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Le Venezuela risque de connaître une nouvelle période d’agitation et de tentative de déstabilisation de la part de l’opposition putschiste au gouvernement bolivarien d’Hugo Chavez

dimanche 7 décembre 2003

Du 21 au 24 novembre, les partisans de la révolution bolivarienne ont mené à bien une campagne de collecte de signatures afin de valider la demande de référendums révocatoires à l’encontre de 38 députés de l’opposition à l’Assemblée Nationale. Grâce à une très forte mobilisation populaire, le succès a été rendez-vous : plus de 4.300.000 signatures ont été récoltées - en tout, plus de 2.600.000 personnes ont participé, une même personne pouvant ainsi signer contre 2 ou 3 députés de sa circonscription électorale. Un chiffre bien au-delà de ce qui était nécessaire pour la validation du processus révocatoire (voir notes en bas de texte)

Une semaine plus tard, du 28 novembre au 1er décembre, c’était au tour de l’opposition, contrôlée par l’oligarchie, d’utiliser cet instrument démocratique qu’est le référendum révocatoire, mais cette fois-ci à l’encontre du président Chavez. L’opposition devait absolument récolter plus de 2.400.000 signatures, soit 20% de l’électorat total. Malgré l’intense et systématique campagne médiatique et de nombreux cas de fraude, si les résultats sont - sans surprise - relativement élevés dans les quartiers les plus huppés des grandes villes, il semble qu’elle est très loin d’atteindre les chiffres nécessaires.

De toute façon, c’est désormais à une instance de contrôle du Conseil National Electoral (un pouvoir indépendant) qu’il revient de compter les signatures des uns et des autres et surtout de vérifier leur validité. Mais l’oppisition, loin d’attendre le verdict (dans 2 ou 3 semaines), crie contre toute logique dès aujourd’hui victoire et tente de faire passer cette campagne de signatures comme un plébiscite « de facto » qui doit forcer Chavez à quitter le pouvoir, quoi qu’il arrive. Les prochaines semaines risquent donc d’être tendues car comme l’expérience récente l’a démontré, cette opposition putschiste ne recule devant aucune forme de violence et de provocation afin de parvenir à ses fins. (A.R)

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L’opposition putschiste vénézuélienne veut de nouveau tenter l’impossible. Avec les mensonges et la complicité de médias commerciaux alimentés par les fonds de Miami, elle tente de semer la confusion parmi l’opinion publique avec ce qui constitue une gigantesque fraude. Une « Méga-Fraude » (1) comme le déclare justement Hugo Chavez en qualifiant les soi-disants « 4 millions de signatures » que l’opposition prétend avoir rassemblé au cours de leur campagne de collecte qui n’a été en vérité qu’un immense échec.

Aux milliers de signatures faites deux ou trois fois par les mêmes personnes ou obtenues par des méthodes plus qu’illicites - on a ainsi fait signer des patients d’une clinique privée en échange d’une attention médicale - se sont ajouté toutes sortes de chantages et de pressions.

Nous avons pu les observer de nos yeux, ensemble avec d’autres invités latino-américains qui participaient à Caracas au 1er Congrès Bolivarien des Peuples. Des dizaines de grandes entreprises, liées à Fédécameras (2), ont forcé leurs travailleurs à signer pour l’opposition sous peine de licenciment. Heureusement, elles n’ont pas pu « en convaincre » beaucoup car la majorité des travailleurs, au Venezuela, est consciente des changements qui s’opèrent dans le pays grâce à la politique menée par le gouvernement révolutionnaire.

Mais n’oublions pas que cette opposition fait partie intégrante de cette énorme machinerie commandée depuis Washington et qu’elle dispose comme principal allié de l’ambassadeur des Etats-Unis à Caracas, Charles Shapiro.

Pour les secteurs dirigeants de cette opposition, qui veulent accaparer le pétrole vénézuélien, la politique indépendante et progressiste de Hugo Chavez est inadmissible en ces temps de pensée unique et de globalisation néolibérale.

Mais cette opposition sait aussi qu’elle est en train de jouer l’une de ses dernières cartes. Si elle tente aujourd’hui de tromper les plus crédules grâce à ses médias putschistes qui ne cessent de crier victoire en permanence en évoquant les millions de signatures prétendument récoltées, elle ne pourra occulter longtemps la réalité.

Le peuple vénézuélien ne veut pas d’eux. Il ne veut pas de leurs « conseils ». Il n’acceptera pas leur violence. Et s’ils tentent un nouvel affront putschiste, le peuple saura se montrer à la hauteur des circonstances et défendre par tous les moyens tout ce qui a été conquis. Par tous les moyens car, comme le déclare constamment Hugo Chavez ; « Dans ce voyage, il n’y a pas de retour possible. C’est la victoire ou la mort »

Il ne fait pas de doute qu’une fois de plus, le peuple vénézuélien saura vaincre les putschistes, les yankees millionnaires et l’oligarchie revancharde. Et puis l’Amérique latine est avec le Venezuela bolivarien : ceux qui persistent dans leurs maladroites manoeuvres putschistes doivent savoir que tout le continent se dressera en défense d’une Révolution que nous ressentons comme nôtre.

Carlos Aznares
Resumen Latinoamericano

Note du traducteur :
(1) En référence au qualificatif employé par l’Opposition de « Mégafirmazo » (« Méga-campagne de signatures »).
(2) La principale association représentative du patronat vénézuélien
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Rapport d’un groupe d’Observateurs internationaux
Nous sommes un groupe de 52 intellectuels, parlementaires, dirigeants sociaux, journalistes et autres provenant de 35 pays du monde entier. Nous avons parcouru le Venezuela avec l’objectif d’observer la campagne de signatures, qui s’est déroulée entre le 28 novembre et le 1er décembre 2003, menée par l’opposition vénézuélienne dans le but de légaliser sa demande d’un référendum révocatoire à l’encontre du président de la république, Hugo Chavez Frias.

Après nos observations réalisées dans divers Etats du pays, nous apportons ici nos conclusions. Avant toute chose, nous voulons signaler l’importance de cette pratique démocratique innovatrice dans la recherche d’instruments permettant d’exercer une démocratie participative dans le monde et dans la région.(1)

Comme première remarque, nous soulignons la volonté politique de l’Etat vénézuélien à faciliter la tenue de la campagne de signatures, à offrir les garanties de sa sécurité, à respecter et à inciter l’exercice du droit à la participation politique de l’ensemble des citoyens et, en accord avec la Constitution, à faciliter la création d’un espace démocratique pour l’_expression de la liberté de pensée et d’opposition.

Dans les centres de collecte de signatures observés, nous soulignons le caractère pacifique du processus, la clarté du matériel élaboré par le Conseil National Electoral (2) et un niveau adéquat d’information sur le processus, tant de la part de ceux qui collectent les signatures que de la part des observateurs nationaux. Cependant, divers aspects ont attirés notre attention ;

1. Dans la quasi-totalité des centres de collecte observés (*), nous constatons l’existence de documents parallèles à ceux établis par le Conseil National Electoral et dont l’objectif n’a pas été éclairci par la Coordination Démocratique (3) : Il s’agit de

A) Une carte sur laquelle la personne doit s’identifier et aposer une empreinte digitale ; il s’agit d’un mécanisme non-officiel de contrôle de leur participation au processus.

B) Des petits formulaires non-officiels, d’identification de la personne, du numéro du centre et du formulaire officiel.

2. Nous avons observé l’existence d’un système informatique de traitement de données parallèles dans des lieux privés et publics proches des centes de collecte qui pourraient supplenter le rôle de la Commission Nationale Electorale (4)

3. Malgré la clarté des documents nécessaires à la collecte de signatures élaborés par le Conseil National Electoral, qui destinait le Formulaire A pour la collecte dans les lieux fixes (les « tables » de collecte) et le Formulaire B pour la collecte itinérante (en principe destinée aux personnes qui ne peuvent pas se déplacer), nous avons observé une utilisation des Formulaires A pour la collecte itinérante. Cela implique une collecte de signature à domicile massive qui, selon ce qui a été établi, ne pouvait être menée.

4. Dans tous les centres de collecte visités, nous avons reçu les témoignages de personnes qui ont été l’objet de diverses formes de menaces et de pressions afin de signer, par exemple : perte d’emploi ; exclusion des traitement hospitaliers ; pressions patronales pour exiger la signature en tant qu’obligation de la part des travailleurs, et, parfois, des signatures d’une même personne dans différents centres. Si ces éléments sont confirmés, ils constitueront une source de doute importante sur le libre caractère de la signature.

5. Nous avons pu observer avec étonnement que les lieux autorisés par le Conseil National Electoral où devaient s’installer les centres de collecte des signatures ont été déplacés sans demander l’autorisation nécessaire aux instances électorales compétentes. Cela a rendu difficile, tant à nous autres que pour les observateurs nationaux, notre tâche d’observation du processus participatif, et en conséquence nous considérons que cela peut mettre en doute les résultats finaux.

Caracas, 30 novembre 2003

(*) Zones visitées : Vargas, Département de la Capitale et Miranda.

Traduction de l’espagnol : Ataulfo Riera
Articles originaux sur www.rebelion.org :

http://www.rebelion.org/venezuela/031202aznarez.htm
http://www.rebelion.org/venezuela/031202observ.htm
Notes du traducteur :
(1) Il s’agit de l’une des innovations les plus intéressantes de la Constitution adoptée (à 70% des voix) en 1999 et qui concrétise le caractère participatif et protagonique (et non plus représentatif) de la nouvelle démocratie impulsée par le processus « bolivarien ».

L’article 72 de cette Constitution déclare ainsi que : « Toutes les charges et magistratures issues d’une élection populaire sont révocables. Passée la moitié de la période à laquelle a été élu le ou la mandataire, un nombre qui ne peut être inférieur à vingt pour cent des électeurs ou électrices inscrit(e)s dans la circonscription correspondante pourra solliciter la convocation d’un référendum pour révoquer son mandat. Quand le nombre d’électeurs ou d’électrices, égal ou supérieur, à vingt cinq pour cent des électeurs ou électrices inscrit(e)s aura voté la révocation, on considère le mandant révoqué. On procédera immédiatement à couvrir la vacance du poste conformément aux dispositions de la présente Constitution et de la loi. (...) Durant la période de son mandat, le ou la fonctionnaire ne peut subir plus d’une sollicitation de révocation de son mandat. » (Voir texte complet de la Constitution Bolivarienne du Venezuela : http://perso.wanadoo.fr/cbparis/constitution.htm)

C’est cet instrument révocatoire qu’utilise actuellement l’opposition pour tenter de chasser Chavez et ce après un coup d’Etat manqué (avril 2002), puis un lock-out patronal et un sabotage économique pétrolier en décembre 2002-janvier 2003 tout aussi manqué.

(2) Le Conseil National Electoral est l’un des nouveaux pouvoirs issu de la Constitution bolivarienne. Il est indépendant du pouvoir exécutif et est chargé de régler, contrôler et mener à bien tous les processus électoraux.

(3) La Coordination Démocratique rassemble la majeure partie des forces de l’oppisition anti-Chavez : les associations patronales, le syndicat bureaucratique CTV, la haute hiérachie de l’Eglise, les médias privés, les partis de l’ancien régime, etc.

(4) Chargée de comptabiliser et de contrôler la validité des signatures.

Contact pour cette article : venezuela13avril@collectifs.net
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VENEZUELA : LA DROITE RE-SIGNE. ET RE-FRAUDE ?

Pour convoquer un référendum contre le président, l’opposition de droite, minoritaire, cherche désespérément des signataires et a recours à la fraude, au chantage et à l’intimidation des travailleurs.

par Paul-Emile Dupret

2 décembre 2003

http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=759