique qu'ils voyaient en face d'eux, ils cherchaient quelque chose de diff&#233;rent. L'exp&#233;rience de PODEMOS en Espagne, comme celle de SYRIZA en Gr&#232;ce, montre que si la gauche radicale fait des propositions d'accords, elle peut arriver &#224; s'entendre avec ces mouvements et promouvoir une &#171; condensation &#187; politiquement cr&#233;dible de leurs demandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Quelles sont les exp&#233;riences concr&#232;tes de gouvernements local et r&#233;gional, pour SYRIZA, depuis 2012 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Depuis les ann&#233;es 1990 et 2000, la gauche radicale a pris position contre toute alliance avec le PASOK. Raison pour laquelle ni SYRIZA, ni le KKE ne participaient &#224; des gouvernements r&#233;gionaux et locaux, encore r&#233;cemment. Maintenant, il y a un contraste net entre le score de SYRIZA &#224; l'&#233;chelle nationale et europ&#233;enne et son implantation locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti a obtenu de pires r&#233;sultats aux votations locales et r&#233;gionales (qui ont eu lieu le 25 mai 2014) qu'aux &#233;lections nationales et europ&#233;ennes : 18 % au lieu de 27 %. Mais il a toutefois fait d'importantes avanc&#233;es, avec deux r&#233;gions passant &#224; SYRIZA, y compris l'Attique o&#249; vit 40 % de la population grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Comment Alexis Tsipras est-il vu en Gr&#232;ce ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : L'aspect le plus notable de l'image de Tsipras, c'est son &#226;ge : apr&#232;s tout, c'est un homme jeune. Mais les cadres et la direction des groupes de la gauche radicale sont domin&#233;s par une g&#233;n&#233;ration proche des 60 ans, ou m&#234;me par des personnes plus &#226;g&#233;es qui ont le prestige d'avoir &#233;t&#233; impliqu&#233;es dans la lutte contre la dictature des colonels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alekos Alavanos, alors pr&#233;sident de SYNASPISMOS, a organis&#233; le passage du t&#233;moin &#224; Tsipras pour marquer une rupture avec cette scl&#233;rose g&#233;n&#233;rationnelle. Ce fut un grand acte de volont&#233; politique. Tsipras est populaire parce que, avant m&#234;me son &#233;lection &#224; la direction de SYNASPISMOS, il avait dirig&#233; la liste du parti lors des &#233;lections municipales &#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas exactement un tribun charismatique. Il n'est pas mauvais orateur en public, mais il n'a certainement pas le talent oratoire d'un George Galloway ou d'un Jean-Luc M&#233;lanchon. Il a aussi commis quelques erreurs, notamment dans la mesure o&#249;, comme beaucoup dans la gauche radicale grecque, il a initialement sous-estim&#233; la profondeur de la crise et la mesure o&#249; la question de la dette publique serait utilis&#233;e pour justifier la mise en &#339;uvre de mesures d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2010 et au d&#233;but 2011, il paraissait en retard sur les &#233;v&#233;nements. Ensuite, il d&#233;veloppa un style belliqueux dans ses interventions parlementaires, en s'opposant au gouvernement du PASOK et particuli&#232;rement au premier ministre Georges Papandreou. De cette mani&#232;re, il am&#233;liora son profil de tribun populaire. Sa proposition de constituer un gouvernement de la gauche radicale et de toutes les forces anti-aust&#233;rit&#233;, avant les &#233;lections de mai 2012, a assur&#233; sa mont&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a chang&#233; l'image de la gauche radicale grecque, qui jusqu'alors fut toujours consid&#233;r&#233;e comme une partie consid&#233;rable, importante ou utile des mouvements sociaux, mais pas comme une force qui chercherait &#224; assumer la responsabilit&#233; historique d'offrir une sortie de crise. C'est un v&#233;ritable changement de cours pour une gauche radicale, pourtant traumatis&#233;e par la d&#233;route du communisme du XXe si&#232;cle. Et qui aujourd'hui doit laisser derri&#232;re elle son r&#244;le d'&#233;ternelle minorit&#233;, le r&#244;le d'une force condamn&#233;e simplement et perp&#233;tuellement &#224; &#171; r&#233;sister &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Pourrais-tu actualiser les chiffres dont tu disposes sur la force relative de SYRIZA en termes de membres et de poids social depuis 2012, et ensuite nous en dire plus sur la dynamique interne de SYRIZA, sur la Plateforme de gauche, sur les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments qui la constituent, ainsi qu'&#224; l'oppos&#233;, sur le centre et la droite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Imm&#233;diatement apr&#232;s les &#233;lections de 2012, le processus d'unification de ce qui jusqu'alors &#233;tait une coalition de partis a commenc&#233;. Premi&#232;rement, avec une conf&#233;rence nationale, qui choisit pour la premi&#232;re fois une &#233;quipe de direction et ensuite le congr&#232;s de fondation de SYRIZA en juillet 2013. Je pense que quelques d&#233;cisions importantes sur la structure du parti, et ce que nous pourrions qualifier sur la forme de celui-ci, n'ont pas &#233;t&#233; prises &#224; ce moment, mais la priorit&#233; fut de mener un processus acc&#233;l&#233;r&#233;, qui ne nous laissa pas le temps d'une discussion politique avec la profondeur appropri&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, il y eut un processus d'ouverture, mais ce fut un processus d'ouverture sans s'adresser &#224; des groupes sociaux sp&#233;cifiques et aux couches de personnes impliqu&#233;es dans les mouvements sociaux. Plus ou moins, ce processus d&#233;boucha davantage sur un parti de membres que sur un parti d'activistes ou de membres actifs, sur un parti d'adh&#233;rents plus que sur un parti de militants. Cela signifie que SYRIZA est devenu une organisation jusqu'&#224; un certain point perm&#233;able aux pratiques non de client&#233;lisme, mais au moins &#224; celles des r&#233;seaux traditionnels de pouvoir, qui restent tr&#232;s forts dans la soci&#233;t&#233; grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis de l'establishment ont &#233;t&#233; d&#233;structur&#233;s au niveau national. Ils n'existent pas comme partis centralis&#233;s, ou ils ne le sont quasiment pas. Le PASOK s'est d&#233;sint&#233;gr&#233; compl&#232;tement &#8211; c'&#233;tait la machine partidaire la plus puissante en Gr&#232;ce &#8211; et Nea Demokratia, qui voulait &#234;tre une organisation de droite &#224; caract&#232;re de masse, est aussi s&#233;rieusement affaiblie, mais les r&#233;seaux associ&#233;s &#224; ces partis restent toutefois tr&#232;s forts au niveau local. Nous l'avons vu lors des derni&#232;res &#233;lections locales, par exemple, o&#249; la br&#232;che entre l'influence &#233;lectorale locale de SYRIZA et sa capacit&#233; de gagner des conseils locaux est tr&#232;s, tr&#232;s significative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre aspect n&#233;gatif de cette nouvelle structure : SYRIZA s'est transform&#233; en parti clairement centr&#233; sur le dirigeant, ce qui est accentu&#233; par le fait que les structures internes sont tr&#232;s nombreuses, disfonctionnent et tendent toujours moins &#224; fonctionner comme centres r&#233;els d'&#233;laboration politique et de prise de d&#233;cisions. Tout ce processus s'est transform&#233; en r&#233;alit&#233; plus centralis&#233;e, plus opaque, o&#249; le dirigeant joue un r&#244;le tr&#232;s crucial, combin&#233; avec plusieurs cercles informels de direction, au lieu d'une direction collective, ou m&#234;me d'un groupe de dirigeants plus restreints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'un des objectifs vis&#233;s par la direction du parti consistait &#224; marginaliser les tendances de gauche au sein de SYRIZA. Ils ont pens&#233; tr&#232;s s&#233;rieusement que nous &#233;tions plus forts dans le vieux SYRIZA (le SYRIZA d'avant 2012) &#8211; organis&#233; comme coalition, une constellation de plusieurs partis -, mais qu'avec l'afflux de nouveaux membres, notre poids relatif au sein du parti diminuerait drastiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour te donner un exemple, qui concerne sp&#233;cifiquement la plus grande composante de SYNASPISMOS : lors du dernier congr&#232;s du parti, o&#249; DIMAR s'en alla, le courant de gauche dirig&#233; par Alavanos a obtenu environ 25 % des votes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ce fut une grande surprise pour la direction, lorsque la Plateforme de gauche a obtenu 25 % des votes &#224; la conf&#233;rence nationale inaugurale de SYRIZA, en novembre 2012. Ils furent encore plus surpris lorsque la Plateforme de gauche a augment&#233; son poids relatif en obtenant 30 % des votes au congr&#232;s fondateur de SYRIZA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre temps, SYRIZA avait doubl&#233; le nombre de ses membres et se stabilisa autour des chiffres suivants : passage de 17.000-18.000 membres &#224; 35.000-36.000. Il se d&#233;veloppa g&#233;ographiquement de mani&#232;re tr&#232;s significative, mais la br&#232;che entre l'influence &#233;lectorale et la force organisationnelle est toutefois &#233;norme, et les liens entre le parti et le noyau de son &#233;lectorat &#8211; essentiellement, la classe travailleuse urbaine &#8211; reste faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYRIZA est toutefois tr&#232;s domin&#233; par les couches intellectuelles, les travailleurs du secteur public hautement qualifi&#233;s et de l'&#233;ducation. En termes d'&#226;ge, il est aussi assez probl&#233;matique : le poids relatif des couches jeunes reste assez limit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Y a-t-il une aile dans la jeunesse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Oui, il existe une aile sp&#233;cifiquement de la jeunesse, r&#233;sultat de l'unification des jeunesses de toutes les composantes de SYRIZA, mais qui continue d'&#234;tre relativement petite si on la compare &#224; l'influence &#233;lectorale du parti dans ces couches. Le r&#233;sultat probablement le plus encourageant, c'est que le poids relatif de SYRIZA dans les syndicats s'est am&#233;lior&#233; : il a approximativement doubl&#233;, mais il a commenc&#233; &#224; un tr&#232;s bas niveau, ce qui signifie toutefois dans ce cas qu'en g&#233;n&#233;ral la force de SYRIZA dans le mouvement syndical et plus sp&#233;cifiquement dans le secteur priv&#233; reste inf&#233;rieur au poids du KKE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, qualitativement, les choses sont un peu diff&#233;rentes parce que &#8211; c'est tr&#232;s int&#233;ressant -, bien que le Parti communiste continue de rester maintenant encore une force plus organis&#233;e et coh&#233;rente, ses bastions tendent &#224; se localiser dans les secteurs les moins dynamiques du mouvement syndical, ou dans des secteurs qui n'ont pas &#233;t&#233; tr&#232;s actifs en termes de mobilisation r&#233;cemment pour diverses raisons (en partie, parce que tr&#232;s peu de choses se sont pass&#233;es dans le secteur priv&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les syndicats les plus dynamiques, o&#249; il y a eu d'importantes mobilisations, SYRIZA est non seulement plus fort (en r&#233;alit&#233;, c'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas avant), mais c'est dans ces lieux qu'il s'est le plus d&#233;velopp&#233;. Maintenant, il se trouve, par exemple, &#224; la direction du syndicat national des enseignants secondaires, un syndicat-cl&#233; dans le mouvement syndical grec. Il est aussi significatif, dans ces secteurs, de voir augmenter le poids relatif de l'extr&#234;me-gauche, comme l'ont fait certaines formes sp&#233;cifiques de fronts syndicaux, o&#249; tu peux trouver des personnes venant aussi bien de SYRIZA que d'ANTARSYA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, un environnement radical s'est d&#233;velopp&#233; dans le mouvement syndical durant cette derni&#232;re p&#233;riode. Et cela se passe aussi dans les universit&#233;s, o&#249; la gauche radicale a am&#233;lior&#233; sa position (m&#234;me l&#233;g&#232;rement pour le KKE), et l'extr&#234;me-gauche davantage. Alors que SYRIZA stagne dans les universit&#233;s &#8211; la participation aux &#233;lections &#233;tudiantes en Gr&#232;ce est tr&#232;s significative, c'est r&#233;ellement un indicateur s&#233;rieux -, il est int&#233;ressant de voir que l'environnement des &#233;tudiants de gauche radicalis&#233;s, votant plut&#244;t des listes dont les activistes d'ANTARSYA sont la colonne vert&#233;brale, tend &#224; voter toujours plus SYRIZA en dehors de l'universit&#233;, lors des &#233;lections politiques nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu des confirmations de cette expression duale dans d'autres &#233;lections, notamment dans les &#233;lections locales, ou dans la br&#232;che entre les &#233;lections locales et les &#233;lections europ&#233;ennes. Lors des &#233;lections r&#233;gionales, les listes pr&#233;sent&#233;es par ANTARSYA (la coalition d'extr&#234;me-gauche) ont obtenu un score national d'environ 2 % et, lors des &#233;lecctions europ&#233;ennes, seulement une semaine plus tard, 0,25 %,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, il est assez clair que certains secteurs tr&#232;s impliqu&#233;s dans les mobilisations et dans les mouvements sociaux, &#224; un niveau local ou syndical, tendent &#224; appuyer ou &#224; se regrouper autour d'initiatives ou de structures dirig&#233;es par des activistes d'extr&#234;me-gauche. Mais, &#224; l'heure de la repr&#233;sentation politique. SYRIZA agit comme repr&#233;sentation politique cl&#233; pour toute cette constellation de forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que l'une des &#233;volutions les plus significatives durant la derni&#232;re p&#233;riode s'est traduite par le fait que la division persistant au sein de la gauche radicale se produit maintenant entre un KKE tr&#232;s retranch&#233;, sectaire et isol&#233;, et tout le reste de la gauche (SYRIZA, ANTARSYA, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur le d&#233;veloppement de la Plateforme de gauche, depuis 2012 : ses composantes, sa croissance, son degr&#233; de coh&#233;rence, etc. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : La Plateforme de gauche a deux composantes : le Courant de gauche est une esp&#232;ce de courant communiste traditionnel, form&#233; essentiellement par des syndicalistes, et contr&#244;le la majorit&#233; du secteur syndical de SYRIZA. Dans leur grande majorit&#233;, ces personnes viennent du KKE, dont ils se sont s&#233;par&#233;s lors de la derni&#232;re rupture au sein de ce parti en 1991. Ensuite il y a la composante trotskyste (DEA et KOKKINO, qui ont r&#233;cemment fusionn&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Plateforme de gauche a &#233;t&#233; mise sous une intense pression par la direction, mais aussi par le mode d'apr&#232;s lequel le fonctionnement et la structure du parti se sont d&#233;velopp&#233;s durant et apr&#232;s le processus d'unification. Cette pression de la majorit&#233; du parti se combine avec des raisons plus structurelles, vu l'&#233;volution de la forme du parti et le reflux des mouvements et des mobilisations en Gr&#232;ce durant la derni&#232;re p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces facteurs eurent une influence n&#233;gative, ou auraient pu l'avoir, sur le poids relatif de la Plateforme de gauche. Mais, en g&#233;n&#233;ral, la Plateforme de gauche a r&#233;sist&#233; assez bien aux pressions. Sa diversit&#233; relative a agi comme une force. Sous cet aspect, nous pourrions dire que malgr&#233; le fait que la Plateforme de gauche est constitu&#233;e de deux cultures politiques diff&#233;rentes, sa coh&#233;sion interne est bien meilleure que celle du bloc majoritaire du parti, qui est un regroupement de cultures politiques beaucoup plus h&#233;t&#233;rog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la majorit&#233;, par exemple, tu peux trouver des gens qui viennent de la social-d&#233;mocratie conventionnelle, ainsi que des activistes qui se sentent plus proches de l'extr&#234;me-gauche, des personnes &#171; mouvementistes &#187; orient&#233;es vers les d&#233;nomm&#233;s nouveaux mouvements sociaux et des figures r&#233;formistes tr&#232;s traditionnelles, provenant de l'eurocommunisme ou du KKE, mais aussi des nationalistes de gauche, qui viennent habituellement du PASOK, et les formes les plus extr&#234;mes d'anti-nationalisme (une version grecque du ph&#233;nom&#232;ne anti-allemand).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Parles-nous des mao&#239;stes (KOE) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Les mao&#239;stes sont bien s&#251;r plus proches de ce premier p&#244;le nationaliste de gauche. Ainsi, le niveau d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; est g&#233;n&#233;ralement plus grand du c&#244;t&#233; de la majorit&#233;. Je pense que le succ&#232;s de la Plateforme de gauche, durant la p&#233;riode entre les &#233;lections de 2012 et le congr&#232;s de fondation, r&#233;side dans le fait d'avoir attir&#233; une couche plus large d'activistes, qui ne s'identifient ni au Courant de gauche, ni aux trotskystes, et qu'en r&#233;alit&#233; peu leur importe ces distinctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui leur importe, c'est d'appuyer une opposition interne de gauche ou une perspective de gauche, une perspective plus clairement radicale dans SYRIZA. Pour cette raison, les tactiques manipulatrices de la majorit&#233; durant le congr&#232;s de fondation ont d&#233;clench&#233; un contrecoup et ont fini par renforcer le poids de la Plateforme de gauche, y compris durant les jours m&#234;mes du Congr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fini par obtenir plus de 30 % des d&#233;l&#233;gu&#233;s, y compris en tenant compte du fait que nous &#233;tions sous-repr&#233;sent&#233;s parmi les d&#233;l&#233;gu&#233;s, par rapport aux votes obtenus dans le parti. On peut y ajouter le 1,5 % des votes obtenus par la Plateforme communiste (form&#233;e par les partisans de la Tendance marxiste internationale, dirig&#233;e par Alan Woods).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le congr&#232;s de fondation, l'&#233;volution a &#233;t&#233; positive non seulement pour la Plateforme de gauche, mais plus g&#233;n&#233;ralement pour le bilan des forces internes de SYRIZA, parce que la majorit&#233; du parti s'est fissur&#233;e durant la p&#233;riode des derni&#232;res &#233;lections r&#233;gionales, locales et europ&#233;ennes. Pour pr&#233;cis&#233;ment, l'aile gauche de la majorit&#233; &#8211; form&#233;e principalement par les mouvementistes et par une rupture &#224; gauche du courant de Tsipras dans SYNASPISMOS (Unit&#233; de gauche) &#8211; s'est d&#233;marqu&#233;e du reste. (Dans un style typiquement grec, le r&#233;sultat de ce processus, c'est que nous avons une Unit&#233; de gauche de gauche [sic] et une Unit&#233; de gauche de droite [sic] autour de Tsipras).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche de la majorit&#233; s'est unie autour de la &#171; Plateforme des cinquante-trois &#187;, form&#233; par 53 membres du comit&#233; central et quelques parlementaires en juin 2014, imm&#233;diatement apr&#232;s les &#233;lections europ&#233;ennes. Ils ont fortement critiqu&#233; les tentatives de Tsipras pour attirer des politiciens de l'establishment, son d&#233;veloppement d'une campagne qui ne donnait pas un r&#244;le suffisamment grand aux mobilisations et aux mouvements sociaux, un style de campagne tr&#232;s centr&#233; sur lui comme personne et structur&#233; autour des techniques et des trucs de relations publiques, et aussi son att&#233;nuation de quelques axes cruciaux du programme &#8211; plus sp&#233;cifiquement sur des questions comme la dette, la nationalisation des banques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Si la Plateforme de gauche a obtenu plus de 30 % des suffrages au congr&#232;s de fondation (plus le 1,5 % des partisans d'Alan Woods), y a-t-il eu une mani&#232;re de mesurer depuis lors son influence &#224; l'int&#233;rieur du parti ? Et comment estimes-tu le poids du groupe Unit&#233; de gauche de gauche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Mon sentiment est que &#8211; &#231;a se r&#233;fl&#232;te du moins au niveau du comit&#233; central &#8211; la Plateforme de gauche et les ailes gauches du bloc majoritaire sont en r&#233;alit&#233; la majorit&#233; &#224; l'int&#233;rieur du parti. Et nous l'avons vu durant la derni&#232;re p&#233;riode, par exemple sur la question cruciale des alliances. La direction pr&#244;nait fortement une alliance avec DIMAR, mais sans succ&#232;s : car la r&#233;action &#224; l'int&#233;rieur du parti fut &#233;crasante, et le moteur de cette r&#233;action, ce furent ces deux composantes de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; que la question de l'euro &#339;uvre &#224; emp&#234;cher une plus grande coh&#233;sion dans ce que nous pouvons appeler maintenant la gauche large du parti, il se trouve n&#233;anmoins que la marge de man&#339;uvre est devenue plus limit&#233;e pour la direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, la majorit&#233; de la direction s'est davantage autonomis&#233;e du parti et a ignor&#233; les d&#233;cisions de celui-ci. Je ne parle pas ici d'une simple division entre la base et la direction. Je veux dire que cette derni&#232;re s'est autonomis&#233;e par rapport &#224; l'ensemble du parti. Et c'est bien s&#251;r un risque tr&#232;s s&#233;rieux pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; central a &#233;t&#233; convoqu&#233; tr&#232;s peu fr&#233;quemment, et chaque fois davantage des d&#233;cisions cruciales se prennent de mani&#232;re tr&#232;s opaque, comme produit de constantes n&#233;gociations entre plusieurs groupes et lobbies qui tentent d'imposer leurs points de vue, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Et pourquoi estimes-tu la Plateforme de gauche si solide ? Je veux dire, ils savent ce qu'ils affrontent &#8211; la majorit&#233; -, mais dans quelle mesure sont-ils unis et en faveur de quoi le sont-ils, sp&#233;cialement dans un contexte o&#249; la perspective est le pouvoir gouvernemental, o&#249; alors il existe des offres potentielles de travaux, de postes gouvernementaux, etc. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, le niveau de coh&#233;sion- non seulement n&#233;gativement, mais aussi positivement &#8211; de la Plateforme de gauche est de loin sup&#233;rieur &#224; celui de la majorit&#233; du parti. Y compris en termes de son intervention programmatique, elle a plus de coh&#233;sion, elle est plus coh&#233;rente. Ici, le r&#244;le de Costas Lapavitsas et de son intervention sur le front &#233;conomique a &#233;t&#233; assez crucial, en offrant une comp&#233;tence sp&#233;cifique sur un grand nombre de th&#232;mes &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un aspect tr&#232;s caract&#233;ristique de la majorit&#233;, c'est que ses points de vue ne sont absolument pas plus coh&#233;rents. Certains, pour prendre un exemple sp&#233;cifique, adoptent une attitude tr&#232;s ferme sur le th&#232;me de la dette. Ils se prononcent pour faire absolument du d&#233;faut une option : nous devrions soutenir fermement la demande d'annuler la plus grande partie de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand on leur demande : &#171; D'accord, mais que feras-tu si nous optons pour le d&#233;faut ? Cette option est-elle viable sans sortir de l'euro ? &#187; (une cons&#233;quence quasi-imm&#233;diate, et non une question de choix), ils pr&#233;f&#232;rent refuser de r&#233;pondre et &#233;ludent le th&#232;me en disant que cela d&#233;pendra du rapport de forces g&#233;n&#233;ral en Europe. Par contre, la Plateforme de gauche a des r&#233;ponses beaucoup plus pr&#233;cises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal th&#232;me de diff&#233;renciation interne dans la Plateforme de gauche &#8211; c'est une cons&#233;quence quasi-automatique, ou naturelle, ou in&#233;vitable, des deux cultures qui y coexistent &#8211; sont les d&#233;saccords sur des th&#232;mes g&#233;opolitiques et de politique ext&#233;rieure. Le Courant de gauche a une vision communiste et anti-imp&#233;rialiste plus traditionnelle de la politique ext&#233;rieure. Par ailleurs, il n'est pas hostile, il est m&#234;me en faveur, aux r&#233;f&#233;rences nationales, ou &#224; la combinaison entre les r&#233;f&#233;rences de classes et les r&#233;f&#233;rences nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, DEA a un type de culture plus internationaliste (ou qu'il consid&#232;re comme tel). Cela signifie que, sur des th&#232;mes comme Chypre, les rapports avec la Turquie, l'Ukraine ou des questions de ce type, il y a des diff&#233;rences, avec des nuances qui d&#233;pendent de la question sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Comment la Plateforme de gauche affronte-t-elle une possible victoire de SYRIZA ? Y a-t-il une ligne commune sur le fait de ne pas participer au gouvernement, de ne pas accepter de postes minist&#233;riels, ou sur quel type de mobilisations extra-parlementaires ou sociales ils pourraient int&#233;grer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je pense que ce qui d&#233;finit non seulement la Plateforme de gauche, mais la gauche large dans SYRIZA &#8211; qui inclut une partie substantielle du bloc majoritaire -, c'est le fait qu'elle voit la perspective d'acc&#233;der au pouvoir gouvernemental comme un moyen pour d&#233;clencher la mobilisation sociale. R&#233;ellement, elle le pense s&#233;rieusement, car elle est immerg&#233;e dans un type de pratique orient&#233;e vers la mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa conception m&#234;me du parti et de la signification du processus politique s'oriente vers l'activisme, pour le dire rapidement. Il est assez clair que le type de cadre politique propos&#233; par Tsipras ou par la majorit&#233; de la direction durant cette derni&#232;re p&#233;riode tend &#224; donner un r&#244;le beaucoup plus limit&#233; aux mobilisations et aux mouvement sociaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour donner un seul exemple, en 2012, Tsipras soulignait tr&#232;s fortement que la perspective n'&#233;tait pas seulement un gouvernement de SYRIZA, mais un gouvernement de toute la gauche anti-aust&#233;rit&#233; ; mais &#231;a ne veut pas dire grand-chose, parce qu'il est clair que ni l'extr&#234;me-gauche, ni le KKE, n'accepteront jamais ce type de collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi &#8211; et c'est au moins tout aussi important &#8211; ce serait le gouvernement de la gauche anti-aust&#233;rit&#233; et des mouvements sociaux. A l'&#233;poque, Tsipras se r&#233;f&#233;rait sp&#233;cifiquement &#224; l'exp&#233;rience de la Bolivie : l'une des initiatives les plus significatives prises par SYRIZA, entre les &#233;lections de mai et juin 2012, fut d'appeler &#224; une sorte d'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des mouvements pour un dialogue avec la direction de SYRIZA. Ce fut un &#233;v&#233;nement absolument extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La participation de dirigeants de campagnes, de syndicats et des choses de ce genre, dans un dialogue avec Tsipras et d'autres membres de la direction, a donn&#233; une image tr&#232;s forte du type de perspective politique et sociale que SYRIZA d&#233;fendait &#224; l'&#233;poque. Dans la derni&#232;re p&#233;riode, il ne s'est rien produit de semblable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, nous devons dire que toute l'atmosph&#232;re en Gr&#232;ce a chang&#233; dramatiquement depuis lors : il y a eu un reflux des mouvements sociaux, combin&#233; &#224; une atmosph&#232;re de relative d&#233;moralisation et passivit&#233; &#8211; malgr&#233;, bien s&#251;r, d'importantes luttes sectorielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des nuances, bien s&#251;r, l'atmosph&#232;re g&#233;n&#233;rale dans le pays est tr&#232;s diff&#233;rente de celle en 2012 : elle est marqu&#233;e sp&#233;cialement par le reflux de la mobilisation sociale, par cons&#233;quent la ligne de SYRIZA selon cette perspective consiste plut&#244;t &#224; s'adapter &#224; la tendance dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Alors, la Plateforme de gauche aurait pour mod&#232;le quelque chose comme le Front populaire en France, o&#249; le gouvernement de gauche est le levier pour mobiliser les luttes de classe et les mouvements sociaux en dehors, et qui alors font pression sur le gouvernement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pied en dedans et l'autre en dehors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Bon, c'est difficile &#224; pr&#233;dire. Tu te r&#233;f&#232;res au gouvernement du Front populaire, mais la situation de celui-ci fut que les demandes du mouvement social diff&#233;raient compl&#232;tement du programme tr&#232;s limit&#233; du Front populaire lui-m&#234;me. Alors, les victoires, les conqu&#234;tes, les succ&#232;s du Front populaire sont venues imm&#233;diatement par la pression du mouvement de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, dans le cas de SYRIZA, je pense qu'il serait plus ad&#233;quat de voir sa victoire comme un d&#233;clencheur, parce qu'elle donne confiance et rompt avec l'atmosph&#232;re de r&#233;signation de la derni&#232;re p&#233;riode, mais aussi parce que SYRIZA prendra des mesures ouvrant un espace pour la mobilisation sociale. Sur ce dernier point, je crois que la question la plus cruciale est probablement la proposition de remettre le salaire minimum au niveau d'avant le m&#233;morandum et, peut-&#234;tre plus important, de r&#233;tablir tout le syst&#232;me de conventions collectives et de l&#233;gislation sur le travail, qui a &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;truit durant ces quatre derni&#232;res ann&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela lib&#233;rerait un espace non seulement pour les luttes, mais aussi pour la reconstruction du mouvement syndical, dont l'&#233;tat actuel en Gr&#232;ce est terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Mais sur la question des minist&#232;res et le r&#244;le &#224; jouer dans le gouvernement, n'y a-t-il pas une ligne commune ? Les gens d&#233;cideront quand la question se posera ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Non, absolument pas. Je pense que la Plateforme de gauche est tr&#232;s claire sur le fait que ce niveau d'investissement purement gouvernemental d&#233;pend du type de ligne qui pr&#233;vaudra dans les d&#233;cisions strat&#233;giques de ce gouvernement. C'est la forme d'aborder toute cette question, et non l'inverse. Je pense qu'il s'agit peut-&#234;tre de l'indicateur des diff&#233;rences que nous avons avec la pratique politique des autres : nous ne posons pas d'abord le th&#232;me des minist&#232;res, mais celui de la ligne adopt&#233;e et des d&#233;cisions strat&#233;giques-cl&#233; qui seront prises par le gouvernement. Ainsi, tout d&#233;pendra de quelle ligne pr&#233;vaudra. Et au moment o&#249; nous parlons, tout n'est pas clair. Pour le dire prudemment, beaucoup de choses ont besoin d'&#234;tre clarifi&#233;es dans le programme de SYRIZA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Le programme actuel ou celui de 2012 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je veux parler du programme actuel. Y compris la plateforme minimale pr&#233;sent&#233;e au congr&#232;s de Thessalonique et l&#233;g&#232;rement amend&#233;e r&#233;cemment par Tsipras : s'y accrocher signifie aller &#224; une grande confrontation, ce qui signifie bien s&#251;r stimuler et recevoir l'appui des la mobilisation d'un c&#244;t&#233;, et mobiliser le parti et d'autres sujets politiques et sociaux dans tout le processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que c'est le r&#244;le de la Plateforme de gauche : &#234;tre un catalyseur dans ce type de dialectique qui se fera au niveau du gouvernement et &#224; celui de la soci&#233;t&#233;. C'est la mission, peut-&#234;tre la mission historique, si les choses se passent bien, de la Plateforme de gauche. Nous avons une force tr&#232;s coh&#233;rente au sein du parti, qui peut agir comme un catalyseur d'&#233;nergies et &#233;viter l'ouverture d'une br&#232;che entre ce qui se passe au niveau de la mobilisation de base et ce qui se passe au niveau du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Comme tu le sais parfaitement, la man&#339;uvre classique serait d'offrir les minist&#232;res du Travail, des Sports et de la Culture &#224; la gauche et d'attribuer les minist&#232;res-cl&#233; &#224; l'aide droite du parti&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Oui, mais en r&#233;alit&#233; ce n'est pas le risque maintenant. A mon avis, ils ne feront pas cela, c'est l&#224; le risque maintenant. Ils offriront quelques minist&#232;res strat&#233;giques, mais peut-&#234;tre sans &#234;tre clairs sur la ligne politique. Cela signifie qu'il et ls nous lieront les mains par avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense donc que la question cruciale est de savoir si la ligne consistant &#224; prendre la charge d'un cadre de confrontation, aussi bien &#224; l'int&#233;rieur que bien s&#251;r avec l'Union europ&#233;enne et les forces europ&#233;ennes, pr&#233;vaut. Si nous allons dans cette direction, la bataille ne pourra &#234;tre gagn&#233;e sans des clarifications tr&#232;s s&#233;rieuses au sein de SYRIZA et de la gauche grecque plus g&#233;n&#233;ralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon espoir (mais je pense que c'est r&#233;aliste), c'est qu'une telle ligne provoquera des r&#233;alignements bien au-del&#224; de SYRIZA et que des secteurs, rest&#233;s aujourd'hui sceptiques et dubitatifs envers SYRIZA, dans ce type de conjoncture, prendront une positions plus d&#233;cisive. Je pense donc que nous arriverions &#224; quelque chose comme un front unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Peux-tu nous parler un peu de Panagiotis Lafanzanis, le principal porte-parole de la Plateforme de gauche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : En r&#233;alit&#233;, il en est la figure centrale &#8211; une force et aussi une faiblesse. SYRIZA est ou tend &#224; &#234;tre un parti tr&#232;s centr&#233; sur le dirigeant, et je crains que la Plateforme de gauche, et plus sp&#233;cifiquement le Courant de gauche (sa plus grande composante), soit une organisation tr&#232;s centr&#233;e sur la personne de Lafanzanis. Bien s&#251;r, Antonis Davanellos (DEA) est aussi important, mais dans la politique nationale Lafanzanis joue un r&#244;le tr&#232;s crucial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il repr&#233;sente une g&#233;n&#233;ration d'activistes qui se sont fait conna&#238;tre dans la lutte contre la dictature. C'est l'un des rares cadres de la Jeunesse communiste &#8211; moins de 10 dans toute la Gr&#232;ce &#8211; qui ont &#233;chapp&#233; &#224; l'arrestation durant toute la p&#233;riode de la dictature. Il est de cette g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est mont&#233; dans la hi&#233;rarchie du KKE dans les ann&#233;es 1970-1980, en devenant membre du Bureau politique du parti. Mais il &#233;tait plus particuli&#232;rement proche de l'ancien et historique secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du KKE (1973-1989), Harilaos Florikis. Il a quitt&#233; le parti avec un grand nombre de figures dirigeantes lors de la rupture en 1991, dont il &#233;tait une figure centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sp&#233;cificit&#233; de Lafanzanis, alors que les autres ont vir&#233; &#224; droite &#8211;, en r&#233;alit&#233;, beaucoup d'entre eux ont abandonn&#233; SYNASPISMOS ou SYRIZA, ou y sont rest&#233;s, mais en adoptant des positions beaucoup plus droiti&#232;res (comme Dragasakis) -, c'est d'&#234;tre rest&#233; un marxiste tenace et tr&#232;s coh&#233;rent, mais en rompant fermement avec le stalinisme (bien qu'il faille dire que, derri&#232;re les portes closes de la direction du KKE, il figurait au nombre des personnes d&#233;j&#224; tr&#232;s critiques envers l'Union sovi&#233;tique, &#224; la fin des ann&#233;es 1970-1980).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, au sein du KKE, de nombreuses personnes le suspectaient d'&#234;tre un crypto-eurocommuniste ; il &#233;tait tr&#232;s connu pour avoir profond&#233;ment lu Gramsci et des choses de ce genre, mais tout cela restait bien s&#251;r tr&#232;s confidentiel : on le savait seulement dans les cercles tr&#232;s internes du parti, et publiquement il d&#233;fendait la ligne officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lafanzanis est maintenant identifi&#233; comme cible par les m&#233;dias grecs, qui le voient comme l'homme de la ligne dure. C'est la figure de SYRIZA que les m&#233;dias et bien s&#251;r la droite et les forces pro-syst&#232;me aiment ha&#239;r et stigmatisent constamment. Il est pr&#233;sent&#233; comme &#171; Monsieur Anti-euro &#187; et &#171; Monsieur Rupture-avec-l'UE &#187;. Un seul exemple r&#233;cent : imm&#233;diatement apr&#232;s l'&#233;chec des n&#233;gociations entre SYRIZA et DIMAR, le principal journal grec (Ta Nea) a publi&#233; un &#233;ditorial vocif&#233;rant (non sign&#233;) en premi&#232;re page, disant &#171; Grecs, attention : vous votez pour Tsipras, mais en r&#233;alit&#233; c'est Lafanzanis qui man&#339;uvre le parti &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut comprendre l'une des principales raisons pour lesquelles les m&#233;dias, l'&#233;lite politique et la classe dominante sont hostiles SYRIZA : &#224; l'int&#233;rieur de SYRIZA, il y a des courants de gauche tr&#232;s forts. Tsipras doit en tenir compte. C'est pour cela qu'il y a des manchettes &#224; la premi&#232;re page des journaux, disant &#171; Tsipras, deviens Papandreou ! &#187; c'est-&#224;-dire : &#171; Vire l'opposition interne, et sois un vrai dirigeant. D&#233;barrasses-toi de ces gauchistes lunatiques &#224; la ligne dure &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Vu que tu as mentionn&#233; le KKE, nous pourrions aussi en parler rapidement. C'est un sujet de curiosit&#233; pour les gens. Dans quelle mesure penses-tu que sa ligne a un certain type de rationalit&#233; ou est-elle seulement suicidaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Les deux. Je pense que l'unique pr&#233;occupation du KKE consiste en r&#233;alit&#233; &#224; maintenir le parti en vie, &#224; flot. Il est clair que le r&#234;ve du KKE serait de revenir &#224; la situation de 2009, lorsqu'il &#233;tait la force dominante de la gauche radicale. C'est ce que le KKE veut vraiment. Il veut &#234;tre un parti avec un &#233;lectorat de 7-8 %, man&#339;uvrer certains secteurs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un type d'appareil tr&#232;s conservateur. Cela cr&#233;e une grande br&#232;che entre la nature interne du KKE et le type de rh&#233;torique &#171; Troisi&#232;me p&#233;riode &#187; que le KKE propage superficiellement. Au niveau du discours, on trouve de constantes r&#233;f&#233;rences &#224; la rh&#233;torique r&#233;volutionnaire, au socialisme, &#224; la classe ouvri&#232;re, au pouvoir ouvrier, etc. ; mais en r&#233;alit&#233;, durant toutes ces ann&#233;es, le KKE est rest&#233; extr&#234;mement passif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut constamment tr&#232;s hostile aux mobilisations de base. Il a condamn&#233; d'une mani&#232;re absolument folle le mouvement des places (au printemps 2011), en le d&#233;crivant comme faisant partie d'un complot anti-communiste. C'est un parti conservateur, qui n'aime pas les changements fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Mais est-ce une conception du monde organique ? N'est-elle pas impos&#233;e par les forces autoritaires de la direction ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Elle est impos&#233;e, mais ils ont un appareil tr&#232;s fort et ils ont construit un parti &#224; forte coh&#233;sion. Ils ont &#233;limin&#233; implacablement toutes les oppositions durant toutes ces ann&#233;es et ils ont r&#233;ussi &#224; conserver le contr&#244;le du parti. Je pense que les tr&#232;s pauvres r&#233;sultats obtenus lors des prochaines &#233;lections auront probablement un impact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dernier congr&#232;s du KKE, nous avons vu qu'il existait de s&#233;rieux d&#233;saccords internes, mais la direction a r&#233;ussi &#224; se d&#233;faire de la majorit&#233; des dissidents, et je pense que tout d&#233;pendra de la mani&#232;re dont se d&#233;veloppe la situation. Toute la vision du monde d&#233;velopp&#233;e par le KKE et par une partie de l'extr&#234;me-gauche consiste &#224; pr&#233;dire l'&#233;chec et la trahison de SYRIZA. Ils y appellent, et &#231;a prend une dimension de proph&#233;tie auto-accomplie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective a jou&#233; un r&#244;le et nous devons en tenir compte. Je ne le dis pas pour excuser la direction de SYRIZA de ses responsabilit&#233;s. Le fait que ces forces fassent tout leur possible pour isoler SYRIZA de toute force au sein de la gauche radicale a certainement facilit&#233; les tentatives de mod&#233;rer la ligne et le cadre du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur id&#233;e est pr&#233;cis&#233;ment que cet &#233;chec imminent de SYRIZA d&#233;bouchera sur la radicalisation des masses et les lib&#233;rera de leurs illusions r&#233;formistes. Mais elle est rejet&#233;e cat&#233;goriquement par des secteurs croissants de la soci&#233;t&#233; grecque, qui la voient pour ce qu'elle est, une ligne compl&#232;tement irresponsable et assez folle. Le r&#233;sultat, c'est une perte de forces, qui pourrait changer seulement si la situation se r&#233;chauffe dans la p&#233;riode &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Pour la premi&#232;re fois en Europe, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, un parti de la gauche radicale a battu les sociaux-d&#233;mocrates dans les &#233;lections. SYRIZA a d&#233;pass&#233; le PASOK gr&#226;ce &#224; sa propre mont&#233;e, mais c'est aussi d&#251; &#224; l'effondrement du vote social-d&#233;mocrate. Penses-tu que cette domination peut durer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : La th&#233;rapie de choc appliqu&#233;e &#224; la Gr&#232;ce a produit les m&#234;mes r&#233;sultats politiques que dans d'autres pays du Sud o&#249; elle avait &#233;t&#233; appliqu&#233;e auparavant. Le vieux syst&#232;me politique s'est effondr&#233; et, pour la premi&#232;re fois d ans l'apr&#232;s-guerre, cela se passe dans un pays d'Europe occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux principaux partis ont &#233;t&#233; frapp&#233;s : le PASOK mais aussi, quoiqu'&#224; un degr&#233; moindre, Nea Demokratia. En 2012, celle-ci a perdu 20 % de son appui, ce qui repr&#233;sente la plus faible quantit&#233; de vote obtenue par la droite durant toute la p&#233;riode o&#249; la Gr&#232;ce est devenue un Etat ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement qualitatif du PASOK est m&#234;me plus s&#233;rieux que ne le sugg&#232;rent les chiffres &#224; l'&#233;chelle nationale. Dans les principaux centres urbains, le PASOK est sorti &#224; la 6e ou &#224; la 7e place. Dans la majorit&#233; des districts concernant la classe travailleuse, qui &#233;taient ses bastions, il fut battu par les n&#233;o-nazis d'Aube Dor&#233;e. Il a obtenu seulement 2,6 % des votes parmi les &#233;lecteurs de 18-24 ans, et la plus grande partie de son &#233;lectorat (13,4 % des votes) se compose de retrait&#233;s et d'habitants des r&#233;gions rurales et des petits villages de province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Ainsi, nous pourrions dire qu'aux yeux des Grecs le PASOK a &#233;t&#233; totalement discr&#233;dit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Le parti a &#233;t&#233; totalement d&#233;truit. De fait, il reste au PASOK le r&#233;sidu de ses vieux r&#233;seaux client&#233;laires de parti-Etat. Les deux partis au pouvoir apr&#232;s la chute de la dictature des colonels furent des partis de masse, mais aussi des partis d'Etat : c'est-&#224;-dire tr&#232;s li&#233;s &#224; l'Etat et &#224; la redistribution des postes et des ressources qu'ils pouvaient contr&#244;ler gr&#226;ce &#224; leur contr&#244;le de l'appareil d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PASOK et Nea Demokratia travaillaient gr&#226;ce &#224; des r&#233;seaux client&#233;laires. Cela n'impliquait pas seulement les faveurs traditionnelles entre les &#233;lites existantes, mais bien un client&#233;lisme bas&#233;s sur de grands appareils bureaucratiques, y compris le mouvement syndical. Nea Demokratia est en v&#233;rit&#233; un &#171; parti populaire de droite &#187;, comparable &#224; la d&#233;mocratie-chr&#233;tienne allemande et qui pouvait compter sur une aile syndicale assez significative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Aujourd'hui, il n'y a pas de rapports entre SYRIZA et le PASOK&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Hors de la Gr&#232;ce, il est difficile d'imaginer le gouffre qui s&#233;pare le PASOK non seulement de la gauche radicale, mais aussi de la soci&#233;t&#233; grecque elle-m&#234;me. Depuis les ann&#233;es 1990, pour le KKE, et depuis le milieu de la d&#233;cennie 2000 pour Syriza, il n'y a pas d'alliance possible ou d&#233;sirable entre le PASOK et la gauche radicale, &#224; aucun niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Donc, la raison pour laquelle il existe un cordon sanitaire autour du PASOK, c'est que le reste de la gauche grecque ne le consid&#232;re plus comme un parti de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Tu dois comprendre une chose sur le langage de la gauche grecque. Jusqu'en 1974, il n'y eut aucun parti socialiste en Gr&#232;ce et, dans notre lexique politique grec, dire : &#171; Je suis de gauche &#187; signifie : &#171; Je suis &#224; la gauche du PASOK &#187;. En v&#233;rit&#233;, le PASOK n'a jamais &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme un parti de gauche au sens grec du mot. En Gr&#232;ce, la gauche est li&#233;e &#224; la tradition communiste, au sens large du terme. Et cela exclut les sociaux-d&#233;mocrates comme le PASOK.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Parlons du recentrage de la ligne de SYRIZA durant cette derni&#232;re ann&#233;e. Que s'est-il pass&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Essentiellement, ce dont nous parlons &#224; propos du d&#233;nomm&#233; recentrage du parti concerne le fait que le discours du parti est devenu une sorte de discours &#224; deux ou trois niveaux. Tsipras et la direction du parti ont d&#233;velopp&#233; de nombreux niveaux de discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux principaux &#233;conomistes du parti &#8211; qui repr&#233;sentent r&#233;ellement les tendances les plus droiti&#232;res au sein de SYRIZA, Yanis Dagrasakis et Gorgios Stathakis, d'une mani&#232;re beaucoup plus directe dans le cas de Stathakis et avec beaucoup plus de man&#339;uvre tactique dans le cas de Dragasakis &#8211; ont d&#233;velopp&#233; leurs propres approches distinctives des th&#232;mes &#233;conomiques, qui sont syst&#233;matiquement distincts des d&#233;cisions prises par les congr&#232;s du parti et de sa position officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;quemment, Tsipras a d&#251; intervenir pour r&#233;tablir quelque &#233;quilibre, mais ce processus signifie que la position initiale, la position du congr&#232;s en 2013, a &#233;t&#233; lav&#233;e. Par exemple, Dragasakis et Stathakis affirm&#232;rent qu'un gouvernement de SYRIZA n'agirait jamais unilat&#233;ralement par rapport &#224; la dette, mais la d&#233;cision du congr&#232;s du parti dit explicitement que toutes les armes sont pos&#233;es sur la table et qu'on ne peut rien &#233;carter si les cr&#233;anciers exercent un chantage sur un gouvernement de SYRIZA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux ont &#233;t&#233; parfois peu clairs, en fonction de l'interlocuteur et de l'assistance qu'ils avaient en face, y compris sur la question de l'annulation des m&#233;morandums ou sur le fait pour SYRIZA de demander l'annulation de toute la dette ou seulement d'une partie de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, ces derniers temps, Tsipras a beaucoup voyag&#233;. C'&#233;tait n&#233;cessaire, parce qu'il dirige un parti qui avait jusqu'&#224; r&#233;cemment environ 5 % des votes et manquait de toute cr&#233;dibilit&#233; comme chef d'Etat. Il avait besoin d'am&#233;liorer sa cr&#233;dibilit&#233;, pour ne pas dire sa connaissance de la sc&#232;ne internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il a visit&#233; des lieux ou des institutions patronn&#233;s par l'establishment ou m&#234;me par l'oligarchie &#233;conomique, comme le Forum Ambrosetti. Ce sont des clubs tr&#232;s ferm&#233;s o&#249; les gens les plus importants du commerce et de la finance se r&#233;unissent pour discuter. Tsipras donnait l'impression, dans ces lieux, de pr&#233;senter une version beaucoup plus timide du cadre du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, lors de son s&#233;jour &#224; New York, dans son discours au Brooking Institute, il fit des r&#233;f&#233;rences r&#233;p&#233;t&#233;es au New Deal et &#224; Franklin Roosevelt. A Austin (Texas), il dit que SYRIZA n'abandonnerait jamais l'euro, alors que la position du parti &#8211; et lui-m&#234;me l'a dit ensuite &#8211; &#233;tait que nous ne voulions pas rester inconditionnellement dans l'euro, sans nuances, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela a cr&#233;&#233; l'impression que, sur les th&#232;mes strat&#233;giques les plus cruciaux, SYRIZA n'a pas une clart&#233; compl&#232;te et qu'il tient diff&#233;rents types de discours, provoquant donc le scepticisme sur ses intentions r&#233;elles et sur sa d&#233;termination &#224; r&#233;sister aux pressions dont toute personne sens&#233;e sait qu'un gouvernement de SYRIZA devra affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a d&#233;clench&#233; constamment des cycles de d&#233;bats et d'argumentations internes dans le parti. Le r&#233;sultat de ce processus, parfois douloureux, fut tr&#232;s infructueux. Je pense que ce fut n&#233;cessaire, mais &#8211; comme je l'ai dit &#8211; parfois douloureux. Finalement, &#231;a a eu un co&#251;t, mais au moins SYRIZA n'a pas reni&#233; publiquement ses promesses fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous le voyons maintenant en r&#233;alit&#233;. Malgr&#233; un manque de clart&#233; sur les moyens pour r&#233;aliser nos promesses, il est devenu clair pour tous que la proposition de SYRIZA a tr&#232;s peu &#224; voir avec l'agenda de tout parti social-d&#233;mocrate europ&#233;en actuel. C'est un agenda de v&#233;ritable rupture avec le n&#233;o-lib&#233;ralisme et l'aust&#233;rit&#233;. SYRIZA appara&#238;t comme porteur d'un type de culture politique li&#233; &#224; un radicalisme social, politique et y compris id&#233;ologique, qui est toutefois tr&#232;s inscrit dans l'ADN du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie pas qu'il ne peut pas y avoir de surprises ; cela ne signifie pas que nous ayons des garanties que les choses ne finiront pas mal. Mais cela signifie qu'il existe une possibilit&#233; de d&#233;placer, de mani&#232;re d&#233;cisive, le rapport de forces entre les classes. En Gr&#232;ce, le peuple est conscient, dans un &#233;ventail de forces beaucoup plus large maintenant, qu'il s'agit de la seule possibilit&#233; r&#233;elle et que si nous sommes battus, ce serait une d&#233;faite pour toute la p&#233;riode historique &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Y a-t-il eu un effet collat&#233;ral de ce processus durant la derni&#232;re p&#233;riode ? John Milios est connu dans le monde anglophone pour ses livres et maintenant pour son entretien avec The Guardian et il semble avoir pris ses distances avec la direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : R&#233;cemment, Milios n'avait pas une position strat&#233;gique tr&#232;s sp&#233;cifique dans la principale &#233;quipe &#233;conomique (Dragasakis et Stathakis menaient le jeu). Son r&#244;le consista &#224; fournir une esp&#232;ce d'argumentation marxiste contre les adeptes d'une rupture, ou d'une claire rupture, avec l'Union europ&#233;enne, et plus sp&#233;cifiquement sur le th&#232;me de l'euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milios a fourni de nombreux arguments de type marxiste et radical en disant que rompre avec l'euro signifiait la d&#233;valuation du travail, un recul vers des positions nationalistes. Il accusait plus ou moins - d'une mani&#232;re qu'il avait d&#233;velopp&#233; th&#233;oriquement pour lui-m&#234;me durant des d&#233;cennies &#8211; les partisans d'une rupture avec l'euro de recycler le vieux type de cadre &#171; d&#233;veloppementiste &#187; des ann&#233;es 1970 du centre vers la p&#233;riph&#233;rie, et d'avoir pour v&#233;ritable projet politique le d&#233;veloppement d'un capitalisme grec nationalement centr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de cette perspective, il pr&#233;sumait qu'&#233;viter &#224; tout prix la rupture avec l'euro fonctionnait comme une garantie mystique pour une perspective internationaliste et socialiste. Cela signifiait, en termes de choix concrets, que Milios d&#233;fendait les positions timidement r&#233;formistes de Dragasakis et Stathakis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milios a commenc&#233; de s'en distancer &#224; deux niveaux. Premi&#232;rement sur la question des alliances politiques o&#249; il est clair que, sans nuances, il ne veut pas d'une ouverture aux personnes qui viennent du PASOK ou qui sont des vieux &#233;l&#233;ments de l'establishment. Il rejette aussi l'adoucissement des aspects anti-n&#233;o-lib&#233;raux du programme. Je pense qu'il est tr&#232;s d&#233;&#231;u par le fait que finalement SYRIZA n'a pas une &#233;laboration sp&#233;cifique sur le th&#232;me de la r&#233;forme fiscale (qui &#233;tait un de ses principaux th&#232;mes), c'est-&#224;-dire des politiques redistributives audacieuses (pr&#233;lever des imp&#244;ts sur les riches, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est assez peu clair ce que fera SYRIZA avec les banques et avec les privatisations. Certainement, il annulera au moins quelques-uns des cas les plus scandaleux de liquidation des actifs publics &#224; des prix compl&#232;tement ridicules. Mais les affirmations r&#233;centes de Dragasakis et Stathakis sur les banques et les privatisations sont tr&#232;s r&#233;confortantes, en recul clair sur les d&#233;cisions et les promesses du congr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, il y a des th&#232;mes tr&#232;s importants qu'un gouvernement de SYRIZA devra affronter, m&#234;me pas &#224; long ou &#224; moyen terme, mais imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Peut-&#234;tre peux-tu nous dire quelque chose sur la s&#233;rie de candidats choisis par la majorit&#233; avant les prochaines &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je pense qu'une fois de plus, c'est une question tr&#232;s r&#233;elle dans le parti. Au niveau des branches du parti, et aussi au niveau des r&#233;gions, toutes les tentatives de cette vieille &#233;lite politique &#8211; localement ou nationalement &#8211; de s'infiltrer, de conqu&#233;rir des postes ou des positions, ont &#233;chou&#233;. Elles furent rejet&#233;es par des majorit&#233;s &#233;crasantes, et cela indique aussi que la Plateforme de gauche et la &#171; gauche large &#187; du parti ne sont pas des secteurs isol&#233;s, mais qu'elles peuvent r&#233;ellement imposer leurs visions sur des th&#232;mes tr&#232;s cruciaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action de Tsipras et de la direction consista d'abord &#224; retarder syst&#233;matiquement les sessions du comit&#233; central, paralysant ainsi ce niveau des prises de d&#233;cisions. Gr&#226;ce &#224; cela, la direction obtint carte blanche pour 50 des 450 candidat-e-s (il y a 300 parlementaires, mais il y avait 450 candidat-e-s). En clair, c'est seulement maintenant que nous connaissons la composition finale de toutes les listes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'une collaboration avec DIMAR &#233;choua &#224; cause de la r&#233;action qu'elle rencontra. De nombreux candidats, aussi &#224; l'&#233;chelle locale, furent rejet&#233;s par les f&#233;d&#233;rations et les branches locales. Et maintenant il y a une bataille &#224; propos des personnes qui ont &#233;t&#233; parachut&#233;es sur d&#233;cision du sommet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le fait que Costas Lapavitsas ait &#233;t&#233; accept&#233; comme candidat repr&#233;sente un succ&#232;s important. Il y eut une discussion &#224; ce propos lors des &#233;lections europ&#233;ennes, et finalement sa candidature avait &#233;t&#233; rejet&#233;e par la majorit&#233; de la direction du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s important, parce que Lapavitsas n'est pas seulement un individu : il est r&#233;ellement le symbole d'un cadre tr&#232;s sp&#233;cifique et d&#233;termin&#233; sur tout le th&#232;me de comment combattre la crise, l'Europe, la dette, l'ensemble des th&#232;mes &#233;conomiques. Et l'avoir sur la liste et comme parlementaire cr&#233;dibilise SYRIZA : lorsqu'il dit &#171; R&#233;ellement, toutes les options sont sur la table &#187;, il le dit vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Si SYRIZA gagne la premi&#232;re place aux &#233;lections parlementaires, il aura besoin de former une majorit&#233; parlementaire. Est-ce possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je n'&#233;carterais pas une victoire &#233;crasante de SYRIZA. Les sondages lui donnent 35 %, nous ne sommes donc pas loin d'une majorit&#233; absolue, vu que le syst&#232;me &#233;lectoral grec donne un bonus de 50 si&#232;ges au parti vainqueur. Ainsi, il est possible et m&#234;me probable que SYRIZA remporte une majorit&#233; absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'il n'a aucun alli&#233; &#233;vident : le KKE a &#233;cart&#233; toute alliance, alors que DIMAR &#8211; qui faisait partie, il y a un an, de la coalition gouvernementale, a &#233;t&#233; balay&#233;. C'est l'une des difficult&#233;s &#224; affronter, mais nous ne devrions pas oublier que, d'une certaine mani&#232;re, cela exprime une question politique cruciale : apr&#232;s tout, certaines personnes veulent mod&#233;rer les positions de SYRIZA, en pensant aux concessions qu'il faudra faire pour pouvoir construire des alliances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lectorat grec est conscient de cela, et il pourrait tr&#232;s bien donner &#224; SYRIZA une majorit&#233; claire pour qu'il puisse faire avancer son programme sans devoir faire de concessions, en disposant d'une majorit&#233; parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Que penses-tu de l'attitude de Nea Demokratia, qui joue beaucoup la carte de la &#171; terreur rouge &#187; et de la peur du chaos si SYRIZA gagne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Il faut comprendre qu'apr&#232;s quatre ann&#233;es de m&#233;morandums, non seulement la droite grecque mais aussi le centre-gauche (ou ce qu'il en reste) sont des formations extr&#234;mement autoritaires, adeptes d'une politique de la main de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuel premier ministre, Antonis Samaras (Nea Demokratia), vient de l'aile nationaliste de ce parti, et son entourage provient en majorit&#233; de l'extr&#234;me-droite. Il s'agit d'une droite r&#233;actionnaire qui joue avec les r&#233;flexes profond&#233;ment anti-communistes d'une partie de la population grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement utilise une rh&#233;torique de peur : il n'a pas d'autres arguments. Cela fait partie de sa vision autoritaire, &#171; muscl&#233;e &#187;, de la politique. En cas d'&#233;chec de SYRIZA, les perspectives du pays seront tr&#232;s r&#233;actionnaires et autoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Quelles sont les priorit&#233;s de SYRIZA pour la Gr&#232;ce ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Il y a quatre choses principales qu'il faut travailler &#8211; et je ne les mets pas dans un ordre particulier. La premi&#232;re consiste en des mesures d'urgente pour combattre les aspects les plus traumatiques du d&#233;sastre de ces derni&#232;res ann&#233;es : reconnecter la fourniture d'&#233;lectricit&#233; dans tous les foyers, des rations scolaires pour tous les enfants, et r&#233;tablir un service de sant&#233; digne de ce nom &#8211; actuellement, un tiers de la population est exclue du syst&#232;me de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde : d&#233;manteler le noyau dur des m&#233;morandums. Cela signifierait de remettre le salaire minimum &#224; son niveau d'avant 2010, ainsi que r&#233;cup&#233;rer les accords de n&#233;gociation collective et la l&#233;gislation sociale qui furent enti&#232;rement d&#233;truits. Cela ouvrirait un champ d'action pour les travailleurs et d&#233;boucherait sur des am&#233;liorations imm&#233;diates. Nous devons aussi nous d&#233;faire des imp&#244;ts absurdes sur la propri&#233;t&#233; que l'Etat a soutir&#233;s &#224; la population durant de nombreuses ann&#233;es. Tout cela n'est pas n&#233;gociable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me (&#224; travailler) est la dette, et ici il y aura une n&#233;gociation. Il n'y a pas de chances de mettre de l'ordre en Gr&#232;ce tant que les services de la dette sous le r&#233;gime du m&#233;morandum continuent de passer le pays &#224; la moulinette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu un bain de sang avec les coupes aux d&#233;penses publiques et sociales pour obtenir des budgets b&#233;n&#233;ficiaires afin de payer la dette et d'en finir avec la n&#233;cessit&#233; de la financer. C'est impraticable. Les budgets b&#233;n&#233;ficiaires ne pourront jamais &#234;tre suffisants pour payer les co&#251;ts de la dette, dont la charge a augment&#233; pendant que le PBI chutait &#8211; maintenant, la dette a atteint le 177 % du PIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons besoin de trouver une solution &#224; cette situation. SYRIZA insistera sur une solution similaire &#224; celle qui fut demand&#233;e dans le cas de l'Allemagne en 1953 : annuler la plus grande partie de la dette, payer le reste d'apr&#232;s les termes d'une clause de croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que ferons-nous en cas de refus des Europ&#233;ens ? Une fois de plus, toutes les options sont sur la table ; mais Syriza ne reculera pas, ni ne se laissera soumettre &#224; un chantage, au contraire d'Anastassiades, le pr&#233;sident chypriote de droite, au printemps 2013, quand le parlement de son pays a rejet&#233; unanimement le plan de sauvetage financier propos&#233; par l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me (&#224; travailler), c'est le d&#233;collage de l'&#233;conomie qui a &#233;t&#233; d&#233;truite, pour combattre le ch&#244;mage massif (26 %, et 50 % des jeunes) que la Gr&#232;ce exp&#233;rimente actuellement. Seul, l'investissement public peut y rem&#233;dier. C'est une question tr&#232;s compliqu&#233;e, mais nous avons besoin de relancer l'&#233;conomie d'une mani&#232;re qui corresponde aux besoins sociaux et environnementaux, en contraste avec la situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Imaginons donc que les &#233;lections ont eu lieu et que SYRIZA a obtenu une majorit&#233; sans devoir se confier &#224; des alli&#233;s peu fiables. Une victoire &#233;crasante. Comme tu le sais, Paul Mason a &#233;crit une pi&#232;ce sur les p&#233;rils pour SYRIZA, dans les premi&#232;res semaines apr&#232;s un tel &#233;v&#233;nement, et sur les types d'&#233;normes pressions dont il ferait l'objet, tant de la part des march&#233;s que de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, la ligne de Tsipras consiste &#224; mettre entre parenth&#232;ses l'Union europ&#233;enne et &#224; penser que ce serait suffisant, que la crise que la Gr&#232;ce causerait dans l'eurozone serait suffisante pour calmer les choses. Quelle est ta perception de cette strat&#233;gie, et comment SYRIZA est-il pr&#233;par&#233; &#224; ce type de pression ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Premi&#232;rement, on ne se rend pas compte de la violence du climat politique g&#233;n&#233;ral et des campagnes &#233;lectorales en Gr&#232;ce. Honn&#234;tement, &#231;a ressemble bien plus &#224; une campagne &#233;lectorale d'un pays d'Am&#233;rique latine que d'un pays europ&#233;en.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le cadre et les types de rh&#233;torique et de discours d&#233;velopp&#233;s par le gouvernement actuel et par les medias consistent &#224; montrer SYRIZA comme une force fondamentalement ill&#233;gitime. C'est leur signification profonde : dire qu'apr&#232;s l'arriv&#233;e de SYRIZA au pouvoir, le sc&#233;nario sera totalement apocalyptique : la Gr&#232;ce sera expuls&#233;e de l'eurozone, les rayons des supermarch&#233;s seront vides. Ils font m&#234;me des photomontages avec des rayons vides, ou pr&#233;tendument vides, au Venezuela et en Argentine, avec le message : &#171; Voil&#224; ce qui se passera en Gr&#232;ce &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re, cette intimidation a beaucoup &#233;t&#233; aid&#233;e, sp&#233;cialement avec les diverses prises de position formul&#233;es par des autorit&#233;s de l'Union europ&#233;enne durant la derni&#232;re p&#233;riode. Toutes furent tr&#232;s hostiles &#224; SYRIZA, toutes repr&#233;sentent une forme d'intimidation. SYRIZA doit l'affronter, il faut affronter cette situation. Le cadre actuel, c'est que nous ne reconsid&#233;rerons pas nos demandes, que nous ne les diluerons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, SYRIZA veut rassurer l'&#233;lectorat sur le fait qu'il existe en Europe des personnes et des forces plus ouvertes &#224; la n&#233;gociation et &#224; quelques formes de concession. Par exemple, Tsipras a &#233;crit un article tr&#232;s malheureux, sugg&#233;rant que les gouvernements italien et fran&#231;ais prenaient quelque distance avec les politiques d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, on rel&#232;ve des affirmations des sociaux-d&#233;mocrates allemands ou un article chez Bloomberg, affirmant qu'il n'existe pas de possibilit&#233; d'un &#171; Grexit &#187; [ndt : acronyme de &#171; Greece &#187; et de &#171; exit &#187; : Gr&#232;ce et sortie], qu'il ne s'agit pas d'un sc&#233;nario plausible, que personne n'y pense. Mais le quid de la question, c'est que la forme dont SYRIZA est pr&#233;sent&#233; par les medias europ&#233;ens dominants a chang&#233; dans les derni&#232;res semaines ou dans les derniers jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifie ce changement ? Auparavant, la ligne &#233;tait &#171; Ce sont des gauchistes durs, ce sont une menace, nous devrions les affronter et les &#233;craser &#187;, etc. Une hostilit&#233; ouverte. Maintenant le ton est &#171; En r&#233;alit&#233;, ils sont p lus raisonnables qu'ils paraissaient et, en tout cas, &#231;a ne changera pas beaucoup &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la ligne que, quoique tu fasses, tu devras rester dans le cadre existant : certaines personnes jouent au bon policier et d'autres au mauvais policier. Mais la r&#233;alit&#233;, c'est que la cage de fer est pourtant l&#224; et l'espace que tu as pour te mouvoir est en r&#233;alit&#233; inexistant. Je pense que la position mod&#233;r&#233;e dans le parti est compr&#233;hensible jusqu'&#224; un certain point &#8211; parfois, dans certaines circonstances, un type de discours plus d&#233;fensif peut &#234;tre n&#233;cessaire - ; mais le probl&#232;me, c'est qu'il ne pr&#233;pare pas les personnes dans la soci&#233;t&#233; &#224; ce qui viendra in&#233;vitablement en cas de victoire de SYRIZA : les d&#233;cisions pour implanter compl&#232;tement le programme d&#233;boucheront sur une confrontation, &#224; l'int&#233;rieur comme avec le reste de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, je pense qu'y compris dans la campagne &#233;lectorale la gauche de SYRIZA a un r&#244;le &#224; jouer : en restant fid&#232;le, d'une mani&#232;re tr&#232;s loyale, au programme, etc., mais en soulignant le fait que les choses ne seront pas faciles, que nous devons &#234;tre pr&#233;par&#233;s &#224; une bataille s&#233;rieuse et que nous devons souligner cela, en fonction des moments et des types de faiblesse dans les positions de la majorit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais Tsipras joue parfois cette carte, de sorte qu'il y a un jeu constant pour &#233;quilibrer ces diverses contradictions. Si tu prends les choses avec une certaine distance, les contradictions se trouvent dans la situation elle-m&#234;me, au sens qu'il serait difficile de ne pas avoir ce type de contradictions dans la situation existante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous parlons d'une situation o&#249; le niveau de mobilisation sociale a &#233;t&#233; tr&#232;s bas pendant une p&#233;riode assez significative ; le contexte est &#233;lectoral et pas insurrectionnel. Le rapport de force international est d&#233;favorable &#224; SYRIZA, malgr&#233; les r&#233;cents d&#233;veloppements en Espagne. G&#233;n&#233;ralement, en Europe, il est assez clair qu'un gouvernement de SYRIZA serait pas mal isol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, ces vacillations, ces ambigu&#239;t&#233;s et ces oscillations sont en partie in&#233;vitables ; nous devons rester lucides quant au fait qu'il s'agira de choisir entre faire face &#224; la confrontation ou nous rendre. Je pense qu'il n'existe pas d'options interm&#233;diaires entre la reddition et la confrontation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Abordons la question de la dette et de l'euro, ce sont les principaux clivages et les questions essentielles de la gauche radicale. En partie, elles sont reprises tant par la Plateforme de gauche &#224; l'int&#233;rieur de SYRIZA que par ANTARSYA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils affirment que ce sont des questions-cl&#233; que la majorit&#233; n'aborde pas de mani&#232;re ad&#233;quate, &#233;vite ou tente de refouler. Peux-tu dire quelque chose sur son importance symbolique et, plus concr&#232;tement, son importance strat&#233;gique, &#224; la lumi&#232;re d'une possible victoire de SYRIZA ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Il y a l&#224; beaucoup de questions en une. Commen&#231;ons par le niveau symbolique : je pense qu'en termes d'h&#233;g&#233;monie politique, il n'y a pas de doute sur le fait que l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique de la classe dominante en Gr&#232;ce s'est bas&#233;e sur le projet europ&#233;en, sur l'id&#233;e qu'en se joignant au processus de la construction europ&#233;enne la Gr&#232;ce se transformerait en un pays &#171; moderne &#187;, un pays &#171; europ&#233;en occidental d&#233;velopp&#233; &#187; et se joindrait d&#233;finitivement et irr&#233;versiblement au club de la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne occidentale la plus d&#233;velopp&#233;e et la plus avanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense donc qu'il s'agit d'une sorte de fantaisie de longue dur&#233;e de la nation grecque depuis son ind&#233;pendance : se transformer en une partie compl&#232;tement accept&#233;e du monde europ&#233;en occidental, pour ainsi dire. Et il semblait, dans la premi&#232;re d&#233;cennie apr&#232;s que la Gr&#232;ce se soit jointe &#224; l'euro, que cette fantaisie &#233;tait devenue r&#233;alit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, on ne devrait pas sous-estimer la force symbolique de l'euro : nous pouvons penser ici &#224; l'analyse de Marx sur le r&#244;le de l'argent et de sa circulation, et toute la valeur symbolique attach&#233;e &#224; cela. Et &#231;a fonctionne. Tous savent qu'avant la crise, avant les m&#233;morandums, la Gr&#232;ce (ainsi que les autres pays de la p&#233;riph&#233;rie europ&#233;enne) avait les plus hauts niveaux d'approbation, tant du projet europ&#233;en que de la monnaie commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que c'est une mentalit&#233; typique d'un pays subalterne. Bien s&#251;r, ces niveaux d'appui ont dramatiquement chut&#233; durant la crise, n&#233;anmoins la r&#233;alit&#233; actuellement est beaucoup plus ambivalente que cela : d'un c&#244;t&#233;, il y a une m&#233;fiance envers l'Union europ&#233;enne, parce qu'elle impose les m&#233;morandums et la domination de la Tro&#239;ka.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, il semble que, dans un &#233;tat de d&#233;sespoir, les gens s'accrochent aux derniers restes de leur statut symbolique ant&#233;rieur. Parfois ils sont m&#234;me plus d&#233;sesp&#233;r&#233;s par l'id&#233;e de perdre leur statut ou leur suppos&#233; statut comme membres du &#171; club &#187; des pays europ&#233;ens les plus avanc&#233;s. Les choses sont donc assez complexes au niveau du sens commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, par rapport aux strat&#233;gies politiques, les courants dans SYRIZA et, plus particuli&#232;rement ceux qui viennent d'un certain fond eurocommuniste (et dans une moindre mesure, les courants qui viennent d'un fond plus mouvementiste) affirment un fort sentiment d'appui au projet europ&#233;en comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, les courants venus de la gauche du KKE (c'est le cas du Courant de gauche, essentiellement) sont traditionnellement beaucoup plus hostiles &#224; l'int&#233;gration europ&#233;enne et ont maintenu depuis le commencement de la crise une attitude beaucoup plus n&#233;gative envers l'euro et l'Union europ&#233;enne comme institution ou comme ensemble d'institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Mais pas &#224; partir d'une perspective nationaliste de gauche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : C'est, je crois, une erreur de dire que les courants venus du KKE sont des courants nationalistes de gauche. Disons qu'il existe une tradition patriotique de gauche, tr&#232;s li&#233;e &#224; la lutte antifasciste. Mais si tu prends, par exemple, le conflit avec la Mac&#233;doine, ou les relations avec la Turquie, le KKE et ceux qui viennent de sa matrice ont des positions extr&#234;mement timides sur la Turquie ou dans le cas de la Mac&#233;doine. Le KKE fut le seul parti &#224; ne pas prendre part au d&#233;nomm&#233; consensus national au d&#233;but des ann&#233;es 1990 contre la reconnaissance nationale de la Mac&#233;doine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de SYRIZA, les forces de la Plateforme de gauche ont d&#233;velopp&#233; une critique principielle &#224; l'Union europ&#233;enne comme telle et ils voient la Gr&#232;ce faisant partie de l'eurozone comme une dimension-cl&#233; du probl&#232;me. Si tu n'es pas pr&#234;t &#224; rompre avec l'eurozone, s'il s'agit de l'unique option qui reste dans le cas d'un chantage similaire &#224; celui de Chypre, tu auras d'avance les mains li&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; de SYRIZA s'est oppos&#233;e fortement &#224; ce cadre et a propos&#233; des arguments qui superficiellement paraissent tr&#232;s gauchistes, en disant que ce cadre m&#232;ne &#224; une capitulation devant les solutions nationales. Ils ne critiquent pas seulement un manque d'internationalisme, mais m&#234;me un manque d'anticapitalisme, parce que le projet sous-jacent &#224; cela, disent-ils, est un retour au capitalisme national. Cela correspond fortement &#224; ce qui dit la gauche radicale europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Sous l'influence de Antonio Negri, ou de ce type de positions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Par rapport &#224; la majorit&#233; de SYRIZA, je pense qu'elle n'est pas sous l'influence de Negri. Celui-ci peut avoir jou&#233; un r&#244;le chez les composantes les plus mouvementistes, mais en ce qui concerne la majorit&#233; de SYRIZA, je pense que le r&#244;le principal est jou&#233; par Die Linke et la Fondation Rosa Luxemburg. Ils jouent un r&#244;le dans la diffusion d'une s&#233;rie de th&#232;mes comme un agenda pour une r&#233;forme interne de l'Union europ&#233;enne et une compression de la crise et sa sortie comme constituant essentiellement une question de redistribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re cela, il y a l'id&#233;e que nous devons changer le rapport de forces directement au niveau de l'Union europ&#233;enne, en &#233;vitant tout type de mouvement unilat&#233;ral au niveau national. Toute autre strat&#233;gie est qualifie de r&#233;gressive parce qu'elle d&#233;montre une nostalgie du vieil Etat-nation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce furent les termes du d&#233;bat. La question de l'euro est devenue une ligne de division. L'autre th&#232;me, tout aussi important, est celui de la dette. Ici, la g&#233;om&#233;trie ou les termes du d&#233;bat ne sont pas les m&#234;mes. Des gens qui ne sont pas en faveur de rompre avec l'euro sont partisans d'une attitude radicale sur la dette. Ils consid&#232;rent s&#233;rieusement que ce d&#233;faut pourrait &#234;tre in&#233;vitable ou au moins doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une arme dans la n&#233;gociation sur la restructuration de la dette grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche de la majorit&#233; de SYRIZA, c'est qu'il faut distinguer les deux questions. Et commencer le processus avec la discussion de la dette. Si tu es d'accord avec cette logique, vu que la rupture avec l'aust&#233;rit&#233; et les m&#233;morandums n'est pas n&#233;gociable, tu es en position de renverser le chantage, le faible contre le fort. Tu romps avec l'aust&#233;rit&#233; unilat&#233;ralement, et alors Merkel &amp; Co n'auront plus d'autre choix que d'accepter une restructuration positive de la dette en faveur du pays d&#233;biteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que les termes de ce d&#233;bat sont, d'une certaine mani&#232;re, circulaires. La question r&#233;elle est la suivante : tous sont d'accord que la rupture avec l'aust&#233;rit&#233; et l'action unilat&#233;rale par rapport au m&#233;morandum repr&#233;sentent l'unique sortie de la situation actuelle. Et sur ce th&#232;me nous pouvons avoir l'appui de la majorit&#233; de la soci&#233;t&#233; grecque, ce qui est un aspect d&#233;cisif de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, la question est de savoir si cela peut se produire dans le cadre de l'eurozone ou non. Je pense qu'il s'agit toutefois d'une question ouverte, &#224; laquelle seule la pratique donnera une r&#233;ponse effective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon opinion, et celle de la Plateforme de gauche, est que ces th&#232;mes ne peuvent &#234;tre r&#233;solus sans combat sur cette question. Les th&#232;mes de la dette et les m&#233;morandums sont les preuves d'acidit&#233; de l'approche faite par la majorit&#233; de SYRIZA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, l'attitude du KKE, tr&#232;s rapidement, fut quasi-imm&#233;diatement : &#171; C'est un faux d&#233;bat, peu nous importe la monnaie &#187;. Leur slogan officiel est &#171; Ni l'euro, ni la drachme, si nous sommes &#224; l'int&#233;rieur du capitalisme, peu importe si nous sommes pour l'Union europ&#233;enne ou non &#187;. Ils disent que ceux qui appellent &#224; rompre avec l'euro sont les ennemis les plus dangereux, parce que c'est vouloir distraire de l'objectif r&#233;el de la lutte de classes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Ni la drachme, ni l'euro, le rouble et le socialisme international !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Bon, tu peux sortir le rouble de l'&#233;quation, mais il y a un type de pouvoir ouvrier mythique. On convertit cela en ligne de d&#233;marcation, imm&#233;diate, entre r&#233;formistes et r&#233;volutionnaires, en sous-estimant totalement par l&#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) le rapport de forces dans la soci&#233;t&#233; grecque et la position de la gauche radicale au sens strict&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) la confusion d'un objectif plus strat&#233;gique avec les objectifs et les revendications transitoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ultimatisme, qui pose cette question comme pr&#233;alable &#224; tout type d'approche politique radical, commun ou conjoint, a &#233;t&#233; rejet&#233; de mani&#232;re d&#233;cisive dans la conjoncture actuelle. Tout sugg&#232;re pour l'instant que ce n'est pas possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le message du type de chantage auquel se sont vus soumettre r&#233;cemment l'Irlande et Chypre et de l'actuelle optique des gouvernements europ&#233;ens, qui disent maintenant : &#171; D'accord, le Grexit peut &#234;tre &#233;vitable &#224; condition que vous vous mainteniez dans le cadre actuel. Peut-&#234;tre, vous n'&#234;tes pas aussi dangereux et mena&#231;ants que vous paraissez ou feignez de l'&#234;tre. De toute fa&#231;on, vous suivrez tr&#232;s rapidement le chemin que d'autres gouvernements de gauche ont d&#233;j&#224; suivi dans un pass&#233; r&#233;cent, dans diff&#233;rents pays europ&#233;ens, en commen&#231;ant par la France &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que la Plateforme de gauche sera pr&#233;par&#233; &#224; ce qui vient et &#224; ce que nous avons devant nous, mais la mani&#232;re d'aborder la question ne consiste pas &#224; prendre la question de l'euro comme un pr&#233;alable, mais aussi &#224; rejeter nettement l'id&#233;e que nous devrions accepter des sacrifices ou des concessions pour rester dans l'eurozone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Mais dans un sens &#231;a ne r&#233;duit pas la diff&#233;rence sur ce point entre la majorit&#233; et la Plateforme de gauche &#224; un faux choix ? Le clivage ne para&#238;t pas si important et se circonscrit beaucoup sur les d&#233;clarations publiques, en partie performatives : feindre, confronter, demander &#224; Merkel et Cie de montrer leurs cartes. Ca ne para&#238;t pas tr&#232;s substantiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je crois que c'est beaucoup plus substantiel que ce que tu sugg&#232;res. Sur le papier, tu peux avoir un texte qui refl&#232;te ce type de promesses : &#171; Nous n'accepterons pas de sacrifices pour l'euro &#187;, &#171; Toutes les options sont sur la table, mais notre option n'est pas de sortir de l'euro comme tel &#187;. Ce sont en v&#233;rit&#233; le type de formules que tu trouves dans tous les documents-cl&#233; du parti. Mais cette promesse est tr&#232;s instable et ce qui s'est pass&#233; r&#233;cemment l'a r&#233;v&#233;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc des positions, d'une part, que &#171; nous devrions nous accrocher &#224; l'euro &#187; et, d'autre part, &#171; nous devrions nous pr&#233;parer &#224; tout type d'initiatives et d'objectifs &#187;. Le r&#233;sultat concret, c'est que SYRIZA n'est pas pr&#233;par&#233;. Il n'y a pas de plan B. Il n'y a pas eu une pr&#233;paration politique du parti, de la soci&#233;t&#233; grecque, du peuple. Et ce fait est utilis&#233; comme une forme de chantage sur la population grecque et il sera sans doute utilis&#233; &#224; l'avenir pour faire chanter un gouvernement dirig&#233; par SYRIZA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Seulement pour &#234;tre clairs : parlons-nous seulement de la sortie, de la potentielle sortie de l'eurozone, mais pas de l'Union europ&#233;enne ? Au sein de SYRIZA, personne ne propose la sortie de l'Union europ&#233;enne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Ce n'est pas totalement certain. Au minimum, le Courant de gauche est hostile &#224; l'Union europ&#233;enne comme telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Mais pourrait-on imaginer la Gr&#232;ce restant n&#233;anmoins membre de l'Union europ&#233;enne, sans &#234;tre dans l'eurozone ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Oui, mais &#231;a ouvre aussi tout un d&#233;bat sur les trait&#233;s europ&#233;ens comme tels et sur la mesure o&#249; ils sont compatibles pour suivre un type de chemin alternatif. D'apr&#232;s cette perspective, tu pourrais dire que la position du Front de gauche en France, au moins sur le papier, &#224; propos de la d&#233;sob&#233;issance aux trait&#233;s europ&#233;ens est ad&#233;quate ici. Except&#233; que, comme nous l'avons vu lors des r&#233;centes &#233;lections, m&#234;me si cette position figurait dans le programme, elle n'a jamais &#233;t&#233; appuy&#233;e, ni d&#233;velopp&#233;e, ni d&#233;fendue en public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Comment lier l'OTAN avec tout cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je pense que l'opposition &#224; l'OTAN fait fortement partie du code g&#233;n&#233;tique de la gauche radicale grecque. N&#233;anmoins, depuis le d&#233;but de la crise, l'opposition &#224; la domination de la Tro&#239;ka a surpass&#233; tout le reste. Il arrive m&#234;me que les Etats-Unis avec Obama sont per&#231;us maintenant par beaucoup, m&#234;me &#224; gauche, comme plus bienveillants que l'Allemagne de Merkel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense aussi qu'il y a un secteur de SYRIZA qui voit probablement les USA comme un contrepoids &#224; une Union europ&#233;enne domin&#233;e par Merkel. Je ne suis pas d'accord avec cela, et je crois qu'il y a un co&#251;t tr&#232;s &#233;lev&#233; &#224; payer pour ce type d'options. Les gens qui disent ce type de choses en Gr&#232;ce tendent &#224; appuyer les alignements de l'Etat et des &#233;lites politiques en politique ext&#233;rieure, c'est-&#224;-dire une alliance avec Isra&#235;l ou tenter d'utiliser Isra&#235;l comme une carte par rapport &#224; la Turquie, en inversant pour cela l'axe ou l'alliance traditionnelle entre la Gr&#232;ce et le monde arabe, ou du moins avec des parties du monde arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tout cela, mon d&#233;saccord est total, mais on doit reconna&#238;tre que la perception selon laquelle la contradiction principale se trouve &#224; l'int&#233;rieur de l'Europe et d'une certaine mani&#232;re avec l'Allemagne, cette perception a d'une certaine mani&#232;re d&#233;plac&#233; la question de l'imp&#233;rialisme nord-am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Ainsi, la sortie de l'OTAN ne fait pas partie du programme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : C'est aussi un point de d&#233;bat interne au sein de SYRIZA. La Plateforme de gauche est tr&#232;s favorable &#224; la sortie unilat&#233;rale de l'OTAN, mais les formulations pr&#233;dominantes dans la gauche radicale appellent &#224; la &#171; dissolution de l'OTAN &#187;. C'est la m&#234;me chose avec la dette. Nous n&#233;gocierons la dette, mais que se passera-t-il si l'autre partie n'est pas d'accord avec ta proposition ? Que signifie &#171; dissoudre l'OTAN &#187; ? R&#233;ellement, je ne le sais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, je suis d'accord que ce n'est pas la priorit&#233; no 1 du gouvernement grec. On ne peut ouvrir simultan&#233;ment tous les fronts. Et le principal front &#224; ouvrir maintenant concerne certainement la Tro&#239;ka et les pouvoirs dominants de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Et sur la dette &#8211; corriges-moi si je me trompe -, j'ai l'impression que la Plateforme de gauche, ou au moins le dernier texte de Heiner Flassbeck et Lapavitsas, parle d'annuler une partie de la dette et para&#238;t diminuer l'importance de l'audit citoyen, qui fut tr&#232;s populaire autour d'ATTAC et du processus &#233;quatorien, comme processus participatif o&#249; la population ouvrirait les livres de comptes de l'Etat et examinerait toute la corruption et la mauvaise r&#233;partition, pour se r&#233;approprier par elle-m&#234;me le contr&#244;le des finances de l'Etat. Cela ne semble pas &#234;tre particuli&#232;rement au centre de la sc&#232;ne. On ne le voit pas comme un processus politique particuli&#232;rement de masse. Est-ce correct ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Il y a de nombreuses questions. Faire un audit de la dette fut l'une des demandes approuv&#233;es au congr&#232;s de SYRIZA, &#233;nonc&#233;e comme telle dans le document final. Mais elle fut l'une des d&#233;cisions qui ont &#233;t&#233; depuis lors pass&#233;es sous silence par la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est plus pr&#233;occupant, c'est que, bien qu'une campagne sur ce th&#232;me ait d&#233;but&#233; durant les deux premi&#232;res ann&#233;es de la crise, il eut une chute tr&#232;s s&#233;rieuse de ce type de revendications, qui n'appara&#238;t plus comme un th&#232;me tr&#232;s notoire dans le d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes de Lapavitsas mettent beaucoup de poids sur cette question. Quand les textes sont &#233;crits par lui et par Flassbeck, il doit suivre une ligne plus consensuelle, et certains th&#232;mes &#8211; dont celui de l'audit &#8211; sont mis de c&#244;t&#233;. C'est l'une des questions qui, d'une mani&#232;re tr&#232;s positive, pourraient et devraient &#234;tre r&#233;alis&#233;es pour une campagne internationale appropri&#233;e, vu que &#231;a peut &#234;tre un th&#232;me important autour duquel on peut mobiliser potentiellement un grand nombre de forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne peut y avoir aucune discussion s&#233;rieuse sur la dette sans avoir r&#233;pondu &#224; la question : &#171; Que feras-tu si l'autre c&#244;t&#233; dit non ? &#187;. De nombreux d&#233;bats depuis 2012 tendent &#224; estomper cette question en affirmant que les concessions de l'autre partie sont d'une certaine mani&#232;re in&#233;vitables. Or, ce n'est tout simplement pas le cas.&lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;br class='autobr' /&gt;
SB : Imaginons-nous en juillet 2015. SYRIZA a gagn&#233; les &#233;lections, la position de la Plateforme de gauche s'est confirm&#233;e, il y a un Grexit de l'eurozone, une annulation des m&#233;morandums et une nationalisation au moins partielle du syst&#232;me bancaire, la fin des privatisations, etc. A quel type de soci&#233;t&#233; ressemblerait la Gr&#232;ce en juillet 2015.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous savons tous que le socialisme dans un seul pays ne fonctionne pas. Dans quelle mesure une social-d&#233;mocratie de gauche dans un pays europ&#233;en pauvre, retard&#233;, sans acc&#232;s au cr&#233;dit international, exclu de l'eurozone, peut-il changer les choses ? Quel type de soci&#233;t&#233; serait-ce ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Avant tout, dans l'image que tu donnes de la situation, l'&#233;t&#233; 2015 &#8211; vu la situation que tu as d&#233;crite &#8211; sera le commencement du d&#233;faut grec. Parce que c'est cet &#233;t&#233; que quelques-uns des grands paiements de la dette grecque devront &#234;tre effectu&#233;s. Dans une situation de d&#233;faut grec et d'une sortie ou expulsion par cons&#233;quent de l'eurozone, il faudra affronter toute une s&#233;rie de difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais toute exp&#233;rimentation jusqu'&#224; maintenant dans l'histoire de la transformation sociale s'est pass&#233;e dans un environnement international hostile. Ici, la question du temps et de la temporalit&#233; est absolument cruciale. La politique porte essentiellement sur l'intervention dans un moment particulier et le d&#233;placement de la temporalit&#233; dominante et l'invention d'une nouvelle. Bien s&#251;r, strat&#233;giquement, le socialisme dans un seul pays n'est pas viable. Et la transformation sociale en Europe arrivera seulement s'il y a une dynamique d'expansion autour d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma r&#233;ponse sera la suivante : ce sera certainement dur pour la Gr&#232;ce, mais ce sera toutefois g&#233;rable s'il y a un fort appui social aux objectifs propos&#233;s par le gouvernement sur le plan politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un gouvernement de gauche se mouvant dans cette direction, la Gr&#232;ce provoquera une &#233;norme vague d'appui dans des secteurs tr&#232;s grands de l'opinion publique en Europe ; dans une mesure que nous ne pouvons imaginer, elle dynamisera la gauche radicale dans les pays o&#249; existe le potentiel pour que cette gauche intervienne fortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Espagne est le candidat le plus clair pour une extension d'un sc&#233;nario de type grec, mais je pense que, m&#234;me si cela para&#238;t improbable maintenant, la France est aussi un maillon potentiellement faible dans l'Union europ&#233;enne, si le vent du sud souffle suffisamment fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Mais nous avons l'exp&#233;rience d'une soci&#233;t&#233; qui, comme la Gr&#232;ce, est une formation sociale capitaliste, avec une bourgeoisie priv&#233;e, avec un gouvernement r&#233;formiste radical ou m&#234;me r&#233;volutionnaire en place, qui a aussi un &#233;norme avantage sur lequel se baser, &#224; savoir les r&#233;serves p&#233;troli&#232;res, et qui a pu obtenir un certain type d'appui sur le reste du continent, avec des gouvernements ouverts ou m&#234;me pro-Ch&#225;vez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation en Gr&#232;ce est bien pire que celle de la r&#233;volution bolivarienne : moins d'avantages et moins d'appui international. Et la situation du Venezuela n'est pas si g&#233;niale aujourd'hui. Alors quelles r&#233;serves de confiance pouvons-nous avoir que la situation grecque sera meilleure ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Premi&#232;rement, avant tout, au Venezuela nous avons un gouvernement de transformation sociale qui a dur&#233; quinze ans. Il n'y avait pas une forte tradition de gauche radicale au Venezuela, aucune tradition de luttes sociales comparables &#224; celles de la Gr&#232;ce ou &#224; celles du reste de l'Am&#233;rique latine. Le Venezuela &#233;tait vu comme un Dubai ou un &#233;mirat en Am&#233;rique latine. Tu peux lire Los pasos perdidos, une nouvelle d'Alejo Carpentier, pour avoir une sensation de la transformation d'une soci&#233;t&#233; dans une p&#233;riode de temps extr&#234;mement court, quand une soci&#233;t&#233; retard&#233;e bouge tr&#232;s rapidement vers quelque chose comme l'Arabie saoudite ou les Emirats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Mais avec une grande petite-bourgeoisie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : D'accord, une grande petite-bourgeoisie, mais certainement en rien comparable au Venezuela, o&#249; l'&#233;conomie informelle repr&#233;sente quelque chose comme 50 % de la population, sp&#233;cialement apr&#232;s les r&#233;formes n&#233;o-lib&#233;rales. En plus, les r&#233;serves p&#233;troli&#232;res furent une arme puissante, mais elles ont aussi emp&#234;ch&#233; toute transformation de la structure &#233;conomique du Venezuela. De sorte que c'est une &#233;p&#233;e &#224; double tranchant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon point de vue sur la Gr&#232;ce est donc :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) si nous avions une p&#233;riode de quinze ans o&#249; il n'y a pas de succ&#232;s qualitatifs, mais une transformation sociale, ce serait g&#233;nial ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) bien s&#251;r, la Gr&#232;ce est p&#233;riph&#233;rique, mais c'est la p&#233;riph&#233;rie interne du centre, ce qui signifie que le potentiel d&#233;stabilisateur de l'exp&#233;rience grecque est peut-&#234;tre meilleur pour le syst&#232;me capitaliste que le Venezuela ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) l'exp&#233;rience politique accumul&#233;e par les forces sociales et politiques en Gr&#232;ce &#8211; et je ne veux pas diminuer l'&#233;norme importance de ce qui s'est pass&#233; en Venezuela &#8211; est simplement incomparable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Gr&#232;ce a une tr&#232;s riche tradition de lutte sociale. La diff&#233;rence entre la solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce et des formes ant&#233;rieures de solidarit&#233;, c'est que maintenant il ne s'agit pas d'exprimer une solidarit&#233; avec des pays g&#233;ographiquement tr&#232;s &#233;loign&#233;s et qui ont des diff&#233;rences &#233;normes en termes de structure sociale et de niveau de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Gr&#232;ce est une p&#233;riph&#233;rie, si tu veux le prendre ainsi, mais c'est la p&#233;riph&#233;rie de l'Europe. Les processus politiques qui arrivent en Gr&#232;ce ont une capacit&#233; d'expansion bien sup&#233;rieure et plus directe dans cette partie du monde que les processus latino-am&#233;ricains, parce que la crise grecque fait partie de la crise majeure du capitalisme europ&#233;en. Et l'Europe, malgr&#233; sa position actuelle &#8211; tr&#232;s diff&#233;rente de sa position pass&#233;e -, est l'un des plus grands centres du capitalisme europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Que penses-tu de l'opposition interne ? Un sc&#233;nario de type chilien est-il cr&#233;dible si la pression de l'Union europ&#233;enne se r&#233;v&#232;le insuffisante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : R&#233;cemment, j'ai beaucoup lu sur le Chili ; entre autres, le merveilleux livre de Franck Gaudichaud sur les luttes ouvri&#232;res et les mouvements sociaux durant la p&#233;riode de l'Unit&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande diff&#233;rence entre la Gr&#232;ce et le Chili, c'est qu'au Chili nous avions clairement une mont&#233;e du mouvement ouvrier et de forts partis de gauche (socialiste et communiste) profond&#233;ment implant&#233;s dans les masses populaires. Nous n'avons pas ce type de sujets sociaux et politiques en Gr&#232;ce : SYRIZA n'est certainement pas un parti de masse, aux liens avec les classes travailleuses et les masses rurales comparables &#224; ceux des partis de l'Unit&#233; populaire et de l'extr&#234;me-gauche chilienne &#224; cette &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, le danger principal ne vient pas de l'arm&#233;e. Les r&#233;cents &#233;v&#233;nements ont montr&#233; qu'il n'existe actuellement pas au sein de l'arm&#233;e des r&#233;seaux qui pourraient &#234;tre mobilis&#233;s &#224; court terme dans une direction de type putschiste. Par contre, il existe des r&#233;seaux de ce type dans la police, dans des secteurs de la justice et dans ce que nous pouvons appeler &#171; l'Etat profond &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et bien s&#251;r, comme tu le sais, Aube Dor&#233;e a r&#233;v&#233;l&#233; cela. Nous ne devrions pas oublier que, lorsque la direction d'Aube Dor&#233;e fut arr&#234;t&#233;e, deux cadres principaux de la police grecque et un membre des services de renseignements grecs furent arr&#234;t&#233;s en raison de leurs liens avec cette organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que ce sera la principale menace pour SYRIZA. Celle-l&#224; et les m&#233;dias. Il est clair que les m&#233;dias grecs sont l'&#233;quivalent des m&#233;dias v&#233;n&#233;zu&#233;liens. Le type de rh&#233;torique qu'ils utilisent, leur extraordinaire agressivit&#233; contre SYRIZA, la violence verbale et symbolique qu'ils d&#233;ploient pr&#233;parent le terrain pour quelque chose de plus violent et de plus concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Peux-nous nous parler d'une possible dialectique n&#233;gative entre ces forces de l'Etat et les anarchistes et les autonomes, ou des &#233;l&#233;ments ultra-gauches &#8211; l'id&#233;e que la r&#233;sistance de forces extra-parlementaires, vuln&#233;rables &#224; des agents provocateurs, etc., puisse &#234;tre utilis&#233;e comme une excuse pour accro&#238;tre la pression et la force de la police et provoquer des &#233;v&#233;nements qu'ils pourraient capitaliser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Bien s&#251;r on ne peut l'&#233;carter, parce que c'est une sc&#232;ne tr&#232;s opaque. N&#233;anmoins, je dirais que le milieu anarchiste est un courant tr&#232;s r&#233;el dans la soci&#233;t&#233; grecque. Il repr&#233;sente effectivement un certain secteur social, principalement dans la jeunesse. Bien s&#251;r, c'est une constellation de choses tr&#232;s diff&#233;rentes &#8211; beaucoup d'entre elles sont tr&#232;s rudimentaires &#8211; et il est difficile de parler de courants, de tendances, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, une partie significative de ce milieu a une vision assez positive de SYRIZA. SYRIZA a adopt&#233; une bonne position contre l'autoritarisme &#233;tatique : il a d&#233;fendu les anarchistes et g&#233;n&#233;ralement les personnes arr&#234;t&#233;es, notamment celles qui ont &#233;t&#233; traduites en justice apr&#232;s des affrontements avec la police, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une structure sp&#233;cifique proche du parti, le R&#233;seau pour les droits sociaux et politiques, tr&#232;s active dans la d&#233;fense des droits des personnes poursuivies par la justice (y compris les membres du groupe arm&#233; 17 novembre ou les anarchistes impliqu&#233;s dans des cas de gu&#233;rilla urbaine). Beaucoup de gens dans le parti sont intervenus et interviennent dans les tribunaux pour t&#233;moigner en faveur des accus&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela signifie qu'au moins les secteurs les plus politiquement conscients (mais assez significatifs) du milieu anarchiste ont une attitude positive envers SYRIZA. Dans le cas de Nikos Romanos, SYRIZA a pris une position tr&#232;s claire, tr&#232;s positive : Tsipras lui-m&#234;me est intervenu fortement pour que la gr&#232;ve de la faim ait un r&#233;sultat positif. Ce type de batailles doit donc &#234;tre gagn&#233; au niveau politique, et nous avons besoin de trouver un terrain o&#249; pouvoir &#233;tablir une relation politique avec une partie de ce milieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Tous les noms que nous avons mentionn&#233;s jusqu'alors sont des hommes. Que dis-tu sur la politique de genre au sein de SYRIZA ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Comme culture politique, SYRIZA est un courant politique le moins machiste. C'est l'espace politique qui a les meilleurs liens politiques avec le f&#233;minisme et les mouvements LGBT, et il est r&#233;guli&#232;rement stigmatis&#233; comme parti des homosexuels, de la d&#233;fense des minorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a une s&#233;rie de fortes figures f&#233;minines : probablement la plus importante est Zo&#233; Konstantopoulou, une avocate tr&#232;s connue, qui jouera un r&#244;le dans de futurs gouvernements en rapport avec la justice, et qui est attaqu&#233;e par la droite d'une mani&#232;re incroyablement machiste. Elle est tr&#232;s charismatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve aussi Nadia Valavani, maintenant tr&#232;s active en mati&#232;re de politique ext&#233;rieure. C'est une autre figure historique de la lutte contre la dictature : &#224; cette &#233;poque, elle appartenait &#224; la Jeunesse communiste. Ou Rena Dourou, qui a &#233;t&#233; &#233;lue pr&#233;f&#232;te de la r&#233;gion de l'Attique. Le groupe parlementaire de SYRIZA est de loin celui qui a le meilleur bilan de genre au parlement grec, et je pense que &#231;a continuera dans le nouveau parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, il y a une grande br&#232;che de genre et il reste beaucoup &#224; faire. Il faut un quota pour les corps organiques &#224; SYRIZA. Il faut un quota de 35 ou 40 % au comit&#233; central. Je crois qu'au niveau des candidats aux &#233;lections il y a un tr&#232;s fort engagement pour s'approcher de la .parit&#233; de genre. C'est une pr&#233;occupation constante &#224; tous les niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, il y a une br&#232;che entre cela et ce que tu obtiens en termes de personnes r&#233;ellement &#233;lues, mais r&#233;ellement je veux souligner le fait qu'en termes de culture politique SYRIZA &#8211; sur des th&#232;mes comme le genre, les minorit&#233;s, les droits des LGBT- repr&#233;sente culturellement quelque chose de distinct, d'&#233;trange par rapport au reste de la politique grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : En rapport avec la solidarit&#233; internationale : beaucoup d&#233;pendra de la mesure o&#249; Syriza peut arriver par-del&#224; les canaux traditionnels. Quelles formes cela pourrait-il prendre concr&#232;tement, vu qu'en ce moment les forces de gauche radicale ne d&#233;tiennent le pouvoir &#233;tatique dans aucun pays europ&#233;en ? Et qu'est-il possible de faire, par-del&#224; le d&#233;veloppement de la lutte des classes &#8211; et au-del&#224; de l'Europe, aux Etats-Unis, o&#249; se trouve Jacobin &#8211; en termes de solidarit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je voudrais aborder trois points. Premi&#232;rement, nous avons besoin de la solidarit&#233; des mouvements. Dans l'hypoth&#232;se d'un gouvernement de SYRIZA apr&#232;s le 25 janvier, un vaste mouvement de solidarit&#233; est n&#233;cessaire pour rompre son isolement et &#233;viter autant que possible le chantage des gouvernements europ&#233;ens. Nous avons besoin d'appui sur les th&#232;mes concrets de la dette, des mesures pour rompre avec l'aust&#233;rit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Donc, quelque chose comme l'id&#233;e de Bourdieu sur une assembl&#233;e europ&#233;enne des mouvements sociaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je pensais &#224; cela. Le second niveau, c'est qu'il y a une n&#233;cessit&#233; cruciale de rompre l'isolement politique comme tel. La meilleure solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce consiste &#224; obtenir des succ&#232;s politiques dans ton propre pays et &#224; changer le rapport de forces. Bien s&#251;r, il a de nombreuses, probablement trop, d'attentes &#224; propos de la Gr&#232;ce sur ce front, mais sans cet exc&#232;s tu ne peux r&#233;ellement mobiliser et capter l'imagination du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc une dimension n&#233;cessaire, d&#233;clencher des succ&#232;s politiques r&#233;els. L'apparition de PODEMOS est la meilleure nouvelle possible pour SYRIZA. Le simple fait que la sc&#232;ne politique espagnole change tr&#232;s rapidement et ouvre un processus comparable &#224; celui de la Gr&#232;ce &#224; relativement court terme, est une bouff&#233;e d'air frais pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me niveau, je suis d'accord avec toi, c'est que nous avions besoins de nouveaux outils politiques sur le plan international. Nous avons le Parti de la gauche europ&#233;enne, des campagnes ou des structures comme L'Autre sommet, les restes des forces sociales. Bien s&#251;r, c'est mieux que rien, mais c'est tr&#232;s insuffisant, c'est inf&#233;rieur &#224; ce que requiert la situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons besoin d'une sorte de nouvelle Internationale, quelque chose de plus solide en termes de r&#233;seau international. Sans &#234;tre m&#233;galomane ou gr&#233;cocentrique, je pense qu'avec un gouvernement de SYRIZA Ath&#232;nes peut devenir un centre pour les processus politiques au niveau europ&#233;en et international. Ce dont nous avons besoin en cas d'un gouvernement de SYRIZA serait une importance convocation politique &#224; Ath&#232;nes : pas seulement pour appuyer SYRIZA, mais pour discuter s&#233;rieusement et pour aller plus loin de ce que nous avons jusqu'ici en termes d'outils politiques, qui n'est pas grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Et construire SYRIZA comme un parti international ? Parce qu'en ce moment il para&#238;t que ses branches internationales sont construites principalement par des Grecs de la diaspora dans d'autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je ne vois pas SYRIZA comme un mod&#232;le convenant pour tout. Il a des branches &#224; l'&#233;tranger parce que les Grecs sont relativement diasporiques. Ces structures peuvent donc jouer un r&#244;le ici et l&#224;, mais ce qui est essentiellement n&#233;cessaire c'est de connecter les forces fragment&#233;es de la gauche radicale dans chaque pays et de progresser sur des questions strat&#233;giques et programmatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : La derni&#232;re question est plus th&#233;orique. Nous vivons une p&#233;riode &#233;trange o&#249; de nombreuses id&#233;es et th&#233;ories formul&#233;es par les th&#233;oriciens radicaux que nous avons lu et discut&#233; pendant des ann&#233;es &#8211; et qui ont &#233;t&#233; principalement des d&#233;bats abstraits, dans des livres et des revues &#8211; se transforment en forces vives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons eu une p&#233;riode o&#249; les id&#233;es de Negri et de Holloway se sont converties en forces vives (le mouvement altermondialiste), et nous pouvons juger leurs succ&#232;s ou leurs failles. Maintenant nous vivons une p&#233;riode o&#249; nous avons deux principales forces politiques dans le sud de l'Europe. Dans les deux cas, je pense que nous pouvons dire cr&#251;ment mais exactement qu'ils correspondent &#224; un type de mod&#232;le particulier : un mod&#232;le de Laclau en Espagne et un mod&#232;le de Poulantzas en Gr&#232;ce. Premi&#232;rement, es-tu d'accord, et que pouvons-nous dire de cette situation ? Et, deuxi&#232;mement, que dirais-tu d'une formation politique poulantzanienne et laclausienne ? Et existe-t-il un troisi&#232;me terme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Premi&#232;rement, avant tout, je suis d'accord : c'est d&#233;finitivement le cas. A un niveau plus personnel, je peux dire que durant ces quatre derni&#232;re ann&#233;es j'ai relu beaucoup de ce qui d&#232;s le d&#233;but a &#233;t&#233; la base de ma culture politique, Gramsci et Poulantzas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lis beaucoup Gramsci pour comprendre les sp&#233;cificit&#233;s de la crise grecque et la forme dont la crise &#233;conomique se d&#233;veloppe vers une crise politique &#224; grande &#233;chelle ou crise &#171; organique &#187;, pour utiliser le terme gramscien, et le r&#244;le du niveau strictement politique pour intervenir dans ce qui paraissait au d&#233;but tr&#232;s ouvert, mais aussi tr&#232;s chaotique. Ce fut aussi utile pour penser les diff&#233;rences entre la situation grecque et le type d'approche typique gramscien sur la &#171; guerre de positions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, je vois une confirmation de l'attitude de l'option Gramsci-Poulantzas consistant &#224; prendre le pouvoir avec les &#233;lections, mais en le combinant avec les mobilisations sociales et en rompant avec la notion de double pouvoir comme une attaque insurrectionnelle contre l'Etat de l'ext&#233;rieur : l'Etat doit &#234;tre pris de l'int&#233;rieur et du dehors, par en haut et par en bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, de l'autre c&#244;t&#233;, ce qui manque dans la &#171; guerre de positions &#187; traditionnelle, c'est que nous n'avons pas de positions fortes au sens gramscien, des organisations fortes et stabilis&#233;es des classes subalternes &#224; partir desquelles nous pouvons combattre dans des situations de confrontation prolong&#233;es. Actuellement, le mouvement syndical est tr&#232;s faible en Gr&#232;ce et il a &#233;t&#233; d&#233;sorganis&#233; par la crise ; les partis politiques de gauche, y compris SYRIZA, ne peuvent pas se comparer aux formations de masses du mouvement ouvrier du si&#232;cle pass&#233;. Nous n'avons donc pas ces forts blocs organis&#233;s &#224; partir desquels tu peux d'une certaine mani&#232;re progresser et construire une contre-h&#233;g&#233;monie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la situation est beaucoup plus mobile sur le front de la confrontation sociale. Nous avons eu de grandes explosions, frisant des situations de type insurrectionnel, plus particuli&#232;rement de juin &#224; octobre 2011. Mais ceux qui attendaient une situation ressemblant &#224; une sorte de Tahrir grec se sont rapidement rendus compte que les choses ne se passeraient pas ainsi. Le niveau politique et aussi le niveau &#233;lectoral &#233;taient tr&#232;s strat&#233;giques. Raison pour laquelle, bien s&#251;r, la proposition d'un gouvernement anti-aust&#233;rit&#233; faite par SYRIZA a a capt&#233; l'humeur populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'ai aussi beaucoup lu Poulantzas, et sp&#233;cialement le dernier Poulantzas, non seulement sur le th&#232;me de la &#171; voie d&#233;mocratique au socialisme &#187;, mais aussi pour comprendre sp&#233;cifiquement les risques de l'&#233;volution de SYRIZA comme forme-parti et plus particuli&#232;rement la n&#233;cessit&#233; d'&#233;viter l'&#171; &#233;tatisation &#187; de SYRIZA. Le risque de ce type de strat&#233;gie est qu'avant avoir atteint le pouvoir ou imm&#233;diatement apr&#232;s, tu as d&#233;j&#224; &#233;t&#233; absorb&#233; par l'Etat. Et, bien s&#251;r, nous savons que l'Etat n'est pas neutre, qu'il reproduit les rapports de pouvoir capitalistes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc lu beaucoup pour comprendre strat&#233;giquement la situation. Et j'ai combin&#233; ces lectures avec les textes de Daniel Bensa&#239;d sur la n&#233;cessit&#233; de r&#233;orienter la pens&#233;e strat&#233;gique de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, la question que tu poses est vraiment importante, parce qu'il para&#238;t r&#233;ellement que la situation espagnole ressemble beaucoup &#224; celle de la Gr&#232;ce. Pour citer Bensa&#239;d, les Espagnols se sont rendus compte que les indign&#233;s n'&#233;taient pas une proposition autosuffisante, et que c'&#233;tait une &#171; illusion sociale &#187; de penser pouvoir changer la situation seulement gr&#226;ce au mouvement des indign&#233;s. D'autre part, PODEMOS est r&#233;ellement sui generis : il d&#233;veloppe tr&#232;s consciemment un cadre populiste dans la ligne de Laclau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma perception sur ce point, c'est que les d&#233;veloppement de Laclau viennent chronologiquement apr&#232;s ceux de Poulantzas : ils arrivent &#224; un moment o&#249; les questions m&#234;mes qui &#233;taient abord&#233;es se sont d&#233;plac&#233;es de la question de la transition au socialisme et de la prise du pouvoir d'Etat suscit&#233;es par Poulantzas. En termes substantiels, je pense que ce qui vient aux Espagnols est Poulantzas et non Laclau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes tr&#232;s simples, je veux dire que les probl&#232;mes que PODEMOS affrontera comme parti ont commenc&#233; r&#233;cemment. Comme organisation, comme type d'intervention et de strat&#233;gie, au niveau politique, au niveau du programme, du parti, du rapport &#224; l'Etat, des r&#233;alit&#233;s internationales, tout : ils ont commenc&#233; r&#233;cemment. Bien s&#251;r, d'une certaine mani&#232;re, les choses s&#233;rieuses et les choses compliqu&#233;es sont devant eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma perception est qu'ils auront besoin de d&#233;passer Laclau pour affronter ces t&#226;ches. Et, pour &#234;tre un peu moins optimiste, si SYRIZA &#233;choue et se montre incapable d'affronter la pression, je ne suis pas tr&#232;s optimiste sur les possibilit&#233;s qu'un mouvement moins structur&#233; (comme PODEMOS) puisse r&#233;sister &#224; des formes similaires de pression.&lt;br class='autobr' /&gt;
KOUVELAKIS Stathis , BUDGEN Sebastian&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Entretien de Sebastian Budgen avec Stathis Kouvelakis, publi&#233; le 22 janvier par la revue Jacobin (&lt;a href=&#034;http://www.jacobinmag.com/2015/01/phase-one/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.jacobinmag.com/2015/01/phase-one/&lt;/a&gt;). Traduit par Dario Scattolini pour La Caldera (&lt;a href=&#034;http://www.lacalderaop.com.ar&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lacalderaop.com.ar&lt;/a&gt;). Voir aussi : &lt;a href=&#034;http://www.rebelion.org/noticia.php?id=&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.rebelion.org/noticia.php?id=&lt;/a&gt; 194906&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Traduction de l'espagnol : Hans-Peter Renk.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mis en ligne le 11 mars 2015&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;claration &#171; Palestine &#187;, situation et t&#226;ches</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Declaration-Palestine-situation-et-taches</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Declaration-Palestine-situation-et-taches</guid>
		<dc:date>2015-03-05T19:05:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Comit&#233; international de la IVe Internationale</dc:creator>


		<dc:subject>Palestine</dc:subject>
		<dc:subject>LaUne01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;F&#233;vrier 2015. &lt;br class='autobr' /&gt; Situation &lt;br class='autobr' /&gt;
&#9658; 1) L'ann&#233;e 2014 aura &#233;t&#233; marqu&#233;e, en Isra&#235;l et dans les territoires palestiniens, par l'approfondissement des logiques &#224; l'&#339;uvre depuis deux d&#233;cennies : renforcement de l'emprise isra&#233;lienne sur Gaza et la Cisjordanie, poursuite et acc&#233;l&#233;ration de la colonisation juive, r&#233;pression permanente contre les Palestiniens, assauts militaires ponctuels d'une extr&#234;me violence, avec une nouvelle &#233;tape franchie lors de la derni&#232;re attaque sanglante contre Gaza &#224; l'&#233;t&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-A-la-une-" rel="directory"&gt;&#192; la une&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Palestine-+" rel="tag"&gt;Palestine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-LaUne01-+" rel="tag"&gt;LaUne01&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH87/arton3312-52a03.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;F&#233;vrier 2015.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Situation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 1) L'ann&#233;e 2014 aura &#233;t&#233; marqu&#233;e, en Isra&#235;l et dans les territoires palestiniens, par l'approfondissement des logiques &#224; l'&#339;uvre depuis deux d&#233;cennies : renforcement de l'emprise isra&#233;lienne sur Gaza et la Cisjordanie, poursuite et acc&#233;l&#233;ration de la colonisation juive, r&#233;pression permanente contre les Palestiniens, assauts militaires ponctuels d'une extr&#234;me violence, avec une nouvelle &#233;tape franchie lors de la derni&#232;re attaque sanglante contre Gaza &#224; l'&#233;t&#233; 2014, &#233;tranglement politique et &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; palestinienne, radicalisation de la soci&#233;t&#233; et du champ politique isra&#233;liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 2) Si ces logiques s'inscrivent dans les dynamiques ant&#233;rieures aux accords d'Oslo (1993-1994), &#224; savoir un long processus de d&#233;possession territoriale et de nettoyage ethnique, &#224; des &#233;chelles et des rythmes vari&#233;s selon la conjoncture, la situation actuelle ne peut &#234;tre comprise qu'en int&#233;grant les modifications induites par l'entr&#233;e dans la p&#233;riode de &#171; l'autonomie palestinienne &#187; : fin de l'occupation directe, par l'arm&#233;e isra&#233;lienne, des principales concentrations d&#233;mographiques palestiniennes ; existence d'un appareil politico-administratif et r&#233;pressif palestinien (l'Autorit&#233; palestinienne) ; marginalisation des r&#233;fugi&#233;s palestiniens de &#171; l'ext&#233;rieur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 3) Les contradictions inh&#233;rentes au &#171; processus de paix &#187; et donc aux t&#226;ches de l'Autorit&#233; palestinienne, &#224; savoir l'endiguement des revendications et de la r&#233;sistance palestiniennes par la redistribution des aides internationales et par la r&#233;pression tout en n'obtenant, dans le m&#234;me temps, aucun gain politique r&#233;el, ont explos&#233; en septembre 2000 avec la deuxi&#232;me intifada. Expression du refus, de la part de larges secteurs de la soci&#233;t&#233; palestinienne, de rester silencieux face &#224; un processus de r&#233;organisation de l'occupation isra&#233;lienne frauduleusement nomm&#233; &#171; processus de paix &#187; et face &#224; une acc&#233;l&#233;ration sans pr&#233;c&#233;dent de la colonisation, le mouvement de r&#233;volte enclench&#233; en septembre 2000 a rendu d'autant plus visibles les divisions, au sein de la direction de l'Autorit&#233; palestinienne, entre, d'une part, les partisans d'un improbable &#233;quilibre entre lutte contre l'occupation et coop&#233;ration avec les autorit&#233;s d'occupation et, d'autre part, les partisans de l'int&#233;gration au dispositif colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 4) La violence de la r&#233;pression isra&#233;lienne, avec la liquidation ou l'arrestation de milliers de r&#233;sistants, majoritairement issus du Fatah, ont renforc&#233; les courants les plus capitulards de la direction palestinienne, la mort de Yasser Arafat et son remplacement par Mahmoud Abbas consacrant de mani&#232;re visible ces nouveaux &#233;quilibres. Depuis 2005, l'Autorit&#233; palestinienne dirig&#233;e par Abbas et ses proches (anciens et nouveaux), assume pleinement son r&#244;le de collaborateur des forces d'occupation isra&#233;liennes, avec notamment une restructuration des services de s&#233;curit&#233; palestiniens sous tutelle des &#201;tats-Unis. Qui plus est, l'Autorit&#233; palestinienne, sous l'impulsion du Premier ministre Salam Fayyad (ancien haut fonctionnaire du FMI), a acc&#233;l&#233;r&#233; et parachev&#233; l'int&#233;gration et la soumission de l'&#233;conomie palestinienne au syst&#232;me capitaliste mondialis&#233; et &#224; son principal repr&#233;sentant local : Isra&#235;l. S'il existe toujours, au sein de l'appareil de l'Autorit&#233; palestinienne, des secteurs nationalistes, issus du Fatah, hostiles &#224; la cogestion avec la puissance occupante, ils sont de plus en plus marginalis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 5) La victoire du Hamas aux &#233;lections l&#233;gislatives de 2006 a &#233;t&#233; une nouvelle expression d&#233;form&#233;e du refus majoritaire, dans la soci&#233;t&#233; palestinienne, de se soumettre aux injonctions occidentales et isra&#233;liennes et d'apporter un quelconque soutien politique &#224; la direction capitularde et corrompue de l'Autorit&#233; palestinienne. Cette derni&#232;re ne se confond pas, aux yeux de la population, avec le Fatah, puisque ce sont bien les dirigeants en vue de l'Autorit&#233; palestinienne qui ont &#233;t&#233; battus lors des &#233;lections (scrutin par circonscription), et non le Fatah, qui a obtenu un score &#224; peine inf&#233;rieur &#224; celui du Hamas au niveau national (scrutin de liste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 6) La victoire du Hamas et sa prise de contr&#244;le totale de la bande de Gaza en r&#233;ponse &#224; la tentative de pustch foment&#233;e par Mohammad Dahlan (dirigeant du Fatah) et soutenue directement ou indirectement par les &#201;tats-Unis, l'&#201;gypte et Isra&#235;l, ont expos&#233; le Hamas aux contradictions d'Oslo. Au sein du Mouvement de la r&#233;sistance islamique, les divisions sont de plus en plus visibles entre, d'une part, les partisans d'une poursuite de la r&#233;sistance, y compris arm&#233;e, face &#224; Isra&#235;l (et donc, cons&#233;quemment, d'un affrontement avec la direction Abbas) et, d'autre part, les partisans d'un rapprochement avec la direction Abbas (et donc, cons&#233;quemment, d'une paix froide avec Isra&#235;l).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 75) Confront&#233; aux m&#234;mes probl&#233;matiques que le Fatah durant les premi&#232;res ann&#233;es de l'autonomie, &#224; savoir l'incompatibilit&#233; entre (co-)gestion de structures int&#233;gr&#233;es au dispositif de l'occupation et poursuite de la lutte contre l'occupation, le Hamas a r&#233;ussi &#224; maintenir son unit&#233; en combinant gestion client&#233;liste du mini-appareil d'&#201;tat &#224; Gaza et prise en charge, notamment en cas d'agression isra&#233;lienne, de la lutte arm&#233;e (au c&#244;t&#233; des autres organisations palestiniennes mais de mani&#232;re beaucoup plus visible et &#233;tendue). Le Hamas a ainsi pu demeurer l&#233;gitime aupr&#232;s, d'une part, de ceux qui ont b&#233;n&#233;fici&#233; directement de l'institutionnalisation du mouvement (les b&#233;n&#233;ficiaires de la rente du mini-appareil d'&#201;tat), partisans d'un apaisement des relations avec Isra&#235;l et, d'autre part, de certains des secteurs parmi les plus marginalis&#233;s (notamment dans les camps de r&#233;fugi&#233;s), oppos&#233;s &#224; un tel apaisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 8) Cet improbable &#233;quilibre s'appuie en outre sur un discours permettant d'unifier des cat&#233;gories sociales dont les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels sont divergents, voire contradictoires : l'utopie r&#233;actionnaire d'un &#201;tat islamique en Palestine, dont le cadre territorial et temporel demeure volontairement flou. Le r&#233;f&#233;rent religieux n'est pas le monopole du Hamas et n'est pas la ligne de clivage politique centrale dans le champ politique palestinien, mais sa centralit&#233; et ses traductions dans le projet et les pratiques du Hamas (marginalisation des femmes, substitution du religieux au politique, porosit&#233; entre antisionisme et antis&#233;mitisme, etc.) soulignent d'autant plus la n&#233;cessit&#233;, au-del&#224; des n&#233;cessaires cadres inclusifs permettant d'unifier, dans le combat quotidien, les divers courants de la r&#233;sistance, d'une direction politique alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 9) La gauche palestinienne (FPLP, FDLP, PPP, courant de Mustapha Barghouthi) n'est pas en mesure aujourd'hui de repr&#233;senter cette alternative. Divis&#233;e entre les partisans d'une int&#233;gration totale (PPP) ou partielle (FDLP) &#224; l'Autorit&#233; palestinienne et les partisans de l'unit&#233; nationale entre Hamas et direction Abbas (FPLP), la gauche palestinienne paie le prix de ses ambigu&#239;t&#233;s vis-&#224;-vis du &#171; processus de paix &#187; : si, contrairement au PPP, le FDLP et le FPLP se sont formellement oppos&#233;s aux accords d'Oslo, le l&#233;gitimisme de leurs directions vis-&#224;-vis de l'OLP les a conduites &#224; taire une partie de leurs critiques et &#224; refuser de prendre en charge la construction d'une &#171; troisi&#232;me voie &#187;, laissant le Hamas appara&#238;tre comme la seule opposition cr&#233;dible &#224; Arafat, puis &#224; Abbas. Face &#224; cette absence de perspectives, nombre de cadres et de militants de la gauche palestinienne se sont peu &#224; peu tourn&#233;s vers le travail au sein d'ONG qui, quand bien m&#234;me leurs activit&#233;s sont souvent essentielles, participent, dans la mesure o&#249; ce travail n'est pas articul&#233; &#224; la construction d'une alternative politique, d'un processus de d&#233;politisation et d' &#171; ONG&#239;sation &#187; de la soci&#233;t&#233; palestinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 10) En Isra&#235;l, la radicalisation de la soci&#233;t&#233; et du champ politique se poursuit. Les derniers gouvernements, domin&#233;s par des forces d'extr&#234;me droite, racistes et antid&#233;mocratiques, ont poursuivi et acc&#233;l&#233;r&#233; les politiques de colonisation, de r&#233;pression et de nettoyage ethnique contre les Palestiniens, en Cisjordanie, &#224; Gaza, &#224; J&#233;rusalem mais aussi en Isra&#235;l m&#234;me. Le centre et le centre gauche ont accompagn&#233; ces &#233;volutions, en participant aux gouvernements de coalition ou en demeurant silencieux et donc complices de ces politiques. Le &#171; mouvement de la paix &#187; paie le prix de son alignement sur le parti travailliste, et seuls de petits groupes anticolonialistes prennent aujourd'hui r&#233;ellement en charge la lutte contre l'ensemble des dimensions du colonialisme isra&#233;lien et la solidarit&#233; effective avec les Palestiniens. Ils sont malheureusement aujourd'hui tr&#232;s minoritaires dans la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne et font de plus en plus face &#224; la r&#233;pression et aux intimidations, qu'elles viennent de l'&#201;tat ou de groupes d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 11) L'ensemble de ces &#233;volutions et la d&#233;gradation des rapports de forces en d&#233;faveur des Palestiniens ne peuvent &#234;tre comprises et analys&#233;es pleinement sans les situer dans les contextes r&#233;gional et international. L'&#201;tat d'Isra&#235;l est en effet pleinement int&#233;gr&#233; politiquement et &#233;conomiquement &#224; l'ordre imp&#233;rialiste mondial, et b&#233;n&#233;ficie du soutien affirm&#233; ou de l'appui indirect de la quasi-totalit&#233; des pays occidentaux. Les tensions qui existent entre l'administration Obama et le gouvernement Netanyahu ne se traduisent par aucune pression sur Isra&#235;l : les &#201;tats-Unis, affaiblis dans la r&#233;gion, ne peuvent entrer en confrontation ouverte avec l'alli&#233; isra&#233;lien. Certains &#201;tats plus critiques de la politique isra&#233;lienne (Br&#233;sil, Turquie, et m&#234;me Chine) d&#233;veloppent quant &#224; eux des liens militaires et commerciaux croissants avec l'&#201;tat d'Isra&#235;l. Les r&#233;cents votes, dans divers pays europ&#233;ens, recommandant la reconnaissance de l'&#201;tat de Palestine, s'ils t&#233;moignent d'une irritation face &#224; la violence, l'arrogance et l'obstination isra&#233;liennes et d'un isolement de plus en plus marqu&#233; de l'&#201;tat d'Isra&#235;l, ne traduisent nullement une modification r&#233;elle des rapports de forces diplomatiques. Le processus r&#233;volutionnaire arabe, qui avait ouvert la possibilit&#233; d'une rupture de l'isolement r&#233;gional des Palestiniens, traverse une p&#233;riode de reflux avec le d&#233;veloppement de la contre-r&#233;volution sous toutes ses formes (qu'il s'agisse des r&#233;gimes ou de l'int&#233;grisme islamique). Le processus n'a pas &#233;t&#233; d&#233;fait et la r&#233;gion est loin d'&#234;tre stabilis&#233;e, et de nouveaux d&#233;veloppements sont &#224; pr&#233;voir, notamment en Syrie et en &#201;gypte, qui pourront avoir un impact sur la situation palestinienne. Mais le reflux b&#233;n&#233;ficie actuellement &#224; l'&#201;tat d'Isra&#235;l, avec des rivalit&#233;s extr&#234;mes entre les pays arabes et une collaboration intensifi&#233;e, pour certains d'entre eux (&#201;gypte, Jordanie, pays du Golfe, etc.), avec Isra&#235;l. L'isolement des Palestiniens face &#224; un &#201;tat d'Isra&#235;l b&#233;n&#233;ficiant de multiples et puissants appuis souligne d'autant plus la n&#233;cessit&#233; et la centralit&#233; de la solidarit&#233; internationale pour modifier les rapports de forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#226;ches&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 12) Depuis pr&#232;s de trois ans, on a assist&#233; &#224; une inflexion tactique de la part de la direction palestinienne (Abbas), qui a fait le choix d'en appeler directement aux institutions internationales en s'&#233;mancipant partiellement du cadre contraignant d'Oslo : demande d'adh&#233;sion &#224; l'ONU et aux divers organismes qui lui sont li&#233;s, adh&#233;sion &#224; la Cour p&#233;nale internationale (CPI), tentative de faire adopter une r&#233;solution de l'ONU exigeant un calendrier pour un retrait de l'arm&#233;e isra&#233;lienne des territoires occup&#233;s apr&#232;s 1967, etc. L'&#233;chec de cette derni&#232;re tentative d&#233;montre les limites de cette inflexion tactique, de m&#234;me que les menaces de sanctions financi&#232;res qui p&#232;sent sur l'AP, principalement de la part des &#201;tats-Unis et d'Isra&#235;l, notamment en cas de d&#233;marche approfondie aupr&#232;s de la CPI, et qui paralyseraient le fonctionnement des institutions palestiniennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 13) Force est toutefois de constater que ces d&#233;marches sont r&#233;v&#233;latrices, de la part d'une partie de la direction palestinienne, d'une prise de conscience des impasses du &#171; processus de paix &#187; et des n&#233;gociations bilat&#233;rales sous arbitrage &#233;tatsunien, quand bien m&#234;me Abbas et ses proches n'envisagent pas explicitement, pour l'instant, une rupture formelle avec les accords d'Oslo, mais plut&#244;t une am&#233;lioration du rapport de forces vis-&#224;-vis d'Isra&#235;l. Ces d&#233;marches font en outre &#233;cho, de mani&#232;re d&#233;form&#233;e, &#224; une aspiration de plus en plus forte au sein de la population palestinienne des territoires occup&#233;s : sortir du carcan d'un &#171; processus de paix &#187; qui &#233;loigne chaque jour un peu plus la perspective d'une satisfaction des droits nationaux des Palestiniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 14) C'est notamment ce constat qui a guid&#233; les initiateurs palestiniens de l'appel Boycott-D&#233;sinvestissement-Sanctions, lanc&#233; en juillet 2005, qui, sans prendre de position sur le type de solution &#224; long terme, prend acte de l'&#233;chec de la strat&#233;gie n&#233;goci&#233;e et du d&#233;s&#233;quilibre des rapports de forces, se fixant comme objectif d'isoler, politiquement, &#233;conomiquement, diplomatiquement, l'&#201;tat d'Isra&#235;l, jusqu'&#224; la satisfaction des droits nationaux des Palestiniens. Il s'agit en effet, avec BDS, de sortir de la logique des n&#233;gociations bilat&#233;rales et du &#171; compromis acceptable &#187; pour d&#233;velopper des m&#233;canismes de contrainte &#224; l'&#233;gard d'un &#201;tat d'Isra&#235;l qui s'obstine &#224; ne pas comprendre un autre langage que celui de la force. Il s'agit &#233;galement de rompre avec la logique de l'affrontement militaire avec Isra&#235;l, voie sans issue pour les Palestiniens, et de combiner pressions ext&#233;rieures et red&#233;veloppement d'un mouvement populaire &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 15) La solidarit&#233; internationale poss&#232;de, avec BDS, un outil essentiel pour d&#233;noncer et mettre sous pression non seulement l'&#201;tat d'Isra&#235;l, mais aussi les &#201;tats complices de l'occupation, ainsi que les grandes firmes capitalistes multinationales qui en b&#233;n&#233;ficient en participant directement ou indirectement &#224; l'exploitation &#233;conomique des territoires palestiniens. Depuis une dizaine d'ann&#233;es, et a fortiori apr&#232;s les massacres de Gaza &#224; l'hiver 2008-2009, BDS a connu un d&#233;veloppement cons&#233;quent &#224; l'&#233;chelle internationale, devenant une activit&#233; centrale du mouvement de solidarit&#233;, qui a remport&#233; certaines victoires notables, principalement dans les domaines du boycott et des d&#233;sinvestissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 16) Les initiateurs palestiniens de la campagne BDS font appel &#224; la cr&#233;ativit&#233; et au sens tactique des mouvements de solidarit&#233; internationaux afin qu'ils d&#233;clinent dans leur pays les diff&#233;rents aspects et niveaux du BDS en fonction des r&#233;alit&#233;s nationales et r&#233;gionales. Selon les pays et r&#233;gions, diverses revendications peuvent ainsi &#234;tre mises en avant, en privil&#233;giant des revendications qui pourraient avoir un impact r&#233;el sur Isra&#235;l : suspension de l'accord UE-Isra&#235;l, arr&#234;t imm&#233;diat de la participation &#233;gyptienne au blocus de Gaza et l'ouverture du point de passage de Rafah, embargo sur les armes, fin de la coop&#233;ration militaire et des collaborations &#233;conomiques (par exemple dans l'exploitation du gaz en M&#233;diterran&#233;e), la lib&#233;ration des prisonniers &#8211; en particulier des enfants emprisonn&#233;s, etc. L'essentiel est, au-del&#224; des adaptations tactiques, de refuser toute concession sur le fond : BDS ne cessera qu'avec la satisfaction pleine et enti&#232;re de l'ensemble des droits nationaux des Palestiniens, qu'il s'agisse des Palestiniens des territoires occup&#233;s depuis 1967, des Palestiniens d'Isra&#235;l ou des Palestiniens de l'exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 17) Au travers et au-del&#224; de la campagne BDS, nous devons tout particuli&#232;rement mettre l'accent sur le renforcement des contacts, des liens et des partenariats de diverses composantes du mouvement social et du mouvement ouvrier avec leurs homologues palestiniens, qu'il s'agisse des syndicats ouvriers, du mouvement paysan, du mouvement f&#233;ministe, du mouvement LGBTI, des mouvements pour les droits humains, des mouvements chr&#233;tiens progressistes, etc. Ces partenariats b&#233;n&#233;ficient directement aux Palestiniens en rompant les logiques d'isolement et permettent en outre aux mouvements de solidarit&#233; de s'ancrer plus profond&#233;ment dans les dynamiques sociales et politiques nationales et r&#233;gionales en &#233;largissant son assise et son audience. Le chaos cr&#233;&#233; par les contre-r&#233;volutions dans la r&#233;gion a renforc&#233; les logiques d'exode de r&#233;fugi&#233;s palestiniens en direction, notamment, de l'Europe : la prise en compte de cette nouvelle donn&#233;e doit &#234;tre une pr&#233;occupation du mouvement de solidarit&#233;, en lien avec les mouvements de d&#233;fense des droits des migrants et des r&#233;fugi&#233;s. La criminalisation du mouvement BDS et, plus largement, du mouvement de solidarit&#233;, entre autres et notamment en France, est &#233;galement une donn&#233;e nouvelle &#224; laquelle nous devons faire face en construisant des mobilisations aussi larges et massives que possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 18) Nous devons bien &#233;videmment combattre toute forme de racisme au sein du mouvement de solidarit&#233; avec les Palestiniens, qu'il s'agisse de l'islamophobie ou de l'antis&#233;mitisme, ainsi que toute collaboration avec des forces d'extr&#234;me droite. Les r&#233;cents &#233;v&#233;nements de Paris et de Copenhague, au cours desquels des juifs ont &#233;t&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;ment assassin&#233;s, soulignent d'autant plus la n&#233;cessit&#233; de lutter contre toute forme de stigmatisation sur des bases religieuses ou ethniques, et l'importance de la pr&#233;sence des mouvements et r&#233;seaux juifs anti-occupation au sein du mouvement de solidarit&#233;. Ceci implique de d&#233;velopper un mouvement de solidarit&#233; ferme sur les principes, sans qu'il renonce toutefois, dans les pays imp&#233;rialistes, &#224; &#234;tre inclusif et proactif vis-&#224;-vis des populations de culture arabe et/ou musulmane, qui repr&#233;sentent souvent l'un des principaux viviers de la solidarit&#233;. Il s'agit donc d'envisager (ou d'approfondir) la collaboration avec les forces repr&#233;sentatives de ces populations, y compris les forces et associations musulmanes, dans la mesure o&#249; l'unit&#233; est possible sans renoncer aux principes fondamentaux, notamment le rejet de toute confessionnalisation de la question palestinienne et le refus de toute instrumentalisation religieuse de la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 19) Enfin, il est important de tisser et d&#233;velopper des liens avec les forces de la gauche palestinienne, dans leur diversit&#233;, sans poser de conditions pr&#233;alables. Un tel dialogue devrait se concentrer, d'une part, sur les formes de collaboration possible au sein du mouvement de solidarit&#233; internationale et, d'autre part, sur les perspectives de recomposition de la gauche anti-imp&#233;rialiste &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale et internationale et sur la contribution que nous pouvons y apporter, notamment en y d&#233;fendant notre point de vue marxiste r&#233;volutionnaire. &#192; cet &#233;gard, les r&#233;unions et d&#233;clarations conjointes des organisations de la gauche r&#233;volutionnaire de la r&#233;gion, quand bien m&#234;me nous pouvons les juger imparfaites et/ou insuffisamment repr&#233;sentatives, sont un point d'appui important : &#224; nous de les populariser, de les renforcer et de les &#233;largir, dans le respect du pluralisme et des d&#233;saccords tactiques. Dans le mouvement de solidarit&#233; avec les Palestiniens, nous devons combattre toute tentative de mise en opposition du processus r&#233;volutionnaire r&#233;gional et de la lutte palestinienne, en rappelant notamment l'hostilit&#233; historique des r&#233;gimes de la r&#233;gion aux revendications palestiniennes, et en soulignant la compl&#233;mentarit&#233; entre la lutte contre Isra&#235;l et la lutte contre les r&#233;gimes. La combinaison entre la lutte palestinienne et les autres luttes pour l'&#233;mancipation doit &#233;galement faire l'objet d'une valorisation particuli&#232;re dans notre syst&#232;me de formation, y compris et notamment les &#233;coles de l'IIRE (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#9658; 20) Dans toutes ces luttes et discussions, nous porterons les revendications &#233;num&#233;r&#233;es dans la r&#233;solution du Congr&#232;s mondial de 2010 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; - retrait, total, imm&#233;diat et inconditionnel de l'arm&#233;e isra&#233;lienne, des territoires occup&#233;s depuis 1967, y compris J&#233;rusalem-Est ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;mant&#232;lement de l'ensemble des colonies de peuplement construites depuis 1967 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; destruction du mur de s&#233;paration ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; lib&#233;ration des prisonniers politiques d&#233;tenus par Isra&#235;l ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; lev&#233;e imm&#233;diate et sans conditions du blocus contre Gaza&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;comme premier pas sur le chemin d'une solution politique fond&#233;e sur l'&#233;galit&#233; des droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous soutenons toutes les formes de lutte du peuple palestinien pour la satisfaction de ses droits :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; droit &#224; l'autod&#233;termination sans ing&#233;rence ext&#233;rieure ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; droit au retour des r&#233;fugi&#233;s ou &#224; la compensation pour ceux qui le d&#233;sirent ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; droits &#233;gaux pour les Palestiniens de 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, nous r&#233;affirmons ici la n&#233;cessit&#233;, pour l'&#233;mancipation des peuples arabes, du d&#233;mant&#232;lement de l'&#201;tat sioniste, incarnation d'un projet colonial et raciste au service de l'imp&#233;rialisme, et ce au profit d'une solution politique dans laquelle tous les peuples de la Palestine (palestinien et juif isra&#233;lien) puissent vivre ensemble dans l'&#233;galit&#233; totale des droits &#187;. &#9632;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. IIRE. International Institute for Research and Education.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;solution sur l'Ukraine - Quatri&#232;me Internationale</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Resolution-sur-l-Ukraine-Quatrieme-Internationale</link>
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		<dc:date>2015-03-03T04:08:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Comit&#233; international de la IVe Internationale</dc:creator>


		<dc:subject>LaUne01</dc:subject>

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&lt;p&gt;Cette r&#233;solution a &#233;t&#233; adopt&#233;e &#224; l'unanimit&#233; par le Comit&#233; international de la IVe Internationale, r&#233;uni &#224; Amsterdam le 24 f&#233;vrier 2015. &lt;br class='autobr' /&gt; 1. Depuis pr&#232;s d'un an, au moins 5 000 hommes et femmes (principalement civils) ont &#233;t&#233; tu&#233;s (auxquels il faut probablement ajouter quelque 2 000 soldats) et plus de 150 000 personnes ont &#233;t&#233; chass&#233;es du Donbass par la guerre, oblig&#233;es de quitter leurs maisons et leurs biens &#8211; environ la moiti&#233; se r&#233;fugiant en Russie et le reste dans diff&#233;rentes parties (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-A-la-une-" rel="directory"&gt;&#192; la une&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-LaUne01-+" rel="tag"&gt;LaUne01&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH75/arton3311-42c10.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette r&#233;solution a &#233;t&#233; adopt&#233;e &#224; l'unanimit&#233; par le Comit&#233; international de la IVe Internationale, r&#233;uni &#224; Amsterdam le 24 f&#233;vrier 2015.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1. Depuis pr&#232;s d'un an, au moins 5 000 hommes et femmes (principalement civils) ont &#233;t&#233; tu&#233;s (auxquels il faut probablement ajouter quelque 2 000 soldats) et plus de 150 000 personnes ont &#233;t&#233; chass&#233;es du Donbass par la guerre, oblig&#233;es de quitter leurs maisons et leurs biens &#8211; environ la moiti&#233; se r&#233;fugiant en Russie et le reste dans diff&#233;rentes parties d'Ukraine. Des millions d'habitants des r&#233;gions Est de l'Ukraine, des deux c&#244;t&#233;s du front, se sont retrouv&#233;s dans une situation de catastrophe humanitaire sous un r&#233;gime autoritaire d'&#233;tat de guerre de fait, qui a emp&#234;ch&#233; la r&#233;sistance populaire aux attaques sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Redoutant un mouvement socio-politique comme Maidan, Poutine a d&#233;crit le r&#233;gime post-Ianoukovitch de Kiev de fa&#231;on extr&#234;mement d&#233;form&#233;e comme &#233;tant domin&#233; par des fascistes antirusses, pour l&#233;gitimer l'annexion de la Crim&#233;e et le soi-disant besoin de &#171; prot&#233;ger &#187; les populations russophones. Alors que &#171; Ukrainiens &#187; &#233;tait souvent assimil&#233; avec &#171; fascistes &#187;, la &#171; guerre hybride &#187; instrumentalis&#233;e par Moscou dans l'est de l'Ukraine pour d&#233;stabiliser le tournant du pays vers les institutions occidentales a transform&#233; la vie politique en Ukraine : une rh&#233;torique de haine et de vengeance s'est d&#233;ploy&#233;e, utilis&#233;e par les &#233;lites dirigeantes dans tout le pays pour l&#233;gitimer leur politique antisociale &#8211; pendant que la population du Donbass, discr&#233;dit&#233;e comme &#171; Vatniki &#187; post-sovietiques (qualificatif p&#233;joratif du v&#234;tement des ouvriers), &#233;tait soumise au d&#233;sastre de &#171; l'Op&#233;ration anti-terroriste &#187; (ATO) de Kiev.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. C'est pourquoi nous appelons les militants et syndicalistes d'Ukraine, de Russie, de l'UE et du monde entier, &#224; rompre avec des logiques unilat&#233;rales (&#171; campistes &#187;) qui mettent &#224; mal la solidarit&#233; des travailleurs et ne b&#233;n&#233;ficient qu'aux forces de droite et conservatrices dans toutes les r&#233;gions d'Ukraine, comme en Russie et dans le reste de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;unification de la gauche et du mouvement ouvrier et progressiste d'Ukraine sur des bases d&#233;mocratique et de gauche est encore possible, mais la condition pr&#233;alable &#224; une telle orientation est la d&#233;sescalade de la confrontation politique et le cessez-le-feu. Chaque jour de guerre renforce la droite et les nationalistes radicaux (parfois ouvertement n&#233;onazis) des deux c&#244;t&#233;s du conflit et rend davantage possible l'introduction d'une dictature autoritaire dans toute l'Ukraine. De plus cette solidarit&#233; et r&#233;unification est le seul moyen de briser la logique de guerre en stabilisant la paix et en consolidant une Ukraine comme &#201;tat ind&#233;pendant et soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. Cela implique d'exprimer la solidarit&#233; avec toutes les victimes du conflit, d&#233;fendre les droits des travailleurs, les droits sociaux et d&#233;mocratiques, y compris les droits constitutionnels linguistiques et r&#233;gionaux et le droit d'autod&#233;termination, passant par l'auto-organisation et l'expression des populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi nous sommes en faveur d'un cessez-le-feu &#8212; sous contr&#244;le international &#8212; parce qu'il n'y a pas de solution militaire progressiste possible. Dans les conditions actuelles, nous savons qu'il sera sign&#233; par des acteurs internationaux et nationaux r&#233;actionnaires. C'est pourquoi une totale ind&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de ces acteurs ainsi qu'une approche critique des conditions d'un tel cessez-le-feu sont n&#233;cessaires afin de prot&#233;ger les conditions futures d'une paix effective &#8212; c'est-&#224;-dire d&#233;mocratique et juste &#8211;, bas&#233;e sur la mobilisation des populations d&#233;fendant leurs droits sociaux et politiques et leurs choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Nous ne reconnaissons &#224; la Russie aucun &#171; droit historique &#187; &#224; contr&#244;ler ou d&#233;manteler l'Ukraine, et nous soutenons le plein droit d'autod&#233;termination de toutes les populations d'Ukraine &#8212; y compris en Crim&#233;e et dans le Donbass &#8212; un droit qui ne pouvait pas &#234;tre exprim&#233; librement sous des pressions autoritaire et militaire, sans r&#233;elle proc&#233;dure d&#233;mocratique et choix politique. C'est pourquoi nous avons d&#233;nonc&#233; l'annexion de la Crim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne reconnaissons pas non plus de l&#233;gitimit&#233; &#224; l'expansion de l'OTAN apr&#232;s la dissolution du Pacte de Varsovie en 1991 ni aux divers projets et moyens utilis&#233;s par l'imp&#233;rialisme occidental pour tenter de dominer les choix politiques ukrainiens. Mais c'est en fait l'exp&#233;rience pass&#233;e des politiques Grand-Russes, la nature r&#233;pressive du r&#233;gime de Poutine, la guerre dans le Donbass et l'annexion de la Crim&#233;e qui ont renforc&#233; la l&#233;gitimit&#233; de l'OTAN pour une part croissante de la population ukrainienne. L'agression concr&#232;te a consolid&#233; un sentiment ukrainien anti-Poutine, y compris dans l'est de l'Ukraine. M&#234;me au Donbass, les forces pro-russes ont eu des difficult&#233;s &#224; mobiliser et &#224; contr&#244;ler toute la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de Kiev et &#171; l'Op&#233;ration anti-terroriste &#187; a &#233;t&#233; un d&#233;sastre, cr&#233;ant un soutien populaire significatif pour une plus grande autonomie. Pourtant, en d&#233;cembre 2014, la grande majorit&#233; des r&#233;ponses &#224; un sondage &#233;taient en faveur du maintien du statut des deux r&#233;gions au sein de l'Ukraine et seulement, respectivement 6 % et 4 % des sond&#233;s pensaient que les territoires rebelles devraient se voir accorder l'ind&#233;pendance ou rejoindre la F&#233;d&#233;ration de Russie. La situation est en outre h&#233;t&#233;rog&#232;ne et confuse, diff&#233;rente d'une ville ou d'un village &#224; l'autre, avec une inqui&#233;tude et des d&#233;sillusions populaires croissantes quant &#224; la capacit&#233; des dirigeants de ces RPD (r&#233;publiques populaires de Donetsk) et de la Russie &#224; permettre des libert&#233;s politiques, d'assurer la vie quotidienne et des droits sociaux. De fortes identit&#233;s &#171; r&#233;gionales &#187; et une d&#233;fiance envers le gouvernement de Kiev ne signifiaient pas non plus un soutien actif &#224; des pouvoirs extr&#234;mement violents et non d&#233;mocratiques. M&#234;me le Parti communiste ukrainien a eu plus de possibilit&#233; de s'exprimer et de pr&#233;senter des candidats dans le reste de l'Ukraine (en d&#233;pit de certains appels &#224; son bannissement) que dans ces soi-disant R&#233;publiques populaires. La population locale a &#233;t&#233; prise en otage par des bombardements et des crimes venant des deux c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. C'est pourquoi nous sommes en faveur d'un cessez-le-feu imm&#233;diat. Mais nous ne reconnaissons pas le contenu politique des accords de Minsk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre qu'ils sont une reconnaissance de fait de l'annexion de la Crim&#233;e, ils expriment plus explicitement une fa&#231;on d'&#233;tablir une nouvelle Constitution pour l'Ukraine par le biais d'une proc&#233;dure de diplomatie secr&#232;te domin&#233;e par les grandes puissances et gouvernements, dans un &#171; partage de leurs zones d'influence &#187; : nous d&#233;non&#231;ons cette logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but de Poutine est d'avoir un certain contr&#244;le sur les choix ukrainiens, sans assumer le co&#251;t des subventions que l'industrie de cette r&#233;gion recevait de Kiev. L'appellation de &#171; Nouvelle Russie &#187; (&#171; Novo Rossiya &#187;) a donc &#233;t&#233; abandonn&#233;e pour donner plus de cr&#233;dibilit&#233; &#224; un projet plus &#171; limit&#233; &#187; d'&#171; &#201;tat &#187; dans l'&#201;tat ukrainien &#8211; sur le mode de la &#171; Republika Srpska &#187; (Entit&#233; serbe de Bosnie). Les accords incluent la modification de la Constitution ukrainienne pour fournir un appareil policier et judiciaire aux dirigeants locaux, comme condition pr&#233;alable &#224; tout contr&#244;le des fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;gociation de Minsk n'a pas permis un accord sur le statut du n&#339;ud ferroviaire de Debeltseve o&#249; plusieurs milliers de soldats ukrainiens se trouvaient. Sa conqu&#234;te, qui a co&#251;t&#233; la vie &#224; probablement plus de 1 000 soldats, donne une continuit&#233; &#224; &#171; l'Union des R&#233;publiques populaires &#187; du Donbass. Ainsi les accords de Minsk n'ont pas &#233;tabli un cessez-le-feu stable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pratique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Nous soutenons tous les efforts pour un cessez-le-feu avec un contr&#244;le international n&#233;cessaire pour le contr&#244;ler, contre toute offensive militaire. Le d&#233;ploiement de casques bleus de l'ONU venant de parties non impliqu&#233;es dans ce conflit pourrait &#234;tre n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Nous sommes en faveur d'un statut neutre de l'Ukraine, du retrait des troupes russes et d'une d&#233;militarisation imm&#233;diate de toutes les r&#233;gions en guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Nous sommes pour des enqu&#234;tes sur tous les crimes de guerre et la condamnation des criminels sur la base du Droit international en vigueur, en m&#234;me temps que pour le d&#233;sarmement et d&#233;mant&#232;lement de toutes les unit&#233;s paramilitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Nous d&#233;fendons la n&#233;cessit&#233; d'une proc&#233;dure d&#233;mocratique pour la modification de la Constitution ukrainienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Nous condamnons les discours x&#233;nophobes et de haine venant de toutes parts, et nous sommes en faveur de mouvements antifascistes et antiguerres en Ukraine, en Russie comme dans l'UE, ind&#233;pendants de tous les gouvernements et critiquant la propagande de guerre et le racisme. L'Ukraine n'est pas &#171; une erreur de l'histoire &#187; ; ni les Ukrainiens ni les Russes ne doivent &#234;tre diabolis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Contre la soi-disant &#171; aide &#187; du FMI et de l'UE qui impose de nouvelles attaques contre les droits sociaux, nous demandons des efforts internationaux pour la reconstruction des r&#233;gions d&#233;truites par la guerre ainsi que pour le retour des r&#233;fugi&#233;s et d&#233;plac&#233;s dans leurs foyers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Nous appelons les militants de la gauche politique et syndicale de toutes les parties de l'Ukraine &#224; s'unir autour d'un programme de justice sociale, stoppant le pillage du pays par les oligarques qui &#233;chappent &#224; la fiscalit&#233; au travers des placements dans les paradis fiscaux, et en brisant le cercle vicieux des emprunts au FMI pour rembourser de pr&#233;c&#233;dents emprunts. Pour survivre et imposer ses droits sociaux et politiques, la population ukrainienne a besoin, comme celle de Gr&#232;ce, de d&#233;noncer et rejeter les politiques d'aust&#233;rit&#233; par des actions collectives et de construire des partis qui soutiennent r&#233;ellement une telle orientation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; En Russie, en Ukraine et dans tous les pays europ&#233;ens, dans ou hors de l'UE, nous nous battons pour une autre Europe bas&#233;e sur la libre association de peuples souverains contre tous les rapports de domination &#8211; ce qui signifie pour nous le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comit&#233; international de la IVe Internationale, 24 f&#233;vrier 2015&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'ancien, le neuf et nous &#8211; Une contribution aux d&#233;bats de la Quatri&#232;me Internationale</title>
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		<dc:date>2015-02-23T13:37:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Communia Network</dc:creator>


		<dc:subject>LaUne01</dc:subject>

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&lt;p&gt;Nous reproduisons ci-dessous une contribution de Communia Network (Italie) aux d&#233;bats du comit&#233; international de la Quatri&#232;me Internationale sur la situation internationale et ses implications sur les t&#226;ches. &lt;br class='autobr' /&gt;
21 f&#233;vrier 2015 &lt;br class='autobr' /&gt;
(tir&#233; d'Europe solidaire sans fronti&#232;res) &lt;br class='autobr' /&gt; La phase que nous traversons est marqu&#233;e par une double crise : la fin de la d&#233;composition du mouvement ouvrier du vingti&#232;me si&#232;cle et la crise &#233;conomique globale, commenc&#233;e en 2008. La plus grave crise &#233;conomique que le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH139/arton3310-46124.jpg?1629990186' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='139' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous reproduisons ci-dessous une contribution de Communia Network (Italie) aux d&#233;bats du comit&#233; international de la Quatri&#232;me Internationale sur la situation internationale et ses implications sur les t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 f&#233;vrier 2015&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; d'Europe solidaire sans fronti&#232;res)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La phase que nous traversons est marqu&#233;e par une double crise : la fin de la d&#233;composition du mouvement ouvrier du vingti&#232;me si&#232;cle et la crise &#233;conomique globale, commenc&#233;e en 2008. La plus grave crise &#233;conomique que le capitalisme ait connue se superpose &#224; la m&#233;tamorphose des formes organisationnelles et politiques qui avait permis dans le si&#232;cle pass&#233; une pr&#233;sence stable de secteurs des classes subalternes sur la sc&#232;ne politique. Le r&#233;sultat de cette double crise semble &#234;tre la dispersion des forces, la d&#233;moralisation, l'atomisation et le renforcement de forces populistes et r&#233;actionnaires. Cependant, si on tourne le regard vers les ph&#233;nom&#232;nes qui se d&#233;roulent dans le corps social, on se rend compte de l'&#233;mergence d'un grand nombre de luttes de r&#233;sistance et des potentialit&#233;s et des contradictions qui imposent l'urgence d'un nouveau projet anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; La crise &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise &#233;conomique a &#233;t&#233; et continue d'&#234;tre profonde, comparable seulement &#224; celle de 1929, et on n'en voit pas la fin. Pour r&#233;soudre la crise des ann&#233;es trente il a fallu la Seconde Guerre mondiale, c'est &#224; dire un &#233;v&#232;nement dramatiquement destructif, pour donner lieu &#224; un nouveau cycle de croissance exceptionnelle. Rien de semblable n'est possible dans cette phase historique-ci. Il y a des repr&#233;sentants tr&#232;s significatifs des actuelles classes dirigeantes &#224; l'&#233;chelle mondiale qui parlent ouvertement d'une stagnation s&#233;culaire dans laquelle nous serions enlis&#233;s. Les Etats-Unis ne parviennent pas &#224; &#234;tre de nouveau la locomotive mondiale de la reprise ; l'Europe languit mettant s&#233;rieusement &#224; risque son mod&#232;le social et le maintien de son Union m&#234;me. M&#234;me les pays &#233;mergents sont touch&#233;s et finissent par &#234;tre entrain&#233;s dans une dynamique de redimensionnement des tendances &#233;conomiques. La globalisation a donn&#233; lieu &#224; un syst&#232;me &#233;conomique qui, de la m&#234;me fa&#231;on qu'il est n&#233;, entre en crise &#224; un niveau transnational. Les pays occidentaux n'arrivent pas &#224; retourner &#224; des niveaux de croissance acceptables pour le march&#233; et les pays &#233;mergents n'arrivent pas &#224; confirmer les tendances qui les ont fait &#233;merger. D'o&#249; la stagnation s&#233;culaire qui implique un r&#233;gime qui approfondit les in&#233;galit&#233;s et la d&#233;vastation &#233;cologique progressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme n'arrive donc pas &#224; se reprendre et la crise &#233;conomique se d&#233;veloppe en crise sociale, politique et culturelle. Dans les classes populaires le m&#233;contentement et la d&#233;sillusion envers le mode de production dominant augmentent, aussi parce que ses m&#233;canismes de fonctionnement n'ont peut &#234;tre jamais &#233;t&#233; si transparents. Des luttes et des r&#233;sistances se sont d&#233;velopp&#233;es dans ces ann&#233;es mais l'autre crise a emp&#234;ch&#233; une v&#233;ritable remise en cause de l'existant. A une s&#233;rie de signaux de &#8220;fin d'Empire&#8221; ne correspond pas de crise d'h&#233;g&#233;monie du mod&#232;le. Il n'y a pas d'alternative qui &#233;merge si ce n'est sous la forme du repli dans une dimension populiste ou int&#233;griste religieuse dont le ph&#233;nom&#232;ne de l'islamisme radical et du djihadisme constitue une expression.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les raisons sont toutes &#224; chercher de notre c&#244;t&#233;, dans notre camp avec la d&#233;faite historique dont nous avons souffert. Une d&#233;faite politique qui a &#233;t&#233; en m&#234;me temps la cons&#233;quence et le produit d'une nouvelle structuration de la soci&#233;t&#233;, atomis&#233;e et d&#233;politis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La fin du mouvement ouvrier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite du monde du travail et de ses options politiques (communiste et social d&#233;mocrate) &#224; l'&#233;chelle mondiale a produit la fin du mouvement ouvrier &#224; travers un processus de d&#233;composition et de m&#233;tamorphose. Parler de la fin du mouvement ouvrier ne signifie pas nier l'existence d'un prol&#233;tariat ou de ses parties encore organis&#233;es surtout au niveau syndical ou des luttes et des mouvements d'ouvriers. Le probl&#232;me &#8211; il faut que &#231;a soit clair est d'ordre politique et non pas sociologique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dire que le mouvement ouvrier n'existe plus signifie constater que la construction historique, qui avait d&#233;termin&#233;, surtout dans les d&#233;cennies suivant la Seconde Guerre mondiale, des rapports de forces sans pr&#233;c&#233;dents pour les classes subalternes, n'existe plus. La s&#233;quence peut &#234;tre r&#233;sum&#233;e, sur le plan symbolique, par la dynamique des forces qui ont repr&#233;sent&#233; ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement communiste se d&#233;compose avec la chute du Mur, m&#234;me si sa crise a commenc&#233; bien avant, comme notre courant l'avait lucidement analys&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la social d&#233;mocratie, elle exprime aujourd'hui imm&#233;diatement les dynamiques et les int&#233;r&#234;ts du capital et ne repr&#233;sente pas plus les besoins du monde du travail que n'importe quel parti patronal &#224; la recherche de consensus &#233;lectoraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme le mouvement ouvrier est termin&#233;, puisque la d&#233;faite historique subie l'a rendu tellement orphelin de perspectives &#224; en frustrer son existence m&#234;me. La combinaison id&#233;ale et r&#233;elle qui a produit et rendu cr&#233;dible le mouvement ouvrier dans le 19e et le 20e si&#232;cle a &#233;chou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre d&#233;faite consiste dans le fait de ne pas avoir su ou pu contribuer &#224; construire une alternative aux deux courants historiques du mouvement ouvrier qui en ont forg&#233; l'identit&#233;, dict&#233; les aspirations, construit les r&#233;f&#233;rences id&#233;ologiques, repr&#233;sent&#233; les int&#233;r&#234;ts au sein de la d&#233;mocratie parlementaire. En outre cette crise se nourrit aussi de la perte de r&#244;le et de fonction des d&#233;mocraties capitalistes, vid&#233;es par les processus de concentration des d&#233;cisions, de renforcement des ex&#233;cutifs et de ph&#233;nom&#232;nes de n&#233;o autoritarisme souvent m&#234;l&#233;s de formes in&#233;dites de populisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence d'une alternative &#224; la fin du mouvement ouvrier et la perte de r&#233;f&#233;rences id&#233;ologiques et culturelles poussent de plus en plus les masses vers les venins du racisme et du populisme. M&#234;me si le rejet des structures dominantes est diffus, la perspective du changement social apparait rar&#233;fi&#233;e et distante aux yeux des nouvelles g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes au temps de la refondation non plus des repr&#233;sentations politiques du mouvement ouvrier mais du mouvement lui m&#234;me qui a perdu son centre de gravit&#233; et sa force de frappe avec l'&#233;chec de ses repr&#233;sentations politiques et id&#233;ologiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
En l'absence de sujets ad&#233;quats aux processus de recomposition politique des militants et des groupes dirigeants, le point d'appui pour recommencer est de contribuer &#224; la refondation &#8220;du bas&#8221; du mouvement, &#224; la reconstruction de ses piliers sociaux, des structures d'auto-organisation, des instruments subjectifs pour affirmer ses propres int&#233;r&#234;ts. Comme &#224; l'aube du mouvement ouvrier, comme dans la seconde moiti&#233; du 19e si&#232;cle, on a besoin de structures d'entraide, de reconstruction des outils de base, de valorisation des bastions, pour le dire comme Gramsci, desquels repartir pour faire une incursion dans le capital et poser, de nouveau, la question du pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
La tache prioritaire des organes de direction de notre courant est aujourd'hui d'&#233;laborer un projet politique et de construction qui donne une r&#233;ponse &#224; ces questions et qui indique un chemin qui puisse op&#233;rer une discontinuit&#233; politique m&#234;me si c'est au sein des grandes coordonn&#233;es id&#233;ologiques qui ont permis &#224; la Quatre d'exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Une nouvelle classe, une nouvelle enceinte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on parle de fin du mouvement ouvrier, on ne pense certainement pas que le prol&#233;tariat n'existe plus. Au contraire le prol&#233;tariat grandit de plus en plus au niveau mondial. En fait il s'accroit aussi dans les pays de capitalisme avanc&#233;, l&#224; o&#249; certains pensent que le travail salari&#233; est en voie de disparition. Ce qui a cess&#233; d'exister c'est la constellation qui avait caract&#233;ris&#233;e la nature du mouvement ouvrier du 20e si&#232;cle : la reconnaissance r&#233;ciproque, rapide et directe, par exemple, entre syndicat et parti, l'appartenance commune d'une large couche intellectuelle, la construction identitaire produite par &#8220;l'&#233;lan&#8221; de la r&#233;volution d'Octobre et des luttes ouvri&#232;res. C'est cette constellation qui a &#233;chou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les appels programmatiquement corrects &#224; la centralit&#233; de la contradiction entre capital et travail escomptent un malentendu de fonds en se r&#233;f&#233;rant &#224; un pass&#233; pr&#233;sum&#233; sans se poser la question de la configuration contemporaine du capitalisme, des contenus et des formes du travail aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enceinte organisationnelle, celle dans laquelle se produit l'adh&#233;sion id&#233;ale, la reconnaissance politique et dans laquelle se m&#232;ne la bataille politique, a &#233;t&#233; cass&#233;e par les transformations structurelles du capitalisme. La classe s'est diversifi&#233;e, dispers&#233;e, son identit&#233; a &#233;t&#233; rendue hybride par les nouveaut&#233;s dans les processus d'acculturation. Les acteurs du conflit sont toujours les m&#234;mes, le capital et le prol&#233;tariat, mais leur composition, leurs rapports, les contextes historiques et g&#233;opolitiques sont diff&#233;rents. Bien sur un/e prol&#233;taire peut &#234;tre femme, gay, immigr&#233; etc et cette connotation ult&#233;rieure repr&#233;sente un probl&#232;me politique et ouvre la question des intersections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identit&#233; est double ou triple &#8211; ouvrier/e, consommateur/trice, citoyen/ne, utilisateur/trice de services &#8211; et le n&#339;ud de la d&#233;mocratie croise la crise de la politique l&#224; o&#249; la structure bourgeoise elle m&#234;me n'est plus perm&#233;able aux formes actuelles du conflit. Les ph&#233;nom&#232;nes de migrations de masses des derni&#232;res d&#233;cennies, accompagn&#233;s des politiques sur l'immigration, visant &#224; cr&#233;er des divisions, des hi&#233;rarchies, du chantage, ont eu un impact &#233;norme sur la classe, sur ses langages, son identit&#233; et ses processus de prise de conscience. La transformation des processus du travail et de l'organisation du travail, due &#224; la pr&#233;carisation croissante des contrats de travail et &#224; la d&#233;sindustrialisation d'une grande part de l'Europe, a contribu&#233; &#224; d&#233;composer la classe ouvri&#232;re telle qu'elle s'&#233;tait constitu&#233;e le long du 20e si&#232;cle, en transformant son exp&#233;rience v&#233;cue et ses processus de formation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, la question du genre et celle de l'environnement contribuent &#224; rendre encore plus complexe la relation entre la classe et ses propres conditions d'existence, en donnant lieu &#224; des formes nouvelles de prises de conscience (subjectivation) et de conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Le syndicalisme fait du surplace&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas par hasard si le r&#244;le du syndicalisme dans ces lutes a &#233;t&#233; &#224; peu pr&#232;s marginal ou en tout cas pas central. Les syndicats les plus bureaucratis&#233;s, comme l'AFL aux Etats Unis, ont &#233;t&#233; oblig&#233;s d'intervenir, de l'ext&#233;rieur, dans les mobilisations Occupy en essayant d'y r&#233;cup&#233;rer un r&#244;le. En partie ils y ont r&#233;ussi, gr&#226;ce &#224; une structure et &#224; un appareil qui ne sont pas comparables avec les faibles structures des mouvements sociaux. Par contre, ils ont eu une autre dimension dans d'autres pays comme l'Egypte ou dans les luttes naissantes dans l'Est Asiatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rester en Europe, le syndicalisme, tout en pr&#233;sentant des r&#233;alit&#233;s diff&#233;rentes et des contextes dict&#233;s par les rythmes in&#233;gaux de la lutte de classe, connait une d&#233;sorientation par rapport &#224; une composition de classe qui n'est plus celle des &#8220;trente glorieuses&#8221; sur lesquels semblent encore modeler le syndicalisme traditionnel. Le prol&#233;tariat moderne a des flux de conscience beaucoup plus tordus et complexes : il forme sa conscience sur le poste de travail, en dehors, sur internet, pendant qu'il consomme ou s'informe sur ce qu'il consomme. S'il est vrai que &#8220;la soci&#233;t&#233; de la connaissance&#8221; n'a pas donn&#233; lieu &#224; un nouveau &#8220;mode de production&#8221; capitaliste, il est pourtant vrai que le capitalisme global, ses relations de classe, ses contradictions sont fortement conditionn&#233;s par l'&#232;re de la connaissance. La stabilisation de la pr&#233;carit&#233;, qui caract&#233;rise l'&#232;re du capitalisme de la crise, entre en conflit avec des degr&#233;s croissants de connaissance des travailleurs et des travailleuses de ce si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syndicalisme semble faire du surplace et il a fait de la cogestion avec les gouvernements et avec la social d&#233;mocratie europ&#233;enne son axe fondamental. Les implantations sociales et une disponibilit&#233; &#224; la mobilisation existent encore. Le cas italien exprime, encore une fois, une tendance visible. Ce qui reste de l'ancien syndicalisme a du mal &#224; s'adapter aux derniers coups lib&#233;raux plant&#233;s par le gouvernement Renzi qui se proclame de gauche. Dans ces circonstances, il se retrouve en fait face &#224; ses contradictions : l'habitude de la cogestion et l'incapacit&#233; &#224; concevoir un v&#233;ritable conflit, le manque de racines dans l'actuelle composition du prol&#233;tariat, le choc de la rupture avec le parti de r&#233;f&#233;rence historique c'est-&#224;-dire le choc provoqu&#233; par le ph&#233;nom&#232;ne r&#233;cent de d&#233;composition entre ceux qui ont mis fin au mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Mouvements en cours&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les &#233;v&#232;nements de 2011 l'ont d&#233;montr&#233;, la fin du mouvement ouvrier ne veut pas dire la fin des luttes, des mouvements et des r&#233;sistances. La crise et les mesures des gouvernements, des institutions politiques et financi&#232;res internationales, ont &#233;t&#233; des &#233;l&#233;ments qui ont caract&#233;ris&#233; l'initiative des mouvements sociaux ; &#224; partir des printemps arabes , du mouvement des indign&#233;s dans l'Etat espagnol, du mouvement Occupy am&#233;ricain en passant par les luttes &#233;tudiantes et des pr&#233;caires au Chili, au Canada, en Angleterre, contre les politiques de l'aust&#233;rit&#233; au Portugal et en Isra&#235;l, contre le r&#233;gime de Poutin en Russie jusqu'&#224; arriver aux initiatives de gr&#232;ve dans les usines chinoises et indiennes. Avec le cas grec qui a constitu&#233; de fa&#231;on dramatique dans ses potentialit&#233;s une sorte de r&#233;f&#233;rence constante dans la derni&#232;re p&#233;riode. Des luttes et des mouvements ont exprim&#233; soit la protestation contre les mesures destin&#233;es &#224; accroitre la pr&#233;carit&#233; et &#224; r&#233;duire les droits, soit la contestation de la l&#233;gitimit&#233; du syst&#232;me de pouvoir capitaliste. Mais entre les deux il ne s'est pas cr&#233;&#233; un lien comme celui qui a caract&#233;ris&#233; les luttes les plus avanc&#233;es du si&#232;cle pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes et les mouvements n'ont pas dessin&#233;, en g&#233;n&#233;ral, un parcours lin&#233;aire d'accumulation d'exp&#233;riences menant &#224; la contestation du capitalisme en tant que tel et &#224; l'intuition de la possibilit&#233; d'un autre mode de production et d'une autre politique. Souvent les luttes et les mouvements reculent ou se dispersent faute d'un horizon de lib&#233;ration cr&#233;dible dans lequel s'ins&#233;rer. Ou bien au contraire : la contestation g&#233;n&#233;rale n'est pas soutenue par la force mat&#233;rielle des besoins &#233;l&#233;mentaires que la crise n'arrive pas &#224; satisfaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'indigner contre le pouvoir excessif du capital financier, la d&#233;mocratie &#8220;prise en otage&#8221;, par les march&#233;s et les agences de rating ; occuper les places pour contester le syst&#232;me et exp&#233;rimenter d'autres rapports sociaux et d'autres relations politiques, se rebeller contre un n&#233;olib&#233;ralisme qui r&#233;ussit &#224; imposer des politiques d'aust&#233;rit&#233; et de destruction des droits malgr&#233; un tr&#232;s bas niveau de consensus social ; et, dans le cas des &#8220;printemps arabes&#8221;, pratiquer le conflit &#8211; en s'appropriant collectivement des espaces publiques &#8211; comme instrument pour d&#233;mocratiser la soci&#233;t&#233; enti&#232;re, ont &#233;t&#233; les causes le plus &#233;videntes du nouveau cycle de mobilisation qui s'est ouvert. Mais qui ont &#233;t&#233; les sujets protagonistes des ces mobilisations ? Avec la disparition des grandes concentrations de la force de travail &#8211; m&#234;me endroit, m&#234;mes temps, m&#234;mes exp&#233;riences &#8211; o&#249; la densit&#233; des relations cr&#233;ait une conscience de la propre condition mat&#233;rielle qui tendait &#224; se transformer en la n&#233;cessit&#233; d'une transformation sociale, aujourd'hui on assiste &#224; une scission &#233;vidente de ce processus. La production sociale capitaliste investit le territoire entier et encore plus tous les domaines de la vie en tant que telle. La connexion entre condition mat&#233;rielle et n&#233;cessit&#233; d'une transformation radicale n'est plus si &#233;vidente. Les consciences se forment et se radicalisent souvent en s&#233;parant les deux termes, avec un voyage continu d'aller retour entre les deux p&#244;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces derni&#232;res ann&#233;es les mouvements sociaux ont constitu&#233;, de fa&#231;on partielle et contradictoire, un pont entre le fait d'avoir une conscience de sa propre condition sociale et la lutte contre le syst&#232;me capitaliste. Dans ce sens ils ont &#233;t&#233; des lieux de politisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Une nouvelle enceinte, un nouveau projet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces transformations on a besoin d'autres formes de conflit et d'auto-organisation, qui ne co&#239;ncident pas avec celles de &#8220;l'ancien&#8221; mouvement ouvrier et qui ne sont pas encore connues par le &#8220;nouveau&#8221;. La m&#233;tamorphose historique a &#233;t&#233; rendue possible par la d&#233;faite de fonds subie par le mouvement ouvrier, repr&#233;sent&#233; non seulement par la chute du socialisme r&#233;el, mais aussi par la mutation de la social d&#233;mocratie. A gauche de ces deux exp&#233;riences historiques, aucune autre structure politique n'a r&#233;ussi &#224; offrir un instrument cr&#233;dible &#224; une classe incertaine et oscillante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;fi fondamental aujourd'hui est de cr&#233;er les conditions de sorte que de nouveaux processus de subjectivation (prise de conscience) conflictuelle se produisent, une op&#233;ration qui n'est pas seulement politique et pas seulement sociale. Il ne s'agit pas simplement de reconstruire un nouveau parti &#8211; anticapitaliste, large, de regroupement, etc. &#8211; ni simplement de travailler pourque se cr&#233;ent les conditions d'un mouvement de masse &#8211; les indign&#233;/es. Il s'agit de faire en sorte qu'&#224; partir de ces derniers naissent de nouvelles subjectivit&#233;s anticapitalistes. Nouvelles. Et, dans cette direction, il faut travailler pour construire des lieux dans lesquels dimension politique et dimension sociale se m&#234;lent de fa&#231;on hybride et in&#233;dite. Il s'agit d'accepter le terrain du &#8220;social&#8221; avec ses lois, ses langages et ses rythmes, comme terrain privil&#233;gi&#233; pour r&#233;aliser une recomposition politique, une capacit&#233; des mouvements de se reconstruire autour d'un projet politique de transformation. Il s'agit de reconstruire &#8220;l'enceinte&#8221; d'un nouveau mouvement de classe pour pouvoir reconstruire un nouveau projet r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Les instruments de l'auto organisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre exp&#233;rience se fonde sur une hypoth&#232;se de travail qu'on pourrait d&#233;crire de mani&#232;re &#233;l&#233;mentaire comme le passage d'une m&#233;thode d&#233;ductive &#224; une m&#233;thode inductive. Si on est d'accord qu'un monde s'est d&#233;fait (le mouvement ouvrier du si&#232;cle pass&#233;), si les changements g&#233;opolitiques et sociaux ont &#233;t&#233; si amples et profonds, alors il faut tirer les conclusions logiques de ces constatations. Ce serait manquer de vision mat&#233;rialiste de la r&#233;alit&#233; que de croire que des formes organisationnelles, des symboles et de sch&#233;mas de pens&#233;e puissent rester substantiellement inchang&#233;s. La reconstruction d'un horizon de sens ne peut que repartir d'une adh&#233;sion &#224; l'actuelle composition de classe pour en comprendre les dynamiques et les logiques, participant &#224; sa r&#233;organisation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a appel&#233; les structures avec lesquelles on est en train de r&#233;aliser notre exp&#233;rimentation &#8220;des instruments pour l'auto organisation&#8221;. On parle de collectifs engag&#233;s dans la r&#233;cup&#233;ration d'usines abandonn&#233;es, de structures syndicales de base en mesure de ne pas s'arr&#234;ter &#224; la dimension &#8220;&#233;conomiciste&#8221; ; des espaces d'entraide, des collectifs territoriaux en lutte pour la d&#233;fense &#233;cologique de l'environnement, etc. La boussole qui doit nous guider pour construire ces instruments est la perspective de l'auto-organisation. Nos instruments politiques ont l'ambition historique de r&#233;aliser l'auto organisation des sujets en lutte avec l'objectif de mettre en discussion la l&#233;gitimit&#233; du pouvoir et ils ne sont pas, banalement et confus&#233;ment, eux m&#234;mes des lieux d'auto- organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Italie ce d&#233;bat est particuli&#232;rement important en raison du r&#244;le que les composantes de l'Autonomie organis&#233;e ont jou&#233; historiquement, en m&#234;lant la perspective historique et la r&#233;alit&#233; existante de temps &#224; autre ; en confondant l'auto organisation ouvri&#232;re avec les structures politiques existantes, parties d'une confrontation sociale globale. L'auto-organisation est donc un objectif historique et une m&#233;thode de travail qui nous permet d'&#234;tre dans les grands mouvements de masse et de construire, dans leur sein, une composante politique d'un nouveau type, porteur d'une pens&#233;e et d'un patrimoine id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Favoriser la naissance et l'affirmation d'instruments pour l'auto organisation requi&#232;re une capacit&#233; &#224; lire les situations de conflit sous la lumi&#232;re de la subjectivation politique de la classe. Abandonner les jeux de r&#244;le dans les structures syndicales plus ou moins de base, voir les mouvements des secteurs de classe actifs au del&#224; des histories et des traditions, cueillir les moments de politisation des luttes &#233;tudiantes, exp&#233;rimenter des formes de contrepouvoir et de socialisation non domin&#233;es par les marchandises. Il n'existe pas de mod&#232;les ni d'instruments pour toutes les saisons. En utilisant un oxymore apparent, les instruments pour l'auto-organisation sont n&#233;cessaires pour construire une organisation qui amplifie et approfondit les surfaces de contact avec l'actuelle composition de classe. Cela comporte des risques et des dangers comme le leaderisme (caudillisme) qui remplace les d&#233;cisions d&#233;mocratiques, l'autor&#233;f&#233;rentialit&#233;, le localisme, le caract&#232;re transitoire. Des risques qui sont cependant mineurs face &#224; des partis et des organisations agissent comme des communaut&#233;s imperm&#233;ables qui suppl&#233;ent aux difficult&#233;s d'implantation sociale avec l'accentuation des traits identitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, nous sommes au temps de la reconstruction du mouvement de classe : dans des structures de base d'entraide, dans des formes &#233;l&#233;mentaires de syndicalisme, des processus embl&#233;matiques et/ou symboliques d'autogestion, dans des exp&#233;rimentations politiques pas r&#233;ductibles &#224; la cr&#233;ation de nouveaux partis. Le visage concret de cette dimension analytique est constitu&#233; par la partie croissante d'abstentionnisme &#233;lectoral, la m&#233;fiance des jeunes g&#233;n&#233;rations envers la politique tout court, la passivit&#233; des structures syndicales et sociales qui autrefois &#233;taient &#224; la t&#234;te des luttes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reconstruire signifie exp&#233;rimenter et le faire avec suffisamment d'ouverture mentale et de capacit&#233; d'apprendre aussi des erreurs et cela signifie, &#224; son tour, construire identit&#233;, projet, narration politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; L'exp&#233;rience exemplaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la phase de la reconstruction, l'exp&#233;rience exemplaire est plus importante que le &#171; mod&#232;le allemand &#187; qui anime encore le mouvement ouvrier. &#171; Le tournant allemand &#187; est celui de la phase la plus m&#251;re du mouvement o&#249; de grands syndicats, partis et structures d'organisation sociale se mettent en place nationalement et puissamment. Ce qu'il convient de mettre au centre de notre travail aujourd'hui c'est une s&#233;rie d'exp&#233;riences exemplaires qui dans les faits font allusion aux objectifs de fonds, programmatiques et politiques. L'exp&#233;rience de l'usine autog&#233;r&#233;e RiMaflow, en Italie, est pour nous un des chemins pour redonner cr&#233;dibilit&#233; &#224; une vision socialiste autogestionnaire, libertaire et &#233;cologiste, de la r&#233;volution sociale. Un exemple pour donner une nouvelle l&#233;gitimit&#233; &#224; des id&#233;es qui, autrement, sont &#233;cras&#233;es par la rh&#233;torique politiciste ou par la r&#233;p&#233;tition propagandiste. L'exp&#233;rience exemplaire de l'entraide sert &#224; reconstruire une id&#233;e moderne de syndicat fond&#233;e sur ses origines, sur la solidarit&#233; de classe, sur la centralit&#233; des membres contre les appareils et l'institutionnalisation &#224; laquelle le &#171; mod&#232;le allemand &#187; justement a men&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Les connotations de la gauche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche r&#233;volutionnaire &#8211; &#224; savoir qui croit qu'une r&#233;volution est n&#233;cessaire, une participation des masses pour changer l'&#233;tat des choses pr&#233;sentes et qui s'attelle &#224; cette &#233;ventualit&#233; &#8211; est donc toute &#224; construire ; les forces doivent &#234;tre de nouveau accumul&#233;es, les pr&#233; conditions doivent &#234;tre &#233;rig&#233;es. Il s'agit d'un travail qui se fera dans un champ compl&#232;tement d&#233;structur&#233; par rapport au si&#232;cle pass&#233;. Cela ne veut pas dire qu'il faut improviser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour agir dans un contexte hybride, dans une relation complexe entre le stade &#233;l&#233;mentaire du conflit de classe et la perspective politique, il faut des coordonn&#233;es qui tracent le champ d'action de cette gauche : l'opposition inflexible au capitalisme et &#224; ses r&#232;gles ; l'alt&#233;rit&#233; par rapport &#224; la social d&#233;mocratie et &#224; sa version la plus r&#233;cente le socio lib&#233;ralisme, dans une optique d'ind&#233;pendance de classe ; la construction d'un mouvement de masse d&#233;mocratique organis&#233; autour de l'inspiration de la Premi&#232;re Internationale selon la quelle &#171; l'&#233;mancipation des travailleurs est l'&#339;uvre des travailleurs eux m&#234;mes &#187;. Il faut des faits m&#234;me symboliques pour construire une discontinuit&#233; et pour offrir un nouvel &#233;lan. La valeur de l'exp&#233;rience de Podemos s'inscrit dans ce cadre. Nous ne voulons pas nourrir de faciles illusions dans ce projet politique ni indiquer un mod&#232;le qui r&#233;sout tous nos probl&#232;mes. Au contraire. Le d&#233;roulement de la vie interne de cette formation politique nous pose des pr&#233;occupations &#233;videntes. La d&#233;gradation des niveaux de conscience est utilis&#233;e, dans ce contexte aussi, pour impulser des processus leaderistes (caudilliste) et de d&#233;l&#233;gation qui &#8211; s'ils se structurent &#8211; n'apporteront pas des avanc&#233;es dans la lutte de classe ni au niveau de la conscience politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'il faut comprendre de l'exp&#233;rience de Podemos et ce que cela dit d'un point de vue g&#233;n&#233;ral, c'est la modalit&#233; dans laquelle on engage aujourd'hui les nouvelles g&#233;n&#233;rations dans la politique. Construire un processus d'accumulation de forces d&#233;sid&#233;ologis&#233;es et, surtout, bas&#233; sur la participation d&#233;mocratique (au moins symboliquement) est un aspect d&#233;cisif. La dimension sociale et la dimension politique se m&#234;lent, et se confondent, au moins dans la phase d'accumulation des forces. Participation collective, critique serr&#233;e du capitalisme, alt&#233;rit&#233; par rapport aux formes de la politique &#171; bourgeoise &#187; sont des acquis qui servent &#224; fonder un nouveau projet. Les indications pr&#233;cieuses sont celles-ci et face &#224; ces &#233;l&#233;ments plusieurs partis que notre courant a construit ou essaye de construire, apparaissent comme sur une autre plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Le cas grec, Syriza et les mouvements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections parlementaires grecques du 25 janvier repr&#233;sentent, avec la victoire de Syriza, un rendez vous important non seulement pour la population grecque mais pour toute l'Union Europ&#233;enne. La fa&#231;on dont on est arriv&#233; &#224; ces &#233;lections d&#233;montrent &#224; quel point la crise de l&#233;gitimit&#233; de la classe politique grecque est parvenue et son incapacit&#233; &#224; g&#233;rer une politique &#233;conomique et sociale contrainte par l'aust&#233;rit&#233; exig&#233;e par la Troika d'un c&#244;t&#233; et la pression populaire de l'autre. Bien que les mouvements sociaux aient montr&#233; des signes de fatigue et la mobilisation n'ait pas &#233;t&#233; derni&#232;rement &#224; la hauteur de celle des ann&#233;es pass&#233;es, il est &#233;vident que la population grecque a montr&#233; ne plus vouloir supporter le poids des politiques impos&#233;es par la Commission europ&#233;enne et vouloir rompre avec l'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie &#233;lectorale de Syriza repr&#233;sente, en cela, un espoir pour une partie importante des classes sociales d&#233;savantag&#233;es ce qu'a indiqu&#233; ce passage politico &#233;lectoral. Syriza s'est pr&#233;sent&#233; &#224; ces &#233;lections avec un programme &#233;conomique &#171; d'urgence &#187; avec des aspects d&#233;cidemment int&#233;ressants et orient&#233;s pour favoriser les secteurs les plus d&#233;savantag&#233;s, et d'autres projets &#233;taient plus vagues et li&#233;s &#224; un processus de ren&#233;gociation avec les sommets de l'UE (comme dans le cas de la proposition depuis toujours d&#233;fendue d'un audit sur la dette et sur son payement &#233;ventuellement refus&#233; et d'autres encore plus timides ; le choix de la r&#233;forme fiscale uniquement centr&#233;e sur la r&#233;cup&#233;ration de l'&#233;vasion fiscale apparait faible). Soit, on se trouve face &#224; un programme r&#233;formiste radical (pas anticapitaliste) qui repr&#233;sente pourtant dans l'actuelle situation de l'UE une contradiction et une possibilit&#233; de rupture qui pourrait apporter de l'air nouveau dans les dynamiques bloqu&#233;es de la politique europ&#233;enne. M&#234;me s'il est difficile de pr&#233;voir une dynamique &#171; constituante &#187; de la victoire de Syriza et m&#234;me une &#233;volution anticapitaliste de son action (d'autant moins si elle n'est pas limit&#233;e seulement &#224; la Gr&#232;ce) semble peu probable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons bien &#224; l'esprit la diff&#233;rence entre une mobilisation en grande partie de nature &#233;lectorale et le d&#233;ploiement d'un conflit social de classe. Mais si un tel gouvernement essayait vraiment d'appliquer les mesures d&#233;clar&#233;es, cela poserait de fait au niveau europ&#233;en la n&#233;cessit&#233; d'un changement des politiques communautaires ; et de tout fa&#231;on cela rendrait moins facile de les appliquer aussi dans d'autres pays. Et cela pourrait &#234;tre renforc&#233; aussi au niveau politique par un succ&#232;s &#233;lectorale souhaitable de Podemos dans l'Etat espagnol. Cela ouvrirait, en fin de compte, un espace politique que les mouvements seraient appel&#233;s &#224; transf&#233;rer su le plan du conflit social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de Syriza est une opportunit&#233; pour tout le monde et pourrait se transformer en d&#233;sillusion et d&#233;moralisation si elle devait faillir. Pour cela aussi nous sommes convaincus qu' une v&#233;ritable rupture avec les politiques d'aust&#233;rit&#233; et avec le chantage de la dette passe &#224; travers l'irruption des mouvements sociaux et la construction d'organismes de participation d&#233;mocratique d'en bas. M&#234;me si une dynamique de &#171; contrepouvoir &#187; ou &#171; d'autogestion conflictuelle &#187; n'est pas &#224; l'ordre du jour, il est quand m&#234;me n&#233;cessaire de d&#233;velopper des instruments et des formes de participation, de contr&#244;le et de d&#233;cision par rapport aux politiques d'un gouvernement guid&#233; par Syriza, qu'il soit de gauche ou de coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le match ne se r&#233;duit pas, comme certains le pensent, aux relations ou aux contradictions entre un parti, Syriza, et les institutions nationales ou internationales. Parce qu'il y a vraiment de nouvelles possibilit&#233; qui s'ouvrent au niveau continental, il faut une reprise du mouvement social au niveau europ&#233;en, et des ruptures aussi sur le plan politique. Il ne s'agit pas seulement ou surtout de se mobiliser pour soutenir le gouvernement de Syriza, mais de pointer des mobilisations europ&#233;ennes et de nouvelles relations d'en bas entre les exp&#233;riences de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Le droit de recommencer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre courant aussi a &#233;t&#233; in&#233;vitablement frapp&#233; par la crise et par la fin du mouvement ouvrier dont il &#233;tait issu et dont il faisait partie, m&#234;me en tenant compte de ses positions h&#233;t&#233;rodoxes. Et pourtant nous avons r&#233;sist&#233;, avec des hauts et des bas, avec des difficult&#233;s &#233;videntes, avec g&#233;n&#233;rosit&#233;. Aujourd'hui le patrimoine pr&#233;serv&#233; de l'usure de l'histoire doit &#234;tre investi dans le futur, si non il p&#233;rira. Dans des ann&#233;es de difficult&#233;s et de reculs notre courant a gagn&#233; un droit : celui de recommencer. De recommencer &#224; se battre pour une soci&#233;t&#233; socialiste, pour une id&#233;e de r&#233;volution qui lie la Commune de Paris &#224; Octobre 1917, &#224; une s&#233;rie d'exp&#233;riences plus r&#233;centes o&#249; auto organisation du travail subordonn&#233; et projets politiques de lib&#233;ration sont arriv&#233;s &#224; cr&#233;er une combinaison vertueuse. Le droit de recommencer une longue marche qui semble barr&#233;, &#224; ceux et celles qui veulent encore changer le monde, apr&#232;s la chute du Mur et le tournant de 1989. Il s'agit du droit qu'on a gagn&#233; sur l'&#233;lan d'une histoire &#171; h&#233;r&#233;tique &#187;, de minorit&#233;, parfois infime, d'un mouvement ouvrier organis&#233; et structur&#233; autour de deux grands courants fondamentaux : la d&#233;mocratie sociale et le stalinisme. Le droit de recommencer plonge ses racines dans la fatigue accomplie pour exister/r&#233;sister &#224; l'annulation politique et physique produite par ces courants mais, surtout, dans la raison de ceux et celles qui, vraiment, ont toujours &#233;t&#233; du cot&#233; des vaincu/es. Bensa&#239;d est parmi ces philosophes du mouvement de la Quatri&#232;me Internationale qui sont fascin&#233;s par Walter Benjamin et par la centralit&#233; des vaincus de l'histoire qui constituent ceux &#171; par qui nous sommes attendus &#187;. Parmi les vaincus se trouvent en large partie les Trotskystes. Mais ils peuvent maintenant affirmer que leur d&#233;faite a seulement anticip&#233; celle du mouvement ouvrier entier. Aujourd'hui en fait il n'y a plus de vainqueurs et de toute fa&#231;on leurs h&#233;ritiers sont de p&#226;les contre-figures &#224; la recherche de se resituer dans l'histoire. Il suffit de penser &#224; l'h&#233;ritage que laisse le PCI en Italie et au r&#244;le du PD et de Matteo Renzi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nos forces affrontent, au moment o&#249; nous entamons cette r&#233;flexion, une usure du temps d&#233;termin&#233;e par la disparition du &#171; camp de jeu &#187; o&#249; les propositions politiques des derni&#232;res vingt ann&#233;es ont muri. Il &#233;tait juste, &#224; la moiti&#233; des ann&#233;es 90 de se poser le probl&#232;me de la &#171; recomposition &#187; de la gauche anticapitaliste, en travaillant sur la crise des structures historiques du mouvement ouvrier et sur la n&#233;cessit&#233; d'une nouvelle pens&#233;e historique. Travailler sur les contradictions internes des partis communistes, sur la difficult&#233; des socio d&#233;mocrates &#224; g&#233;rer leur mutation g&#233;n&#233;tique. Mais ce projet n'a pas per&#231;u &#224; temps l'&#233;puisement de la &#171; masse critique &#187; dans laquelle agir avec une bataille d'opposition et /ou alternative. D'o&#249; l'impasse qui en a r&#233;sult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse explique aussi la crise du projet politique le plus important de la Quatri&#232;me Internationale, le NPA (France), et en forme mineure, elle explique la faillite du projet italien. C'est comme si on avait voyag&#233; sous la lumi&#232;re d'une &#233;toile &#233;teinte, d'un astre mort. Nous n'avons pas lu les modifications de la composition de classe, nous avons affront&#233; h&#226;tivement l'analyse sur les nouveaut&#233;s internationales et surtout nous nous sommes entrain&#233;s &#224; une course qui n'aurait pas eu lieu : la construction d'un petit parti &#224; la gauche d'un mouvement ouvrier us&#233;. Comme si dans la sc&#232;ne politique il y avait encore comme joueurs : la d&#233;mocratie sociale, le syndicat, les r&#233;formistes et les r&#233;volutionnaires du 20e si&#232;cle. Quand nous avons essay&#233; de jouer sur cette sc&#232;ne politique nous avons perdu, comme le d&#233;montre la crise du NPA, qui est seulement le reflet d'une difficult&#233; plus grande. A part le NPA, le SWP en Grande-Bretagne, le Bloco au Portugal, Rifondazione comunista en Italie sont en crise aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vide est rempli par des formations, Podemos et Syriza, qui combinent, au moment de leur affirmation, plusieurs &#233;l&#233;ments : le &#171; social &#187; et le &#171; politique &#187; ; des pouss&#233;es radicalement anticapitalistes et des pulsions r&#233;formistes ; une dimension de la lutte mais aussi la n&#233;cessit&#233; de se projeter dans une logique de gouvernement. Leur croissance quantitative, l'impact de masse de leurs leaders, produisent un autre probl&#232;me, celui des attentes qui se cr&#233;ent, par exemple au niveau &#233;lectoral. Alexis Tsipras et Pablo Iglesias sont attendus dans leur capacit&#233; r&#233;elle de changement, c'est cela qu'on leur demande. Une partie de la crise du NPA peut s'expliquer aussi par cela : de son leader, incroyablement populaire en France, on attendait une solution de gouvernement, la possibilit&#233; d'un changement effectif &#171; ici et maintenant &#187;, comme cela s'est pass&#233; avec Syriza en Gr&#232;ce. Mais sans cette force et cette cr&#233;dibilit&#233;, ou cette d&#233;termination, les &#233;lections peuvent devenir un boomerang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi pour cela donc qu'il faut une &#233;laboration, une th&#233;orie de la d&#233;mocratie radicale &#8211; socialiste &#8211; qui indique la n&#233;cessit&#233; de construire de nouvelles institutions, qui propose un parcours de d&#233;structuration des formes actuelles de d&#233;mocratie pour en construire d'autres, plus avanc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Une association internationale des travailleurs et des travailleuses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#224; quoi nous travaillons, donc, n'est pas un parti classique, plus ou moins grand, plus ou moins efficace, mais qui choisit les &#233;lections et la propagande comme terrain principal ; c'est par contre un collectif politique, homog&#232;ne sur la base de la discussion et de l'analyse de son initiative, capable d'&#234;tre &#224; l'int&#233;rieur des mouvements avec des structures qui en accompagnent l'efficacit&#233; de masse et la possible implantation. Un collectif politique, programmatiquement fond&#233;, doit continuer d'exister, m&#234;me si ce n'est pas dans la forme classique de parti ; cela peut &#234;tre autour d'une revue, dans le cadre d'une &#233;laboration permanente, dans des formes originales. La d&#233;nomination &#171; Quatri&#232;me Internationale &#187; aussi doit &#234;tre d&#233;pass&#233;e sur le plan de l'imaginaire et aussi sur celui de l'identit&#233;. La num&#233;ration des internationales appartient, vraiment, &#224; une autre &#233;poque et ne parle plus au pr&#233;sent. Ce n'est pas une question de d&#233;nomination. Aujourd'hui on aurait besoin d'une Association internationale des travailleuses et des travailleurs, une alliance plurielle, en mesure de partager certains principes de base, comme la Premi&#232;re Internationale, d&#233;mocratique avec la pleine autonomie de ses composantes et le libre partage des choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une alliance internationale compos&#233;e d'une large s&#233;rie de sujets, diff&#233;rents entre eux mais convergeant sur la n&#233;cessit&#233; d'une dimension anticapitaliste et de reconstruction d'une subjectivit&#233; de classe. Une Association compos&#233;e pas seulement de forces politiques mais aussi syndicales, de mouvements paysans, de structures qui se battent contre le fardeau de la dette, des forces &#233;cologistes anticapitalistes, et f&#233;ministes radicales. Un espace, surtout, int&#233;ressant et praticable pour les nouvelles g&#233;n&#233;rations qui continuent d'entrer en lutte partout dans le monde, comme le d&#233;montrent les mouvements dans le monde arabe et musulman. Une Association internationale comme camp dans lequel discuter ouvertement, prendre des initiatives de masse, construire une alternative visible &#224; la double crise de notre &#233;poque. Une Association bas&#233;e sur quelques grands id&#233;aux, sur le meilleur du patrimoine du 20e si&#232;cle, pas seulement le marxisme, mais aussi la pens&#233;e libertaire, le f&#233;minisme radical, l'&#233;cologie cons&#233;quente. Un lieu dans lequel se reconnaissent des sujets, des courants, des associations, des modalit&#233;s d'action diff&#233;rentes et en mesure de coordonner, vraiment, les divers initiatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette proposition, qui est politique et qui a l'ambition d'avoir un impact international, n'est pas r&#233;alisable &#224; court terme. Mais elle peut &#234;tre poursuivie en r&#233;fl&#233;chissant aux diff&#233;rentes initiatives, dont nous disposons en les requalifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a. Tout d'abord il s'agit de garder vivant la compr&#233;hension du pr&#233;sent. Il faut des lieux &#224; plusieurs espaces, pluriels, o&#249; nourrir la culture marxiste r&#233;volutionnaire et &#233;laborer une pens&#233;e alternative. Pour cela il faut sortir de l'urgence et d'une certaine ritualit&#233; et rendre centraux des moments de r&#233;flexion sur certains n&#339;uds du pr&#233;sent : l'actuelle composition de classe au niveau continental et international, les dynamiques de la crise capitaliste, les conflits g&#233;opolitiques, les dynamiques migratoires. On a besoin d'un intellectuel collectif, o&#249; l'accent doit &#234;tre mis sur le premier terme, &#233;tant donn&#233; l'&#233;puisement ou la rar&#233;faction de la capacit&#233; de pens&#233;e &#224; un niveau ad&#233;quat aux d&#233;fis&lt;br class='autobr' /&gt;
b. Si on prend le pari d'un projet de reconstruction et d'une initiative plurielle, il faut identifier quelques projets au niveau transnational. En Italie on a prioris&#233; la th&#233;matique des entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es et de ses r&#233;seaux internationaux. Il y a une campagne structur&#233;e autour de la question de la dette ; l'&#233;cologie et le f&#233;minisme offrent d'autres exemples qui peuvent clarifier l'id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c. Un autre focus particulier est offert par la composition du travail des migrant/es et de ses dynamiques internationales. Il faudrait un comit&#233; internationale de solidarit&#233;, d'organisation et de luttes communes pour affirmer des droits inali&#233;nables : &#224; la citoyennet&#233;, au travail, &#224; la dignit&#233; humaine contre tout racisme&lt;br class='autobr' /&gt;
d. Il faut relancer le projet du Camp jeunes &#8211; jusqu'ici la meilleure carte de visite de notre organisation &#8211; et le red&#233;finir &#224; la lumi&#232;re de ce qui est dit ci dessus. Un camp ouvert, pluriel, o&#249; discuter des grandes questions historiques &#8211; sans approches acad&#233;miques et sans champs de bataille politique &#8211; et o&#249; d&#233;finir quelques grandes campagnes de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Communia Network&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Six commentaires sur le d&#233;bat g&#233;opolitique, la situation mondiale et les imp&#233;rialismes</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Six-commentaires-sur-le-debat-geopolitique-la-situation-mondiale-et-les</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Six-commentaires-sur-le-debat-geopolitique-la-situation-mondiale-et-les</guid>
		<dc:date>2014-12-30T15:39:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lotfi Chawqui</dc:creator>


		<dc:subject>LaUne01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans le cadre de la r&#233;flexion engag&#233;e sur la situation g&#233;opolitique mondiale et les imp&#233;rialismes, je souhaite pr&#233;senter quelques remarques par rapport aux contributions de Pierre Rousset, sans aborder tous les points qu'il traite. Je partage l'essentiel sur le plan de la m&#233;thode d'analyses et des constats faits. Il me semble cependant que certains points devraient &#234;tre pr&#233;cis&#233;s ou approfondis. Voici, en essayant d'&#234;tre synth&#233;tiques &#224; partir d'une lecture crois&#233;e des deux contributions [1]. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-A-la-une-" rel="directory"&gt;&#192; la une&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-LaUne01-+" rel="tag"&gt;LaUne01&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH132/arton3308-4d861.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='132' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le cadre de la r&#233;flexion engag&#233;e sur la situation g&#233;opolitique mondiale et les imp&#233;rialismes, je souhaite pr&#233;senter quelques remarques par rapport aux contributions de Pierre Rousset, sans aborder tous les points qu'il traite. Je partage l'essentiel sur le plan de la m&#233;thode d'analyses et des constats faits. Il me semble cependant que certains points devraient &#234;tre pr&#233;cis&#233;s ou approfondis. Voici, en essayant d'&#234;tre synth&#233;tiques &#224; partir d'une lecture crois&#233;e des deux contributions [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 d&#233;cembre 2014&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1)	Il est juste de tenir compte du changement d'ampleur du cadre g&#233;opolitique dont les effets commencent &#224; se d&#233;ployer, mais dans ce changement il y a des &#171; inerties &#187; ou des contre tendances &#187; dont il nous faut tenir compte pour ne pas avoir une vision unilat&#233;rale du basculement du monde. Ainsi par exemple le d&#233;clin de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, r&#233;el, est plus limit&#233; ou contradictoire que l'on pense. Pas seulement parce que les USA poss&#232;dent encore des ressources de domination incontest&#233;es (le dollar, les capacit&#233;s militaires et technologiques, une capacit&#233; plus importante &#224; transf&#233;rer la facture de la crise&#8230;), mais parce que, y compris l&#224; o&#249; l'&#233;chec est patent en termes de contr&#244;le militaire ou de stabilisation politique, il n' y a pas d'impact structurel sur la logique de domination et d'accumulation du capital. Ou dit autrement m&#234;me dans les situations de crise permanente, la machine &#233;conomique avec sa logique pr&#233;datrice tourne&#8230; L'int&#233;gration m&#234;me chaotique &#224; la mondialisation capitaliste et militariste est r&#233;elle. Les profits p&#233;troliers en Irak connect&#233;s aux multinationales am&#233;ricaines restent &#224; un niveau important depuis la premi&#232;re intervention &#224; nos jours&#8230; Ce qu'il y a effectivement de relativement nouveau c'est que les territoires rentables, les espaces g&#233;ographiques de l'accumulation ne co&#239;ncident plus n&#233;cessairement avec les espaces des Etats nationaux et les besoins d'une l&#233;gitimation globale. Mais cette situation reste g&#233;rable. Si il y a bien une crise de leadership, en raison des &#233;volutions des rapports de forces internationaux (Chine , pays &#233;mergents&#8230;), de la structure de l'&#233;conomie mondiale (o&#249; la distinction NORD/SUD n'est pas fonctionnelle) et des rapports Etats/accumulation mondiale du capital, les &#201;tats-Unis et l'Union europ&#233;enne (bien plus que la Chine ou la Russie ) restent la colonne vert&#233;brale de la structuration ou mise musique des exigences de la mondialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les changements du centre de gravit&#233; de l'&#233;conomie mondiale et leurs effets structurants sur les politiques internationales &#224; un niveau global et pas seulement r&#233;gional, il y a encore place &#224; des r&#233;ajustements d'ampleur qui ne sont pas, loin de l&#224;, achev&#233;s. Le &#171; d&#233;clin de l'Empire peut durer longtemps &#187;. Il est aussi assez significatif par exemple qu'en Tunisie et en Egypte apr&#232;s les soul&#232;vements populaires, au-del&#224; des difficult&#233;s &#224; intervenir dans les processus politiques et les formes concr&#232;tes de la transition ordonn&#233;e, il n'y a pas eu de difficult&#233;s ou d'obstacles majeurs pour que soit garantie la continuit&#233; des politiques &#233;conomiques men&#233;es sous les dictatures (et m&#234;me leur amplification) et le maintien du statu quo dans les relations avec l'&#201;tat d'Isra&#235;l. Ou si l'on veut la crise (relative) du leadership ne signifie pas une perte des capacit&#233;s de r&#233;ajustements dans la gestion des crises. Peut-&#234;tre sans &#171; plan strat&#233;gique &#187; , peut &#234;tre avec plus de difficult&#233;s qu'avant, mais avec une capacit&#233; encore r&#233;elle &#224; imposer les fondamentaux g&#233;ostrat&#233;giques et g&#233;o&#233;conomiques qui correspondent &#224; leurs int&#233;r&#234;ts (m&#234;me quand les &#171; choix impos&#233;s &#187; sont autant de facteurs aggravants d'instabilit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer autrement : l'av&#232;nement de gouvernements &#171; progressistes &#187; dans certains Etats d'Am&#233;rique latine a abouti &#224; un r&#233;ajustement des politiques am&#233;ricaines visant &#224; neutraliser ou limiter leurs effets avec un certain succ&#232;s sans recourir n&#233;cessairement une intervention militaire ou &#224; des coups d'&#201;tat de l'ampleur du chili d'Allende . Est-ce qu'on doit &#171; lire &#187; l'absence de ce mode d'intervention (ou &#224; la marge) comme un signe unilat&#233;ral de perte d'influence et de recul ? Est-ce que par le pass&#233; Washington a toujours planifi&#233; l'imposition de son ordre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2)	Par contre sous l'effet d'une crise relative du leadership et de la mani&#232;re dont s'est d&#233;velopp&#233;e la mondialisation, les rapports n&#233;ocoloniaux et les alliances internationales de classes qui les fondent sont devenus plus complexes. L'Arabie saoudite (et plus largement les alli&#233;s strat&#233;giques des USA dans la r&#233;gion) par exemple n'est plus ce chien de garde docile de l'imp&#233;rialisme. Non pas parce qu'il s'oppose &#224; ce dernier, mais parce qu'au-del&#224; de sa fonction de relais des int&#233;r&#234;ts strat&#233;giques des USA, il y a maintenant tr&#232;s nettement une politique globale qui int&#232;gre les int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques des p&#233;tromonarchies (elles-m&#234;mes en concurrence). Int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques qui peuvent, dans certaines conjonctures concr&#232;tes diverger avec le tuteur principal et qui se d&#233;ploient sur l'&#233;chelle r&#233;gionale. L'Arabie saoudite a soutenu Moubarak jusqu'au bout l&#224; o&#249; les EU l'ont l&#226;ch&#233;, soutenu le parti Nour alors que l'oncle Sam s'activait aupr&#232;s des fr&#232;res musulmans, financ&#233; et arm&#233; les courants de l'islam politique ouvertement hostile aux USA en Syrie, etc&#8230; Cette &#233;volution (une forme de r&#233;ponse conservatrice &#224; la fois au projet du grand Moyen-Orient et notamment de ses aspects de d&#233;mocratie restreinte et formelle, mais aussi &#224; la dynamique des processus r&#233;volutionnaires) renvoie &#224; une base mat&#233;rielle : la construction &#224; la faveur des lib&#233;ralisations successives d'un proto-empire &#233;conomique r&#233;gional en expansion b&#226;ti &#224; la fois sur l'essor d'investissements en p&#233;trodollars, de la constitution de fonds souverains et de la mise sous tutelle&#8230; d'un certain nombre de budgets &#233;tatiques (l'Arabie saoudite finance une part consid&#233;rable des budgets publics de l'Egypte par exemple). Tout cela articul&#233; &#224; des moyens financiers et militaires consid&#233;rables dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, je ne sais pas si on peut parler de (sous ) imp&#233;rialisme, mais il y a une politique expansionniste clairement assum&#233;e et une autonomie relative plus grande que par le pass&#233;. On peut dire la m&#234;me chose pour les rapports de l'Etat d'Isra&#235;l aux EU aujourd'hui&#8230; Cette r&#233;alit&#233; pose un probl&#232;me politique consid&#233;rable. Non seulement il y a une interaction plus forte entre le national/r&#233;gional/international avec une multiplicit&#233; d'acteurs qui ne s'opposent pas de la m&#234;me mani&#232;re aux soul&#232;vements et aspirations populaires et dont il faut examiner &#224; chaque fois les politiques concr&#232;tes, les int&#233;r&#234;ts nationaux et &#233;ventuellement les contradictions (sans se contenter de rappeler leur connivence strat&#233;gique bien r&#233;elle), mais il peut s'av&#233;rer que la force principale de la contre-r&#233;volution dans certaines situations concr&#232;tes n'est pas n&#233;cessairement la grande puissance imp&#233;rialiste. Celle-ci le reste sur le plan strat&#233;gique, mais dans une conjoncture donn&#233;e la r&#233;alit&#233; peut s'av&#233;rer plus complexe. Dans le cas de la Syrie, bien plus que l'intervention am&#233;ricaine ou europ&#233;enne, les populations payent le prix d'abord de la militarisation de la r&#233;pression par la dictature ( elle-m&#234;me alli&#233;e &#224; des puissances r&#233;gionales : Iran, Russie...) et de la r&#233;action militaro fasciste soutenu pendant longtemps par les th&#233;ocraties et d'un point de vue r&#233;gional, il s'av&#232;re que l'Arabie saoudite concentre le foyer de la contre-r&#233;volution. Autrement dit les ennemis sont multiples et ne rentrent plus dans une bipolarisation simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3)	Ce que tu dis sur l'&#233;mancipation du politique par les bourgeoisies imp&#233;rialistes est important. Et je partage les raisons que tu &#233;voques. Cependant ce que tu dis me parait op&#233;rationnel pour anticiper l'&#233;volution des d&#233;mocraties bourgeoises et de leur crise structurelle. Mais dans ce qui a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme les pays de la p&#233;riph&#233;rie, y a-t'il un changement qualitatif par rapport au pass&#233; aussi bien lointain que r&#233;cent ? Les modes sp&#233;cifiques de domination que tu &#233;voques (populisme, r&#233;gimes client&#233;listes&#8230;) ont &#233;t&#233; progressivement d&#233;structur&#233;s, mais assez rapidement au cours des d&#233;cennies pr&#233;c&#233;dentes dans une majorit&#233; de cas. Et enfin de compte, les modes de l&#233;gitimation sp&#233;cifiques (obstacles relatif &#224; une int&#233;gration &#171; inconditionnelle &#171; au march&#233; mondial) n'ont pas concern&#233; toutes les r&#233;gions du monde (une bonne partie de pays africains par exemple, malgr&#233; une corruption structurelle, sont plus des colonies non d&#233;clar&#233;es que des n&#233;ocolonies, ce qui est une des explications de l'ampleur et multiplicit&#233; des crises sociales et politiques r&#233;currentes). Et m&#234;me quand &#171; &#231;a fonctionnait &#187; c'&#233;tait, &#224; part de courtes p&#233;riodes, sur la base d'une l&#233;gitimit&#233; restreinte et d'une base sociale tr&#232;s &#233;troite. Sans doute aujourd'hui, il y a une multiplication des &#171; n&#339;uds de crise &#187;, un &#233;tat d'instabilit&#233; plus profond avec des foyers multiples, des cons&#233;quences en chaine et des effets r&#233;gionaux, mais ce n'est pas tout &#224; fait nouveau ou in&#233;dit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me point sur lequel je m'interroge : la fin de la politique n'est que l'av&#232;nement (encore inachev&#233;) d'une autre politique consubstantielle au projet strat&#233;gique des bourgeoisies qui visent &#224; la restauration d'un capitalisme pur sans m&#233;diations. Cette autre politique renverse le rapport consentement/violence dans la construction politique de la domination de classe et imp&#233;rialiste. Sans doute ce processus n'est pas achev&#233; et signerait pour le coup l'av&#232;nement d'une autre &#233;poque. Mais faut-il en tirer comme conclusion que l'Etat n'est d&#233;j&#224; plus qu'un majordome ou que les bourgeoisies sont en train de liquider des si&#232;cles de savoir-faire utile &#224; leur domination ? L'intervention des Etats en 2008 pour aider leurs bourgeoisies face &#224; une des plus grandes crises du capitalisme et le recours de ces m&#234;mes bourgeoisies &#224; leur propre Etat est significative. Tout comme les constructions politiques id&#233;ologiques culturelles morales qui accompagnent l'offensive de la bourgeoisie sur une s&#233;rie de terrains montrent qu'elles ne liquident pas des si&#232;cles de savoir-faire utile &#224; leur domination&#8230; Il est vrai qu'elles semblent s'accommoder &#171; de la crise comme d'un &#233;tat permanent &#187; , s'ins&#233;rant &#171; dans un fonctionnement normal du nouveau syst&#232;me global de domination &#187;. Mais avec une question irr&#233;solue pour le moment et dont la r&#233;ponse concr&#232;te d&#233;pendra de la lutte des classes : les bourgeoisies doivent balayer ou restructurer profond&#233;ment leur syst&#232;me de domination pour en formuler un qui correspond aux transformations actuelles de leur base mat&#233;rielle (poids sp&#233;cifique la finance, moindre d&#233;pendance au territoire d'origine, composition multinationale des capitaux&#8230;), des rapports de forces sociaux (d&#233;grad&#233;s pour notre camp) et des nouveaux rapports conflictuels sur le terrain international. Les armatures du pass&#233; ne fonctionnent plus de la m&#234;me mani&#232;re. Mais elles savent aussi (les si&#232;cles de savoir-faire) au moins pour une partie d'entre elles que les situations d'instabilit&#233; prolong&#233;es, de crises sociales et &#233;conomiques combin&#233;es &#224; l'effondrement de l&#233;gitimit&#233;, peuvent devenir sur la dur&#233;e des freins &#224; l'expansion mondialis&#233;e du capital et une menace pour leur domination. Le chaos peut-il &#234;tre une strat&#233;gie &#224; long terme ? La cristallisation sous des formes diverses de r&#233;gimes autoritaires, m&#234;me &#224; partir de dynamiques non maitris&#233;es, est-elle viable pour elles ? Autre chose est par contre de la mani&#232;re dont la question est tranch&#233;e dans les pays dits p&#233;riph&#233;riques o&#249; de larges fractions de la population sont exclues du march&#233; mondial et sont en &#171; trop &#187;, ou dans les r&#233;gions qui sont un confluent des rivalit&#233;s internationales. L&#224;, que la crise soit permanente, que les soci&#233;t&#233;s explosent, que les Etats se d&#233;litent, que la guerre s'installe, que les catastrophes sociales et &#233;cologiques s'accumulent, elles g&#232;rent dans le seul souci que cela n'impacte pas les circuits de la pr&#233;dation internationale et la maitrise des ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4)	Sur la question de la solidarit&#233; et le d&#233;bat sur l'armement [2]. Je partage l'essentiel. On est en r&#233;alit&#233; dans un contexte nouveau. Les soul&#232;vements populaires ne sont pas le fruit d'une accumulation des forces dot&#233;e d'un projet strat&#233;gique impliquant une dimension militaire. Les Etats sont (sur-)arm&#233;s en quantit&#233; et qualit&#233; pour mener une guerre longue d'usure b&#226;tie sur une strat&#233;gie de terreur et de d&#233;placement forc&#233; visant &#224; d&#233;sarticuler les bases sociales et humaines de la r&#233;volution, mais aussi &#224; an&#233;antir toute possibilit&#233; d'accumulation/ r&#233;organisation de force &#224; partir des &#171; territoires lib&#233;r&#233;s &#187;. Ils disposent d'appuis internationaux et jouent y compris avec leurs adversaires/concurrent r&#233;gionaux pour alimenter une strat&#233;gie de chaos et de terre brul&#233;e. Le diff&#233;rentiel est important et ne peut &#234;tre combl&#233; par un processus d'enracinement politique et social ni par un processus d'auto armement progressif qui &#233;quilibrerait relativement les forces. La trag&#233;die syrienne tient au fait que les coordinations civiles et populaires n'ont pas &#233;t&#233; l'ossature de la construction d'un contre-pouvoir populaire arm&#233; ni la colonne vert&#233;brale de la construction, sur un plan national, d'une force r&#233;volutionnaire l&#233;gitime sur le terrain politique et militaire. Et &#224; l'isolement international d'un processus o&#249; le peuple n'a pas de repr&#233;sentants reconnus qui refl&#232;tent r&#233;ellement ses aspirations. Dans ce contexte est-il possible de jouer sur les contradictions entre puissances pour d&#233;gager une marge de man&#339;uvre favorable au renforcement du camp populaire ? En th&#233;orie oui, mais en r&#233;alit&#233; c'est difficile parce que justement il n'y a pas de forces politiques organis&#233;es r&#233;volutionnaires l&#233;gitimes capables d'intervenir sur ces contradictions sans perdre de vue les objectifs de la r&#233;volution (ou de d&#233;mocratie, libert&#233; et justice sociale). Il n'y a pas de FLN vietnamien ou quelque chose de comparable en terme de force de frappe et de capacit&#233;s tactiques. C'est difficile aussi parce qu'il n'y a pas de courant international de solidarit&#233; capable de relayer les pressions sur les Etats &#224; partir des int&#233;r&#234;ts des peuples en lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute le PKK fait figure d'exception relative, mais surtout d'exception conjoncturelle. Au-del&#224; des faiblesses sp&#233;cifiques du PKK dans l'usage d'une diplomatie internationale militante, l'&#233;volution de la situation &#224; Koban&#233; montre maintenant un d&#233;sint&#233;r&#234;t m&#233;diatique, une s&#233;lectivit&#233; de l'aide, une strat&#233;gie d'intervention de la coalition qui vise &#224; un r&#233;&#233;quilibrage relatif des forces sans bouleverser les int&#233;r&#234;ts des alli&#233;s (la Turquie) et sans objectif d'une victoire politico-militaire men&#233;e par les forces de r&#233;sistances locales. Si il est juste de relayer la demande d'un armement, les capacit&#233;s r&#233;elles pour le faire et l'imposer partiellement sont d&#233;risoires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui se pose est d&#232;s lors de savoir quels sont les axes (de solidarit&#233; internationale) qui permettent de faire levier sur la dur&#233;e pour aider efficacement les r&#233;sistances d&#233;mocratiques et populaires (y compris &#171; par ricochet &#187; dans leur dimension arm&#233;e). La d&#233;fense du droit &#224; l'armement &#233;galement en terme de livraisons par les Etats imp&#233;rialistes n'est pas en soi scandaleuse dans cette conjoncture concr&#232;te, mais elle n'a de sens que si existe un soutien sp&#233;cifique aux courants d&#233;mocratiques la&#239;cs r&#233;volutionnaires anti-imp&#233;rialistes et la prise en compte des besoins g&#233;n&#233;raux de la lutte. Mener la lutte arm&#233;e ne d&#233;pend pas seulement de l'approvisionnement des armes, mais d'une large infrastructure politique et sociale ; de la combinaison du travail humanitaire, social et des pratiques d'autod&#233;fense, d'une int&#233;gration &#233;troite entre luttes civiles et r&#233;sistances arm&#233;es, de moyens financiers pour entretenir des brigades de combattants et mener un combat politique large. Toute chose n&#233;cessitant par ailleurs la prise en compte du probl&#232;me des r&#233;fugi&#233;s dont le poids social et politique sera d&#233;terminant sur la dur&#233;e. Or sur ces diff&#233;rents terrains, nous pouvons, toute proportion gard&#233;e, apporter une aide pr&#233;cieuse et nous avons plus d'espaces ou possibilit&#233;s d'intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est donc, au-del&#224; du d&#233;bat g&#233;n&#233;ral sur la question de l'armement, de cibler les axes concrets qui permettent de d&#233;gager des actions r&#233;elles de solidarit&#233; qui permettent aux combattants de manger, se soigner, d'informer, se d&#233;placer et se coordonner. Et de se procurer des armes, car maintenant tout s'ach&#232;te. Et aussi &#233;videmment de donner une visibilit&#233; aux r&#233;sistances qui s'opposent aux diff&#233;rentes contre-r&#233;volutions. C'est moins ambitieux que d'organiser des brigades internationales (&#231;a c'est nos ennemis qui ont pris le flambeau) ou de construire des usines d'armement (qui de toute fa&#231;on sont impossible aujourd'hui), mais c'est extr&#234;mement n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5)	Lorsque les processus r&#233;volutionnaires ont commenc&#233; , on pouvait se demander si les soul&#232;vements populaires avec leur contenu social et d&#233;mocratique et leur d&#233;stabilisation de r&#233;gimes articul&#233;s &#224; des partis/Etats capitalistes d&#233;pendants n'ouvraient pas la voie (potentielle) &#224; une remise en cause des rapports sociaux internes et des hi&#233;rarchies mondiales. A plus forte raison dans un contexte international marqu&#233; par la crise globale du capitalisme. Ce potentiel avait aussi une particularit&#233; : les peuples s'adressaient, sans exception, &#224; l'humanit&#233;, pour soutenir leur combat. Elles posaient de fait la question de l'internationalisme militant. Celui-ci s'est trouv&#233; consid&#233;rablement affaibli et cet affaiblissement un des &#233;l&#233;ments clefs de la crise g&#233;n&#233;rale du mouvement ouvrier dont parle Sabado dans sa contribution [3]. Mais cette crise, loin de d&#233;gager des points d'appui &#224; la reconstruction d'un nouveau projet strat&#233;gique d'&#233;mancipation, est en train de s'approfondir avec des cons&#233;quences dramatiques en termes d'exp&#233;riences et de consciences pour les peuples qui ont inaugur&#233; les processus r&#233;volutionnaires. Le soutien des Etats dits &#171; progressistes &#187; d'Am&#233;rique latine aux dictatures, les illusions campistes qui dominent une large partie de la gauche internationale, l'indiff&#233;rence dogmatique de certains courants d'extr&#234;me gauche et la faiblesse des courants anticapitalistes &#224; d&#233;velopper une activit&#233; politique et pratique de solidarit&#233; auront des cons&#233;quences importants &#224; l'int&#233;rieur de ces pays. Fait significatif : nous ne sommes plus capables y compris dans des cadres larges par exemple &#224; faire ce qui a &#233;t&#233; possible il n'y a pas si longtemps que cela en Bosnie en terme de &#171; convois ouvriers &#187;. Pas plus que nous sommes en capacit&#233; de tisser des liens plus &#171; denses &#187; avec les courants de la gauche radicale dans ces pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; l'absence de riposte internationale face aux contre-r&#233;volutions et d'intervention populaire ind&#233;pendante des Etats va peser sur le type de reconstruction, si reconstruction il y a, des gauches dans ces pays. Et ce type de dynamique loin d'affaiblir tend &#224; renforcer paradoxalement le campisme Le campisme n'est pas seulement li&#233; la non prise en compte du basculement du monde et dans l'existence d'une grille de lecture li&#233; &#224; la guerre froide, il est le miroir invers&#233; de l'effondrement de l'internationalisme et se nourrit de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6)	La crise de la perspective socialiste a sa traduction concr&#232;te dans la r&#233;gion arabe. Il n'existe pas de forces en capacit&#233; de refonder un projet d'&#233;mancipation &#224; la hauteur des d&#233;fis ni de renouveler sur le terrain politique les bases d'un nouvel internationalisme alors que les processus ont fait &#233;merger des mobilisations populaires par en bas, des aspirations sociales et d&#233;mocratiques contradictoires avec l'ordre capitaliste et une dynamique relative de d&#233;stabilisation de l'ordre r&#233;gional. Nous en sommes l&#224;. S'il est difficile de faire des plans sur la com&#232;te sur le long terme, on peut n&#233;anmoins affirmer que le potentiel des processus n'a pas d&#233;bouch&#233; &#224; cette &#233;tape sur de &#171; nouvelles exp&#233;riences fondatrices &#187; m&#234;me si elles sont riches de le&#231;ons, ni ouvert une br&#232;che positive dans la crise g&#233;n&#233;rale de la perspective socialiste. Au contraire, par bien des aspects, elle l'approfondit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence et consolidation de courants fascistes religieux traduit &#224; la fois l'immense frayeur des th&#233;ocraties ultra-r&#233;actionnaires et en premier lieu de l'Arabie saoudite, des choix m&#233;thodiques des dictatures de confessionnalisme la confrontation populaire, des &#233;checs des fr&#232;res musulmans et des courants institutionnels de l'islam politique, des effets d&#233;stabilisateurs de la politique imp&#233;rialiste, mais aussi de la d&#233;sorganisation de la gauche comme force l&#233;gitime et sp&#233;cifique. Mais aussi en raison de l'absence d'un projet international de solidarit&#233; en actes et en phase avec les moteurs sociaux et d&#233;mocratiques des soul&#232;vements populaires. Cette combinaison r&#233;gressive n'a pas de r&#233;ponse de la part du vieux mouvement ouvrier et retarde l'&#233;mergence et consolidation de solidarit&#233;s nouvelles. L&#224; encore avec quels effets sur le terrain ? Or en politique, le temps n'est jamais un facteur neutre et les barbaries quand elles ne sont pas arr&#234;t&#233;es &#224; temps produisent des montres encore plus tenaces et experts en cannibalisme politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amiti&#233;s,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lotfi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHAWQUI Lotfi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Pour la premi&#232;re, voir sur ESSF (article 33279), Le chaos g&#233;opolitique et ses implications : notes d'introduction pour une r&#233;flexion collective. La seconde, pr&#233;parant une r&#233;union du Comit&#233; internationale de la QI n'a pas &#233;t&#233; mise en ligne pour ne pas multiplier les versions provisoires successives. Le texte qui sortira de la discussion le CI le sera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir aussi, ESSF (article 33565), &#8719;ierre Rousset, Les batailles de Koban&#234;, d'Alep et le r&#233;apprentissage de la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Voir sur ESSF (article 33323), Notes sur le d&#233;bat &#171; Imp&#233;rialisme et g&#233;opolitique&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>R&#233;flexions strat&#233;giques face &#224; la dictature du capital</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Reflexions-strategiques-face-a-la-dictature-du-capital</link>
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		<dc:date>2014-12-28T22:37:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hendrik Davi</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>LaUne01</dc:subject>

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&lt;p&gt;Nous constatons un red&#233;ploiement assez important de la pens&#233;e marxiste avec la publication (ou republication) de nombreux ouvrages tant synth&#233;tiques sur le marxisme (Keucheyan 2010, Durand 2009, Johsua 2012) que sp&#233;cifiques sur l'&#233;cologie (Keucheyan 2014), l'Europe (Durand 2013), l'&#233;tat (Poulantzas) ou la crise &#233;conomique (Johsua 2009 ; Piketty 2013). N&#233;anmoins rares sont les ouvrages ou articles qui traitent de front, les questions strat&#233;giques. J'entends par &#171; strat&#233;gique &#187;, les probl&#232;mes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH110/arton3307-920b5.jpg?1629990187' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='110' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous constatons un red&#233;ploiement assez important de la pens&#233;e marxiste avec la publication (ou republication) de nombreux ouvrages tant synth&#233;tiques sur le marxisme (Keucheyan 2010, Durand 2009, Johsua 2012) que sp&#233;cifiques sur l'&#233;cologie (Keucheyan 2014), l'Europe (Durand 2013), l'&#233;tat (Poulantzas) ou la crise &#233;conomique (Johsua 2009 ; Piketty 2013). N&#233;anmoins rares sont les ouvrages ou articles qui traitent de front, les questions strat&#233;giques. J'entends par &#171; strat&#233;gique &#187;, les probl&#232;mes relatifs &#224; la lutte contre la domination des classes dominantes. Cette lutte se d&#233;compose sch&#233;matiquement en trois volets : une lutte &#233;conomique pour la r&#233;partition de la plus value entre le capital et travail, une lutte pour l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique, une lutte politique pour la prise de position au sein de l'&#233;tat et de ses superstructures. Ces trois dimensions sont &#233;videmment indissociables, mais elles dessinent trois facettes de la gauche (gauche syndicale, gauche culturelle, gauche politique) dont il est n&#233;cessaire de rediscuter au moment ou en France et en Europe la polarisation gauche &#8211; droite est mise en d&#233;bat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Remettre le d&#233;bat strat&#233;gique au centre des questions th&#233;oriques est crucial, car la crise du capitalisme ouvre un espace aux r&#233;volutionnaires, qui n'ont pas renonc&#233; &#224; un d&#233;passement du capitalisme comme aux diff&#233;rentes formes de n&#233;ofascisme. Or ces derniers sont favoris&#233;s par les &#233;checs de la gauche de transformation sociale (dictature de l'Est, renoncement de la social-d&#233;mocratie face au capital) et le progr&#232;s des id&#233;es de droites et d'extr&#234;me droite dans l'id&#233;ologie dominante. Il est donc urgent de remettre la question strat&#233;gique au c&#339;ur de nos d&#233;bats. Ce probl&#232;me aussi vieux que le marxisme constitue une t&#226;che immense, l'id&#233;e de cet article est juste d'ouvrir le d&#233;bat et de poser quelques jalons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article se d&#233;compose en cinq parties : Je vais d'abord en pr&#233;ambule r&#233;affirmer ce qui peut &#234;tre notre horizon d'&#233;mancipation socialiste, d&#233;mocratique et &#233;cologiste, car c'est horizon qui doit structurer notre &#233;difice strat&#233;gique. Ensuite, je planterais quelques &#233;l&#233;ments de d&#233;cors sur la crise actuelle du capitalisme avant de traiter de la r&#233;organisation de la lutte des classes en cours et ensuite d'analyser les composantes culturelles et politiques de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;affirmer un horizon d'&#233;mancipation socialiste, d&#233;mocratique et &#233;cologiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise financi&#232;re de 2008, les crises politiques &#224; r&#233;p&#233;tition, la crise &#233;cologique et la crise sociale r&#233;actualisent la n&#233;cessit&#233; de penser des alternatives au syst&#232;me capitaliste. Notre horizon doit &#234;tre l'&#233;mancipation humaine et la pr&#233;servation de la plan&#232;te, il est donc social et &#233;cologiste. L'&#233;mancipation humaine peut &#234;tre envisag&#233;e sur tous ces aspects : la r&#233;sorption des in&#233;galit&#233;s sociales, la lutte contre tous les racismes, le sexisme et l'homophobie, le droit au logement, au travail et le respect les libert&#233;s individuelles. L'hypoth&#232;se socialiste, f&#233;ministe et antiraciste tire sa force du fait qu'anthropologiquement l'Homme est une esp&#232;ce avant tout sociale, qui ne peut s'&#233;manciper et s'&#233;panouir dans une comp&#233;tition de tous contre tous. L'hypoth&#232;se &#233;cologiste est sous-tendue par le fait que l'esp&#232;ce humaine ne peut survivre dans un environnement durablement d&#233;grad&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, cette &#233;mancipation humaine ne doit pas se faire ni au d&#233;triment d'autres peuples ni au d&#233;triment de la sant&#233; de la plan&#232;te. Nous devrons promouvoir une &#233;conomie de la sobri&#233;t&#233; et de l'innovation plut&#244;t qu'une &#233;conomie de la production et de la surconsommation. Des compromis seront donc n&#233;cessaires entre diff&#233;rents choix possibles. La seule fa&#231;on de trouver les compromis les plus justes est de faire avancer l'exigence d&#233;mocratique au sein de la cit&#233;, mais aussi au sein de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; du d&#233;passement du capitalisme se fonde sur l'id&#233;e simple que l'&#233;conomie doit servir cette &#233;mancipation. Or dans le syst&#232;me capitaliste, la marche du monde est essentiellement r&#233;gl&#233;e par la maximisation du taux de profit des capitalistes. Cette valorisation du capital ne sert qu'une infime minorit&#233; de la population. Elle a eu des cons&#233;quences comme l'innovation technologique et la hausse de la productivit&#233;, qui ont pu appara&#238;tre b&#233;n&#233;fiques &#224; l'humanit&#233;, quand la lutte des classes &#233;tait plus favorable au prol&#233;tariat. Mais le constat fait par Jack London dans le Talon de fer demeure toujours vrai : le capitalisme a d&#233;montr&#233; son &#233;chec &#224; organiser rationnellement l'&#233;conomie pour faire progresser l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;passement du capitalisme passe surtout par le contr&#244;le des citoyens sur les processus de production au sein de l'entreprise (ce qu'il faut produire et o&#249; le produire) et des choix politiques au sein de la Cit&#233; (am&#233;nagement du territoire, services publics). Une plus grande socialisation de la production n'est pas incompatible avec l'organisation actuelle de la production, car le capitalisme produit lui m&#234;me de la socialisation : socialisation des processus comme des investissements. Le contr&#244;le d&#233;mocratique des choix des citoyens est loin d'&#234;tre utopique, car des gisements de communismes existent d&#233;j&#224; au sein des services publics, dans le syst&#232;me de s&#233;curit&#233; sociale, ou dans les coop&#233;ratives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal verrou n'est pas l'existence d'un march&#233; ou d'une monnaie, qu'il est probablement chim&#233;rique de vouloir supprimer, mais bien le fait que le capital requis pour investir est d&#233;tenu par des agents &#233;conomiques priv&#233;s. Avancer vers l'horizon socialiste et &#233;cologiste requiert que nous montrions que des syst&#232;mes alternatifs au capitalisme sont possibles, mais surtout que nous ayons les moyens de le d&#233;montrer en socialisant une partie de ce capital priv&#233;. C'est l&#224; que la lutte des classes intervient ! C'est l&#224; aussi que le probl&#232;me strat&#233;gique se pose. Car &#233;videmment les d&#233;tenteurs de ce capital contr&#244;lent aussi en partie l'appareil d'&#233;tat (sa partie coercitive, mais aussi &#233;ducative) et sont aussi possesseurs des m&#233;dias de masse et influencent la majorit&#233; des partis politiques. Le probl&#232;me strat&#233;gique peut se r&#233;sumer ainsi : comment enl&#232;ve-t-on du pouvoir aux d&#233;tenteurs du capital ou en tout cas &#224; ceux qui repr&#233;sentent leurs int&#233;r&#234;ts au sein de l'appareil d'&#233;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;El&#233;ments de d&#233;cors&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes facettes de la crise du capitalisme (&#233;conomique, &#233;cologique, d&#233;mocratique, n&#233;o-imp&#233;rialisme) ont largement &#233;t&#233; d&#233;battues. Je ne vais ici seulement d&#233;gager quelques points de d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par la crise contemporaine du capitalisme. Le mot m&#234;me de &#171; crise &#187; est trompeur, car le capitalisme fait face &#224; des probl&#232;mes structuraux depuis le d&#233;but des ann&#233;es 70. Les crises successives ne sont que les indicateurs des &#233;checs des politiques successives, qui visaient &#224; surmonter ces contradictions. Rappelons rapidement les trois grandes contradictions auquel l'accumulation du capital fait face : (i) la baisse tendancielle du taux de profit (ii) la suraccumulation du capital (iii) l'absence de r&#233;alisation de la plus-value du fait d'une sous-consommation. Les auteurs marxistes ne sont pas tous d'accord sur une analyse des causes ultimes des crises contemporaines. Je n'ai pas les connaissances pour trancher ce d&#233;bat, si tant est qu'il puisse &#234;tre ais&#233;ment tranch&#233;. Je vais seulement clarifier quelques points conceptuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, la baisse tendancielle peut &#234;tre interpr&#233;t&#233;e de deux fa&#231;ons : une vision purement &#233;conomique qui consiste &#224; penser que le taux de profit doit baisser sur une longue p&#233;riode ou une vision philosophique qui voit dans cette tendance une contradiction, qui peut &#234;tre momentan&#233;ment surmont&#233;e qu'au prix de l'&#233;mergence d'autres contradictions. Je penche pour la seconde interpr&#233;tation. La remont&#233;e des taux de profits avec la lib&#233;ralisation des ann&#233;es 80 n'est pas une preuve que cette contradiction ne p&#232;se pas. Au contraire, elle d&#233;montre selon moi que la lib&#233;ralisation des ann&#233;es Tatcher et Reagan qui ont atteint l'Allemagne et la France plus progressivement, ne r&#233;pondait pas &#224; une id&#233;ologie hors-sol d'&#233;conomistes n&#233;olib&#233;raux incons&#233;quents, mais bien &#224; une n&#233;cessit&#233; entendue pour la classe dominante de restaurer ses profits. La conception que l'on a des causes de cette lib&#233;ralisation a &#233;videmment des cons&#233;quences sur la possibilit&#233; ou non d'un capitalisme &#224; visage humain. Soit la lib&#233;ralisation des ann&#233;es 80 n'&#233;tait pas absolument n&#233;cessaire &#224; la survie du capitalisme et on peut envisager le retour d'un capitalisme des 30 glorieuses avec un rapport plus favorable au travail (hypoth&#232;se n&#233;o-r&#233;formiste), soit on pense qu'un capitalisme &#224; visage humain n'est pas durablement possible pour le capitalisme lui m&#234;me (hypoth&#232;se n&#233;o-r&#233;volutionnaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'analyse des poids respectifs des diff&#233;rents processus, il faut aussi &#233;viter l'&#233;cueil d'une analyse trop macro&#233;conomique. Par exemple, &#224; mon sens la hausse du taux d'&#233;pargne moyen ne veut pas dire qu'il n'y a pas de probl&#232;me de sous-consommation d'une partie de la population. Les moyennes sont souvent trompeuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en &#224; la crise actuelle. La cha&#238;ne des &#233;v&#232;nements semble &#234;tre la suivante : on a augment&#233; le taux d'exploitation des salari&#233;s en comprimant les salaires, en d&#233;truisant du capital fixe (fermeture d'usine), en d&#233;localisant et en innovant. Ce processus produit une s&#233;rie de probl&#232;mes : sous-consommation d'une partie de la population, suraccumulation du capital ne pouvant alors plus tout r&#233;investir dans l'&#233;conomie r&#233;elle et modification des rapports de productions entre grands ensembles (&#233;mergence de la Chine, de l'Inde et du Br&#233;sil, centralit&#233; de la production p&#233;trolif&#232;re au Moyen-Orient). La suraccumulation du capital a d&#233;bouch&#233; sur les bulles financi&#232;res &#224; r&#233;p&#233;tition dont la derni&#232;re a &#233;clat&#233; en 2008. Le capital se survalorise par rapport &#224; l'&#233;conomie r&#233;elle. Or seul le travail produit de la plus-value. S'il n'y a pas passage par la production, l'argent accumul&#233; est fictif ce qui conduit &#224; un &#233;clatement de la bulle. Normalement, une grande partie de l'argent des capitalistes aurait d&#251; s'&#233;vaporer, mais ils ont r&#233;ussi &#224; faire payer en partie les &#233;tats ; ce qui d&#233;bouche sur une crise de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les conclusions &#224; tirer de cette courte analyse &#233;conomique ? D'abord, la crise &#233;conomique est structurelle et les r&#233;pits seront toujours de plus courtes dur&#233;es. La r&#233;solution m&#234;me partielle de ces contradictions passe par plus d'exploitation (antinomique d'une exigence d'&#233;mancipation) et plus de consommation (antinomique d'une exigence &#233;cologique). Une r&#233;solution plus durable serait une destruction drastique du capital par une guerre mondiale (version pessimiste) ou l'apparition d'innovations technologiques majeures (version optimiste). En effet, le taux de profit est maximal a priori pour les nouveaux champs d'exploitation. C'est pour cette raison qu'il existe une pression &#233;norme pour mettre la science au service des multinationales. Ces tendances actuelles et futures ont des cons&#233;quences concr&#232;tes sur la r&#233;organisation objective et subjective du prol&#233;tariat (ceux qui ne vivent que de la vente de leur force de travail). Nous y reviendrons. Pour autant, une crise ultime du capital &#224; l'&#233;chelle mondiale ne va pas de soi. Le syst&#232;me a montr&#233; qu'il disposait de ressources politiques pour repousser ses limites. Nombreux sont ceux qui ont cru trop vite que la crise de la dette se traduirait par une explosion de l'Union europ&#233;enne, qui finalement tarde bien &#224; advenir. Il nous faut donc toujours &#234;tre prudents quant aux &#233;volutions possibles du capitalisme y compris en ce qui concerne ses capacit&#233;s redistributives sur de courtes p&#233;riodes ou dans des endroits sp&#233;cifiques (e.g Chine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;organisation de la lutte des classes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des classes comporte deux dimensions, l'une objective, l'autre que je qualifierais de subjective. Je red&#233;finirais le caract&#232;re objectif comme suit : il existe des int&#233;r&#234;ts contradictoires, entre d'un c&#244;t&#233; l'ensemble des citoyens, qui vive de leur force de travail manuel ou intellectuel et de l'autre c&#244;t&#233; ceux qui vivent de l'accumulation pass&#233;e de leur capital (i.e. les rentiers)[1]. Les politiques &#233;conomiques au moins celles de l'UE ne visent qu'&#224; d&#233;fendre les rentiers, qui sont aussi les d&#233;tenteurs des dettes des &#233;tats. La transformation du capitalisme concurrentiel en capitalisme monopolistique (Poulantzas en fait une description assez juste) a eu deux cons&#233;quences : le capital devient de plus en plus social (au sens o&#249; il est partag&#233; par une classe de capitalistes) et il y a une imbrication entre le capital financier et industriel. Ces r&#233;organisations du capital ne sont pas r&#233;centes, mais elles s'accentuent avec la lib&#233;ralisation toujours plus grande du march&#233; mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a un certain nombre de cons&#233;quences possibles sur la fa&#231;on dont les plus riches s'organisent en tant que classe &#224; l'&#233;chelle mondiale et sur l'imp&#233;rialisme. L'intrication des capitaux produit une solidarit&#233; objective des capitalistes entre eux. Les groupes se livrent toujours &#224; une concurrence f&#233;roce en tout cas dans les secteurs non monopolistiques, mais derri&#232;re les groupes en concurrence, il y a parfois les m&#234;mes actionnaires. La conscience de classe des dominants en ressort renforc&#233;e. Mais il est aussi possible que cela ait des cons&#233;quences sur les possibles contradictions interimp&#233;rialistes. Les grands groupes ont encore besoin tr&#232;s fortement des &#233;tats pour s'arroger des parts de march&#233; ou des ressources naturelles dans les pays domin&#233;s. Un imp&#233;rialisme n&#233;ocolonial continue de jouer au Moyen-Orient (r&#244;le d'Isra&#235;l, guerre en Irak, guerre en Syrie, pression sur l'Iran) ou en Afrique (intervention au Mali ou en Libye...). Mais par contre, la classe capitaliste devient de plus en plus homog&#232;ne du fait de l'intrication du capital, ce qui fait que les grandes tensions interimp&#233;rialistes devraient &#234;tre limit&#233;es[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a aussi pour cons&#233;quence que la classe dominante n'a pas int&#233;r&#234;t &#224; un retour sur des espaces nationaux, c'est pourquoi elle est tant attach&#233;e &#224; l'Europe et aux accords de libre-&#233;change. Dans ce cadre-l&#224;, l'usage de la rh&#233;torique nationaliste semble se d&#233;velopper &#224; contretemps. Elle est de nature diff&#233;rente de celle faite dans les ann&#233;es 20 ou 30, puisqu'elle ne correspond pas &#224; un int&#233;r&#234;t objectif pour les classes dominantes. Ce n'est pas le cas de la rh&#233;torique anti-immigr&#233;e : outre que c'est un bouc &#233;missaire toujours utile face &#224; la d&#233;gradation des conditions de vie des classes moyennes, cela permet d'avoir une sous-classe de salari&#233;s plus facilement exploitables &#233;conomiquement. Ces processus ont donc potentiellement des cons&#233;quences contradictoires en ce qui concerne les liens entre classes dominantes et partis n&#233;ofascistes. Le FN encore plus qu'Hitler et Mussolini n'est pas le premier choix des classes dominantes, par contre elles peuvent faire in fine le choix du fascisme, si ceux qui sont pr&#232;s &#224; s'attaquer &#224; elles s'approchent trop du pourvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette classe dominante est encore plus coh&#233;rente qu'avant, mais elle dispose aussi d'une base objective plus petite en taille. En effet, une partie des classes interm&#233;diaires, comme les fonctionnaires, mais aussi les m&#233;decins, juges, ou petits entrepreneurs sont percut&#233;s par les logiques ultralib&#233;rales. La base sociale de la droite traditionnelle comme celle de la gauche r&#233;formiste s'amenuise donc. Cette tension entre la classe dominante et son ancienne base sociale produit structurellement une instabilit&#233; politique dans les pays de tradition d&#233;mocratiques. On peut entrevoir plusieurs solutions pour les classes dominantes pour maintenir malgr&#233; tout son h&#233;g&#233;monie. Toutes ces solutions passent des attaques frontales contre la d&#233;mocratie : promouvoir des dirigeants populistes comme Sarkozy, donner le pouvoir &#224; la technocratie europ&#233;enne, se servir des partis n&#233;ofascistes comme v&#233;ritable chien de garde de leur int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A contrario, les classes exploit&#233;es &#233;conomiquement n'ont jamais &#233;t&#233; aussi majoritaires. La classe ouvri&#232;re sensu stricto a explos&#233; num&#233;riquement avec l'industrialisation de la Chine, l'Inde, l'Asie du Sud-Est ou de l'Am&#233;rique latine. En Europe, la classe ouvri&#232;re traditionnelle et ses bastions ont diminu&#233; avec la d&#233;sindustrialisation. Mais le pr&#233;cariat g&#233;n&#233;ralis&#233; a fait entrer une partie des classes interm&#233;diaires dans une logique de prol&#233;tarisation, notamment en ce qui concerne les travailleurs intellectuels : chercheurs, artistes, enseignants, journalistes...Ceci est d'autant plus critique que l'acquisition de connaissances et la marchandisation de celles-ci sont des points cl&#233;s pour les classes dirigeantes. Enfin plus le droit du travail est attaqu&#233; aux USA et en Europe, plus on assiste &#224; un retour d'une classe ouvri&#232;re industrielle classique notamment en Allemagne et surtout aux USA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les classes domin&#233;es sont plus divis&#233;es que jamais et leurs organisations politiques et syndicales traditionnelles traversent une crise majeure notamment en Europe. Avant d'entrer dans les raisons subjectives de la faiblesse des classes domin&#233;es qui expliquent en grande partie nos difficult&#233;s, on peut citer au moins deux raisons objectives : les nouveaux processus de production produisent plus d'isolement et d'individuation des t&#226;ches, ce qui limite la coh&#233;sion des travailleurs et le d&#233;veloppement du racisme divise durablement les classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure cette partie, une t&#226;che strat&#233;gique pour notre camp est de r&#233;unifier le monde syndical et de le r&#233;nover de fa&#231;on &#224; mieux d&#233;fendre les pr&#233;caires et les ch&#244;meurs. Une id&#233;e centrale est de multiplier les comit&#233;s de luttes unitaires impliquant largement les salari&#233;s en lutte et les populations concern&#233;es. Il faut absolument d&#233;senclaver les luttes pour qu'elle d&#233;passe leur sp&#233;cificit&#233; cat&#233;gorielle et renforcer le sentiment d'int&#233;r&#234;t commun entre diff&#233;rentes cat&#233;gories de salari&#233;s. Le renforcement des unions locales ou des unions d&#233;partementales est aussi un point important, car cela permet de mieux mailler le territoire et de combattre la strat&#233;gie de sous-traitance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La bataille pour l'h&#233;g&#233;monie culturelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entends par conditions &#034;subjectives&#034;, la fa&#231;on dont les acteurs sociaux se per&#231;oivent eux m&#234;me. La distinction objective/subjective est s&#251;rement &#224; revoir, mais je l'utilise faute d'avoir un meilleur cadre. Il existe toujours une inad&#233;quation entre les contradictions objectives de l'exploitation et la fa&#231;on dont chaque acteur se per&#231;oit dans la soci&#233;t&#233;. Une partie de cette inad&#233;quation provient de l'h&#233;g&#233;monie culturelle des classes dominantes, qui arrivent toujours &#224; justifier moralement l'oppression sexiste ou raciste et l'exploitation &#233;conomique. Une autre composante provient des conditions de vie propres &#224; chaque individu. On peut sch&#233;matiquement distinguer (1) les conditions de travail (ouvrier, intellectuel, niveau de salaire, CDI ou CDD) (2) le capital culturel (niveau d'&#233;ducation) (3) l'histoire individuelle et familiale. Le poids de l'histoire collective mod&#232;le les histoires individuelles et r&#233;organise les rapports entre classe en soi et classe pour soi. C'est notamment pour cela que les relations entre classe sociale et comportement &#233;lectoral sont complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire r&#233;gresser l'h&#233;g&#233;monie des classes dominantes, il faut proposer une contre-culture, qui combat les oppressions et l'exploitation. Nous devons commencer par r&#233;affirmer en positif des &#034;valeurs&#034; : la force du triptyque &#034;Libert&#233;, Egalit&#233;, Fraternit&#233;&#034; contre le &#034;Travail, Famille, Patrie&#034; ou &#034;Performance, Comp&#233;tition, Consommation&#034;. Mais il est aussi n&#233;cessaire de d&#233;terminer les grandes lignes des strat&#233;gies des classes dominantes pour les d&#233;samorcer. On peut lister une s&#233;rie de strat&#233;gies/arguments qui sont cl&#233;s dans la bataille id&#233;ologique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nature humaine : La fa&#231;on la plus efficace de justifier une position dominante d'oppression ou d'exploitation est de la rendre naturelle. Les exemples sont pl&#233;thores : les hommes dominent les femmes, car ils sont plus forts physiquement, la reproduction n&#233;cessite un homme et une femme donc l'homosexualit&#233; n'est pas naturelle, dans le monde naturel, les plus forts gagnent...Toutes ces propositions sont fausses (y compris la derni&#232;re qui n'a rien &#224; voir avec le darwinisme). La science moderne (anthropologie et biologie) les invalide toutes, mais m&#234;me si ce n'&#233;tait pas le cas, il n'y a aucune raison philosophique &#224; ce que le naturel devienne principe &#233;thique. Nous devons faire un vrai travail sur ces questions, car de nombreux reculs nous guettent. Pour cela, il ne faut en aucun cas abandonner l'hypoth&#232;se rationaliste issue des lumi&#232;res. Les scientifiques ont donc un r&#244;le sp&#233;cifique &#224; jouer, qu'il nous faut en aucun cas minorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mythe de l'individualit&#233; : L'homme construit par l'id&#233;ologie capitaliste n'existe pas. L'homme n'est jamais un atome libre qui ne vise qu'&#224; la satisfaction de ces besoins mat&#233;riels par la consommation. Tout est faux dans cette proposition. L'homme est une esp&#232;ce sociale, dont l'individualit&#233; ne se construit que par des rapports sociaux. Ces actes sont rarement motiv&#233;s par les seuls int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels. Ses actions sont motiv&#233;es avant tout par des raisons morales ou inconscientes, qui sont socialement construites. Et les besoins mat&#233;riels ne sont pas tous satisfaits par une consommation de type capitaliste. De nombreux autres modes d'&#233;changes existent bien heureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diviser pour mieux r&#233;gner : le racisme et le sexisme sont les poisons les plus utiles aux classes dominantes. Elles permettent d'&#233;viter de se liguer contre ceux qui profitent du syst&#232;me : les 1% les plus riches. L'&#233;galit&#233; des droits est un pr&#233;alable important qui a &#233;t&#233; largement acquis par les luttes. Or cette &#233;galit&#233; de droit est mise &#224; mal par des politiques de discrimination, qui touchent par exemple les musulmans ou les roms. L'&#233;galit&#233; de fait est aussi loin d'&#234;tre acquise m&#234;me quand l'&#233;galit&#233; de droit l'est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Strat&#233;gie TINA (There is no alternative) : Cette strat&#233;gie vise &#224; saturer les espaces m&#233;diatiques du m&#234;me discours expliquant qu'aucune alternative aux politiques actuelles n'est possible : payer la dette, baisser le co&#251;t du travail, travailler plus...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Strat&#233;gie du choc : Le terme vient du livre &#233;ponyme de N. Klein. L'id&#233;e est que pour faire passer des mesures antipopulaires comme les r&#233;formes du travail ou les politiques d'aust&#233;rit&#233;, il faut mettre les populations en &#233;tat de sid&#233;ration. Cela passe par des rh&#233;toriques sur la crise, sur la guerre des civilisations, la menace rouge. Cette strat&#233;gie se caract&#233;rise par un passage en force caract&#233;ris&#233;, quelles que soient les r&#233;sistances : Mineurs en Grande-Bretagne, retraites en France 2003 et 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure sur cette lutte h&#233;g&#233;monique, nous ne partons pas de rien et il existe des &#233;l&#233;ments positifs comme n&#233;gatifs dans les &#233;volutions r&#233;centes. L'id&#233;e d'esp&#233;rance et d'&#233;mancipation est encore tenace. De nombreuses structures actuelles comme la s&#233;curit&#233; sociale sont les preuves vivantes que des alternatives existent. Par ailleurs, les m&#233;dias sont en profonde mutation ce qui rend leur contr&#244;le par les classes dominantes plus difficiles. Ces mutations produisent aussi un morc&#232;lement id&#233;ologique o&#249; chacun fait son march&#233; aux id&#233;es. Le risque d'un populisme liquide (le terme est de R. Liogier) est r&#233;el. D'autre part, il n'a jamais exist&#233; autant de productions intellectuelles issues d'un prol&#233;tariat intellectuel grandissant, qui peut porter des alternatives id&#233;ologiques. Nous assistons aussi structurellement &#224; une baisse du racisme, du sexisme ou de l'homophobie, si l'on compare les id&#233;es aujourd'hui et il y a 50 ans. Les mutations de la famille rendent plus difficile le retour &#224; une id&#233;ologie patriarcale. Enfin, l'&#233;mergence des questions &#233;cologiques d&#233;montre en positif que des luttes concr&#232;tes port&#233;es par le monde associatif peuvent modifier l'agenda intellectuel des classes dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je finirais cette partie sur l'h&#233;g&#233;monie politique par les moyens de mettre en oeuvre une contre-offensive et de reprendre la main. Cela passe par l'&#233;mergence de m&#233;dias alternatifs comme Bastamag ou Mediapart, la vulgarisation les pens&#233;es critiques aupr&#232;s du plus grand nombre et la m&#233;diatisation des luttes pr&#233;sentes et pass&#233;es, qui d&#233;montrent en quoi cela paye de se battre. Mais nous devons aussi &#233;tablir des passerelles avec les artistes et combattre l'isolement des populations issues de l'immigration qui subissent le racisme et la discrimination. Pour toutes ces raisons, il faut &#234;tre tr&#232;s attentif aux luttes des intermittents, aux restructurations dans la presse, aux luttes pour le mariage pour tous ou contre l'islamophobie. Ces questions sont loin d'&#234;tre annexes par rapport &#224; la lutte &#233;conomique, elles jouent un r&#244;le central pour l'h&#233;g&#233;monie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La lutte politique pour le contr&#244;le de l'appareil d'&#233;tat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision des d&#233;bats strat&#233;giques que j'ai mis en avant concerne la vis&#233;e &#233;mancipatrice, la lutte id&#233;ologique qui passe par des luttes politiques &#233;cologistes, antiracistes ou f&#233;ministes et les luttes syndicales. Mais je pense que si ces luttes sont n&#233;cessaires pour inverser le rapport de force &#233;conomique et id&#233;ologique, il faut traiter la question sp&#233;cifique de l'&#233;tat et de son appareil pour aller jusqu'au bout de la dimension politique de la question strat&#233;gique. Du fait de l'internationalisation des rapports de production, il est absolument n&#233;cessaire de traiter en m&#234;me temps la question de l'&#233;tat national et celle de l'internationalisme et des rapports de force g&#233;opolitique. C'est l&#224; que se situe le principal verrou du probl&#232;me strat&#233;gique. On aurait tort de croire que ces questions ne se posent pas, car nous sommes durablement &#233;loign&#233;s du pouvoir. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que nous ne nous les posons pas suffisamment que nous risquons de demeurer &#233;loign&#233;s du pouvoir. Les &#233;checs des pays communistes ou des gouvernements r&#233;formistes ont produit une m&#233;fiance salutaire des marxistes r&#233;volutionnaires vis-&#224;-vis du pouvoir institutionnel. Mais cette m&#233;fiance si elle n'est pas d&#233;pass&#233;e, nous cantonnera &#224; l'impuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y aura pas de r&#233;volution &#233;co-socialiste sans prendre l'appareil d'&#233;tat et elle ne pourra pas avoir lieu &#224; terme que dans un seul pays. Les classes dominantes fran&#231;aises ne se laisseront pas facilement d&#233;poss&#233;der et quand bien m&#234;me elle le ferait, les gendarmes du monde que sont les classes dominantes am&#233;ricaines ne le laisseront pas faire facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons d'abord comment le rapport de force peut changer dans un pays comme la France. Nous devons une perspective politique majoritaire et les sc&#233;narios institutionnels afin de la rendre possible. Dans un pays o&#249; la tradition parlementaire est ancienne, cela passera tr&#232;s probablement par des victoires &#233;lectorales. Pour les obtenir, nous devons travailler &#224; l'&#233;mergence d'un bloc de pouvoir alternatif rassemblant tous ceux qui ne profitent pas de la dictature &#233;conomique impos&#233; par les multinationales. Ce bloc doit rassembler ch&#244;meurs, immigr&#233;s, salari&#233;s, mais aussi petits commer&#231;ants, artisans, artistes, fonctionnaires, intellectuelles, &#233;cologistes. Il faut traduire politiquement cette alliance dans un front politique, associatif et syndical large. Il est probablement illusoire en France de croire que cette traduction se fera ex nihilo en dehors des partis actuels (hypoth&#232;se NPA ou Podemos). Mais nous devons rester prudents, les crises politiques peuvent produire des situations particuli&#232;res. Vu l'importance de la crise &#233;cologique, les &#233;cologistes devront prendre une place centrale dans ce front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce front ne doit pas &#234;tre domin&#233; politiquement par les forces les plus &#224; droite de cet axe, qui sont forc&#233;ment interclassiste et qui in fine renonceront que leur programme politique, mais surtout que leurs actes s'attaquent &#224; la dictature actuelle du capital. La gauche r&#233;formiste voit sa base dispara&#238;tre notamment du fait qu'elle n'est m&#234;me plus r&#233;formiste et qu'elle m&#232;ne pratiquement &#224; la m&#234;me politique &#233;conomique que la droite. Il faut donc profiter de cette situation, mais la recomposition ne doit pas se faire autour des d&#233;bris du PS (hypoth&#232;se h&#233;las possible et qui menace le FDG), elle doit se faire &#224; sa gauche et entra&#238;ner ces d&#233;bris sur ses propres bases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me pr&#233;sidentiel de la V&#232;me R&#233;publique verrouille durablement le pouvoir. Par cons&#233;quent, nous devons mettre au coeur de nos revendications, la question d&#233;mocratique et l'exigence d'une VI&#232;me R&#233;publique. Cette exigence est d'autant plus importante que toutes les strat&#233;gies des classes dominantes passent par une r&#233;duction des acquis d&#233;mocratiques dans la d&#233;mocratie parlementaire (r&#244;le de l'Europe et des m&#233;tropoles), mais aussi dans la d&#233;mocratie sociale (droit du travail). Pour que ces perspectives puissent &#234;tre mobilisatrices, nous devons mettre en avant l'acquisition de nouveaux droits (droit de vote des &#233;trangers, &#233;galit&#233; homme-femme, droit &#224; la sant&#233; ou logement) et renforcer les contre-pouvoirs (droit de r&#233;voquer les &#233;lus, assembl&#233;e de quartiers, droits des citoyens et des salari&#233;s sur le fonctionnement des services publics).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, il faut mettre en mouvement une proportion significative de la population et ce pas seulement dans des p&#233;riodes particuli&#232;res (type gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale), mais dans un processus long de mobilisations successives, d'auto organisation dans la dur&#233;e et d'&#233;mergence de pratiques alternatives (processus de gr&#232;ve de masse, assembl&#233;es citoyennes, comit&#233; de luttes, scop, AMAP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France les outils pour mettre en oeuvre cette strat&#233;gie sont d&#233;j&#224; en place. Une alliance est possible entre FDG, NPA, EELV, Nouvelle Donne et gauche du PS. Pour combattre les politiques d'aust&#233;rit&#233;, un front politique et social associant les associations, les syndicats et les partis a &#233;merg&#233; (collectif 3A). L'exigence de la VI&#232;me r&#233;publique a &#233;t&#233; pos&#233;e dans le d&#233;bat public par le mouvement M6R. Les luttes locales et les pratiques alternatives sont bien vivantes sur tout le territoire et le tissu associatif bien que malmen&#233; dispose encore de r&#233;activit&#233; (mais pour combien de temps ?). Je vais essayer pour conclure de faire une liste non exhaustive des t&#226;ches qui nous attendent pour faire advenir cette alternative :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout d'abord, nous devons retrouver la confiance dans notre capacit&#233; &#224; gagner, les luttes sociales sont encore sous le coup de la grande d&#233;faite des retraites de 2010. Cette d&#233;faite n'en est d'ailleurs par compl&#232;tement une. Cette lutte a stopp&#233; les contre-r&#233;formes de Sarkozy et elle a permis qu'il ne soit pas r&#233;&#233;lu et elle a plong&#233; le camp de la droite dans la crise. La France a par ailleurs &#233;t&#233; moins attaqu&#233;e socialement que l'Allemagne, l'Espagne ou l'Italie. Nos luttes n'y sont pas pour rien. Quand nous gagnons des points dans la guerre de classe, il faut &#233;viter de faire le jeu de notre adversaire en transformant une absence de victoire en une grande d&#233;faite. Par ailleurs, toute victoire doit &#234;tre m&#233;diatis&#233;e. Toute lutte et r&#233;sistance doit nous amener &#224; d&#233;velopper une solidarit&#233; sans faille. Il faut enfin &#234;tre le plus unitaire possible et &#233;viter toute querelle de chapelle qui ne correspondrait pas &#224; des divergences strat&#233;giques insurmontables. Pour bien commencer l'ann&#233;e, la CGT, la FSU, Solidaires et FO devraient lancer un signal unitaire et proposer un agenda de mobilisations d'ampleur contre l'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos pratiques politiques doivent &#234;tre r&#233;nov&#233;es pour renouer le fil rompu entre citoyens en militants politiques. Nous devons &#234;tre intransigeants avec la captation de pouvoir (non-cumul et rotation des mandats). Mais, nous devons aussi nous inscrire en faux dans la logique mortif&#232;re du &#034;Tous pourri&#034;, qui ne profitent qu'au FN. Des fa&#231;ons de faire de la politique autrement se d&#233;veloppent dans certaines municipalit&#233;s. Il faut populariser ces exemples et surtout convaincre nos citoyens que cela passera par leurs actions &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour l'h&#233;g&#233;monie politique doit &#234;tre men&#233;e sans aucune concession. Nous devons apprendre &#224; imposer les sujets politiques mis &#224; l'agenda m&#233;diatique. Quand c'est possible, les m&#233;dias traditionnels doivent &#234;tre court-circuit&#233;s par une action militante directe dans chaque quartier. Nous devons utiliser tous les supports : internet, vid&#233;os, m&#233;dias alternatifs, film, oeuvre d'art. Nous devons cibler les points importants de l'argumentaire du camp du capital list&#233; pr&#233;c&#233;demment sur la nature humaine, l'absence d'alternative, le racisme, le sexisme...Nous devons marteler notre argumentaire sur des points importants comme la dette, l'euro et imposer un agenda alternatif &#224; celui concernant la comp&#233;titivit&#233; des entreprises, sur les in&#233;galit&#233;s de patrimoine, la souffrance au travail, la d&#233;gradation de l'acc&#232;s au soin ou &#224; l'&#233;cole et sur la sant&#233; de la plan&#232;te. Dans ce contexte, le combat contre le racisme est une t&#226;che absolument centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons assumer un sch&#233;ma de d&#233;passement du capitalisme avec une phase transitoire, le tout en tenant compte de la dimension internationale. En France, nous devons d&#232;s maintenant proposer d'ici 2017 une alliance de toutes les forces &#224; gauche du PS avec pour 2017 une primaire de l'autre gauche. La campagne pr&#233;sidentielle devra &#234;tre une campagne de classe contre les 1% qui dirigent ce pays (et pas contre le 1% allemand ou am&#233;ricain). Cette campagne devra aussi &#234;tre une campagne pour une VI&#232;me R&#233;publique &#233;cologiste, d&#233;mocratique et solidaire. Nous devrons faire barrage au FN quel qu'en soit le prix. Le FN est un parti fasciste qui une fois au pouvoir utilisera l'arm&#233;e et la police, pour partie d&#233;j&#224; id&#233;ologiquement gagn&#233;e &#224; sa cause, pour faire taire toute revendication politique et syndicale de gauche. Une fois au pouvoir localement comme nationalement, ils ne le rendront pas si facilement. Nous devons &#234;tre tr&#232;s clairs entre nous face &#224; ce risque r&#233;el. La situation internationale est centrale et devra &#234;tre prise en compte tr&#232;s s&#233;rieusement. Un basculement &#224; gauche est possible dans les pays les plus touch&#233;s par l'aust&#233;rit&#233; (Espagne, Gr&#232;ce). Ce basculement a eu lieu dans une grande partie de l'Am&#233;rique latine au cours de la d&#233;cennie pass&#233;e. Un basculement m&#234;me partiel est de nature &#224; changer le climat politique dans un sens (pouss&#233;e de la gauche non socialiste) ou dans un autre (pouss&#233;e de l'extr&#234;me droite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si jamais en Gr&#232;ce ou en France, nous parvenons &#224; &#234;tre majoritaires dans les urnes. Les probl&#232;mes strat&#233;giques ne feront que vraiment commencer. Il faudra attaquer suffisamment les classes dominantes pour leur imposer des grandes r&#233;formes &#233;cologiques et sociales qui changent le rapport de force et r&#233;duisent les in&#233;galit&#233;s. Mais en m&#234;me temps, il faudra &#233;viter un affrontement trop rapide et frontal, qui peut conduire &#224; une faillite &#233;conomique ou &#224; un coup d'&#233;tat militaire. Dans ce travail, l'appareil d'&#233;tat n'est pas neutre, il est du c&#244;t&#233; des dominants, mais nous ne pouvons pas pour autant le casser compl&#232;tement, car un pays ne se g&#232;re pas sans un appareil d'&#233;tat efficient. Nous devons penser &#224; toutes les &#233;tapes transitoires et au moyen de faire basculer d'autre pays europ&#233;ens. Un syst&#232;me alternatif prendra du temps &#224; se mettre en place et n'est probablement viable qu'&#224; l'&#233;chelle du continent. Les pistes pour organiser une telle transition existent. Il faut armer l'immense majorit&#233; de droits d&#233;mocratiques, de contr&#244;les de la production, de d&#233;lib&#233;ration sur l'am&#233;nagement du territoire. Les nouveaux moyens de communications et la r&#233;duction du temps de travail doivent permettre ces r&#233;organisations. Il faut les armer par l'enseignement et la formation permanente. Il faut limiter par la loi les &#233;carts de revenu et d&#233;valoriser le patrimoine des tr&#232;s riches pour en finir avec les in&#233;galit&#233;s de patrimoine (i.e baisse des loyers, r&#233;quisition des logements vides, hausse des imp&#244;ts). Enfin il faut planifier une r&#233;organisation de l'&#233;conomie : d&#233;velopper les &#233;nergies renouvelables, relocaliser la production agricole et industrielle, et d&#233;velopper un r&#233;seaux de production et de commercialisation coop&#233;ratif. Cette planification doit &#234;tre d&#233;centralis&#233;e pour s'adapter aux mieux aux exigences locales. Elle pourra se financer gr&#226;ce &#224; l'&#233;pargne pour financer l'investissement. Pour &#233;viter le mur d'argent, le plus simple est de taxer tr&#232;s fortement tout transfert fiscal vers l'&#233;tranger. Il n'est pas n&#233;cessaire de s'attaquer frontalement aux petits entrepreneurs, ni au march&#233; local. Ceux qui produiront de fa&#231;on &#233;cologique sans exploiter leurs salari&#233;s et qui leur donneront des droits dans l'orientation de l'entreprise seront favoris&#233;s. Une partie de la sph&#232;re priv&#233;e dispara&#238;tra d'elle m&#234;me du fait du renforcement des services publics. Il faudra par contre les &#233;largir en resocialisant certains secteurs cl&#233;s comme l'eau, les transports, l'&#233;nergie, l'industrie pharmaceutique. Bref, il faudra juste mettre en oeuvre le programme de l'humain d'abord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci para&#238;t utopique, pourtant l'histoire nous enseigne le contraire. Une r&#233;volution en 1917 a t&#233;tanis&#233; le monde capitaliste et a eu une s&#233;rie d'immenses cons&#233;quences sur le monde, notamment la fin de la premi&#232;re guerre mondiale. Les r&#233;voltes de 68 se sont propag&#233;es comme une tra&#238;n&#233;e de poudre, comme celles de 1848 avant elles, ou plus r&#233;cemment la r&#233;volution bolivarienne ou les r&#233;volutions arabes. Le probl&#232;me n'est pas dans l'&#233;mergence de situations r&#233;volutionnaires que les contradictions du capitalisme produisent d'elles-m&#234;mes ni dans la propagation de celles-ci, mais bien dans notre capacit&#233; &#224; faire en sorte que ces situations d&#233;bouchent sur un changement radical qui ne se transforme pas en chaos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pouvoir aux 99%&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je veux r&#233;sumer ma m&#233;thode et mes r&#233;flexions qui n'ont rien de r&#233;volutionnaire, je consid&#232;re qu'il y a quelques &#233;l&#233;ments cl&#233;s. Pour retrouver une h&#233;g&#233;monie, il faut produire un nouveau discours sur la lutte des classes entre d'un c&#244;t&#233; ceux qui vivent de leur force de travail et les rentiers. Ce discours, le mouvement &#034;Occupy Wall Street&#034; l'a parfaitement symbolis&#233; avec le 1% et les 99%. Il faut convaincre les 99% que le 1% fait n'importe quoi, qu'il vont d&#233;truire nos vies et la plan&#232;te. Ensuite, il faut assumer une triple strat&#233;gie de luttes sociales &#224; tous les niveaux associatives et syndicales, de luttes id&#233;ologiques et de luttes institutionnelles et cesser de les opposer. Le troisi&#232;me point est d'assumer un discours antiraciste, antisexiste et internationaliste et d'&#233;viter tout ce qui peut nous diviser. Stigmatiser l'Allemagne ou les USA en tant que tels, ou les musulmans du fait de leurs croyances c'est faire une erreur gravissime. Enfin, nous ne devons pas avoir peur de dire que nous voulons contr&#244;ler collectivement l'appareil d'&#233;tat pour planifier la transition &#233;cologique et reprendre aux usuriers toutes les richesses qui nous ont &#233;t&#233; vol&#233;es. Pour cela, nous devons sortir de notre infantilisme et assumer notre volont&#233; de gagner des &#233;lections. Pour cela, il faut trouver le bloc majoritaire qui peut nous y mener, celui-ci est tr&#232;s large (les 99%) mais n'a pas conscience de lui m&#234;me. Il faut donc que cette conscience se construise au cours des luttes politiques et sociales. Mais la confiance ne peut revenir sans l'unit&#233; la plus large. Enfin, les risques de trahison et de collaboration avec le 1% existeront toujours dans ce processus. La seule garantie c'est la d&#233;mocratie, l'exigence de contre pouvoir ind&#233;pendant (syndicats, presse), et l'auto organisation du plus grand nombre (comit&#233; de base ou assembl&#233; citoyenne, commission, association). Ce n'est pas l'&#233;thique individuelle ou le pass&#233; de tel ou tel politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hendrik Davi, le 21 d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cela rejoint l'analyse de T. Piketty&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Les cas russe et chinois m&#233;riteraient d'&#234;tre trait&#233;s &#224; part&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mondialisation capitaliste, imp&#233;rialismes, chaos g&#233;opolitique et leurs implications</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Mondialisation-capitaliste-imperialismes-chaos-geopolitique-et-leurs</link>
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		<dc:date>2014-12-24T15:28:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Rousset</dc:creator>


		<dc:subject>LaUne01</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les bourgeoisies &#233;tats-unienne et britannique tout d'abord ont impos&#233; des politiques n&#233;olib&#233;rales antisociales (sous Reagan et Thatcher) puis, il y a un quart de si&#232;cle, l'implosion de l'URSS a permis &#224; la mondialisation de prendre sa pleine dimension. Cet envol n'a pas donn&#233; naissance &#224; un mode de domination international stable, mais &#224; une situation chroniquement chaotique. Certains imp&#233;rialismes traditionnels n'ont cess&#233; de d&#233;cliner, alors que de nouvelles puissances capitalistes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH70/arton3306-2d961.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='70' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les bourgeoisies &#233;tats-unienne et britannique tout d'abord ont impos&#233; des politiques n&#233;olib&#233;rales antisociales (sous Reagan et Thatcher) puis, il y a un quart de si&#232;cle, l'implosion de l'URSS a permis &#224; la mondialisation de prendre sa pleine dimension. Cet envol n'a pas donn&#233; naissance &#224; un mode de domination international stable, mais &#224; une situation chroniquement chaotique. Certains imp&#233;rialismes traditionnels n'ont cess&#233; de d&#233;cliner, alors que de nouvelles puissances capitalistes s'affirment, avivant les rivalit&#233;s g&#233;opolitiques. Dans plusieurs pays et r&#233;gions, la violence universelle des diktats n&#233;olib&#233;raux a d&#233;bouch&#233; sur la d&#233;composition du tissu social, des crises de r&#233;gime aig&#252;es, voire des soul&#232;vements populaires, mais aussi de dangereux d&#233;veloppements contre-r&#233;volutionnaires. L'expansion du capitalisme en Russie et en Chine a donn&#233; un coup de fouet suppl&#233;mentaire &#224; la crise &#233;cologique globale &#8211; en particulier au r&#233;chauffement climatique &#8211; pour laquelle bien des peuples paient d'ores et d&#233;j&#224; un lourd tribut.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous avons dans le pass&#233; tent&#233; d'&#233;valuer les implications politiques de la mondialisation capitaliste. Avec le recul et l'acc&#233;l&#233;ration des bouleversements g&#233;opolitiques, il est cependant n&#233;cessaire d'y revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en proposant de premiers &#233;l&#233;ments d'analyse et de r&#233;ponse aux questions qui nous sont aujourd'hui pos&#233;es, les &#171; th&#232;ses &#187; qui suivent ne pr&#233;tendent ni &#234;tre exhaustives ni pr&#233;senter des conclusions achev&#233;es. Elles visent avant tout &#224; initier un processus international de r&#233;flexion collective. Elles s'appuient souvent sur des analyses d&#233;j&#224; partag&#233;es, mais tentent de pousser plus avant la discussion sur leurs implications. A cette fin, au risque de trop simplifier des r&#233;alit&#233;s complexes, elles &#171; &#233;purent &#187; les &#233;volutions en cours, souvent inachev&#233;es, pour mettre en valeur ce qui appara&#238;t neuf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Une nouvelle galaxie imp&#233;rialiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier constat, la situation est aujourd'hui bien diff&#233;rente que de celles qui pr&#233;valaient au d&#233;but du XXe si&#232;cle ou durant les ann&#233;es 1950-1980. Notons en particulier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Une modification profonde et une diversification du statut des imp&#233;rialismes traditionnels : &#171; super puissance &#187; &#233;tats-unienne ; &#233;chec de la constitution d'un imp&#233;rialisme europ&#233;en int&#233;gr&#233; ; &#171; r&#233;duction &#187; des imp&#233;rialismes fran&#231;ais et britannique ; imp&#233;rialismes militairement &#171; &#233;dent&#233;s &#187; (Allemagne surtout, mais aussi Espagne envers l'Am&#233;rique latine) ; subordination de l'imp&#233;rialisme nippon ; crises de d&#233;sint&#233;gration sociale dans certains pays occidentaux (Gr&#232;ce) appartenant historiquement &#224; la sph&#232;re imp&#233;rialiste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Le &#171; basculement du monde &#187;, le &#171; c&#339;ur &#187; de la production mondiale de marchandises se trouvant en Asie et non plus en Occident. Les notions classiques de &#171; centre &#187; et &#171; p&#233;riph&#233;rie &#187; sont ainsi obsol&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'affirmation de nouveaux (proto)imp&#233;rialismes &#8211; &#224; commencer par la Chine qui s'impose actuellement comme la deuxi&#232;me puissance mondiale, mais sans ignorer le cas particulier de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Un d&#233;veloppement in&#233;gal de chaque imp&#233;rialisme, fort en certains domaines, faibles en d'autres. La hi&#233;rarchie des Etats imp&#233;rialistes est en cons&#233;quence plus complexe &#224; &#233;tablir que par le pass&#233;. Les Etats-Unis restent &#233;videmment n&#176;1 ; ils sont le seul &#224; pouvoir pr&#233;tendre &#224; la puissance en quasiment tous domaines, mais ils n'enregistrent pas moins un d&#233;clin relatif sur le plan &#233;conomique, une r&#233;duction du budget militaire et ils &#233;prouvent les limites de leur pouvoir mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La caract&#233;risation des nouvelles puissances n'est donc pas la seule question qui nous est pos&#233;e. Il nous faut aussi mieux r&#233;&#233;valuer le statut changeant des imp&#233;rialismes traditionnels &#8211; et l'ordre imp&#233;rialiste dans sa globalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Une instabilit&#233; g&#233;opolitique chronique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me constat, la mondialisation capitaliste n'a pas donn&#233; naissance &#224; un &#171; nouvel ordre &#187; international stable, bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La comp&#233;tition interimp&#233;rialiste est raviv&#233;e et s'av&#232;re d'autant plus universelle que dans la plupart des r&#233;gions du monde (&#224; part dans une large mesure en Am&#233;rique latine ?), le temps des &#171; chasses gard&#233;es &#187;, des zones d'influence quasi exclusives, est termin&#233;. La Chine exige d'entrer dans la cour des plus grands. Le gouvernement japonais tente de r&#233;duire sa d&#233;pendance militaire envers les Etats-Unis et de se lib&#233;rer des clauses pacifistes de la Constitution nippone. La fronti&#232;re entre l'Union europ&#233;enne et la Russie est redevenue une zone de conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Des &#171; sous-imp&#233;rialismes &#187; anciens (Br&#233;sil&#8230;) ou renouvel&#233;s (Afrique du Sud post-apartheid&#8230;), dont certains postulent &#224; suivre la &#171; voie chinoise &#187; (Inde), peuvent profiter de l'acuit&#233; des rivalit&#233;s entre puissances pour participer plus agressivement &#224; la comp&#233;tition sur le march&#233; mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Les alliances g&#233;opolitiques &#233;taient hier &#171; fig&#233;es &#187; par les conflits Est-Ouest d'un c&#244;t&#233; et sino-sovi&#233;tique de l'autre (expliquant par exemple, en Asie du Sud, les axes Inde-Russie versus USA-Pakistan-Chine) ; elles sont redevenues plus fluides et incertaines. Des r&#233;gimes latino-am&#233;ricains ont tent&#233; de desserrer le corset impos&#233; par Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'envol des r&#233;volutions arabes, puis la brutalit&#233; dans nombre de pays de cette r&#233;gion de la contre-r&#233;volution a contribu&#233; &#224; cr&#233;er une situation incontr&#244;l&#233;e dans une vaste zone qui va du Moyen-Orient au Sahel (et au-del&#224;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'implosion de l'URSS, dans un premier temps les bourgeoisies et les Etats imp&#233;rialistes (traditionnels) ont &#233;t&#233; tr&#232;s conqu&#233;rants : p&#233;n&#233;tration des march&#233;s de l'Est, intervention en Afghanistan (2001) et en Irak (2003)&#8230; Puis il y a eu l'enlisement militaire, la crise financi&#232;re, l'&#233;mergence de nouvelles puissances, les r&#233;volutions arabes&#8230; le tout d&#233;bouchant sur une perte d'initiative et de contr&#244;le g&#233;opolitiques : Washington r&#233;agit aujourd'hui plus dans l'urgence qu'elle ne planifie l'imposition de son ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des questions que nous pose l'&#233;volution de la situation internationale est le lien entre le tournant post-1989 (imp&#233;rialismes conqu&#233;rants) et le celui qui a pris forme au milieu des ann&#233;es 2000 (instabilit&#233; g&#233;opolitique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. Mondialisation et crise de gouvernabilit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bourgeoisies imp&#233;rialistes ont voulu profiter de l'effondrement du bloc sovi&#233;tique et de l'ouverture de la Chine au capitalisme pour cr&#233;er un march&#233; mondial aux r&#232;gles uniformes leur permettant de d&#233;ployer &#224; volont&#233; leurs capitaux. Les cons&#233;quences de la mondialisation capitalistes ne pouvaient qu'&#234;tre tr&#232;s profondes &#8211; d&#233;multipli&#233;es qui plus est par des d&#233;veloppements que, dans leur euphorie, lesdites bourgeoisies imp&#233;rialistes n'avaient pas voulu pr&#233;voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce projet impliquait en effet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; De dessaisir les institutions &#233;lues (parlements, gouvernements&#8230;) du pouvoir de d&#233;cision sur les choix fondamentaux et les obligeant &#224; traduire dans leur l&#233;gislation des mesures d&#233;cid&#233;es par ailleurs : OMC, trait&#233;s internationaux de libre-&#233;change, etc. Il porte ainsi un coup de gr&#226;ce &#224; la d&#233;mocratie bourgeoisie classique &#8211; ce qui s'est transcrit sur le plan id&#233;ologique par la r&#233;f&#233;rence &#224; la &#171; gouvernance &#187; en lieu et place de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; De rendre ill&#233;gaux, au nom de droit pr&#233;&#233;minent de la &#171; concurrence &#187;, les &#171; modes appropri&#233;s &#187; de domination bourgeoise issus de l'histoire sp&#233;cifique des pays et des r&#233;gions (compromis historique de type europ&#233;en, populismes de type latino-am&#233;ricain, dirigisme &#233;tatique de type asiatique, client&#233;lismes redistributifs de multiples types&#8230;). En effet, tous &#233;rigent des relations modul&#233;es avec le march&#233; mondial, donc des entraves au libre d&#233;ploiement du capital imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Des bouleversements g&#233;opolitiques radicaux nourris par une mobilit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent du capital imp&#233;rialiste, la financiarisation, l'internationalisation croissante des cha&#238;nes de production&#8230; avec, en particulier, le &#171; recentrage &#187; productif sur l'Asie et l'affaissement europ&#233;en. Ces bouleversements globaux s'accompagnent de nouvelles diff&#233;renciations au sein d'ensembles r&#233;gionaux, en particulier au sein de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Un niveau sans pr&#233;c&#233;dent de financiarisation. Le d&#233;veloppement du capital fictif, inh&#233;rent au capitalisme moderne, a pris ces derni&#232;res ann&#233;es de proportions consid&#233;rables. Sans que le lien ne soit rompu, il conduit &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur d'&#233;loignement du capital fictif des processus productifs, alors que le lien entre pr&#234;teur initial et emprunteur initial se distend. La financiarisation a soutenu la croissance capitaliste, mais son surd&#233;veloppement en accentue les contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Une spirale sans fin de destruction des droits sociaux. Les bourgeoisies imp&#233;rialistes traditionnelles ont en effet pris la mesure de l'affaiblissement et de la crise du mouvement ouvrier dans les pays dits du &#171; centre &#187;. Au nom de la &#171; comp&#233;titivit&#233; &#187; sur le march&#233; mondial, elles en profitent pour mener une offensive continue, syst&#233;matique, pour d&#233;truire les droits collectifs conquis en particulier durant la p&#233;riode qui a succ&#233;d&#233; &#224; la Seconde Guerre mondiale. Elles ne visent pas &#224; imposer un nouveau &#171; contrat social &#187; qui leur soit plus favorable, mais veulent en finir avec de tels accords et s'emparer de tous les secteurs potentiellement profitables qui, appartenant aux services publics, leur &#233;chappaient dans la sant&#233;, l'&#233;ducation, les r&#233;gimes de retraite, les transports, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Une modification du r&#244;le assign&#233; aux Etats et du rapport entre capitaux imp&#233;rialistes et territoires. Sauf exception, les gouvernements ne sont plus les copilotes de projets industriels d'ampleur ou du d&#233;veloppement d'infrastructures sociales (&#233;ducation, sant&#233;&#8230;). S'ils continuent &#224; soutenir dans le monde &#171; leurs &#187; transnationales, ces derni&#232;res (vu leur puissance et leur internationalisation) ne se sentent pas d&#233;pendantes de leur pays d'origine au m&#234;me titre que par le pass&#233; : le rapport est plus &#171; asym&#233;trique &#187; que jamais&#8230; Le r&#244;le de l'Etat, toujours essentiel, se resserre : contribuer &#224; instaurer les r&#232;gles universalisant la mobilit&#233; des capitaux, ouvrir tout le secteur public aux app&#233;tits du capital, contribuer &#224; d&#233;truire les droits sociaux et &#224; maintenir sa population dans les clous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; On a donc &#224; faire &#224; deux syst&#232;mes hi&#233;rarchiques structurant les rapports de dominations mondiaux. La hi&#233;rarchie des Etats imp&#233;rialistes, d&#233;j&#224; complexe comme on l'a not&#233; (point I), et celles des grands flux de capitaux qui enserrent la plan&#232;te sous forme de r&#233;seaux. Ces deux syst&#232;mes ne se superposent plus, m&#234;me si les Etats sont au service des seconds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation capitaliste constitue un nouveau mode global de domination de classe, inachev&#233; et structurellement instable. Il conduit en effet &#224; des crises ouvertes de l&#233;gitimit&#233; et d'ingouvernabilit&#233; dans nombre de pays et des r&#233;gions enti&#232;res ; &#224; un &#233;tat de crise permanent. Les centres suppos&#233;s de r&#233;gulation mondiale (OMC, Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU&#8230;) sont incapables de remplir efficacement leur office.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe ne domine pas durablement une soci&#233;t&#233; sans m&#233;diations, compromis sociaux ; sans des sources de l&#233;gitimit&#233; qu'elles soient d'origine historique, d&#233;mocratique, sociale, d&#233;mocratique, r&#233;volutionnaire... Les bourgeoisies imp&#233;rialistes liquident des si&#232;cles de &#171; savoir-faire &#187; en ce domaine au nom de la libert&#233; de mouvement du capital, alors que l'agressivit&#233; des politiques n&#233;olib&#233;rales d&#233;chire le tissu social dans un nombre croissant de pays. Que dans un pays occidental comme la Gr&#232;ce, une grande partie de la population se voit priv&#233;e de l'acc&#232;s aux soins et aux services de sant&#233; en dit long sur le &#171; jusqu'au-boutisme &#187; des bourgeoisies europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du temps des empires, il fallait assurer la stabilit&#233; des possessions coloniales &#8211; ainsi (bien que dans une moindre mesure) que des zones d'influences du temps de la guerre froide. Disons qu'aujourd'hui, du fait de la mobilit&#233; et de la financiarisation cela d&#233;pend du lieu et du moment&#8230; Ainsi, des r&#233;gions enti&#232;res peuvent entrer en crise chronique sous les coups de la mondialisation. La mise en &#339;uvre des diktats n&#233;olib&#233;raux par des r&#233;gimes dictatoriaux us&#233;s a provoqu&#233; les soul&#232;vements populaires du monde arabe, des crises de r&#233;gime ouvertes et de violentes ripostes contre-r&#233;volutionnaires, d&#233;bouchant sur une instabilit&#233; aigu&#235;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La particularit&#233; du capitalisme mondialis&#233;, c'est qu'il semble s'accommoder de la crise comme d'un &#233;tat permanent : elle devient consubstantielle au fonctionnement normal du nouveau syst&#232;me global de domination. Si c'est bien le cas, il faut modifier profond&#233;ment notre vision de &#171; la crise &#187;, comme un moment particulier entre de longues p&#233;riodes de &#171; normalit&#233; &#187; &#8211; et nous n'en avons pas fini d'en mesurer, d'en subir les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV. Les nouveaux (proto)imp&#233;rialismes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bourgeoisies imp&#233;rialistes traditionnelles pensaient apr&#232;s 1991 qu'elles p&#233;n&#233;treraient le march&#233; des anciens pays dits &#171; socialistes &#187; au point de se les subordonner naturellement &#8211; se demandant m&#234;me si l'OTAN avait encore une fonction vis-&#224;-vis de la Russie. Cette hypoth&#232;se n'&#233;tait pas absurde comme le montrent la situation de la Chine au tournant des ann&#233;es 2000 et les conditions d'adh&#233;sion de ce pays &#224; l'OMC (tr&#232;s favorables au capital international). Mais les choses ont tourn&#233; diff&#233;remment &#8211; et cela ne semble pas avoir &#233;t&#233; initialement ou s&#233;rieusement envisag&#233; par les puissances &#233;tablies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Chine, une nouvelle bourgeoisie s'est constitu&#233;e de l'int&#233;rieur du pays et du r&#233;gime, via principalement la &#171; bougeoisification &#187; de la bureaucratie, cette derni&#232;re s'auto-transformant en classe poss&#233;dante par des m&#233;canismes que l'on conna&#238;t maintenant bien. Elle s'est donc reconstitu&#233;e sur une base d'ind&#233;pendance (h&#233;ritage de la r&#233;volution mao&#239;ste) et non pas comme une bourgeoisie d'embl&#233;e organiquement subordonn&#233;e &#224; l'imp&#233;rialisme. La Chine est ainsi devenue une puissance capitaliste, par ailleurs membre permanent du conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU avec droit de v&#233;to (toutes choses vraies aussi pour la Russie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on la qualifier de nouvel imp&#233;rialisme ? Il faut &#233;videmment pr&#233;ciser ce que l'on entend par ce terme dans le contexte mondial pr&#233;sent. Mais la Chine &#233;tant devenue la deuxi&#232;me puissance mondiale, il para&#238;t de plus en plus difficile de lui d&#233;nier ce statut, quelles que soient par ailleurs les fragilit&#233;s du pr&#233;sent r&#233;gime et de son &#233;conomie. Pour beaucoup de membres de l'opposition de gauche russe au r&#233;gime, il en va de m&#234;me pour la Russie, bien qu'elle reste d&#233;pendante &#233;conomiquement de ses exportations de biens primaires (ou les produits p&#233;troliers comptent pour les 2/3). Peut-on dans ce dernier cas parler &#171; d'imp&#233;rialisme faible &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les BRICS ont tent&#233; de jouer de concert dans l'ar&#232;ne du march&#233; mondial, sans grand succ&#232;s. Les pays qui composent ce fragile &#171; bloc &#187; ne jouent pas tous dans la m&#234;me cour. Le Br&#233;sil, l'Inde, l'Afrique du Sud peuvent probablement &#234;tre qualifi&#233;s de sous-imp&#233;rialismes &#8211; une notion qui remonte aux ann&#233;es 1970 &#8211; et de gendarmes r&#233;gionaux, mais avec une diff&#233;rence notable par rapport au pass&#233; : ils b&#233;n&#233;ficient d'une bien plus grande libert&#233; d'exporter des capitaux (voir le &#171; grand jeu &#187; ouvert en Afrique avec la comp&#233;tition entre Etats-Unis, Canada, Grande-Bretagne, France, Inde, Br&#233;sil, Afrique du Sud, Chine, Qatar, Turquie&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux conclusions ici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La comp&#233;tition entre puissances capitalistes se ravive avec l'affirmation de la Chine surtout, mais aussi de la Russie en Europe orientale. Il s'agit bien de conflits entre puissances capitalistes, donc qualitativement diff&#233;rents de ceux de la p&#233;riode ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Plus g&#233;n&#233;ralement, concernant la libert&#233; de mouvement des capitaux, des bourgeoisies (m&#234;me subordonn&#233;es) et des transnationales du &#171; Sud &#187; peuvent utiliser les r&#232;gles con&#231;ues apr&#232;s 1991 par les bourgeoisies imp&#233;rialistes traditionnelles pour elles-m&#234;mes, notamment en mati&#232;re d'investissements, rendant plus complexe que par le pass&#233; la concurrence sur le march&#233; mondial. En ce qui concerne l'&#233;coulement des marchandises, la mise en concurrence g&#233;n&#233;ralis&#233;e des travailleurs reste certes largement impuls&#233;e par les entreprises des centres imp&#233;rialistes traditionnels et ce sont elles qui ma&#238;trisent l'acc&#232;s aux march&#233;s de consommation des pays d&#233;velopp&#233;s et non les firmes des pays producteurs ; c'est cependant aujourd'hui moins vrai pour la Chine, voire l'Inde ou le Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. Nouvelles extr&#234;mes droites, nouveaux fascismes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des premi&#232;res cons&#233;quences de la ph&#233;nom&#233;nale puissance d&#233;stabilisatrice de la mondialisation capitaliste est la mont&#233;e tout aussi spectaculaire de nouvelles extr&#234;mes droites et de nouveaux fascismes &#224; base (potentielle) de masse. Certains prennent des formes relativement classiques, comme Aube dor&#233;e en Gr&#232;ce, o&#249; se logent dans de nouvelles x&#233;nophobies et replis identitaires. D'autres naissent sous la forme de fondamentalismes religieux, et ce dans toutes les &#171; grandes &#187; religions (chr&#233;tienne, bouddhiste, hindouiste, musulmane&#8230;), ou &#171; national religieuse &#187; (extr&#234;me droite sioniste)&#8230; Ces courants repr&#233;sentent aujourd'hui une menace consid&#233;rable dans des pays comme l'Inde, le Sri Lanka, Isra&#235;l ou ont &#233;t&#233; capables d'influencer la politique de gouvernements aussi importants que celui des Etats-Unis (sous Bush). Le monde musulman n'a donc pas le monopole en ce domaine ; mais il a l&#224; pris une dimension internationale particuli&#232;re, avec des mouvements &#171; transfrontaliers &#187; comme l'Etat islamique ou les talibans (voir la situation au Pakistan), des r&#233;seaux se connectant plus ou moins formellement du Maroc &#224; l'Indon&#233;sie, voire au sud des Philippines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, ils nous faut analyser plus avant les nouvelles extr&#234;mes droites, qu'elles soient religieuses ou pas : ce ne sont pas de simples r&#233;pliques du pass&#233;, mais expriment le temps pr&#233;sent ! C'est en particulier vrai pour les courants fondamentalistes religieux. Il importe de les qualifier politiquement pour comprendre le r&#244;le qu'ils jouent (rappelons qu'il n'y a pas si longtemps, une partie non n&#233;gligeable de la gauche radicale internationale voyait en eux l'expression d'un anti-imp&#233;rialisme &#171; objectivement &#187; progressiste, m&#234;me si id&#233;ologiquement r&#233;actionnaire). C'est aussi n&#233;cessaire pour combattre les interpr&#233;tations &#171; essentialistes &#187; du &#171; choc des civilisations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des courants d'extr&#234;me droite et contre-r&#233;volutionnaires. Ils ont ainsi contribu&#233; &#224; porter un coup d'arr&#234;t &#224; la dynamique des r&#233;volutions populaires n&#233;es du &#171; printemps arabe &#187;. Ils n'ont le monopole ni de la violence extr&#234;me (voir le r&#233;gime Assad !) ni de la &#171; barbarie &#187; (l'ordre imp&#233;rialiste est &#171; barbare &#187;). Mais ils exercent sur la soci&#233;t&#233; un contr&#244;le et une terreur venue &#171; d'en bas &#187; qui rappelle en bien des cas les fascismes de l'entre-deux guerre avant qu'ils n'acc&#232;dent au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les termes politiques, celui de fascisme est souvent galvaud&#233; ou interpr&#233;t&#233; de fa&#231;ons diverses. Cependant, nos propres organisations discutent de cette question &#8211; comment &#233;voluent les mouvements fondamentalistes et les extr&#234;mes droites nationalistes, lesquels peuvent &#234;tre qualifi&#233;s de fascistes ou non &#8211; par exemple dans des pays comme le Pakistan ou l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels que soient les qualificatifs les plus appropri&#233;s pour caract&#233;riser les nouvelles extr&#234;mes droites, leur mont&#233;e en puissance pose &#224; notre g&#233;n&#233;ration militante des probl&#232;mes politiques auxquels nous n'avions pas &#233;t&#233; confront&#233;s dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente &#8211; celle de la r&#233;sistance &#171; antifasciste &#187; &#224; grande &#233;chelle. Il faut y travailler et nous avons besoin pour cela de collectiviser les analyses et les exp&#233;riences nationales ou r&#233;gionales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, le renouvellement des droites radicales nourrit une pouss&#233;e r&#233;actionnaire tr&#232;s dangereuse qui vise &#224; remettre notamment en cause les droits fondamentaux des femmes et des LGBT en s'appuyant souvent sur les Eglises institutionnelles en mati&#232;re d'avortement (Espagne o&#249; un projet loi sc&#233;l&#233;rate abolissant le droit &#224; l'IVG a &#233;t&#233; mis en &#233;chec, Italie&#8230;), du statut de la famille (pr&#244;nant le retour &#224; une vision tr&#232;s conservatrice du r&#244;le de la femme&#8230;), voire d&#233;clenchant de v&#233;ritables chasses aux sorci&#232;res contre les homosexuels (Iran, des pays africains o&#249; les courants &#233;vang&#233;listes sont puissants&#8230;.). La r&#233;action s'attaque ainsi frontalement au droit d'autod&#233;termination des femmes et des personnes (reconnaissance de la diversit&#233; d'orientation sexuelle), droits acquis de longue lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remont&#233;e des droites r&#233;actionnaires est favoris&#233;e par l'id&#233;ologie s&#233;curitaire pr&#244;n&#233;e aujourd'hui par les gouvernements bourgeois au nom du combat contre le terrorisme ou l'immigration &#171; ill&#233;gale &#187;. En retour, lesdits gouvernements utilisent les peurs ainsi nourries pour durcir l'Etat p&#233;nal, instaurer des r&#233;gimes de plus en plus policiers et faire accepter des mesures liberticides : ce sont les populations enti&#232;res qui sont maintenant trait&#233;es comme &#171; suspectes &#187;, soumises &#224; surveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VI. R&#233;gimes autoritaires, exigence d&#233;mocratique et solidarit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation capitaliste a provoqu&#233; la crise des institutions dites d&#233;mocratiques (l&#224; o&#249; elles existaient) et du parlementarisme bourgeois. Face &#224; cette perte de l&#233;gitimit&#233;, la tendance dominante est &#224; l'instauration &#8211; brutale ou rampante &#8211; de r&#233;gimes autoritaires &#233;chappant &#224; la souverainet&#233; populaire. Le droit de choisir est simplement d&#233;ni&#233; aux populations au nom des trait&#233;s et r&#233;glementations avalis&#233;es par leurs gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exigence d&#233;mocratique &#8211; &#171; la d&#233;mocratie v&#233;ritable maintenant ! &#187; &#8211; gagne ainsi une dimension subversive plus imm&#233;diate que ce ne fut souvent le cas dans le pass&#233;, permettant de lui donner un contenu alternatif, populaire. De m&#234;me, l'universalit&#233; des politiques n&#233;olib&#233;rales et de la marchandisation des &#171; communs &#187; qui l'accompagne permet la convergence des r&#233;sistances sociales, comme on l'a vu dans le cadre du mouvement altermondialiste. Les cons&#233;quences d&#233;j&#224; ressenties du changement climatique offrent aussi un nouveau champ de convergences potentiellement anticapitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les effets durables des d&#233;faites du mouvement ouvrier et de l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique n&#233;olib&#233;rale, la perte de cr&#233;dibilit&#233; de l'alternative socialiste, contrecarrent ces tendances positives. Il est difficile d'inscrire dans la dur&#233;e le succ&#232;s, parfois consid&#233;rable, des mouvements de protestations (occupations de place, d&#233;sob&#233;issance civile&#8230;). L'acuit&#233; des oppressions peut, dans ce contexte, renforcer des r&#233;sistances identitaires &#171; ferm&#233;es &#187;, o&#249; une communaut&#233; opprim&#233;e reste indiff&#233;rente au sort r&#233;serv&#233; &#224; d'autres opprim&#233;s (comme dans le cas de &#171; l'homo-naitonalisme &#187;). La confessionnalisation de nombreux conflits contribue aussi &#224; la division des exploit&#233;.e.s et opprim&#233;.e.s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre n&#233;olib&#233;ral ne peut s'imposer que s'il r&#233;ussit &#224; d&#233;truire les solidarit&#233;s anciennes et &#224; &#233;touffer l'&#233;mergence des solidarit&#233;s nouvelles. Aussi n&#233;cessaires qu'elles soient, nous ne pouvons pas consid&#233;rer que les solidarit&#233;s se d&#233;velopperont &#171; naturellement &#187; en r&#233;ponse &#224; la crise, pas plus que l'internationalisme face &#224; un capital mondialis&#233;. Un effort concert&#233; et syst&#233;matique doit &#234;tre consenti en ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VII. Internationalisme contre campisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a plus de grande puissance (une cat&#233;gorie &#224; laquelle Cuba n'appartient pas) &#171; non &#187; ou &#171; anti &#187; capitaliste. Il faut en tirer toutes les conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le pass&#233;, sans jamais nous aligner sur la diplomatie p&#233;kinoise, nous d&#233;fendions la R&#233;publique populaire (et la dynamique de la r&#233;volution) contre l'alliance imp&#233;rialiste nippo-am&#233;ricaine &#8211; nous &#233;tions en ce sens dans son camp. Nous nous sommes oppos&#233; &#224; l'OTAN quoi que nous pensions du r&#233;gime stalinien ; nous n'&#233;tions pas pour autant &#171; campiste &#187;, car cela ne limitait pas notre combat contre la bureaucratie stalinienne. Nous agissions simplement dans un monde o&#249; s'articulaient les lignes de conflits r&#233;volutions/contre-r&#233;volutions, blocs Est/Ouest et sino-sovi&#233;tique. Cela n'est plus le cas aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique &#171; campiste &#187; a toujours conduit &#224; abandonner des victimes (qui se trouvent &#234;tre du mauvais c&#244;t&#233;) au nom du combat contre &#171; l'ennemi principal &#187;. C'est encore plus vrai aujourd'hui que par le pass&#233;, car elle am&#232;ne &#224; se ranger dans le camp d'une puissance capitaliste (Russie, Chine) &#8211; o&#249; dans le camp occidental quand Moscou ou P&#233;kin sont per&#231;us comme la menace premi&#232;re. On alimente ce faisant des nationalismes agressifs et on sanctifie les fronti&#232;res h&#233;rit&#233;es de l'&#232;re des &#171; blocs &#187; alors pr&#233;cis&#233;ment que nous devons les effacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le campisme peut aussi conduire &#224; soutenir en Syrie le r&#233;gime meurtrier d'Assad &#8211; o&#249; la Coalition sous h&#233;g&#233;monie US et incluant notamment l'Arabie saoudite. D'autres courants se contentent de condamner l'intervention imp&#233;rialiste en Irak et Syrie (ce qu'il faut certes faire), mais sans dire ce qu'est et ce que fait l'Etat islamique ni appeler &#224; y r&#233;sister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de position interdit de poser clairement l'ensemble des t&#226;ches de solidarit&#233;. Rappeler la responsabilit&#233; historique des imp&#233;rialismes, de l'intervention de 2003, les objectifs inavou&#233;s de l'actuelle intervention, d&#233;noncer son propre imp&#233;rialisme ne suffit pas. Il faut penser les t&#226;ches concr&#232;tes de solidarit&#233; du point de vue des besoins (humanitaires, politiques et mat&#233;riels) des populations victimes et des mouvements en lutte. Ce qui ne peut se faire sans s'attaquer au r&#233;gime Assad et aux mouvements fondamentalistes contre-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VIII. Expansion capitaliste et crise climatique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;int&#233;gration du &#171; bloc &#187; sino-sovi&#233;tique dans le march&#233; mondial a permis une &#233;norme expansion de l'aire g&#233;ographique o&#249; domine le capital, ce qui fonde l'optimisme des bourgeoisies imp&#233;rialistes. Elle fonde aussi une acc&#233;l&#233;ration dramatique de la crise &#233;cologique globale, sur de multiples terrains. Nous en sommes arriv&#233;s &#224; un point o&#249; la r&#233;duction des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre doit commencer sans plus tarder dans les grands pays &#233;metteurs du Sud et pas seulement du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, le r&#232;glement de la &#171; dette &#233;cologique &#187; au Sud ne doit pas favoriser le d&#233;veloppement capitaliste mondial et profiter soit aux transnationales nippo-occidentales implant&#233;es au Sud, soit aux transnationales du Sud (genre agro-industrie br&#233;silienne, etc.), ce qui ne ferait que nourrir toujours plus crises sociales et environnementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien toujours la n&#233;cessit&#233; d'une solidarit&#233; &#171; nord -&gt; sud &#187;, par exemple en d&#233;fense des victimes du chaos climatique. Cependant, plus que jamais, c'est une lutte commune &#171; anti-syst&#233;mique &#187; qui est &#224; l'ordre du jour dans les rapports &#171; nord-sud &#187; du point de vue des classes populaires : c'est-&#224;-dire un combat conjoint pour une alternative anticapitaliste, une autre conception du d&#233;veloppement au &#171; nord &#187; comme au &#171; sud &#187; (les guillemets sont l&#224; pour rappeler que l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; du &#171; nord &#187; et du &#171; sud &#187; est aujourd'hui telle que ces notions peuvent &#234;tre trompeuses).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part &#233;tant le combat socio-environnemental pour &#171; changer le syst&#232;me, pas le climat &#187;, il a pour socle les mouvements sociaux et pas seulement les coalitions sp&#233;cifiques sur le climat. Il faut donc travailler &#224; l'articulation entre les deux. Si l'on n'&#171; &#233;cologise &#187; pas le combat social (&#224; l'instar de ce qui peut d&#233;j&#224; se faire dans des luttes paysannes ou urbaines), l'expansion num&#233;rique des mobilisations &#171; climat &#187; restera &#224; la surface des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets du chaos climatique se font d&#233;j&#224; sentir et l'organisation des victimes, leur d&#233;fense et l'aide &#224; leur auto-organisation font aussi partie du socle du combat &#233;cologique. Les effets du super-typhon Haiyan aux Philippines d&#233;passent en ampleur ce contre quoi on &#233;tait d&#233;j&#224; averti. Le futur annonc&#233; fait d&#233;j&#224; partie du pr&#233;sent. Cela a des cons&#233;quences d&#233;stabilisatrices qui vont bien au-del&#224; des r&#233;gions directement affect&#233;es et provoquent des tensions en chaine (voir les r&#233;fugi&#233;s du Bangladesh et les conflits avec l'Inde sur la question des migrants).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; IX. Un monde de guerres en permanence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'allons probablement pas vers une troisi&#232;me guerre mondiale sur le mode des Premi&#232;re et Seconde, car il n'y a pas un conflit pour le repartage territorial du monde au sens qu'il avait dans le pass&#233;. Mais les facteurs de guerre sont tr&#232;s profonds et divers : nouveaux conflits interpuissances, concurrences sur le march&#233; mondial, acc&#232;s aux ressources, d&#233;composition de soci&#233;t&#233;s, mont&#233;e de nouveaux fascismes &#233;chappant aux contr&#244;les de leurs g&#233;niteurs, effets en chaine du chaos climatique et des crises humanitaires de tr&#232;s grande ampleur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes entr&#233;s de plain-pied dans un monde de guerres (au pluriel) en permanence. Que chaque guerre doit &#234;tre analys&#233;e dans ses sp&#233;cificit&#233;s. Nous sommes confront&#233;s &#224; des situations tr&#232;s complexes, comme aujourd'hui au Moyen-Orient o&#249;, dans le cadre d'un th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations unique (Irak-Syrie) s'emboitent des conflits aux caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques (Kurdistan syrien, r&#233;gion d'Alep, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guerres sont l&#224; pour durer, sous de multiples visages. Nous devons donc nous int&#233;resser &#224; nouveau &#224; la fa&#231;on dont elles sont men&#233;es, en particulier par les r&#233;sistances populaires, pour mieux comprendre les conditions d'une lutte, la r&#233;alit&#233; d'une situation, les exigences concr&#232;tes de la solidarit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut cependant des &#171; points de stabilit&#233; &#187; pour garder une boussole dans un une g&#233;opolitique tr&#232;s complexe : ind&#233;pendance de classe contre les imp&#233;rialismes, contre les militarismes, contre les fascismes et la mont&#233;e des mouvements identitaires &#171; anti-solidaires &#187; (racistes, islamophobes et antis&#233;mites, x&#233;nophobes, cast&#233;istes, fondamentalistes, homophobes, misogynes, masculinistes&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;X. Les limites de la superpuissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#232;gles uniques de l'ordre capitaliste mondialis&#233; n'emp&#234;chent pas certains pays d'&#234;tre plus &#233;gaux que d'autres ; les Etats-Unis se permettent des choses qu'ils n'autorisent pas ailleurs. Ils jouent sur la place du dollar, contr&#244;lent une bonne part des technologies les plus avanc&#233;es, commandent une puissance militaire sans pareille. Leur Etat garde des fonctions r&#233;galiennes mondiales que d'autres n'ont plus &#8211; ou dont ils n'ont plus les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats-Unis restent la seule superpuissance au monde &#8211; et pourtant, ils perdent toutes les guerres qu'ils ont engag&#233;es de l'Afghanistan &#224; la Somalie. La faute en est peut-&#234;tre &#224; la mondialisation n&#233;olib&#233;rale qui leur interdit de consolider socialement (en alliance avec des &#233;lites locales) des gains militaires temporaires. C'est peut-&#234;tre aussi une cons&#233;quence de la privatisation des arm&#233;es, les firmes de mercenaires jouant un r&#244;le croissant, ainsi que les bandes arm&#233;es &#171; non officielles &#187; au service d'int&#233;r&#234;ts particuliers (grandes entreprises, grandes familles&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi que cette puissance, aussi super qu'elle soit, n'a pas les moyens d'intervenir tous azimuts dans des conditions d'instabilit&#233; structurelle. Elle aurait besoin d'imp&#233;rialismes secondaires capables de l'&#233;pauler. Mais la constitution d'un imp&#233;rialisme europ&#233;en a avort&#233; ; la France et la Grande-Bretagne n'ont plus que des capacit&#233;s tr&#232;s limit&#233;es ; le Japon doit encore briser les r&#233;sistances civiques &#224; sa remilitarisation compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui dit guerres devrait dire mouvement antiguerre. Les guerres &#233;tant tr&#232;s diff&#233;rentes les unes des autres, la constitution de mouvements antiguerres en synergie ne va pas de soi. Le regard militant port&#233; d'Europe (occidentale) sur cette question semble pessimiste, tant le &#171; campisme &#187; a rong&#233; et rendu impotentes les principales campagnes engag&#233;es sur ce terrain. Mais mouvements antiguerres il y a, en Asie notamment &#8211; et en Eurasie, le d&#233;passement des fronti&#232;res h&#233;rit&#233;es de l'&#232;re des blocs se fera en particulier sur cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;XI. Crise humanitaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiques n&#233;olib&#233;rales, guerres, chaos climatique, convulsions &#233;conomiques, d&#233;compositions sociales, violences exacerb&#233;es, pogromes, effondrement des syst&#232;mes de protection sociale, &#233;pid&#233;mies ravageuses, femmes r&#233;duites en esclavage, migrations forc&#233;es : enfants mourant lentement de soif abandonn&#233;s avec leurs parents au milieu du sahel&#8230; Le capitalisme triomphant, d&#233;brid&#233;, accouche d'un monde o&#249; les crises humanitaires se multiplient, provoquant des souffrances inimaginables pour qui ne les a pas v&#233;cues &#8211; innommable pour qui les a v&#233;cues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;composition de l'ordre social touche de plein fouet les Etats dans des pays comme le Pakistan (qui poss&#232;de l'arme nucl&#233;aire) ; ou encore le Mexique o&#249; les mafias, en symbiose avec la classe politique, usent de la terreur pour imposer leur domination &#8211; d'o&#249; les d&#233;nominations d'Etats faillis, d'Etats mafieux, de narco-terrorisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette barbarie moderne doit r&#233;pondre un &#233;largissement des champs d'action internationalistes. Gauches militantes et mouvements sociaux doivent en particulier assurer le d&#233;veloppement de la solidarit&#233; &#171; de peuple &#224; peuple &#187; envers les victimes de la crise humanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une p&#233;riode o&#249; la notion m&#234;me d'internationalisme &#233;tait souvent d&#233;cri&#233;e, la vague altermondialiste, puis la multiplication des &#171; occupations &#187; de places ou de quartiers, lui ont redonn&#233; ses lettres de noblesse. Il faut maintenant que cet internationalisme revivifi&#233; trouve des formes d'action plus permanentes, sur tous les terrains de la contestation.&lt;br class='autobr' /&gt; Pierre Rousset, avec l'apport de discussions en bureau et secr&#233;tariat de bureau de la QI, en remerciant aussi les personnes qui m'ont fait parvenir de pr&#233;cieux commentaires sur une version ant&#233;rieure de ce projet de texte&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#233;claration du bureau ex&#233;cutif de la IVe Internationale : Cuba : une victoire et des risques</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Declaration-du-bureau-executif-de-la-IVe-Internationale-Cuba-une-victoire-et</link>
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		<dc:date>2014-12-24T15:10:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Cuba</dc:subject>
		<dc:subject>LaUne01</dc:subject>

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&lt;p&gt;La reprise des relations diplomatiques entre les USA et Cuba ainsi que la lib&#233;ration des trois Cubains condamn&#233;s aux USA &#224; la prison &#224; perp&#233;tuit&#233; pour espionnage constituent une victoire pour le peuple cubain. Depuis plus de 50 ans et sous une dizaine de pr&#233;sidents, l'administration nord-am&#233;ricaine a tout tent&#233; pour d&#233;truire la r&#233;volution cubaine. Intervention militaire en 1961 &#224; la Baie des Cochons, complots pour assassiner les dirigeants cubains, embargo &#233;conomique pour asphyxier la vie de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-A-la-une-" rel="directory"&gt;&#192; la une&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Cuba-+" rel="tag"&gt;Cuba&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-LaUne01-+" rel="tag"&gt;LaUne01&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH100/arton3305-9ccee.jpg?1630000060' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La reprise des relations diplomatiques entre les USA et Cuba ainsi que la lib&#233;ration des trois Cubains condamn&#233;s aux USA &#224; la prison &#224; perp&#233;tuit&#233; pour espionnage constituent une victoire pour le peuple cubain. Depuis plus de 50 ans et sous une dizaine de pr&#233;sidents, l'administration nord-am&#233;ricaine a tout tent&#233; pour d&#233;truire la r&#233;volution cubaine. Intervention militaire en 1961 &#224; la Baie des Cochons, complots pour assassiner les dirigeants cubains, embargo &#233;conomique pour asphyxier la vie de l'&#238;le, pressions de toutes sortes pour isoler le pays, tout avait &#233;t&#233; essay&#233; pour briser Cuba. Comme l'a reconnu Obama, cette strat&#233;gie a failli. Face &#224; la premi&#232;re puissance imp&#233;rialiste mondiale, Cuba a tenu bon. Cela ne s'est pas fait sans difficult&#233;s, sans souffrances, mais Cuba a tenu, en devenant une r&#233;f&#233;rence anti-imp&#233;rialiste pour toute la gauche latino-am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Plus, alors que dans les ann&#233;es 1990 le bloc sovi&#233;tique s'effondrait sous les coups des pressions de l'imp&#233;rialisme, de ses contradictions internes et de la bureaucratie qui joue alors un r&#244;le actif dans la restauration capitaliste, nombre d'observateurs pr&#233;disaient la chute du r&#233;gime cubain. Et il est vrai que, d&#233;pendant de l'aide sovi&#233;tique, l'&#238;le allait conna&#238;tre une crise sans pr&#233;c&#233;dent, l'&#233;conomie cubaine devenant exsangue, ce que les Cubains ont appel&#233; &#171; la p&#233;riode sp&#233;ciale &#187;. L'&#233;conomie, dans certaines limites, mit une dizaine d'ann&#233;es &#224; se reconstruire (avec l'association de l'&#201;tat mais avec des capitaux europ&#233;ens dans le tourisme et, plus tard avec l'aide du p&#233;trole v&#233;n&#233;zu&#233;lien) mais sans surmonter une s&#233;rie de probl&#232;mes structurels aggrav&#233;s par l'embargo nord-am&#233;ricain, renforc&#233; par la loi Helms-Burton. La bureaucratisation du r&#233;gime, l'&#233;touffement des libert&#233;s d&#233;mocratiques, leurs effets sur la mobilisation populaire ont pes&#233; sur la situation de l'&#238;le. Il faut aussi noter, au-del&#224; des interventions, aujourd'hui, de Mariela Castro &#8211; la fille de Ra&#249;l &#8211; les restrictions sur l'auto-organisation autonome des femmes, des personnes LGBTI et des autres groupes opprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, malgr&#233; ces probl&#232;mes, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain ne parvenait toujours pas &#224; briser cette r&#233;volution : on ne peut comprendre cette r&#233;sistance sans prendre en compte la dynamique anti-imp&#233;rialiste, nationale, populaire, &#224; caract&#232;re socialiste, de la r&#233;volution de 1959. Rappelons que la r&#233;volution cubaine a renvers&#233; les classes poss&#233;dantes de l'&#233;poque. Si le r&#233;gime a tenu, c'est qu'il a &#233;t&#233; l'expression de cette formidable dignit&#233; cubaine, de cette aspiration profonde &#224; la souverainet&#233; nationale et populaire de ce peuple, de ce formidable refus de ne pas retomber dans la situation pr&#233;c&#233;dant la r&#233;volution, qui avait vu Cuba devenir le &#171; bordel &#187; des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique. La r&#233;sistance cubaine n'aurait pu avoir cette force sans les conqu&#234;tes initiales de la r&#233;volution et une s&#233;rie d'acquis sociaux, surtout lorsqu'on les compare dans les autres pays d'Am&#233;rique latine, en particulier le niveau de sant&#233; et d'&#233;ducation. Cette dignit&#233; s'exprime aussi dans une des facettes de la politique internationale de la direction cubaine : le soutien aux tentatives r&#233;volutionnaires en Am&#233;rique latine des ann&#233;es 1960, le combat de Che Guevara, ou le soutien en Angola &#224; ceux qui s'opposaient au r&#233;gime d'apartheid sud-africain. Il y eut aussi, malheureusement le soutien &#224; l'intervention sovi&#233;tique en Tch&#233;coslovaquie, en ao&#251;t 1968. Mais l'internationalisme a toujours &#233;t&#233; une valeur fondamentale de l'&#233;ducation &#224; Cuba. Aujourd'hui, cela se traduit encore par l'envoi de m&#233;decins dans le monde, au Venezuela en particulier, mais aussi, on le constate, en Afrique o&#249; le travail humanitaire des m&#233;decins et volontaires cubains est reconnu mondialement pour combattre le virus Ebola. Cuba est aussi un exemple dans le choix d'un d&#233;veloppement soutenable, selon des organisations &#233;cologistes qui font la relation entre le d&#233;veloppement humain et le calcul de la consommation d'&#233;nergie et des ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;sistance a &#233;t&#233; assez forte pour tenir t&#234;te &#224; la confrontation politico-militaire avec l'imp&#233;rialisme nord-am&#233;ricain, mais pas suffisamment pour r&#233;sister aux pressions du march&#233; mondial capitaliste. Une fois de plus, se confirme tragiquement qu'on ne peut &#171; construire le socialisme dans un seul pays &#187;. Cette pression a p&#233;nalis&#233; et d&#233;form&#233; une &#233;conomie trop peu diversifi&#233;e &#8211; tourisme, monoculture du sucre, exploitation du nickel &#8211; et trop d&#233;pendante des importations, notamment pour les produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Elle a encourag&#233; l'introduction de m&#233;canismes de march&#233; dans l'&#233;conomie cubaine avec l'&#233;conomie &#171; cuentapropista &#187; &#8211; ceux qui se mettent &#224; leur propre compte, les auto-entrepreneurs &#8211; mais aussi le licenciement d'agents du secteur public, notamment des entreprises sucri&#232;res. Elle a renforc&#233;, cristallis&#233; des in&#233;galit&#233;s entre une couche dominante de l'appareil d'&#201;tat li&#233; &#224; la hi&#233;rarchie militaire souvent en affaires avec des grandes entreprises capitalistes multinationales et, aussi de ceux qui ont acc&#232;s au dollar (privil&#232;ge de ceux qui ont des parents &#224; l'&#233;tranger ou travaillent dans l'industrie du tourisme ou de la biotechnologie) et la grande majorit&#233; du peuple cubain. Ces in&#233;galit&#233;s et le renforcement de cette couche dominante peuvent constituer les bases d'une &#233;volution &#224; la vietnamienne ou &#224; la chinoise &#8211; un capitalisme d'&#201;tat et un r&#233;gime bureaucratique autoritaire du parti communiste &#8211; avec des caract&#233;ristiques propres. Sauf que Cuba n'est pas le Vietnam, et encore moins la Chine. On voit mal comment ce type de syst&#232;me peut assurer l'ind&#233;pendance nationale de Cuba. Situ&#233;e &#224; 150 km des &#201;tats-Unis, sous la pression de l'imp&#233;rialisme nord-am&#233;ricain et de la bourgeoisie am&#233;ricano-cubaine de Miami, Cuba ne pourra r&#233;sister qu'avec la mobilisation sociale et la reprise du projet r&#233;volutionnaire. Durant ces derni&#232;res ann&#233;es, la direction cubaine a pu utiliser, face &#224; ces contradictions, l'aide du Venezuela, en particulier par la livraison de tonnes de p&#233;trole &#224; des prix d&#233;fiant toute concurrence, mais aujourd'hui les difficult&#233;s de Maduro et du r&#233;gime post-Chavez ne permettent plus d'aider Cuba, comme cela a &#233;t&#233; le cas durant la derni&#232;re d&#233;cennie, d'o&#249; une aggravation pr&#233;visible de la situation &#233;conomique, et l'importance de desserrer l'&#233;tau du blocus nord-am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle fois, cette reprise des relations diplomatiques entre les &#201;tats-Unis et Cuba constituent une bonne chose pour le peuple cubain. Mais ce n'est qu'un d&#233;but, l'embargo n'est toujours pas lev&#233;, et il faut poursuivre la mobilisation et la pression internationale pour l'obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, m&#234;me dans le cas de la mise en &#339;uvre de la strat&#233;gie Obama, il ne faut pas &#234;tre dupe. L'imp&#233;rialisme nord-am&#233;ricain n'a pas laiss&#233; tomber ses objectifs. Si la strat&#233;gie de la confrontation politico-militaire a &#233;chou&#233;, il va en essayer une autre pour r&#233;cup&#233;rer Cuba dans sa zone d'influence : &#171; bombarder &#187; Cuba de marchandises et de capitaux nord-am&#233;ricains. C'est d&#233;j&#224;, au-del&#224; de la politique nord-am&#233;ricaine, le choix de secteurs importants du capitalisme nord-am&#233;ricain, notamment dans l'agro-industrie, le tourisme, les t&#233;l&#233;communications, les nouvelles technologies, les compagnies a&#233;riennes. Et la r&#233;sistance &#224; cette nouvelle strat&#233;gie peut &#234;tre plus difficile que face &#224; celle qui a &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le contr&#244;le &#233;tatique de ces nouvelles relations commerciales est indispensable pour ma&#238;triser les effets corrosifs des flux &#233;conomiques et financiers capitalistes. La situation est d&#233;j&#224; inqui&#233;tante avec l'installation d'une zone franche dans la r&#233;gion du port de Mariel et la nouvelle loi sur les investissements &#233;trangers (qui garantit 8 ans d'exemption fiscale pour attirer des nouvelles entreprises) dans l'&#238;le. Ce contr&#244;le doit s'accompagner de l'intervention populaire active, surtout que des secteurs de la bureaucratie cubaine peuvent s'accommoder et profiter de ces changements &#233;conomiques. C'est maintenant la question cl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;largissement de la surface du march&#233; capitaliste &#224; Cuba est lourd de dangers : le d&#233;veloppement de la pr&#233;carit&#233;, des in&#233;galit&#233;s, de remises en cause de la souverainet&#233; nationale, la fin du d&#233;veloppement soutenable, entre autres. En plus, l'imp&#233;rialisme nord-am&#233;ricain essayera certainement d'obtenir des concessions du r&#233;gime cubain (comme, par exemple, la &#171; libert&#233; &#187; de commerce) en &#233;change de la lev&#233;e du blocus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lutter contre ces dangers, il n'y a pas d'autre voie que la mobilisation et le contr&#244;le populaire, le contr&#244;le et la gestion des entreprises par les travailleurs et leurs repr&#233;sentants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les traditions de luttes sociales et de lib&#233;ration nationale, comme l'existence de partisans de l'autogestion sociale renouant avec l'histoire et la fibre libertaire de la r&#233;volution cubaine peuvent constituer, m&#234;me si ces courants sont minoritaires, un atout pour le peuple cubain. Il faut faire conna&#238;tre les positions et les exp&#233;riences de ces courants, qui ont certains relais au sein du Parti communiste cubain. R&#233;p&#233;tons-le : pour se saisir de la victoire actuelle tout en prot&#233;geant la population des effets sociaux d'une pression capitaliste nord-am&#233;ricaine, il n'y a pas d'autre voie que de favoriser la mobilisation populaire et la constitution d'une authentique d&#233;mocratie socialiste. Il faut pour cela garantir la libert&#233; d'expression et cr&#233;er les conditions du d&#233;bat d&#233;mocratique dans toutes les organisations populaires &#224; Cuba. Cela doit passer par l'organisation de formes de pluralisme dans le Parti communiste cubain et dans le mouvement populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un pari extraordinairement difficile dans les rapports de forces actuels entre le capitalisme globalis&#233; et le mouvement populaire au niveau mondial, mais la r&#233;volution cubaine a tenu pendant plus de cinquante ann&#233;es contre l'imp&#233;rialisme nord-am&#233;ricain : ne pourrait-elle pas, une nouvelle fois, trouver une issue originale &#224; cette situation ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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