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Crise, mouvement ouvrier et poison xénophobe – British jobs, for British workers ?

mercredi 8 avril 2009


VANEK Pierre
18 mars 2009

* Paru dans le périodique suisse « solidaritéS »
n°144 (19/03/2009), p. 5.


La crise frappe durement la Grande-Bretagne et ses travailleurs et travailleuses  : le week-end dernier, le nombre des chômeurs et chômeuses y dépassait la barre des deux millions. Ces derniers temps, l’industrie britannique supprimait les emplois par trentaine de milliers chaque mois. Le chômage de masse qui explose voit des dizaines, voire des centaines, de demandeurs et demandeuses d’emploi se bousculer au portillon pour chaque place vacante.

Le gouvernement – comme le révélait The Observer du 15 mars — en est réduit à basculer des centaines de fonctionnaires de différents services sociaux indispensables vers les mal nommés «  job centers » chargés de gérer le flot croissant des sans-emploi. Dans les douze arrondissements du centre de Londres, par exemple, on voit – selon une étude syndicale - 71 000 demandeurs et demandeuses d’emplois d’un côté, pour 4275 places vacantes de l’autre… Et ce n’est pas avec des allocations chômage d’un montant d’une soixantaine de livres par semaine (une centaine de nos francs) qu’on endiguera la spirale de la récession et des suppressions d’emplois.

Slogan xénophobe et grèves sauvages

Dans ce contexte, une riposte massive et solidaire des salarié·e·s s’imposerait. Or, les syndicats britanniques n’ont pas été jusqu’ici à la hauteur. En ce début d’année, on a vu au contraire fleurir outre-Manche le slogan nationaliste et xénophobe des «  emplois britanniques pour des travailleurs britanniques  !  » Un slogan que les fascistes anglais d’Oswald Mosley brandissaient déjà dans les années trente pour «  justifier  » leurs attaques contre les travailleurs et travailleuses juifs de l’Est End de Londres et repris dans les années 70 par le National Front britannique pour tenter de priver les immigré·e·s noirs ou asiatiques de leur emploi.

Mais un slogan mis en avant aussi par l’héritier de Tony Blair, le premier ministre anglais Gordon Brown, notamment lors de sa conférence d’intronisation comme boss du parti travailliste en novembre 2007 et dans divers discours en direction des syndicats, cet automne-là et depuis. Un slogan repris aussi en février dernier par Derek Simpson, secrétaire général du syndicat de la construction Unite, relayé massivement à cette occasion par le torchon tabloïd de droite Daily Star et d’autres feuilles de chou antisyndicales.

Ce slogan a été mis en avant aussi lors du récent conflit du travail dans le secteur de la construction et de l’énergie. Lors de celui-ci, environ 6000 travailleurs sur plus d’une vingtaine de sites de construction, de raffineries et de centrales électriques notamment, ont participé à toute une série de grèves. Des grèves «  sauvages  » — ou plus exactement en violation des lois antisyndicales britanniques mises en places par Thatcher et conservées par les travaillistes-libéraux du New Labor. Des grèves qui démontrent, par ailleurs, un potentiel de combativité et de riposte très important.

Sous-traitance et dumping salarial

Cette lutte s’est engagée dans cette branche en réaction aux tentatives concertées de multinationales de remettre en cause, sur nombre de très grands chantiers les acquis du «  livre bleu  », l’accord national dans la branche, conquis de haute lutte, concernant les salaires, les conditions de travail et la sécurité. Comme le rapportait récemment le Financial Times, les patrons du secteur de la construction admettaient avoir recours au système de la sous-traitance pour tenter de limiter l’activité syndicale en défense des conditions de travail et des acquis.

Le conflit a démarré sur le site de la raffinerie Lindsay dans le Lincolnshire, ou un gros contrat avait été passé avec une société sous-traitante italienne IREM, employant essentiellement des travailleurs italiens et portugais «  importés  » du continent et tenus soigneusement séparés de leurs collègues locaux. Or dans ce cas, le conflit s’est soldé par un accord, avec retour au travail le lundi 9 février, accord dont l’«  acquis  » essentiel est l’attribution de 102 places de travail à des travailleurs britanniques, alors qu’il avait été prévu d’y employer des salariés immigrés. Ainsi, plutôt qu’une remise en cause du système de sous-traitance et une défense intransigeante des acquis syndicaux pour tous et toutes, ou la création d’emplois, ce sont des «  emplois pour des Britanniques  » qui sont apparus au centre de la lutte et de la victoire remportée…

D’autres conflits du même type se sont enchaînés. La semaine suivante, à Staythorpe près de Newark par exemple, les sous-traitants d’Alsthom, employant essentiellement des ouvriers espagnols et polonais ont été la cible d’un blocage d’un grand chantier. Dans la manif qui a paralysé celui-ci à l’aube, malgré une présence policière massive, ont voyait fleurir côte à côte des drapeaux du syndicat Unite, des drapeaux anglais et le slogan toxique sur les «  emplois britanniques  ».

Dans cette situation évidemment, le British National Party (BNP, fasciste) a tourné autour de ce conflit et cherché à l’exploiter, réussissant parfois à se faire écouter des piquets de grève, d’autres fois s’en faisant chasser…

Une seule solution  : l’unité syndicale

En réaction à cette situation, et pour tracer d’autres perspectives, près d’un millier de syndicalistes rendaient publique, à fin février, une déclaration intitulée «  Unite to fight for jobs  » (www.petitiononline.com/jobs0209) appelant à un combat commun pour de nouveaux emplois correctement rémunérés et mettant en évidence le danger mortel de cibler les «  travailleurs étrangers  ». Ils et elles appellent à un refus commun de tous les salarié·e·s de faire les frais de la crise, ainsi qu’à un effort massif de syndicalisation de tous et toutes. Ils et elles démontrent que c’est en s’unissant avec les travailleurs et travailleuses immigrés, en s’organisant et en luttant ensemble, qu’on empêchera les patrons d’en faire une arme contre leurs collègues. Enfin, ils et elles appellent aux différentes manifestations à Londres à la veille et lors du sommet du G20.

VANEK Pierre
* Paru dans le périodique suisse « solidaritéS » n°144 (19/03/2009), p. 5.