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Les enjeux des élections fédérales

COORDINATION NATIONALE DE GAUCHE SOCIALISTE,

mardi 25 mai 2004

A. L’enjeu de la bourgeoisie, légitimer son ralliement aux plans de l’impérialisme américain

Les élections fédérales auront lieu LE 28 JUIN PROCHAIN. Paul Martin tentera de faire légitimer par des élections générales ses politiques néolibérales et antiquébécoises.
L’arrivée de Paul Martin à la direction du PLC et sa nomination au poste de Premier ministre du Canada a été accueilli avec enthousiasme par George Bush. Cet accueil répond sans doute aux signaux obtenus par le président des États-Unis selon lesquels Paul Martin entend faire la preuve d’un alignement inconditionnel sur la politique américaine.

Le premier engagement de Martin a été d’assurer l’administration américaine de la participation canadienne au cours militariste de la mondialisation dirigée par les États-Unis. Déjà, le Ministère des Affaires étrangères et du Commerce International planifie la contribution canadienne " à la pacification de l’Irak ". Son premier mandat sera sans doute de remettre les entreprises canadiennes sur la liste permettant d’avoir accès aux juteux contrats de la reconstruction de l’Irak. La force du mouvement antiguerre à l’hiver dernier, particulièrement au Québec, avait obligé le gouvernement Chrétien à ne pas s’associer directement au projet guerrier de l’administration Bush. Cela a conduit le Pentagone, dans une approche punitive bien classique, à retirer le Canada de cette liste. Afin de permettre à l’armée canadienne de mener à bien les missions demandées, des investissements sont déjà en cours pour renouveler les équipements militaires. Pour le seul remplacement des hélicoptères Sea King, ce sont trois milliards de dollars qui seront dépensés.

En nommant David Pratt comme ministre de la Défense, Paul Martin voulait aussi envoyer un signal clair que le gouvernement canadien serait sensible aux initiatives du complexe militaro-industriel du pays et qu’il était bien décidé de se lancer dans des projets d’investissements très importants permettant d’apporter " la contribution canadienne " à la mise en place un bouclier antimissile. Et cela sans parler, de la logique sécuritaire, cette logique de bouclage des frontières, que le gouvernement Martin va renforcer pour répondre aux demandes du gouvernement américain.

" La normalisation du Québec", un autre objectif du gouvernement Martin

Casser les aspirations nationales du Québec et apporter ainsi son apport au maintient de l’équilibre géostratégique du continent nord-américain, c’est également un mandat que Paul Martin veut continuer d’assumer. Son soutien à la loi sur la clarté référendaire, la loi de la négation du droit à l’autodétermination du Québec, sa volonté d’occuper les compétences provinciales dans l’éducation, la santé et les municipalités et de soumettre les gouvernements provinciaux s’inscrit dans une logique de centralisation de l’État canadien et de construction de la nation canadienne par la dénégation de l’existence de la nation québécoise. Mais, au-delà de la gestion des questions nationales, Martin veut à s’assurer que l’État fédéral contrôle l’ensemble des paliers de l’intervention étatique tant en ce qui concerne les ressources naturelles, surtout énergétiques, parce qu’elles sont spécialement convoitées par la bourgeoisie étasunienne. Le PLC tend ainsi a devenir une coalition de forces politiques bourgeoises très hétérogènes qui a réussi à stabiliser son contrôle de l’appareil d’État et il entame une deuxième décennie au pouvoir sans interruption.

Le maintien des peuples autochtones dans la dépendance

Pour faire face à la récente crise politique, émanation d’une crise socio-économique permanente, le PLQ a opté pour la " realpolitik " la plus cru. Pourtant allié stratégique du Conseil de bande, il a plutôt opté pour régler la crise en négociant avec le camp le plus fort et donc à son bénéfice. Tout ce qui l’intéresse, c’est d’empêcher un nouvel Oka non pas pour sauver des vies mais pour ne pas devoir régler les problèmes de fond que sont les droits territoriaux et le "self-government " avec des moyens financiers à l’avenant. Quant au gouvernement fédéral, trop heureux de pouvoir compte sur un gouvernement servile au Québec, il se réfugie lâchement dans le silence même s’il est constitutionnellement le premier responsable.

Le Parti conservateur ou la droite dure

Les pressions politiques (et économiques) du gouvernement des États-Unis et les nécessités de soutien l’accumulation du capital ont conduit du parti libéral sur Canada sur les positions politiques qu’occupait hier le Parti progressiste conservateur. Les partis politiques de la droite la plus conservatrice (Alliance et Parti progressiste conservateur) ont été poussés à fusionner pour ne pas voir s’approfondir leur processus de marginalisation. Le Parti Conservateur issu de cette fusion doit, pour se distinguer du cours actuel du PLC, se présenter comme le porteur direct des positions et de la culture politique de la droite étasunienne sur la scène canadienne. Si ces positions peuvent leur assurer une base électorale dans l’Ouest canadien, elles ne trouvent peu d’écho dans les autres provinces particulièrement au Québec. Mais l’unité de la droite conservatrice pourrait lui permettre de marquer des points dans certains régions de l’Ontario.

Le Bloc québécois, les pressions sur le PLC comme seul horizon !

Le Bloc Québécois avait comme but d’empêcher que le Parti Libéral du Canada ou tout parti fédéraliste puisse se réclamer de la légitimité d’une forte assise populaire au Québec pour justifier ces politiques qui bafouent les aspirations nationales du Québec. Le Bloc s’est donc donné comme but de représenter le Québec d’une seule voie à Ottawa.

Depuis l’arrivée de Duceppe aux commandes, le Bloc véhicule un discours plutôt social-libéral, ce qui ne l’a pas empêché de cautionner toutes les politiques néolibérales mises de l’avant par le PQ. Le Bloc a soutenu le libre-échange, les politiques du déficit zéro. Il n’a pas dit un mot sur les coupures des dépenses sociales et sur la privatisation rampante des services de santé favorisée par le PQ. Il s’est tu sur l’exploitation outrancière des forêts québécoises et le rapetissement des politiques environnementales. Toutes ces politiques néolibérales ont jeté les bases de la défaite du Parti Québécois aux dernières élections et approfondi la crise stratégique de la lutte pour l’indépendance du Québec. Le Bloc Québécois a été lié à cette dérive et à la crise actuelle de la perspective souverainiste.

Cette mission assumée de porte-parole du gouvernement péquiste l’a placé dans l’incapacité d’envisager une quelconque politique d’alliance avec les organisations de la gauche politique du Canada anglais ni avec les organisations syndicales et communautaires. Le Bloc Québécois n’a aucune perspective de créer les alliances nécessaires pour s’opposer aux politiques néolibérales mises de l’avant par le gouvernement fédéral.

Une victoire du PLC au Québec constituerait effectivement un pas de plus dans la " normalisation " de la place du Québec au sein de la fédération canadienne. Une campagne centrée sur la destruction de l’image de Paul Martin cherche ne sert qu’à engrager le mécontentement issu du la crise des commandites. Elle permet au Bloc de maintenir dans l’ombre son impasse stratégique et de redéfinir une stratégie de la lutte pour l’indépendance du Québec, ce qu’il est incapable de faire. Et à ce niveau, le Bloc est complètement à la remorque du PQ et de sa ... crise stratégique.

Le Nouveau Parti Démocratique ou l’insuffisance des manœuvres électoralistes

Avec ce glissement à droite des principaux partis de la bourgeoisie canadienne, le NPD voit s’ouvrir une espace politique à gauche. Il peut jouer la carte du nationalisme canadien en refusant l’alignement inconditionnel du gouvernement Martin sur les politiques de leur voisin du sud. C’est ainsi que le NPD s’est opposé au projet de bouclier antimissiles.

Avec une certaine remontée dans les sondages, la direction Layton a décidé de chercher à faire une percée chez les personnes qui soutiennent le Bloc Québécois et de rééditer les bons coups qu’il a pu faire à l’occasion dans le passé... LE NPD veut se poser comme un parti de la gauche (raisonnable et modérée) face au Bloc québécois qui est un front des forces de gauche et de droite construit sur le seul axe de la défense du Québec à Ottawa. Pour le NPD, il est possible de détacher des secteurs de la gauche du Bloc et de se construire sur cette base. Mais deux points minent la réalisation de ses prétentions.

D’une part son profil de gauche, a plus ou moins été malmené par son cours ultra-modéré, sa prise de distance vis-à-vis des syndicats et par l’incapacité de secteurs de la gauche canadienne anglaise de renouveler réellement la politique et l’orientation de gauche du NPD. Layton, aujourd’hui, veut présenter son parti comme un parti qui s’oppose à l’inégalité sociale, qui cherche à se lier aux groupes communautaires et qui veut bâtir un Canada Vert. Layton s’enfonce dans une politique électoraliste complètement opportuniste et ce cours risque de s’approfondir si la perspective d’un gouvernement libéral minoritaire commence à devenir crédible. Durant la course à la chefferie du NPD Jack Layton, déjà, envisageait le conditions d’un éventuel soutien à un gouvernement minoritaire libéral. On ne peut dans un tel contexte, parler d’un vote NPD comme de l’expression d’une véritable autonome face aux principaux partis du grand capital canadien.

Mais là où le NPD a le moins de crédibilité pour détacher la gauche du Bloc, c’est sa position opportuniste et inconstante sur la question du Québec. Les députés du NPD ont voté la loi fédérale sur la clarté référendaire. Ils ont ainsi nié le droit à l’autodétermination du Québec. Le NPD reste un parti perçu comme centralisateur, qui s’ouvre à certaines revendications du Québec que lorsqu’il cherche à faire une certaine percée mais qui carbure finalement au nationalisme canadien qui ne reconnaît la réalité nationale du Québec qu’avec des pincettes.

La gauche sociale au Canada et au Québec et son rôle dans les élections fédérales qui viennent
Dans les élections fédérales qui viennent la gauche québécoise face à un problème complexe. Le gouvernement Martin vient chercher une légitimité pour ses politiques néolibérales, pour un ralliement sans faille à la mondialisation militarisée sous la gouverne des Etats-Unis et pour refouler les aspirations nationales du Québec à l’indépendance. Le Parti Conservateur se nourrit à la même auge. L’unité de la gauche contre ces partis ne pose aucun problème.

Une composante de la gauche sociale voudra voter pour le Bloc pour entraver la marginalisation des droits du Québec et essayer de faire payer un coût politique au PLC pour ses coups portés contre le Québec. C’est là une réaction épidermique qui fait l’économie d’une analyse de l’impasse stratégique dans laquelle le PQ et le Bloc ont enfermé la lutte pour l’indépendance du Québec. Leur orientation refuse d’identifier les conditions politiques qui permettraient la victoire de l’indépendance du Québec : rupture avec le néolibéralisme, alliance politique avec les organisations sociales avec les organisations syndicales, communautaires du Canada-anglais pour contrer les réactions répressives de la bourgeoisie canadienne, dénonciation de l’intervention antidémocratique du gouvernement américain contre les aspirations du Québec et alliance politique avec les Premières nations. Le Bloc se construit sur un refus intransigeant de ses impératifs stratégiques. Le soutien a un tel parti est, tout compte fait, stérile et désorientant.

Une autre composante de la gauche sociale voudra voter pour le NPD car, son discours social va, malgré sa timidité, à l’encontre du discours néolibéral dominant. Même à ce niveau, il n’inspire guère la confiance aux différents mouvements sociaux, particulièrement lorsque lorsqu’on examine l’ensemble des politiques des gouvernements néo-démocrates ces dernières années. Mais pour ce qui est de la question nationale du Québec, le NPD a été tout à fait inconsistant. Il est même allé jusqu’à voter la loi sur la clarté dénoncée partout dans le monde comme une loi antidémocratique inacceptable. Même Joe Clark a fait mieux à cet égard. Ce n’est pas la défense " d’un fédéralisme flexible " qui offre une quelconque crédibilité au discours du NPD par rapport à la défense des droits du Québec.

Au Canada-anglais, un appel au vote NPD peut aider à détacher des secteurs de la population des partis du grand capital. Au Québec, le NPD n’est pas l’expression même déformée de l’autonomie politique de la classe ouvrière du Québec. Nous devrions cependant soutenir les candidatures du NPD en provenance du mouvement syndical ou des autres mouvements sociaux qui inscrivent leur candidature dans la foulée de leur engagement social, qui rejettent la loi sur la clarté et toute alliance avec le PLC dans un gouvernement minoritaire. Dans les quelques comtés où le Parti communiste présente des candidat-e-s, ces derniers et dernières constituent une alternative possible.