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Etats-Unis : une Union dans tous ses états

mardi 10 mars 2009, par Simon Marceau

Dix jours après son premier discours face au Congrès, Obama a défendu son plan de sauvetage du capitalisme, tout en s’avouant incapable de mettre rapidement les salariés à l’abri de la crise.


Paru dans le numéro 0 de Tout est à nous
(NPA Hebdo) du 5 mars 2009.


Dix jours après son premier discours face au Congrès, Obama a défendu son plan de sauvetage du capitalisme, tout en s’avouant incapable de mettre rapidement les salariés à l’abri de la crise.

La profondeur de la crise fait résonner les promesses du dernier discours d’Obama comme une liste de problèmes. Les rares solutions concrètes ne sont pas à la hauteur, et c’est alors que resurgit le mot « sacrifices » (surtout pour les exploités).

Le nouveau plan de relance contient quelques mesures pour l’emploi et la couverture chômage, mais il poursuit surtout dans la voie des crédits d’impôt. Si l’énergie « verte », la santé ou l’éducation sont censées être des priorités budgétaires, une commission est aussi créée pour en limiter les dépenses.

Coincé entre interventionnisme et réduction des déficits et des recettes, sous couvert de sauver l’accès à des services essentiels, le plan va surtout aider ceux qui veulent dégager toujours plus de profit.

Obama est confronté à de nouveaux problèmes politiques : plusieurs ministres potentiels ont dû retirer leur candidature, rattrapés par le fisc et leurs liens avec les grandes entreprises intervenant dans leur domaine (Tom Daschle à la Santé…).

La plupart des problèmes, comme la crise, ont des racines plus anciennes. Obama doit mettre à jour les politiques impériales ; cela passe par l’envoi de 17000 soldats de plus en Afghanistan. Et dire que certains militants ont cru faire d’Obama un président antiguerre en faisant campagne pour lui ! Pour l’Irak, le retrait militaire est prévu en 2010, le temps de planifier un autre régime d’implantation dans le pays.

Ces terrains, comme la Palestine, demeurent « piégés » et Obama navigue à vue. La fermeture de Guantanamo dans le respect du cadre de la « guerre contre le terrorisme » devient inévitablement un casse-tête : comment changer juste ce qu’il faut pour qu’au fond, rien ne change ?

Dans ce contexte, un vrai plan de 787 milliards de dollars pour les intérêts des exploités serait, bien sûr, une nette avancée, tout en restant loin du compte. Obama utilise une large part de cet argent pour une minorité de privilégiés responsables de la crise. Parfois accusé de viser le socialisme, il n’est même pas keynésien. Même si ce dernier point devait changer, le keynésianisme du xxe siècle fut marqué par des luttes bien plus fortes que celles d’aujourd’hui. Un débat législatif serré se profile sur les droits syndicaux, mais même en cas d’assouplissement, rien ne remplace la mobilisation et l’auto-organisation des salariés à l’heure où certains syndicats freinent la combativité.

Une certaine conscience de la crise contribue peut-être à renforcer un peu les luttes (salariés licenciés, étudiants, LGBT, contre la guerre à Gaza ou le racisme). Les militants immigrés qui préparent déjà la fin des 100 jours et le 1er Mai, en s’adressant à d’autres secteurs de lutte, ont bien raison de vouloir défendre des revendications tangibles et unifiantes pour reprendre la main dans la société et ne pas payer la crise.

MARCEAU Simon
* Paru dans le numéro 0 de Tout est à nous (NPA Hebdo) du 5 mars 2009.