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Éditorial du New Socialist Group

Une année d’exacerbation des contradictions

dimanche 25 août 2002

Les attaques du " 11 septembre " ont débouché sur une offensive brutale et frontale des élites dirigeantes contre la classe ouvrière et les droits des opprimées sur toute la planète. La poussière de l’effondrement des Tours Jumelles ne s’était pas encore complètement déposée que les dirigeants américains saisissaient l’occasion pour poursuivre leur objectif de s’emparer de l’Afghanistan et des États ex-soviétiques de l’Asie centrale. Source de la deuxième des plus importantes réserves de pétrole et de gaz naturel connues, le contrôle de l’Asie centrale leur donne un avantage stratégique considérable sur leurs rivaux (spécialement la Chine et la Russie ) et crée un énorme potentiel de profits. Le contrôle de l’Afghanistan et le soutien du Pakistan fournissent aux États-Unis, avec la route du pipeline, ce qui est nécessaire pour faire de ce potentiel une réalité.

Pressé d’exploiter ce momentum au maximum, la classe dirigeante américaine lançait également un message au reste du monde sur ses intentions de domination absolue et globale. Elle identifiait la Corée du Nord, l’Iran et l’Iraq comme des cibles potentielles de leur colère et des lieux d’expérimentation des armes nucléaires tactiques. (La première victime de cette colère risque d’être le peuple irakien cet automne.). Les États-Unis ont aussi affecté des conseillers militaires et des experts anti-terroristes dans toute une série de pays, et plus particulièrement en Colombie et aux Philippines. Et, ils ont donné à Israël le feu vert pour appliquer leur propre version de la domination absolue.

Alors que les États-Unis, comme la seule superpuissance globale, dirigeait l’attaque, ses partenaires impérialistes junior comme le Canada et la Grande-Bretagne suivaient de près. Dans un style orwellien, ils ont lancé une guerre au nom de la paix, ils ont semé la terreur au nom de l’anti-terrorisme et ont adopté des lois pour enlever aux peuples leurs droits au nom de la protection des droits et d’un mode de vie. Malgré leurs prétentions contraires, une atmosphère de haine et de racisme a été distillée contre les immigrantEs et les réfugiéEs, spécialement ceux en provenance du nord et de l’est de l’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie centrale et du sud. " Le monde civilisé ", comme les nations impérialistes aiment se nommer, est aussi une autre expression orwellienne pour masquer la barbarie du capitalisme tardif.

Toute l’aventure impérialiste est liée au projet néolibéral intérieur de la classe capitaliste. Peu après le 11 septembre, des milliards de dollars ont été pris par les grandes entreprises et leurs dirigeants alors que des dizaines de milliers de travailleuses et de travailleurs étaient ruinés. Le 11 septembre est ainsi devenu pour la classe dirigeante un permis pour approfondir également ses attaques contre les travailleurs et les travailleuses de leurs pays .

Les dirigeants conservateurs du mouvement ouvrier et des ONG, préoccupés par la perte du contrôle de leurs membres attirés par des politiques plus radicales du mouvement pour la justice globale, ont utilisé le 11 septembre comme excuse pour démobiliser rapidement un mouvement qui gagnait en force et sur lequel ils perdaient le contrôle. La diminution de l’importance des manifestations pour la justice globale en Amérique du Nord depuis le 11 septembre, y compris les manifestations contre le G8 cet été, reflète la lâche retraite et la confusion générale sur la direction politique qu’il faut prendre.

Au même moment, des minorités croissantes de militantEs radicaux, refusant d’accepter les projets de la classe dirigeante, ont insisté sur la mobilisation. Un mois après le 11 septembre, en dépit des pressions, certaines de la gauche, et des menaces des forces de sécurité, le Front Commun de l’Ontario (OFC) a fermé de facto le quartier des finances de Toronto avec une manifestation de style "serpent ". Plus récemment, à l’occasion de la rencontre du G8 en Alberta, des milliers de personnes ont manifesté à Ottawa sous le bannière " Personne n’est illégal ". Et, au moment de publier, un édifice abandonné dans un secteur pauvre de Toronto a été occupé par l’OCAP et ses alliés et il reste sous leur contrôle. Cette occupation a reçu un appui populaire très important.

A une échelle globale, la sauvagerie économique et militaire des puissances impérialistes a été l’objet d’un rejet populaire croissant. Dans les rues d’Asie et d’Afrique, d’Europe et d’Amérique latine, des millions de personnes ont mobilisé durant cette dernière année non seulement contre l’impérialisme mais aussi contre des décennies de néolibéralisme ruineux. Le militantisme et l’énergie de ces mobilisations indiquent que la campagne terroriste de la classe dirigeante a failli complètement à écraser le désir d’un monde meilleur qui avait pris son essor depuis Seattle.

Au Canada, bien que le rapport de force reste clairement en faveur de la classe dirigeante, les politiques radicales sont restées enracinées parmi une minorité petite mais significative et ont le potentiel de se développer rapidement. Pour élargir le soutien aux politiques radicales, un plus grand nombre de militantEs radicaux doivent agir sur les lieux de travail et dans les luttes communautaires de la classe laborieuse de façon à apprendre d’elle et de la renforcer. Ainsi, nous devons immédiatement commencer à construire un large mouvement anti-guerre contre les attaques américaines contre l’Irak. Nous devons développer la résistance dans cette période d’offensive capitaliste massive ou nous connaîtrons une défaite majeure. Ne croyons pas les apôtres de la " modération" ; on n’est pas dans une période où il faut faire preuve de timidité et de retenue, mais d’audace, tant dans l’analyse et dans l’action.

Traduction La Gauche