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L’avenir de l’Israël est en jeu !

samedi 5 août 2006, par Michel Warscharski

30 juillet 2006

« Nous devons réduire en poussière les villages du sud Liban... Je ne comprends pas pourquoi on y trouve toujours de l’électricité. » 1

C’est par ces mots que le Ministre de la Justice israélien et l’ancien leader du Parti travailliste, Haim Ramon, a résumé ses vues sur la poursuite de l’offensive militaire au Liban, suite à l’échec de l’invasion de Bint Jbail. Quant à l’État major de l’armée israélienne soutenu au Conseil des ministres par le Ministre du Travail, Benjamin Ben Eliezer, la solution est d’occuper une partie du Sud du Liban après avoir détruit tous les villages. Selon ce plan, Israël « demandera » à la population locale de partir avant la destruction des villages par voie de plusieurs douzaines de messages SMS. Ceux qui décideront de rester, ou, plus simplement, qui ne recevront pas l’appel « humanitaire » des SMS seront considérés comme des terroristes.

Horrible ? En effet, mais ce n’est guère surprenant. La guerre israélienne au Liban est le paradigme des guerres du 21e siècle - des guerres de recolonisation du monde et d’assujettissement des peuples de la terre à l’empire.

Dans ces guerres, la vie des civils est non seulement d’une valeur très limitée - comme dans toutes les guerres - mais les civils sont considérés comme des cibles légitimes, activement ou passivement coupables de soutenir le terrorisme : un terrorisme qui est, en fait, une composante même de leur culture. Dans dix ans, nous avons été témoins d’une évolution graduelle du discours dominant : de groupes terroristes, on est passé à des États terroristes puis à des peuples terroristes. La logique suprême de la guerre globale est la complète ethnicisation des conflits, dans lesquels on ne combat pas une politique, un gouvernement ou des cibles spécifiques, mais « un péril » identifié avec une communauté. La peur est le point de départ de la nouvelle ère, la haine est son aboutissement. C’est la raison pour laquelle les néoconservateurs de l’administration américaine parlent d’une guerre sans fin.

En utilisant le prétexte de la capture de deux soldats israéliens, le gouvernement israélien a décidé d’ouvrir un nouveau front de cette guerre sans limite, une guerre préventive de recolonisation. Ils sont prêts à envoyer leurs soldats pour qu’ils ouvrent la voie à « la nouvelle démocratie au Moyen-Orient » et à sacrifier leur propre population comme des victimes collatérales de ce nouveau type de guerre ethnique. Cela été clairement affirmé dans une publicité coûteuse publiée par les néoconservateurs israéliens en première page du Ha’aretz : « Israël est au premier rang de la guerre contre le Jihad dans le monde. Nous avons deux options : laisser se renforcer les fanatiques, par la retraite unilatérale, qui fera d’Israël la principale scène de la lutte entre l’Islam fanatique et le monde civilisé, ou renforcer les modérés [...] et transformer Israël en centre du monde de la justice et de la compréhension œcuménique. (sic.) Il n’y a aucun raccourci pour le Moyen-Orient. »

À la fin de la publicité, une courte note : « Souvenez-vous : une sensibilité philosophique tordue [sic] envers la vie humaine vous en fera payer le prix en termes de nombreuses pertes de vies et par le sang de vos fils. » 2

« Tandis que de plus en plus de voix parmi le public israélien contestent, si ce n’est la légitimité, au moins la portée de l’opération militaire actuelle, l’administration américaine exige qu’Israël ne cède pas aux pressions de ceux qui travaillent à un cessez-le-feu : la Secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, est la principale représentante de la stratégie qui vise à changer la situation au Liban et non le Premier ministre Olmert ou le Ministre de la Défense Nationale, Peretz. Elle est celle qui a réussi, jusqu’à présent, à résister aux pressions internationales en faveur d’un cessez-le-feu . [...] Pour remporter un franc succès, elle a besoin de succès militaires, que, malheureusement, Israël n’a pas encore été capable de livrer. Sauf la punition du Hezbollah et du Liban par les bombardements, les succès militaires israéliens ont été limités, jusqu’à aujourd’hui, à la conquête de deux villages libanais près de la frontière. Si Israël ne marque pas des points sur le plan militaire dans les combats, nous en ressentirons les effets au niveau de la solution politique. » 3

C’est par ces mots que l’analyste politique et militaire Ze’ev Schiff a résumé la nature de la visite de la secrétaire d’Etat américaine à Jérusalem ce week-end.

Tôt ou tard, cependant, l’administration des États-Unis devra accepter une solution politique, basée plus ou moins sur ce qui a été récemment esquissé à Rome. C’est-à-dire jusqu’à prochaine étape de cette guerre préventive sans-fin, dans laquelle Israël continuera à jouer son rôle d’avant-garde armée du monde prétendument civilisé.

Ce que le public israélien n’arrive pas à comprendre, ce sont les implications dramatiques de la politique de leur gouvernement sur la poursuite de leur existence même dans le coeur des mondes arabe et musulman. Par sa brutalité illimitée, par sa rhétorique de porteur de la civilisation et par sa stratégie, l’Etat d’Israël démontre aux peuples de la région qu’il est et veut rester un corps étranger et hostile dans le Moyen-Orient : rien de plus qu’une extension armée des Etats-Unis d’Amérique et de leur croisade anti-musulmane en ce 21e siècle.

Chacun connaît le destin des Croisés il y a dix siècles. La haine produite par le bombardement de Beyrouth, la destruction des infrastructures du Liban, les centaines de morts civils, les centaines de milliers de réfugiés, la politique de la terre brûlée au sud Liban- est immense dans tout le monde musulman. Elle peut même rapidement toucher les communautés musulmanes des pays du nord. De plus, à la différence des crises précédentes, apparemment semblables comme celle de l’invasion du Liban en 1982, cette haine se développe sur le terrain fertile de la guerre globale, des discours sur le choc des civilisations et sur l’ethnicisation du conflit. Par conséquent, il sera extrêmement difficile de supprimer cette colère après que les nuages des batailles se seront dissipés et que morts auront été enterrés.

Olmert, Peretz et Halutz sont les leaders les plus dangereux et les plus irresponsables qu’Israël a jamais eu, qui jouent avec un feu qui peut brûler notre existence nationale au Moyen-Orient.

C’est sur les frêles épaules du petit mouvement anti-guerre israélien que repose non seulement le destin de la population israélienne et la décence morale de notre société, mais aussi l’avenir de nos enfants dans cette partie du monde.

« Nous refusons d’être des ennemis ! » est un des slogans de nos manifestations. Jamais auparavant un tel slogan n’a été aussi important, si urgent et si vital.


1 Ha’aretz, le 28 juillet 2006
2 Ha’aretz, le 30 juillet 2006 Warschawski
3 Ha’aretz, le 30 juillet 2006

Michael Warschawski is un co-fondateur et l’ancien directieur de Alternative Information Center à Jérusalem et un militant anti-sioniste bien connu. . Ces livres : Israel-Palestine : le défi binational, Sur la frontière, and Toward an Open Tomb : The Crisis of Israeli Society. Cet article a été originellement publié par l’ Alternative Information Center, le 30 juillet 2006.
Traduction automatique Reverso.