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DÉCLARATION DU JUBILÉ SUD-AMÉRIQUES Quito, 25 mai 2002 ZLÉA - DETTE-

MILITARISATION : LES DÉFIS POUR L’ÉMANCIPATION DE L’AMÉRIQUE

dimanche 22 septembre 2002

1. La Campagne "Oui à la Souveraineté, Non à la ZLEA" conçoit la ZLEA (Zone de libre échange des Amériques) comme une stratégie des Etats Unis pour résoudre son problème de surproduction. Ajustement, privatisations, libéralisation commerciale, ouverture inconditionnelle aux investissements étrangers, brevets, etc., sont de différentes formes de : a) réorienter les excédents des Etats Unis vers les pays du continent b) subordonner tous les espaces géo-économiques du continent au capital transnational de base nord-américaine, et c) créer un bloc régional dominé par les Etats Unis, capable de faire face à la concurrence de l’Union Européenne et du bloc asiatique lors de la dispute pour l’hégémonie économique, géopolitique et culturelle du monde.

Pour les pays périphériques des Amériques, la ZLEA représente un plan d’appropriation, à travers la production et le commerce, des surplus produits par nos peuples. Il essaie de nous réduire définitivement à la condition de consommateurs des produits du Nord et fournisseurs de ressources naturelles, matières premières ou de biens manufacturés de faible valeur ajoutée. La ZLEA est basée sur une philosophie d’intégration fondée sur la maximisation des inégalités, la sur-exploitation et l’anexion productive et commerciale de nos pays à l’empire.

2. La dette joue aussi un rôle d’appropriation des surplus de nos pays via les finances. Le surendettement est un mécanisme d’exploitation hérité de la conquête coloniale, qui soumet les nations périphériques à une hémorragie permanente de leurs capitaux, ressources naturelles et richesses. Remboursée largement et plusieurs fois avec souvent des taux d’intêret élevés la dette a transformé le continent en exportateur net de capitaux. Un phénomène encore plus grave si nous l’analysons en rapport avec l’échange inégal et les flux de rapatriement des profits des entreprises transnationales. Les schémas de capitalisation d’intêrets, le paiement d’intêrets sur les intêrets et le déficit commercial chronique de l’Amérique Latine et des Caraïbes créent le cercle vicieux du "plus on paie plus on doit" et réduisent les gouvernements débiteurs à la soumission aux conditionnalités des créantiers. Parmi celles-ci, la compression des dépenses publiques pour viabiliser le paiement d’intêrets provoque la détérioration insoutenable de nos économies, des conditions de vie de nos peuples et des écosystèmes. Le Fond Monétaire International nous fait payer les prêts à un prix très élevé, et profitte d’un volume important du flux liquide de capitaux. Il est un facteur de décapitalisation et de privation de souveraineté pour nos pays. Le caractère impayable d’une grande partie de la dette de l’Amérique Latine et des Caraïbes doit être analysé par rapport à son illegitimité et exige des mesures urgentes pour freiner l’hémorragie et réanimer nos économies. La récupération de la dette historique, sociale et écologique lance le défi moral de la réparation. Enfin, la dette remplie une fonction essentiellement politique de transfert du pouvoir de décision sur les politiques économiques aux gouvernements des pays créanciers et à leurs pions multilatéraux.

3. La militarisation, à son tour, fonctionne en tant que garantie armée de :

a) L’hégémonie hémisphérique et globale des Etats Unis b) Perpétuation du modèle structurellement concentrateur et excluant dirigé par les Etats Unis.

L’idéologie de la terreur et de la guerre sont à la racine de l’expansion des bases militaires nord-américaines en Amérique Latine et aux Caraïbes, de l’augmentation des dépenses militaires et policières ainsi que de l’amplification des services d’espionnage et récolte d’informations sur les mouvements populaires et ceux qui s’opposent à l’ordre impérial. L’intensification de la répression se fait dans un cadre de criminalisation croissante des mouvements sociaux.

4. Le ZLÉA, le surendettement et la militarisation sont trois axes stratégiques complémentaires d’un seul projet d’expansion et de consolidation de l’empire nord-américain. Tous les trois sont au service d’objectifs qui se résument à la subordination monétaire du continent au dollar des Etats Unis, le vol, le contrôle et l’usufruit de nos ressources naturelles et génétiques et de nos richesses par les entreprises transnationales, l’anexion productive et commerciale de nos économies. L’hégémonie géopolitique du continent par les USA explique le fait que les droits à la souveraineté nationale et populaire et à l’autodétermination deviennent des choses du passé.

Notre campagne se base sur cette vision systémique et stratégique du défi contemporain pour proposer comme paradigme le besoin urgent d’une rupture complète avec le système de domination actuel, une intégration et une mondialisation basées sur les valeurs du respect de la diversité culturelle et nationale des peuples et sur la collaboration solidaire entre eux. Elle propose non seulement la dénonciation et la lutte contre le projet impérial qui s’exprime par la ZLEA, la dette et la militarisation croissante, mais aussi la construction concrète d’une intégration alternative basée sur le droit des peuples au développement ainsi qu’à des nouveaux modèles de société qui respectent l’environnement, qui sont fondées sur l’équité de genre, le respect des droits de l’homme et qui soient capables de garantir une existence humaine digne à toutes et à tous dans la justice, la fraternité et la paix.

Les participants de la rencontre de la Campagne Jubilé Sud-Amériques, réalisée à Quito entre le 23 et 25 mai 2002, provenant d’Argentine, de Bolivie, du Brésil, du Chili, de Cuba, de l’Équateur, d’Haïti,de la République Dominicaine et du Vénézuela signent cette déclaration

(tiré du site du CADTM)