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Bilan de l’année 2005 du gouvernement Charest

Le rouleau compresseur anti-social... Encore une fois !

Bilan élaboré par la TROVEP

mardi 11 avril 2006

Cela devient une bien vilaine habitude du gouvernement Charest que de faire adopter ses lois controversées en suspendant les règles de procédure de l’Assemblée nationale, en court-circuitant le débat démocratique et en imposant ce qu’on appelle le « baîllon ». La dernière session parlementaire n’a pas fait exception...

Il a encore utilisé cette méthode pour imposer ses vues quant aux Centres de la petite enfance, à la privatisation et à la tarification de l’eau, de même qu’au pont à péage de l’autoroute 25. Il a aussi usé de cette méthode odieuse pour mettre fin aux négociations avec les travailleuses et les travailleurs du secteur public et décréter des conditions salariales et de travail. On le constate, le gouvernement y est allé d’attaques de toutes sortes.

Les luttes menées avec vigueur et courage ont permis d’atténuer certaines conséquences des attaques subies, mais le portrait global en demeure un de reculs marquants pour les Québécoises et Québécois. Voici donc un bref tour d’horizon des plus récents mauvais coups du gouverne­ment Charest...

Conditions de travail dans le secteur public : mépris et appauvrissement !

Malgré le fait que certaines organisations syndicales ont revu leurs revendications salariales à la baisse, Monique Jérôme-Forget est demeurée inflexible. Il est évident qu’elle n’avait aucune intention de bouger sur l’offre salariale qu’elle avait initialement présentée. La présidente du Conseil du trésor a décidément peu de talent pour les négociations, elle a donc décidé de légiférer et de faire adopter la loi 142 qui détermine les conditions de tra­vail dans le secteur public...

En conséquence, les employéEs du secteur public devront se contenter de 8 % d’augmentation salariale sur toute la durée de leur contrat de travail de près de 7 ans, soit à peine plus de 1 % par année... À un tel rythme et avec l’augmentation du coût de la vie, il est clair que ces salariéEs, qui touchent déjà des salaires inférieurs à ceux des syndiquéEs du secteur privé, seront encore plus pauvres à la fin de leur contrat de travail en 2010 qu’actuellement. C’est tout simplement inacceptable ! Mais ce n’est pas tout...

Le gouvernement Charest a aussi imposé une diminution du nombre de libérations syndicales et des modifications importantes à la procédure de grief. Mais plus fondamentalement, en adoptant la loi 142, le gouvernement Charest a bafoué le droit à des négociations de bonne foi entre employeur et employéEs et il a forcé le retour au travail des syndiquéEs du secteur public qui étaient pourtant en grève légale, qui respectaient à la lettre les services essentiels et qui ne mettaient aucunement en danger la santé ou la sécurité des citoyennes et des citoyens du Québec.

La reprise des activités normales de travail s’est d’ailleurs faite sous la menace de sanctions sévères. Pertes de salaire, amendes élevées, arrêt de la perception des cotisations syndicales constituent quelques-unes des armes prévues à la loi pour empêcher toute protestation. On peut dire que le gouvernement Charest a une vision bien particulière de la démocratie, du droit d’association, de la liberté d’action syndicale et de la liberté d’expression

LA SAGA DES CPE

Décidément, les Centres de la petite enfance (CPE) sont dans la mire de ce gouvernement. La première chose qu’il a fait, malgré ses promesses électorales, a été d’augmenter les tarifs de 5 $ à 7 $ par jour. Ensuite, il a retiré aux éducatrices en milieu familial le droit de se syndiquer et il a « dé-syndiqué » celles qui l’étaient. Cet automne, comme si ce n’était pas assez, le bal est reparti de plus belle.

Le gouvernement a présenté un projet de loi qui venait chambouler de fond en comble l’organisation des CPE. Le projet de loi 124 a été vivement critiqué par les parents et par les CPE. Les pressions ont finalement amené la ministre à s’asseoir et à discuter avec les gens du milieu. Ces rencontres avaient permis de jeter les bases de certaines modifications au projet, des processus étaient convenus. Et puis bang ! Tout cela est oublié et le projet de loi adopté. Certains gains ont toutefois été arrachés. Ainsi, le projet de loi proposait de réduire considérablement les pouvoirs des parents. La lutte menée a permis d’en rétablir la plus grande partie. Le projet de loi ouvrait grande la porte à l’établissement de chaînes privées de garderies. Là aussi, le gouvernement a dû reculer. Malgré ces gains, des enjeux importants demeurent... Une consultation régionale a eu lieu sur le nombre de bureaux coordonnateurs qui s’occuperont de gérer les services de garde en milieu familial. L’ensemble des travaux a permis de dresser le portrait d’un réaménagement de la gestion du réseau qui préserverait les bases essentielles à son bon fonctionnement et une proximité acceptable entre les services de garde en milieu familial et les ressources pédagogiques et administratives dédiées à les soutenir. Cette base minimale fixe entre 230 et 253 le nombre de bureaux coordonnateurs nécessaires au maintien d’un réseau de qualité. La ministre vient d’annoncer qu’elle en mettra 163 sur pied. La lutte n’est donc pas finie !

UN PONT UN PONT DE PLUS POUR RESPECTER KYOTO !

Malgré l’opposition des MontréalaisEs, le gouvernement a annoncé son intention d’aller de l’avant avec un pont sur l’autoroute 25. Les conséquences sont pourtant nombreuses et connues : baisse de la qualité de l’air de la métropole et réchauffement climatique par gaz à effet de serre, perte de terres agricoles, atteinte à la santé des résidants de l’Est, congestion automobile et étalement urbain. Le nombre d’automobilistes augmentera alors que celui des usagers du transport en commun diminuera selon les chiffres du ministère. À noter qu’il n’y a aucun nouvel investissement dans le transport en commun alors que le prolongement du métro et des trains de banlieue est une priorité claire pour la population concernée. Faisant fi de l’opposition de la Ville de Montréal comme de la volonté de la population, l’actuel gouvernement s’entête à aller de l’avant avec ce pont à péage en partenariat public-privé, (encore !) permettant ainsi à un promoteur de s’emplir les poches à chaque passage. Il fait bon être parmi les amis du régime de Charest !

L’eau privé

Passé inaperçu entre le décret sur les conditions de travail dans le secteur public et la saga des CPE, un projet de loi très important a également été adopté tout juste avant Noël. La loi 134 a un titre qui ne dit pas grand chose : « Loi modifiant de nouveau diverses dispositions légis­latives concernant le domaine municipal ». Elle n’est pas anodine pour autant.

Avec cette loi, les municipalités et agglomérations peuvent confier à une personne l’exploitation de divers services et équipements. Le contrat peut prévoir que la personne assume le financement des travaux. La Loi sur les travaux publics et la Loi sur les travaux municipaux ne s’appliquent pas.

Bref, c’est purement et simplement des partenariats public-privé qui pourront être mis en place, pour la gestion de l’eau comme pour la presque totalité des services municipaux, de la collecte des ordures aux loisirs et à la culture.

Et ce n’est pas tout !

À la demande des villes « défusionnées », un décret a aussi été adopté à toute vitesse pour modifier les règles à la base de la tarification de l’eau. Jusqu’à maintenant, ce paiement a toujours été calculé sur la base de la valeur foncière. L’eau sera dorénavant facturée selon la consommation. On pourrait ne pas s’en soucier mais ce serait une grave erreur ! Il est aussi prévu que toutes les municipalités de l’île devront bientôt avoir des modalités de paiement harmonisées.

Il y a fort à parier que Montréal se retrouvera bien seule avec son refus de recourir aux compteurs d’eau. Ces compteurs d’eau menacent donc d’apparaître sous peu. On sait qu’ils ont pour conséquence d’appauvrir les plus pauvres alors qu’ils ne sont aucunement une mesure efficace d’économie d’eau. L’eau n’est pas une marchandise. L’accès à l’eau doit être un droit pour toutes et tous.

Ce que le gouvernement Charest n’a pas fait mais qu’il aurait dû faire

Plutôt que de continuer son oeuvre de destruction massive, il aurait été plus utile que le gouvernement Charest indexe les prestations d’aide sociale et qu’il respecte son engagement d’instaurer la gratuité des médicaments pour les personnes à faible revenu. Il aurait été plus utile qu’il investisse davantage dans le logement social et dans l’entretien des habitations à loyer modique qui existent déjà. Il aurait été plus utile qu’il annonce une hausse appréciable du salaire minimum et qu’il bouge dans le sens de garantir des protections convenables aux travailleuses et travailleurs à statut précaire ou atypique. Il aurait été plus utile qu’il adopte des mesures pour contrer les fermetures d’usines et venir en aide aux travailleurs et travailleuses qui en sont les premières victimes (textile, fo­rêt, etc.). Ces mesures ne font malheureusement pas partie des projets du gouvernement Charest.

Déterminé à mener à bien son entreprise de privatisation et de démantèlement de l’État, le gouvernement Charest n’est malheureusement pas encore à court d’idées...

Les PPP

La formule des PPP a été essayée dans de nombreux pays par des gouvernements qui voulaient sauver vite de l’argent en s’appuyant sur le secteur privé. Qu’il s’agisse de construire des routes, des hôpitaux ou des écoles, qu’il s’agisse de l’eau ou des services de transport en commun, on voit partout le même désastre. Ça coûte plus cher, ça ne fonctionne pas, ça appauvrit la population, ça met la sécurité et la vie des gens en danger. Mais pour le gouvernement Charest, c’est un dogme : tout doit aller au privé !

La santé au Québec : la solution doit être publique

Le ministre de la Santé et des Services sociaux a lancé un vaste débat sur la place du privé dans les soins de santé. Il dit vouloir « préserver notre système public et universel de santé et de services sociaux ». Ce qu’il propose pour y arriver apparaît pourtant en contradiction avec cet objectif. En effet, son orientation repose essentiellement sur le privé. Voici la proposition du gouvernement... Vous voyez un médecin généraliste participant au régime public de santé qui vous réfère à un médecin spécialiste lui aussi participant. Si ce médecin spécialiste vous prescrit une chirurgie et que vous l’acceptez, on vous inscrit sur la liste d’attente d’un établissement public. Si après 6 mois, vous n’avez pas subi votre opération, vous pourriez être traité dans un autre établissement public de votre région ou d’une autre région ou encore dans une clinique spécialisée affiliée privée. Cette nouvelle clinique serait de propriété privée, mais le médecin pratiquant votre chirurgie serait payé par le régime d’assurance maladie du Québec. Toutefois, le gouvernement achèterait les services de cette clinique privée à un prix permettant de couvrir le coût des installations utilisées pendant la chirurgie. Si après 9 mois, vous n’avez toujours pas obtenu votre chirurgie, vous pourriez l’obtenir hors Québec ou dans une clinique privée où elle serait réalisée par un médecin non participant au régime d’assurance maladie. Cette nouvelle façon de faire serait valable uniquement pour les chirurgies dites électives déterminées par le ministre. À ce moment-ci, seules les chirurgies de la hanche, du genou et de la cataracte seraient couvertes mais il est prévu que la liste s’allongera. Finalement, une fois qu’une chirurgie se trouverait sur la liste du ministre, il pourrait être possible de recourir aux assurances privées pour l’obtenir.

Ce qu’on peut en penser... La proposition du ministre peut sembler attrayante mais quand on y regarde de plus près, on constate que les moyens mis de l’avant sont bien plus une menace au système public de santé qu’une façon de le préserver. Voici pourquoi... L’assurance privée n’est pas accessible aux personnes qui se trouvent déjà sur les listes d’attente puisque les compagnies d’assurance refusent d’assurer les personnes déjà malades. Elle ne l’est pas plus aux personnes à faible revenu qui n’ont pas les moyens de se la payer. Aussi, plus le marché de l’assurance privée en santé est vaste, plus les médecins sont nombreuses et nombreux à se désengager du système public et à ouvrir des cliniques privées. Cela provoque une plus grande pénurie de médecins dans le public et en conséquence les délais allongent plutôt que de raccourcir.

L’assurance privée n’est pas une solution !

Les cliniques spécialisées affiliées ont existé ailleurs dans le secteur public. Les évaluations démontrent que leur efficacité réside dans leur spécialisation. Si ces cliniques peuvent être utiles, il n’y a aucune raison pour qu’elles soient privées et que l’État y achète des soins. On le sait, les cliniques privées veulent dégager des bénéfices, ce qui augmente les coûts des soins.

Les cliniques spécialisées affiliées privées ne sont pas une solution !

Si le gouvernement Sharett veut véritablement préserver le système public de santé, il doit se tourner vers des solutions publiques et éviter d’ouvrir un marché de la santé qui générera des profits privés au détriment des soins offerts à la population. Le privé n’a jamais été au service du public. Il est au service du profit...

Le privé n’est pas une solution !

Continuons nos luttes !

Plus que jamais nous devons continuer de nous opposer aux visées du gouvernement Sharett...

Plus que jamais nous devons puiser notre énergie dans la solidarité... Plus que jamais notre mobilisation est essentielle...

Plus que jamais il faut dire haut et fort : Non vraiment...J’ai jamais voté pour ça !