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Rembouser la dette ?

NON, c’est un épouvantail

par un groupe de jeunes progressistes

jeudi 24 novembre 2005

Le texte suivant est cosigné par Anne-Marie Boucher, étudiante en histoire, culture et société ; Marie-Ève Brunelle, étudiante en science politique ; Estelle Grandbois-Bernard, étudiante en sciences humaines et militante ; François-Olivier Dansereau-Laberge, militant à Option citoyenne ; Philippe Gauvin, étudiant à la maîtrise en Histoire et militant à l’ASSÉ ; Francis Hamel, étudiant en sciences humaines et militant à l’ASSÉ ; Philippe Hurteau, militant à l’Union des forces progressistes ; Frédéric Lalande, militant jeune au Parti québécois ; Jean-François Landry, étudiant en science politique, UQAM ; Vincent Larouche, chef de pupitre UQAM, Journal Montréal Campus ; Jonathan Leblanc, étudiant en droit et militant ; Alexandre Leduc, étudiant en histoire et militant ; Maxime Lefrançois, étudiant et militant ; Yann Loubel, étudiant en science de l’environnement, membre de la FEUQ ; Éric Martin, étudiant, militant à l’UFP et signataire du Manifeste pour un Québec solidaire ; Joël Nadeau, membre du Collectif Dia ; Simon Tremblay-Pepin, étudiant en science politique.

Un groupe de jeunes progressistes rejette le discours alarmiste, fataliste et imprégné d’idéologie néo-libérale de la jeunesse autoproclamée qui appelle au remboursement de la dette publique. Le modèle québécois connaît certes plusieurs failles et ratés, et le Québec doit prendre des décisions immédiatement pour mettre en place une société beaucoup plus équitable, juste et progressiste. Or, ce n’est pas en prenant peur devant l’épouvantail de la dette brandi par la coalition que le Québec y arrivera.

Ce n’est pas en abolissant la dette que le Québec pourra investir dans les services sociaux. Il est bien plus alarmant de constater l’endettement des particuliers, la privatisation des services sociaux dans le sillage des ravages causés par le déficit zéro, la dégradation de l’environnement, la marchandisation de l’éducation et la mondialisation du tout-marché, autant de fléaux causés par la logique néo-libérale dont cette « coalition » pipe mot.

Le déclin démographique national anticipé et la dette nationale sont gérés de façon responsable et intelligente dans des pays aux prises avec des conditions similaires à celles du Québec, comme les pays scandinaves. Il n’y a pas lieu de penser que le Québec a plus de chance que ces pays d’être confronté à une crise majeure des finances publiques. S’il est question d’améliorer le modèle québécois, cela se fera avec un filet social plus élaboré, des incitatifs à l’immigration et la reconnaissance des compétences des nouveaux arrivants, une fiscalité progressive et un meilleur contrôle des mouvements de capitaux.

Il faut cesser de poser le conflit social entre les générations pour regarder la réalité en face : le déséquilibre fiscal n’est pas qu’entre Québec et Ottawa ou entre jeunes et baby-boomers, il existe de façon beaucoup plus importante entre individus et entreprises et entre riches et pauvres d’ici et d’ailleurs. L’évasion fiscale, les reports d’impôts, le passage d’un impôt progressif à des taxes régressives sont autant de manifestations de la tendance à décharger le fardeau fiscal sur les plus démunis de la société.

Conclusions fatalistes

La "Coalition" pour l’abolition de la dette accepte d’emblée et sans questionnement les conclusions fatalistes au sujet du déclin démographique et des effets néfastes de la dette sur les finances publiques. Ils omettent cependant de mentionner que la dette diminue d’elle-même avec le temps en proportion du PIB, de 51,5 % en 1999 à 44,4% en 2004, ce qui est plus bas que la moyenne des pays de l’OCDE. (...)

L’épouvantail de la dette est loin d’être une menace réelle pour le développement social et économique du Québec. En prétendant le contraire, ces organisations alimentent toujours le discours des prétendus « lucides » et des promoteurs du néo-libéralisme qui veulent détruire modèle québécois.

Ce matin, les commissions jeunesses des trois partis représentés à l’Assemblée nationale ont uni leur voix aux fédérations étudiantes et à des regroupements de jeunes gens d’affaires pour réclamer à grands cris le remboursement de la dette publique du Québec, démontrant par cette sortie commune leur proximité idéologique de plus en plus marquée.

Qu’en est-il de la légitimité de cette coalition ? Les membres des différentes instances impliquées ont-ils été consultés ? Y a-t-il eu débat au sein de ces itances sur cette importante prise de position ? Les membres des différentes ailes jeunesse des trois partis sont-ils au courant qu’ils forment maintenant une coalition sur cette question ? Chose certaine, une telle position ne sert en rien l’intérêt des Québécois et Québécoises, qu’ils soient jeunes ou non.