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La ZLÉA est le joug de l’esclavagisme

Par Révérend Roberto Pineda

lundi 25 août 2003

Saint Paul nous enseigne dans son Épître aux Galates l’importance de savoir déterminer, à chaque période historique, quel est le principal ennemi à vaincre, quel est le principal obstacle au développement de la société et, selon ses propres mots, où réside le "joug de l’esclavagisme".

Pour saint Paul, le devoir stratégique était de frapper le système esclavagiste, de le dépouiller de sa justification idéologique face au peuple, de le priver de sa légitimité religieuse. Et il a su le faire de manière magistrale en affirmant que dans l’enseignement du Christ, "il n’est plus important d’être juif ou grec, esclave ou homme libre, homme ou femme."(Galates 3:28)

A l’époque actuelle, le devoir stratégique, c’est celui d’entrer en opposition, de construire la résistance citoyenne à la mondialisation néolibérale qui est une menace pour l’identité culturelle des peuples et pour la survie de la planète. Voilà pourquoi il est important que nos Églises participent au combat pour une alternative, au sein de la société civile et aux côtés des exclues et des exclus.

Dans le continent latino-américain et caribéen, nous faisons face à la volonté nord-américaine d’imposer, par un traité, une Zone de Libre Échange (ZLÉA) afin de soumettre nos économies aux desiderata des multinationales et du Consensus de Washington. D’où l’importance pour nos Églises d’identifier et de dénoncer ce nouveau "joug esclavagiste".

L’offensive pour établir la ZLÉA

Cette semaine s’est terminée au Salvador la XIVe Réunion du Comité de Négociation Commerciale de la ZLÉA. Réunion qui s’est accompagnée d’une campagne de propagande visant à présenter la ZLÉA, ainsi que sa version locale - le Traité de Libre Echange d’Amérique Centrale avec les États-Unis - comme la solution à tous nos problèmes.

Nous, communautés de foi et de vie, nous allions au réseau Sinti Techan pour nous déclarer opposés à ce plan impérialiste.

Au cours des dernières années, une campagne de propagande s’est évertuée à présenter la ZLÉA comme la solution aux graves problèmes de stagnation des économies salvadorienne et latino-américaine en général,. et ses détracteurs comme des opposants au progrès social.

Nous évoquerons donc certains critères motivant les inquiétudes de nombreux secteurs de la société quant aux objectifs de la ZLÉA et aux conséquences de sa mise en place. La plupart de ces réflexions se base sur les idées de l’économiste nord-américain James Petras.

Les mythes de la ZLÉA

L’un des principaux arguments avancés par les apologistes de ce néfaste traité consiste à dire qu’il promeut le libre échange. Or, cet argument est totalement faux. Tout le monde sait, en effet, que le gouvernement nord-américain se réserve le droit de fournir à son secteur agricole une aide d’environ 30 000 millions de dollars, mécanisme répondant au nom de "législation antidumping", un véritable euphémisme. Parallèlement, on oblige les gouvernements latino-américains à prendre des mesures afin de garantir la suppression de toutes les barrières commerciales, et d’obéir ainsi aveuglément à la doctrine du "libre commerce".

Un autre mythe qu’il est important de détruire est celui qui consiste à dire que la ZLÉA promeut l’intégration économique. Encore un mensonge. En réalité, cet accord est très similaire à ceux qui étaient jadis de mise entre les empires et leurs colonies. Par ce traité, les États-Unis peuvent contrôler les sphères stratégiques de l’économie, dominer les marchés et la main d’ouvre.

L’une des caractéristiques fondamentales de ce traité est sa nature asymétrique. On trouve, d’un côté, les pays latino-américains aux économies affaiblies et, de l’autre côté, l’économie nord-américaine, aux multinationales accumulant les actifs latino-américains et déterminant la direction des flux - bénéfices, intérêts, royalties - uniquement du Sud vers le Nord.

Ce traité favorise également la création de monopoles et ne suscite aucunement la concurrence. Il établit clairement des préférences commerciales à l’intérieur d’un même bloc, et prône la pénalisation de l’investissement venant d’autres acteurs internationaux, en particulier des pays européens, asiatiques et arabes. Ce qui génère ainsi, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, une économie sous tutelle.

Il est clair que l’objectif principal du traité consiste à assurer une place privilégiée aux États-Unis, et permettre ainsi aux multinationales de réaliser des affaires juteuses : acheter des entreprises privatisées à des prix "politiques" au lieu de les payer à des prix de "marché", et faire ainsi d’énormes bénéfices.

En résumé, nous pouvons dire que l’ZLÉA est un traité qui favorise la domination des États-Unis. Le système qu’il cherche à renforcer est un système mercantiliste basé sur la suprématie politique de la superpuissance nord-américaine ; il développe des politiques économiques à travers un ensemble de structures asymétriques et monopolisatrices qui facilitent des flux de bénéfices de façon unidirectionnelle.

Tout cela trouve une explication dans le besoin qu’ont les gouvernants nord-américains de mettre la main sur la majeure partie du marché latino-américain, de ses entreprises et de ses richesses naturelles. En d’autres termes, la ZLÉA garantirait la suprématie des entreprises nord-américaines sur leurs concurrentes européennes et japonaises.

L’ZLÉA favoriserait également de meilleurs niveaux de commerce interrégional, particulièrement avec le MERCOSUR, et ouvrirait les portes en favorisant les exportations directes vers les États-Unis au moyen de subsides aux marchés régionaux, au mépris des règles commerciales. Cela signifie revenir à des relations bilatérales asymétriques en se substituant au commerce régional.

Un point essentiel de ce traité est qu’il établira des règles et des régulations dictées par les États-Unis, en fixant des conditions au commerce et à l’investissement à l’encontre et au mépris des régimes néo-libéraux régionaux. Cela entraînera assez rapidement une augmentation des privatisations dans les secteurs de la santé et de l’éducation, et la fin de toutes les formes d’aides existantes.

Si, au cours des vingt dernières années, le néolibéralisme a permis aux États-Unis de prendre part au pillage de l’Amérique Latine - particulièrement à travers la privatisation de ses entreprises publiques -, il s’agit maintenant d’augmenter à son maximum la part nord-américaine dans les marchés et les ressources latino-américaines, afin d’acquérir une position de force à l’égard de la concurrence européenne et japonaise.

Mais il est également important de signaler que la ZLÉA rencontre des résistances en Amérique Latine. Ce traité a soulevé une opposition généralisée dans laquelle se retrouvent tant des mouvements sociaux et paysans, que certains secteurs de la bourgeoisie latino-américaine - la brésilienne en particulier - , qui se sentent directement menacés par ce traité.

Parmi les principaux alliés latino-américains qui prêchent les merveilles du traité, on trouve le président mexicain Vicente Fox. Ce dernier tente même d’imiter le géant du nord en proposant son propre traité régional, le "Plan Puebla Panama", très similaire à la ZLÉA, et qui prône l’extension du système des maquiladoras dans cette région explosive.

Dans le panorama latino-américain actuel, la position exprimée par le Chili constitue un aspect très intéressant. Présenté comme un modèle, le néolibéralisme chilien se montre peu enthousiaste vis-à-vis de ce traité qui l’obligera, d’une part, à payer des droits d’entrée à l’exportation de ses raisins et, d’autre part, à supprimer les contrôles à l’importation. Récemment, le Chili s’est pourtant vu obligé de signer un accord bilatéral avec les États-Unis.

En résumé, on peut dire que ce traité est néfaste pour les intérêts des pays latino-américains. Il bénéficiera uniquement à une minorité d’entreprises nord-américaines, et poussera encore davantage vers la crise les économies du continent déjà très malmenées. Nous, les Églises latino-américaines, avons le devoir de nous associer à la résistance contre ce nouveau "joug de l’esclavagisme". Puisse le dieu de la justice, qui est le dieu de Jésus de Nazareth, nous donner la force de dénoncer cet accord commercial qui ne fera qu’accroître les souffrances de nos peuples d’Amérique Latine et des Caraïbes.

San Salvador, juillet 2003. Grano de arena - COURRIEL D’INFORMATION ATTAC (n°437) Mardi 19/08/03 Traduction. Coorditrad, traducteurs bénévoles (*)