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XVe congrès mondial : Au cœur du combat anticapitaliste

Relance, ouverture, regroupement et repositionnement

jeudi 1er mai 2003, par François Vercammen

Délégués, observateurs et invités, représentant les organisations de 40 pays ont débattu et adopté des résolutions sur la situation politique mondiale (qui englobe aussi un bilan du stalinisme et des résistances à la mondialisation capitaliste), sur le rôle et les tâches de la IVe Internationale, un nouveau Préambule aux Statuts ainsi qu’une réforme des Statuts, et deux documents programmatiques : « La libération gay-lesbienne » et « L’écologie et le socialisme ». Le Congrès a élu une nouvelle direction, le Comité International, qui se réunira au moins une fois par an et qui choisit en son sein un Bureau exécutif. Les deux ont été substantiellement renouvelés et rajeunis.

Si on voulait résumer ce Congrès, on pourrait le qualifier ainsi : au cœur du combat anticapitaliste, une politique de relance, d’ouverture, de regroupement et de repositionnement.

L’ambiance était chaleureuse, le comportement studieux, les débats passionnés, les attitudes responsables : près de 8 ans après le précédent Congrès (juillet 1995), il y avait les retrouvailles des « anciens » conscients d’avoir « tenu bon » face aux défaites et à la barbarie montante ; en même temps une nouvelle génération, déjà trempée dans l’essor des mobilisations internationales et prête à prendre la relève, était activement présente. Les nouvelles perspectives qui se sont affirmées, ont recadré et relativisé les anciens débats, les tendances et les fractions au point que les documents politiques soumis à la discussion et au vote, entièrement tournés vers l’avenir, ont été adoptés à une très large majorité.

Au cœur du combat anticapitaliste

Les militants et les organisations nationales de la IVe Internationale se trouvent aujourd’hui au cœur du combat anticapitaliste. Ce n’est pas un fait récent : avec d’autres (mais ils furent peu nombreux) ils étaient, dès le tournant 1989-91, à l’initiative de quelques campagnes internationales qui - on l’ignorait à ce moment-là - allaient déboucher sur les mobilisations de Seattle et Gènes, sur les Forum sociaux de Porto Alegre et de Florence ainsi que sur le soulèvement mondial des peuples contre la guerre impérialiste.

C’est cela qui a « sauvé » notre courant de la marginalisation et du sectarisme : se lier à ce qui « bouge » sur le plan des luttes exemplaires d’émancipation, construire le mouvement de masse (contre vents et marées), se battre pour l’unité, s’immiscer dans les débats idéologiques les plus avancés, c’est bien dans nos traditions.

Cela, plus une ouverture intérieure au sein de nos organisations et de l’Internationale où les débats, tous les débats, ont été possibles, y compris les plus hétérodoxes. Car quand aucune lame de fond ne s’impose, quand le vieux monde s’écroule et qu’une nouvelle perspective émancipatrice tarde à mobiliser les masses populaires, il n’y a plus d’évidences, il n’y a que les dogmes qui survivent (rappelons-nous quelques-unes de ces questions nouvelles : le zapatisme, la terrible « question nationale » en Yougoslavie, le rôle des « institutions internationales » face aux génocides et aux massacres, l’affaiblissement structurel de la classe salariale et de ses organisations, « la fin de l’Histoire » etc.). Le choix pour une organisation qui se dit marxiste-révolutionnaire, devient très simple : ou bien s’ouvrir vers l’extérieur et donner libre cours à la dialectique interne (avec son inévitable lot d’hétérodoxie, de doute et de fragmentation), ou bien écraser le débat par la « dogmatisation » des analyses et de la théorie, imposer la « bonne ligne » politique, renforcer la discipline activiste, cristalliser une « direction infaillible ». Aucune organisation révolutionnaire n’est sortie indemne de cette période néo-libérale contre-révolutionnaire. Toutes ont dû encaisser la défaite. Chacune d’entre elles a dû s’adapter. Aucune n’a échappé à des crises internes - forcément. Nous avons la conviction d’avoir fait le bon choix. Nous voilà devant les réalités et les problèmes.

Essor du mouvement de masse, renaissance des forces anticapitalistes

La principale difficulté, c’est de prendre la mesure de « ce qui se passe vraiment dans le monde aujourd’hui ». Le XVe Congrès a noté « La fin des années 1990 constitue un tournant dans la situation politique mondiale. Une nouvelle phase s’ouvre qui met à l’ordre du jour un renouveau radical de l’activité, du programme, de la stratégie et de l’organisation du mouvement ouvrier et social ». (1). Avant de mettre franchement cette tâche au cœur de notre activité, notre Internationale avait scrupuleusement scruté la naissance balbutiante de ce qui allait devenir le mouvement contre la mondialisation capitaliste, appelé aussi le « mouvement altermondialiste », ou « no global » ou encore « le mouvement des mouvements ». Ainsi, le texte « Résistances », écrit avant Seattle, avait préparé nos militants, nos organisations nationales et l’Internationale comme telle a prendre acte du basculement du « facteur subjectif ». Dès le départ, il y avait une quasi-unanimité dans nos rangs pour dire : il faut y être, l’aider à construire, en respectant - sans sectarisme ou arrogance - son développement. De Seattle (décembre 1999) à la date historique du 15 février 2003 (le soulèvement mondial des peuples contre la guerre), en passant par Porto Alegre, Gênes et Florence, une dynamique de refondation globale est en cours d’un mouvement social international dont les potentialités multiples restent à se dégager, se préciser et s’organiser.

Cette nouvelle dynamique puissante est bousculée par trois contradictions fortes :

- l’offensive brutale militaire, économique et anti-démocratique des impérialismes et des grands patrons a pris la mesure de l’obstacle que constitue désormais ce nouveau mouvement social qui s’est consolidé et a été capable, en trois années, de créer un « front unique mondial » contre la guerre, mettant tous les gouvernements du Capital sous pression ;
- il y a un décalage persistant et inquiétant entre l’essor de ce mouvement et la faiblesse persistante du mouvement des salarié(e)s, qui ne récupère que très lentement sa capacité de lutte et d’organisation, dû à un rapport de forces défavorable, après les défaites de la période 1985-95 ;
- alors qu’il y a une crise historique sans précédent des forces politique qui ont dominé le mouvement ouvrier et populaire (social-démocratie, post-stalinisme, social-populisme) tout au long du XXe siècle, l’alternative anticapitaliste politiquement organisée reste très faible.
A moins d’un événement cataclysmique qui n’est pas à exclure (une guerre en chaîne hors contrôle, un effondrement de l’économie mondiale), notre « tâche stratégique pour toute une étape, est de battre la social-démocratie et le populisme néo-libéraux, toujours majoritaires dans le mouvement ouvrier et populaire, afin de reconstruire celui-ci sur une base anticapitaliste et internationaliste, écologiste et féministe (…) autour du double enjeu : la lutte contre la guerre et la politique néo-libérale » (2).

La crise présente du mouvement ouvrier ne peut être résolue par le simple renforcement des organisations marxistes-révolutionnaires. Car, la phase qui démarre est non seulement caractérisée par la faiblesse de la gauche révolutionnaires très minoritaire, mais aussi par le recul dramatique, à l’échelle de masse, de la conscience socialiste, de l’esprit revendicatif anti-patronal, de l’engagement militant, des organisations syndicales. Par ailleurs, la rupture dans le facteur subjectif porte aussi la marque d’une énorme radicalisation de la jeunesse. Celle-ci est en train de se constituer en « génération politique » à travers sa propre expérience sociale à tous les niveaux, notamment par les plus grandes mobilisations que l’Histoire ait connues.

Cet ensemble hétéroclite qui annonce un renouvellement profond et global du mouvement social, exige une proposition appropriée. Elle ne peut que résider dans un rassemblement de toutes les forces de la contestation, de tous les courants politiques radicaux, dans une formation politique nouvelle (parti, mouvement, coalition, alliance,…), à la fois anticapitaliste et pluraliste, force de combat et lieu de discussion, formation électorale et extra-parlementaire, interlocutrice du mouvement social et facteur de clarification face à tous les autres courants politiques réformistes et sociaux-libéraux. Dans une telle formation, les marxistes-révolutionnaires ne font pas de « l’entrisme » avec un but secret ou avoué de passer le plus vite possible à un « parti révolutionnaire » d’avant-garde qui se doterait d’un programme révolutionnaire. Ils y sont co-initiateurs, co-organisateurs, co-dirigeants de ce parti large pour partager les expériences des combats actuels et à venir, pour progresser ensemble vers un parti de masse anticapitaliste, capable de lutter pour le socialisme.

Pour une nouvelle Internationale de masse

La IVe Internationale formule des propositions qui répondent à trois niveaux d’activité et d’organisation, et qui portent autant sur le plan national qu’international :
1. Le mouvement contre la globalisation, d’emblée international, est porteur d’une conscience, de méthodes de lutte, de propositions programmatiques et de structures internationales. Il pointe, de par son existence même, en direction d’une nouvelle Internationale. Il provoque un enthousiasme mérité chez des jeunes dont la conscience politique est d’emblée liée à l’internationalisme. Il évoque des souvenirs historiques, interpelle ceux et celles qui ont été ou sont encore organisés dans une structure de ce type.

« La construction des Internationales qui ont existé dans l’Histoire, a répondu, chaque fois, à de nouvelles tâches liées à des évolutions socio-politiques de grande ampleur. La nouvelle phase politique de réorganisation pose d’emblée le problème d’une nouvelle Internationale anticapitaliste/anti-impérialiste, révolutionnaire de masse » (3), lit-on dans la résolution sur le rôle et les tâches de la IVe Internationale. Et nota bene : « On n’imagine pas la percée vers une nouvelle Internationale sans un apport important de ce nouveau mouvement » (4). Mais, il faudra qu’apparaisse « un processus de clarification et de différenciation (…) sous l’impact des grands événements politiques dans le monde » (5).

Cette nouvelle Internationale, ou du moins un premier pas sur la voie de sa construction, sortira des limbes des mouvements et mobilisations actuels. Elle ne ressemblera à aucune des précédentes, et certainement pas aux Internationales marxistes-révolutionnaires de type partidaire. Elle sera la riposte « spontanée » massive au règne despotique global sans précédent dans l’histoire du capitalisme, et son point d’ancrage sera son internationalisme et son anticapitalisme intuitif ; mais aussi sa très grande hétérogénéité de tout point de vue. Sa cohérence se trouvant prioritairement dans sa propre mise en mouvement, elle sera certainement différente des cinq précédentes : la Ligue Communiste Internationaliste de 1848, la Première Internationale (1864-1876), la Seconde Internationale (1889-1914-…), l’Internationale communiste (la « Troisième », 1919-1943), la IVe Internationale (fondée en 1938).

Notre objectif n’est pas de faire à court terme un forcing politico-organisationnel pour décanter le mouvement altermondialiste selon des lignes de fracture déjà perceptibles afin de s’imposer comme organisation politique. Au contraire, nous devons le construire, le renforcer comme mouvement de combat sui generis, et réaliser toutes ses potentialités sur les différents plans : comme mouvement socio-politique, comme espace de discussion et d’élaboration, comme porteur de plusieurs campagnes autonomes (taxe Tobin, annulation de la dette du Tiers monde, défense des services publics, contre l’esclavagisme moderne…), comme rassemblement des mouvement sociaux constitués (syndicats, chômeurs, écologistes…), comme front unique mondial (les mobilisation anti-guerre). On ne renonce pas à la discussion, au débat et si cela arrive, au combat politique.

Car on ne peut que constater des désaccords tactiques et stratégiques au sein du mouvement. Celui-ci n’est pas né de l’auto-activité de la classe salariale, ne se relie pas spontanément à celle-ci. De même, il ne débouche pas, pour le moment, spontanément sur une formation politique, au contraire il y a une méfiance « anti-politique » très largement répandue et même cultivée.

C’est à ce double défi, cette double et intenable contradiction que le mouvement est confronté dans sa volonté de gagner. Comment imposer les revendications fortes du « mouvement de mouvements » ; et, au-delà, comment arrêter la globalisation capitaliste et lui substituer une autre société ?

Il faut à cela une force dans la société, qui n’est autre que la masse des exploité(e)s et opprimé(e)s à l’échelle mondiale, dont le noyau décisif se situe au sein de l’impérialisme américain et européen. Il faut une ou plusieurs formations politiques à caractère de masse qui soient dans le mouvement social et qui proposent une stratégie.

Tout combat jusqu’au bout pour une grande revendication, qu’elle soit sociale, économique ou démocratique, débouche immanquablement, pour sa réalisation, sur le niveau politique-institutionnel, c’est-à-dire étatique. Ce n’est que l’ouvre-boîte du politique dans le sens fort du terme, qui implique de prendre position et de s’engager sur les questions électorales, la politique gouvernementale, le rapport aux partis existants et la stratégie conduisant à cet "autre monde possible".

La politique est, de fait, omniprésente, mais cachée ! Cela n’est pas sain. Car des partis existent, avec leur histoire, leur culture politique, leur programme, leur tactique, leur insertion dans la société, les mouvements, les institutions…

De toute évidence, une clarification politique à l’échelle de masse est en cours, autour de trois axes, dont deux touchent aux conditions de vie et de travail de millions d’hommes et de femmes : la politique de guerre (l’impérialisme armé) et la politique néo-libérale (la guerre anti-sociale), et un troisième, au sein du mouvement même, qui porte sur le rapport des partis politiques avec le « nouveau mouvement social », et plus généralement, le mouvement de masse d’émancipation. Cela implique une clarification sur deux fronts, mais à des niveaux différents : un combat politique pour contester l’hégémonie de la gauche social-libérale ; un débat politique fraternel au sein de la gauche radicale, révolutionnaire contre le sectarisme et « l’avant-gardisme ».

2. Depuis presque dix ans, la IVe Internationale œuvre, avec d’autres courants de la gauche radicale non-sectaire, pour un regroupement anticapitaliste large et pluraliste afin de battre l’hégémonie de la gauche social-libérale. Assez logiquement avec le mouvement du capital, le nouveau mouvement politique anticapitaliste trouvera plus rapidement une cohésion sur un plan régional/continental. En Amérique latine, le Foro de Sao Paolo, aujourd’hui en retrait, en fut un exemple. Récemment, des réunions ont eu lieu pour relancer un processus de convergence entre courants anticapitalistes/anti-impérialistes de plusieurs pays. En Europe, la Gauche Anti-Capitaliste Européenne se rassemble en Conférence, depuis mars 2000, deux fois par an (lors des contre-sommets à l’Union Européenne). Elle regroupe des partis et mouvements représentatifs, tels que l’Alliance Rouge-Verte (Danemark), le Bloc de gauche (Portugal), la LCR (France), le SSP (Ecosse), l’Alliance Socialiste (Angleterre), le SWP britannique, etc. Récemment, le Parti de refondation communiste (Italie) l’a rejoint, tout en faisant partie du GUE (Gauche Unie Européenne, des partis communistes). En Asie, à l’initiative du DSP (Democractic Socialist Party, Australie), des Conférence de solidarité Asie-Pacifique rassemblent, tous les deux ans, un arc très large de partis radicaux, anti-impérialistes et mouvements sociaux.

Ce sont des développements prometteurs mais encore fragiles et de toute façon trop différents pour passer directement au niveau mondial ce qui ne pourrait que brusquer les dynamiques à l’œuvre sur le plan régional. Cela n’exclut pas d’explorer les voies de rencontres d’emblée mondiales en rapport avec le développement du mouvement social.

3. Tenant compte de nos points de vue sur le mouvement altermondialiste et de la priorité donnée aux regroupements anticapitalistes, notre Congrès a ouvert la voie à des débats, des initiatives, des rencontres avec les courants de la gauche révolutionnaire pour tester les convergences, sans que cela ne débouche sur une nouvelle structure à court terme.
Nous concevons ces trois niveaux d’intervention (la clarification politique liée au « mouvement des mouvements », les regroupements anticapitalistes pluralistes, le dialogue avec la gauche révolutionnaire internationale) comme des plates-formes distinctes mais pouvant concourir et contribuer à une nouvelle Internationale anticapitaliste de masse.

Relancer et repositionner la IVe Internationale

Entre le XIVe et le XVe Congrès, sept ans et sept mois se sont écoulés et une rupture de portée historique a eu lieu à tous les niveaux de la société. Notre organisation a confronté avec difficulté mais avec succès la « descente aux enfers » des années 1985-95 et la renaissance du mouvement d’émancipation à partir de 1999 et son essor spectaculaire récent. Un tel processus accidenté a stimule la réflexion et la décision. Ainsi, notre Congrès a procédé à la fois à une relance et à un repositionnement politico-organisationnel de la IVe Internationale.

Après le long processus d’affaiblissement, il faut en premier lieu, renforcer notre organisation : la IVe Internationale telle qu’elle est aujourd’hui. Sans cet outil collectif pour réfléchir et agir on ne fait pas de politique. Il s’agit d’une mise à plat et d’une reconstruction réfléchie de nos structures de direction, des mécanismes de coordination et d’intervention publique, de nos écoles de formation et de nos séminaires, de notre presse.

Cela implique une double correction.

Nous avons certainement, et depuis longtemps, une faiblesse quant à la définition de nos propres objectifs organisationnels, de notre propre fonctionnement interne, de l’accueil et de l’encadrement des membres, de la formation théorique et politique, de l’apparition publique, de la propagande et de l’agitation. Ce problème renvoie à une autre faiblesse : « il y a un écart important entre notre influence diffuse au sein des mouvements et le renforcement politique et organisationnel de nos sections » (6). La réponse n’est pas seulement une propagande pour le socialisme (dans ses différents aspects : stratégie, revendications anticapitalistes transitoires, modèle de société, histoire de l’exploitation et de l’oppression, le mouvement ouvrier…). La réponse consiste à « démontrer qu’elle [la IVe Internationale] a dès aujourd’hui une fonction propre à remplir dans l’activité courante, le travail de masse et le mouvement. Cela nécessite notamment une propagande plus régulière et plus soutenue pour nos idées, une agitation plus consistante, une volonté de débat politique et stratégique, un système d’organisation renforcé comme support » (7). Le problème est certainement organisationnel. Mais il n’est pas que cela : c’est la capacité de réfléchir et de définir des objectifs politiques qui tiennent dans le court et le moyen terme.

Cette relance de la IVe Internationale ne mène pas à une auto-affirmation sectaire mais à une démarche d’ouverture, de dialogue, de collaboration et de regroupement unitaire : « Notre tâche principale comme IVe Internationale consiste à contribuer à une vaste réorganisation du mouvement ouvrier et social à l’échelle mondiale avec comme perspective la constitution d’une nouvelle force internationaliste, pluraliste, révolutionnaire, militante et avec un impact de masse » (8). Cette affirmation implique une révision importante de ce qu’est et ce que pourrait faire la IVe Internationale. Elle n’est pas « le parti mondial de la révolution socialiste » (objectif qu’elle s’était fixée lors de sa constitution), ni même le noyau central d’un tel parti futur. Les soixante-cinq ans qui nous séparent de sa proclamation n’ont pas été marqués par un processus de rassemblement des forces révolutionnaires, mais par celui des ruptures, des cheminements séparés, des éclatements. Nous sommes un courant trotskiste parmi d’autres, un courant révolutionnaire parmi d’autres. Le chapitre est clos quand la IVe Internationale pouvait avoir la perspective d’être portée à la tête du processus révolutionnaire, moyennant un gros effort militant, une juste analyse et une bataille réussie au sein de la mouvance trotskiste.

Nous avons la fierté de penser que nous avons traversé une période historique difficile en pouvant revendiquer ce passé et que nous avons un rôle important à jouer, une grande responsabilité politique… Mais surtout nous avons la conviction que ce sera par une collaboration systématique avec d’autres courants radicaux non-sectaires et, surtout, avec des forces nouvelles que les nouveaux partis et la nouvelle Internationale s’imposeront. Ce repositionnement est reflété dans nos propositions unitaires. Il a aussi débouché sur une réécriture de nos statuts.

Dans une nouvelle Internationale la IVe Internationale sera un courant parmi d’autres. Celle-ci comportera certainement une certaine continuïté. Mais le fait majeur a toujours été et le sera encore cette fois-ci : une refondation sur un nouveau programme dont le renouvellement, de toute évidence, se fera à partir d’une nouvelle constellation sociale et idéologique.

* François Vercammen est membre du Comité international de la IVe Internationale et de son Bureau exécutif.
1. Résolution intitulée "Une nouvelle situation mondiale", adoptée par le Congrès. Inprecor publiera l’ensemble des résolutions adoptées dans une numéro spécial.
2. Résolution intitulée "Rôle et Tâches de la IVe Internationale", adoptée par le Congrès.
3. op. cit.
4. op. cit.
5. op. cit.
6. op. cit.
7. op. cit.
8. op. cit.