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Le congrès de l’UFP des 1er et 2 février 2003

Compléter et s’approprier la plate-forme, et se rassembler avant la bataille électorale et la lutte contre la guerre

dimanche 9 février 2003, par Marc Bonhomme

Le congrès de fondation de juin 2002 avait décidé la tenue dans les six mois d’un autre congrès ouvert à toutes et tous pour terminer l’adoption de la plate-forme article par article de sorte à s’assurer que celle-ci soit adoptée non seulement démocratiquement mais aussi en conformité avec le principe de la démocratie participative, ce qui permet par ailleurs une meilleure appropriation. Plus de 200 personnes auront participé à ce débat dont plusieurs, jeunes pour la plupart, en étaient à leur première participation à un événement national de l’UFP. Elles en seront sorties avec un supplément de motivation.

Certes, la participation aura été un peu moins importante que celle du congrès de fondation. Mais ce deuxième congrès était de moindre importance stratégique car il avait l’inconvénient d’être peu au diapason avec les préparatifs électoraux et avec la lutte anti-guerre dans lesquels sont engagés les militantes et militants de l’UFP. Reste que la plupart des modifications apportées à la plate-forme aideront à faire le lien entre les urnes et la rue sans compter le supplément d’âme dû au caractère rassembleur du congrès.

Femmes et jeunes prennent leur place

On pense surtout au très important ajout au chapitre femmes qui fait clairement de notre plate-forme une plate-forme féministe et non pro-famille. Cette amélioration substantielle est d’ailleurs due à une re-dynamisation du caucus femmes sous la direction du Comité des femmes. Signalons aussi l’adoption du texte concernant la place des femmes dans la prochaine campagne électorale qui ne pourra faire autrement que d’y augmenter la participation des femmes tant en revalorisant les tâches obscures qu’en aidant au recrutement de candidates surtout si les campagnes sont menées radicalement démocratiquement.

On aura aussi vu les jeunes s’organiser en caucus et beaucoup participer à l’ensemble des débats. Ce congrès aura montré que femmes et jeunes commencent à prendre la place qui leur revient dans l’UFP. Ce n’est pas encore le cas pour les Néo-québécoises et Néo-québécois, francophones ou non, malgré une présence et participation accrues de leur part dont le prestigieux candidat dans Mercier, ce qui a beaucoup contribué à faire une brèche dans les grands médias. À quand d’ailleurs la publication de la plate-forme en anglais et, éventuellement, en d’autres langues ? La fin du congrès aura d’ailleurs fourni l’occasion de faire connaître les candidates et candidats investis ou postulants et ainsi démontrer que les préparatifs électoraux sont bien engagés.

Une plate-forme plus complète qui reste nettement antinéolibéral

On aura évité tant la déclaration principielle de la non-violence qui amène à condamner indifféremment tant l’oppresseur que l’opprimée que le piège de déclarer que les femmes restant à la maison le font nécessairement par libre choix. En votant que le réinvestissement massif et immédiat dans les services publics et les programmes sociaux que l’on réclame soit d’au moins 10 milliards $, l’on souligne clairement que notre antinéolibéralisme n’est pas un néolibéralisme à visage humain, ce qui signifie un tournant à 180 degrés de la politique budgétaire et fiscale de la même ampleur que le tournant néolibéral à 180 degrés des années 1990.

Par contre, le congrès n’a pas voulu non plus renoncer à tout développement hydroélectrique et autoroutier en dehors des zones métropolitaines bien qu’il existe d’évidentes alternatives y compris pour les régions. Il n’aura pas retenu, non plus, le terme de « nationalisation » que proposait le comité de synthèse eu égard à au moins une entreprise pharmaceutique. Même s’il est vrai que nationalisation rime trop avec bureaucratisation, la façon de corriger le problème n’est pas d’y renoncer mais de redéfinir le terme. Le même danger bureaucratique ne s’applique-t-il pas à « …la préséance de l’État… » par ailleurs votée ? À cet égard, on a d’ailleurs voté pour « … une plus grande démocratie participative au sein de la société. » même s’il aurait été plus pertinent de retenir la proposition plus précise et compromettante de Gouin ou encore de l’Outaouais-Laurentides.

Parti unifié de la gauche, antinéolibéral et indépendantiste… ou amorphe coalition

La déception de ce congrès aura été le peu de place accordé à l’élaboration de la stratégie électorale, y compris le message ou profil électoral. Le court débat a permis, cependant, de confirmer la nécessité que cette stratégie et profil relèvent de l’instance la plus large après le congrès, soit le Conseil de l’Union. On a bien senti un flottement à l’égard du message électoral, particulièrement en ce qui concernent l’indépendance et même la nécessité d’un profil national qui dépasse les plate-formes locales et régionales. La discussion la plus vive, toutefois, a concerné la stratégie électorale. L’entente électorale proposée avec le Parti Vert se développera-t-elle en coalition électorale à partir d’une généralisation de coalitions régionales comme s’apprête à le faire le Comité régional du centre-ouest de Montréal ?

L’avenir de cette entente-coalition sera déterminé par le contenu du profil électoral. Tout profil clairement antinéolibéral, indépendantiste et féministe éloignera les Verts. À l’autre extrême, toute absence de profil national transformera l’UFP en coalition. Les Verts ont beau se déclarer anti-ZLÉA et anti-guerre, leur plate-forme et programme n’en disent rien. Ils masquent leur fédéralisme par le beau principe de « l’interdépendance » qui, soit dit en passant, peut aussi bien justifier le libre marché. Contrairement à leur plate-forme qui en dit quelques mots, leur programme n’a rien à dire sur la question des femmes mais il contient cependant un chapitre « Sport ». Pour la santé des gens à faible revenu, ils proposent des menus appropriés ! Ils hésitent sur la gratuité des soins dentaires et oculaires : il faudrait auparavant faire des études d’impact. Ils disent non à l’école laïc pour plutôt favoriser « l’interconfessionalité », nul doute une cousine de l’interdépendance. Effectivement, les Verts ne sont ni à droite ni à gauche comme ils le disent. Ils sont quelque part au-dessus des contradictions réellement existantes, dans le nirvana des beaux principes.

Nous avons une plate-forme. Soit. Mais quel profil électoral en tirerons-nous ? That is the question. De ce profil découlera notre stratégie électorale. Serons-nous partie prenante d’une coalition, y compris avec nous-mêmes, proposant un ramassis de plate-formes locales ou régionales ? Ou serons-nous le parti unifié de la gauche présentant des candidatures dans le maximum de comtés, c’est-à-dire partout où cela est possible, avec un profil électoral clairement antinéolibéral, indépendantiste, féministe, écologiste et internationaliste ? Démocratie socialiste, entité politique de l’UFP, propose la deuxième solution sur la base d’un profil dont l’axe serait : « Un Québec indépendant et solidaire disant non à la guerre et à la ZLÉA. ».

L’axe du profil devra, bien sûr, être complété par une brève plate-forme électorale qui à la fois fait le tour des thématiques majeures et colle de près la conjoncture, surtout la question de la pauvreté. Elle pourrait ressembler à ceci :

UN QUÉBEC INDÉPENDANT ET SOLIDAIRE


- Non à la guerre,

- Pour annuler la dette du Tiers-monde ;

- Non à la ZLÉA, non aux privatisations

- Pour un réinvestissement immédiat de 10M$ dans les services publics et les programmes sociaux ;

- Pauvreté zéro,

- Revenu minimum garanti d’au moins 1000$/mois indexé,

- Salaire minimum de 10$/heure indexé ;

- La construction de 8000 logements sociaux par an ;

- Priorité au transport public, à l’efficacité énergétique et à l’agriculture durable ;

- Médicaments et soins dentaires et oculaires gratuits ;

- Éducation post-secondaire gratuite ;

- Réseau public et complet de services à la petite enfance,

- Instauration immédiate de la loi des congés parentaux ;

- Semaine de travail de 35 heures [ne pourrait-on pas dire quatre jours ?] sans baisse de salaire et avec création d’emploi compensatoire ;

- Redevance aux régions sur les ressources naturelles ;

- Reconnaissance du droit à l’autodétermination des peuples autochtones ;

- Hausse importante de la taxation des profits, des revenus élevés, de la consommation de luxe et abolition des paradis fiscaux ;

- Élection d’une assemblée constituante pour rédiger une constitution à voter par référendum.

Marc Bonhomme, 8 février 2003