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SPQ-Libre : La lucidité de prendre acte

Par François Cyr

mercredi 12 juillet 2006

L’auteur fut membre fondateur du RAP et de l’UFP. Militant syndical, il siège maintenant à la coordination nationale de Québec Solidaire. Il s’exprime à titre personnel.

On se trompe tous. La vie politique des militants et militantes est jalonnée de joies, de succès mais aussi d’erreurs. La création du groupe SPQ-Libre en fut une. Il faut en prendre acte froidement et agir en conséquence. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Surtout en politique, c’est plutôt difficile de faire demi-tour. Il y a les égos, les on dit, la pression des réseaux, la force des habitudes. Il peut y avoir des intérêts carriéristes aussi. Tout cela rend les choses beaucoup plus compliquées.

Résumons nous : quelques syndicalistes ont créés, il y a deux ans et demi, un club politique pour amener ( ramener pour certains) le PQ dans le droit chemin : celui de la défense et de la promotion des intérêts des travailleurs et travailleuses. L’entreprise est hardie : ce parti, dispose comme bilan gouvernemental d’un record de loi antisyndicales et s’est illustré par un record de subventions directes aux entreprises privées sans parler qu’a sévi à sa tête l’un des plus fameux avocat patronal du Québec. Un avocat de choc pour jobs de bras dure, incluant la mise en marché du sauveur suprême.

Un premier bilan rapide

Un premier bilan rapide L’hiver prochain, SPQ-Libre fêtera ses 3 ans. Quel bilan tirer des premiers efforts pour réformer ou redresser le PQ ?

Malgré ses démarches notamment au Congrès de la FTQ et à celui du Conseil Central de Montréal (CSN), SPQ-Libre n’a pas réussi à obtenir l’appui officiel de ces instances. Bien qu’il jouisse d’un réel courant de sympathie au sein du local 301 et de quelques sections des TCA, on comprend pourquoi le membership de SPQ-Libre stagne autour de 400 membres. Pourquoi Henri Massé devrait adhérer à un club politique pour parler au chef du PQ afin de chercher à influer sur sa trajectoire ? Dans d’autres instances comme le Conseil Central de Montréal ou la FNEEQ, on préfère sans doute davantage afficher ses sympathies politiques pour un projet de parti de gauche autonome du PQ.

Cette tiédeur du mouvement syndical à l’endroit de SPQ-Libre ne signifie pas que dans leur ensemble les dirigeants nationaux des centrales ont renoncés à appuyer le PQ bruyamment ou discrètement comme c’est souvent le cas à la FTQ ou à la CSN. Cela signifie surtout que dans leur univers essentiellement lobbyiste, SPQ-Libre apparaît souvent comme la cinquième roue du carrosse et cherche toujours son utilité comme relais entre les centrales syndicales et la direction péquiste.

Mais le premier vrai test de la pertinence de SPQ-Libre et de sa capacité d’influer sur la donne politique au sein du PQ est sans nul doute la campagne de son candidat à la direction du parti. Avec 1.2 % des résultats alors qu’il bénéficiait d’une visibilité exceptionnelle, le candidat Dubuc, malgré la remarquable qualité de son programme, a très durement mordu la poussière. Pas seulement lui. Ses idées aussi. Ce résultat mesure sans ambiguïté le poids réel des valeurs de gauche au sein de ce parti et annonce l’ampleur de la marge de manoeuvre dont dispose Boisclair pour amener son parti où il le veut : à droite toute ! Mais contrairement à ses prédécesseurs qui prenaient soin de clignoter à gauche dans l’opposition avant de gouverner à droite. Boisclair clignote déjà a droite et ça se voit comme un arbre de Noël.

Les membres de SPQ-Libre ne manqueront pas de souligner que l’impact de leur influence réelle doit être évalué à la mesure de l’influence sur le programme du PQ tel que voté à son Congrès. D’accord pour ce prix de consolation : il ne fait aucun doute que les membres de SPQ-Libre ont réussi à pousser à gauche le libellé de plusieurs résolutions du Congrès. Mais voilà, ça fait très longtemps, dans ce parti à deux étages, que c’est au deuxième, dans l’entourage immédiat du chef que tout se décide. Et rien qu’au deuxième étage, avec les grands experts en communication, ces nouveaux savants de la politique. Les membres et militants du PQ étant conviés à participer aux campagnes électorales et aux campagnes de financement. Les membres ? C’est bon pour les vote et les $$$. Laissez-nous le reste semble dire les dirigeants des partis politiques traditionnels.

Boisclair décide seul en fonction de son orientation, laquelle n’a rien à voir avec les valeurs de la gauche ou même le strict intérêt immédiat des travailleurs et travailleuses syndiqués.

Son premier geste de chef fut de contredire l’orientation très critique prise par Mme Harel, chef intérimaire du Parti, à l’endroit de l’arrêt Chaoulli. On se rappelle que dans cette décision la Cour Suprême du Canada ouvre franchement la porte au secteur privé en matière d’assurance-santé. Peu après, le chef du PQ a refusé de revisiter la politique salariale du gouvernement envers ses 500,000 salariés qui se sont vu imposer des conditions de travail appauvrissant le plus grand nombre. C’est à cette occasion que le dirigeant péquiste a expliqué que son but n’est pas de fédérer les mécontents. Même orientation franchement réactionnaire sur l’importante question de la sous-traitance et de l’article 45 du code du travail. M. Boisclair refuse de s’engager à réparer les dommages causés par les libéraux.

Et que dit Monsieur Boisclair, qui donne priorité à l’éducation, sur ce scandale que représente l’ampleur du financement public aux écoles privées du Québec ? Il fait dire, par son lieutenant Simard, que ce débat est peu pertinent en terme politique. Toujours ce parti à deux étages : les membres s’activent et votent. Le chef, souverain, dispose. Cette culture interne du PQ ne date pas d’hier. Déjà René Lévesque, de colère en menace de démission, finissait toujours par l’emporter. Même chose pour les autres propriétaires du PQ de Bouchard à Boisclair. Au PQ, comme dans beaucoup de partis nationalistes de masse, l’organisation et ses membres est au service du chef, de ses politiques et de ses états d’âmes. Et les membres de SPQ-Libre, fort de 1.2% des appuis, veulent changer tout cela. Quelle audace !

Ou va Boisclair ?

Comme pour souligner au crayon gras le contenu de son message, Monsieur Boisclair nomme Daniel Audet, dirigeant de l’institut économique de Montréal, comme l’un de ses principaux conseillers. Monsieur Audet est un administrateur de cet officine idéologique dont la raison d’être est de produire un prêt-à-penser néolibéral pour consommation quotidienne. Suite à cette nomination, un dirigeant de SPQ-Libre, indigné, a indiqué qu’il va y avoir des flammèches. On attend toujours...

Ce serait peut-être plus indiqué de s’interroger sur le sens de cette orientation ultra droitière de Monsieur Boisclair, donc du PQ. André Boisclair est un homme de droite sur les questions économiques et sociales et un ultra mou sur la question nationale. Comme une sorte de clone, en plus vide, de Pierre-Marc Johnson. Dur, dur de comprendre que ce candidat fut choisi contre Mme Marois. Mais ça c’est une autre affaire.

Mais il y a plus. Il y a comme un calcul électoral à courte vue. De toute évidence Monsieur Boisclair chasse sur les terres de l’électorat adéquiste espérant bénéficier, à la marge, de la déconfiture de ce parti qui s’annonce déjà comme le grand perdant des prochaines élections générales. La compétition PQ-PLQ pour les dépouilles de l’ADQ, comme parti national, est très vive mais il est loin d’être certain qu’ils réussiront à faire disparaître les solides poches de résistance locales du projet adéquiste. M. Boisclair n’a pas encore compris que le principal danger électoral pour son parti est l’abstentionnisme. Mais ça aussi, c’est une autre question. Dans l’intervalle on voit mal à quoi sert SPQ-Libre, sinon à garder un verni de légitimité de gauche au PQ et à agir comme garde du corps, protégeant le flanc gauche de leur chef. Parce que au PQ, le chef, c’est le parti. Triste destin pour de bons syndicalistes.


(tiré du Journal, La Voix du peuple, no.24 mai-juin 2006, p.7 )


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