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Construire un réseau mondial des mouvements sociaux

lundi 6 janvier 2003

Un proposition à discuter

Les origines

Durant le premier Forum Social Mondial, plus d’un millier de personnes représentant des centaines de mouvements sociaux, d’organisations non-gouvernementales et de syndicats du monde entier se sont réunies dans une première assemblée commune, avec des sentiments d’une profonde unité et ont approuvé l’Appel à la mobilisation de Porto Alegre des mouvements sociaux (1) Ce fut un moment unique et important.
Le Forum Social Mondial a fourni l’espace, l’agenda et les conditions pour que toutes les organisations opposées au néolibéralisme se rencontrent pour débattre et faire des propositions. Le Forum, dans son ensemble, n’assume pas les positions particulières ou des actions, mais il n’est pas neutre non plus, comme le montre la Déclaration de principes du FSM et le programme des conférences. Pour ce qui est des prises de position (déclarations et actions) les participants sont libres de s’organiser de façon à prendre des initiatives en leur propre nom, pour autant qu’ils n’y a pas de confusion sur le rôle du FSM lui-même.

C’était l’esprit de l’appel des mouvements sociaux à Porto Alegre 2001 - où après une série de discussions et de débats qui évaluaient les conséquences des politiques néolibérales dans le monde - invitait le mouvement social à se mobiliser contre une série d’événements institutionnels de l’année qui venait, telles les rencontres annuelles de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire International, la rencontre ministérielle de l’OMC et le Sommet du G-8 à Gênes.

S’appuyant sur le processus de Porto Alegre, il y a eu une rencontre internationale des mouvements sociaux en août 2001 à Mexico, après le congrès de la Confédération latino-américaine des organisations rurales (CLOC). Cette rencontre, appelée par la CUT et le MST du Brésil, ATTAC-France et le Focus on the Global South/Thailand a renforcé les décisions de Porto Alegre 2002 et nous a donné la possibilité de débattre et d’élaborer des propositions tenant compte des différences politiques, langagières et culturelles des participantEs.
Le second Forum Social Mondial de janvier 2002 était le premier grand événement international s’opposant à la globalisation néolibérale après le 11 septembre. Il a été un impressionnant succès car il a rassemblé plus de 50 000 personnes du monde entier et il a démontré le profond engagement dans le travail de construction de la résistance internationale et dans la solidarité. Une fois de plus en 2002, des centaines de mouvements sociaux, d’organisations non-gouvernementales et des syndicats se sont rencontrés durant plus de cinq jours pour préparer ensemble un appel à l’action. Le second appel des mouvements sociaux (2) a souligné la montée du militarisme et notre opposition à la guerre ainsi qu’il a souligné les échecs du capitalisme néolibéral démontrés par la crise économique et politique en Argentine et l’effondrement de l’entreprise américaine Enron.

À ce moment là, le MST et la CUT se sont proposés pour établir un secrétariat pour aider à coordonner les préparations des rencontres des mouvements sociaux dans l’année à venir et durant le Forum social mondial de 2003.

Le Secrétariat a proposé que nous initions un débat sur la manière dont les mouvements sociaux qui allaient se rassembler à Porto Alegre pourraient s’orienter vers une coordination plus permanente, tout en préservant les différences entre cette initiative et le FSM. 
Cette suggestion prend maintenant la forme de la proposition d’établir un « Réseau mondial des mouvements sociaux ». Ce processus en est à ses premières étapes et le but de ce texte est d’engager de nombreux groupes dans une discussion régionale et globale à ce sujet et d’établir un processus qui profite des événements thématiques et régionaux à venir mis de l’avant par le FSM. 

Avant d’écrire ce document, certaines de ces idées ont été soulevées à la rencontre des Mouvements sociaux d’Asie tenue les 10 et 12 août à Bangkok, au Sommet mondial pour un développement durable tenu à Johannesbourg en août 2002, où une rencontre des mouvements sociaux s’est tenue. D’autres rencontres pour discuter cette proposition ont été planifiés à Quito, Équateur durant les mobilisations contre la ZLÉA, à Florence Italie, durant le Forum social européen, à Bélem, Brésil durant le Forum social amazonien, à Addis-Ababa, Éthiopie au Forum social Africain ; et à Hyderabad, Inde durant le Forum social d’Asie. Selon l’évolution et les résultats de ces débats, nous avons l’intention d’appeler à une grande assemblée à Porto Alegre pour conclure ses discussions et pour adopter des résolutions.

Un moment historique

Pour fournir une base minimale à ce Réseau mondial des mouvements sociaux, il est nécessaire d’avoir une perspective claire du moment historique dans lequel nous vivons.

L’échec des politiques économiques néolibérales à promouvoir la justice sociale et économique a affaibli le consensus sur le « Consensus de Washington ». Au même moment, les institutions multilatérales faisant la promotion d’ajustements structurels et la libéralisation commerciale et financière, tout particulièrement l’OMC, le FMI et la Banque mondiale ont rapidement perdu leur légitimité.

Pendant ce temps, nous avons vécu une montée impressionnante de l’opposition publique aux politiques néolibérales tant au Sud qu’au Nord et à l’internationalisation de l’opposition à ces politiques de la part des mouvements sociaux, des syndicats et des ONG et de leur travail pour une justice économique et sociale. En même temps, nombre de « mouvements sociaux traditionnels » et de partis politiques, spécialement au Nord, font face à une crise alors qu’ils luttent pour développer de nouvelles stratégies, structures et approches en réponse à une situation très dynamique et très complexe.

La montée de l’unilatéralisme, la guerre en Afghanistan, la mise en place de nouvelles bases militaires américaines aux Philippes et dans d’autres régions d’Asie et les menaces de guerre contre l’Irak sont des tentatives pour renforcer la domination des grands pays du Nord, et en particulier des États-Unis. En Amérique latine, la présence militaire américaine se développe sous le prétexte de la « guerre à la drogue » et dans toutes les parties du monde, la « guerre au terrorisme » a conduit à des violations des droits civils et politiques fondamentaux et a développé la peur, la xénophobie et le racisme. Ceci, aussi, a suscité de nouvelles alliances et des convergences entre les mouvements sociaux, les syndicats et les ONGs du Sud et du Nord et a souligné les liens entre la militarisation et le capitalisme globalisé.

Économiquement, le système global connaît une crise importante de surproduction et de déclin des profits, débouchant sur des licenciements massifs, la restructuration des entreprises et l’effondrement du prix des actions. Dans ce contexte , la corruption au plus haut niveau dans le monde des entreprises américain est maintenant évident, ainsi que les liens étroits entre le capital américain et l’administration américaine.

La démocratie elle-même est menacée. Des démocraties dynamiques et vivantes nous donnent des espoirs mais dans de nombreux pays ce sont des démocraties élitistes ou les dictatures qui prévalent. Dans d’autres, les électrices et électeurs peuvent être attirés par des partis politiques fondamentalistes et fascistes qui capitalisent sur la marginalisation économique et sociale. Internationalement, le système des Nations Unies - qui est pour beaucoup le dernier espoir d’une démocratie interétatique - est inefficace et impuissante, comme on a pu le voir durant le Sommet mondial de Johannesburg sur le développement durable où un agenda sur le développement durable en faveur de la population a été détourné au profit des besoins de la croissance économique des entreprises.

La proposition de constituer un Réseau mondial des mouvements sociaux

Le monde change très rapidement et nous avons besoin de nouvelles structures, de processus de prise de décisions et de nouvelles formations pour développer et mettre de l’avant un programme radicalement démocratique, féministe, internationaliste et anti-impérialiste.

Cela nécessite la mise en place d’un réseau de mouvements qui est clairement pour la défense de la démocratie et de la paix et qui est large, pluraliste, féministe et anti-néolibéral. Nous avons besoin d’un mouvement qui est indépendant des partis politiques, qui respecte l’autonomie des organisations constituantes du mouvement et qui soit non-idéologique. Cela ne signifie pas cependant qu’il n’est pas politique.

Durant les Forums sociaux mondiaux de 2001 et 2002, les assemblées des mouvements sociaux ont adopté des résolutions liant des analyses partagées et à des engagements dans des mobilisations communes. Ces assemblées étaient ouvertes à tous les déléguéEs du FSM et les accords ont été construits collectivement et endossés par des assemblées de masse.

Durant le FSM 2003, nous proposons de discuter de la création d’un Réseau mondial des mouvements sociaux. Cette proposition est une claire indication de notre volonté de construire un cadre commun comme une référence et un outil pour nos mobilisations internationales, mais une telle proposition ne peut porter ses fruits que par l’engagement des mouvements du monde entier dans les discussions et les débats.

Pourquoi avons-nous besoin d’un réseau mondial des mouvements sociaux ?

Un réseau mondial des mouvements sociaux devrait nous aider à développer les conditions permettant que différents mouvements sociaux du monde puissent échanger des analyses, des opinions et des informations sur la conjoncture actuelle et établir un partage des priorités et des tâches nécessaires, avant et après les rencontres du FSM. Les débats, les échanges et la coordination entre nous pourraient alors devenir un processus plus permanent.

L’objectif est de dépasser les rencontres occasionnelles entre les mouvements de différents pays et continents et de construire un débat politique plus profond, d’établir des structures horizontales pour faciliter les échanges et les actions communes et pour élargir l’audience des mouvements dans tous les continents.

Cela exige d’établir, au moins, un minimum de coordination et d’échange d’informations par un site Web, un courriel et un Secrétariat.
Débattre de la proposition d’ici Porto Alegre

D’ici le FSM 2003, nous organiserons des rencontres durant les forums thématiques et régionaux mentionnés plus haut pour débattre de cette proposition. Nous amènerons alors les conclusions et les propositions de ces rencontres à Porto Alegre même, de façon à ce que l’assemblée finale soit le résultat de l’ensemble du processus ayant impliqué les mouvements du monde entier et non seulement ceux présents à Porto Alegre.

Le Secrétariat a bâti une base de données des organisations et réseaux qui ont signé les manifestes de 2001 et 2002, mais il est nécessaire d’identifier d’autres mouvements sociaux, unions, ONG et organisations qui pourraient se joindre à cette initiative.
Nous avons préparé ce document pour développer les débats et la discussion sur la proposition de construire un Réseau mondial des mouvements sociaux dans plusieurs événements régionaux qui ont lieu avant le prochain FSM, où l’assemblée des mouvements sociaux, des ONGs et des syndicats aura à adopter une position finale sur la proposition.

CUT - Brésil, MST - Brésil, Marche mondiale des femmes - Québec, ATTAC - France and Focus on the Global South - Thailande. (3)
Notes :
(1) http://www.focusweb.org/publications/2001/Porto%20Alegre%20Call%20for%20Mobilisation.htm
(2) http://www.focusweb.org/publications/2002/Porto%20Alegre%20II-Call%20of%20social%20movements.htm
(3) Le rôle des signataires de ce texte est simplement de promouvoir sa discussion et nous n’assumons aucun autre mandat.