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Brésil

Retour sur le gouvernement Lula

février 2003

Avocat de formation, Orlando Fantasini milite pour la défense des droits de l’Homme depuis vingt ans. Il est député fédéral du Parti des travailleurs (PT) brésilien, mandaté par la Démocratie socialiste (DS, tendance du PT, Quatrième Internationale). Il a bien voulu répondre aux questions de notre envoyée spéciale.?

- Quelles sont tes impressions sur la situation brésilienne, suite à la victoire de Lula ?

Orlando Fantasini - La victoire de Lula est le produit de l’insatisfaction de la société envers le néolibéralisme, mais elle est aussi le produit des actions politiques que le PT a développées au cours des dernières années pour arriver au gouvernement. Si nous avons gagné le gouvernement fédéral, le pouvoir économique se trouve encore dans les mains des élites ; de même que le contrôle des moyens de production et de communication. Nous avons encore beaucoup de chemin à faire pour obtenir le contrôle total et réel sur le pays. Les membres de la DS ont décidé de collaborer avec le gouvernement, sans renoncer à leurs principes.

- Quelles sont les perspectives qui se dessinent concernant la politique étrangère ?

O. Fantasini - Au niveau international, le fait qui Lula ait désigné un ambassadeur de carrière pour le ministère des Affaires étrangères laisse penser qu’il veut conduire lui-même la politique étrangère du pays, en donnant beaucoup d’importance au cône sud du continent américain. Avant le 1er janvier, il est parti en Argentine. Il a déjà manifesté la volonté que le Brésil ait une action concrète et active par rapport au conflit en Colombie, qui se prolonge depuis 40 ans. De même, pour la situation du Venezuela. Lula entend mener une politique extérieure tourné vers l’intégration des pays latino-américains.

- Quelles sont les réactions des travailleurs brésiliens à propos des différentes propositions des actuels ministres ?

O. Fantasini - Quand Jacques Wagner, le ministre du Travail, a fait la proposition de supprimer 40 % du fonds de garantie que les patrons qui licencient doivent verser aux travailleurs licenciés, il y a eu une vague de protestations de différents secteurs. Il y a d’autres propositions que nous rejetons, comme par exemple celle du ministre de l’Economie, Palocci - que nous avons de grandes difficultés à accepter - concernant l’autonomie de la banque centrale. Nous ne pensons pas qu’il faut donner l’autonomie à la banque centrale. Il faut au contraire mettre en place les instruments pour la contrôler, car elle est déjà beaucoup trop autonome. On l’a vu sous le gouvernement de Ferdinand Henrique Cardoso, quand la banque centrale a fait un "trou" de vingt-deux milliards de réals (environ sept milliards de dollars) pour sauver trois banquiers.
Ainsi, au sein du PT, il y a donc des différences d’orientation.

- Que comptent faire les élus du PT en cas de contradictions entre la ligne du parti et les propositions du gouvernement ?

O. Fantasini - Le groupe des élus du PT est le principal groupe du congrès national. Il s’est déjà réuni, et nous avons décidé que nous n’allions pas servir de caution aux décisions du gouvernement. Nous voulons avoir le droit de participer aux débats, d’intervenir, de manifester nos désaccords.

En ce moment, nous n’avons pas de profondes divergences, car nous sommes encore globalement dans le camp des propositions. Si nous rejetons les projets de certains ministres, ceux-ci ne sont pas encore transformés en propositions concrètes. Les élus ont été très clairs par rapport à cela. Nous voulons une participation active aux discussions sur les propositions.

Y a-t-il des perspectives de combativité dans la population ?

O. Fantasini - Il y a un immense espoir de la part des masses dans le gouvernement Lula. Il a été élu avec 60 % des votes. En décembre 2002, un sondage a montré que plus de 76 % des Brésiliens approuvaient l’élection de Lula. Nous allons avoir besoin du soutien populaire pour combattre l’élite. Ainsi, ceux qui pensent que les mouvements populaires doivent rester en attente se trompent. Nous devons ainsi aider à ce que des mouvements puissent s’organiser, se développer, à ce que les citoyens soient plus exigeants par rapport à leurs droits, à leur situation, etc. Nous ne pouvons pas commettre la même erreur que Chavez, dont le soutien populaire est complètement désorganisé.

- As-tu un message à communiquer aux internationalistes ?

O. Fantasini - Il y a des raisons d’espérer. La majorité des ministres du gouvernement est composée de militants du PT. Ce gouvernement peut révolutionner - au sein de l’actuelle conjoncture - le cadre démocratique du pays, pour se transformer en un gouvernement démocratique et populaire, et devenir un gouvernement éminemment socialiste.

Du Brésil, propos recueillis par Béatrice Whitaker