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RAPPORT ROMANOW :

La gauche québécoise réagit avec nuance et interpelle les partis néolibéraux

lundi 30 décembre 2002, par Molly Alexander, Pierre Dostie

par Pierre Dostie, Molly Alexander

Montréal, le 3 décembre 2002. Ayant analysé en profondeur les recommandations du rapport Romanow, rendu public cette semaine, Molly Alexander et Pierre Dostie, porte-paroles de l’UFP, ont formulé une critique nuancée du rapport. D’abord, ils saluent avec enthousiasme le fait que le rapport reconnaît le droit à la santé, droit fort malmené depuis quelques années. Ils apportent aussi tout leur soutien aux propositions du rapport d’injecter de l’argent et de, non seulement maintenir les cinq principes de la loi canadienne d’intégralité, d’accessibilité, d’universalité, de transférabilité et de gestion publique, mais même de les étendre aux médicaments et aux soins à domicile, améliorant ainsi le caractère public universel et gratuit du système de santé.

Monsieur Romanow semble considérer que le secteur public est un acquis social sur lequel il faut construire et de façon générale rejette un rôle accru du secteur privé dans la santé. « Cette orientation est aux antipodes du courant néolibéral et pro-mondialisation » de déclarer Pierre Dostie co-porte-parole de l’UFP. Le rapport tranche avec la campagne idéologique néolibérale qui martèle faussement que « le privé est plus efficace et moins coûteux, ce qui mérite d’être souligné » a-t-il ajouté.

En effet, non seulement Monsieur Romanow recommande-t-il d’augmenter considérablement le financement, au delà même de ce que revendiquent les provinces, mais il propose aussi d’exclure les services publics de santé des ententes commerciales. « Avec l’admission de sous-financement des services au Québec par le Ministre Legault il y a quelques jours, le rapport Romanow établit définitivement que les problèmes vécus par les citoyens ces dernières années ne furent pas principalement une affaire de mauvaise gestion comme on a essayé de le faire croire » de dire Molly Alexander.

Là où le rapport pose certains problèmes, c’est lorsqu’il propose d’introduire un sixième principe d’imputabilité dans la loi canadienne. « Non pas qu’il soit injuste que les provinces aient certaines obligations de respecter des objectifs canadiens, surtout lorsqu’il faut avoir à l’oeil des délinquants de droite tel que Ralph Klein qui collabore avec les monopoles du privé, mais le fait que le rapport se permet de se mêler des questions constitutionnelles, ce qui n’était pas partie de son mandat, en conditionnant le financement à certaines contraintes, comme en se mêlant de la formation et de la planification de la main-d’oeuvre, il donne prétexte à ce que les gouvernements fédéral et provinciaux finissent par le tabletter, surtout qu’il serait bien tentant pour le fédéral de se proclamer grand défenseur du système de santé sans qu’il ne lui en coûte un sous, accusant les provinces d’être les empêcheurs de tourner en rond » de soulever Pierre Dostie.

« Tant qu’à faire, il aurait pu reconnaître le droit du Québec et des premières nations à leur autodétermination, notamment dans le domaine de la santé » a commenté Molly Alexander, porte-parole de l’UFP. Faut-il rappeler que le gouvernement fédéral ne reconnaît pas l’existence de ces nations. Pas surprenant qu’il ignore leur droit à l’autodétermination. Le concert de réprobation que l’on fait au Québec à l’encontre de ce rapport se base en grande partie sur la revendication de la compétence provinciale. L’UFP considère que cette position ne prend pas en compte tous les enjeux en présence.

« Il faut se placer du point de vue des gens qui attendent dans les salles d’urgences, qui angoissent d’être en bas de la liste pour une intervention chirurgicale importante ». Il faut saluer deux choses dans ce rapport : le refus du privé et la reconnaissance que le fédéral doit passer à la caisse et vite. « Après avoir détourné plus de 50 milliards de la caisse de l’assurance-emploi, après avoir coupé dans les paiements de les transferts vers les provinces destinés à la santé depuis 1994, c’est la moindre des choses de nous rendre notre argent, sans conditions » de conclure Mme Alexander.

Il ne faudrait pas oublier que paradoxalement, certaines provinces, et notamment le Québec, placent objectivement la population dans la position de réclamer auprès du gouvernement fédéral qu’il leur impose le respect du caractère public, universel et gratuit, qui est à la base de notre système, principe que certaines pratiques actuelles et programmes de partis néolibéraux menacent sérieusement. Le gouvernement Landry, les libéraux et les adéquistes peuvent bien jouer les vierges offencées et réclamer le respect de la juridiction provinciale en matière de santé. Mais chacun de ces partis, à des degrés divers, ne fait pas nécessairement la preuve qu’il respecterait ce principe et qu’il gère ou gèrerait cette pleine juridiction dans l’intérêt des québécoises et des québécois. C’est pourquoi l’UFP appelle les trois partis néolibéraux à inclure dans leur front commun le principe d’un système public, universel et gratuit.

Parmi les critiques que l’UFP formule à l’endroit du rapport Romanow, outre la négation du droit des nations québécoises et autochtones à leur autodétermination en matière de santé et de services sociaux, l’on note que celui-ci ouvre la porte à la privatisation des services de soutien (services alimentaires, entretien, buanderie, etc.) en les distinguant des services médicalement requis. De plus il suggère l’informatisation des dossiers sans que le débat n’ait été véritablement fait. Finalement, Monsieur Romanow s’en tient à la position canadienne excluant les services sociaux. Le Québec risque donc de demeurer la seule province établissant cette jonction entre les services médicaux et les services sociaux.

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Pierre Dostie, V-P et porte-parole, cel : 418-540-3285
Molly Alexander, V-P et porte-parole, cel : 514-502-2228
Pierre Dostie, Molly Alexander