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QUÉBEC : Un premier député pour Québec solidaire

mercredi 22 avril 2009, par José Bazin

L’auteur est membre de Gauche socialiste (section québécoise de la IVe Internationale.) Gauche socialiste est organisée en collectif en sein de Québec solidaire.

Les électeurs de la circonscription de Mercier ont permis à Québec solidaire (QS) de faire élire un premier député à l’Assemblée nationale québécoise le 8 décembre 2009. Amir Khadir, co-porte-parole de QS, réussit ainsi une première dans une province où le débat politique s’articule principalement autour de l’axe national (souveraineté-fédéralisme) plutôt qu’autour de l’axe social (gauche-droite) (1). La circonscription de Mercier à Montréal, où celui qu’on nomme tout simplement Amir a été élu, a la particularité de se trouver dans un quartier habité par une forte proportion d’artistes dont beaucoup sont des travailleurs précaires.

Le nouveau député de Mercier est un médecin d’origine iranienne avec un fort engagement internationaliste et élevé dans une famille traditionnellement de gauche. Depuis son élection Amir s’est mis au premier rang des manifestations de solidarité internationalistes tel que le soutien des luttes du peuple palestinien et contre l’impérialisme états-unien. Amir a entre autre imité le geste du journaliste irakien Mountazer al-Zaïdi en lançant ses chaussures sur une effigie de Georges w Bush lors d’une manifestation contre l’occupation des l’Irak par les États-Unis. Ce geste lui a valu beaucoup de critiques de la part de la droite, mais démontre que même député il continue cet engagement militant.

Bien que Québec solidaire n’ai eu que 4 % sur l’ensemble du Québec (où le parti avait des candidatures dans 123 des 125 circonscriptions) il a fait des avancés significatives dans 9 circonscriptions. Particulièrement dans celle de Mercier, mais aussi dans celle de Gouin où la co-porte-parole a récolté 32 % des suffrages. Ces avancés démontrent un changement dans les habitudes de votes au Québec et permet à ce jeunes parti de continuer à mettre de l’avant la question sociale. Rappelons que QS n’a été fondé qu’en février 2006 sur la base d’un regroupement large de la gauche sociale et politique (2).

La campagne électorale de la région de Montréal a été forte d’une grande mobilisation des militants et de l’appui officiel du Conseil Central du Montréal-Métropolitain de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), ainsi que du Conseil régional de Montréal de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), les deux plus grandes centrales syndicales québécoises. Les militants de l’association régionale de Montréal de QS s’étaient activement impliqués dans la lutte menée par des travailleurs en lock-out de la raffinerie de pétrole de Pétro-Canada, donnant ainsi un caractère de mobilisation dans les luttes avant même le début de la campagne électorale.

En plus d’avoir une voix supplémentaire pour faire entendre ses prises de positions l’élection d’un député amène des débats à l’intérieur du parti. Ce sont les débats sur le rôle d’une aile parlementaire dans un parti non cristallisé sur ses orientations. Parti qui ne se définit pas encore comme un parti anticapitaliste. Parti qui a amorcé un processus de « congrès permanent » sur les quatre prochaines années pour arriver à se donner démocratiquement et par un processus de débat large un programme. Car jusqu’à présent QS n’a que des orientations fondatrices et une plate-forme électorale.

L’élection d’Amir Khadir se fait dans un contexte où le gouvernement du Parti libéral (parti de la bourgeoisie fédéraliste) est redevenu majoritaire et où le Parti québécois (parti souverainiste interclassiste) a augmenté considérablement son nombre de siège au détriment de l’Action démocratique (parti de « la classe moyenne » nationaliste.) Malgré l’arrivée d’un député de gauche à l’Assemblée nationale, ces élections, en provoquant une redistribution importante des rôles des différents acteurs politique à l’Assemblée nationale, en confortant le principal parti bourgeois et en renforçant le parti des alliances interclassistes aura dressé de nouveaux obstacles sur les nécessités de la résistance collective du prolétariat québécois. Québec solidaire devra se poser aussi la question des alliances, en évitant le « raccourci politique » d’une alliance Parti québécois et en accompagnant les luttes des travailleuses et des travailleurs. ■

José Bazin

Notes

1. La seule exception à cette règle fut l’élection de Fred Rose comme député communiste en 1946.

2. Voir à ce sujet Inprecor n° 515/516 de mars-avril 2006, Naissance d’un nouveau parti de gauche : Québec solidaire.